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Clamans - Page 5

  • Le pouvoir du pardon donné aux humains

    Pour le dimanche 26.4.2020

    Jean 20

    Le pouvoir du pardon donné aux humains

    Colossiens 3 : 12-15.       Matthieu 9 : 1-8.       Jean 20 : 19-23.

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    Chers frères et soeurs en Christ,

    Lorsqu'on lit l'Evangile à la suite, en entier, on constate tout de suite que l'enseignement que Jésus a donné est concentré dans la première partie, lors de son ministère sur les chemins de Galilée, de Samarie et de Judée. Ensuite vient le récit de la Passion. Puis pour terminer, une partie très courte rapportant la période après la résurrection.

    Aussi, les paroles de Jésus après sa résurrection, sont-elles très rares. On peut penser qu'elles sont d'autant plus importantes. Elles sont comme le testament, un ultime rappel, qui renvoie — en le mettant en évidence — à l'enseignement qui a été donné précédemment.

    Dans cette apparition de Jésus que nous dépeint Jean — le soir du jour de la résurrection — Jésus prononce peu de paroles. Il dit : "La paix soit avec vous" (deux fois) et prononce trois phrases :

     

    "Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie" et "Recevez le Saint-Esprit. Ceux à qui vous pardonnerez leurs péchés obtiendront le pardon; ceux à qui vous refuserez le pardon ne l'obtiendront pas." (Jn 20:21-22).

    "Moi aussi, je vous envoie..." c'est le transfert des pouvoirs, de Jésus à ses disciples, de Jésus aux êtres humains, de Jésus à nous qui formons son Eglise ! Ce transfert se fait à travers le don de l'Esprit Saint, et le pouvoir qui est donné, c'est celui du pardon.

    Vous avez entendu dans le récit de la guérison de l'homme paralysé, la polémique qu'a eu Jésus avec les maîtres de la loi sur qui ? a le pouvoir de pardonner. Pour les théologiens de l'époque de Jésus, "Dieu seul peut pardonner les péchés" (Mc 2:7). Mais, c'est une affirmation que Jésus conteste. Jésus conteste cela en affirmant que les péchés de l'homme paralysé sont pardonnées — et cela provoque la colère des théologiens — il "prouve", en quelque sorte, que Dieu est d'accord en guérissant cet homme.

    Après ce pardon et cette guérison, ce rétablissement, ce relèvement, la foule souligne — comme un choeur le ferait dans une tragédie grecque — l'importante transformation opérée par Jésus : "la foule loua Dieu d'avoir donné un tel pouvoir aux humains" (Mt 23:8). Oui, c'est aux humains, donc à nous que Jésus donne — avant et après la résurrection — le pouvoir de pardonner, de pardonner les péchés.

    Il est important de bien comprendre le sens de ces deux termes, car avec le temps, ils se sont un peu déformés. Le péché. Un mot qui ne nous parle plus tellement aujourd'hui, il n'a plus vraiment la cote. Un mot qu'on n'aime pas rencontrer sur son chemin parce qu'il fait penser à la faute, à la culpabilité, à être coupable.

    En fait, le mot "péché" désigne tout ce qui fait obstacle à une vie harmonieuse, en paix, avec soi-même, avec Dieu et avec les autres. Ce mot ne désigne donc pas en premier lieu les fautes, les petites fautes qu'on commet, mais tous les poids, tous les fardeaux, les malheurs ou les rancunes, les blessures ou les ressentiments qui empoisonnent notre vie, sans que forcément nous-mêmes ou quelqu'un d'autre n'ait commis de faute. La vie est compliquée et souvent injuste, cela suffit souvent à rendre les choses difficiles. Nous portons donc tous quelques malheurs, quelques souffrances qui nous paralysent et qui nous pèsent.

    Jésus nous offre le pouvoir de nous en débarrasser. Oui, le terme de pardon signifie en premier lieu dans la bouche de Jésus le fait de délier, de libérer une attache, libérer un animal attaché. Cela signifie défaire les cordes, les liens qui nous attachent au malheur, au mal qu'on a subi. Le pardon des péchés que Jésus nous offre est plus que son pardon — comme si nous avions commis tant de fautes envers lui — c'est un outil efficace, un pouvoir, pour être libérés de ce qui nous retient du côté du malheur.

    Le pardon, c'est accepter de laisser aller sa rancune contre le destin, pour aller vers une réconciliation intérieure de son être, pour retrouver sa paix intérieure, l'intégrité de sa personne.

     

    Ce pardon offert, c'est plus qu'une philosophie, c'est un vrai style de vie ! Il permet d'accueillir la vie telle qu'elle se présente à nous, non pas avec résignation, mais avec confiance. Il s'agit d'un pouvoir, de quelque chose qui nous rend capable d'affronter la réalité et de la transformer.

    Jésus insiste sur cette notion de pouvoir et de choix puisqu'il dit non seulement que ceux à qui on pardonne obtiennent le pardon, mais aussi que si l'on refuse le pardon, ce pardon ne surgira pas miraculeusement d'ailleurs. Le refus du pardon est aussi décisif que le don du pardon. Il est donc nécessaire d'y prendre garde.

    A partir de ce pouvoir de se libérer du poids du mal subi, la porte est ouverte à la transformation de sa propre vie. Plus besoin de se laisser enfermer dans un rôle — rôle de victime ou rôle de dominateur. Ce pardon est une liberté, liberté de choisir comment on reçoit son destin et comment on dirige sa vie, en paix avec soi-même, avec Dieu ou avec les autres.

    En nous donnant ce pouvoir de pardonner, Jésus nous donne le pouvoir de choisir notre style de vie, et donc le pouvoir de devenir heureux ou de rester malheureux. Nous n'avons pas de pouvoir sur bien des événements "qui nous arrivent", "qui nous tombent dessus", mais il nous appartient de décider comment recevoir et vivre cela : avec amertumes et rancoeurs contre un destin qui ne nous épargne pas ou avec la sagesse du pardon, pour être délié des fardeaux de la colère et du ressentiment.

    Jésus nous fait ce cadeau, apprenons à le recevoir et à en faire bon usage dans notre vie.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2020

     

  • Le bon berger

    Pour le dimanche 19 avril

    Ezéchiel 34

    Le bon berger

    Ezéchiel 34:15-24.        Jean 10:7-14a.      1 Pierre 5 : 1-5

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    Chers frères et soeurs en Christ,

    Avez-vous entendu ce qui se passe au sein du peuple d'Israël du temps d'Ezéchiel ?

    "Pourquoi certains d'entre vous ne se contentent-ils pas de paître dans le meilleur des pâturages ? (...) Pourquoi troublez-vous ce que vous n'avez pas bu ? Le reste de mon troupeau est obligé de manger l'herbe que vous avez piétinée et de boire l'eau que vous avez troublée. C'est pourquoi moi, le Seigneur Dieu, je vous déclare ceci : Je vais être juge entre les bêtes maigres et les bêtes grasses de mon troupeau. Vous avez bousculé de l'épaule et du flanc les bêtes affaiblies, vous les avez repoussées à coups de corne jusqu'à ce que vous les ayez chassées du troupeau. Je viens donc à leur secours..." (Ez 34 18-22).

    Ezéchiel dénonce ce qu'on appelle aujourd'hui une société à deux vitesses, où certains dominent et exploitent les ressources ne laissant aux autres que des miettes, où certains marchent sur les têtes des autres pour s'engraisser, s'enrichir. Aujourd'hui, une société où les pays du nord exploitent les peuples à faibles revenus, pillent les ressources de la planète et détruisent l'environnement et la biodiversité.

    Une telle division du peuple d'Israël — entre bêtes grasses et bêtes maigres, les premières exploitant les secondes — ne peut laisser Dieu indifférent.

    Dieu avertit qu'il va revêtir sa robe de juge pour mettre de l'ordre dans tout cela. Son intention est de prendre soin de son troupeau, de son troupeau tout entier, en allant rechercher la brebis qui s'est perdue ou qui a été écartée du troupeau et en demandant des comptes à ceux qui l'ont chassée du troupeau.

    Dieu met sa robe de juge pour les uns, mais surtout il prend sa houlette de berger, car rassembler est plus important, pour lui, que juger. Et Ezéchiel nous parle d'une promesse messianique : Dieu va susciter un nouveau berger de la famille de David pour secourir son peuple.

    Dans la situation d'alors du peuple d'Israël, Dieu veut planter un repère solide qui dit où est le droit et où est l'inadmissible, où est la justice et où est l'exploitation, où est la vie et où est la mort. Ce repère essentiel, c'est le Messie, l'envoyé de Dieu, celui qui est plus grand que tout prophète.

    Lorsque Jésus dit : "Je suis le bon berger" (Jn 10:11), il endosse, il assume le rôle décrit par Ezéchiel, il est celui qui va faire le travail de juge, de tri dans le troupeau, celui qui va prendre le troupeau en main pour l'appeler à faire la volonté de son Père.

    Le bon berger n'est pas un personnage mièvre et auréolé de carte postale jaunie. C'est un homme costaud, courageux, qui prend la défense du plus faible contre l'attaque du loup, contre les dents des requins dirions-nous aujourd'hui.C'est le militant qui interpelle la multinationale. Le bon berger, c'est celui qui est tellement attaché à ses brebis qu'il est prêt à risquer sa vie pour elles. Ce n'est pas un mercenaire, un salarié, un membre de conseil d'administration prêt à quitter le navire au moindre écueil.

    Le bon berger est celui qui s'est mis au service du bien et de la prospérité du troupeau. Et Jésus mérite bien ce titre-là puisqu'il n'a pas hésité à aller jusqu'à la mort, la mort sur la croix, pour sauver son troupeau de la violence des loups. Jésus est le bon berger, attaché à donner le meilleur à son troupeau, à lui donner une vie abondante, même au prix de sa propre vie.

