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e) Livres historiques

  • 2 Rois 2. Rehausseur de saveur pour le monde.

     

    2 Rois 2

    11.10.2015

    Rehausseur de saveur pour le monde.

    2 Rois 2 : 19-22        Matthieu 5 : 13-14

    Télécharger le texte : P-2015-10-11.pdf

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,

    Jésus dit à ses disciples dans le Sermon sur la Montagne : « Vous êtes le sel de la terre » (Mt 5:13) dans le sens où les disciples apportent une saveur particulière au monde par leur présence.

    Dans la Bible, le sel a diverses valeurs selon l’usage qui en est fait. Il peut être signe de malédiction et de destruction comme lorsqu’Abimélec rase la ville de Sichem et qu’il sème du sel pour que rien n’y repousse, pour rendre la ville inhabitable. C’est aussi ce que les Romains ont fait après la prise de Carthage.

    Le sel rend aussi l’eau saumâtre et imbuvable; c’est ce qui arrive au peuple hébreu conduit dans le désert par Moïse. Celui-ci va rendre cette eau à nouveau douce et potable (Ex 15:23-24). C’est ce que nous voyons aussi avec le prophète Élisée (2 Rois 2:21). La vie est rendue impossible parce que la source d’eau est polluée. Mais ici le sel va être source de réhabilitation, de régénération, de revivification.

    Que se passe-t-il dans ce récit ? Les habitants de Jéricho se plaignent : la vie n’est plus possible, la situation est intenable, la vie est gâchée. Et les habitants formulent la demande de purification, de changement. Ils adressent leur demande au prophète Élisée pour qu’il demande à Dieu de les sauver de cette situation. Élisée entend leur demande et mobilise les habitants en leur demandant d’apporter du sel dans une assiette neuve. Le prophète se fait alors porteur d’une parole, d’un oracle qui vient de Dieu, en jetant le sel dans l’eau. Une nouvelle vie et une nouvelle fécondité est apportée alors aux habitants de Jéricho.

    Nous pouvons lire aujourd’hui ce récit comme une métaphore de nos existences. Lorsque nous sommes confrontés à des difficultés dans notre existence, parce que nos cœurs sont polluées par les rancœurs, par l’amertume, la tristesse ou les regrets, nous avons alors besoin d’un prophète et d’une assiette pleine de sel pour retrouver vie, douceur et fécondité.

    Comme dans le récit, cela peut passer par le temps de la plainte. Plainte qu’il faut transformer en demande, demande concrète, expression du besoin de changement. Cette demande doit être adressé à quelqu’un, comme au prophète, pour porter cette demande à Dieu dans la prière. Et viendra une demande de participation à la résolution — apporter l’assiette de sel — parce que Dieu ne réalise rien sans notre participation. Et viendra le moment de recevoir une parole qui vient de Dieu et qui dira les changements possibles, les changements nécessaires, les changements promis. Et ce sel demandé et apporté accomplira la transformation vers une nouvelle étape de vie, vers une énergie retrouvée.

    Quel est ce mystérieux sel utilisé par l’Élisée pour assainir cette source ? Ce sel aurait dû rendre cette eau encore plus saumâtre ! C’est à rebours du bon sens. Il est clair qu’il ne faut pas chercher une explication physique ou chimique. Ce sel ne se trouve pas dans le tableau périodique des éléments chimiques.

    On peut le comparer au sel des larmes que nous versons dans nos moments de tristesse. Ces larmes salées finissent par adoucir notre chagrin et notre peine, bien plus que si nous ne les avions pas versées.

    Et on peut se référer au sel dont parle Jésus dans le Sermon sur la montagne. Jésus désigne là du sel alimentaire, de celui qui donne de la saveur aux aliments, celui qui est indispensable, non seulement à la cuisine, mais à notre métabolisme en général.

    Pourtant, Jésus ne fait pas un cours de cuisine ! De nouveau il parle en parabole. Lorsque Jésus dit : « Vous êtes le sel de la terre, si ce sel perd sa saveur, il ne sert plus à rien, il est jeté dehors. » (Mt 5:13) Jésus utilise le sel comme l’image d’autre chose que le sel alimentaire. Jésus parle, en fait, de son message, de l’Évangile, donc indirectement de lui-même.

    C’est en tant que porteur du Christ, de son message, de l’Évangile, que nous sommes le sel de la terre, que nous apportons quelque chose de bien spécifique dans le concert des nations

    Si nous n’apportons rien, si nous ne donnons pas un goût particulier au monde, par notre présence, par notre discours, par nos gestes, alors nous sommes comme un sel qui aurait perdu sa saveur. Alors nous  sommes comme tous les autres.

    Le message de Jésus a du piquant, un goût qui se différencie de celui du monde, il a une saveur particulière qui rehausse le goût de toute la société. C’est la même image que le levain qui fait lever toute la pâte, malgré sa quantité infime proportionnellement à la farine.

    Y a-t-il de ce sel là dans vos vies ? Êtes-vous du sel assaisonnant dans la vie de votre entourage ? Si vous avez l’impression que ce sel perd de sa saveur, qu’il n’a pas — en vous — ce facteur de réhausseur de saveur, alors il est temps de revenir à la source de cette saveur, vers le Christ lui-même.

    Pour être le sel de la terre, il est nécessaire d’être au contact du Christ, à travers la lecture et la relecture des Évangiles ; à travers la prière et la méditation des paroles de Jésus ; à travers un travail personnel de façonnement de son être au contact des valeurs du Christ : la bienveillance, le non jugement, la compassion, les gestes d’accueil et d’amitié les uns pour les autres.

    C’est dans la réalisation concrète de ses valeurs, dans notre propre être d’abord, puis envers tous ceux qui nous entourent, que nous témoignons de la présence vivante et vivifiante du Christ dans le monde. Le monde d’aujourd’hui a vraiment besoin de cette bienveillance. C’est par cela que nous sommes le sel de la terre.

