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h) Livres poétiques - Page 2

  • Jonas 4. Le message de Dieu à Jonas

    Jonas 4

    9.5.1999

    Le message de Dieu à Jonas

    Jonas 3:10 + 4:1-11        Mat. 18:21-27

    Chers amis,
    Pour la troisième fois, nous retrouvons Jonas. Jonas, le prophète contrarié par l'attitude de Dieu. Une première fois, Jonas ne voulait pas assumer sa vocation, la tâche de sa vie. Il a découvert, à travers la tempête et son aventure dans le ventre du gros poisson qu'on ne peut pas être un autre que soi-même. Aussi, lors de son deuxième envoi, il va à Ninive. Là il est incroyablement surpris. Il est pris au sérieux, Les habitants de Ninive changent de comportement. Jonas ne s'attendait pas à un pareil renversement. Il ne s'attendait pas non plus au deuxième renversement, celui de Dieu qui renonce à ses menaces. Cela met Jonas hors de lui, il est fâché.
    Le texte biblique ne nous rapporte qu'un bref résumé de la conversation de Dieu avec Jonas. Mais en interrogeant quelques descendants de Jonas, j'ai pu reconstituer la plus grande partie du dialogue. Il se peut qu'une partie de ce dialogue soit apocryphe — ait été inventé plus tard et mis dans la bouche de Dieu et Jonas comme le laisse supposer l'inclusion d'une citation de l'évangile — mais je pense qu'il reflète ce qu'ont pu penser Jonas et Dieu à ce moment-là. Voici ce dialogue :

    D —    "Jonas, as-tu raison d'être en colère ?" (Jon 4:4)
    J —    Oh, oui, Seigneur, j'en ai des raisons d'être fâché ! Tu m'as proprement ridiculisé.
    D —    Ah, oui, explique-moi.
    J —    Tu as commencé par me nommer prophète contre mon gré. Je ne voulais pas aller annoncer ce message de destruction à Ninive. Je me suis enfui et tu m'as ramené à mon point de départ. Alors, j'y suis allé finalement. J'ai annoncé la destruction de Ninive pour 40 jours plus tard et voilà que tu changes d'avis. Finie la destruction, tout reste en place. Tu te rends compte de ce que cela me fait ? J'ai l'air de quoi, moi ? Je suis la risée de tous. Je suis le prophète qui annonce des choses qui ne se réalisent pas ! Je passe pour un simple astrologue qui invente des prédictions pour se rendre intéressant. Tu m'as fait perdre toute crédibilité. Tu as ruiné ma carrière. Je n'ai plus d'avenir, je n'ai plus qu'à me laisser mourir au désert.
    D —    C'est vrai, je vois que mon action t'a fait du tort, mais comprends-tu pourquoi j'ai agi comme cela ?
    J —    Non, je ne vois pas. On m'a toujours appris à tenir ma parole, mes engagements, à réaliser ce que j'avais promis. Mais si, Toi, tu ne le fais pas, où allons-nous ?
    D —    C'est vrai, j'ai toujours dit qu'il fallait tenir ses engagements, mais, vois-tu, là, j'ai eu de la compassion pour tous ces habitants. Ils ont pris le deuil, ils ont crié à moi, ils en ont appelé à ma bonté, ils m'ont demandé de changer mes projets pour les épargner.
    J —    Oui, j'ai toujours su que "tu es un Dieu bienveillant et compatissant, patient et d'une immense bonté, toujours prêt à renoncer à tes menaces" (Jon 4:3). Mais je trouve que c'est de la mollesse. J'en ai assez. Je m'en vais au désert. Si tu as de la compassion pour moi, si tu tiens à ma personne et à mon travail de prophète, j'attends de toi que tu tiennes tes promesses et que tu rétablisses ma crédibilité en détruisant la ville. Je vais attendre ce spectacle au désert et voir si tu as plus de compassion pour eux que pour moi.
    "Jonas sortit de la ville et s'arrêta à l'est de Ninive. Là, il se fit une cabane à l'abri de laquelle il s'assit. Il attendait de voir ce qui allait se passer dans la ville. Le Seigneur Dieu fit pousser une plante, plus haute que Jonas, pour lui donner de l'ombre et le guérir de sa mauvaise humeur. Jonas en éprouva une grande joie. Mais le lendemain au lever du jour, Dieu envoya un ver s'attaquer à la plante et elle sécha." (Jonas 4 : 5-7)