    Les autres, tous les autres qui sont venus promettre le bonheur, la prospérité, un avenir radieux, ne sont que des voleurs, des escrocs, des arnaqueurs. Il suffit de lever les yeux sur les affiches qui tapissent nos rues. On nous promet le bonheur à l'achat des produits exposés. Mais qui peut croire que notre vie sera remplie si notre caddie est plein ? La seule chose qui se remplit, ce sont les tiroirs-caisses des marchands et les poches des actionnaires.

    La publicité nous promet ce qu'elle ne peut nous offrir, Dieu nous offre ce qu'il nous promet : une vie riche et pleine.

    "Je suis la porte de l'enclos", ajoute Jésus. C'est par lui qu'il faut passer pour avoir accès à cette vie pleine et riche, parce que c'est par un contact, une relation profondément humaine qu'on accède à ce qui fait la richesse de la vie. «C'est seulement dans la rencontre d'un être humain, grâce auquel nous trouvons notre nature profonde, que nous avons accès à Dieu.»* Jésus, en tant qu'homme, en tant qu'être humain, nous ouvre la voie vers Dieu, autrement inaccessible.

    Cette tâche de berger, de conducteur vers Dieu, Jésus l'a confiée à ses disciples, pour l'assumer après lui. Souvenez-vous de ce dialogue entre le Christ ressuscité et Pierre : (Jean 21:15-19)

    — Pierre m'aimes-tu ?

    — Tu sais bien que je t'aime.

    — Alors prends soin de mes brebis.

    Et c'est dans l'épître de Pierre que cette recommandation est donnée aux Anciens :

     

    Prenez soin, comme des bergers, du troupeau que Dieu vous a confié (...) Ne cherchez pas à dominer ceux qui ont été confiés à votre garde, mais soyez des modèles pour le troupeau" (1 P 5:2-3).

    C'est à nous tous, membres de l'Eglise de Jésus-Christ, qu'il est demandé de ne pas chercher à dominer, c'est-à-dire dans les paroles d'Ezéchiel de ne pas soutenir le développement d'une société à deux vitesses et de laisser exploiter ceux qui sont sans défense. C'est contraire à la volonté de Dieu.

    Le berger va au secours de la brebis la plus faible et la réintègre dans le troupeau. C'est la tâche qui nous est confiée. A notre tour, nous avons ce rôle à jouer, auprès des personnes que nous côtoyons. Souvenons-nous de notre maître, le bon berger, et avançons dans ses traces.

    Amen

    * Eugen Drewermann, Sermons pour le temps pascal, Paris, Albin Michel, 1994, p. 323.11

    © Jean-Marie Thévoz, 2020

     

  • Comme Paul, s'inscrire dans la lignée des témoins de la résurrection

    Pour le dimanche de Pâques, 12 avril 2020

    1 Corinthiens 15

    Comme Paul, s'inscrire dans la lignée des témoins de la résurrection

    1 Corinthiens 15 : 1-11.          Matthieu 28 : 1-10

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    Chers frères et soeurs en Christ,

    Dans chacun des Evangiles, Pâques, c'est le récit des femmes qui se rendent au tombeau de Jésus, dans le but de faire sa toilette mortuaire et l'enterrer dignement. Et c'est la surprise d'une réalité toute autre : celui qu'on cherche parmi les morts n'est pas là, il est vivant et il attend ses disciples en Galilée.

    Ces récits des Evangiles nous montrent les premiers témoins, leurs réactions, leur perplexité, leur foi ou leurs doutes. Ces récits nous donnent l'impression d'une proximité, d'une immédiateté des témoins avec les événements qui rend leur foi facile et — à nos yeux — leurs doutes risibles : Pourquoi les disciples ne croient-ils pas les femmes ? Pourquoi Thomas doute-t-il lorsqu'il a Jésus devant les yeux ?

    Si nous avions eu tout cela sous les yeux, ne serait-il pas facile de croire ? Cela ne serait-il pas convainquant pour nos voisins, nos proches, ceux qui doutent ?

    Comment passer de la première génération, celle des témoins visuels, aux générations suivantes, celles qui doivent croire sans voir ? C'est là que le témoignage de Paul, l'apôtre Paul, est important.

    Paul ne faisait pas partie des disciples de Jésus du vivant de celui-ci. Paul n'a pas été témoin du tombeau vide. Paul n'a pas été témoin des apparitions de Jésus entre Pâques et l'Ascension. Pire, Paul a été un persécuteur des premiers disciples, des premières communautés chrétiennes. Il s'est élevé contre la prétention des chrétiens à témoigner d'un certain Jésus de Nazarteh, tué par les autorités juives et romaines et prétendument ressuscité !

    Paul a cependant vécu une conversion sur le chemin de Damas. De persécuteur de Christ, il est devenu son apôtre, son défenseur, son ardent prédicateur. Dans sa première lettre à la communauté de Corinthe, Paul énumère les témoins des apparitions de Jésus : Pierre, puis les Douze apôtres, ensuite une foule nombreuse dont les Evangiles ne parlent pas. Et Paul se place après eux tous, comme le plus modeste d'entre eux.

    Paul se met donc sur la liste des témoins d'une apparition, mais non pour s'en glorifier, s'en vanter, mais pour montrer combien grande est la grâce de Dieu. Dieu lui a fait la grâce, à lui le persécuteur, de lui faire connaître Jésus-Christ. Paul n'a pas lieu de s'enorgueillir de cette apparition, de cette révélation, elle met simplement en relief la force de retournement, de renouvellement que contient la résurrection.

    Paul explique cela à la communauté de Corinthe. A Corinthe, il semble que Paul soit face à une communauté très diverse, qui est composée en partie de très petites gens et en partie de mystiques ou d'illuminés (dirait-on aujourd'hui) qui se glorifient d'expériences religieuses particulières et probablement spectaculaires.

    Paul, face à cela, les invite tous à revenir au Credo de base de la foi chrétienne. Il veut rassembler autant les illuminés qui impressionnent, que les gens modestes qui sont impressionnés par les premiers et se sentent inférieurs, incapables, abaissés.

    Paul répète ce Credo de base en quelques mots :

    "Le Christ est mort pour nos péchés (comme l'avaient annoncé les Ecritures)

    il a été enterré;

    il est revenu à la vie le troisième jour (comme l'avaient annoncé les Ecritures)

    il est apparu (à Pierre, aux Douze, à 500, à moi...)" (1 Co 15:3-4)

    Paul se place sur la liste des témoins, pour montrer qu'il y a une place pour chacun dans cette liste, lui qui se qualifie d'avorton, de moins que rien parce qu'il a débuté comme persécuteur.

    Ceux qui se prévalent du Christ et d'expériences grandioses n'ont pas compris la mort et la résurrection de Jésus. La résurrection de Jésus — l'homme crucifié — est le signe donné par Dieu du retournement, du renouvellement de toutes choses, dans la vie personnelle de chacun comme dans le cosmos tout entier.

    La résurrection de Jésus par Dieu est un événement indescriptible, impossible à raconter et à voir par des yeux humains (d'où des récits très différents suivant les Evangiles) parce que c'est l'irruption de la réalité divine dans le monde des humains. L'irruption d'une réalité toute autre, toute différente de nos échelles de valeurs humaines.

    L'irruption d'une espérance dans le désespoir;

    d'une ouverture dans nos impasses et nos blocages;

    d'une réconciliation possible dans nos brouilles et nos ruptures;

    d'une guérison de nos blessures intérieures;

    d'une libération de nos découragements, de nos lassitudes et de nos fatalismes.

    Croire en la résurrection, c'est se placer dans la liste des témoins pour faire mémoire du passé (Jésus était mort et il est vivant), c'est vivre du renouvellement, du retournement du présent, et c'est s'ouvrir à une futur, dans la confiance de Dieu. Oui, Christ est ressuscité et nous en sommes — encore aujourd'hui — les témoins.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2020

  • Tous coupables, tous acquittés

    pour Vendredi-Saint

    10.4.2020

    Tous coupables, tous acquittés

    Esaïe 53:1-12.       Jean 18:33-40.      Jean 19:1-16

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    Chers frères et soeurs en Christ,

    Pilate demande à la foule : "Voulez-vous que je vous libère le Roi des Juifs ?

    La foule lui répond : "Non pas lui ! C'est Barabbas que nous voulons !" Or. Barabbas était un malfaiteur, un criminel. (Jn 18:39-40)

    Ce vendredi Jésus passe en procès, Jésus est jugé par les autorités religieuses, par les autorités politiques, par la foule. Tout le monde s'y met, et si nous nous étions trouvé à Jérusalem ce jour-là, nous aurions été mêlé au procès; d'un côté ou d'un autre. Même les disciples ont abandonné Jésus. Pierre a déjà renié son maître dans la nuit de jeudi à vendredi.

    Le procès de Jésus, c'est aussi le procès de l'humanité. Personne n'a reconnu qui était Jésus. Tous, nous avons participé à sa mise en croix. Terrible bilan : tous coupables.

    Vendredi-Saint est donc un vendredi noir, un jour où notre culpabilité est mise au jour dans la condamnation du Juste.

    Il n'est pas question de gommer, d'atténuer notre culpabilité, notre faute, en ce jour. Pourtant ce n'est pas le mot de la fin, le verdict définitif de Dieu.

    * * *

    L'évangéliste Jean est un fin écrivain et il manie l'ironie d'une plume vive et acérée. Presque toutes ses phrases ont un double sens ! Tous les personnages de ce drame disent leur rôle parfaitement, et en même temps, jouent un anti-rôle, un contre-jeu.