    Amen

     © Jean-Marie Thévoz, 2015

     

  • Femmes de la Bible (V) : la « jeune fille » de Naaman

    2 Rois 5
    2.8.2015
    Femmes de la Bible (V) : la « jeune fille » de Naaman

    2 Rois 5 : 1-17      Marc 4 : 30-32

    Télécharger le texte : P-2015-08-02.pdf


    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Dans notre série sur les femmes peu connues de la Bible, nous nous penchons ce matin sur une bien modeste personne, une petite jeune fille. Celui qui nous raconte cette histoire où elle intervient ne lui donne même pas de nom, comme si elle n’avait pas d’importance. Et pourtant, sans elle, il n’y aurait rien à raconter. Elle est à l’origine de tout ce qui se passe dans ce récit.
    Il s’agit de la petite jeune fille qui est au service de la femme du général syrien Naaman. Reprendre dans toutes mes phrases ce descriptif serait fastidieux, aussi ai-je décidé de lui donner un nom. Nous allons l’appeler Amielle.
    Amielle est une israélienne qui vit dans la famille du général syrien Naaman. Le récit nous dit qu’elle a été faite prisonnière en Israël par une bande armée et ramenée en Syrie chez le général. Il est difficile de savoir quel âge elle a. Le texte utilise deux mots « fille» et « petite ». Mais le mot fille désigne aussi Ruth (revenue avec sa belle-mère Naomi) lorsqu’elle va glaner dans les champs de Booz. Ce mot de « fille » peut donc désigner n’importe quelle femme jusqu’à son mariage. Cependant, la mention de « petite » laisse penser que c’est une jeune adolescente ou une pré-adolescente. Elle a donc vécu en Israël et elle a été arrachée à sa famille, à sa culture, tout en en gardant un souvenir aigu et précis. Elle se souvient de son culte au Dieu d’Israël et du prophète Elisée qui siège dans le royaume du Nord, en Samarie.
    On voit que la situation politique et militaire entre la Syrie et Israël du Nord est tendue. Il y a des escarmouches et des razzia. Il y a une méfiance dans les relations politiques entre les deux Etats, cela se voit à la réaction du roi d’Israël lorsqu’il reçoit la lettre du roi de Syrie. Il se demande tout de suite où est le piège, où est le traquenard dans cette demande de guérison.
    Mais revenons à Amielle. Elle vit dans cette famille, soit comme une fille adoptée, soit comme une aide, comme une servante. Aucun vocabulaire ne fait référence à de l’esclavage. Amielle est « devant» la maîtresse de maison, comme Naaman est « devant » le roi et sera plus tard « devant » le prophète. On voit là un rapport de respect, rapport hiérarchique certainement, mais pas un rapport de soumission humiliante. C’est pourquoi Amielle peut librement parler à la maîtresse de maison. Amielle est touchée par la souffrance du général, par le contraste marqué dans le texte entre ses états de service — un vrai héros — et sa maladie.
    Alors que — comme jeune fille enlevée à ses proches — elle pourrait s’enfermer dans la rancune, dans la haine et dans la « schadenfreude » (se réjouir de la souffrance d’autrui), Amielle est attentionnée, compatissante, bienveillante. Elle offre son aide, à partir des ressources qu’elle a: elle se souvient du prophète Elisée qui porte la Parole de Dieu et peut soulager les souffrances. Elle en parle à sa maîtresse, qui en parle à son mari, qui en parle au roi.
    À partir de la parole timide d’une adolescente, c’est tout une machine qui se met en marche. Les rouages de l’administration et de la diplomatie produisent une lettre d’introduction et de demande. On frôle même l’incident diplomatique quand le roi d’Israël craint un piège. Heureusement le prophète Elisée est mis au courant et il remet les choses en ordre, il va s’occuper lui-même du cas.
    Il rédige l’ordonnance et la fait porter au général. Celui-ci est vexé ! Quoi ! il n’a pas droit à une consultation ? (voir la prédication) Il trouve ridicule la prescription que lui fait le prophète. Il est décidé à tout laisser tomber et à rentrer chez lui. On est à un cheveu de l’échec complet. Ce sont ses serviteurs qui le raisonnent : « N’auriez-vous pas suivi l’ordonnance si on vous avait demandé quelque chose de très compliqué ? Ne soyez pas rebuté par la simplicité. Essayer au moins ! »
    Ce retour à la simplicité est intéressant, parce qu’il nous renvoie — comme si c’était le thème de ce récit — aux mots tout simples d’Amielle. Quelques mots tout simples, même dit en passant, un geste d’amitié spontané, un signe donné au bon moment peut illuminer une journée, changer l’obscurité en lumière. Une parole de quelqu’un qui me semblait tellement peu important, auquel on ne prête d’habitude même pas l’oreille, peut être la parole qui nous faut entendre, les mots les plus importants de la journée.
    Et en effet, le sort de Naaman, le général syrien est totalement bouleversé, changé, à la suite des quelques mots qu’Amielle a glissé à sa maîtresse. Elle ne se doutait probablement pas de ce qu’elle allait mettre en marche. Mais elle l’a fait. Elle a prononcé ces mots, elle a transmis le message qui lui tenait à cœur. Elle a cherché dans ses racines, dans ses souvenirs, elle a puisé dans ses ressources, dans sa culture, elle s’est souvenue du Dieu d’Israël et elle en a témoigné, elle a dit ce qu’on pouvait en attendre.
    Ce témoignage a conduit Naaman à reconnaître la grandeur du Dieu d’Israël. C’est pourquoi il demande d’emporter de la terre d’Israël sur deux mulets, pour créer chez lui — à son retour — une petite enclave qui lui rappellera Israël, où il pourra rendre son culte au Dieu d’Israël, peut-être guidé dans ses paroles liturgiques et dans ses gestes par Amielle.
    Tout geste compte, toute parole compte et produit des effets inattendus, sans commune mesure, comme la plus petite graine peut produire un arbre dans lequel les oiseaux viennent nicher.
    Amen


