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n) Jean

  • Le pouvoir du pardon donné aux humains

    Pour le dimanche 26.4.2020

    Jean 20

    Le pouvoir du pardon donné aux humains

    Colossiens 3 : 12-15.       Matthieu 9 : 1-8.       Jean 20 : 19-23.

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    Chers frères et soeurs en Christ,

    Lorsqu'on lit l'Evangile à la suite, en entier, on constate tout de suite que l'enseignement que Jésus a donné est concentré dans la première partie, lors de son ministère sur les chemins de Galilée, de Samarie et de Judée. Ensuite vient le récit de la Passion. Puis pour terminer, une partie très courte rapportant la période après la résurrection.

    Aussi, les paroles de Jésus après sa résurrection, sont-elles très rares. On peut penser qu'elles sont d'autant plus importantes. Elles sont comme le testament, un ultime rappel, qui renvoie — en le mettant en évidence — à l'enseignement qui a été donné précédemment.

    Dans cette apparition de Jésus que nous dépeint Jean — le soir du jour de la résurrection — Jésus prononce peu de paroles. Il dit : "La paix soit avec vous" (deux fois) et prononce trois phrases :

     

    "Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie" et "Recevez le Saint-Esprit. Ceux à qui vous pardonnerez leurs péchés obtiendront le pardon; ceux à qui vous refuserez le pardon ne l'obtiendront pas." (Jn 20:21-22).

    "Moi aussi, je vous envoie..." c'est le transfert des pouvoirs, de Jésus à ses disciples, de Jésus aux êtres humains, de Jésus à nous qui formons son Eglise ! Ce transfert se fait à travers le don de l'Esprit Saint, et le pouvoir qui est donné, c'est celui du pardon.

    Vous avez entendu dans le récit de la guérison de l'homme paralysé, la polémique qu'a eu Jésus avec les maîtres de la loi sur qui ? a le pouvoir de pardonner. Pour les théologiens de l'époque de Jésus, "Dieu seul peut pardonner les péchés" (Mc 2:7). Mais, c'est une affirmation que Jésus conteste. Jésus conteste cela en affirmant que les péchés de l'homme paralysé sont pardonnées — et cela provoque la colère des théologiens — il "prouve", en quelque sorte, que Dieu est d'accord en guérissant cet homme.

    Après ce pardon et cette guérison, ce rétablissement, ce relèvement, la foule souligne — comme un choeur le ferait dans une tragédie grecque — l'importante transformation opérée par Jésus : "la foule loua Dieu d'avoir donné un tel pouvoir aux humains" (Mt 23:8). Oui, c'est aux humains, donc à nous que Jésus donne — avant et après la résurrection — le pouvoir de pardonner, de pardonner les péchés.

    Il est important de bien comprendre le sens de ces deux termes, car avec le temps, ils se sont un peu déformés. Le péché. Un mot qui ne nous parle plus tellement aujourd'hui, il n'a plus vraiment la cote. Un mot qu'on n'aime pas rencontrer sur son chemin parce qu'il fait penser à la faute, à la culpabilité, à être coupable.

    En fait, le mot "péché" désigne tout ce qui fait obstacle à une vie harmonieuse, en paix, avec soi-même, avec Dieu et avec les autres. Ce mot ne désigne donc pas en premier lieu les fautes, les petites fautes qu'on commet, mais tous les poids, tous les fardeaux, les malheurs ou les rancunes, les blessures ou les ressentiments qui empoisonnent notre vie, sans que forcément nous-mêmes ou quelqu'un d'autre n'ait commis de faute. La vie est compliquée et souvent injuste, cela suffit souvent à rendre les choses difficiles. Nous portons donc tous quelques malheurs, quelques souffrances qui nous paralysent et qui nous pèsent.

    Jésus nous offre le pouvoir de nous en débarrasser. Oui, le terme de pardon signifie en premier lieu dans la bouche de Jésus le fait de délier, de libérer une attache, libérer un animal attaché. Cela signifie défaire les cordes, les liens qui nous attachent au malheur, au mal qu'on a subi. Le pardon des péchés que Jésus nous offre est plus que son pardon — comme si nous avions commis tant de fautes envers lui — c'est un outil efficace, un pouvoir, pour être libérés de ce qui nous retient du côté du malheur.

    Le pardon, c'est accepter de laisser aller sa rancune contre le destin, pour aller vers une réconciliation intérieure de son être, pour retrouver sa paix intérieure, l'intégrité de sa personne.

     

    Ce pardon offert, c'est plus qu'une philosophie, c'est un vrai style de vie ! Il permet d'accueillir la vie telle qu'elle se présente à nous, non pas avec résignation, mais avec confiance. Il s'agit d'un pouvoir, de quelque chose qui nous rend capable d'affronter la réalité et de la transformer.

    Jésus insiste sur cette notion de pouvoir et de choix puisqu'il dit non seulement que ceux à qui on pardonne obtiennent le pardon, mais aussi que si l'on refuse le pardon, ce pardon ne surgira pas miraculeusement d'ailleurs. Le refus du pardon est aussi décisif que le don du pardon. Il est donc nécessaire d'y prendre garde.

    A partir de ce pouvoir de se libérer du poids du mal subi, la porte est ouverte à la transformation de sa propre vie. Plus besoin de se laisser enfermer dans un rôle — rôle de victime ou rôle de dominateur. Ce pardon est une liberté, liberté de choisir comment on reçoit son destin et comment on dirige sa vie, en paix avec soi-même, avec Dieu ou avec les autres.

    En nous donnant ce pouvoir de pardonner, Jésus nous donne le pouvoir de choisir notre style de vie, et donc le pouvoir de devenir heureux ou de rester malheureux. Nous n'avons pas de pouvoir sur bien des événements "qui nous arrivent", "qui nous tombent dessus", mais il nous appartient de décider comment recevoir et vivre cela : avec amertumes et rancoeurs contre un destin qui ne nous épargne pas ou avec la sagesse du pardon, pour être délié des fardeaux de la colère et du ressentiment.

    Jésus nous fait ce cadeau, apprenons à le recevoir et à en faire bon usage dans notre vie.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2020

     

  • Tous coupables, tous acquittés

    pour Vendredi-Saint

    10.4.2020

    Tous coupables, tous acquittés

    Esaïe 53:1-12.       Jean 18:33-40.      Jean 19:1-16

    télécharger le texte : P-2020-04-10.pdf

     

    Chers frères et soeurs en Christ,

    Pilate demande à la foule : "Voulez-vous que je vous libère le Roi des Juifs ?

    La foule lui répond : "Non pas lui ! C'est Barabbas que nous voulons !" Or. Barabbas était un malfaiteur, un criminel. (Jn 18:39-40)

    Ce vendredi Jésus passe en procès, Jésus est jugé par les autorités religieuses, par les autorités politiques, par la foule. Tout le monde s'y met, et si nous nous étions trouvé à Jérusalem ce jour-là, nous aurions été mêlé au procès; d'un côté ou d'un autre. Même les disciples ont abandonné Jésus. Pierre a déjà renié son maître dans la nuit de jeudi à vendredi.

    Le procès de Jésus, c'est aussi le procès de l'humanité. Personne n'a reconnu qui était Jésus. Tous, nous avons participé à sa mise en croix. Terrible bilan : tous coupables.

    Vendredi-Saint est donc un vendredi noir, un jour où notre culpabilité est mise au jour dans la condamnation du Juste.

    Il n'est pas question de gommer, d'atténuer notre culpabilité, notre faute, en ce jour. Pourtant ce n'est pas le mot de la fin, le verdict définitif de Dieu.

    * * *

    L'évangéliste Jean est un fin écrivain et il manie l'ironie d'une plume vive et acérée. Presque toutes ses phrases ont un double sens ! Tous les personnages de ce drame disent leur rôle parfaitement, et en même temps, jouent un anti-rôle, un contre-jeu.

    Ecoutez :

    • Pilate livre Jésus à la mort de la croix, mais il ne cesse de clamer l'innocence de Jésus (Jn 18:38). Pilate est donc en même temps le premier "chrétien" qui confesse l'erreur judiciaire en cours.

    • La foule demande la libération de Barabbas, un bandit et la condamnation du Roi des Juifs. Mais par un jeu de mot hébreu, la foule condamne le Messie politique et demande la libération de "Bar-abbas", littéralement le fils du père, de Abba, Père, comme Jésus aimait à appeler Dieu son père.

    • Les soldats habillent Jésus en roi, et ainsi deviennent les premiers "adorateurs" du Christ.

    • Les prêtres accusent Pilate d'être un ennemi de César et ensuite confessent "Nous n'avons pas d'autre roi que César" (Jn 19:15). Triste affirmation, au second degré, de ce qui est véritablement en train de sa passer : les juifs abandonnent Dieu pour les idoles!

    Tout le texte de Jean est ainsi à lire au second degré. Tout est fausseté et vérité suprême. Toutes les moqueries deviennent des confessions de foi ! Même l'écriteau placé sur la croix de Jésus !

    Ces jeux de bascule du sens appuient le renversement fondamental, significatif de la Passion de Jésus : innocence et culpabilité sont irrémédiablement brouillés, entremêlés, indiscernables. Qui est innocent ? Qui est coupable ? Qu'est-ce que la vérité ? comme le demande Pilate (Jn 18:38).

    * * *

    Tous nos jugements sont anéantis ("Pardonne-leur, ils ne savent ce qu'ils font" Luc 23:34). Devant la croix, tout jugement humain s'effondre. Nous pouvons nous juger coupables, impliqués dans la mort de Jésus, mais cette mort même est celle qui nous acquitte.