    Ecoutez :

    • Pilate livre Jésus à la mort de la croix, mais il ne cesse de clamer l'innocence de Jésus (Jn 18:38). Pilate est donc en même temps le premier "chrétien" qui confesse l'erreur judiciaire en cours.

    • La foule demande la libération de Barabbas, un bandit et la condamnation du Roi des Juifs. Mais par un jeu de mot hébreu, la foule condamne le Messie politique et demande la libération de "Bar-abbas", littéralement le fils du père, de Abba, Père, comme Jésus aimait à appeler Dieu son père.

    • Les soldats habillent Jésus en roi, et ainsi deviennent les premiers "adorateurs" du Christ.

    • Les prêtres accusent Pilate d'être un ennemi de César et ensuite confessent "Nous n'avons pas d'autre roi que César" (Jn 19:15). Triste affirmation, au second degré, de ce qui est véritablement en train de sa passer : les juifs abandonnent Dieu pour les idoles!

    Tout le texte de Jean est ainsi à lire au second degré. Tout est fausseté et vérité suprême. Toutes les moqueries deviennent des confessions de foi ! Même l'écriteau placé sur la croix de Jésus !

    Ces jeux de bascule du sens appuient le renversement fondamental, significatif de la Passion de Jésus : innocence et culpabilité sont irrémédiablement brouillés, entremêlés, indiscernables. Qui est innocent ? Qui est coupable ? Qu'est-ce que la vérité ? comme le demande Pilate (Jn 18:38).

    * * *

    Tous nos jugements sont anéantis ("Pardonne-leur, ils ne savent ce qu'ils font" Luc 23:34). Devant la croix, tout jugement humain s'effondre. Nous pouvons nous juger coupables, impliqués dans la mort de Jésus, mais cette mort même est celle qui nous acquitte.

    "Il a subi notre punition

    et nous sommes acquittés.

    Il a reçu des coups

    et nous sommes épargnés." Esaïe 53:5 b.

    La mort de Jésus nous libère d'un enfermement constant dans la culpabilité, que ce soit la nôtre ou celle des autres. Là où nous voyons des fautes et jugeons, Dieu voit le malheur, la souffrance et il compatit. Là où nous jugeons, Dieu pardonne.

    Lorsqu'on parle de la toute-puissance de Dieu, et ces termes reviennent souvent dans la liturgie pascale, il ne faut pas y voir de la force musculaire ou de la puissance mécanique. C'est le pouvoir d'inclure tout le monde dans son pardon, dans son amour. C'est cette puissance de pardon qui est révélée sur la croix.

    La puissance de la croix est même anticipée. Jésus donne sa vie pour le salut, la libération de tout homme, mais c'est Barabbas, le premier, qui en profite. Le criminel, le coupable est acquitté, libéré grâce à Jésus ! Paradoxalement, en condamnant Jésus, la foule accomplit le plan de Dieu : libérer tout être humain.

    Nous sommes tous des Barabbas, des personnes qui transportons des sacs de culpabilité — réels ou imaginaires peu importe.

    Jésus ne juge pas, ne nous impute pas de fautes. Il laisse la foule crier en faveur de la libération de tout coupable (encore une confession de la vérité). Non-jugement, pardon, acquittement, libération, voici les termes de l'action de Dieu envers nous, aujourd'hui.

    Tous coupables ? Oui, mais tous acquittés !

    Amen.

    © Jean-Marie Thévoz, 2020

  • Dieu renonce à exercer sa toute-puissance

    Pour le dimanche des Rameaux (bénédiction des catéchumènes) du 5 avril

    1 Rois 19

    Dieu renonce à exercer sa toute-puissance

    1 Rois 19 : 9-14.       Philippiens 2 : 5-11

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    Chers frères et soeurs en Christ, Chers catéchumènes,

    Vous achevez maintenant la partie officielle de votre instruction religieuse, le catéchisme. Pendant ces quelques années vous avez été guidés, conduits sur des chemins tracés par d'autres. Vous avez dû suivre et passer là où on vous disait d'aller. Dès aujourd'hui, il n'y a plus de route toute tracée, vous êtes à un carrefour où vous pouvez choisir la direction que vous voulez prendre.

    Face aux grandes questions de la vie — l'amour, l'argent, la mort, pour faire bref — c'est à vous de trouver et d'apporter votre réponse. Si c'est encore flou pour vous maintenant, c'est normal, les grandes questions de la vie nous interrogent tout au long de l'existence, on n'y échappe pas.

    A votre âge aujourd'hui, mais aussi à l'âge de vos parents qui sont ici, de vos grand-parents, se pose la question "Qu'est-ce que je fais ici sur la terre ?" C'est la question que Dieu pose à Elie : "Pourquoi es-tu ici, Elie ?" (1 Rois 19 : 9,13)

    Elie a marché environ 500 km pour venir à la montagne de l'Horeb dans le massif du Sinaï, à l'endroit où Moïse a vu le buisson ardent et où il est revenu avec le peuple hébreu recevoir les Tables de la Loi. Elie est revenu là, sur la montagne de Dieu, parce qu'il a besoin de comprendre qui est vraiment Dieu !

    En effet, Elie vient de vivre une expérience traumatisante. Il y a eu une sorte de match entre prophètes (vous trouvez le récit de ce match dans 1 Rois 18), entre d'un côté les prophètes de Baal et de l'autre Elie, prophète de Dieu. Le match a été gagné par Elie et les perdants ont été mis à mort (cela se passait ainsi à cette époque !), avec pour résultat que le roi qui avait parié sur les prophètes de Baal est fâché et cherche à faire mourir Elie.

    Donc Elie a gagné en théorie, mais il est en train de tout perdre parce que la situation dégénère dans la violence. Est-ce vraiment cela que Dieu voulait ? Elie voudrait le savoir.

    Elie est dans la même situation que nous lorsque nous nous demandons pourquoi Dieu n'arrête pas les guerres, les massacres, les attentats ou les épidémies. Pourquoi Dieu ne nous empêche-t-il pas de faire le mal ? J'ai entendu plusieurs fois cette question et je comprends que ce soit pour vous un obstacle à croire en la bonté de Dieu.

    Alors, Elie, sur la montagne, souhaite en savoir plus sur Dieu et son implication dans le monde. Et Dieu lui offre une réponse, qui est aussi une réponse qui nous est destinée !

    "— Sors, lui dit le Seigneur; tu te tiendras sur la montagne, devant moi; je vais passer. Aussitôt un grand vent souffla, avec une violence telle qu'il fendait les montagnes et brisait les rochers devant le Seigneur, mais le Seigneur n'était pas présent dans ce vent. Après le vent, il y eut un tremblement de terre; mais le Seigneur n'était pas présent dans le tremblement de terre. Après le tremblement de terre, il y eut un feu; mais le Seigneur n'était pas présent dans le feu. Après le feu, il y eut le bruit d'un léger souffle. Dès qu'Elie l'entendit, il se couvrit le visage avec son manteau, il sortit de la caverne et se tint devant l'entrée." (1 Rois 19: 11-13)

    Elie a reconnu la présence de Dieu dans le léger souffle ! Comment comprendre cela ? Et bien, Dieu refuse d'être présent dans tout ce qui représente une force menaçante pour l'être humain.

    Dieu connaît les mécanismes, les ressorts, de la violence. Il sait que la violence s'alimente à la force qu'on lui oppose, il sait que la violence et son opposition conduisent à une escalade sans fin, à une spirale qui enfle jusqu'à tout détruire autour d'elle. Alors, Dieu a choisi de ne pas alimenter cette spirale de la violence par une intervention en force, il souhaite calmer le jeu par l'apaisement, en induisant une désescalade. Il refuse de s'imposer par force, car il ne veut de guerre ni pour lui ou en son nom, ni contre lui.

    Il veut se montrer inoffensif — comme un agneau — il sort le "drapeau blanc" des négociations. Il pose sur la table, qu'il n'y aura pas de coups de sa part, pas de revanche, pas de punition pour celui qui reconnaît ses torts et souhaite repartir sur des bases nouvelles.

    Y a-t-il un autre chemin ? Qui pourrait supporter un bras de fer avec Dieu ? La Bible nous laisse entendre que dans un passé très reculé, il y a eu un tel bras de fer. C'est le récit mythique du déluge, expliqué comme un ras-le-bol de Dieu face à la méchanceté des humains. Il aurait alors décidé d'anéantir le mal en noyant toute vie — enfin sauf Noé, sa famille et les animaux pour que la vie puisse reprendre.

    Mais la méthode forte a échoué et Dieu s'est juré de ne pas recommencer, il a même donné l'arc-en-ciel comme signe de cette première alliance (voir Genèse 9).

    Alors commence une autre voie, celle de l'invitation, celle de l'éducation. Et cette voie passe par le respect de la liberté de tout être humain, et par le renoncement de Dieu à exercer sa toute-puissance.

    Et Dieu se présente à Elie dans un souffle léger. Dieu se présente à nous à travers la figure humaine de Jésus. Dieu ne veut pas s'imposer, il se propose : "Je t'aime, veux-tu m'aimer en retour ?" Pour que l'amour soit possible entre Dieu et les humains, entre les humains et Dieu, il faut abolir l'idée d'un pouvoir, l'idée d'une hiérarchie, l'idée d'un dominant et d'un dominé. Aussi Jésus a-t-il renoncé à toute prérogative divine, à tout pouvoir, à toute supériorité pour se faire homme, serviteur de tous, le plus humble, jusqu'à la mort, à la mort sur la croix.

