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Clamans

  • Un semeur insensé

    (17.9.2000)

    Marc 4

    Un semeur insensé

    Deutéronome 6 : 1-9.     Marc 4:1-9

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    Chers amis,

    De nos jours de puissants tracteurs tirant des remorques perfectionnées s'occupent à semer en lignes bien droites nos champs de blé, de maïs, de tournesols ou de soja. Arrivé au bout de son champ, l'agriculteur bloque l'épandage de la semeuse avant de faire son demi-tour et repartir. Qui a l'idée de perdre du grain sur le chemin, dans les cailloux ou dans les ronces ?

    Cette attitude ne date cependant pas d'aujourd'hui et de nos puissantes machines, ou de notre désir d'efficacité. Il faut imaginer le petit paysan du temps de Jésus. Il n'a pas acheté son blé à une multinationale. Il tient son grain de la part qu'il a mise de côté dès la dernière moisson, sur sa dernière récolte. Ce grain est le fruit de ses efforts, il ne va pas le gaspiller sur le chemin, dans les cailloux ou les ronces.

    Pire encore, si la récolte de l'année a été mauvaise, il doit — avec toute sa famille — se restreindre et surtout ne pas toucher à cette partie mise à part, de peur de compromettre toute récolte future ! Qu'il est précieux le grain à semer !

    Il n'y a qu'un insensé qui peut se comporter comme le semeur dont parle Jésus ! Un insensé ou quelqu'un qui possède des ressources inépuisables. Le semeur dont Jésus parle est un mélange des deux. Il fait le pari fou que le miracle de la germination peut se produire partout, qu'il vaut la peine de semer à tout vent, qu'on ne peut pas préjuger de ce qui va se passer.

    On ne peut pas préjuger que cette personne-là sera réceptive et celle-ci non. On ne peut pas préjuger que cet individu sera touché et que celui-là ne peut pas l'être. On ne peut pas le préjuger avant d'avoir semé.

    Et Dieu se refuse à préjuger, il est assez fou et généreux pour s'adresser à chacun, à celui dont le coeur a tant été piétiné qu'il est devenu dur comme de la terre battue; autant à celui dont la vie est si remplie de malheurs qu'il ne semble pas y avoir de place pour autre chose, qu'à celui qui se sent envahi par le chagrin ou les scrupules, par la culpabilité ou les soucis.

    Aucun n'est finalement inatteignable, impénétrable à l'amour de Dieu. Dieu s'abaisse et s'approche de chacun d'eux, de nous, pour les relever et leur offrir la possibilité du bonheur.

    Ce mouvement d'approche de Dieu vers nous est léger comme un grain qui tombe sur le sol. Ce n'est pas la foudre qui frappe, ce n'est pas un tremblement de terre qui creuse une faille, ce n'est pas un vent qui déracine les arbres (allusion à 1 Rois 19: 11-13), c'est juste un grain qui tombe par terre.

    [Je lâche quelques grains de blé du haut de la chaire pour faire entendre le bruit que cela fait]

    Vous avez entendu ? Presque rien ou même rien du tout ! Ce n'est pas pour rien que Jésus commence sa parabole en disant "Ecoutez !" (Mc 4:3) et qu'il la termine par ces mots : "Que celui qui a des oreilles pour entendre, qu'il entende, qu'il s'en serve !" (Mc 4:9)

    Dieu ne s'impose pas à l'être humain, il est discret comme un grain qui tombe par terre, mais ce grain est lourd d'une multitude de potentialités pour celui qui l'accueille et le laisse se développer.

    Lors du baptême, la graine de l'amour de Dieu est semée, un geste, quelques gouttes d'eau, une promesse de présence et d'amour et la possibilité d'une croissance merveilleuse.

    Comme l'enfant que Dieu confie à ses parents, le grain nous est confié. A partir de là, nous sommes investis d'une responsabilité envers nous-mêmes, envers nos proches, envers la terre entière. Cet amour reçu, allons-nous le laisser s'envoler, s'assécher, s'asphyxier ? Ou allons-nous le développer, lui faire porter du fruit, le transmettre, le faire rayonner afin que le monde en soit enrichi et élevé ?

    Que celui qui veut entendre, ouvre ses oreilles et son esprit.

    Amen

     

    © Jean-Marie Thévoz, 2021

     

  • Avec le retour de l'Exil, Esaïe présente un Dieu maître de l'Univers et un Serviteur souffrant

    (15.8.2004)

    Esaïe 40

    Avec le retour de l'Exil, Esaïe présente un Dieu maître de l'Univers et un Serviteur souffrant

    Esaïe 40 : 1-8       Esaïe 43 : 14-21      Esaïe 53 : 1-5

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    Chères paroissiennes, chers paroissiens,

    J'aborde aujourd'hui le troisième volet de l'histoire de l'Exil à Babylone et de l'impact que cet Exil a eu sur l'écriture et la théologie de la Bible, de l'Ancien Testament, mais aussi du Nouveau Testament.

    Jérémie avait annoncé l'invasion du Royaume de Juda et la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor, le roi de Babylone. Il en était résulté la perte du pays, du Temple et de la royauté. Ezéchiel, déporté avec l'élite d'Israël, a montré aux exilés que Dieu — sur son char de feu — les a accompagnés dans leur malheur. Après 40 ans d'exil, Esaïe annonce le retour au pays, à Jérusalem.

    Là, je dois ouvrir une parenthèse et donner quelques explications sur le livre d'Esaïe et le prophète. Le lecteur est en effet confronté à quelques problèmes de datation. Le prophète Esaïe, tel qu'il nous est présenté au début du livre d'Esaïe, s'adresse à des rois qui règnent entre 740 et 700 av. J.-C. La voix qui s'élève pour annoncer le retour de l'Exil à Babylone proclame ce message autour de l'an 540, soit deux siècles après les premières paroles d'Esaïe.

    Clairement, le livre d'Esaïe contient des déclarations de plusieurs prophètes qui se sont exprimés à des périodes différentes. Les chapitres 1—39 viennent du prophète historique, celui dont nous avons des détails biographiques (Es 6 et parallèles dans 2 Rois). Les chapitres 40—55 proviennent d'un prophète dont nous ne savons pas le nom et que l'on appelle communément le Second Esaïe. Les chapitres 56—66 sont un peu plus tardifs et peuvent être attribués à un troisième prophète.

    Les paroles sur le retour de l'Exil appartiennent à la deuxième partie du livre d'Esaïe. C'est de cette deuxième partie, donc du Second Esaïe que je parle aujourd'hui. Je ferme la parenthèse.

    Donc, après 40 ans d'exil, voici l'annonce du retour au pays pour les déportés. Le prophète nous dit que Dieu a décidé de mettre fin à l'Exil, à la punition :

     

    "Rassurez Jérusalem, criez-lui qu'elle en a fini avec les travaux forcés et qu'elle a purgé sa peine. (Es 40:2)

    Esaïe annonce un retour grandiose avec ce texte que l'on lit généralement à Noël pour annoncer la venue du Messe :

     

    "Ouvrez une route pour notre Dieu, qu'on relève le niveau des vallées, qu'on abaisse montagnes et collines... " (Es 40:4)

    Dieu va se servir d'un conquérant étranger : le roi perse Cyrus, pour renverser le pouvoir de Babylone. Cyrus, en effet, établit sur tout le croissant fertile son pouvoir et dicte un décret qui permet aux populations déportées de retourner dans leurs pays respectifs.

    En affirmant que c'est Dieu qui envoie Cyrus (Es 45:1) Esaïe transforme, élargit l'image que les juifs déportés pouvaient avoir de Dieu. Le Dieu d'Israël n'est plus seulement le Dieu, le maître d'un seul peuple, il est le maître de tous les peuples, le maître de l'Univers. Dieu reste attaché par un lien particulier avec son peuple, mais il s'affirme comme le seul Dieu (ce que nous avons entendu dans la louange d'Esaïe (Es 40:12-26)).

    C'est lui aussi qui s'affirme comme le seul Roi d'Israël. Il est le seul qui dirige le peuple et le pays. De fait, Israël ne regagnera jamais son indépendance et ne pourra jamais rétablir une royauté politique. La royauté devra être transformée pour resurgir. La royauté politique sera transformée en attente messianique. Le messie étant celui que Dieu choisit pour réaliser sa volonté.

    Si Dieu devient le maître de l'histoire en utilisant Cyrus, il devient aussi, dans la bouche d'Esaïe, le créateur du monde — et c'est de cette époque que l'on date le grand poème de la création en six jours de Genèse 1.

    Quel effet, quel retentissement peut avoir pour le peuple d'Israël cet élargissement de la représentation de Dieu ? Le risque c'est que Dieu s'éloigne, que sa majesté et sa grandeur deviennent un obstacle dans la relation avec chacun. Ce risque d'éloignement explique peut-être la présence de quatre poèmes qui décrivent un mystérieux Serviteur de Dieu.

    Ce Serviteur est à l'opposé de la majesté divine, il a été choisi par Dieu pour instaurer le droit (Es 42:1), mais "il ne crie pas, il n'élève pas la voix (...) il n'éteint pas le lumignon qui fume" (Es 42:2-3). C'est un serviteur humble, qui va même être bafoué, rejeté, maltraité "sans rien dire, comme un agneau qu'on mène à l'abattoir" (Es 53:7).