    "Il a subi notre punition

    et nous sommes acquittés.

    Il a reçu des coups

    et nous sommes épargnés." Esaïe 53:5 b.

    La mort de Jésus nous libère d'un enfermement constant dans la culpabilité, que ce soit la nôtre ou celle des autres. Là où nous voyons des fautes et jugeons, Dieu voit le malheur, la souffrance et il compatit. Là où nous jugeons, Dieu pardonne.

    Lorsqu'on parle de la toute-puissance de Dieu, et ces termes reviennent souvent dans la liturgie pascale, il ne faut pas y voir de la force musculaire ou de la puissance mécanique. C'est le pouvoir d'inclure tout le monde dans son pardon, dans son amour. C'est cette puissance de pardon qui est révélée sur la croix.

    La puissance de la croix est même anticipée. Jésus donne sa vie pour le salut, la libération de tout homme, mais c'est Barabbas, le premier, qui en profite. Le criminel, le coupable est acquitté, libéré grâce à Jésus ! Paradoxalement, en condamnant Jésus, la foule accomplit le plan de Dieu : libérer tout être humain.

    Nous sommes tous des Barabbas, des personnes qui transportons des sacs de culpabilité — réels ou imaginaires peu importe.

    Jésus ne juge pas, ne nous impute pas de fautes. Il laisse la foule crier en faveur de la libération de tout coupable (encore une confession de la vérité). Non-jugement, pardon, acquittement, libération, voici les termes de l'action de Dieu envers nous, aujourd'hui.

    Tous coupables ? Oui, mais tous acquittés !

    Amen.

    © Jean-Marie Thévoz, 2020

  • "Je suis la porte" dit Jésus

    pour le dimanche 22.3.2020

    Jean 10

    "Je suis la porte" dit Jésus

    Genèse 28 : 10-19.      Romains 5 : 1-5.    Jean 10 : 7-10

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    Chers frères et soeurs en Christ,

    L'évangile de Jean nous rapporte plusieurs paroles de Jésus où il dit qui il est d'une manière très imagée :

    « Je suis le pain de vie » (Jn 6:35)

    « Je suis la lumière du monde » (Jn 8:12)

    « Je suis celui que je suis » (Jn 8:25 et 28) en écho à la révélation de Dieu à Moïse devant le buisson ardent (Ex 3:14).

    « Je suis le bon berger » (Jn 10:11 et 14)

    « Je suis la résurrection et la vie » (Jn 11:25) que Jésus dit à Marthe devant la tombe de son frère Lazare.

    « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 11:25)

    « Je suis la vraie vigne » (Jn 15: 1 et 5)

    Et voilà qu'il dit — dans le texte que nous avons entendu à l'instant —

    « Je suis la porte de l'enclos des brebis » (Jn 10:7)

    « Je suis la porte » Que devons-nous comprendre là ?

    Une interprétation facile est de glisser tout de suite vers le "gardien de la porte", celui qui assure la sécurité de l'enclos en ne laissant entrer que les ayant-droits, une sorte de cerbère qui filtre les entrées comme à la porte d'une discothèque.

    Mais Jésus n'est pas en train de dire que la vie — et la vie en abondance qu'il offre à tous (Jn 10:10) — c'est de vivre enfermé dans un enclos, même si l'on gagne en sécurité.

    Jésus est la porte pour que l'on puisse entrer et sortir et trouver sa nourriture, sous-entendu : à l'extérieur de l'enclos. Il faut se représenter un peu l'image que Jésus utilise : le troupeau est rentré la nuit dans un enclos qui peut être un petit cabanon ou une grotte. Il y a peu de place, les moutons sont serrés les uns contre les autres, c'est noir et inconfortable, mais c'est le seul moyen d'en assurer la sécurité.

    L'accent n'est donc pas mis sur l'enclos, mais sur cette possibilité d'aller et venir et de trouver une nourriture abondante. Jésus est la porte d'accès à une vie de liberté autant que de sécurité, à une vie que Dieu veut rendre belle et pleine.

    Jésus se présente donc comme l'accès à cela. Il est le pont jeté entre deux mondes que tout sépare. Entre la vie terrestre, faite d'aléatoire, de succès comme de malheurs, de moments de bonne santé comme de maladies qui surgissent et blessent; entre cette vie terrestre et la vie que Dieu veut nous offrir : une richesse relationnelle qui permet de dire : "malgré les aléas tristes et injustes de l'existence, la vie vaut la peine d'être vécue".

    Jacob, dans son rêve, avait eu la vision de cette possibilité, de cette réconciliation entre le monde terrestre et le monde céleste, lorsqu'il a vu cette échelle qui reliait le ciel et la terre. Une échelle, comme une passerelle, comme une porte ouverte entre le monde de Dieu et le monde des humains.

    Et Jacob ne s'y est pas trompé lorsqu'il a nommé ce lieu où il s'était endormi : la maison de Dieu (Bethel) et qu'il a ajouté, c'est ici la "porte du ciel". Il a vu là ce que l'évangile de Jean nous dit maintenant : Jésus est la porte qui nous ouvre sur le monde de Dieu, il est la porte à travers laquelle nous pouvons passer pour avoir accès au monde divin.

    « Je suis la porte » dit Jésus, il n'y en a pas d'autres qui ouvrent sur cette réalité divine. Aujourd'hui, pour les plus branchés (sur internet), on pourrait traduire : Jésus dit : « Je suis le portail » qui vous donne l'accès le plus rapide et le plus complet à tout ce qui concerne Dieu et le monde divin. Passez par moi pour accéder à Dieu, les autres ne sont que voleurs et brigands, des imposteurs qui vous baladent et vous dépouillent, mais ne vous apportent rien. Passez par moi pour assouvir votre quête de nourriture spirituelle et vous aurez la vie en abondance.

    C'est vrai qu'aujourd'hui se pose pour chacun la question de savoir à quelle source il alimente sa vie intérieure. A quelles offres (publicitaires) alléchantes répondre ? Qui offre quelque chose de vraiment nourrissant et bon pour moi ? Qui offre encore quelque chose de manière désintéressée, dans notre monde qui ne loue plus que le profit ? Cela concerne ce qui nous est offert de l'extérieur à notre consommation en quelque sorte.

    Mais à l'intérieur de nous-mêmes, quelle porte ouvrons-nous ? De qui écoutons-nous les messages, les voix qui s'expriment dans notre tête ? Nous laissons-nous empoisonner par des messages dévalorisants, hypercritiques, culpabilisants ? Ou bien ouvrons-nous la porte à la voix de Dieu qui nous dit son amour inconditionnel, sa confiance inébranlable en nous ? Cette voix qui nous dit : "Je suis venu pour que les humains aient la vie et l'aient en abondance." (Jn 10:10).

    « Je suis la porte » dit Jésus, la porte de la vie et de la vie en abondance. Cette porte, ne la laissons pas fermée !

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2020

  • Un besoin satisfait creuse un nouveau désir

    Jean 6

    14.7.2019

    Un besoin satisfait creuse un nouveau désir

    Deutéronome 16 : 1-3.    Matthieu 4 : 1-4.     Jean 6 : 28-35

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    Chers frères et sœurs en Christ,

    Dans la lecture de l'Evangile de Jean, vous avez entendu la demande des disciples :

    — Maître, donne-nous toujours de ce pain-là, demandent les disciples à Jésus.

    — "Notre Père, ... donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour" demandons-nous à Dieu chaque fois que nous prions le Notre Père.

    Le pain — dans ces demandes — représente tout ce qui nous est matériellement nécessaire pour vivre. Le pain — jusqu'à il y a peu de temps — représentait la base de l'alimentation générale. Il n'y avait pas de repas sans pain. Le pain était ce qui nourrissait, ce qui comblait la faim, les autres aliments venant en complément, apportant simplement d'autres goûts, de la variété.

    Retenons que le pain vient combler notre faim. Nous avons donc le pain, la faim et nous. Nous avons une triade, l'être humain, le pain et la faim et cette triade modèle l'histoire et particulièrement l'histoire d'Israël.

    • Pensez à l'histoire de Joseph en Egypte, d'esclave vendu par ses frères, il devient le maître des greniers de toute l'Egypte, sauvant l'Egypte et sa famille de la famine.

    • Pensez à la Pâque où le pain sans levain rappelle le temps de misère qui précède la libération.

    • Pensez à la manne au désert, le pain descendu du ciel pour nourrir le peuple des hébreux en marche.

    • Pensez au repas messianique annoncé par Esaïe ou l'eau, le vin et le pain seront gratuits et surtout nourrissants :

    "A quoi bon dépenser de l'argent pour un pain qui ne nourrit pas, à quoi bon vous donner du mal pour ne pas être satisfait ?" (Es 55:2)

    Et c'est vrai que si le pain est une bénédiction, n'est-il pas aussi décevant ? Toujours à nouveau, il faut se remettre à manger. Pain et faim vont de pair, en alternance, et c'est bien une découverte qui vient avec les années : ce qui était satisfaisant à un moment perd de son attraction et une autre faim se creuse. Un besoin satisfait creuse un nouveau désir.

    C'est une chose que notre société de consommation exploite à loisir en nous présentant toujours des nouveautés comme si elles allaient satisfaire nos besoins profonds. C'est ainsi qu'elle détourne notre quête d'absolu sur des objets — toujours de même nature — qui ne peuvent nous satisfaire.