    D —    "As-tu raison d'être en colère au sujet de cette plante ?" (Jon 4:9a)
    J —    "Oui, j'ai de bonnes raisons d'être en colère au point de désirer la mort" (Jon 4:9b) Tu ne m'aimes pas, tu n'as pas détruit la ville !
    D —    Jonas, veux-tu jouer une partie d'échecs avec moi ?
    J —    Non, je ne veux pas, parce que je vais perdre.
    D —    Pourquoi penses-tu perdre. Tu as la réputation d'être le meilleur joueur de tout Israël.
    J —    Je vais perdre parce que tu peux lire dans mes pensées la stratégie que je vais utiliser. Je ne veux pas perdre. Je suis devenu le meilleur joueur d'échec d'Israël parce que je déteste perdre.
    D —    Moi non plus je n'aime pas perdre ! Et te rends-tu compte que j'ai le sentiment de perdre chaque fois qu'un être humain sur la terre tombe dans le malheur ou me quitte fâché.
    J —    Vraiment ?
    D —    Oui, vraiment. Qu'as-tu éprouvé lorsque la plante qui avait poussé à côté de ta cabane a séché ?
    J —    Cela m'a contrarié. Elle me faisait de l'ombre pour me protéger de la canicule. J'ai été très content lorsqu'elle a poussé et très fâché lorsqu'elle a séché. J'ai même pleuré lorsque je l'ai vue mourir.
    D —    Et bien, Jonas, j'éprouve la même chose chaque fois qu'un être humain est malheureux. Aussi, s'il m'appelle, je viens à son secours. Malheureusement, je ne peux rien faire contre la volonté des humains. Souviens-toi, lorsque tu étais dans la tempête, j'ai envoyé le gros poisson dès que tu as crié au secours. De même, pour les habitants de Ninive. Ils ont pris ta parole au sérieux et ils ont crié à moi pour que je les sauve. Et j'ai suivi l'élan de mon coeur.
    Jonas, je t'avoue que tout le monde me désapprouve. Tu n'es pas le premier à me trouver trop bon et à être gêné de ma générosité. Je ne sais pas jouer selon les règles et les règlements. Je suis toujours mon coeur. D'ailleurs, je n'aime pas les échecs. Pour gagner, il faut faire perdre son adversaire. Je n'aime pas les situations où l'on gagne seulement lorsque l'autre perd. Si tu avais accepté de jouer, tu aurais gagné, parce que je préfère perdre que de faire perdre l'autre. Mais j'aime jouer, alors, je m'arrange toujours à remettre ceux qui jouent avec moi en selle, pour que la partie continue. C'est pour cela que je ne t'ai pas abandonné dans la mer. C'est pour cela que je ne détruirai pas Ninive. C'est pour cela que les bons et les méchants cohabitent encore sur la terre. Je leur laisse encore une chance de découvrir qu'ils ont un coeur et peuvent le suivre. La vie sur la terre serait tellement plus agréable pour tous si chacun veillait à laisser gagner l'autre. Comme le disait mon fils : "Faites pour les autres exactement ce que vous voulez qu'ils fassent pour vous. Si vous aimez seulement ceux qui vous aiment, pourquoi vous attendre à une reconnaissance particulière ? Même les pécheurs aiment ceux qui les aiment ! Et si vous faites du bien seulement à ceux qui vous font du bien, pourquoi vous attendre à une reconnaissance particulière ? Même les pécheurs en font autant ! Et si vous prêtez seulement à ceux dont vous espérez qu'ils vous rendront, pourquoi vous attendre à une reconnaissance particulière ? Des pécheurs aussi prêtent à des pécheurs pour qu'ils leur rendent la même somme ! Au contraire, aimez vos ennemis, faites-leur du bien et prêtez sans rien espérer recevoir en retour. Vous obtiendrez une grande récompense et vous serez les fils du Dieu très haut, car il est bon pour les ingrats et les méchants." (Luc 6:31-35)
    Comprends-tu, maintenant, Jonas ?
    Depuis-là, les témoignages divergent. Les uns disent que Jonas a compris, les autres qu'il n'a pas compris. S'il avait compris (disent ces derniers) le monde ne serait plus le même, le monde en aurait été complètement changé parce que, avec Jonas, tout être humain aurait compris et reconnu la bonté de Dieu et tous auraient adopté le même comportement.
    Celui qui comprend le message de Dieu adressé à Jonas (cf. Mt 12 : 38-41) commence une nouvelle vie, son comportement en est transformé, il reçoit le don de la compassion et du pardon.
    Que celui qui a des yeux pour voir, qu'il les utilise; que celui qui a des oreilles pour entendre, qu'il entende !
    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2007