    Cette partie du livre d'Esaïe nous présente donc deux extrêmes inconciliables avec d'un côté la majesté du Créateur et maître de l'Univers et de l'autre le dernier des méprisés. Et pourtant celui qui est méprisé de tous est celui que Dieu choisit et va réhabiliter. Est-ce une façon pour le Second Esaïe de parler du peuple en Exil ou de parler de lui-même dont le message est peut-être rejeté ? Nous ne le savons pas.

    Ce qu'on peut percevoir, c'est que Dieu se trouve à ces deux extrêmes. Au sein de ce mouvement d'éloignement possible entre la grandeur de Dieu et la petitesse humaine, les poèmes du Serviteur rappellent et raffermissent la spécificité du Dieu biblique : il est le Dieu qui rétablit les victimes : Abel contre Caïn, Joseph contre ses frères, les hébreux contre Pharaon, les exilés contres leurs oppresseurs.

    Si Dieu s'affirme comme Créateur et maître de l'Univers, il veut rester le Dieu proche qui rencontre les humains au coeur de la vie et de ses difficultés. S'il est celui qui ouvre une route dans le désert, il est celui qui se présente à Noël dans une crèche et à vendredi-saint sur la croix. Sa royauté ne s'établit pas sur les humains par la violence, mais par une approche faite de discrétion et de tendresse.

    En Jésus-Christ, les chrétiens reconnaîtront en même temps l'image de Dieu, le Seigneur, et l'image du Serviteur souffrant (le Second Esaïe est le prophète le plus cité dans le Nouveau Testament). L'image de celui qui, d'une façon que nous ne comprenons pas aujourd'hui, dirige l'univers tout en prenant soi de chacun de nous.

    Avec l'Exil, Israël a perdu sa royauté politique pour ouvrir l'espace d'une royauté nouvelle qui ne doit rien à la force mais tout à l'amour gratuit de Dieu !

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2021

  • Sur son char de feu, Dieu rejoint son peuple en Exil

    (8.8.2004)

    Ezéchiel 10

    Sur son char de feu, Dieu rejoint son peuple en Exil

    Ezéchiel 10:18-22 + 11:22-25       Exode 40:16-21+33-38       Ezéchiel 39:23-29

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    Chères paroissiennes, chers paroissiens,

    Dimanche passé, nous avons entendu comment le prophète Jérémie interpellait ceux qui entraient dans le Temple de Jérusalem, pour dénoncer leur hypocrisie et annoncer la perte du pays. En 587, Jérusalem a finalement été prise par les Babyloniens. Le roi, les dirigeants et l'élite d'Israël sont déportés à Babylone. Le Temple de Jérusalem ainsi que la ville sont détruits.

    Le prophète Ezéchiel fait partie des premiers déportés et il va s'adresser à ceux qui ont été déportés avec lui, et parfois à ceux qui sont restés dans le pays. Sa grande tâche, c'est de transmettre à ses compagnons d'infortune les paroles du Dieu qui les a mis dans cette situation. Tâche difficile. En effet, soit Dieu n'a pas su défendre son peuple contre les Babyloniens et il ne vaut rien en tant que Dieu national : c'est un Dieu faible; soit Dieu a bien voulu que cela arrive, alors comment lui faire encore confiance et s'attacher à lui ?

    Jérémie, qui parlait avant la catastrophe prévisible, disait : Dieu va faire arriver cela, à moins que nous ne changiez de comportement. Il y avait l'espoir d'éviter cette catastrophe. Ezéchiel parle alors que le désastre est arrivé et il concède que Dieu a laissé faire, comme en miroir de l'attitude du peuple à son égard : vous voulez vivre sans moi, et bien voyez comment cela se passe lorsque je ne vous sauve pas ! Mais ce n'est pas le dernier mot de Dieu ! Si Dieu se détourne, ce n'est jamais pour longtemps. Ezéchiel n'est pas un prophète de malheur, comme Jérémie, il est là pour transmettre ce que Dieu veut faire pour son peuple en exil. Dieu reprend l'initiative pour renouer le dialogue.

    Le prophète Ezéchiel va avoir plusieurs visions de ce que Dieu entreprend pour les exilés. Deux visions d'Ezéchiel sont bien connues, celle du char de feu et celle de la vallée des ossements, ossements qui vont reprendre vie. La vision qui m'intéresse maintenant est celle du char de feu. C'est une vision grandiose. L'engin nous est présenté longuement dans le chapitre 1. Si Ezéchiel parlait avec le vocabulaire d'aujourd'hui, je pense qu'il parlerait en termes de vaisseau spatial scintillant — ce que n'a pas manqué de relever Erich von Däniken, le créateur du Mystery Park d'Interlaken, qui prend Dieu pour un extraterrestre !

    Au-delà de la représentation visuelle de ce mystérieux char de feu volant, c'est ce que le prophète veut nous dire de Dieu lui-même et de son attitude qui est important. Oui, le peuple d'Israël a été déporté. Oui, le Temple de Dieu a été détruit, mais Dieu n'est pas anéanti, Dieu n'est pas bloqué à Jérusalem ! Dans le passage que vous avez entendu (Ez 10), le char de feu s'élève d'abord au-dessus du Temple, puis s'oriente vers l'Est, part en direction du Mont des Oliviers, puis voyage jusqu'au lieu où se trouve le prophète, le long de la rivière Khebar. Dieu n'est pas fixé dans son Temple ! Dieu est mobile, il prend la route et il rejoint son peuple là où il se trouve, en exil. Dieu déménage, Dieu s'exile avec ceux qu'il aime !

    La destruction du Temple — aussi catastrophique qu'elle soit — est l'occasion d'un recommencement, de débuter quelque chose de neuf, de nouveau. Elle permet une nouvelle forme de présence de Dieu. Dieu devient mobile, il n'est plus lié à un lieu. Un Dieu mobile devient un Dieu qui peut nous rejoindre là où nous sommes, qui peut venir jusqu'à nous.

    En fait de Dieu mobile, c'est une nouveauté pour les habitants sédentaires de Jérusalem, mais ce n'est pas une nouveauté pour une population nomade ! Dans le livre de l'Exode, Dieu accompagne le peuple hébreu, depuis la sortie d'Egypte jusqu'à l'entrée dans le pays de Canaan, c'est déjà un Dieu qui voyage. Le char de feu n'est donc pas sans rappeler la nuée qui ouvre la route des hébreux dans le désert.

    A la fin du livre de l'Exode, il y a même la description d'un Temple fait de poteaux et de toiles, montable et démontable, pour y placer l'arche de l'alliance. Si la tradition de l'Exode et de la nuée sont très anciennes et ont sûrement inspiré Ezéchiel, on peut se demander si le sanctuaire mobile — dont le plan ressemble tellement au deuxième Temple — n'est pas inspiré des projets de reconstruction du Temple, élaborés pendant ou juste après l'Exil. Il y a dû y avoir plusieurs projets de reconstruction du Temple de Jérusalem. Ezéchiel, lui-même, fait sa propre proposition dans les chapitres 40 à 48. Mais au vu des recherches archéologiques sur le Temple construit, ce n'est pas sa proposition qui a été retenue.

    Même si Ezéchiel prévoit une reconstruction d'un Temple en pierre à Jérusalem — à cette époque on ne peut pas encore s'en passer — Ezéchiel pose les fondements d'une religion plus intérieure. Dans son chapitre de conclusion avant son plan du Temple, au chapitre 39, Ezéchiel transmet ce message de la part de Dieu : "J'animerai les Israélites de mon Esprit." (Ez 39:29). Phrase qui sera développée dans ce passage bien connu qui est souvent repris dans les liturgies de baptême :

     

    "Je vous donnerai un coeur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J'enlèvera votre coeur insensible comme une pierre et je le remplacerai par un coeur réceptif. Je mettrai en vous mon Esprit, je vous rendrai ainsi capable d'obéir à mes lois, d'observer et de pratiquer les règles que je vous ai prescrites. Alors vous pourrez habiter dans le pays que j'ai donné à vos ancêtres; vous serez mon peuple et je serai votre Dieu." (Ez 36:26-28)

    Alors que le Temple est détruit, la relation à Dieu doit passer par d'autres canaux que les gestes rituels et sacrificiels. Les déportés à Babylone — s'il veulent conserver leur foi et leur identité — ont dû inventer une nouvelle forme de relation à Dieu, de vie spirituelle. Cette nouvelle relation à Dieu passe par un engagement moral : obéir à la loi, autant à la loi morale qu'à la loi cultuelle (les fêtes).

    Cet engagement — pour Ezéchiel — devient un engagement personnel. En effet, Ezéchiel développe le principe de la responsabilité personnelle devant Dieu, notamment en critiquant un proverbe de l'époque : "Les parents ont mangé des raisons verts et ce sont les enfants qui ont mal aux dents !" (Ez 18:2). Ce ne sera plus ainsi, dit-il, chacun porte la responsabilité de son propre comportement. C'est l'obéissance personnelle aux commandements de Dieu qui est importante et cette obéissance ne peut se réaliser que dans la connaissance personnelle de Dieu. On quitte donc une simple obéissance rituelle pour accéder à une adhésion morale de tous les jours.

    Jésus portera cette adhésion à son achèvement, à son accomplissement, lorsqu'il reprend les commandements dans le Sermon sur la montagne (Mt 5—7) et les poussera jusqu'à leur extrême limite, jusqu'à l'accomplissement d'un amour total en poussant l'amour du prochain jusqu'à l'amour des ennemis.