    © Jean-Marie Thévoz, 2015

  • Femmes de la Bible (IV) : Tamar, fille de David

    2 Samuel 13
    26.7.2015
    Femmes de la Bible (IV) : Tamar, fille de David

    2 Samuel 13 : 1-22      Luc 12 : 2-7

    Télécharger le texte : P-2015-07-26.pdf


    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Il y a dans la Bible des histoires terribles ! C’est le cas de ce récit du viol de Tamar. Comment une telle histoire peut-elle faire partie de l’Histoire sainte, du livre qui contient la Parole de Dieu, de l’Ecriture qui doit nous rapprocher de Dieu ? Eh bien justement, la Bible témoigne de la rencontre entre Dieu et le monde, du choc que représente l’irruption de Dieu dans le monde réel. Ainsi la Bible est-elle en même temps le reflet du monde et de la vie réelle et le jugement de Dieu sur ce monde ! D’où la présence de textes violents, de situation perturbantes. C’est le reflet du monde réel. C’est pourquoi la Bible n’est pas moins violente que nos journaux !
    Aujourd’hui nous accompagnons Tamar dans son parcours. Le récit la concernant nous montre comment se prépare le piège qui va se refermer sur elle, le crime dont elle a été victime et les conséquences qui en découlent. Nous allons voir d’abord quelques éléments de la réalité sociale et humaine, ensuite les perturbations que produit ce viol, enfin le jugement de Dieu sur ces violences.
    A. D’abord quelques éléments de la réalité sociale et humaine qu’on trouve dans toutes les sociétés et à toutes les époques (évitons de penser : aujourd’hui nous sommes plus civilisé). C’est la domination des hommes sur les femmes. La violence qui est toujours sous-jacente dans les rapports humains, y compris dans la sexualité. Et le fait, statistiquement reconnu, que la majorité des violences sont le fait de personnes connues ou proches de la victime et pas de psychopathes tombant au hasard sur une personne dans la rue. Tous ces éléments sont présents dans notre récit et sont toujours actuels.
    B. Ensuite j’aimerais m’attarder sur les perturbations induites par le viol (v. 15-22). On observe un retournement des sentiments d’Amnon. Il se croyait fou amoureux, il se découvre juste la marionnette de ses désirs. Il se dégoûte lui-même, mais n’ose pas regarder ce sentiment en face, aussi projette-t-il ce dégoût sur Tamar et la prend-il en haine. Il fait de sa victime la coupable de ce qui s’est passé. C’est une deuxième négation de la victime. Cela conduit au rejet de Tamar et à son expulsion de l’appartement d’Amnon (même terme que dans Genèse 3 pour l’expulsion du jardin d’Eden). Cela conduit à la désolation pour Tamar. Le viol est une négation de sa personne, de sa parole (elle essaye d’éviter la violence par le dialogue), la négation de son être intérieur. La victime n’est plus sûre de rien, le sol se dérobe sous ses pas. L’état de choc conduit à un état de deuil, la perte de ses repères, la perte de ses soutiens, la perte de son estime de soi. Cet isolement est renforcé par les prises de positions et les « conseils » de ses proches : «Garde le silence», « N’en fait pas une histoire». Il y a une minimisation des faits, de la douleur, de la blessure intérieure. Cela conduit à la paralysie, à l’inaction, au sentiment d’impuissance : personne ne veut entendre le cri de Tamar. La solidarité se crée autour des coupables, des complices, au lieu de se former autour de Tamar. Cela conduira à une augmentation de la violence, puisqu’Absalom va tuer Amnon, mais sans que Tamar soit réhabilitée et puisse vivre une vie à peu près normale. Voilà les conséquences du viol que nous présente le texte biblique.
    C. Que peut-on y lire du jugement de Dieu ? Il faut lire entre les lignes et tenir compte de la Bible en entier, y compris le Nouveau Testament, pour voir le jugement de Dieu. Le récit ne fait pas intervenir les foudres divines, c’est plus plus subtil et plus encourageant pour nous ainsi. Ce qui est révélateur du jugement de Dieu, c’est la position du narrateur. Le narrateur se pose comme une sorte de chroniqueur judiciaire. Il ne passe rien sous silence. Il montre la planification du crime, sa préméditation, la construction minutieuse du piège, le rôle des complices, puis l’exécution pas-à-pas de ce qui a été planifié. Rien n’est passé sous silence, tout est dévoilé. Cette chronique est déjà — en soi — une dénonciation du crime, elle pointe les coupables et innocente totalement Tamar. Elle n’y est pour rien, elle est juste victime, elle est victime juste. Aucun reproche ne peut être imputé à Tamar, alors qu’on sait combien de fois les procès pour viols tournent à l’accusation de la victime.
    Le crime est dénoncé comme un crime dans le récit. Cela nous rappelle le procès de Jésus, sa Passion, où les narrateurs font ce même travail de déconstruction minutieuse du mensonge habituel qui fait de la victime le coupable, responsable de ce qui lui arrive. Non, ici, le texte dit bien où est le mal, où est le bien. Nous avons ici un récit précurseur du récit de la Passion, une chronique judiciaire qui montre le juste qui n’est pas reconnu comme tel par les personnes autour de lui, mais que le lecteur peut reconnaître comme innocent. Ce qui aurait dû être caché dans la vie de David et de ses fils — parce que cela ternit l’image de la royauté — cela-même est révélé dans le récit biblique. Le juste n’est pas toujours reconnu comme juste et innocent de son vivant, mais Dieu le voit et ne l’oublie pas : «Tous ce qui est caché sera découvert, tout ce qui est secret sera connu» dit Jésus (Luc 12 :2).
    Les actes et les gestes de Jésus apportent une lumière sur les relations sociales. Lorsque Jésus mange chez Simon le Pharisien et que celui-ci juge « de mauvaise réputation» la femme qui baigne les pieds de Jésus de parfum et les essuie avec ses cheveux (Luc 7:16-50), Jésus réhabilite cette femme. Lorsque les pharisiens amènent à Jésus la femme adultère (Jean 8:1-11) (qui comparait seule accusée, comme si elle avait pu commettre l’adultère sans homme !) Jésus renvoie tout le monde au compte de ses propres péchés. Chaque fois, le jugement de Dieu se manifeste par la réhabilitation, la restitution de la dignité à la personne blessée. Le monde écrase la victime, Dieu relève la victime.
    Quelles que soient les atteintes, les blessures, aux yeux de Dieu la victime est sans tache, sans traces de collaboration avec le bourreau, sans reproche à se faire, sans honte à éprouver. Le Christ en croix est la figure de toutes les victimes maltraitées, violentées, abusées. Et on peut élargir le cercle des personnes abusées pour y joindre les enfants placés, les enfants soldats, la traite des femmes, les victimes d’inceste et d’abus, les conjoints battus etc. sans parler des victimes des violences étatitques et institutionnelles et celles des violences guerrières ou économiques.
    Toutes ces personnes sont assimilées au destin du Christ dans le cœur de Dieu. Dieu souffre de les voir souffrir injustement dans les mains des hommes et il leur réserve la même réhabilitation, la même résurrection, la même vie nouvelle qu’à Jésus.
    De même que la vie du Christ est gardée intacte dans la main de Dieu, de même le noyau intime de toute personne abusée est gardé intact dans le cœur de Dieu.
    Comme Jésus blessé sur la croix meurt et ressuscite, chaque personne blessée ressuscite avec lui, avec les marques de ses blessures, mais vivante à nouveau.
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2015