    La proposition de Dieu, son invitation — à vous catéchumènes, mais à vous aussi parents, parrains, marraines, familles — c'est de prendre exemple sur Jésus-Christ qui renonce à tout pouvoir, à toute préservation de ses intérêts et privilèges pour apporter la paix au monde.

    Dieu nous invite à suivre l'exemple de son Fils, pour vivre dans la paix, en nous aimant les uns les autres. C'est le seul chemin qui y conduit. Tous les autres — autant le laisser-aller qu'un intervention céleste toute-puissante — passent par la violence et ne peuvent que conduire à davantage de malheurs.

    Jésus nous invite à le suivre sur la voie de la paix par l'amour. Vous avez ce choix devant vous ! Vous savez quoi faire pour suivre l'invitation de Dieu. La question qui reste ouverte est : le ferez-vous ?

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2020

  • Qui a tué Jésus ?

    pour le dimanche 29 mars

    Luc 23

    Qui a tué Jésus ?

    Luc 6 : 37-38.        Luc 23 : 26-43.

    télécharger le texte ici : P-2020-03-29.pdf

    Chers frères et soeurs en Christ,

    Nous sommes bien engagés dans le temps du carême, dans notre montée vers Pâques. Le récit de la Passion de Jésus nous laisse avec la question : « Qui a tué Jésus ? »

    A cette question, on peut répondre de deux façons, historiquement et théologiquement. La réponse historique va essayer de retrouver les faits qui sont présentés dans et derrière les textes. La réponse théologique va rechercher le sens, la signification que les textes donnent aux événements, en prenant en compte un contexte plus large, notamment l'histoire complète des relations entre Israël et Dieu.

    Abordons l'aspect historique. D'abord, Jésus est un juif parmi le peuple juif. On se trouve donc avec des événements qui se passent à l'intérieur d'un peuple, d'une communauté. Pour compliquer les choses, ce peuple est occupé par la puissance romaine, une puissance étrangère, tant en ce qui concerne la géographie que la culture.

    Dans ce contexte : qui en veut à Jésus ? quels sont les acteurs de sa condamnation à mort ? Là, il est intéressant de relire tout le texte de la Passion. J'ai relu le récit de Luc. Dans son texte, ce qui est frappant lorsqu'on relève les noms des groupes qui sont amis ou ennemis de Jésus, c'est de voir que le groupe des ennemis s'accroît régulièrement et que le groupe des amis décroît aussi régulièrement.

    Au départ, il y a juste les chefs des prêtres et les maîtres de la loi qui cherchent un moyen de mettre à mort Jésus (Lc 22:2). Mais — dit le texte — ils avaient peur du peuple. Ce qui signifie que le peuple est favorable à Jésus.

    Peu à peu, au cours du récit, les uns après les autres, les groupes vont passer de l'ensemble des amis à celui des ennemis, y compris dans la petite troupe des disciples, à commencer par Judas, pour finir par le reniement de Pierre. L'aboutissement est l'unanimité, lorsque "tous ensemble" ils crient à Pilate de crucifier Jésus (Lc 23:18).

    Evidemment, lorsqu'on est à Jérusalem, ce "tous ensemble" est composé de juifs. Mais si cela se passait à Athènes, ce seraient des grecs, à Rome, ce seraient des romains, etc. Ce fait historique ne peut fonder une idéologie anti-juive ou antisémite, ce que la théologie confirme. La foule représente toute l'humanité, y compris nous-mêmes.

    Il faut encore parler des romains. Comme puissance occupante, eux seuls avaient la prérogative d'appliquer la peine de mort. Le rôle des romains (dans la personne de Pilate) est très ambigu ! D'un côté Pilate ne cesse de dire que Jésus est innocent et cherche à le faire relâcher, mais de l'autre il cède à la foule ! Quelle est cette superpuissance qui cède à une foule ? De ce point de vue, les Evangiles sont très critiques par rapport aux romains.

    Abordons maintenant l'aspect théologique. Je crois que les Evangélistes ne sont pas intéressés à chercher qui a tué Jésus. Ce qui leur importe c'est de montrer deux choses (i) l'unanimité de tous à condamner Jésus, (ii) affirmer que Jésus était un homme juste.

    Les Evangélistes ne cherchent pas à désigner des coupables, puisqu'ils sont les quatre d'accord pour dire que personne n'a pu échapper à la folie meurtrière, même le disciple Pierre s'est placé du côté des persécuteurs pour sauver sa vie.

    Ce que les Evangélistes veulent, c'est révéler le processus lui-même qui consiste à noircir un innocent, à le faire passer pour coupable, pour justifier sa mise à mort. Une des phrases les plus importantes du récit, c'est "il a été mis au rang des malfaiteurs" sous-entendu alors qu'il était innocent (Lc 22:37).

    Cela est mis en évidence dans le dialogue entre les deux malfaiteurs crucifiés de part et d'autre de Jésus. L'un accuse Jésus : "N'es-tu pas le Messie ? Sauve-toi et sauve-nous avec toi" (Lc 23:39). Ce qui signifie en clair : soit tu as menti toute ta vie et tu mérites ton châtiment, soit tu es un idiot de ne pas te sauver et tu mérites ce qui t'arrive.

    L'autre malfaiteur est celui qu'on peut désigner comme le premier chrétien de l'Histoire, il croit en l'innocence de Jésus et révèle l'injustice de cette situation lorsqu'il confesse : "pour nous cette punition est juste, car nous recevons ce que nous avons mérité par nos actes, mais lui n'a rien fait de mal." (Lc 23:41)

    Le récit de la Passion est la révélation — au sens fort du terme — de ce mécanisme qui nous fait blâmer les victimes au lieu de voir l'injustice et faire acte de compassion.

    Le christianime — avec le judaïsme, parce que l'Ancien Testament est rempli de prises de position en faveur de la victime — nous apprend à regarder les situations avec le récit de la Passion en mémoire, pour nous garder de tomber dans le blâme de la victime.

    La vie et la mort de Jésus doivent rester dans notre esprit comme une grille de lecture de toute situation de violence et particulièrement de violence collective contre un individu ou une minorité — depuis la bagarre dans le préau de l'école jusque dans les discours politiques justifiant une guerre.

    La question : « Qui a tué Jésus ? » n'est pas importante en ce qui concerne le passé. Mais elle est primordiale pour nous aujourd'hui : nous sommes tous passibles et capables de tuer Jésus, c'est-à-dire d'être mêlés à la condamnation d'un juste, d'un innocent.

    Nous le risquons si nous perdons de vue Jésus sur la croix comme révélation de notre capacité à la violence. C'est en cela que Jésus nous sauve, pourvu que nous n'oubliions pas ce qu'il nous révèle sur la croix.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2020

     

  • "Je suis la porte" dit Jésus

    pour le dimanche 22.3.2020

    Jean 10

    "Je suis la porte" dit Jésus

    Genèse 28 : 10-19.      Romains 5 : 1-5.    Jean 10 : 7-10

    télécharger le texte : P-2020-03-22.pdf

     

    Chers frères et soeurs en Christ,

    L'évangile de Jean nous rapporte plusieurs paroles de Jésus où il dit qui il est d'une manière très imagée :

    « Je suis le pain de vie » (Jn 6:35)

    « Je suis la lumière du monde » (Jn 8:12)

    « Je suis celui que je suis » (Jn 8:25 et 28) en écho à la révélation de Dieu à Moïse devant le buisson ardent (Ex 3:14).

    « Je suis le bon berger » (Jn 10:11 et 14)

    « Je suis la résurrection et la vie » (Jn 11:25) que Jésus dit à Marthe devant la tombe de son frère Lazare.

    « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 11:25)

    « Je suis la vraie vigne » (Jn 15: 1 et 5)

    Et voilà qu'il dit — dans le texte que nous avons entendu à l'instant —

    « Je suis la porte de l'enclos des brebis » (Jn 10:7)

    « Je suis la porte » Que devons-nous comprendre là ?

    Une interprétation facile est de glisser tout de suite vers le "gardien de la porte", celui qui assure la sécurité de l'enclos en ne laissant entrer que les ayant-droits, une sorte de cerbère qui filtre les entrées comme à la porte d'une discothèque.

    Mais Jésus n'est pas en train de dire que la vie — et la vie en abondance qu'il offre à tous (Jn 10:10) — c'est de vivre enfermé dans un enclos, même si l'on gagne en sécurité.

    Jésus est la porte pour que l'on puisse entrer et sortir et trouver sa nourriture, sous-entendu : à l'extérieur de l'enclos. Il faut se représenter un peu l'image que Jésus utilise : le troupeau est rentré la nuit dans un enclos qui peut être un petit cabanon ou une grotte. Il y a peu de place, les moutons sont serrés les uns contre les autres, c'est noir et inconfortable, mais c'est le seul moyen d'en assurer la sécurité.

    L'accent n'est donc pas mis sur l'enclos, mais sur cette possibilité d'aller et venir et de trouver une nourriture abondante. Jésus est la porte d'accès à une vie de liberté autant que de sécurité, à une vie que Dieu veut rendre belle et pleine.

    Jésus se présente donc comme l'accès à cela. Il est le pont jeté entre deux mondes que tout sépare. Entre la vie terrestre, faite d'aléatoire, de succès comme de malheurs, de moments de bonne santé comme de maladies qui surgissent et blessent; entre cette vie terrestre et la vie que Dieu veut nous offrir : une richesse relationnelle qui permet de dire : "malgré les aléas tristes et injustes de l'existence, la vie vaut la peine d'être vécue".