    A ce niveau d'intériorisation de la loi et de la relation à Dieu, plus aucun Temple de pierre n'est nécessaire. Ce que Dieu attend, c'est une communauté habitée par l'Esprit et faite de pierres vivantes.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2021

     

     

  • Jérémie prêche la cohérence entre l'être et le faire, pour ne pas perdre le pays

    (1.8.2004)

    Jérémie 7

    Jérémie prêche la cohérence entre l'être et le faire, pour ne pas perdre le pays

    Deutéronome 12:1-5 + 16:18-20          2 Rois 21 : 10-16      Jérémie 7 : 1-15

    télécharger le texte : P-2004-08-01.pdf

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,

    Comme j'en ai pris l'habitude pendant les derniers étés, je vais vous proposer une suite de trois prédications. Le fil conducteur en sera l'épisode historique de l'Exil à Babylone dans l'histoire du peuple d'Israël.

    Cet Exil — qu'on date de 587 avec un retour dès 540 av. J.-C. — a un rôle central dans l'histoire de la Bible, bien que, paradoxalement, la Bible en parle peu directement. En effet, les livres historiques qui nous retracent l'histoire du peuple d'Israël s'arrêtent (à la fin de 2 Rois ou 2 Chroniques) sur le départ en exil. Nous n'avons donc pas directement de récits concernant le devenir des exilés ou leur vie à Babylone. La Bible ne relate donc pas l'Exil en termes d'histoire, comme si l'histoire d'Israël s'était terminée avec la perte du pays, du Temple et de la royauté. Pourtant, l'Exil a un rôle central pour la Bible et l'Ancien Testament !

    D'abord le thème de l'Exil tient une très grande place dans le message prophétique. Les messages des trois grands prophètes — Esaïe, Jérémie et Ezéchiel — sont centrés sur cette période. La première partie d'Esaïe porte sur la perte du Royaume du Nord. Jérémie annonce l'Exil à Babylone. Ezéchiel est un prophète en exil qui parle aux exilés. La deuxième partie du livre d'Esaïe porte sur le retour de l'Exil. Si l'Exil n'a pas été raconté, il est l'objet d'une multitude de messages prophétiques et de réflexions sur la relation entre Dieu et son peuple.

    Ensuite, on peut dire que la Bible, l'Ancien Testament, est née de l'Exil et de la réflexion sur cet événement. L'ancien Testament est une longue réflexion — évolutive — sur la signification des événements historiques lorsque ceux-ci sont reçus comme des messages divins.

    Ainsi, les textes bibliques, qui nous sont parvenus, sont le résultat d'un immense travail rédactionnel où des textes anciens sont réinterprêtés, remis en perspective pour expliquer les événements récents. Il y a dans l'Ancien Testament, un travail d'interprétation et de réactualisation du message qui s'est étendu sur plusieurs siècles avant que le texte ne finisse par se stabiliser dans la forme que nous connaissons. En cela la Bible se différencie complètement du Coran, texte reçu littéralement.

    Le texte biblique est en prise constante avec l'histoire. A partir de deux sortes de sources principales, les récits tribaux (par ex. les Patriarches) et les Prophètes, et à travers les catalyseurs de l'histoire, le texte actuel de l'Ancien Testament s'est développé pour rendre compte de la foi d'un peuple qui a traversé plusieurs catastrophes, dont la perte du Royaume d'Israël du Nord en 721 et l'Exil de 587 sont les principales et les plus marquantes.

    La perte du Royaume du Nord, qui avait Samarie pour capitale et Silo comme lieu de culte a été le premier choc. Les élites du Royaume d'Israël se sont réfugiées à Jérusalem, emportant avec elles leurs traditions, leurs récits et leurs codes de lois. Les spécialistes de l'Ancien Testament pensent que le noyau du livre du Deutéronome a été une production du Royaume d'Israël, arrivé avec les réfugiés à Jérusalem. Ce noyau du Deutéronome (dont vous avez entendu quelques paroles) est très proche du message du prophète Jérémie.

    Jérémie prêche trois choses : la sincérité de la foi, la justice sociale et la confiance politique en Dieu seul. C'est pourquoi Jérémie — dans le récit que nous avons entendu — se place à l'entrée du Temple pour annoncer les oracles du Seigneur. Il interpelle directement ceux qui montent au Temple ! Il leur demande une conduite éthique qui soit en accord avec leur venue au Temple pour adorer Dieu.

    Jérémie lie la possession du pays au respect des commandements divins, c'est-à-dire le refus de l'idolâtrie et le respect du droit, de la justice, de la loi. Jérémie rappelle les événements politiques antérieurs : la chute du Royaume d'Israël (Samarie et Silo) qui préfigure ce qui peut arriver à Jérusalem et au Royaume de Juda.

    Les habitants de Jérusalem prennent le Temple — en lui-même — comme une assurance écartant tout risque pour Jérusalem. "C'est ici le Temple où demeure le Seigneur, le Temple du Seigneur, le Temple du Seigneur..." (Jér 7:3) Comme si cette litanie pouvait les sauver et leur permettre n'importe quels agissements dans leur vie privée ou dans la vie économique !

    Aussi Jérémie annonce-t-il que le Royaume de Juda connaîtra le même sort que le Royaume d'Israël, si le message et les commandements de Dieu ne sont pas respectés. Jérémie est donc un prophète de malheur — et toute sa vie il en souffrira dans sa chair. Mais c'est aussi un prophète d'espoir, puisqu'il annonce que la conversion peut tout changer. La conversion à laquelle Jérémie appelle, c'est de mettre en cohérence sa vie cultuelle avec ses comportements. Il fustige une religion qui pourrait rester extérieure, seulement rituelle, l'idée que le bon sacrifice fait au bon moment puisse rendre blanc comme neige. Cette cohérence entre culte et éthique ou justice est présente chez tous les prophètes et constitue une spécificité et une constante dans la Bible, et Jésus s'inscrit aussi dans cette longue lignée.

    Jérémie, mais aussi le Deutéronome dans ses éditions successives, vont ainsi lier le don du pays à cette obéissance, cette cohérence entre l'être et le faire. Le don du pays est lié à l'obéissance à la loi, c'est-à-dire au respect et à l'amour pour Dieu. C'est ainsi que Jérémie pourra aussi annoncer un retour, retour d'Exil et retour à Dieu — qui vont de pair.

    Il y aura un nouveau don du pays pour un reste, pour les exilés, pour ceux qui vivent cette cohérence intérieure. Le salut passe par l'intériorisation du message de Dieu, comme le dit Jérémie :

     

    "Quand le royaume de Babylone aura duré 70 ans, alors j'interviendrai pour vous et je réaliserai le bien que je vous ai promis : je vous ferai revenir ici à Jérusalem. Car moi, le Seigneur, je sais bien quels projets je forme pour vous; et je vous l'affirme : ce ne sont pas des projets de malheurs, mais des projets de bonheur. Je veux vous donner un avenir à espérer. Si vous venez alors m'appeler et me prier, je vous écouterai; si vous vous tournez vers moi, vous me retrouverez. Moi, le Seigneur, je vous le déclare : si vous me rechercher de tout votre coeur, je me laisserai trouver par vous. Je changerai votre sort, je vous ferai sortir de chez toutes les nations et de tous les endroits où je vous ai dispersés. " (Jr 29:10-14)

    Cette intériorisation finira même par prendre le pas sur le don du pays : il est possible de bénéficier des bénédictions de Dieu sans avoir une terre à soi.

    En ce 1er août, peut-être devrions-nous aussi réfléchir à ce que signifie "posséder ce pays" et les conditions éthiques, de justice, qui sont nécessaires pour que nous en soyons encore les dignes habitants et gouvernants.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2021

  • Le péché ? Une attitude de méfiance à l'égard de la bienveillance de Dieu

    (26.7.1998)

    Genèse 3

    Le péché ? Une attitude de méfiance à l'égard de la bienveillance de Dieu

    Genèse 3 : 1-7.       Romains 8 : 1-4.   Marc 7 : 14-19. 

    télécharger le texte : P-1998-07-26.pdf

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,

    Nous avons vu lors des deux précédentes prédications (12 et 19.7.98) comment Dieu avait créé le monde et l'être humain en recherchant le bonheur de l'humanité. Ce récit de création est immédiatement suivi du récit de l'irruption du péché dans le monde. Je vais essayer de vous parler du péché, même si c'est un sujet difficile; on a beaucoup de souvenirs, de mauvais souvenirs où le péché a été brandi pour nous culpabiliser. En effet, lorsqu'on parle de la chute de l'humanité, on cherche trop souvent le ou les coupables. Je voudrais éviter ce piège. Essayons d'oublier nos idées toutes faites pour nous concentrer sur le message du texte qui commence ainsi :

    "Le serpent était le plus rusé de tous les animaux sauvages que le Seigneur avait faits" Gn 3:1

    Après l'homme, les arbres, les animaux et la femme, une nouvelle figure apparaît dans la création, celle du serpent, "le plus rusé de tous les animaux que le Seigneur avait faits". C'est le serpent qui prend l'initiative du dialogue, c'est le serpent qui convainc la femme et l'homme de manger du fruit défendu. Plus tard, lorsque Dieu interrogera l'être humain sur ce qui s'était passé, l'homme dira : "c'est ma femme", et la femme "c'est le serpent". Dans quelque sens qu'on prenne cette histoire, on butte sur le serpent qui est désigné comme l'origine du mal, la cause de tout. Bien sûr, certains n'ont pas manqué de rajouter que si Dieu a fait le serpent, on peut rejeter la faute sur Dieu lui-même.