    Série de prédications : Jonas 1-2, Jonas 3, Jonas 4

  • Jonas 3. "Les habitants de la ville prirent au sérieux la Parole de Dieu!"

    Jonas 3

    25.4.1999

    "Les habitants de la ville prirent au sérieux la Parole de Dieu!"

    Jonas 2:11 + chap. 3    1 Jean 2:9-11    Mt 5:1-10

    Chers amis,
    Depuis plus de 30 jours, une guerre fait rage en Europe, entre pays européens. Nous sommes tous touchés par les événements qui se déroulent dans les Balkans. Nous sommes tous sensibles à l'horreur de cette guerre — qui se voulait propre, mais se révèle sale ! Qui voulait sauver le Kosovo et ses habitants et qui laisse la voie libre à toutes les exactions.
    Toute cette semaine, ces images de guerre, de réfugiés ont côtoyé, dans ma tête, le texte de Jonas et sa prédication contre Ninive. Et des ponts, des passerelles sont apparus dont j'aimerais vous faire part, sachant, et vous avertissant, que ce sont des passerelles fragiles et des interprétations de circonstances. D'abord, les mots se mêlant dans ma tête, le texte s'est transformé en :
    "Jonas, lève-toi et pars pour Belgrade. Prononce des menaces contre elle, car j'en ai assez de voir la méchanceté de ses habitants."
    On comprend que Jonas ait d'abord fui devant une tâche, une mission aussi périlleuse ! Cependant — et je l'ai esquissé dimanche dernier — Jonas vit dans sa fuite, dans la tempête, une évolution spirituelle. Il accepte de prendre la responsabilité de sa vie et de la remettre entièrement à Dieu en risquant de la perdre. Et c'est ainsi qu'il est sauvé, par l'entremise du grand poisson. Ayant accompli, vécu sa propre conversion, Jonas peut accepter, maintenant, de retourner à Ninive. ayant plongé au fond de la mer (symbole de l'inconscient et des souffrances passées...), ayant été ressuscité par Dieu, il est revêtu d'une force toute nouvelle !
    Jonas doit annoncer le message de Dieu dans une ville qu'on met trois jours à traverser. Or au bout d'un seul jour, l'incroyable arrive :
    "Les habitants de la ville prirent au sérieux la Parole de Dieu!" (Jonas 3:5)
    Ah ! le rêve... notre rêve à tous. Les avertissements, les menaces sont efficaces ! Pourquoi le sont-elles à Ninive et ne le sont-elles pas à Belgrade ? Pourquoi la prédication de Jonas a-t-elle réussi alors que celle de Jésus a échoué ? N'ayons pas peur des mots : la prédication de Jésus pour la conversion immédiate d'Israël et de Jérusalem a échoué. Jésus lui-même l'a reconnu lorsqu'il dit, en parlant du signe de Jonas, que la génération de Ninive jugera la génération présente.
    Alors, que faire de ce texte qui annonce la réussite de la prédication de Jonas et la réalité — celle d'aujourd'hui, comme celle de Jésus — qui nous dit que cela est complètement utopique ? Ce caractère utopique est d'ailleurs déjà présent dans le texte de Jonas, puisque ce texte a été écrit ou est apparu à une époque ou Ninive n'existait déjà plus. Alors, que faire de ce texte ?
    Je pense qu'il y a une façon de s'en sortir. Le texte a pour thème fondamental le retournement, le renversement.
    •    Jonas doit aller à Ninive, mais part à l'opposé.
    •    Jonas est "retourné" par le naufrage et renvoyé à la terre par le grand poisson.
    •    Dieu menace de renverser Ninive.
    •    Les habitants, le roi, les ministres et même les bêtes se repentent, changent de comportement.
    •    Dieu lui-même revient sur sa décision.
    Autant de retournements impliquent que nous devons aussi lire ce texte en nous retournant, en changeant de point de vue.