    Au cours du temps, des années, nos besoins et nos aspirations se mettent à changer. Où en sommes-nous aujourd'hui ? Où en êtes-vous en ce moment ? Quelle est la couleur de votre soif ? Quelle est la couleur de votre faim ?

    Vous aviez des rêves d'enfants, vous aviez des rêves de jeunesse. Qu'avez-vous déjà réalisé ? Que vous reste-t-il à entreprendre ? Comment vos aspirations se sont-elles transformées ?

    Je crois que l'ensemble de nos rêves, de nos besoins, de nos aspirations révèlent — touches par touches — une aspiration fondamentale et personnelle que nous avons chacun à déployer et à accomplir. Dieu creuse en nous une faim — de la même manière que Jésus a eu faim au désert — et cette faim, creusée en nous, doit recevoir sa réponse, notre réponse, une réponse personnelle.

    Au cours du temps, de notre vie, nous allons essayer plusieurs voies qui nous donneront en même temps certaines satisfactions et de nouvelles faims. Comme Jésus, nous avons réalisé que le pain ordinaire, matériel, n'est pas une réponse à notre faim, cette faim intérieure : "L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole que Dieu prononce" (Mt 4:4). S'il est facile de comprendre la première partie de la phrase, il est difficile de comprendre la seconde ! Concrètement, comment cette parole qui vient de Dieu peut-elle répondre et satisfaire toutes nos aspirations ou nos aspirations les plus profondes ?

    C'est là que l'Evangile de Jean nous est précieux : il nous dit que la Parole de Dieu s'est faite chair. Elle est devenue une personne en Jésus-Christ. La Parole n'est pas un mot écrit qu'il faudrait redire, c'est une personne vivante. Cette personne nous dit :

    "Je suis le pain de vie,

    celui qui vient à moi, n'aura jamais faim,

    celui qui croit en moi, n'aura jamais soif !" (Jean 6:35)

    Pour que le Christ devienne le pain qui comble nos aspirations profondes, il nous est dit de venir à lui et de croire en lui, c'est-à-dire croire qu'il nous dit les paroles que nous avons le plus besoin d'entendre au fond de nous : des paroles d'acceptation, des paroles d'appréciation, des paroles d'estime, des paroles d'encouragement et de soutien.

    Le Seigneur nous invite à sa table, où nous recevons le pain de vie, afin que nos besoins soient comblés, notre faim apaisée, notre soif étanchée. Heureux ceux qui viennent et croient.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2019

  • Pâques : Dieu au côté des victimes

    Luc 24

    21.4.2019

    Pâques : Dieu au côté des victimes

    Esaïe 53 : 7-12      Luc 24 : 33-48

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    Chers frères et sœurs en Christ,

    Aujourd'hui, nous rappelons, nous commémorons, mais surtout, nous voulons vivre, nous imprégner de la journée qui a changé la face du monde : le dimanche de Pâques. C'est pour les disciples le premier jour de la semaine après la fête de la Pâque. Une journée tout en contraste que nous allons suivre dans l'Evangile de Luc.

    La fête de la Pâque a dû être triste, douloureuse pour les disciples. Ils pleurent la mort de Jésus, arrivée le vendredi précédent, une mort ignominieuse pour leur maître et ami. En cette aube d'après sabbat, les femmes vont au tombeau pour s'occuper du corps de Jésus, les rites funéraires ne pouvant avoir lieu pendant le sabbat.

    Les femmes trouvent le tombeau vide et vont raconter leur découverte aux autres disciples. Pour eux, c'est du délire de bonnes femmes ! Seul Pierre va vérifier. Mais il en revient perplexe. Le tombeau vide ne fait pas l'effet d'une révélation.

    Deux compagnons quittent alors le groupe pour aller à Emmaüs. On connaît leur rencontre avec Jésus (Luc 24 : 13-35), qu'ils ne reconnaissent pas jusqu'au moment où Jésus rompt le pain avec eux, mais disparaît. C'est le soir, ils retournent cependant à Jérusalem témoigner de leur expérience. Là, ils trouvent les disciples qui ont aussi quelque chose à leur dire : « Le Seigneur est vraiment ressuscité ! Simon l'a vu ! » (Luc 24:34).

    C'est alors que Jésus se matérialise au milieu d'eux. J'utilise — moi — ce terme "se matérialise" parce qu'il rend bien l'ambiguïté de la situation. Luc — lui — dit : "Jésus se tint au milieu d'eux." C'est comme s'il n'était pas entré par la porte, c’est pourquoi les disciples le prennent pour un esprit, un fantôme. Aussi Jésus doit-il se faire reconnaître en montrant ses mains et ses pieds.

    Même là — encore — les disciples restent incrédules, nous dit Luc ! Jésus décide alors de leur demander à manger. Mais même cela ne suffit pas. Jésus doit leur "ouvrir l'intelligence en leur expliquant les Ecritures." (Lc 24:45)

    Il est intéressant de remarquer que pour Luc, les signes matériels ne sont pas convaincants, les signes matériels ne sont pas les éléments qui conduisent à la foi, à la reconnaissance de Jésus.

    Il est clair pour Luc — et pour les premiers chrétiens — que ces récits d'Evangiles ne posent pas la question de l'identité physique et biologique de Jésus, mais de son identité spirituelle !

    Il ne s'agit pas de reconnaître un Jésus réanimé, revenu à la vie comme Lazare, mais de reconnaître "le Seigneur", "le Vivant."

    Cette reconnaissance ne passe pas par nos yeux, mais par la communion, le partage du pain et par la Parole, la compréhension de l'Ecriture. Il s'agit de reconnaître que dans la vie de ce Jésus qui a été crucifié se réalisait, s'accomplissait le plan de Dieu, la révélation de l'amour total de Dieu envers tous les humains.

    Dieu ne cherche pas à éblouir par un miracle — même le miracle de la résurrection — il cherche à être entendu et compris.

    Le miracle de Pâques, le miracle de la résurrection, c'est l'action de Dieu lorsqu'il ouvre l'intelligence des disciples pour qu'ils comprennent les Ecritures, pour que nous comprenions les Ecritures.

    Pâques doit nous amener à comprendre les récits de la Bible, les récits de personnages victimes de malheurs, de persécutions. Surtout comprendre que ces personnages ne sont pas poursuivis par Dieu, mais qu'au contraire, Dieu se tient à leurs côtés — même si c'est contre toutes les apparences !

    Comme le dit le Chant du Serviteur souffrant d'Esaïe :

     

    "Le Seigneur approuve son serviteur accablé et il rétablit celui qui avait offert sa vie à la place des autres." (Es 53:10)

    Et il en est ainsi à travers tout l'Ancien Testament. Dieu est aux côtés d'Abel, de Joseph, d'Urie, de Naboth, de Jérémie, de Daniel, de même qu'il sera aux côtés d'Etienne et de tous les martyrs chrétiens ultérieurs.

    Il est aujourd’hui au côté des victimes des explosions qui ont eu lieu en ce matin même de Pâques dans trois hôtels et trois églises chrétiennes — au moment du service de Pâques — au Sri Lanka.

    La révélation de Pâques, c’eat que Dieu n’est pas du côté de la puissance et de la violence, mais du côté de la victime, de celui qui souffre, de celui qui est malmené, de celui qui est méprisé.

    La révélation, c'est que Jésus crucifié explique les Ecritures en dénonçant le mécanisme du bouc émissaire.

    Le récit de la mort et de la résurrection met en lumière tout ce qui se trouve déjà écrit. Et maintenant Jésus ouvre aussi notre intelligence, notre esprit, pour que nous puissions relire nos vies à sa lumière, à la lumière de Pâques, à la lumière de la résurrection.

    Le miracle de Pâques, c'est de pouvoir se retourner et voir dans nos vies la présence de Dieu, de voir ses pas à côté des nôtres, de voir qu'il était là pour nous guider, pour nous consoler, pour nous réjouir.

    La joie de Pâques, c'est de laisser notre esprit s'ouvrir à cette présence, d'avoir foi d'être accompagnés maintenant, d'être accompagnés toujours.

    Alors, Joyeuses Pâques à tous !

     

    © Jean-Marie Thévoz, 2019

  • Marie comprend le destin de Jésus

    Jean 12

    7.4.2019

    Marie comprend le destin de Jésus

    Romains 5 : 6-11     Jean 12 : 1-8

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    Mon message va porter sur le récit de la femme qui verse du parfum sur les pieds de Jésus. Cependant, je n’ai pas voulu en faire un sujet de réflexion (nous l’avons fait lors de l’étude biblique). J’aimerais vous entrainer à l’intérieur du récit, au plus près des personnages, de leur vécu, de leur ressenti. J’ai imaginé qu’un serviteur, présent à ce souper, ayant assisté à cette scène, se rappelle ce qui s’est passé, ce qu’il a vécu.

    C’est une immersion à laquelle je vous invite. Si le cœur vous en dit, vous pouvez fermer les yeux et commencer à imaginer. C’était dans une salle à manger antique, les murs sont en terre crue, avec quelques alcôves. Les lits ont été rangés contre les murs pour permettre de balayer. Le serviteur se met à balayer… Il pense.

    « L'odeur n'a jamais disparu... Cela fait pourtant des années... Combien de temps cela fait-il ? J'étais déjà au service de Madame Marthe depuis un an lorsque c'est arrivé. Cela doit bien faire quinze ans maintenant. Mais je m'en souviens comme si c'était hier. Oui, chaque fois que je reviens dans cette pièce je sens l'odeur de ce parfum et tout me revient, aussi nettement que si c'était hier.