    Je crois que la figure du serpent est placée là — volontairement dans le texte — pour indiquer que la poursuite d'un responsable, d'un fautif est inutile. C'est une voie sans issue, une fausse route. L'important est ailleurs que dans la cause, l'origine. L'important, c'est le mécanisme qui a déclenché l'irruption du péché dans le monde.

    Mystérieusement, la possibilité du mal était déjà là, rampante et tapie (Gn 4:7) dans le monde, de la même manière que le malheur peut tomber à l'improviste sur n'importe qui, à n'importe quel moment, sans cause, sans faute de la part de quiconque.

    L'important est donc de porter notre regard sur ce qui se passe, sur le mécanisme qui met en route ce qu'on appelle le péché. Ce mécanisme est visible dans le dialogue mené par le serpent. Que dit-il ?

    v1. "Est-il vrai que Dieu vous a dit : “vous ne devez manger aucun fruit du jardin ?”

    Entendez-vous ce que fait le serpent ? Il met systématiquement en doute ce que Dieu a dit.

    v2. La femme répondit au serpent : “Nous pouvons manger les fruits du jardin. v3. Mais quant aux fruits de l'arbre qui est au centre du jardin, Dieu nous a dit : «Vous ne devez pas en manger, pas même y toucher, de peur d'en mourir»”.

    La femme est au clair sur ce que Dieu a dit et elle rectifie correctement le commandement de Dieu.

    v.4 Le serpent répliqua “ Pas du tous, vous ne mourrez pas. Mais Dieu le sait bien : dès que vous en aurez mangé, vous verrez les choses telles qu'elles sont, vous serez comme lui, capables de savoir ce qui est bien ou mal.”

    Alors le serpent utilise une autre ruse. Il suggère habilement que Dieu agit envers l'être humain avec une intention autre que celle qu'il affiche, avec une intention mauvaise.

    L'intention positive, favorable de Dieu à l'égard de l'homme et de la femme que nous avons vue dans le récit de création qui précède, l'attention de Dieu au bonheur de l'être humain, cette bonté de Dieu est transformée par le serpent en une intention perverse de Dieu.

    Dieu n'agit pas pour votre bien, dit le serpent, il ne cherche qu'à protéger son pouvoir (sur la vie ou la connaissance). L'abondance à laquelle vous croyez n'est qu'un leurre, une illusion pour vous cacher tout ce que vous pourriez avoir et devenir !” Le serpent fait croire à l'être humain que Dieu n'a qu'une intention : les priver de la vraie vie. Il instille la méfiance envers Dieu. Et cela marche, hélas ! A ce moment-là de l'histoire de l'humanité comme aujourd'hui. La méfiance envers Dieu s'installe et ils goûtent à l'arbre de la confusion du bien et du mal.

    Ce qu'on appelle le péché, ce n'est pas un acte ou un autre que la morale réprouve, c'est une attitude fondamentale de méfiance envers Dieu et envers les autres. Le péché n'est pas d'avoir mangé du fruit défendu, mais d'avoir mis en doute l'intention bonne de Dieu.

    Vous avez entendu dans la lecture de l'évangile que Jésus a dit : "ce n'est pas ce qui entre dans l'homme qui le rend impur, mais ce qui sort de lui, de son coeur" (Mc 7:15). Se méfier de ce qu'on mange, de ce qu'on reçoit, c'est se méfier des autres. Et Jésus nous invite à faire confiance à ce qu'on reçoit. Mais il nous invite à nous méfier de ce qui sort de nous, c'est-à-dire de toutes les occasions où nous répétons le mal qu'on nous a fait, que nous avons subi.

    Maintenant que le fruit est consommé, que la méfiance s'est installée entre l'être humain et Dieu : que faire, que Dieu peut-il faire ? Il y a deux pistes suivies :

    1) Vous vous souvenez que j'avais interprété l'arbre de la connaissance du bien et du mal comme l'expérience (courante dans le monde) de la confusion du bien et du mal (prédication du 12.7.98). Bien et mal sont inextricablement entremêlés dans le monde depuis cette histoire. Pour pallier à cette confusion, Dieu a donné sa loi, le Décalogue, de manière à ce que les humains puissent distinguer le bien du mal. Mais ce moyen est loin de réconcilier l'homme avec Dieu. La loi peut même faire empirer le problème de la méfiance (cf. Rm 7): celui qui dit la loi n'est-il pas un obstacle à la liberté ? On le voit souvent dans les rapports entre les parents et les enfants. Lorsqu'un parent dit "non", il est facile pour l'enfant de trouver le parent "méchant", utilisant son pouvoir contre lui.

    2) Il fallait donc que Dieu fasse quelque chose d'autre pour mener à la réconciliation, pour restaurer la confiance brisée. Comment peut-on restaurer la confiance ? Le premier pas ne peut pas venir de celui qui se méfie. Le premier pas ne peut qu'aller à la rencontre de celui qui s'est détourné. Cela ne peut être qu'un don gratuit, bienveillant, qui témoigne d'une volonté de réconciliation, un amour offert gratuitement.

    C'est ce que Dieu a fait en envoyant son Fils dans le monde, pour vivre une vie d'être humain (Rm 8:3) et donner sa vie pour ses amis. Voilà l'acte d'amour gratuit, le geste de réconciliation que Dieu nous offre. A nous d'accepter ou de refuser cette offre, à nous de décider de faire confiance ou non, cette confiance qu'on appelle dans notre vocabulaire d'Eglise : la foi.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2021

     

  • La loi protège la part de l'étranger, de la veuve et de l'orphelin

    (21.6.1998) Pour le dimanche des réfugiés

    Deutéronome 24

    La loi protège la part de l'étranger, de la veuve et de l'orphelin

    Deutéronome 24 : 17-22.      Romains 12 : 9-13.     Luc 6 : 6-11.

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    Chères paroissiennes, chers paroissiens,

    Cette semaine j'ai eu le plaisir de passer dans les classes primaires pour parler avec les enfants de leur programme d'histoire biblique. En fait, c'est l'occasion pour les enfants de poser au pasteur toutes les questions qui les préoccupent sur la bible, Dieu, Jésus, ou le métier de pasteur. Ces enfants n'ont pas peur de poser leurs questions et certaines sont de véritables colles !

    J'ai été frappé par le nombre de questions qui tournent autour de la filiation, de la généalogie, des origines. Quand ou comment Dieu est-il né ? Qui est le père d'Abraham ? Qui est le père de Jésus, Dieu ou Joseph ? Ces questions reflètent nos interrogations à tous : d'où venons-nous ? A quoi nous rattachons-nous ? Qu'est-ce qui nous inspire et nous guide ? Quelles sont nos racines ?

    Bien sûr, nous faisons la différence entre nos généalogies biologiques et nos généalogies culturelles et spirituelles. En tant que chrétiens et croyants, nous aimons nous rattacher aux généalogies bibliques, à Abraham, le prototype du croyant en marche — comme j'en ai parlé dimanche dernier.

    Alors, sommes-nous bien des enfants d'Abraham sur le plan de la foi ? Sommes-nous bien des enfants de Moïse sur le plan de notre obéissance pratique, de notre éthique ? Sommes-nous des frères et des soeurs de Jésus qui est venu accomplir la loi et les prophètes ?

    Vous avez entendu quelques prescriptions tirées du livre du Deutéronome. Ces prescriptions sont accompagnées de la raison, du moteur qui motive à les respecter et à les mettre en pratique :

    "Souvenez-vous que vous avez été esclaves en Egypte, et que le Seigneur votre Dieu vous a libérés." (Dt 24:18)

    Il y a là deux éléments fondamentaux. Le premier, c'est que l'obéissance — spécialement à des prescriptions qui concernent la justice et la solidarité — est motivée par la conscience d'avoir été soi-même dans une situation de souffrance, d'injustice, d'oppression et de dénuement. La conscience du mal subi (symboliquement le séjour en Egypte) est essentielle pour s'ouvrir à la souffrance de l'autre, pour que notre coeur et notre esprit puisse compatir et exprimer sa sympathie, sa solidarité.

    Nous avons tous des blessures intérieures, des souffrances affichées ou secrètes. Nous avons tous eu notre temps d'esclavage en Egypte ou notre main droite paralysée. De cette souffrance, si possible guérie, nous pouvons puiser des forces et des trésors de compassion.

    Le deuxième élément fondamental est la libération. Dieu a libéré son peuple de l'esclavage. Et Dieu donne sa loi comme moyen de ne pas retourner en esclavage, comme moyen de maintenir cet espace de liberté instauré par Dieu. La loi n'est pas un carcan, mais la condition du maintien de la liberté de tous. L'ensemble des lois écrites doit bien garder cet objectif en vue, sous peine de tomber dans le légalisme, c'est-à-dire un système où la loi opprime au lieu de libérer et protéger.

    C'est bien ce qui se passe lorsque Jésus est confronté aux Pharisiens, qui l'épient pour voir s'il transgressera le grand commandement du sabbat. Jésus se permet d'interroger la loi écrite au nom de sa visée libératrice et solidaire :

    "Que permet notre loi ? de faire du bien le jour du sabbat ou de faire du mal ? de sauver la vie d'un homme ou de la détruire ?" (Luc 6:9).