  • Femmes de la Bible (III) : Bethsabée

    1 Rois 1
    12.7.2015

    Femmes de la Bible (III) : Bethsabée

    2 Samuel 11 : 1-5+26   2 Samuel 12 : 1-4+13-15+24-25    1 Rois 1 : 9-22+28-35


    Télécharger le texte : P-2015-07-12.pdf

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Nous suivons aujourd’hui le parcours de Bethsabée, la femme d’Urie le Hittite, qui vivait une vie de simple femme de soldat, jusqu’au jour où David posa les yeux sur elle. À partir de là, elle a été entraînée dans un tourbillon dont elle n’avait plus aucune maîtrise. Elle devient femme objet, objet de toute l’attention de David, à cause de sa beauté. Elle devient, malgré elle, la cause indirecte de la mort de son mari, par les manigances de David. Elle est entraînée sur une trajectoire qu’elle n’a pas voulue, qu’elle n’a pas choisie, mais qu’elle va devoir assumer, bon gré mal gré.
    Ainsi, Bethsabée est-elle victime, dès qu’elle est appelé au palais, fétu de paille entraîné et ballotté dans les flots tumultueux du fleuve du pouvoir. Dans ce tumulte elle va trouver un allié, le prophète Nathan, seul à pouvoir parler à David, seul à pouvoir convaincre David de reconnaître à quel point il a mal agi. Nathan parle de Bethsabée en la comparant à une petite brebis choyée qui est brusquement et injustement sacrifiée par un prédateur. Nathan, le porteur du jugement divin, parle à David, mais dit également des paroles très importantes pour l’estime de Bethsabée.
    Malgré une tradition orale et artistique qui a voulu faire de Bethsabée une séductrice qui a fait flancher David, la parole du prophète est très claire : Bethsabée et Urie sont des victimes sans tache, des agneaux sacrifiés. Les Pères de l’Eglise en ont fait des figures christiques, précurseurs du sacrifice de la croix, victimes innocentes et pures, que Dieu réhabilite.
    Au drame d’être séduite et rendue veuve, s’ajoute le drame inconsolable de perdre son premier enfant. On l’imagine bien partir en dépression et rester prostrée dans le souvenir de ce qu’elle a perdu et ne jamais se relever. Pourtant, les récits nous montrent que Bethsabée se relève et assume l’éducation de son second fils Salomon. Le récit ne nous parle pas de la vie intérieure de Bethsabée, mais nous montre deux épisodes où on la voit agir et interagir, une fois avec David, dans le récit que vous avez entendu (1 R 1), et une fois avec son fils Salomon, au début de son règne (1 R 2).
    On n’y voit une femme forte, déterminée, qui demande ce dont elle a besoin, pour elle-même ou pour d’autres. On voit donc qu’elle s’est relevée et qu’elle a pris une place importante dans le palais de David. En fait, elle y joue tout à fait le rôle de la « validé » dans le palais du sultan ottoman. Vous savez, à Istanbul le palais de Topkapi, où la mère du prochain sultan devient la « validé », celle qui a engendré le futur sultan, celle qui veille à son accession au trône.
    C’est justement ce que fait Bethsabée, lorsqu’un autre fils de David, Adonija, au-dessus de Salomon dans la liste de succession, essaie de se proclamer roi. Avec Nathan, elle intervient auprès de David — dont elle a obtenu précédemment la promesse que Salomon lui succéderait sur le trône d’Israël.
    On voit deux choses qui ont permis à Bethsabée de sortir de la prostration et de la dépression. La première chose est qu’elle s’est accrochée à donner un avenir à son fils Salomon. Elle prend ce qu’elle a, maintenant dans le présent, pour se faire une raison de vivre : ce sera l’avenir de son fils. Ensuite elle ordonne toutes ses actions à ce but, avec les alliés qu’elle a, à savoir le prophète Nathan.
    La deuxième chose, c’est que Bethsabée apprend à demander. Elle a su demander à David qu’il promette de mettre Salomon sur le trône pour lui succéder. Elle a su venir demander à David de tenir sa promesse on moment ou un frère aîné — Adonija — est en train de se proclamer roi, successeur de David, pas encore mort. Enfin elle transmettra à Salomon une demande d’Adonija, ce qui contribuera à consolider le trône de Salomon.
    Bethsabée a donc appris à demander. En quoi est-ce que le fait de demander peut-il faire sortir de la dépression et du statut de victime ? Lorsqu’on est victime d’une situation, on est poussé dans la direction de l’impuissance et de la plainte. « Ce qui m’arrive est injuste » et « Je me sens sans force, je ne peux plus rien faire ». La plainte contre l’injustice provoque à l’intérieur de soi de la colère, contre l’injustice justement. Et l’impuissance génère de la tristesse, de l’épuisement : « Je n’y peux rien » et « Je n’en peux plus ». Il y a donc deux forces antagonistes : la colère qui veut du changement et la tristesse qui paralyse.
    Pour sortir de ce double état, il n’y a qu’une seule issue : la demande. La demande c’est formuler, d’abord pour soi, ce dont on a besoin pour être mieux : trouver ce dont on a besoin. Ensuite, c’est formuler cette demande vers l’extérieur, afin que la force des autres puisse — pendant un certain temps— se substituer à mon absence de force.
    Il y a donc une demande à formuler, une demande qui concrétise mon besoin, qui concrétise comment transformer la colère intérieure en force de changement qui se manifeste à l’extérieur.
    C’est le chemin qu’a pu faire Bethsabée. Demander de l’aide à Nathan pour se voir reconnue comme innocente, et une demande à David de voir ses malheurs compensés par une place assurée à son fils Salomon sur le trône. Bethsabée a pu transformer sa colère contre l’injustice subie en force constructive. Pour elle-même en devenant « validé » et pour son fils Salomon en obtenant le trône. Elle a su revenir avec sa demande au moment où la promesse risquait de ne pas être tenue, avec l’appui de Nathan.
    Ainsi, la colère— loin d’être un sentiment négatif— est d’abord un signal important pour soi. À ce signal, nous pouvons nous interroger pour savoir ce qui se passe, pour savoir quel est notre besoin. Besoin d’être reconnu ? Besoin de faire cesser une violence ou une menace ? Besoin de ne pas se laisser mettre à l’écart, ne pas se laisser être mésestimé ou méprisé ?
    Une fois ce besoin reconnu en nous, nous pouvons formuler notre demande, de manière à changer la situation. Transformer sa colère en demande est une façon de changer les situations sans utiliser d’agressivité ou de violence. C’est une façon de sortir de l’impuissance et du statut de victime.
    C’est ainsi que Bethsabée — malgré tout ce qu’elle a subi, malgré la vie de tumulte dans laquelle elle avait été entraînée sans le vouloir — c’est ainsi qu’elle a pu mener sur le trône son fils Salomon et qu’il a pu devenir l’un des plus grands roi d’Israël. C’est ce que Bethsabée a réussi à faire de sa vie, malgré les violences subies et la dépression du deuil. Avec l’aide des autres et celle de Dieu elle a pu se relever.