    Jacob, dans son rêve, avait eu la vision de cette possibilité, de cette réconciliation entre le monde terrestre et le monde céleste, lorsqu'il a vu cette échelle qui reliait le ciel et la terre. Une échelle, comme une passerelle, comme une porte ouverte entre le monde de Dieu et le monde des humains.

    Et Jacob ne s'y est pas trompé lorsqu'il a nommé ce lieu où il s'était endormi : la maison de Dieu (Bethel) et qu'il a ajouté, c'est ici la "porte du ciel". Il a vu là ce que l'évangile de Jean nous dit maintenant : Jésus est la porte qui nous ouvre sur le monde de Dieu, il est la porte à travers laquelle nous pouvons passer pour avoir accès au monde divin.

    « Je suis la porte » dit Jésus, il n'y en a pas d'autres qui ouvrent sur cette réalité divine. Aujourd'hui, pour les plus branchés (sur internet), on pourrait traduire : Jésus dit : « Je suis le portail » qui vous donne l'accès le plus rapide et le plus complet à tout ce qui concerne Dieu et le monde divin. Passez par moi pour accéder à Dieu, les autres ne sont que voleurs et brigands, des imposteurs qui vous baladent et vous dépouillent, mais ne vous apportent rien. Passez par moi pour assouvir votre quête de nourriture spirituelle et vous aurez la vie en abondance.

    C'est vrai qu'aujourd'hui se pose pour chacun la question de savoir à quelle source il alimente sa vie intérieure. A quelles offres (publicitaires) alléchantes répondre ? Qui offre quelque chose de vraiment nourrissant et bon pour moi ? Qui offre encore quelque chose de manière désintéressée, dans notre monde qui ne loue plus que le profit ? Cela concerne ce qui nous est offert de l'extérieur à notre consommation en quelque sorte.

    Mais à l'intérieur de nous-mêmes, quelle porte ouvrons-nous ? De qui écoutons-nous les messages, les voix qui s'expriment dans notre tête ? Nous laissons-nous empoisonner par des messages dévalorisants, hypercritiques, culpabilisants ? Ou bien ouvrons-nous la porte à la voix de Dieu qui nous dit son amour inconditionnel, sa confiance inébranlable en nous ? Cette voix qui nous dit : "Je suis venu pour que les humains aient la vie et l'aient en abondance." (Jn 10:10).

    « Je suis la porte » dit Jésus, la porte de la vie et de la vie en abondance. Cette porte, ne la laissons pas fermée !

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2020

  • Ce que Judas nous révèle...

    Pour le dimanche 15 mars 2020

    Matthieu 26

    Ce que Judas nous révèle...

    Matthieu 26 : 14-16.     Matthieu 27 : 1-10

    télécharger le texte : P-2020-03-15.pdf

     

    Chers frères et soeurs en Christ,

    Dans le récit de la Passion, deux disciples tiennent des rôles particulièrement importants : Pierre et Judas. Le premier semble tenir un rôle côté lumière et le second un rôle côté ténèbres. Mais finalement, Jésus s'est quand même retrouvé tout seul face à la mort, abandonné de tous. Toutes les autorités ont condamné Jésus, tous les disciples ont abandonné Jésus, toute la foule a crié "Crucifie !" Il y a eu unanimité contre Jésus, ce jour-là.

    Mais dans la tradition chrétienne, dans les récits des Evangiles, c'est Judas qui est désigné comme "le mauvais", celui qui a livré et trahi Jésus. Déjà dans les listes des disciples que donne chaque Evangile, Judas est placé en dernier et désigné comme celui qui trahit, qui livre Jésus (Mt 10:4). Dans les Evangiles on ne crée pas de suspens.

    Ainsi, Judas porte la marque de l'infamie. Pourtant, il n'est qu'un rouage dans la grande machine qui a conduit à la condamnation de Jésus. Mais il est un rouage, le seul rouage qui vient de l'entourage immédiat de Jésus, il est l'un des Douze. Cela accentue l'incompréhensible.

    Comment un proche de Jésus, quelqu'un qui l'a suivi, qui l'a accompagné pendant des mois, qui l'a entendu prêcher, qui l'a vu faire des miracles, guérir, nourrir les foules, etc., comment Judas a-t-il pu trahir son maître ? On donne généralement trois explications différentes.

    1) Ce serait de la jalousie, comme Caïn à l'égard d'Abel. Cette raison est trop subjective et peu présente dans les Evangiles.

    2) Ce serait l'appât du gain. L'Evangile de Jean place plusieurs touches dans ce sens (Judas était le caissier du groupe, il blâme la femme qui verse du parfum sur les pieds de Jésus et crie au gaspillage, et, ajoute Jean, "il dit cela parce qu'il était voleur" (Jn 12:6)). Le fait que Judas soit payé pour livrer Jésus va dans ce sens, mais la somme est modeste pour un homme cupide.

    3) La troisième raison, qui a été souvent développée dans la littérature est une raison théologique et me semble la plus intéressante. Judas aurait livré Jésus pour qu'il puisse accomplir son destin messianique — en tout cas le destin messianique tel que Judas l'envisageait.

    Dans la liste des disciples — à la fin de la liste — on trouve Simon le nationaliste (ou le zélote) et Judas l'Iscariote. Iscariote pourrait venir de "sicaire", le poignard et distinguer Judas comme un résistant à l'occupant romain, comme Simon le nationaliste auquel il est rattaché dans les textes.

    Judas se serait joint aux disciples de Jésus parce qu'il était persuadé que Jésus était le Messie qui devait délivrer Israël de l'occupant romain. Judas aurait été sourd à l'enseignement de Jésus sur la messianité souffrante; il n'aurait pas été réceptif aux remises à l'ordre de Pierre par Jésus chaque fois que Pierre refusait les annonces de la Passion.

    Judas pouvait donc attendre de la montée à Jérusalem et de l'entrée triomphale de Jésus avec l'épisode des rameaux qu'elles soient suivies d'une révélation éclatante. Judas peut s'être vu investi d'une mission dans ce dévoilement. Qu'est-ce qui serait plus éclatant que des myriades d'anges venant délivrer le Messie des mains de l'occupant ? Il fallait donc provoquer l'arrestation de Jésus pour déclencher le processus, pour mettre Dieu en demeure de réagir, de sauver son Fils et de libérer le peuple d'Israël.

    Ainsi, à ses propres yeux, Judas aurait pu avoir un motif honorable de livrer Jésus. C'était une façon de collaborer au plan de Dieu. Et bien, cela a été une façon de collaborer à ce qui devait arriver, mais pas selon le plan de Judas. En effet, le plan ne tourne pas comme Judas l'attendait :

    "Lorsque Judas vit que Jésus avait été condamné, il fut pris de remords et rapporta les 30 pièces d'argent et dit : « J'ai péché en livrant un innocent à la mort »." (Mt 27:3-4)

    Judas se retrouve-là dans la même situation que Pierre juste après son reniement. Tous deux ont trahi leur maître. Mais leur destinée ne sera pas la même. Pierre vit, Judas meurt. Que se passe-t-il ?

    Pierre et Judas n'ont pas le même regard sur la messianité de Jésus et sur eux-mêmes. Après l'arrestation de Jésus, Pierre se voit tel qu'il est, avec sa faute. Judas voit sa faute, mais il veut l'effacer par la restitution de l'argent. Il veut effacer le passé, remonter le temps, retrouver le Jésus d'avant, et probablement réessayer autrement de faire advenir le Messie glorieux. Comme cela est désespérément impossible, il n'a plus d'espérance, tout est fini. Il va se pendre.

    Pierre de son côté a retenu l'enseignement de Jésus. Il garde un espoir dans le Messie, même s'il ne peut espérer l'incroyable, la résurrection.

    Judas a été marqué du sceau de l'infamie parce qu'il représente la tentation — toujours forte — de brusquer Dieu, de le mettre à l'épreuve, de le pousser vers la toute-puissance pour nos propres intérêts.

    En Jésus-Christ, Dieu a choisi la difficile voie de l'impuissance, de la faiblesse pour se révéler. C'est un amour qui se propose, mais ne s'impose pas. Face à cela, nous gardons toujours — comme Judas — la tentation de la trahison en réclamant de Dieu une manifestation plus vigoureuse, plus contraignante, plus imposante.

    Le temps de la Passion nous rappelle que Dieu a choisi la voie de la douceur et du pardon. Il a choisi de porter nos fardeaux, nos soucis, nos faiblesses, nos souffrances avec nous. Il n'est pas le Messie glorieux qui ôte les obstacles de notre route, il est le Messie souffrant qui traverse les difficultés avec nous, à nos côtés.

    Il est celui qui relève Pierre et tous ceux qui faiblissent sur le chemin. Ce visage, c'est celui de Dieu qui nous est révélé en Jésus-Christ, mort sur la croix et ressuscité le troisième jour.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2020

     

  • Saynète : Le roi Salomon

    8.3.2020

    1 Rois 3

    Saynète : Le roi Salomon

    1 Rois 3 : 4-28       1 Corinthiens 3 : 16-17

    télécharger les textes : Saynète 2020-03-08.pdf        P-2020-03-08.pdf

     

    Saynète des enfants :

    1. Salomon enfant joue avec son épée sur la musique « je voudrais déjà être roi »

    Narratrice : Nous allons vous raconter l’histoire de Salomon, fils du roi David.

    Salomon enfant: Je suis Salomon, le fils du roi ; plus tard je serai le roi du monde.

     

    2. David est sur son trône. A ses côtés les gardes, Salomon jeune et Nathan le prophète.

    Narratrice : Plusieurs années ont passé. Salomon a bien grandi et va devenir roi à son tour. Venez avec nous assister à son couronnement. Le prophète Nathan va verser de l’huile sacrée sur le nouveau roi.