    En effet, pourquoi nous identifions-nous toujours à Jonas ? Pourquoi Ninive et ses habitants sont-ils toujours les autres ? Nous habitons Ninive. Et les cris de Jonas parviennent jusqu'à nos oreilles.
    Voici ce que pourrait nous dire Jonas : "Vous allez être renversés — comme Ninive — si vous ne vous repentez pas . Vous allez risquer une 3e guerre (mondiale ou européenne) si vous ne prenez pas au sérieux la Parole de Dieu. Changez de comportement, rejetez le mal, choisissez le bien, pour ne pas être engloutis dans un nouveau déchaînement de violence !"
    Prenons au sérieux la Parole de Dieu, pas seulement en temps de crise, mais en tout temps, pour construire des rapports qui développent la paix, pour construire des relations qui endiguent la contamination du mal, de la violence.
    Voici ce que déclare l'apôtre Jean : "Celui qui affirme vivre dans la lumière (= en chrétien) et qui a de la haine pour son frère, se trouve encore dans l'obscurité" (=loin de Dieu) (1 Jn 2:9). La haine de soi, des autres, de Dieu ou de la vie est à la racine de toute violence. La haine est contraire à l'amour, non seulement parce que celui qui hait n'aime pas, mais surtout parce que celui qui est haï ne peut plus aimer.
    Pour nous garder de la haine, nous devons nous garder de juger, c'est-à-dire d'étiqueter et de mettre tout le monde dans le même panier. Il y a des coupables et des victimes dans tous les camps, même si ce n'est pas dans les mêmes proportions.
    Pour nous garder de la haine, il faut réaliser que la paix se prépare d'abord à l'intérieur de soi-même, en se mettant en paix avec soi-même, avec Dieu, avec ses proches et élargir toujours plus ce cercle. "Heureux ceux qui créent la paix autour d'eux, car ils seront appelés fils de Dieu" (Mt 5:9).
    L'évangile est retournement de nos valeurs habituelles qui misent plutôt sur la menace et la violence. Je ne sais pas ce que nous pouvons faire au niveau international pour le Kosovo, mais ce que je sais, c'est que Bussigny va accueillir — probablement à partir du 3 mai prochain — des réfugiés du Kosovo. Nous avons une tâche d'accueil et de pacification à mener ici à Bussigny, dans deux directions : d'une part envers ceux qui viennent trouver refuge chez nous, d'autre part envers la communauté des habitants de la commune afin que les craintes et les barrières s'abaissent.
    En tant que chrétiens, nous avons une vocation d'accueil, d'écoute et de création de paix. J'attends de notre paroisse qu'elle prenne au sérieux la Parole de Dieu, autant que les habitants de Ninive, afin que nous devenions ici des artisans de paix et de réconciliation.
    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2007

    Série de prédications : Jonas 1-2, Jonas 3, Jonas 4

  • Jonas 1-2. L'itinéraire spirituel de Jonas

    Jonas 1-2    18.4.1999

    L'itinéraire spirituel de Jonas

    Jonas 1 + 2: 1-2 +11    Rm 6:3-4    Mt 12 : 38-41

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,

    Aux Pharisiens qui lui demandaient un miracle, Jésus a toujours renvoyé à l'histoire de Jonas. Jésus n'était pas un magicien qui faisait des tours spectaculaires pour convaincre ses spectateurs de sa supériorité ou de son origine divine. Jésus n'avait qu'un seul but : amener ses auditeur à connaître le vrai visage de Dieu et les amener à la foi, c'est-à-dire à faire pleinement confiance à la bonté de Dieu. C'est ce chemin qu'emprunte Jonas, ce chemin que je souhaite vous faire parcourir tout au long du livre de Jonas.