    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2015

  • Femmes de la Bible (II) : Abigaïl

    1 Samuel 25
    5.7.2015

    Femmes de la Bible (II) : Abigaïl

    1 Samuel 25 : 2-42

    Télécharger ici le texte : P-2015-07-05.pdf

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Aujourd’hui nous découvrons la personne d’Abigaïl dans un épisode qui pourrait quasiment sortir du recueil des mille et une nuits, une sorte d’histoire racontée dans un style oriental où se mêlent richesse et pouvoir, vie et mort, beauté et orgueil. Alors on peut se demander pourquoi cette histoire est restée dans la Bible, à part le fait qu’elle appartient à la saga de David ? Comment s’inscrit-elle dans l’histoire de David et dans l’histoire biblique ?
    Quelques mots sur le contexte de cette histoire. En gros, le premier livre de Samuel nous relate l’établissement de la royauté avec Saül comme premier roi. Un roi insatisfaisant, un roi qui n’est pas fait sur le modèle de la royauté que Dieu veut établir sur Israël. Aussi ce livre mêle-t-il la royauté de Saül à l’histoire de l’ascension de David vers le trône d’Israël. Le deuxième livre de Samuel est consacré au règne de David. Les deux livres des Rois traitent ensuite de sa succession et de ses successeurs.
    Mais là nous sommes encore dans le premier livre de Samuel. Il est donc question de l’ascension de David à la royauté et, en quelque sorte, de sa formation en tant que roi.
    On voit d’abord David au service du roi Saül, on ne le voit vaincre Goliath, s’allier à Jonathan contre Saül, être en guerre contre Saül et — dans le chapitre 24 — celui qui précède le nôtre,  on voit David épargner la vie de Saül, pourtant à sa merci dans la grotte d’En-Guédi. Épisode qui se répète dans le chapitre 26, où, là non plus, David ne porte pas atteinte à la vie de Saül, car la vie de celui qui a été oint comme roi par le prophète de Dieu est sacrée !
    Notre chapitre 25, avec l’histoire de David face à Nabal et Abigaïl, comporte une unité de thème avec ses deux chapitres qui l’encadrent : celui de la vengeance. Lorsque Nabal refuse de payer les services de protection de David que la bande armée a assurée autour de ses troupeaux, David est furieux, il ne pense qu’à tuer celui qui lui fait affront. Le récit n’est pas clair : David vient-il chercher le payement d’un contrat loyal, ou bien vient-il racketter Nabal pour une « protection » de type sicilienne, mais peu importe. Peu importe que la colère de David soit justifiée ou orgueilleuse. Il y a un désir de vengeance, de faire couler le sang. Et David en a le pouvoir, comme chef d’une petite armée.
    C’est là qu’intervient Abigaïl. Elle parle longtemps à David pour le convaincre de renoncer à son geste funeste. Les prédicateurs parlent beaucoup de la nourriture et des gâteaux qu’elle apporte, mais c’est son discours qui est remarquable ! C’est d’ailleurs le discours de femme le plus long rapporté dans la Bible.
    Que dit-elle à David pour le convaincre ? Quels arguments utilise-t-elle ? D’abord ceux qu’elle n’utilise pas. L’appel à la pitié ; la compensation ou la réparation (tu as ce que tu voulais, j’ai apporté la nourriture que tu voulais de Nabal) ; l’appel à sa beauté — qui est remarquable comme le souligne le texte.
    Non, dans son discours, elle commence par en faire une affaire personnelle, interpersonnelle entre elle et David. Elle prend sur elle toute la faute. Cela nous paraît injuste — et faux en plus ! Cela ressemble à un discours misérabiliste, culpabilisé : « tout est de ma faute, n’en veut pas aux autres ». Elle aurait pu négocier un échange : « c’est ma faute, prends-moi et laisse la vie sauve aux autres ». Mais ce n’est pas ce qu’elle fait. En affirmant que la faute lui revient, elle se pose en interlocutrice unique et responsable, en position de négocier et d’arriver à un accord. En fait elle évacue Nabal, son mari, de la négociation. Abigaïl règle d’ailleurs son compte à son mari dans une phrase pleine de jeux de mots puisque Nabal veut dire vaurien ou fou ou imbécile. Abigaïl prend les rênes de la négociation, mais elle se place en position inférieure à David, non pas parce qu’elle est une femme, mais parce qu’elle sait être en face de celui qui a été oint par Dieu et qui sera le prochain roi d’Israël. Un homme on aurait fait autant (sauf son fou de mari).
    Ensuite, Abigaïl met en question la volonté de vengeance et la violence de David : « Mais maintenant, par le Seigneur vivant et par ta propre vie, le Seigneur lui-même te retient d'en venir au meurtre et de te faire justice toi-même. » (1S 25:26) Et là, on voit la parenté avec les chapitres 24 et 26. Vis-à-vis du roi Saül, David a su se retenir d’exercer sa vengeance. Ne devrait-il pas agir de même envers la maison de Nabal ? Oui, mais là, David n’a pas affaire avec un oint du seigneur ! Quelle raison aurait David d’épargner Nabal et sa maison ?
    C’est là le génie d’Abigaïl, et selon moi, la raison pour laquelle ce récit a sa pleine place dans la Bible et devient pour nous un enseignement. Abigaïl rappelle à David les promesses que Dieu lui a faites : « Lorsque le Seigneur accomplira tous les bienfaits qu'il t'a promis et fera de toi le chef d'Israël… » (v.30). Abigaïl rappelle à David sa raison d’être, les raisons pour lesquelles il a rassemblé une armée. Elle lui rappelle que l’accomplissement est à bout touchant et qu’il pourrait tout risquer, maintenant, en commettant un faux pas. Abigaïl fait donc appel aux fondamentaux de la vie de David, à sa raison d’être, à sa vocation, à sa mission, pour avoir un critère de décision pour savoir ce qu’il est juste de faire ou injuste de faire dans ces circonstances. Abigaïl pose un principe éthique fondamental, une méthode de décision dans les situations difficiles : ce que je dois faire dans cette situation, doit être en cohérence avec ma vocation, avec le but de ma vie, avec la personne que je suis et que je veux être. Toutes les petites décisions doivent être orientées vers l’ essentiel, en cohérence avec les valeurs supérieures que je poursuis.
    Abigaïl en appelle donc à la vocation, à la mission de David. Elle ne lui dit pas ce qu’il doit faire ! Elle lui demande : soit cohérent avec qui tu es et qui tu vas devenir, ne fait pas quelque chose que tu regretteras, quelque chose qui sera une tache dans ton parcours.
    Abigaïl donne ici une leçon de politique extrêmement sensée, qui s’applique à David, mais dont tous les hommes politiques devraient s’inspirer. Pas seulement dans la période où ils visent le pouvoir, mais également dans l’exercice du pouvoir.
    C’est une des questions qui tourmente les rédacteurs de la Bible : savoir comment limiter le pouvoir, le pouvoir de ceux qui sont au sommet, au sommet du pouvoir ! « Capitaine après Dieu ! » Qui pourra limiter leurs pouvoirs ? Les deux livres de Samuel et les deux livres des Rois essaient des pistes sur cette question de la limitation du pouvoir. Et la réponse est toujours la même : c’est la loi divine, le respect de Dieu, ce savoir soumis à une loi supérieure qui peut seule limiter le pouvoir de ceux qui ont le pouvoir de la force. Ainsi se sont mit en place, au fil du temps, des mécanismes de régulation. Au XXe siècle ce sont les droits de l’homme et les tribunaux internationaux, comme tentatives de limiter le pouvoir des superpuissants.
    Ici nous sommes dans le dialogue entre Abigaïl et David et on voit que le discours d’Abigaïl, l’appel à la mission et à la vocation de David, l’appel aux promesses divines fait réfléchir David. Et en effet, il va subordonner sa fureur à sa vocation. Il va renoncer à entacher son parcours avec le sang de Nabal et de sa maisonnée. C’est tout seul que Nabal va aller vers son sort, une crise cardiaque ou un AVC l’emporte.
    Ensuite David va profiter du veuvage d’Abigaïl pour l’épouser de manière à avoir auprès de lui une femme d’un tel niveau d’intelligence et de si bons conseils. Les compétences psychologiques et relationnelles d’Abigaïl sont, en quelque sorte, récompensées dans le récit par le fait qu’elle est débarrassée d’un mari sans valeur, pour devenir l’épouse du roi. Le conte oriental finit bien, non sans nous avoir laissé une maxime de valeur : «Oriente tous les choix de ton existence de manière à ce qu’ils te fassent avancer vers tes plus hautes valeurs. »
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2015