    Pour apprécier des prescriptions qui se contredisent, Jésus commence par replacer l'homme au centre. Physiquement, devant ses adversaires il replace au centre l'homme souffrant. Ensuite Jésus interroge la visée fondamentale de la loi, la volonté première de Dieu : enfermer l'homme dans son mal ou le libérer de l'oppression du mal subi ?

    Le commandement de Dieu que Jésus met en pratique par sa guérison crée un espace de vie au sein du chaos que le mal répand, crée un espace de vie pour les plus faibles, les plus démunis. Jésus guérit l'homme, parce que la loi n'a pas à détruire sa vie, mais que son rôle est de favoriser la vie, son rôle est d'assurer un espace de vie.

    Cette attitude n'est pas sans provoquer des réactions, le texte nous dit même que cela remplit de fureur une partie des spectateurs qui, dès lors, vont chercher le moyen d'éliminer Jésus. La fonction de la loi, protectrice de la part du pauvre — ne pas revenir chercher les épis oubliés dans le champ — est détestée par eux qui voudraient avoir les mains libres pour maximaliser la rentabilité de leur travail au détriment des plus faibles et des plus démunis. Les prises de positions de Jésus contre les lois injustes ou inhumaines provoquent la colère, comme aujourd'hui lorsque les Eglises relayent fidèlement les paroles de Jésus à propos de situations présentes.

    Selon notre réaction, se repose la question de notre filiation. A qui nous rattachons-nous, pratiquement, dans nos comportements, dans nos choix politiques et économiques ? En ce dimanche dédié aux hommes et aux femmes qui ont dû fuir leur pays pour se réfugier chez nous ou ailleurs, serons-nous sensible à ces paroles du Deutéronome ?

    "Lorsque vous moissonnerez, si vous avez oublié une gerbe dans le champ, vous ne retournerez pas la prendre; vous la laisserez pour les étrangers, les orphelins et les veuves. Alors le Seigneur votre Dieu vous bénira dans tout ce que vous entreprendrez." (Dt 24:19).

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2021

     

  • Cheminer avec Abraham

    (14.6.1998) Pour l'Abbaye des Laboureurs de Bussigny

    Genèse 12

    Cheminer avec Abraham

    Genèse 12 : 1-7.       Luc 24:13-27.

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    Chers frères et soeurs en Christ,

    Ce matin, nous allons faire route, cheminer avec Abraham. Ce matin, vous vous êtes mis en route, en cortège pour venir ici et vous reformerez un cortège plus tard pour aller à la fête et j'espère que ce personnage d'Abraham vous accompagnera sur votre route.

    Abraham, c'est l'ancêtre par excellence, ancêtre des croyants, ancêtre des trois religions monothéistes. Par son fils Isaac, il est reconnu comme ancêtre par le peuple d'Israël et par les chrétiens. Par son fils Ismaël, il est reconnu comme ancêtre par les musulmans.

    Ancêtre de trois religions, mais qui connaît ses actes religieux ? Il n'était ni moine, ni prophète. Abraham, c'est l'homme qui voyage, qui part de Charan en Chaldée (dans le sud de l'Irak actuel), qui va en Palestine, puis en Egypte, remonte au Liban, retourne en Egypte, etc... Abraham, c'est l'homme toujours en route, toujours en chemin. Pourtant les carnets de route d'Abraham sont moins passionnants que ceux d'Ella Maillard ou Nicolas Bouvier !

    Ce ne sont pas les voyages d'Abraham qui nous intéressent, mais le voyage initiatique que ces déplacements représentent. Il faut lire les pérégrinations d'Abraham comme représentatifs d'un parcours spirituel, un voyage à l'intérieur de soi-même, un voyage de l'âme sur les sentiers de l'existence.

    Nous avons entendu tout à l'heure dans la Bible, le départ d'Abraham :

    "Va, pars, quitte ton pays, ton clan, la maison de ton père, pour aller dans le pays que je te montrerai." (Gn 12:1).

    Abraham entend un appel au départ, assorti d'une double promesse : (1) recevoir un pays, (2) recevoir une large bénédiction pour toute sa vie, une bénédiction qui s'étend aux générations futures. L'appel d'Abraham à partir n'est pas une incitation à l'abandon, à la fuite en avant. C'est une invitation à chercher son propre projet, au milieu de tous ceux qui se présentent à nous. Il s'agit de cherche le fil de sa propre existence, chercher sa propre vocation.

    Vous avez certainement remarqué, il y a tout autour de nous des gens qui ont des idées sur ce qu'on devrait faire, sur ce qu'on devrait être, sur la meilleure façon de réagir, sur ce qu'on devrait acheter, etc. Nos parents avaient des projets pour nous. Les publicitaires ont des projets pour nous. Les partis politiques ont des projets pour nous ! Qui sommes-nous ? Qui suis-je ? Vais-je suivre l'un ou l'autre de ces projets ? Ou bien vais-je faire moi-même mon chemin ? Est-ce que nous nous laissons balader ou est-ce que nous dirigeons notre vie en fonction de notre vocation profonde ?

    Dieu nous appelle à quitter les cadres tout faits, les vies toutes programmées, pour répondre à l'appel du large, à l'appel de nos talents, de notre vocation. Certes, ce n'est pas facile, c'est désécurisant de quitter ainsi les chemins battus, mais n'est-ce pas le prix de la liberté, le prix de la vraie vie, de la vie qui vaut vraiment la peine d'être vécue ?

    On n'avance pas assis dans son fauteuil ! On avance en se levant, en se donnant un but, une route.

    Cette marche, ce cheminement porte une promesse, la promesse de trouver de vrais moments, une vraie vie. Bien sûr, on peut aussi marcher comme les disciples dont nous avons entendu le récit, qui s'éloignent de Jérusalem, avec le désespoir d'avoir vu mourir Jésus, et ils s'en vont, sans joie, sans espoir, inconscient de la présence de Jésus les accompagnant sur leur chemin.

    A nous de choisir notre route, notre façon de marcher, en qui nous plaçons notre confiance, notre foi. Abraham est devenu le prototype de l'homme de foi parce qu'il a regardé en avant, il a osé partir, affronter l'inconnu pour aller à la découverte de lui-même. Comme le laboureur, il a planté sa charrue et il n'a cessé de regarder devant lui pour voir où il allait faire son sillon. On ne fait pas de sillon droit, en regardant en arrière.

    Quand vous reprendrez le cortège, quand vous reprendrez votre voiture ou votre vélo pour aller au travail ou en commission, demandez-vous : où vais-je ? Est-ce que je vais à reculons, en regardant en arrière ? Ou est-ce que je vais en avant, là où mon coeur, ma vocation m'appelle ? Vais-je où se trouve la promesse de la vraie vie ?

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2021

  • Pentecôte, don, universalité et solidarité

    (31.5.1998)

    Actes 2

    Pentecôte, don, universalité et solidarité

    Deutéronome 16 : 9-12.        Jean 16 : 12-15.       Actes 2 : 1-13.

    Télécharger le texte : P-1998-05-31.pdf

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,

    Aujourd'hui, nous fêtons Pentecôte, la fête du don de l'Esprit saint à l'Eglise. Aujourd'hui, les juifs fêtent également Pentecôte, ou, en hébreu, Chavouot. En Israël, depuis des temps très reculés, cette fête arrive 7 semaines (Chavouot = semaines), 50 jours (Pentecôte, en grec) après le début de la moisson. Cette fête est très ancienne et son sens a évolué au cours du temps, tout en gardant comme constante le don et la reconnaissance.

    Vous avez entendu dans l'Ancien Testament, au livre du Deutéronome, que Pentecôte est la fête de la fin des moissons. Le peuple y remercie Dieu des dons de la nature, de la culture du sol et de l'élevage des troupeaux. C'est une fête pour tous les habitants du pays, y compris les marginaux ou les déshérités. C'est une fête de reconnaissance et de joie, or la joie n'est possible que si tous y sont invités et inclus.

    Cette fête essentiellement agricole reçoit une marque "israélite" lorsqu'elle est intégrée au cycle de la Pâque. La Pâque commémore la sortie d'Egypte, la Pentecôte vient commémorer le don de la liberté et de la Loi. Cet usage devient dominant après la destruction du Temple de Jérusalem. Pentecôte devient la commémoration du don de la Loi, rappel des événements du Sinaï, de la constitution du peuple d'Israël.

    Venons-en maintenant à l'évangéliste Luc. Lorsqu'il écrit une suite à son évangile avec le livre des Actes des Apôtres, il crée un calendrier liturgique. Il est le seul évangéliste à le faire. Si vous vous souvenez de ma prédication du 3 mai dernier sur le Paraclet, pour l'évangéliste Jean, le don de l'Esprit suivait directement l'élévation — donc la résurrection — de Jésus. Luc, lui, rythme les événements. Il y a Pâques, puis 40 jours que Jésus passe avec ses disciples jusqu'à son ascension. Ensuite Luc place le don de l'Esprit lors de la fête de Pentecôte, 50 jours après Pâques, donc 10 jours après l'Ascension. C'est ce calendrier que nos Eglises suivent aujourd'hui.