    David : Mon fils bien-aimé, tu as acquis de l’expérience et de la sagesse ; il est temps maintenant d'être désigné officiellement comme le prochain roi. Le prophète Nathan va te bénir.

    Salomon s’approche de Nathan pour oindre le jeune roi Salomon.

    La foule : Vive le roi Salomon ! Vive le roi Salomon ! Vive le roi Salomon !

    La foule acclame le nouveau roi avec de la musique.

     

    3. David est couché sur un lit et Salomon debout à ses côtés.

    Narratrice : Le temps passe, David est très vieux et il va bientôt quitter ce monde. Il parle avec Salomon et lui transmet ses dernières volontés…

    David : Mon fils, moi je m’en vais où va tout ce qui est terrestre. Sois fort et sois un homme ! Observe l’ordre de Dieu en marchant dans ses voies et en gardant ses commandements écrits dans la Loi de Moïse.

    Salomon : Mais… je ne suis pas encore assez grand, je n’ai pas assez d’expérience, je ne vais pas savoir faire. J’ai besoin de toi et de tes conseils.

    David : Je te fais confiance, tu vas gagner en expérience. Mais surtout confies-toi en Dieu; demande-lui toujours ce dont tu as besoin. Il te guidera. Fais-lui confiance.

    Narratrice : David meurt et il est enterré avec ses pères, ses ancêtres. Salomon prend sa succession.

     

    4. Salomon est couché dans son lit. Il dort.

    Narratrice : Salomon est devenu roi. Il s’est marié. Il s’occupe maintenant des affaires du pays comme il peut. Un soir qu’il dort, il fait un rêve.

    Dieu : Salomon, Salomon, écoute : Demande-moi ce que tu veux ; je te le donnerai.

    Salomon : ô Dieu, tu as été bon avec mon père David car il était un roi juste et bon. Moi je suis un roi débutant, je suis tout jeune et je ne sais pas gouverner. Donne-moi donc un esprit ouvert et un cœur attentif à mon peuple.

    Dieu : Tu ne me demandes pas la richesse, tu ne me demandes pas de vivre longtemps, tu ne me demandes pas la mort de tes ennemis, mais tu me demandes l’intelligence et la sagesse pour bien gouverner. Alors, je vais te donner ce que tu demandes et je te donnerai en plus la richesse, une longue vie et la paix dans ton royaume.

     

    5. Salomon est assis sur son trône. Il a un garde de chaque côté.

    Narratrice : David avait construit le palais royal du temps de son vivant mais à cause des guerres il n’a pas pu construire le temple de Dieu à Jérusalem. Maintenant qu’il n’y a plus de guerre, Salomon va pouvoir accomplir cette mission.

    Salomon : Qu'on fasse venir mes architectes ! Je vais faire construire le temple de Jérusalem.

    Les architectes arrivent avec leurs aides qui portent le plan. Ils déroulent un très grand plan.

    Architecte 1 : Voici notre projet majesté. Comme vous nous l'avez demandé - Majesté - nous avons prévu un Temple magnifique. Le Temple sera constitué de trois espaces. D'abord une grande cour tout public. Elle pourra accueillir le peuple et les visiteurs de tous les pays. Tout le monde y aura accès.

    Architecte 2 : Ensuite, il y aura le bâtiment du Temple lui-même. Il sera allongé, de 30 mètres de long sur 10 mètres de large et de 15 mètres de hauteur. En pierre à l'extérieur et tout tapissé de bois précieux à l'intérieur. Le Temple sera réservé au peuple d'Israël, à ceux qui vénèrent notre Seigneur Dieu. C'est là qu'aura lieu le culte.

    Architecte 1 : Enfin le troisième espace sera une pièce entièrement fermée, plus petite, qui contiendra l'arche de l'alliance avec les tables de la Loi. Elle sera toute tapissée d'or fin. Cet endroit est réservé à Dieu seul. Personne ne peut y entrer, sauf le grand-prêtre une seule fois par année pour obtenir le Grand Pardon pour tout le peuple.

    Architecte 2 : Nous vous proposons - Majesté - de voir avec le roi du Liban pour obtenir le bois de cèdre et les objets en bronze pour le culte. Les plans sont prêts. Nous attendons les ordres pour commencer à bâtir ce Temple magnifique qui honorera grandement le Dieu d'Israël.

    Salomon adulte: Vous avez bien travaillé, je suis content d'accomplir la promesse de mon père David et de faire construire un Temple à Jérusalem. Que les travaux commencent !

     

    6. Salomon, les gardes et les experts.

    Salomon : Ce sera vraiment un beau temple, un temple magnifique, un temple digne de mon règne...

    Deux femmes arrivent en se disputant et en tirant un bébé chacune vers soi.

    Femme 1 : C’est mon enfant !!

    Femme 2 : Lâche-le ; il est à moi.

    Femme 1 : Menteuse ! Je vais me plaindre au roi.

    Salomon : Silence !! Que se passe-t-il ?

    Femme 1 : Nous allons tout vous expliquer. Nous habitons dans la même maison sans personne d’autre avec nous.

    Femme 2 : Nous avons accouché à quelques jours près. Pendant la nuit nous avions chacune notre bébé à côté de nous. Son bébé est mort. Pendant que je dormais, elle a échangé nos bébés.

    Femme 1 : Non, ce n'est pas vrai, tu mens !!

    Femme 2 : Quand je me suis réveillée, j’ai vu que ce n’était pas mon bébé.

    Femme 1 : C’est le contraire. C’est mon enfant qui est vivant.

    Femme 2 : Non, c’est le mien qui est vivant.

    Salomon : STOP !! Je vais juger votre affaire mais je vais d’abord consulter mes experts. Quelle solution est-ce que vous proposez ?

    Expert 1 : Il faut attendre que l’enfant soit assez grand pour voir à quelle mère il ressemble.

    Expert 2 : Je propose d’aller voir dans la maison s’il y a des traces qui nous permettent de voir dans quel lit l’enfant est mort.

    Expert 3 : Je propose que les deux mères gardent l’enfant à tour de rôle.

    Salomon : Hum hum, hum…. Ça va prendre beaucoup de temps tout ça. Gardes ! amenez-moi mon épée !

    Salomon : Je vais couper l’enfant en deux, chacune en aura une moitié.

    Femme 2 : NON !!!!! Laissez-le vivre ! Donnez-lui l’enfant vivant.

    Femme 1 : Il ne sera ni à moi, ni à toi, coupez-le en deux !

    Salomon : Donnez l’enfant vivant à cette femme. C’est celle qui voulait que l’enfant vive qui est la vraie mère.

    Applaudissements de la foule - tous les enfants et les catéchumènes - Chant d’allégresse.

    © Paroisse St-Jean (EERV) - Lausanne, 2020

    (Le droit de publication commerciale est réservé, le droit de jouer la saynète est libre, merci de citer la source.)

     

    Message :

    Chers frères et soeurs en Christ,

    Salomon est le roi qui a construit le premier Temple de Jérusalem, nous dit la Bible. Ce Temple est divisé — comme le sera plus tard le Temple reconstruit par Hérode, celui qu'a fréquenté Jésus — en trois espaces.

    Ces trois espaces sont imbriqués les uns dans les autres, comme des boîtes ou des poupées russes. Le plus grand espace est une grande cour, à ciel ouvert, qui accueille tout le monde. C'est l'espace public, pour les croyants comme pour les visiteurs. A l'intérieur de cette cour se trouve le bâtiment du Temple. Seuls les prêtres entrent dans ce bâtiment, dans cet espace. C'est un espace réservé. A l'intérieur de ce bâtiment se trouve une chambre plus petite, qui est le lieu saint, même le saint des saints, un espace où étaient placées l'arche de l'alliance et les tables de la Loi. C'est le lieu sacré de la présence divine. Personne n'a le droit d'y entrer, sauf un prêtre, qui y entre une fois par année pour le Grand Pardon. Voilà pour l'architecture et l'organisation du Temple de Salomon.

    Mais voilà que l'apôtre Paul nous dit que nous sommes — nous-mêmes — le Temple de Dieu et que l'Esprit saint habite en nous. Paul nous invite à faire une analogie entre le Temple et nous, nos personnes, nos corps. C'est ce que les enfants ont représenté sur les deux panneaux que vous pouvez voir derrière moi. Le coeur y représente l'espace sacré.

    Notre coprs est notre interface avec le monde, avec notre environnement. C'est par notre corps, nos sens, que nous entrons en relation avec les autres. Notre relation au monde se joue aussi en trois espaces : un espace public, un espace personnel et un espace privé, sacré. Notre espace public commence à peu près à une distance de coude autour de nous. Nous ne sommes pas génés quand un inconnu se place à cette distance. Par contre cela nous dérange s'il se colle à nous ou s'il vient s'asseoir sur nos genoux. Il serait clairement entré dans notre espace personnel. Notre espace personnel est comme une bulle proche de notre corps. C'est un espace réservé, personne n'a le droit d'y entrer sans notre accord, notre consentement.

    Et puis nous avons un espace tout à fait privé, intime, celui de nos pensées secrètes. C'est là que se trouve notre être profond, ce qui fait que nous sommes uniques. Personne ne peut y entrer sauf nous-mêmes. Nous y habitons — et mystérieusement, c'est aussi là que Dieu habite en nous. C'est un espace que Dieu protège en nous — c'est pourquoi l'apôtre Paul dit que si quelqu'un voulait détruire cet espace en nous, Dieu s'en prendrait à lui pour nous défendre. Nous sommes le Temple de Dieu, Dieu habite en nous parce qu'il trouve que nous avons de la valeur. Dieu trouve que c'est le plus beau lieu où habiter. Nous valons tous infiniment, nous sommes précieux aux yeux de Dieu.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2020

  • La croix est le paratonnerre qui attire sur elle la violence du monde.