  • Femmes de la Bible (I) : Déborah

    Juges 4   
    28.6.2015
    Femmes de la Bible (I) : Déborah


    Juges 4 : 1-16 +23-24    Luc 8 : 1-3

    Télécharger le texte : P-2015-06-28.pdf

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Nous voilà, aujourd’hui, avec Déborah dans le livre des Juges. J’ai choisi, pour cette été, de vous faire découvrir quelques femmes de la Bible, et parmi les femmes de la Bible celles qui ne sont pas très connues.
    On a tout dit sur le caractère patriarcal, voire macho, de la Bible. Et pourtant, la Bible met en scène un grand nombre de femmes, ce qui nous offre un tableau très complet de la condition féminine au temps de la Bible.
    Déborah est définie comme une femme prophète et comme une juge, dans le livre des Juges (Jg 4:4). Elle se tient sous un palmier (qui a pris son nom), comme saint Louis sous son chêne. Le livre des Juges présente diverses histoires — souvent rocambolesques — qui sont situées dans le temps entre la conquête du pays Canaan par Josué et l’établissement de la monarchie avec Saül puis David. C’est une période troublée, où les tribus d’Israël subissent souvent l’oppression ou le pillage. Le fil littéraire qui rapproche ses histoires très variées est le suivant : dans une période de détresse extrême, le peuple crie à Dieu pour être délivré de ses oppresseurs. Dieu appelle alors quelqu’un — qui est appelé un « juge » — pour délivrer son peuple. Cette personne est un médiateur qui va réaliser la délivrance qui vient de Dieu.
    Dans notre histoire, aujourd’hui, c’est Déborah qui est appelée par Dieu pour apporter cette délivrance. Déborah a déjà un rôle de leader dans sa communauté puisqu’elle porte le titre de prophète, comme plus tard Samuel ou Nathan. En tant que telle, elle reçoit les messages de Dieu et les transmet. C’est ainsi qu’elle va transmettre à Barak l’appel de Dieu pour qu’il lève une armée et délivre les tribus du nord du roi Yabin en battant le général Sisra.
    Ce qui est étonnant dans ce récit, c’est que Barak cherche à se défiler. Dans l’ordre des choses d’une société de l’époque, c’est Barak qui aurait dû recevoir le titre de juge, comme Ehoud avant lui et Gédéon après lui. Ici Barak ne veut pas partir, il demande, il exige la présence de Déborah à ses côtés. C’est donc Déborah la personnalité moteur du récit. C’est elle qui mobilise, qui encourage, qui construit la stratégie de mobilisation et de combat. Je n’ai pas trouvé de figures de femme à la tête d’une armée dans la littérature antique, à part les mythiques Amazones ou la reine Zénobie. La Bible, elle, n’a pas de réticence à faire passer une femme avant les hommes, elle n’a pas cherché à l’effacer non plus.
    Déborah nous est présentée comme la personne providentielle, celle que Dieu a choisie, a appelée et a envoyée pour délivrer Israël. C’est une femme lucide, qui a une vision politique, voir militaire, qui est dans le concret et à l’écoute de son peuple.
    Dans le chant de victoire du chapitre 5 — un des textes les plus anciens de l’Ancien Testament — elle se présente comme « une mère pour Israël » (Jg 5:7). Dans son rôle de leader, elle ne perd rien de son identité. Elle met tout son être, toutes ses capacités, toutes ses compétences personnelles au service de Dieu. En ce sens, c’est une vraie cheffe, mais pas une guerrière.
    Du point de vue de la guerre, le livre des Juges est particulier. Il y a des batailles, des soldats qui combattent, mais ce n’est pas ce qui est décisif ! Dans ce livre, c’est Dieu qui remporte la victoire, pas les soldats. Les batailles sont remportées plutôt par les circonstances favorables ou exceptionnelles, ce qui fait qu’elles sont attribués à Dieu. Dans notre récit, ce qui est suggéré, c’est que les chars du général Sisra se sont embourbés dans la plaine inondée par le torrent du Quichon. Et cela ne ne peut revenir qu’à Dieu, pas à la bravoure des soldats.
    Un autre point dans ces guerres du livre des Juges, c’est qu’elles interviennent toujours quand la situation de détresse est devenue intenable. C’est une délivrance qui est en route, pas une guerre de conquête ou une recherche de pouvoir. Ensuite le chef revient dans les rangs du peuple. Il n’y a pas de victoire personnelle, seulement un acte salvateur de Dieu qui rétablit la paix et des conditions de vie acceptable.
    Dans ce sens sens là, le livre des Juges, même s’il est un livre qui raconte des histoires plutôt sanglantes, est un livre d’espoir et de confiance en Dieu. Chaque fois qu’il y a une crise, que le peuple est en détresse et qu’il crie à Dieu, Dieu adresse une vocation à quelqu’un et ce quelqu’un se lève pour agir. C’est un encouragement à espérer dans les situations difficiles. Quelque chose de neuf peut toujours à nouveau surgir, du cœur même de la crise. Des hommes et des femmes sont appelés par Dieu, au cœur même des difficultés, pour apporter des solutions, pour apporter la délivrance de Dieu.
    Il y a un mixte toujours présent d’initiative divine et d’initiative humaine. Si personne ne se mobilise, il ne peut pas y avoir d’intervention divine. Si Déborah ne s’était pas levée, n’avait pas poussé Barak à agir, à lever son armée, les chars de Sisra ne seraient pas descendus s’embourber dans la plaine du Quichon. Dieu n’intervient pas sans nous, il a besoin d’intermédiaires, de « Juges ». Il a besoin de nos mains, de nos voix, de nos pieds pour que son action puisse avoir lieu et soit visible dans le monde. Il a besoin de chacun d’entre nous, hommes et femmes Dieu ne fait pas de différence. Il n’a pas besoin de notre force, de notre puissance, il a besoin de notre présence.
    Deborah a répondu à l’appel de Dieu et cela a changé le sort du peuple d’Israël. La Bible a gardé mémoire de son histoire (Jg 5) mais aussi de ces paroles dans le Chant de victoire du chapitre 5.
    Dieu garde en mémoire chacun de nos gestes, de nos actes, chaque action qui apporte réconfort, soutien ou délivrance. Rien ne lui échappe, plus encore Dieu démultiplie le pouvoir de nos gestes à un point que nous ne connaissons pas. Cela doit nous encourager à ne pas baisser les bras. Encourageons-nous à être plutôt comme Déborah que comme Barak qui n’osait pas répondre à sa vocation. Lorsque nous répondons présent Dieu est là, il se rend lui-même présent et tout change.
    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2015