    L'aventure de Jonas est un itinéraire spirituel. Un itinéraire qui n'est pas réservé aux seuls prophètes ! C'est le chemin de tout être humain aux prises avec la vie. Comme Jonas, tout être humain reçoit une mission pour le temps de sa vie sur la terre. Une mission, une tâche, un rôle, une légende personnelle... quel que soit le nom qu'on lui donne, nous avons tous quelque chose à accomplir, à développer. Ce quelque chose est en relation avec notre constitution, notre être profond; il s'agit d'être soi-même et d'agir en pleine cohérence, en communion avec cette identité vraie qui nous habite.

    Mais, comme pour Jonas, accomplir cette mission nous fait peur ! Qui suis-je vraiment ? Et si je me révèle complètement, tel que je suis, ne va-t-on pas voir mes côtés d'ombre, ne serais-je pas dévoilé, démasqué ? Mieux vaut fuir loin de cette mission, loin de celui qui pourrait voir jusqu'au fond de mon âme !

    Aussi, Jonas va-t-il au port et y affrète un bateau — pour lui seul, il loue un bateau avec tout son équipage. Ah ! être maître à bord, voilà un bon antidote à la peur, un masque efficace pour ne pas révéler ses vulnérabilités. Jonas est aux commandes, il dirige son destin / bateau. Il va cependant découvrir qu'on ne peut pas se fuir longtemps, la vie le rattrape, le Seigneur, qui veille sur Jonas, fait se lever un tempête.

    La tempête, double image. D'une part, image de notre être profond qui ne se laisse pas berner par une fuite et se manifeste, se fait entendre. D'autre part, image même de la croyance de Jonas. Lorsque les marins l'interrogent sur son Dieu, Jonas confesse : "Je suis hébreu et j'adore le Seigneur, le Dieu du ciel, qui a créé les mers et les continents". (Jonas 1:9). (Si l'équipage est grec, ils doivent comprendre Poséidon, s'il est romain, Neptune avec peut-être une touche de Jupiter pour le ciel.)

    Jonas a une vision très partielle du Dieu d'Israël, il ne pense qu'au Dieu créateur, tout-puissant, un Dieu qu'il est difficile de différencier de la nature. Est-il celui qui dirige le vent, ou est-il le vent lui-même ? Jonas —  tout prophète qu'il soit — est comme beaucoup de nos contemporains, il croit en une puissance supérieure, forte et menaçante, mais qui est loin du visage du Dieu d'Israël ou du Dieu de Jésus-Christ.

    Jonas a beaucoup à apprendre. Et c'est de là, de cette croyance, dans cette tempête, que va partir son chemin, son itinéraire spirituel. C'est à partir de cette situation qu'il va être conduit, mené à découvrir et à rencontrer un Dieu différent. Dieu ne renie pas l'image que Jonas a de lui, il s'en sert. Plus encore, il s'en est déjà servi dans la vocation de Jonas. Jonas — le colérique — doit annoncer à Ninive la colère de Dieu.

    L'image que Jonas a de Dieu est en relation directe avec sa propre identité et Dieu se sert de cette colère (qui est mise en évidence au chap. 4) pour faire avancer Jonas sur son chemin. Vois ce dont un Dieu en colère est capable ! Il est capable de lever une tempête contre toi comme il est capable de menacer Ninive d'être renversée. En faisant cela, Dieu permet à Jonas de voir, de regarder son côté d'ombre, ce qu'il déteste en lui-même.