    Ce soir-là, j'étais de service (comme tous les soirs d'ailleurs. On n'avait pas de congé à cette époque !) Je supervisais le travail des servantes, sous la direction de Madame Marthe, car il y avait du monde à servir ce soir-là. Marthe et Marie recevaient beaucoup. Elles menaient grand train de vie avec leur frère Lazare.

    Ce soir-là, elles recevaient l'homme qui avait sorti leur frère Lazare de sa tombe. Une bien étrange histoire ! C'était Jésus, celui de Nazareth. Ce soir-là, il était revenu à Béthanie, avant de se remettre en route vers Jérusalem. C'était juste six jours avant la Pâque, et personne n’envisageait ce qui allait se passer. Personne... sauf peut-être Marie, qui avait comme un sixième sens avec Jésus. Il faut dire qu'elle l'avait tant écouté, elle pouvait passer des heures assise à ses pieds à l'écouter (même que cela énervait sa soeur !). Elle enregistrait toutes les paroles de Jésus. Elle l'avait pris pour maître de pensée, elle était pendue à ses lèvres.

    Ce soir-là, il y avait beaucoup de monde autour de la table. Il y avait Jésus, avec ses douze compagnons, et puis il y avait Marthe et Marie et Lazare qui mangeait tout près de Jésus. Mais ce n'était pas un repas ordinaire, on sentait une tension dans l'air, c'était palpable, c'était pesant comme si un orage était sur le point d'éclater.

    La discussion était très vive entre les disciples, car Jésus venait d'annoncer qu'il allait monter à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Or chacun savait que les chefs des prêtres et les Saducéens voulaient arrêter Jésus. Ils avaient déjà voulu arrêter Lazare à cause du tumulte que faisaient tous ceux qui voulaient voir "l'homme qui était sorti de sa tombe après quatre jour" ! Dans la discussion j'entendais Jacques, le frère de Jésus, demander : "Pourquoi aller se jeter dans la gueule du loup ? Revenons l'an prochain à Jérusalem quand tout sera calmé." Mais Pierre répliquait : "Je ne laisserai pas Jésus être arrêté. J'ai quelques relations à Jérusalem, ou bien je me battrai et je défendrai mon maître !

    Jésus se tenait silencieux pendant cette discussion.

    Alors Judas pris la parole pour dire que, justement, il fallait que Jésus entre à Jérusalem. Son entrée serait un triomphe. Il voyait déjà la foule couper des rameaux aux arbres et les poser par terre pour faire un chemin, les autres étaler leurs manteaux comme un tapis rouge sous les pas de Jésus. Pour sûr, on pourrait même lui trouver un âne pour faire son entrée triomphale à Jérusalem, comme un vrai prophète. Une fois dans la ville, Judas se faisait fort de recruter une troupe d'hommes de mains pour écraser la petite garnison de Ponce Pilate et prendre le pouvoir. Ce serait l'occasion de se débarrasser une fois pour toute des romains.

    Judas en rajoutait : "Je tiens la caisse, on a de l'argent pour recruter, et puis voyez — il montra un vase contenant un parfum précieux qui était posé dans une alcôve, le parfum qui avait été acheté après la mort de Lazare et qui devait servir à embaumer son corps, mais dont on ne s'était pas servi puisque Jésus l'avait sorti de sa tombe — voyez, ce parfum, on pourrait le vendre et cela nous procurerait encore trois cents pièces d'argent avec lesquelles on pourrait recruter une bonne troupe de pauvres bougres qui se battraient pour nous." Judas s'était emporté, certains disciples criaient pour soutenir sa proposition, d'autres s'y opposaient, c'était un vrai tumulte, on ne s'entendait plus dans cette salle. Les uns après les autres, chaque disciple y allait de ses commentaires sur ce que Jésus devait faire.

    Depuis où j'étais, je voyais que Marie aurait voulu dire quelque chose, mais comment un femme pourrait-elle se faire entendre dans un tel brouhaha ? Alors, j'ai vu Marie s'approcher de l’alcôve, prendre le vase de parfum, s'approcher de Jésus, s'agenouiller devant lui et verser tout le parfum sur ses pieds. Personne n'avait remarqué les gestes de Marie, à part Jésus et moi. Mais l'odeur du parfum s'est répandu dans la pièce. Cela sentait tellement bon et tellement fort que le brouhaha s'est évanoui d'un coup et le silence s'est installé.

    Un silence que seul habitait encore le bruissement des cheveux de Marie sur les pieds de Jésus. Puis, comme elle relevait son visage, le silence fut rempli du regard que s'échangeaient Jésus et Marie. Le silence était complet, mais il était habité par ce regard et par cette odeur...

    C'est alors que j'ai compris ce que Marie devait avoir compris longtemps avant moi et que Jésus approuvait. J'ai compris quel devait être le destin de Jésus. Dans ce parfum, il y avait toute l'histoire que Jésus allait vivre dans les jours suivants.

    Ce parfum disait tout. Il disait la mort prochaine de Jésus. Il disait que Jésus acceptait cette mort. Jésus n'allait-il pas prendre la place de Lazare dans la tombe, puisqu'il recevait le parfum qui lui était destiné ? Jésus n'allait-il pas prendre la place de chacun de nous, dans la tombe qui nous était destinée, pour que nous vivions ?

    Ce parfum nous disait donc sa mort, une mort annoncée, une mort acceptée. Mais ce parfum répandu en ce jour, ce parfum — qui s'était écoulé sur les pieds de Jésus et répandu sur le sol de cette pièce qu'il embaume encore aujourd'hui — ce parfum ne pourrait plus servir pour prendre soin du corps de Jésus dans sa tombe !

    Qui l'a réalisé sur le moment même ? Marie sûrement, Marthe aussi. N'avait-elle pas entendu Jésus lui dire : —"Je suis la résurrection et la vie" lorsqu'ils se trouvaient ensemble devant le tombeau de Lazare ? Le parfum, dans ce moment de silence intense, disait tout, la mort et la résurrection.

    Et Jésus l'acceptait. Et Jésus était reconnaissant envers Marie d'avoir fait cesser le tumulte de ses disciples qui essayaient de le détourner de son destin.

    Qui comprenait mieux Jésus que les femmes qui l'accompagnaient ? Voilà, chaque fois que j'entre dans cette pièce, l'odeur de ce parfum me rappelle tout cela. Le parfum avait dit vrai, Jésus est mort, mais Dieu l'a ressuscité des morts, la tombe ne l'a pas retenu. Jésus a donné sa vie pour nous, la mort ne peut retenir personne dans la tombe, et Marie l'a cru avant nous tous. »

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2019

     

  • Un repas comme signe du Royaume

    Jean 21

    3.6.2018

    Un repas comme signe du Royaume

    Jean 6 : 28-35      Jean 21 : 1-14

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    Chers frères et sœurs en Christ,

    Au temps où les supports d’écriture (parchemin et papyrus) étaient rares et chers, il fallait condenser les écrits, mettre le plus de sens dans un minimum de mots. Dans le texte biblique, chaque mot compte, chaque mot été choisi, pesé pour dire le maximum. Un mot, une expression, un groupe de mots peut appeler à la mémoire un autre récit qui vient enrichir le texte présent.

    C’est le cas ici dans notre récit de la fin de l’Évangile selon Jean. Ce récit comprend plusieurs couches de sens, au moins quatre !

    A. La première couche, c’est le récit de la pêche miraculeuse, dont on trouve un parallèle en Luc 5. Les disciples ont pêché toute la nuit et sont revenus bredouilles. Pendant la journée suivante, Jésus les invite à retourner jeter leurs filets et ils reviennent avec abondance de poissons. Le récit veut signifier aux croyants que Jésus vient donner une vie nouvelle, abondante, de plénitude à ses disciples.

    B. Si Luc a placé cet épisode au début du ministère de Jésus, lorsqu’il cherche à recruter ses disciples, l’Évangéliste Jean en fait un épisode post-pascal. Jean fait de cet événement de la pêche miraculeuse un moment de la révélation du Christ ressuscité. La nuit de la pêche ratée exprime la nuit qui suit Vendredi-saint, la nuit de l’absence de Dieu. Puis vient l’aube — qui ne peut pas ne pas nous rappeler le matin de Pâques — une aube où Jésus se trouve sur le rivage, pas loin de ses disciples, mais encore non reconnaissable.

    C’est la deuxième couche du récit : un récit d’apparition, à la suite des apparitions successives à Marie de Magdala, à quelques disciples et à Thomas. La question qui se pose, après Pâques, c’est : à quoi peut-on reconnaître le Christ, dans la vie de tous les jours ? Les disciples sont retournés en Galilée, l’épisode se passe à la mer de Tibériade qui est le lac de Galilée, là où Jésus était venu chercher ses premiers disciples. Ils sont donc retournés à domicile et ont repris leur ancien métier de pêcheurs. Qui va reconnaître Jésus et comment ?

    C. Sur cet épisode de pêche miraculeuse et de récit d’apparition se greffe l’histoire de la communauté de l’Évangéliste Jean. C’est la troisième couche. On le voit dans les rôles respectifs que le texte attribue à Pierre et au disciple que Jésus aimait ou disciple bien-aimé.

    À cette époque du christianisme, la communauté johannique — l’Eglise dans laquelle ont été écrits l’Évangile selon Jean et les trois épîtres de Jean — s’était développée parallèlement et séparément des églises de Paul et de Pierre. Il y a eu le risque d’un schisme, mais qui a été évité grâce à une reconnaissance mutuelle de rôles différents. Dans le texte, on retrouve et le risque de déchirement qu’a frôlé ces Eglises et la répartition des rôles entre Pierre et le disciple bien-aimé.