    Genèse 4

    23.2.2020

    La croix est le paratonnerre qui attire sur elle la violence du monde.

    Genèse 4 : 1-11.      Matthieu 5 : 2-24

    télécharger le texte ici : P-2020-02-23.pdf

     

    Chers frères et soeurs en Christ,

    Comme vous le savez, j'aborde la question de la violence dans le programme d'études bibliques de cette année, sous le titre : “La violence dans la Bible : un problème ?” La violence est présente dans la Bible, dans nombres de récits, comme elle l'est dans notre monde. La Bible n'est pas hors du monde, elle reflète la réalité quotidienne de la vie humaine.

    Mais la Bible a aussi un regard sur la violence. Elle ne se contente pas de mettre en scène des hommes violents, des violences étatiques ou même de la violence divine — dans une Histoire (l'Exil) lue comme punition de Dieu. Dans ses récits de violence, l'écrivain biblique prend une position, pose un regard particulier sur les actes de violence décrit. Et c'est cela qu'il est intéressant d'analyser. De quel côté se situe le narrateur biblique ?

    Les violences guerrières ou l'exploitation économique des multi-nationales nous paraissent vraiment hors de notre portée. Aussi, je souhaite aujourd'hui que nous nous concentrions sur les violences qui nous touchent ou dont nous sommes ou nous pourrions être les acteurs, ici, dans nos environnements, sur les violences qui nous concernent, qu'elles soient subies ou commises, à la maison, sur la route, à l'école ou au travail. Pour cela, il est important de comprendre les mécanismes de la violence.

    Vous avez entendu deux textes bibliques qui parlent de la violence, l'un dans l'Ancien Testament, l'histoire de Caïn et Abel et l'autre dans le Nouveau Testament, où Jésus met en garde sur les commencements, les racines de la violence.

    Caïn et Abel, c'est l'histoire d'un meurtre, d'une violence ultime, qui est décortiquée. Le texte nous montre les étapes qui conduisent à la violence. Au départ, deux hommes différents, mais frères. Différents parce que l'un, Caïn, est cultivateur, l'autre, Abel est berger, éleveur. Chacun a son domaine d'activité, ce qui réduit la rivalité possible. Ils peuvent cohabiter et prospérer l'un à côté de l'autre, ensemble, sans se marcher sur les pieds, tout va bien.

    Les choses se gâtent lorsqu'ils décident de faire la même chose et de comparer les résultats. Tous deux, comme en miroir, font une offrande. L'une est acceptée, l'autre pas. Pourquoi cela se passe-t-il comme cela ? Pourquoi Dieu prend-il, nous dit le texte, cette décision ? Le texte ne nous le dit pas. L'offrande étant dépendante de la prospérité, tout au plus peut-on penser que Caïn a subi un revers et Abel a-t-il eu une bonne année.

    On ne sait rien des faits. Par contre on nous parle précisément de ce que Caïn ressent : "Caïn éprouva un profond dépit (du ressentiment), il faisait triste mine !" (Gn 4:5). Caïn vit une émotion très forte, il ne se sent pas reconnu pour ce qu'il a fait, il se sent probablement rejeté, il se sent dévalorisé par la réussite de son frère, il est fâché, il devient jaloux. Assurément Caïn a subi un tort, une violence. Cette violence ressentie, il va la diriger vers son frère, ce qui aboutira au meurtre.

    Entre la colère ressentie... et le meurtre, il y a cependant un espace dans lequel se glisse un petit dialogue, une phrase qui montre que le meurtre n'est pas inévitable, inéluctable, nécessaire : "Si tu réagis comme il faut, tu reprendras le dessus; sinon le péché est comme un monstre tapi à ta porte. Il désire te dominer, mais c'est à toi d'en être le maître." (Gn 4:7). Le mot "péché" peut être remplacé ici par "violence". "La violence est comme un monstre tapi à ta porte". La violence que tu as subie, tu as le choix de la laisser dominer sur toi ou de lui résister ! La violence commise n'est jamais une fatalité, mais toujours le résultat d'un choix intérieur.

    L'origine de la violence est mystérieuse, personne ne veut dire qu'il en est — lui — le commencement. On a toujours l'impression d'être d'abord victime et que cela justifie l'acte violent qu'on va commettre en réaction.

    Caïn se sent victime du rejet de son offrande et il légitime par là son acte meurtrier. Mais le narrateur est assez habile pour nous dire qu'il tient pour Abel, contre Caïn. Dieu parle à Caïn pour retenir sa colère et son geste fatal, pas pour le justifier.

    C'est là qu'on voit que la violence se manifeste comme une spirale. La violence surgit, comme un malheur qui arrive et qu'on subit. Mais il nous appartient de savoir si on veut être un élément dans cette spirale pour transmettre cette violence plus loin. Nous pouvons rarement éviter d'être touchés par la violence, mais nous pouvons éviter de la transmettre.

    La violence, dans son cycle, va en augmentant. On connaît le mécanisme dans les cours de récréation. L'un dit un mot un peu haut, l'autre profère une injure, il s'en suit une tape, puis un coup et c'est la bagarre déchaînée.

    C'est pourquoi Jésus peut dire que celui qui injurie son frère est aussi coupable que le meurtrier. L'un et l'autre sont acteurs dans le même processus de violence qui n'a pas de fin. Pas de fin... sauf ? Sauf si quelqu'un démasque le procédé et joue le rôle du paratonnerre.

    Je crois que c'est ce que Jésus a fait en mourant sur la croix. La croix est le paratonnerre qui attire sur elle la violence du monde. Il n'y avait aucune bonne raison que Jésus soit mis à mort, sauf qu'il a pris sur lui la violence du monde pour nous en délivrer, pour nous apprendre comment nous sortir du cycle infernal de la violence. En termes d'Eglise, cela se dit "Sur la croix, Jésus a pris sur lui tous nos péchés, pour que nous vivions".

    Jésus, durant toute sa vie, a rompu le cycle de la violence, il a accepté que la violence termine son chemin en lui. Il a refusé d'être un passeur de violence, un transmetteur de violence. Il a été un tel court-circuit au moyen du pardon. Même sur la croix, lieu ultime de la violence à son égard, Jésus a dit au sujet de ceux qui le condamnaient : “Père, pardonne-leur, car ils ne savant pas ce qu'ils font” (Luc 23:34).

    Nous aussi, dans nos situations de vie particulières, nous pouvons être les disciples de Jésus en décidant — à l'inverse de Caïn — que la violence ne passera pas par nous.

    Ce n'est pas un chemin facile, c'est un vrai défi, mais celui qui veut devenir le héros de sa propre vie n'a-t-il pas des défis à relever et des combats à gagner ? Dire non à la violence, en cessant de la transmettre, c'est marcher à la suite du Christ.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2020

  • Briser les situations miroirs pour retrouver sa liberté

    Luc 6

    2.2.2020

    Briser les situations miroirs pour retrouver sa liberté

    Romains 13:8-10.      Luc 6: 27-33

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    Chers frères et soeurs en Christ,

    Est-ce que vous lisez le Courrier des lecteurs ? Il paraît que c'est la rubrique la plus lue des journaux papier. Il y a les lettres très posées, explicatives. Et puis il y a les lettres explosives, qui disent une indignation, voir une haine.

    Ces temps, il y en a eu beaucoup sur le réchauffement climatique, le jugement des activistes du climat (acquittés) ou sur la nouvelle norme pénale anti-homophobie sur laquelle nous votons jusqu'au week-end prochain. Parmi ces lettres, il y en a qui nous expliquent pourquoi il faut haïr Greta Thunberg ou le juge Colelough, ou vomir la pénalisation des propos homophobes.

    Les lettres de lecteurs sont encore modérées par rapport à ce qui s'écrit — sans filtres — sur les réseaux sociaux ou ce qui peut s'échanger comme propos ou injures entre automobilistes. Il est effrayant de voir comment les gens, et des gens ordinaires, peuvent « péter les plombs » et s'engager dans des propos haineux.

    Il y a 2'000 ans, Jésus disait : "Aimez vos ennemis !" (Luc 6:27)

    Je crois qu'il est temps de répéter et de prendre au sérieux cette parole de Jésus : "Aimez vos ennemis !" Notre époque, notre société, nous-mêmes, avons besoin de ré-entendre cette parole, et de la mettre en pratique.

    Le monde, notre pays, notre village, nos familles n'iraient-ils pas mieux, avec un peu plus d'amour, un peu plus d'égards, de respect, de compréhension ? Mais comment entendre et mettre en pratique cette parole de Jésus : "Aimez vos ennemis !"

    A. Dans un premier temps, on l'entend comme un commandement moral. Pour faire le bien, pour être bon, un bon chrétien : eh bien, il faut aimer ses ennemis. Et tout de suite on se dit : Comment faire ? Passer par dessus mon dégoût, ma peur, ma rancoeur ? Dois-je oublier le mal qu'on m'a fait ?

    Aimer son ennemi, n'est-ce pas un objectif inatteignable, une tâche épuisante ? Qui va me donner l'énergie de faire cela ? Est-ce seulement possible ? Cela nous amène à regarder en nous-mêmes, à voir que cette possibilité est hors de notre portée par nos propres moyens.

    Une première étape est de réaliser cette incapacité, cette absence de vouloir ou d'envie. C'est un bon début de voir que nous en sommes incapables par nos propres forces, de par notre propre volonté. Nous avons besoin d'aide, nous avons besoin de ressources pour aimer comme cela.