    A partir de là, Jonas passe la première étape : il reconnaît sa responsabilité dans ce qui lui arrive. Refuser son être profond conduit droit au conflit — illustré par la tempête (intérieure) — et conduit droit à la mort. Dans une deuxième étape il va oser voir, que même dans cette situation, il a le choix. Il a le choix entre, d'un côté, s'obstiner, rester sur le bateau et périr avec tous ceux qui sont embarqués avec lui, ou de l'autre côté, accepter son ombre et sauter dans le vide, sauter par dessus bord avec deux pensées : les autres auront la vie sauve et "à-Dieu-vat", c'est-à-dire faire une confiance totale à Dieu, lâcher prise.

    Faire confiance à Dieu — en se jetant par dessus bord, à corps perdu dans la confiance — c'est accepter que Dieu a peut-être un autre visage que le terrible Dieu du ciel et des mers. Se jeter à l'eau, c'est l'image du baptême que donne l'apôtre Paul : "Par le baptême, nous avons été ensevelis avec Christ afin que (...) nous aussi vivions une vie nouvelle avec lui" (Rm 6:4). C'est pourquoi Jésus a donné Jonas en exemple, exemple de la foi totale (qui dépasse la vision d'un miracle) et exemple de sa mort et de sa résurrection.

    Jonas accepte donc de jeter le masque, de lâcher prise et de plonger à la découverte de son être véritable en même temps que du vrai visage de Dieu. Et l'inattendu arrive. Qui aurait pu imaginer ce qui allait se passer ? Jonas est sauvé par l'entremise de ce grand poisson. Image de la grâce qui sauve et de la puissance d'un Dieu capable de commander un monstre — bien plus : de suspendre la mort.

    Pour Jonas, cela n'a pas été cependant une partie de plaisir : il passe trois jours et trois nuits, seul avec lui-même et dans le doute le plus absolu sur son devenir...

    La recherche de sa voie, de son être profond, de sa vocation ou de sa légende personnelle passe par des temps de doutes et d'incertitudes comme celui de Jonas. Mais celui qui s'y engage totalement, avec une pleine confiance sera remis sur la terre ferme pour débuter une nouvelle vie, avec une nouvelle force.

    La suite du livre, nous montre comment, la vie de Jonas a complètement changé, alors même que tout a l'air de recommencer à l'identique, puisque le chapitre 3 commence ainsi :"Une deuxième fois, le Seigneur donna cet ordre à Jonas : — Debout, pars pour Ninive et fais-y entendre le message dont je t'ai chargé." (Jonas 3:1-2).

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz 2007

    Série de prédications : Jonas 1-2, Jonas 3, Jonas 4

  • 9.10.06 / Ecclésiaste 11."Jette ton pain à la surface des eaux…"

    Ecclésiaste 11
    9.10.2006
    "Jette ton pain à la surface des eaux…"
    Eccl. 11 : 1-6 Marc 4 : 26-29