    Dans notre récit on voit Pierre agir et prendre des initiatives. C’est lui qui décide quand on part à la pêche, c’est lui qui se jette à l’eau pour rejoindre Jésus sur le rivage, c’est lui qui tire le filet plein de poissons à terre. Il y a donc, ici, une reconnaissance de l’importance, voire de la primauté de Pierre dans l’action et la direction de l’Eglise.

    Mais le rôle du disciple bien-aimé n’est pas négligeable. C’est lui qui — le premier — reconnaît, en l’homme du rivage, le Christ, le Seigneur. C’est lui qui donne cette information à Pierre. Le disciple bien-aimé, avec son Évangile, est ainsi reconnu par l’Eglise tout entière, comme celui qui est capable de voir le Christ là où les autres ne le reconnaissent pas. Il est celui qui peut parler valablement du Christ et de la foi.

    Souvenez-vous également, lorsque Pierre et le disciple bien-aimé courent au tombeau le matin de Pâques, Pierre entre le premier dans le tombeau, mais c’est le disciple bien-aimé qui comprend la portée du tombeau vide et qui croit : « Il vit et il cru » nous dit l’évangile (Jn 20:8).

    Le disciple bien-aimé et son Évangile johannique apportent un éclairage et une révélation indispensable sur le Christ à l’Eglise. Aujourd’hui cela semble évident, mais au début du christianisme cela avait été un problème. L’Eglise a failli se déchirer à cette époque, mais le récit nous dit que, malgré le grand nombre de poissons (la diversité dans l’Eglise) le filet (sous-entendu l’Eglise) ne se déchirera pas.

    D. La quatrième couche de sens que comporte ce récit, c’est le repas qui suit la pêche. On a là une expression semblable au récit des témoins d’Emmaüs (Luc 24:30-31), où les gestes de Jésus à table révèlent son identité. Ici le repas dit la continuité entre le Jésus qui a présidé le dernier repas et le Christ ressuscité.

    Comme vous le savez, l’Évangile selon Jean ne raconte pas le dernier repas de Jésus. A la place se trouve le lavement des pieds. Par contre, au chapitre 6, il y a le récit de la multiplication des pains et des poissons, suivit d’un long discours sur le pain descendu du ciel. Dans ce discours Jésus dit : « le pain que je donne, c’est ma chair (ce qui veut dire ma présence), je la donne pour la vie du monde.» (Jn 6:51)

    Ici le récit de la multiplication des pains vient donner sens à la pêche miraculeuse. Si Luc insistait sur le caractère missionnaire de la pêche miraculeuse : « Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes » (Luc 5:10), l’Évangile de Jean insiste sur la vie abondante que le Christ ressuscité apporte à l’Eglise et aux croyants. On retrouve cette idée dans le discours johannique de Jésus sur le bon berger : «Je suis venu pour que mes brebis aient la vie, la vie de plénitude, la vie en abondance.» (Jn 10:10)

    Cette vie nouvelle, cette nouvelle qualité de vie qui se marque par des relations riches, par l’ouverture les uns envers les autres, se vit dans le repas partagé au nom du Christ. Le premier signe des chrétiens, c’est la table ouverte, c’est de partager des repas avec des personnes de toutes conditions, de toutes origines, comme Jésus l’a fait.

    Le repas commun est ce qui a pu réunir ensemble les Eglises de Jean, les Eglises de Pierre et de Paul. Dans le repas partagé se révèle la présence de Jésus, le crucifié et le ressuscité, le visage du vrai Dieu. Que nos repas en commun soient à l’image du repas du Christ : une table ouverte, accueillante, généreuse et joyeuse.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2018

  • Jésus nous éclaire sur le monde

    Jean 8

    17.12.2017

    Jésus nous éclaire sur le monde

    Matthieu 2 : 9-11      Luc 2 : 9-14      Jean 8 : 12

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    Message suite à la saynète des enfants « Le Trésor de Noël » qui nous faisait découvrir que le trésor que Dieu a donné aux humains contenait une bougie qui donne la lumière au monde.

     

    “Je suis la lumière du monde” dit Jésus (Jn 8:12)

    A Noël, nous fêtons la venue de cette lumière dans le monde. Mais que voulons-nous dire par là ? Nous avons l’électricité, nous avons toute la lumière qu’il nous faut, dans nos maisons, dans nos rues, partout.

    C’est donc une autre lumière que Jésus amène. C’est plutôt un éclairage sur le monde, sur son fonctionnement. Jésus est venu apporter un autre éclairage, un autre point de vue. C’est toute sa vie, ses actions, ses rencontres qui nous parlent, qui nous révèlent le point de vue de Dieu sur notre monde et sur nous-mêmes.

    Je vais prendre trois lieux communs de notre société sur lesquels Jésus apporte un autre éclairage.

    Premièrement, l’idée qu’il faut être célèbre, ou riche (ou les deux) pour réussir sa vie, pour compter, pour être quelqu’un.

    En nous racontant que Jésus est né dans une étable, en nous présentant Dieu qui s’incarne dans un nourrisson, fragile et vulnérable, l’Evangile nous dit que pour Dieu chacun compte. Le plus petit des humains, le plus marginal, le plus rejeté (il n’y avait pas de place pour eux dans la maison des voyageurs) compte pour Dieu. Dieu vient habiter la fragilité humaine. Dieu se rend présent auprès des plus petits, d’abord auprès d’eux, surtout auprès d’eux.

    Voilà un grand trésor, voilà un autre éclairage sur le monde !

    Deuxième lieu commun : “C’est légal, donc on ne peut rien me reprocher !”

    Jésus s’est beaucoup battu verbalement avec les pharisiens. Ces derniers se présentaient comme les gardiens de la loi de Dieu et de la morale, en champions de l’obéissance parfaite. Ce que Jésus leur reproche, c’est de se servir de la loi — de la légalité — pour échapper à leur devoir de solidarité. Ils se servent de Dieu pour se protéger, pour échapper à la demande d’aide de leur prochain.

    C’est exactement ce qui arrive avec tous les “Panama et Paradise Papers”. « C’est légal, donc on ne peut rien me reprocher ! » Et bien, Jésus dénonce cet égoïsme qui se cache derrière la loi, le légalisme. Jésus demande à chacun d’ouvrir son coeur plutôt que de se cacher derrière le règlement. Il ne demande pas de se sentir en règle, mais d’être juste.

    Voilà un grand trésor, voilà un autre éclairage sur le monde !

    Troisième lieu commun : “Chacun peut éviter d’être une victime.” C’est l’idée qu’une personne ne se retrouve pas dans une situation compromettante sans l’avoir cherché ou au minimum sans avoir été imprudente.

    Il y a une propension naturelle chez l’être humain à blâmer la victime. Par réflexe, on recherche ce qu’il aurait fallu faire pour éviter ou contrer le malheur. Et, après avoir longuement réfléchi pour trouver cette issue, on reproche à la victime de ne pas avoir agir ainsi, dans l’urgence et dans la panique. On n’hésite pas à dire “elle n’aurait pas dû se retrouver dans cette situation, dans cette voiture ou dans cet ascenseur… »

    Jésus a dévoilé ce raisonnement et ce mécanisme humain dans son propre procès, en acceptant sa condamnation. Il est allé jusqu’au bout pour nous ouvrir les yeux, pour que nous cessions de croire que celui qui se retrouve “pendu au bois est maudit”, que celui qui subit une agression, une peine, un châtiment y est toujours pour quelque chose.

    Voilà un grand trésor, voilà un autre éclairage sur le monde !

    La Parole de Jésus est encore éclairante dans le monde d’aujourd’hui, parce que le monde d’aujourd’hui n’est pas meilleur que le monde romain d’alors. - les petits sont toujours méprisés - les super-grands trouvent toujours des moyens de sortir leur épingle du jeu - la parole des victimes est toujours mise en doute, aujourd’hui comme hier.

    Aujourd’hui comme hier, nous avons besoin de quelqu’un qui nous éclaire, qui apporte de la lumière sur le monde, un autre point de vue qui nous permette de déjouer et dénoncer ces lieux communs.

    Jésus dit : “Je suis la lumière du monde, celui qui me suit aura la lumière et ne marchera plus dans l’obscurité. ” (Jn 8:12)

    Aujourd’hui, à Noël, nous pouvons nous réjouir que quelqu’un soit venu pour apporter ce trésor, ce message lumineux : chacun compte. Et chacun, depuis le plus petit, Dieu l’habite, Dieu l’aime et lui reconnaît une valeur infinie. Joyeux Noël !

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2017

     

  • Une nourriture qui comble vraiment

    Jean 6

    12.11.2017

    Une nourriture qui comble vraiment

    Dt 8 : 7-18       Jean 6 : 25-35

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    Chers frères et sœurs en Christ,

    La foule cherche Jésus et ses disciples. La veille, Jésus les avaient tous nourris, c’était la multiplication des pains. Mais Jésus s’était retiré, car il avait pressenti que la foule voulait qu’il devienne leur chef, leur roi. Quoi de mieux, comme chef, que quelqu’un qui leur donne du pain en abondance, gratuitement. Le peuple veut du pain et des jeux ! Mais Jésus ne veut pas se laisser entraîner dans ce type de jeu et de relation.