    Luc institue son calendrier pour faire une relecture de l'histoire à la lumière des événements instaurés par Jésus-Christ. La venue du Christ illumine le passé, donne une nouvelle clé de lecture de l'histoire du peuple d'Israël. La Pentecôte peut être fêtée à la lumière du Christ. La Pentecôte chrétienne est une actualisation, une nouvelle vision, un nouvel accomplissement de la révélation de Dieu au mont Sinaï. Si la Pentecôte juive fête le don des Tables de la Loi, la Pentecôte chrétienne fête le don de l'Esprit, l'Esprit de Dieu, ou de Jésus qui devient le nouvel interprète de la Loi.

    Les flammes qui se posent sur la tête de chacun des disciples transforment chacune de ces têtes en un petit Mont Sinaï recouvert par la nuée de Dieu, signe de sa présence. Chaque disciple reçoit personnellement les Tables de la Loi, non pas sous forme de Tables de pierre, mais sous forme d'un nouveau langage, d'une parole. Les lettres gravées sur la pierre sont remplacées par des mots qui se disent dans le souffle, dans l'esprit. La loi écrite à l'extérieur est remplacée par une parole qui s'inscrit à l'intérieur de nous-mêmes, dans notre esprit et dans notre coeur.

    Cette intériorisation du message de Dieu ne correspond cependant pas à une privatisation de la religion. Le christianisme n'est pas une religion enfermée à l'intérieur de soi, c'est une religion de communication.

    Dans l'événement de Pentecôte il y a un double mouvement. J'ai parlé du premier mouvement qui va de Dieu vers chaque individu avec la langue de feu. Le deuxième mouvement, lui, est transversal, il va d'un individu à l'autre, il est mouvement vers les autres, ce sont les langues que se mettent à parler les disciples et que les humains de toutes les nations se mettent à comprendre !

    La Pentecôte, c'est la globalisation de la communication à un degré qui n'a rien à envier à Internet. Le message de l'Evangile est pour tous les peuples, bonne nouvelle pour tous, compréhensible par tous. L'universalisation du message de l'Evangile est le fruit de l'Esprit. L'Esprit va d'ailleurs précéder les pas des hommes et anticiper des ouvertures que les disciples n'osaient même pas esquisser. Là, je vous renvoie à l'histoire de Pierre et de Corneille dans le livre des Actes au chapitre 10.

    L'universalisation, la globalisation de l'Evangile se fait dans l'accueil et dans l'inclusion de tous, en rappel du fondement de la fête de Pentecôte que nous donne le Deutéronome :

    "Au sanctuaire du Seigneur, vous vous réjouirez avec vos enfants, vos serviteurs et vos servantes, ainsi que les lévites, les étrangers, les orphelins et les veuves qui vivent parmi vous." (Dt 16:11).

    La mondialisation de l'Evangile que décrit l'événement de la Pentecôte, c'est la perspective que tous les humains — quels que soient leurs statuts, provenances, origines, etc. — puissent former un seul peuple — comme Israël sous le Sinaï — où chacun et chacune ait sa place, car c'est le peuple que Dieu lui-même appelle et constitue. Pentecôte c'est la création d'une communauté accueillante et solidaire.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2021

     

  • Pardonner pour devenir libre

    (4.3.2001)  Matthieu 18

    Pardonner pour devenir libre

    Nombres 14 : 11-20.        Ephésiens 4 : 17-24.         Matthieu 18 : 21-34

    télécharger le texte : P-2001-03-04.pdf

    Chers amis,

    Alors que je préparais cette prédication sur le pardon à partir de la parabole du serviteur qui refuse de pardonner, qu'on connaît aussi sous le titre du "serviteur impitoyable", je suis tombé par hasard (mais y a-t-il des hasards ?) sur cette exclamation :

    "Voulez-vous être heureux un instant ? Vengez-vous !

    Voulez-vous être heureux toujours ? Pardonnez !"

    (Henri Larcordaire, in Un chemin pour renaître, le pardon, Ed., Ouvertures)

    Ces deux sentences reflètent les deux scénarios, les deux attitudes qui nous sont dépeintes dans la parabole de Jésus. D'un côté, le serviteur qui veut être remboursé tout de suite et qui se venge sur son collègue, de l'autre le roi qui voit qu'il ne sera jamais remboursé et qui laisse aller la dette, qui renonce à récupérer quoi que ce soit. Lequel des deux est le plus heureux en fin de compte ?

    L'épilogue, la fin de la parabole nous dit que le serviteur finit par être livré au bourreau (la traduction française édulcore en disant qu'il est puni, littéralement, il est livré au tortionnaire !). Une façon claire de nous dire que c'est une voie sans issue, sans bonheur possible.

    * * *

    Mais j'ai été un peu vite et nous allons reprendre tout cela. En ce premier dimanche de la passion, j'ai souhaité parler du pardon, parce que le pardon est, non seulement au coeur de l'enseignement de Jésus, mais aussi au coeur du mystère de la Passion. Jésus est mort en pardonnant à ses bourreaux : "Père, pardonne leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font" (Luc 23:34). Ensuite, les apôtres — il suffit de lire le livre des Actes ou les épîtres pour le voir — ont affirmé avec force que Jésus est mort pour le pardon de nos péchés. Ainsi nous le dit la lettre aux Ephésiens :

    "Pardonnez-vous réciproquement comme Dieu vous a pardonné dans le Christ" (Eph. 4:32).

    Comment ça marche, le pardon ? D'abord, il a une offense. Une agression et une blessure. Un mal commis et un mal subi. Un offenseur et un offensé. Un "malfaiteur" (celui qui fait du mal) et un lésé, une victime.

    Du côté du lésé, de la victime, il y a préjudice. Il peut être matériel, mais même dans ce cas il laisse une empreinte intérieure, donc le préjudice, au-delà du matériel est essentiellement une atteinte intérieure. Cela peut être un sentiment de perte de confiance, de perte de l'estime de soi. Un sentiment de peur, d'insécurité (est-ce que cela ne va pas recommencer ?). Un sentiment de colère aussi, contre l'injustice (pourquoi moi ?), colère contre ce qui a été cassé à l'intérieur, et qui ne sera plus comme avant.

    Tout cela appelle une réparation. Ce qui a été brisé doit être reconstitué, reconstruit. Ce qui a été dévasté doit retrouver son intégrité. La victime doit vivre un processus de reconstruction, de réparation, de reconstitution pour redevenir elle-même et laisser aller le mal qui lui a été fait.

    Du côté de celui qui a fait du mal, il y a deux possibilités. Il peut y avoir reconnaissance du mal commis et bonne volonté d'y remédier, cela s'appelle la repentance, et cela aide la victime à obtenir réparation, au moins une réparation partielle. Au contraire, s'il n'y a pas reconnaissance du tort, il n'y aura jamais de réparation pour la victime de la part de l'offenseur. La victime se retrouve seule à devoir affronter l'absence de réparation, à devoir se reconstruire.

    C'est là qu'intervient un choix pour la victime : choisir entre la vengeance et le pardon. La vengeance consiste à égaliser les situations en infligeant le même tort à l'offenseur. Puisque l'agresseur ne veut, ne peut pas comprendre la situation de la victime, la vengeance le forcera à comprendre puisqu'il deviendra victime à son tour ! Il y a égalisation par le bas ! Victime et bourreau seront liés à tout jamais par la même douleur.

    Le pardon consiste au contraire à se libérer de toute attache avec son bourreau et ne pas traîner avec soi le poids du mal subi.

     

    "Voulez-vous être heureux un instant ? Vengez-vous ! (et devenez semblable à ce que vous haïssiez !)

    Voulez-vous être heureux toujours ? Pardonnez !"

    Le pardon intervient lorsqu'on a réalisé qu'il n'y a pas de réparation (totale) possible, lorsqu'on réalise qu'il vaut mieux lâcher, laisser aller, faire une croix sur ce qu'on espérait encore plutôt que d'espérer en vain quelque chose qui ne viendra jamais.

    Le pardon est associé à la grandeur d'âme, à la possibilité d'élargir son coeur, ce que fait le roi dans le premier scénario de la parabole. Lorsqu'il pardonne la dette incroyable de son serviteur, il le fait parce qu'il est "ému de compassion".

    Dans ce premier scénario, Jésus appelle cet homme "un roi"; dans l'épilogue, lorsqu'il doit punir le serviteur, cet homme n'est plus qu'un "maître" dans la bouche de Jésus. Pardonner est l'attitude royale de celui qui a le pouvoir, le pouvoir de gracier, le pouvoir de diriger sa vie.

    Celui qui se venge n'est pas maître de sa vie, il est mû par les forces violentes du mal, même du mal qu'il a subi, ce mal qui cherche à se répandre et à se répéter. Tant qu'on ne cherche pas à avancer sur le chemin du pardon — et cela peut prendre du temps — on n'est pas un être libre qui dispose de sa vie.

    Celui qui cherche à pardonner, cherche la voie de la libération et de la liberté. Il cherche à se détacher de son agresseur, ou de son offenseur, ou des forces qui lui ont fait du tort. En pardonnant, la victime abandonne son rôle de victime pour endosser le rôle du roi, un rôle royal où il retrouve le pouvoir sur sa vie.

    Ce pouvoir de pardonner, Dieu nous l'a confié explicitement, à nous les humains. Il nous l'a confié en agissant, lui en premier, comme le roi de la parabole. Quelle que soit la dette que nous pouvons ressentir envers Dieu ou envers les autres — aussi incommensurable soit-elle — Dieu nous en a libéré, par le Christ, sur la croix.