  • 1 Rois 10. Une rencontre qui transforme !

    1 Rois 10
    1.2.2015
    Une rencontre qui transforme !

    1 Rois 10 : 1-10+13        Luc 11 : 29-32

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    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    En ce dimanche Terre Nouvelle, DM-Echange et Mission nous invite au voyage et à la rencontre. Il nous invite à suivre la rencontre de la reine de Saba avec Salomon et de découvrir tout ce qui se passe dans cette rencontre et ce que cela peut nous apprendre sur la mission, sur les voyages d’échange avec d’autres pays.
    Dans ce récit, on voit donc que la reine de Saba décide de se rendre à Jérusalem pour voir le grand roi Salomon. Les traditions divergent quant au pays ou à la région d’où elle provient ; sa réputation a fait que plusieurs pays se l’approprient, notamment le Yémen et l’Ethiopie. 
    L’important, c’est que c’est une grande reine et qu’elle est décidée à faire impression sur Salomon, autant sur le plan intellectuel — elle a préparé une épreuve et des énigmes — que sur le plan de la richesse — elle arrive avec une caravane chargée de cadeaux aussi précieux qu’onéreux. Mais cela ne se passe pas comme elle l’avait prévu. C’est elle qui tombe dans l’admiration. Elle est épatée, séduite par la sagesse de Salomon (certaines traditions voient plus large et plus intime, quand elles disent qu’elle mettra au monde un fils de Salomon au retour dans son pays).
    Ce qui est remarquable dans ce récit, c’est la transformation de la relation au fil du temps de la rencontre. Au départ, la reine de Saba se déplace pour lancer un défi au roi Salomon. Elle vient avec sa supériorité. Elle est persuadée que son savoir et son intelligence sont supérieurs à ceux de Salomon. Elle va le mettre au défi de répondre à ses questions, elle va le mettre à l’épreuve. Ensuite, elle lui apportera les solutions.
    Dans notre aide aux « pays en voie de développement » n’est-ce pas comme cela que nous faisons ? Ne sommes-nous pas persuadés — avant de partir — que nous pouvons leur apporter des solutions, avant même d’être arrivés et de les avoir entendus ? On part souvent avec l’idée d’être supérieurs et cela conduit à dominer l’autre.
    Autre écueil qui est emblématique des rencontres qu’on peut faire lorsqu’on voyage dans un pays étranger : on arrive avec ce qu’on a lu dans les livres, ce que des amis nous ont raconté, ou ce que nous pensions en préparant le voyage. Des ouï-dire, des récits, voir des préjugés C’est ce qui arrive à la reine de Saba : « Alors elle dit au roi : « Dans mon pays, j'avais entendu parler de toi et de ta sagesse, mais avant d'être venue voir de mes propres yeux, je ne croyais pas ce qu'on me disait. Or tout cela était bien vrai, et même on ne m'en avait pas raconté la moitié : ta sagesse et ta prospérité dépassent tout ce que j'avais entendu dire. » (1 R 10:6-7). La rencontre réelle transforme les choses, en tout cas si on est ouvert !
    Rencontrer l’autre tel qu’il est, l’écouter répondre, l’écouter parler de lui, de son pays, de sa situation, cela transforme la rencontre, parce qu’on se met à rencontrer une personne et plus la représentation abstraite d’une nation. C’est ainsi que la reine de Saba ouvre son cœur, dit le récit. Elle découvre Salomon, sa cour, son palais, sa réalité. Et elle se met à l’apprécier, peut-être à l’aimer. En tout cas, elle a réalisé la distance entre l’image qu’elle avait par ouï-dire et la personne réelle en face d’elle. Elle passe du fantasme à la connaissance, du préjugé à la réalité.
    Cela la conduit à dire à Salomon ce qu’elle apprécie, ce qu’elle aime. Elle lui tresse des louanges et lui adresse une bénédiction et une confession de foi (v.9). La vraie rencontre, lorsqu’on laisse tomber son propre savoir projeté, pour rencontrer vraiment l’autre, conduit au moins à la compréhension, souvent à l’admiration ou à l’émerveillement. Et cela conduit au plaisir d’être ensemble, de partager du temps, de la présence.
    Et cela ouvre sur le temps des cadeaux. On savait dès le début que la reine de Saba était venue avec une caravane chargée de riches cadeaux. Mais elle ne les a pas tout de suite offerts. Elle a attendu. Le risque des cadeaux offerts en préambule, avant que des liens ne se tissent, c’est qu’ils soient perçus comme une façon d’acheter l’amitié, de se rendre favorable. C’est ce qui se passe lorsque Jacob revient à la rencontre d’Esaü en se faisant précéder de cadeaux (Gn 33).