    Quand les gens le retrouvent le lendemain, Jésus dévoile leur quête et leur dit qu’elle ne correspond pas à ce qu’il offre. Jésus dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis : vous me cherchez parce que vous vous êtes rempli l’estomac, pas parce que vous avez compris le sens de mon action.» La multiplication des pains ne se voulait pas un acte magique ou merveilleux. C’était un signe, un message. Et Jésus va l’expliquer à ses disciples.

    Jésus l’explique en deux parties qui commencent chacune par cet introduction solennelle : « En vérité, en vérité je vous le dis ».

    1. Dans la première étape, Jésus leur dit carrément que la foule se trompe quand elle veut juste de la nourriture pour l’estomac. Cette nourriture est éphémère, périssable. Cette nourriture a un Migros-data, et la faim revient toujours. Le désir d’avoir n’est jamais comblé, il faut toujours plus, toujours plus grand, toujours plus beau, toujours plus neuf. Toute la publicité dans notre société joue sur ce registre pour nous dire en même temps que nous sommes malheureux de ne pas avoir leur dernier produit, mais aussi que le bonheur sera dans son acquisition. Mais pourquoi continuons-nous de nous faire avoir ?

    Il y a de 2'000 ans, Jésus disait déjà à la foule et à ses disciples : ne vous laissez pas avoir, rien de ce qui est périssable peut vous combler, vous rassasier. Chercher la nourriture durable celle qui mène à « la vie éternelle » selon les mots de Jean (Jn 6:27), (l’évangéliste Matthieu utilise les mots de « richesses qui sont dans le ciel » (Mt 6:20). Jésus nous renvoie à ce qui est durablement vivant, ce qui ne peut ni disparaître ni être repris, ce qui conduit à la plénitude.

    Les disciples veulent bienaller dans ce sens, mais ils demandent comment obtenir cette nourriture durable. Jésus leur répond de « croire en celui que Dieu a renvoyé » (Jn 12:44). Dans le vocabulaire de l’évangéliste Jean cela signifie voir dans Jésus l’ambassadeur de Dieu, celui qui est le représente, comme je les développé dans ma prédication du 15 octobre dernier.

    Les disciples ne sont pas très satisfaits de la réponse et demandent ce qui prouve que Jésus est bien cet ambassadeur. Et Jésus les renvoie aux signes de l’Ecriture, aux signes donnés aux ancêtres, et il cite la manne donnée dans le désert.

    Par-là, Jésus montre que Dieu a toujours donné à son peuple de la nourriture et des conditions de vie, des conditions favorables à la vie. Dans le désert, Moïse a frappé le rocher pour avoir de l’eau. Il a imploré Dieu pour avoir la manne et les cailles. Ensuite, le peuple qui sort du désert arrive dans la terre promise où se trouve de l’eau, du blé, de l’orge, de la vigne, des figuiers, des grenadiers, des oliviers et du miel. (Dt 8:8)

    Mais le récit avertit aussi — sûrement le fruit de l’expérience — de faire attention à ce que la prospérité ne tarisse pas la reconnaissance. Il invite à ne pas oublier le rôle de Dieu dans notre vie et de ne pas croire que nos succès ne reposent que sur nos propres forces et nos propres mérites.

    Cette ingratitude, c’est ce que nous vivons dans nos sociétés occidentales qui oublient que toute notre prospérité repose sur ce que produit et nous donne la terre et la création.

    Jésus appelle à se souvenir que tout vient en fin de compte de Dieu et que tout ce qui nous est donné, de la manne à la multiplication des pains en passant par la terre promise, vient de Dieu. Et ces exemples concrets de bénédictions ne sont que des signes de la véritable nourriture que Dieu veut nous donner, une nourriture qui comble vraiment notre être.

    1. Jésus explique dans une deuxième partie qui commence aussi par « En vérité, en vérité, je vous le dis » : « c’est mon père qui vous donne le vrai pain du ciel.» (Jn 6:32)

    Jésus opère ici plusieurs glissements :

    1. a) ce n’est plus Moïse qui donne le pain, mais c’est Dieu lui-même, c’est Dieu qui le donne.
    2. b) Ensuite il y a un changement de temps, entre le don du passé au désert et le don dans le présent. C’est maintenant que le don du pain est renouvelée par Dieu. C’est maintenant pour les disciples, c’est maintenant pour nous que ce temps a lieu.
    3. c) Enfin le troisième glissement est le passage du pain de farine au nouveau pain qui est le Christ lui-même. C’est d’abord dit à mots couverts : « le pain que Dieu donne, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. » (Jn 6:33) Mais quand les disciples réclament de se pain-là, alors Jésus se dévoile, se révèle, il dit : « Je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim et celui qui croit en moi n’aura jamais soif. » (Jn 6:35)

    Jésus se révèle comme la nourriture que Dieu donne. Jésus est celui qui est donné pour combler notre faim. C’est lui qui peut combler nos faims, nos quêtes, nos aspirations les plus profondes.

    Pour nous rappeler qu’il est la nourriture qui vient du ciel, il nous a donné le signe de la Cène, où le pain représente son corps, donc sa présence ; où le vin représente son sang, c’est-à-dire dans la pensée hébraïque sa vie, sa vitalité.

    Jésus nous nourrit par sa Parole — une parole d’accueil, une parole d’amour inconditionnelle qui vient de Dieu — et par le repas de la Cène, il nous donne — travers des éléments concrets — un signe du don de sa présence, de sa vie.

    Recevoir le Christ comme le pain descendu du ciel, c’est reconnaître que nous avons besoin d’une nourriture spirituelle pour être heureux. Reconnaître que notre vie a besoin de sens. Reconnaître qu’en plaçant l’amour au centre, Dieu donne la seule nourriture qui puisse vraiment, durablement nous combler. Dans sa Parole et dans la Cène, Dieu nous comble de son amour. Merci Seigneur.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2017

     

  • Jésus, l’ambassadeur de Dieu auprès des humains

     

    Jean 5

    15.10.2017

    Jésus, l’ambassadeur de Dieu auprès des humains

    Jean 5 : 1-30

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    Chères paroissiennes, chers paroissiens,

    Les Evangélistes ne sont pas des conteurs. Ils ne cherchent pas à nous raconter des histoires. S’ils nous transmettent des récits, c’est pour nous présenter une personne, pour nous faire découvrir la personne de Jésus, le Christ.

    Tous les récits, tous les épisodes, toutes les narrations, tous les discours des évangélistes sont orientés vers la présentation de la personne de Jésus, pour le faire découvrir et nous faire découvrir le lien qui l’unit à Dieu.

    C’est aussi ce que l’évangéliste Jean fait à travers ce récit autour de la guérison de cet homme à la piscine de Bethzatha. Un récit en trois parties (1-9 la guérison ; 10-18 la polémique ; 19-30 l’enseignement de Jésus).

    1) Premièrement donc, la rencontre et la guérison, qui ressemblent tout à fait aux guérisons qu’on trouve dans les autres évangiles. Jésus se préoccupe du sort d’un malheureux et il le guérit, grâce à la puissance divine que Dieu lui a confiée.

    2) Ensuite, comme souvent dans les autres évangiles, la polémique surgit parce que la guérison a eu lieu le jour du sabbat. Ici, cependant, ce n’est pas le fait que la guérison ait eu lieu le jour du sabbat qui pose problème : mais c’est le fait que l’homme guérit porte sa natte ! On retrouve toute l’ironie de l’évangéliste Jean. Voilà un homme relevé de son handicap après 38 ans de misère et on lui reproche de porter sa natte.

    Dans notre canton on dirait « c’est du pinaillage ! » C’est une perte totale de perspective. C’est une incapacité à faire la différence entre le détail et l’essentiel. Mais c’est bien ce que reproche Jésus aux autorités religieuses : pinailler sur les détails et manquer l’essentiel : « Malheur à vous pharisiens, vous payez la dîme sur la menthe et les herbes aromatiques, mais vous négligez la justice et l’amour de Dieu. » (Luc 11:42).

    A partir de là, la polémique glisse vers l’essentiel : qui est le vrai interprète de la volonté de Dieu ? Jésus dit aux pharisiens, à propos de cette guérison, « mon Père est continuellement à l’œuvre et moi aussi je suis à l’œuvre » (Jn 5:17). Jésus pose une similitude d’action entre le Père et lui. Aussitôt, il lui est reproché de se faire l’égal de Dieu — là le texte utilise le mot grec « iso » comme dans « isotherme » en météo qui dit des températures égales.

    3) C’est à ce moment que commence l’enseignement de Jésus : « En véritié, en vérité, je vous le dis… (v.19) tout ce que le Père fait, le Fils le fait également. » (v.20). Et là, le texte utilise le mot « homo » comme dans le mot « homogène » qui signifie que tous les éléments sont semblables ou équivalents. Ici, Jésus et Dieu sont équivalents.

    Ainsi, Jean passe de la similitude (v.17) à l’égalité (v.19) puis à l’identité (v.20) entre le Fils et le Père. Et c’est bien le message que l’évangéliste veut faire passer. Il y a identité entre le Fils et le Père.

     

    Cette identité, Jean l’affirme plus encore lorsqu’il écrit : « Celui qui n’honore pas le Fils, n’honore pas le Père qui l’a envoyé. » (v.23). Deux éléments dans cette phrase : a) il y a identité de culte entre le Père et le Fils, honorer égale rendre un culte ; b) la relation entre le Père et le Fils est marquée par cet envoi.

    On trouve 41 fois dans l’Evangile selon Jean le concept que Jésus est envoyé par le Père ou que Jésus est celui que le Père a envoyé. Pour comprendre cette relation Père - Fils comme en parle Jean, il faut comprendre ce que signifiait, au temps de Jésus, cette notion d’Envoyé.