    C'est en cela que Jésus est plus que Moïse. Il ne nous donne pas un commandement seulement. Jésus vient nous donner des moyens pour aimer, pour pallier à notre pauvreté. Jésus ne nous laisse pas avec un commandement — irréaliste et irréalisable — il nous invite à autre chose qu'à un comportement moral.

    Quittons donc le commandement moral pour passer à un niveau de comportement relationnel.

    B. En disant — à ceux qui l'écoutent — "Aimez vos ennemis !" Jésus invite à un changement de comportement, à un changement de manière d'être. "Même les pécheurs aiment ceux qui les aiment" dit-il, vous êtes capables d'autre chose ! N'importe qui peut agir "en miroir" du comportement de l'autre. Il est facile de haïr son ennemi, de faire du mal à celui qui nous blesse, de maudire celui qui nous injurie. C'est le niveau zéro de l'évolution relationnelle !

    Sur un ton d'enfant pleurnichard : "maman, il m'a tapé, alors je l'ai tapé aussi !"

    Haïr son ennemi, c'est agir en miroir, c'est réagir comme l'autre. On peut rester longtemps dans l'imitation. Il y a même peu de chances d'en sortir. La relation "en miroir" est au mieux bloquée, au pire en phase d'escalade, c'est la sortie par l'anéantissement de l'autre.

    Alors Jésus dit : "Aimez vos ennemis !" et il suggère quelques mesures de désescalade en proposant de ne pas rendre les coups, ou de laisser aller, de lâcher prise. Au delà des propositions concrètes qu'ont retenus les Evangélistes, Jésus invite à briser les situations miroirs pour retrouver sa liberté d'action.

    Les psychologues d'aujourd'hui disent : "au lieu de réagir, il faut pro-agir." On peut devancer le blocage ou l'escalade en agissant d'avance au travers d'un comportement positif ou qui va entraîner un effet miroir positif, si c'est le seul langage que l'autre comprend. Aimer son ennemi, c'est lui couper l'herbe sous les pieds s'il veut engager la bagarre !

    C'est ici que Jésus dit à ses disciples : "Faites aux autres ce que vous voudriez qu'ils vous fassent." C'est la règle d'or. On la retrouve dans la plupart des religions, mais sous sa forme négative : "Ne faites pas aux autres..." Ici, Jésus invite ses disciples à agir, à prendre l'initiative. Vous voulez un sourire, alors donnez leur un sourire. Prenez vous-mêmes l'initiative du positif, du bien, donnez vous-mêmes la couleur de la relation !

    Dans l'ordre relationnel "Aimez son ennemi" c'est prendre conscience de notre liberté d'avoir nos propres sentiments et que ceux-ci peuvent être différents de ceux qui nous haïssent, qui nous maudissent ou nous maltraitent. "Il peut être fâché contre moi, sans que cela me mette en colère." Je peux garder mon calme et ma bonne humeur et lui dire : "Je vois que tu es très fâché(e), pouvons-nous en parler ?"

    C. Cela nous amène à une troisième étape, celle de la sagesse spirituelle. Lorsque Jésus dit : "Aimez vos ennemis !" il invite vraiment à déployer de l'amour, un amour vrai et profond, pas un amour forcé. Celui qui sait faire usage de sa liberté relationnelle — c'est-à-dire qui arrive à prendre conscience en même temps de ce qui se passe en lui-même et de ce que veut l'autre — celui-là peut introduire la compréhension et la générosité.

    Avec cette liberté qui me donne recul et assurance, je peux chercher à comprendre l'autre — y compris dans ce qui le pousse à être agressif à mon égard. Je peux ouvrir mon coeur et accueillir la souffrance, la peur, la tristesse, etc. qui habite celui qui semble me vouloir du mal au premier abord.

    L'écoute amène à la compréhension, la compréhension amène à la compassion et la compassion amène au pardon. Alors je commence à aimer celui qui se présentait comme un ennemi, et à partir de là, je peux lui faire du bien, je peux le bénir, je peux prier pour sa guérison.

    Il est impossible d'aimer son ennemi sur ordre. Jésus ne nous donne pas ici une loi, un commandement. Il nous ouvre un chemin, une voie, un chemin qu'il a tracé et parcouru avant nous et sur lequel il nous accompagne pour parvenir à cet accomplissement spirituel.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2020

  • Dieu n'est pas à notre image

    12.1.2020

    Esaïe 55

    Dieu n'est pas à notre image

    Esaïe 55 : 6-11.     1 Jean 4 : 16-21     Luc 14 : 7-14

     

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    Chers frères et soeurs en Christ,

    "Mes pensées ne sont pas vos pensées" dit Dieu par la bouche du prophète Esaïe, "Vos façons d'agir ne sont pas mes façons d'agir ! Il y a autant de distance entre mes méthodes et les vôtres, entre mes pensées et les vôtres qu'entre le ciel et la terre." (Es 55:8-9).

    Voilà un verdict bien abrupt ! Cela ressemble fort à une condamnation de l'être humain, au moins à une mise à distance : chacun à sa place, Dieu dans le ciel et l'être humain sur la terre.

    Et pourtant. Pourtant, ces paroles sont dites dans un contexte qui annonce le pardon de Dieu offert aux humains, dans un appel à un retour à Dieu, souhaité, instauré par Dieu.

    "Mes pensées ne sont pas vos pensées..." Ces paroles nous invitent à cesser de regarder Dieu comme s'il était semblable à nous, avec les mêmes a priori, les mêmes mécanismes de jugements, les mêmes préjugés que nous.

    • Nous nous fâchons avec ceux qui se mettent en colère contre nous

    • Nous nous vexons, lorsque quelqu'un nous fait faux-bond.

    • Nous supportons mal que les autres ne fassent pas les choses de la même façon que nous...

    et nous projetons tout cela sur Dieu ! Il doit être fâché... il doit m'en vouloir... il doit me désapprouver... Pourquoi le ferait-il ? "Ses pensées ne sont pas nos pensées. Nos façons d'agir ne sont pas ses façons d'agir !"

    Nous ne pouvons pas deviner les pensées de Dieu en prenant nos pensées pour modèles. Ce que Dieu pense ne se trouve pas dans nos modèles humains, ce que Dieu pense se trouve dans sa Parole contenue dans l'Ecriture.

    Et la Bible ne cesse de nous dire et de nous répéter que Dieu — celui d'Abraham, Isaac, Jacob, le Dieu d'Israël et de Jésus-Christ — n'est pas celui qui attend que nous grimpions au ciel à la force de nos poignets pour le rencontrer, mais qu'il est descendu vers nous pour nous aimer.

    Dieu a renversé le sens, la direction, le mouvement de toutes les religions. La religion ordinaire dit à l'être humain comment il doit agir pour plaire à Dieu, pour se le rendre favorable, pour attirer son attention. La foi au Dieu d'Israël, la foi chrétienne est à l'opposé. Elle consiste à entendre et à accepter que Dieu nous rejoint dans notre histoire, là où nous sommes.

    Ce mouvement a commencé avec la création, a continué avec l'alliance et au travers de la libération d'Egypte et du don de la loi, puis de la libération et du retour de l'exil à Babylone, pour trouver son accomplissement dans la venue de Jésus-Christ.

    Constamment, à chaque génération, Dieu s'approche, Dieu répète son invitation. C'est pourquoi, Jean peut nous dire : "Dieu est amour." (1 Jn 4:16) Dieu nous aime en premier d'un amour inconditionnel, cela veut dire sans conditions préalables, sans conditions à remplir, indépendamment de notre agir ou de notre histoire. Nous sommes-là, il nous aime. Nous existons, il nous aime.

    Comme l'expriment les paroles de Jésus sur les invitations (Luc 14:7-14), Dieu ne cherche pas à nous rabaisser, il cherche à nous élever. C'est lui qui cherche à nous élever à lui. C'est lui qui nous invite, sans espoir de retour, sans que nos (bonnes) actions fassent jamais le poids, sans espoir que nous puissions lui retourner l'invitation.

    Il offre la meilleure place à celui qui ne peut pas s'en croire digne, parce que "ses pensées ne sont pas nos pensées." Là où nous nous accusons, il nous déclare : non coupable; là où nous nous trouvons indignes, il nous dit : Viens seulement, je t'accepte tel que tu es.

    Regardez cette table [la table de communion dressée], ce n'est pas un autel où nous avons à faire des sacrifices à Dieu; ce n'est pas une table où nous devons venir déposer des offrandes pour amadouer Dieu; cette table, c'est le Seigneur qui la dresse pour nous, pour nous y inviter. C'est lui qui nous invite à partager sa vie avec lui, c'est lui qui se donne à nous, pour que nous vivions. Nous arrivons les mains vides pour recevoir notre nourriture de Lui.

    Ce mouvement de Lui à nous est au centre de notre foi chrétienne. C'est parce que Dieu nous a aimé le premier, qu'à notre tour, nous pouvons aimer ceux qui nous entourent. L'amour, l'agapè, est le signe distinctif du christianisme, même si nous ne sommes pas les seuls à aimer !

    Le chant (Alléluia 36/24) que nous chanterons tout à l'heure a comme refrain cette phrase : : "Et le monde saura que nous sommes chrétiens par l'amour dont nos actes sont empreints."

    L'amour, la fraternité, la solidarité que nous avons les uns pour les autres, ne sont pas de nouveaux sacrifices qu'il faudrait faire pour plaire à Dieu, ce sont les gestes que nous pouvons faire parce que Dieu nous aime, et pour que le monde soit témoin que cet amour de Dieu existe. C'est là le témoignage que nous sommes appelés à donner en tant que chrétiens.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2020