    Aussi pouvons-nous, à l'inverse du serviteur de la parabole, pardonner à notre tour pour être libres, libérés des torts qui nous ont été faits, et vivre heureux, toujours...

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2021

  • Comment peut-on savoir que Dieu existe ?

    (11.2.2001)  Marc 8

    Comment peut-on savoir que Dieu existe ?

    Esaïe 42 : 14-16.       Marc 8 : 22-30.        Jean 9 : 39-41

    télécharger le texte : P-2001-02-11.pdf

    Chers amis,

    Les trois textes que vous venez d'entendre parlent de la façon qu'a Dieu de nous ouvrir les yeux, de redonner la vue à celui qui ne voit pas.

    Vous avez sûrement, une fois ou l'autre, été dans la situation suivante : vous êtes sur une montagne et remarquez quelque chose que vous voulez montrer à celui qui vous accompagne. "Regarde, là, tu vois... etc." et il ne voit rien. Vous voyez et il ne voit rien et pourtant c'est là.

    Cela rejoint une de mes préoccupations, faire découvrir Dieu à mes catéchumènes. J'ai quelque chose à leur montrer, mais ils me disent qu'ils ne voient pas. Cela se présente souvent sous la forme d'une question : "Comment peut-on savoir que Dieu existe ?" Il faut bien commencer par là pour croire ensuite ce que la Bible nous dit. Il vous est probablement aussi arrivé d'entendre cette question dans la bouche d'un de vos enfants, d'un ou une filleule, d'un de vos petits-enfants.

    "Comment peut-on savoir que Dieu existe puisqu'on ne le voit pas ?"

    Question intelligente ! Question redoutable aussi ! Question qu'on ne peut pas laisser sans réponse sans faillir à notre rôle de témoin, notre rôle de croyant. Mais il n'y a pas de réponse toute faite, et ce que je vais vous dire n'est pas une recette qu'il suffirait d'apprendre par coeur pour se tirer de cette situation. J'aimerais d'abord écarter un écueil, c'est de penser qu'il est possible de trouver une réponse absolument convainquante, infaillible.

    "Comment peut-on savoir que Dieu existe ?"

    On ne peut pas le savoir, comme on sait le résultat d'un calcul (2+2=4) ou comme on sait que l'eau bout à 100° (l'expérience répétée le montre...). On ne peut pas le savoir, il n'y a pas de preuves ou de démonstrations. L'existence de Dieu ne peut pas être prouvée... son inexistence non plus !

    Alors il ne reste qu'une chose à faite : chacun doit décider pour lui-même s'il croit que Dieu existe ou qu'il n'existe pas. C'est une décision, c'est un pari (Pascal), on appelle cela le saut de la foi.

    Mais est-il raisonnable de croire sans voir ? Franchement, qu'est-ce qui peut inviter un jeune à croire sans voir ? Qu'est-ce qui nous a amené à croire ? Je pense que chacun a son chemin de foi personnel — qu'il n'est pas toujours facile de retrouver dans l'écheveau de sa vie ! — mais à un moment donné, il a fallu faire confiance. "Ce qu'on me dit, je peux, je veux le tenir pour vrai — même si je ne le vois pas — parce que j'ai confiance que c'est vrai ou parce que j'ai confiance dans cette personne qui me le dit."

    La confiance, pour accepter comme vrai ce que l'on vous dit.

    Pendant une année, j'ai travaillé comme pasteur dans la paroisse de La Sallaz à Lausanne. Il y avait là un foyer pour aveugles où l'on allait régulièrement faire des cultes. Les premières fois, j'évitais d'utiliser des images lorsque je parlais, je trouvais que je ne pouvais pas leur parler des arbres en fleurs ou des couleurs du ciel. Mais je me suis vite aperçu qu'ils utilisaient autant que nous, les verbes regarder et voir. L'un d'eux m'a même dit un jour : "Je vous laisse, maintenant, je veux aller regarder mon feuilleton à la télé."

    Ces aveugles qui n'avaient jamais "vu" de leurs yeux notre monde, ils le "voyaient" dans leur tête. Ils pouvaient dire "le ciel est bleu, l'herbe est verte." Parce qu'ils avaient entendu et cru ceux qui leur parlaient du monde visible.

    Un aveugle peut découvrir toutes sortes de réalités en écoutant les bruits ou en touchant les choses, sauf les couleurs. Les couleurs font partie de leur monde invisible, comme Dieu fait partie de notre monde invisible. Pour un aveugle, les couleurs n'existent pas puisqu'il ne les voit pas. Et pourtant ... Pour un aveugle, les couleurs n'existent pas tant qu'il n'arrive pas à croire ceux qui les voient. S'il fait confiance à ceux qui lui décrivent le monde qu'il ne voit pas, l'aveugle peut découvrir et accepter le monde des couleurs, sans le voir.

    Nous sommes tous aveugles au monde de Dieu. Nos sens ne nous permettent pas de le voir, ni de le connaître directement. Toute notre connaissance de Dieu passe par le témoignage d'autres gens qui ont cru et dont les yeux se sont ouverts à ce monde invisible de Dieu.

    Il y a les témoignages rassemblés dans la Bible, et il y a les témoignages de ceux qui nous entourent, de la communauté des croyants, votre témoignage pour les enfants qui vous entourent.

    La foi naît lorsqu'on décide d'ouvrir les yeux, le coeur, sur le monde invisible de Dieu. Ce monde est invisible tant qu'on reste à l'extérieur, il devient visible — je dirai lisible — seulement lorsqu'on y est entré, lorsqu'on voit les coïncidences et qu'on ne les prend plus pour du hasard; lorsqu'on fait des liens entre les événements qui nous arrivent et qu'une ligne directrice, un fil rouge se dessine; lorsqu'on comprend pourquoi c'est arrivé, à quoi cela nous a mené, ce qu'on en a appris.

    Le monde de Dieu est fait de signes qu'il faut lire au coeur de la réalité. C'est pourquoi les évangiles nous montrent Jésus en train de guérir des aveugles à des moments cruciaux de son existence, dans l'évangile de Marc juste avant la confession de Pierre (Mc 8:22-30), parce qu'il faut avoir les yeux ouverts à la lecture des signes pour reconnaître en Jésus le Messie. Dans l'évangile de Luc (Lc 18—19), Jésus guérit Bartimée à Jéricho juste après l'annonce de sa passion et au moment où il prend le chemin de Jérusalem pour y mourir, parce qu'il faudra des yeux ouverts sur les signes de Dieu pour lire dans ce procès et cette mort le destin divin de Jésus.

    On ne voit pas Dieu, mais on peut voir des signes parsemés sur la terre, de la même manière qu'on ne voit pas, sous la croûte terrestre le magma de lave qui constitue le noyau de notre planète, sauf là où un volcan s'ouvre. Comme les volcans sont les signes de l'activité souterraine, les églises parsemées dans notre pays et dans le monde avec leurs rassemblements de croyants sont les signes de l'activité de Dieu.

    "Comment peut-on savoir que Dieu existe ?" Nous n'avons pas fait le tour de la question, mais des signes sont semés sur notre route pour ceux qui veulent bien ouvrir les yeux ! Vous faites partie de ces signes pour votre entourage. Que Dieu vous encourage et vous remplisse de son Esprit, pour resplendir comme des signes visibles de sa présence.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2021

     

  • Le Christ donne à l'Eglise des personnes

    (26.1.2003) Ephésiens 4

    Le Christ donne à l'Eglise des personnes

    Matthieu 13 : 31-32.   Ephésiens 4:1-6.    Ephésiens 4: 7 et 11-16

    télécharger le texte : P-2003-01-26.pdf

     

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,

    Un des principes fondateurs du protestantisme est le recours à la Bible comme première et dernière instance pour dire le "vrai" en matière de "doctrine", de ce que nous avons à penser et à croire. L'Ecriture seule [sola scriptura] est la mesure, le tuteur, l'inspiration pour définir notre foi, notre vision de Dieu et ce que doit être notre service.

    Tout ce que nous avons construit et construisons encore — en tant qu'individu ou en tant qu'Eglise — doit être évalué, examiné, critiqué ou rénové [réformé] en fonction de ce que la Bible nous dit.

    Dans un temps où le travail de l'Eglise est de plus en plus souvent remis en cause — cela a été le cas du travail missionnaire, le travail de l'Eglise en dehors de nos frontières; c'est le cas depuis la mise en place d'EaV pour notre travail, ici, en interne — il est important de relire dans la Bible les textes qui nous parlent de l'Eglise comme celui d'Ephésiens 4.

    Avant d'aborder le contenu très riche de ce texte, j'aimerais rappeler cette phrase célèbre du théologien catholique Alfred Loisy : "Jésus annonçait le Royaume et c'est l'Eglise qui est venue." On entend souvent cette phrase dite sur un ton désabusé, comme si l'Eglise était un échec par rapport à l'annonce du Royaume. Ce n'est pas ce que voulait dire Alfred Loisy.

    Le décalage existe entre le Royaume et l'Eglise, mais l'important : c'est que nous en soyons conscients, pas que nous pleurions sur ce décalage. Le Royaume est encore devant nous, comme un but et une espérance. l'Eglise est présente, non comme un but, mais comme un moyen.