    Il faut penser à un roi qui envoie un ambassadeur. Un ambassadeur à qui le roi a expliqué la mission et donné plein pouvoir pour négocier. Lorsque cet ambassadeur arrive dans l’autre pays, il est reçu avec les honneurs qui sont dus, non à son rang propre, mais au rang du roi qui l’envoie. Si on veut honorer le roi, on honore son ambassadeur.

    Lorsque l’ambassadeur parle, il transmet la parole du roi qui l’envoie. Si l’ambassadeur signe un traité, sa signature à valeur de signature du roi. L’ambassadeur et le roi ne sont pas les mêmes personnes, mais ce que demande le roi, l’ambassadeur le transmet, et ce que décide l’ambassadeur engage le roi. Il y a donc différence de personnes, mais identité de vue et de pouvoir.

    C’est cette analogie que l’évangéliste Jean met en avant chaque fois qu’il répète (41 fois) que Jésus est celui que Dieu a envoyé. Ainsi, Jésus dit les paroles de son Père, il accomplit les œuvres du Père (v.17,19,36), il fait la volonté de son Père (v.30). C’est pourquoi honorer Jésus, c’est honorer celui qui l’a envoyé (v.23). C’est pourquoi croire en Jésus, c’est croire en celui qui l’a envoyé (v.24) et par là, recevoir la vraie vie.

    Comme envoyé dans le monde, comme ambassadeur du roi des cieux, Jésus accomplit l’œuvre de Dieu. L’évangéliste Jean découpe l’activité de l’envoyé en trois étapes.

    1. Une première étape qu’on trouve dans le prologue de l’Evangile selon Jean (Jn 1) où l’envoyé existe auprès de Dieu et pré-existe à sa mission.
    2. Une deuxième étape où le Fils accomplit l’œuvre de Dieu. On a vu qu’il l’accomplit par des signes (comme le signe de Cana ou des guérisons), des signes qui marquent la bienveillance de Dieu à l’égard des humains et la volonté de leur donner la vraie vie. Nous verrons encore dimanche prochain, à travers l’épisode du lavement des pieds, comment Jésus accomplit l’œuvre de Dieu.
    3. Enfin, la troisième étape est l’élévation de l’envoyé, élévation que nous verrons s’accomplir lors de la Passion de Jésus pendant la semaine sainte.

    Après les noces de Cana qui illustraient la vraie vie que Dieu veut offrir aux humains, après les marchands chassés du Temple qui illustrait comment Jésus fait table rase de la religion ancienne et enfermante, Jésus se présente comme celui qui a été envoyé par Dieu pour nous guérir de toutes les entraves qui nous empêchent de marcher à sa suite et qui nous empêchent de croire qu’il est bien celui que Dieu nous a envoyé. « Celui qui honore le Fils, honore le Père » (v.23) « celui qui écoute ma parole, dit Jésus, et qui croit en celui qui m’a envoyé, celui-là reçoit la vraie vie » (v24).

    L’évangéliste Jean montre donc à ses lecteurs, nous montre à nous, le chemin qui conduit à Dieu. En apprenant à connaître son Envoyé, le Christ, nous découvrons Dieu lui-même. En croyant en Jésus, nous recevons la vraie vie de Dieu.

    Amen

  • Le miracle se dérobe pour faire place au signe

    Jean 4

    8.10.2017

    Le miracle se dérobe pour faire place au signe

    1 Rois 17 : 15-24       Jean 4 : 43-54

     

    télécharger le texte : P-2017-10-08.pdf

    Chers frères et sœurs en Christ,

    Jésus est de retour à Cana où il avait changé l’eau en vin, après un voyage qui l’avait emmené jusqu’à Jérusalem. À Jérusalem il a rencontré Nicodème. Sur le chemin du retour, il traverse la Samarie où il rencontre la Samaritaine. Et il arrive en Galilée et retourne à Cana. Là il accomplit un deuxième signe, la guérison du fils d’un fonctionnaire royal, fonctionnaire du roi Hérode.

    L’Évangéliste Jean raconte peu de miracles, il en a, en fait, sélectionné sept, qu’il appelle des signes et pas des miracles. Le deuxième signe est une guérison et ressemble à la guérison du serviteur de l’officier romain de Capharnaüm raconté dans Mt 8. Dans les deux Évangiles, c’est ce que j’appellerais « une guérison à distance ». Chez Matthieu, c’est l’officier qui prie Jésus de ne pas se déplacer, avec cette parole qu’on répète dans la liturgie de sainte Cène : « Je ne suis pas digne que tu entres chez moi, mais dis une seule parole et il sera guéri » (Mt 8:8). Et Jésus loue la foi de cet homme, foi qui surpasse celle des gens d’Israël. Ici, chez Jean, on est dans la situation contraire. C’est Jésus qui ne veut pas se déplacer.

    La préoccupation de la communauté de Jean est de savoir si Jésus peut agir maintenant, alors qu’il n’est pas présent physiquement, en personne. Jésus est retourné auprès du Père, peut-il encore avoir une influence dans notre monde ? La communauté voudrait fortement que des miracles se produisent pour attester de ce pouvoir de Jésus. Alors Jésus critique l’attirance pour l’extraordinaire et le peu de foi de ceux qui l’entourent. Aussi reçoit-il le fonctionnaire royal assez sèchement : «Si vous ne voyez signes et prodiges, vous ne croirez donc jamais ?» (Jn 4:48)

    C’est un comble ! Cet homme vient de faire 25 kilomètres de Capharnaüm à Cana pour rencontrer Jésus parce qu’il a l’espoir et la foi que Jésus peut guérir son fils ! Et il est reçu comme cela par Jésus ? Mais peut-être que cette phrase s’adresse davantage à la foule qui l’entoure et surtout aux lecteurs, à nous. La question qui nous est posée est : d’où vient notre foi ?

    Le récit de cette guérison montre, par l’exemple de cet homme, comment naît la foi et comment Jésus la suscite. La foi est autre chose que la recherche du merveilleux. C’est beau, mais ce n’est pas solide. Dans le déroulement de cette guérison tout commence par une attente, une espérance : cet homme a besoin de Jésus. Il attend qu’il sauve son fils.

    A la deuxième demande, Jésus lui répond pas une affirmation qui n’est encore qu’une promesse pour le père : il ne peut pas voir si la parole de Jésus a de l’effet : 25 kilomètres le sépare de son fils. Cette distance — pour voir — est l’espace de la foi. La foi de ce père est en jeu. Va-t-il insister pour que Jésus vienne, voie et touche son fils pour le guérir ou va-t-il croire que la parole de Jésus est efficace ? Insister ou partir avec confiance, tel est le dilemme. Et l’homme fait le choix de la confiance, confiance dans la parole de ce Jésus qu’il est venu solliciter. Ce n’est que le lendemain qu’il va rencontrer ceux qui viennent de chez lui et avoir des nouvelles. Oui, la fièvre est tombée et son fils vit. Là encore, la question se pose : est-ce la parole de Jésus ou est-ce une coïncidence ?

    Cela me rappelle l’histoire de cet homme qui raconte, au bistrot, qu’il s’était perdu dans le désert. Il a eu tellement peur de mourir qu’il s’est mis à prier que Dieu vienne le sauver. Ses copains de l’interpeller : alors Dieu est venu puisque tu es là ? Mais non, dit l’homme, Dieu n’a pas eu le temps, à peine j’avais rouvert les yeux que j’ai vu une caravane qui m’a recueilli.

    Le fonctionnaire royal doit faire un cheminement mental pour relier les événements entre eux, pour réaliser qu’il a bien fait de faire confiance dans la parole de Jésus et que la guérison de son fils est bien reliée à cette parole et cette confiance.

    Ce qui est particulier dans cette guérison, c’est que personne — à part le lecteur — n’est présent partout. Le père est loin de la maison et ne peut pas voir la guérison de son fils, il n’a que la parole de Jésus. Les serviteurs voient la fièvre tomber, mais ils ne savent pas ce qui se passe à Cana. En fait personne ne voit le miracle, la guérison. Seul le père — et le lecteur maintenant — voit le signe : la parole de Jésus est efficace, même à distance !

    On dirait que Jésus s’arrange pour que personne ne voie le miracle, mais que ceux qui ont foi en lui puissent voir le signe. C’est le même déroulement qui était déjà à l’œuvre dans le premier signe de Cana, le changement de l’eau en vin. (On peut aussi mettre en relation ces deux signes de Cana, l’un sur la nourriture et l’autre une guérison, avec les deux signes d’Elie auprès de la veuve de Sarepta, 1 Rois 17:7-24).

    Voyons les similitudes.

    1. Il y a un délai entre le moment de la transformation ou de la guérison et le moment où l’on s’en aperçoit.
    2. Ce sont d’autres personnes qui sont là au début (les serviteurs qui versent de l’eau dans les vases) et celles qui sont là à la fin (les invités et le marié). Personne n’assiste de bout en bout au processus. Donc personne ne peut se targuer d’avoir vu le miracle.
    3. Il faut une relecture du processus, après coup, pour comprendre et croire, c’est-à-dire voir la main de Dieu à l’œuvre.

    C’est dans ce processus que les deux signes de Cana sont semblables. Le miracle se dérobe pour faire place au signe. La foi est construite sur la découverte de l’origine divine de l’événement. Ce n’est pas le merveilleux qui fait la foi, c’est la reconnaissance de l’action de Dieu dans notre présent. Cette reconnaissance — nous dit l’évangéliste Jean — viens d’une relecture de l’événement, de notre vie.