    "Jette ton pain à la surface des eaux…" (Eccl. 11:1) (Ecclésiaste = Qohélet dans la TOB)
    Cette phrase de l'Ecclésiaste m'est venue à l'esprit après être tombé sur le même mot, le même jour, dans deux livres très différents. Ce mot qui est venu à moi par ces deux canaux différents, c'est le mot "régenter."
    Je l'ai rencontré dans le livre "Voyages" de Michael Crichton*1. Cet écrivain est l'auteur de la série TV "Urgences." Son livre "Voyages" est une autobiographie où il raconte son parcours, son évolution, sa quête spirituelle. Et il raconte dans l'un de ses voyages sa rencontre avec des villageois de Pahang en Malaisie. Un cerf était arrivé dans ce village quelques années auparavant. Le cerf tuaient les chèvres qu'élevaient les habitants, mais ils avaient accepté le cerf et, du coup, ils avaient cessé de manger leur mets favori. Pour Michael Crichton, il aurait fallu faire quelque chose, trouver une solution, changer la réalité etc., jusqu'à cette prise de conscience : "Les événements s'étaient chargés de me rappeler que j'avais des limites — des limites assez grandes, dans l'ordre général des choses — et que même si je le pouvais, il ne rimait à rien d'essayer de tout régenter." (p.215)
    Ce mot "régenter" je l'ai retrouvé le même jour dans "Les âges de la vie" de Christiane Singer*2. A propos de l'âge adulte elle écrit ceci : "le seul pouvoir auquel il (= l'adulte) puisse prétendre : [est] non celui de régenter les choses, mais de les pénétrer, de les connaître de l'intérieur et de les reconnaître (…)." (p.152)
    Ces deux auteurs, américain pour le premier, française pour la seconde, arrivent au même constat : nous nous épuisons, notre société s'épuise à vouloir tout régenter, tout contrôler (ou faire semblant de contrôler). Et ce contrôle se fait au détriment de la rencontre, au détriment du foisonnement de la vie, au détriment de l'imprévu des relations. C'est en écho à cela que m'est venue à l'esprit cette phrase de l'Ecclésiaste : "Jette ton pain à la surface des eaux…" (Qo 11:1)
    Jusqu'à ce jour je n'avais jamais compris cette sentence. Elle n'avait pas de sens pour moi. Comme conseil cela semble même absurde ! "Jette ton pain à la surface des eaux et avec le temps tu le retrouveras." « Même pôs vrai ! » dirait Titeuf. L'eau va engloutir le pain, ou ce seront les canards, les cygnes et les mouettes qui viendront le manger !
    Alors — si cette phrase veut dire quelque chose — que signifie-t-elle ? La traduction de la Bible en français courant remplace carrément cette phrase par une sorte de commentaire : "Engage-toi dans une affaire, même en courant des risques, un jour tu peux y retrouver ton compte." Voilà qui est pragmatique et qui colle bien avec le néo-libéralisme de notre XXIe siècle. Mais l'Ecclésiaste veut-il vraiment nous dire de nous précipiter pour investir dans le capital risque ? Je sais que le Sage qu'est l'Ecclésiaste est souvent terre-à-terre, mais de là à donner des conseils financiers, j'en doute. Jésus aussi a parlé finance (le débiteur impitoyable (Mt 18 :23-34), l'économe infidèle (Luc 16 :1-9), le paiement de l'impôt à César (Mc 12 :14-17)…) mais c'était toujours pour nous apprendre quelque chose sur les relations humaines et la relation à Dieu. Je crois que là aussi il faut transposer, quitter la finance pour entrer dans les relations humaines.
    Dans ce passage, le Sage dépeint quelques attitudes humaines avec des sortes de maximes ou de slogans très courts*3.