    Jésus proclamait la venue de son Règne, l'Eglise est la communauté de ceux qui l'espèrent et l'attendent (mais pas les bras croisés). Comme l'arbre de la parabole qui vient d'une graine insignifiante, l'Eglise est promise à la croissance à partir de nos personnes, même si nous nous considérons comme insignifiants — ce qui n'est pas le regard que Dieu a sur nous.

    Le texte d'Ephésiens 4 nous rappelle d'abord l'unicité de Dieu qui nous appelle à l'unité des croyants dans la communauté. Cette unité — un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême — est le fondement de la communauté.

    Cette unité ne se fait pas dans l'uniformité. L'unité est l'attachement à la même source qui est le Christ et au même but qui est la proclamation de la bonne nouvelle. Entre la source et le but se trouve la diversité des personnes et des chemins.

    "Le Christ a fait des dons particuliers, il a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, évangélistes, pasteurs, catéchètes, etc..." (Eph 4:11).

    Le Christ donne à l'Eglise des personnes avec chacune des particularités et des compétences différentes pour faire croître l'ensemble. L'Apôtre parle là de "peuple de Dieu" puis de "corps." L'Eglise est avant tout une communauté, une communauté qui est invitée — d'abord dans le concret — à se soutenir, se supporter les uns les autres.

    L'Apôtre ne plane pas dans les nuages, il sait les difficultés à être ensemble. Mais il ne doute pas de la générosité de Dieu, il sait les dons du Christ. Ces personnes données à l'Eglise — dans l'énumération qui est faite — ont pour tâche la proclamation de la Parole.

    L'Apôtre n'a pas le souci de structurer l'Eglise. L'unité de l'Eglise ne repose pas sur son organisation, mais sur l'Evangile partagé dans la communauté. Les vocations des uns et des autres — et chacun trouve sa vocation particulière — ont pour buts le service chrétien et la progression dans la foi. Deux buts différents, mais indispensables l'un à l'autre : l'action et l'enrichissement de l'être. La progression de la foi nourrit le service et le service apporte à la foi la dimension de l'amour fraternel.

    Aujourd'hui, nous recevons deux personnes qui sont parties — au nom des Eglises de chez nous — au Cameroun. Je pourrais ici vanter leur vocation et leur service, leur travail et leur engagement. J'aurais peur de le faire — non pas parce qu'ils manqueraient de l'un ou de l'autre, mais parce que cela nous sert trop souvent d'alibi pour cacher ou dévaloriser notre vocation personnelle.

    Il n'y a pas besoin d'être missionnaire au loin ou occuper la chaire comme ministre pour pouvoir se dire qu'on a une vocation. La vocation n'est pas réservée à quelques-uns ! C'est l'ensemble du peuple de Dieu qui est appelé à grandir afin que chacun puisse parvenir à ce que l'Apôtre appelle : le stade d'adulte dans la foi.

    L'adulte dans la foi est celui qui a trouvé des repères suffisamment solides pour ne pas être ballotté au gré des différentes affirmations qu'il peut entendre autour de lui.

    Etre adulte dans la foi, c'est savoir ce qu'on a soi-même reçu du Christ et savoir trouver sa place dans la communauté — c'est-à-dire être conscient de sa vocation et du lieu de son service.

    Dans la communauté, où s'exerce un seul baptême, nous sommes tous des baptisés égaux dans l'amour reçu du Christ, et tous également porteur d'une vocation, pour des fonctions diverses.

    En ce dimanche missionnaire, où nous prions pour l'avancement du Règne de Dieu, où nous consacrons une partie de nos biens à soutenir le ministère de ceux qui partent à l'étranger, au travers du Département Missionnaire, n'oublions pas notre responsabilité personnelle d'agir ici, dans notre vie de tous les jours pour faire rayonner l'Evangile.

    "Ainsi — comme le dit l'Apôtre — lorsque chaque membre agit comme il le doit, le corps entier grandit et se développe par l'amour." (Eph 4:16)

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2021

     

  • Dieu veille attentivement sur nous

    (28.12.2003) Psaume 139

    Dieu veille attentivement sur nous

    Psaume 139 : 1-12.     2 Corinthiens 4 : 5-9.     Luc 8 : 16-17

    télécharger le texte : P-2003-12-28.pdf

     

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,

    C'est aujourd'hui le dernier dimanche de l'année, un temps propice pour esquisser un bilan de l'année écoulée. Après cela nous pourrons décider des bonnes résolutions à prendre pour le Nouvel An !

    Pour moi, la question la plus importante pour ce bilan est de savoir si la paix a progressé. La paix, en hébreu, se dit : "Chalom" et c'est un terme riche qui signifie plus que l'absence de conflit, c'est le règne d'une harmonie, d'un apaisement qui passe par la réconciliation des contraires.

     

    La paix a-t-elle progressé dans le monde ?

    La paix a-t-elle progressé chez nous ?

    La paix a-t-elle progressé à l'intérieur de nous-mêmes ?

    Trouver la paix intérieure est un long chemin, un chemin semé d'obstacles. C'est un chemin où Dieu ne nous laisse pas seul, même lorsque nous pensons qu'il ne sera qu'au bout du chemin. En fait, Dieu est déjà présent dans notre quête, sur le chemin, pas seulement au bout du chemin. Constamment, dès le début de notre vie — alors que nous l'ignorions encore — Dieu nous accompagne, il a un oeil sur nous, il nous suit des yeux, il ne manque pas un seul de nos gestes comme le dit le Psaume 139 :

     

    "1 Seigneur, tu regardes jusqu'au fond de mon coeur, et tu sais tout de moi :

    2 Tu sais si je m'assieds ou si je me lève; longtemps à l'avance tu connais mes intentions.

    3 Tu remarques si je suis dehors ou chez moi, tu es au courant de tout ce que je fais.

    4 Je n'ai pas encore prononcé un seul mot, que tu sais déjà tout ce que je vais dire.

    5 Tu es derrière moi, devant aussi, tu poses ta main sur moi.

    6 Que tu me connaisses à ce point est trop merveilleux pour moi, et dépasse tout ce que je peux comprendre."

    Bien sûr, il y a deux façons de ressentir cette présence permanente ! On peut penser que Dieu est une sorte de Big Brother, constamment à nous surveiller pour nous épingler. Mais on peut aussi le voir comme un Dieu plein de sollicitude pour nous, comme un amoureux qui veut tout savoir des faits et gestes de sa fiancée, pour en goûter tous les instants.

    Le Noël que nous venons de vivre devrait nous faire pencher vers cette seconde interprétation. Au coeur de ce monde "obscur et froid" comme le dit un cantique, Dieu veille sur nous, Dieu veille sur les plus faibles et les plus vulnérables.

    Oui, Dieu regarde notre monde, jusque dans ses recoins les plus sombres. Dans l'Evangile de Luc, Jésus dit : "Tout ce qui est caché sera rendu visible et tout ce qui est secret sera mis en pleine lumière." (Luc 8:17)

    Cela peut paraître menaçant pour ceux qui ont des choses à cacher, pour celui qui trafique les comptes de son entreprise, pour celui qui commet des malversations. Mais quel espoir pour les victimes, pour ceux qui sont exploités et ne peuvent pas se plaindre, pour les sans-voix.

    Quel encouragement pour les gens modestes qui oeuvrent dans le plus grand secret à faire le bien, sans tambour ni trompette. Oui, les qualités humaines qui sont aujourd'hui méprisées par le monde seront un jour mises en lumière. Oui, la compassion de ceux qui ont souffert et qui s'offrent à leur tour pour consoler, tout cela n'est pas effacé, n'est pas perdu dans l'oubli.

    Dieu voit tout cela et l'enregistre pour le faire éclater un jour à la lumière.

    Dieu fait cela mais il nous a aussi confié des tâches. Dieu, devenu humain en Jésus-Christ, n'est pas venu pour nous remplacer et faire le travail à notre place. En devenant humain, il a valorisé notre vie et notre travail. Dieu nous passe le relais.

    Dieu est la lumière, mais nous sommes les lampes qui portent la lumière et que l'on ne cache pas sous le seau !

    L'apôtre Paul utilise une belle image pour illustrer notre place, notre rôle. Il dit : "nous qui portons ce trésor spirituel, nous sommes comme des vases d'argile, pour que l'on voie bien que cette puissance extraordinaire appartient à Dieu et non pas à nous." (2 Co 4:7)

    La lumière de Dieu est un trésor qui vient de Dieu, mais nous en sommes les porteurs. Il ne s'agit pas de nous rabaisser, mais de voir le contraste entre nous — vases d'argile — et Dieu — lumière. Et nous n'avons pas de complexe à avoir d'être des vases d'argile, des êtres fragiles, vulnérables, c'est ainsi que nous pouvons rendre témoignage à Dieu : tout faibles que nous soyons, il nous a choisi pour le porter auprès des autres, pour porter sa lumière vers les autres, pour porter sa paix vers les autres.

    Ne nous faisons donc pas de souci de n'être que des vases d'argile, de ne pas être comme Dieu. Nous lui ferons d'autant plus de place à lui, face aux autres, que nous lui laisserons plus de place à l'intérieur de nous-mêmes.

    Ainsi mon voeu pour vous, pour cette année qui vient, c'est que vous puissiez être remplis de la lumière de Dieu, afin de progresser avec lui sur le chemin de la paix, de l'harmonie intérieure avec lui.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2020