    Dans ce deuxième signe, on voit ce père se poser des questions, reconstituer ce qui s’est passé à distance, pour relier la guérison de son fils à la parole de Jésus. Ce n’est qu’après coup qu’il réalise que Dieu a agit dans sa vie, la vie de son fils et la vie de toute sa famille. Cette réalisation, cette relecture après-coup va conduire toute la famille à la foi.

    C’est en se retournant sur notre vie, sur ce que nous avons traversé que nous pouvons dire : tiens, là, j’ai été guidé, là, j’ai été accompagné, là, je sens que Dieu est intervenu dans ma vie. Là, Dieu m’a fait signe ! C’est une reconstitution que souvent les autres ne peuvent pas voir, mais que notre foi en Dieu nous fait voir.

    Cela peut être très subtil, à peine perceptible. Il y a mon parcours, celui que je vois en me retournant sur mon passé, un parcours où tout s’enchaîne et s’explique, mais où je vois un petit plus, une trace, un souffle… et ma foi me fait dire : je crois que Dieu y est pour quelque chose, il était là, il a agi.

    Bien que Jésus soit auprès du Père — à distance, comme pour le fonctionnaire royal sans que cela soit visible pour les autres — Jésus a agi. Oui, là, Dieu est intervenu dans ma vie, il y a remis de la vie, de la plénitude, de la direction ou de la consolation.

    Pas besoin de miracles et de prodiges — visibles par tous autour de nous. Dieu nous fait signe. A nous de nous retourner pour lire ces signes, nous en réjouir et fortifier notre foi.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2017

  • La découverte de soi mène à la découverte du Père

    Jean 1

    24.9.2017

    La découverte de soi mène à la découverte du Père

    Jean 1 : 35-42        Jean 1 : 43-51

     

    Télécharger la prédication : P-2017-09-24.pdf

    Chers frères et soeurs en Christ,

    Nous poursuivons notre redécouverte de l’Evangile selon Jean, avec ces récits des appels des disciples. Comme souvent, l’évangéliste Jean écrit un texte en deux parties, deux étapes qui ont des parallèles entre eux, mais qui montrent surtout une progression dans la révélation de Jésus au monde.

    Ces deux récits où Jésus rencontre, recrute de nouveaux disciples ont plusieurs similitudes. C’est chaque fois une rencontre et cette rencontre est la conséquence d’un témoignage. Jean Baptiste dit à ses propres disciples qui est Jésus « Voici l’agneau de Dieu » (Jn 1:36). André dit à son frère « Nous avons trouvé le Messie » (v.41). Philippe dit à Nathanaël « Nous avons trouvé celui dont Moïse et les prophètes parlent, c’est Jésus, le fils de Joseph, de Nazareth » (v.45). La progression se voit dans le fait que le flambeau des témoignages passe des mains de Jean Baptiste dans les mains des disciples eux-mêmes. Dans chacun des récits, un disciple en amène un autre vers Jésus.

    Dans chacun des récits, on trouve la même phrase : —« Venez et vous verrez » dit Jésus aux deux disciples. « Viens et tu verras » dit Philippe à Nathanaël qui est plutôt sceptique. La découverte de qui est Jésus, commence, certes, par un témoignage, une information, mais elle ne s’accomplit que dans un déplacement décidé et une observation personnelle. Il faut se décider une fois à aller voir, à aller observer, constater. Il faut une envie de découverte, ne serait-ce qu’un début de curiosité : « Où demeures-tu ? » ou le besoin de confronter son doute : « Peut-il sortir quelque chose de bon de Nazareth ? » A partir de là, chacun doit pouvoir constater par lui-même. C’est la liberté que donne le Christ : faites l’expérience par vous-mêmes de ce que je donne, de ce que je révèle. La progression se marque aussi par les paroles de Jésus à la première approche des disciples. Aux premiers il demande « Que cherchez-vous ? » Au second, il dit « Suis-moi ! »

    Le dernier parallélisme que je veux relever — et qui est le plus important et le plus marquant — ce sont les paroles transformatrices de Jésus. Dans le premier récit, André amène son frère Simon à Jésus et le texte raconte : « Jésus le regarda et lui dit : Tu es Simon, le fils de Jean, tu porteras le nom de Céphas, qui signifie Pierre. » (v.42)

    On sait de l’Evangile selon Marc (Mc 3:16) que Jésus a renommé Simon du nom de Pierre. Mais là, Jésus fait plus. Selon le récit, ils ne se sont jamais vus, mais Jésus regarde Simon et il lui dit qui il est et de qui il est le fils et il lui donne — j’ai envie de dire — un totem, un nom qui a une signification en rapport avec sa personne profonde. Jésus révèle à Simon qu’il est un rocher, un roc, une montagne de pierre. Il lui révèle à lui-même son être et sa vocation.

    Comment puis-je dire cela à partir de cette petite phrase ? Parce que c’est justement le même phénomène qui se passe avec Nathanaël dans la deuxième partie du récit. Un parallèle et une progression en même temps.

    « Jésus regarde Nathanaël qui venait à lui et il dit à son propos : « Voici un véritable Israélite en qui il n’est point d’artifice. » « D’où me connais-tu ? » lui dit Nathanaël ; et Jésus de répondre : « Avant même que Philippe ne t’appelât, alors que tu étais sous le figuier, je t’ai vu. » (v.47-48)

    Jésus a vu Nathanaël, il l’a regardé comme il a regardé Simon. Et Jésus a vu clair en lui. Jésus voit la vraie nature de Nathanaël et il le révèle au monde : « Voici un véritable israélite, il n’y a rien de faux en lui. » Nathanaël se reconnaît dans les paroles de Jésus, il en est bouleversé. Tout ça parce que Jésus l’a vu. Le texte dit « Je t’ai vu sous le figuier » et je vous en ai déjà parlé en juin dernier (P-2017-06-25).

    Aujourd’hui, je vais prendre le texte au sens littéral. Sous le figuier, sous ton figuier, cela veut dire dans la cour de ta maison, chez toi, dans ta vie quotidienne, dans ton intimité. Jésus lui dit en quelque sorte : j’ai vu qu’entre ta vie personnelle et ta vie publique, là devant moi, tu ne changes pas, tu n’as pas de façade, tu n’as pas de secret, tu es authentique. Et Nathanaël se sent reconnu, accepté, compris. Peut-être même — maintenant que Jésus l’a dit — mieux compris qu’il ne se percevait lui-même auparavant.

    Avec Simon, avec Nathanaël — plus tard avec Nicodème et avec la Samaritaine — Jésus se manifeste comme le révélateur de l’être profond de chacun. L’évangéliste Jean nous montre Jésus comme ayant une connaissance profonde, intime de chacun de ses disciples. Une connaissance qui ne s’accompagne d’aucun jugement, pas même pour les cinq maris de la Samaritaine.

    L’évangéliste Jean va plus loin dans sa façon de raconter, il montre que cette révélation du disciple à lui-même par Jésus conduit le disciple à reconnaître la vraie personne de Jésus. Alors, le disciple se met à confesser sa foi en Jésus. Nathanaël, qui doutait que quoi ce soit de bon puisse sortir de Nazareth, en vient à confesser : « Maître, tu es le Fils de Dieu » ce qui est la confession de foi la plus parfaite pour l’évangéliste Jean.

    On voit donc que ces deux récits d’appel de disciples répondent à la question : « Comment devient-on chrétien ? » L’évangéliste répond qu’on devint chrétien par un chemin qui passe par la mise en marche, par curiosité ou par quête (« Venez »), par l’observation et l’expérience (« Voyez »), mais surtout par la rencontre avec la personne de Jésus qui nous révèle à nous-mêmes dans notre vérité.

    Jésus se montre comme le Révélateur, de notre personne et du Père. Et parce qu’il peut nous révéler à nous-mêmes, il peut aussi nous révéler le Père. C’est le chemin que font les disciples. Ils reconnaissent en Jésus celui qui peut leur révéler les clés de leur existence, cette existence qui est tendue entre eux-mêmes et le Père.

    Jésus lui-même fait le lien entre la révélation de soi-même et la révélation du Père lorsqu’il dit à Nathanaël : « Parce que je t’ai dit que je t’avais vu sous le figuier, tu crois. Tu verras des choses bien plus grandes. » Et Jésus ajoute : « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme. » (v.50-51)

    La découverte de soi mène à la découverte du Père, et vice versa. Calvin l’avait bien compris puisqu’il ouvre son Institution de la Religion Chrétienne par ces mots : « Toute la (…) sagesse est située en deux parties : c’est qu’en connaissant Dieu, chacun de nous aussi se connaisse. (IRC I, I, 1.) La foi naît de ce sentiment d’avoir été totalement compris par le Père et d’être dorénavant englobé dans sa vie et son amour. Alors le ciel s’ouvre et nous pouvons voir le Père à travers le Fils.

    Cette parole sur le ciel ouvert répond à celle qui termine le prologue « Personne n’a jamais vu Dieu. Mais le Fils unique (…) l’a fait connaître » (Jn 1:18). Le Fils unique est plus grand que Jacob sur qui montaient et descendaient les anges dans son songe (Gn 28:12) (allusion à la parole de la Samaritaine : « es-tu plus grand que Jacob ? » Jn 4:12). Par la foi, à travers le Fils de Dieu, le croyant a accès aux réalités divines et à la vraie vie. C’est ce que l’évangéliste Jean expose et développe dans tout son Evangile.

    Amen 

    © Jean-Marie Thévoz, 2017