    v.1 "Jette ton pain à la surface des eaux, plus tard tu le retrouveras" c'est la confiance dans la vie, dans le destin.
    v.2 "Donne à sept, à huit même, on ne sait jamais sur terre ce qui peut arriver" c'est la mutualité, la réciprocité.
    v.3 "Les nuages chargés se déverseront sur la terre. Si sous le vend du sud ou sous le vent du nord l'arbre tombe. Là où est tombé l'arbre, là il reste" c'est le poids de la réalité, les limites incontournables qui conduisent à la fatalité.
    v.4 Si tu t'inquiètes du vent, tu ne sèmeras jamais. Si tu scrutes les nuages, tu n'auras pas de récolte" c'est l'expression de la peur qui paralyse.
    v.5 Tu ne sais pas la route du vent, tu ne sais pas où sont les os dans le ventre d'une femme enceinte, ainsi tu ne sais pas ce que Dieu fait, lui qui fait tout" c'est le non-savoir de l'homme face à l'œuvre de Dieu.
    Autant de maximes, autant d'attitudes face à la vie, au destin. Mais il y a aussi une invitation, au début des vv.1 et 2 et à la fin avec le v.6 "Dès le matin sème la semence, jusqu'au soir ne laisse pas reposer ta main. Tu ignores ce qui réussira, ceci, cela, ou les deux à la fois ?" Face à la fatalité et aux contraintes de la réalité (v.3), face à la peur paralysante (v.4), face à l'appréhension d'un avenir incertain (v.5) le Sage invite à la confiance (v.1), à la réciprocité (v.2) et au faire teinté de lâcher prise (v.6). L'action a son sens en elle-même, ce sens ne dépend pas de son résultat. Une action peut ne pas atteindre son but, cela n'a pas d'importance, c'est le chemin qui compte. L'important, c'est de semer, le reste en nous appartient pas, le reste ne se laisse pas régenter. C'est ce que nous dit Jésus dans la parabole de la semence qui pousse toute seule (Mc 4:26-29).
    Le Sage nous invite à ne pas avoir peur des incertitudes, il nous pousse même à "surfer" sur le non-savoir (v.5). On ne sait pas, mais finalement tout est entre les mains de Dieu, qui fait tout. C'est donc l'occasion de lui faire confiance, de miser sur Lui qui — dans ce qui nous échappe — donne tout de même un sens. Régenter, contrôler, c'est prendre le risque de limiter les chances que Dieu intervienne dans l'imprévu, dans les coïncidences, par le hasard des situations et des chemins. Régenter, contrôler, c'est se fermer à la possibilité de rencontres imprévues, de surprises. Le sage — tout en connaissant le poids du réel et des contraintes — nous invite à faire confiance en la vie, en la générosité de la vie, en nous permettant des actes dont nous ne contrôlons pas le devenir.
    "Jette ton pain à la surface des eaux." Maintenant, cette phrase peut déployer, révéler son sens. Pour cela nous devons la décortiquer comme une noix et voir ce que chacun des mots renferme, chercher le deuxième sens des mots.
    Commençons par la fin :
    - les eaux. On trouve les eaux dans le poème de la création. Elles représentent le chaos primordial : "l'esprit de Dieu planait sur la surface des eaux"" (Gn 1:2). On les retrouve dans le déluge, porteuses de mort. On les retrouve avec la passage de la Mer des Roseaux s'ouvrant pour laisser passer les hébreux et s'abattant sur l'armée du pharaon. Les eaux, c'est donc la mort.
    - à la surface de… c'est exactement la même expression que dans Gn 1:2. C'est littéralement "contre la face, contre le visage. Il y a une forte opposition.

    Jusque là, la phrase se transforme en "Jette ton pain contre la face de la mort." Il faut encore traduire la première partie de la phrase.
    - le pain. Dans l'évangile de Jean, Jésus dit : "Je suis le pain descendu du ciel" (Jn 6:51) et aussi "Je suis le chemin, la vérité et la vie" (Jn 14:6). Le pain est la base de la vie, la vie terrestre. On peut donc remplacer pain par vie.
    - jeter. On va encore remplacer "jeter" pour que la traduction soit complète, enlever le côté "se débarrasser de" tout en gardant le côté dynamique. Optons pour "lancer", comme lancer un projet.
    Cela donne finalement : "Lance ta vie contre la face de la mort" qui peut aller aussi bien dans le sens de "Vis ta vie en faisant un pied de nez à la mort" ou "Lance-toi à l'assaut de la mort."
    Vivre, c’est le contraire de se laisser à aller à la fatalité, à l'inquiétude face au risque ou à l'ignorance. Vivre vraiment, c'est se lancer à l'assaut de tout ce qui tue la vie, combattre tout ce qui tue nos relations, écarter tout ce qui nous ferme à la rencontre, toutes les gènes de déranger les autres, de les bousculer. Jésus disait : "Celui qui cherchera à sauver sa vie la perdra, et celui qui la perdra la retrouvera" (Lc 17:33). C'est la même chose ! Jette ton pain à la surface des eaux, lance-toi dans la vie !
    Amen


    *1 Michael Crichton, Voyages, Paris, Robert Laffont, 1998 (Pocket 10524)
    *2 Christiane Singer, Les âges de la vie, Paris, Albin Michel, 1990 (Espaces libres 8)
    *3 citations selon la traduction : La Bible nouvelle traduction, Paris Bayard, 2001

    © 2006, Jean-Marie Thévoz