    Ici les cadeaux arrivent vraiment comme un acte de reconnaissance. C’est la joie de donner parce qu’on a déjà beaucoup reçu à un autre niveau. On rencontre cette même problématique en théologie lorsqu’on discute du salut par la foi ou par les œuvres. Quelle est la place des œuvres, parce que la foi n’est rien sans les œuvres dit Jacques (Jc 2:14-20) ? Le protestantisme a tranché en disant que les œuvres ne peuvent pas acheter le salut mais que les œuvres sont la réponse reconnaissante d’avoir reçu le salut par grâce. Les cadeaux arrivent ici comme signes de reconnaissance.
    On est frappé par l’énormité des cadeaux, 3,5 tonnes d’or, plus les parfums, les aromates, etc. C’est juste fou ! N’a-t-elle pas peur de s’appauvrir ? Et bien non ! Parce qu’elle est dans un autre registre que celui de l’économie d’épicerie. Dans l’économie d’épicerie, ce que je dépense, je ne l’ai plus, une fois que j’ai mangé ce que j’ai acheté. Chaque fois qu’une pièce sort de mon porte-monnaie, je m’appauvris.
    La reine de Saba est dans une autre économie, une économie relationnelle, où chaque sortie (dépense) est un enrichissement. S’il faut comparer cela avec une autre partie de l’économie financière de notre monde, on peut le comparer à une économie d’investissement. Ce qui sort du porte-monnaie est investi et produit de nouvelles richesses. Comme la personne qui achète un appartement pour le louer, elle va recevoir chaque mois un loyer.
    Ce récit, en nous parlant de cadeaux et de relations nous invite à entrer dans l’économie relationnelle où plus nous donnons, plus nous recevons en échange. Plus nous donnons de nous-mêmes dans les relations, plus les autres se rapprochent de nous et nous donnent en retour. Il n’y a pas de perdants (sauf ceux qui refusent d’entrer dans les échanges), il n’y a que des gagnants.
    C’est ce que Jésus nous répète lorsqu’il nous dit que Dieu nous aime. Il nous invite à entrer dans cette économie relationnelle qui est à l’opposé de notre économie mondiale fondée sur la pénurie et la peur de perdre. Dieu est amour, il a un amour infini, qui ne manque jamais. Ne laissons pas nos relations être formatées par le langage de pénurie du monde économique. Osons la rencontre, osons les échanges et le don.
    Amen

    L’impulsion de cette prédication m’a été donnée par le dossier de DM-Echange et Mission :
    Pistes de travail pour le culte du 25 janvier 2015 : Quand le voyage est prétexte à la rencontre de l'Autre.


    © Jean-Marie Thévoz, 2015

  • Juges 6. Reconnaître sa faiblesse et recevoir la force que Dieu donne.

    Juges 6
    28.8.2011
    Reconnaître sa faiblesse et recevoir la force que Dieu donne.
    Juges 6 : 2-6 + 11-16     Mt 4 : 12-13 + 18-22

    Téléchargez ici la prédication : P-2011-8-28.pdf

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Pour ce culte de rentrée, j'ai choisi cette histoire de Gédéon, parce que je suis habité par cette question : "Comment reprendre des forces après avoir vécu une situation qui nous laisse particulièrement affaiblis ?" Notre paroisse, et spécialement notre Conseil paroissial, a vécu une période difficile, marquée par plusieurs deuils, déménagements et départs. En sous-effectif, nous nous sentons affaiblis, comme ministres, comme Conseil et comme communauté. L'histoire de Gédéon m'est apparue comme une bonne illustration de ce que nous vivons et comme porteuse d'une espérance pour remonter la pente.
    Cette histoire nous présente la situation d'Israël comme misérable. A cause des razzia des Madianites, les Israélites en sont réduits à se cacher dans des grottes, dans des trous, ou dans des endroits inaccessibles des montagnes. Chaque fois que les Israélites plantent quelque chose, les Madianites viennent piller les champs juste avant la récolte. Quand les Israélites reconnaissent que la situation est sans issue, ils en appellent à Dieu.
    C'est par la reconnaissance de leur faiblesse, de leur impuissance, que les Israélites vont inaugurer un changement. Rien ne change tant qu'on se dit que c'est tolérable, que c'est encore supportable, qu'on peut tenir. Reconnaître la faiblesse, le manque ou le malaise, est le début du changement.
    Et Dieu n'est pas indifférent à l'appel au secours de son peuple. Il envoie un messager dans la bourgade d'Ofra, auprès de Gédéon. Le récit nous dit que Gédéon est en train de battre du blé dans le pressoir pour ne pas être vu des Madianites. Comme nous achetons notre farine au supermarché, on ne voit pas tout de suite ce qui cloche dans la position de Gédéon. Battre le blé pour séparer le grain de la balle se fait normalement en plein air, dans la brise pour que le vent emporte la balle. Et cela fait un nuage qui se voit de loin. Or, pour ne pas être vu des Madianites et risquer une razzia, Gédéon s'est enfermé dans la maison du pressoir et bat le blé à l'intérieur.
    On ne sait pas si les Madianites sont dans la région, mais chacun agit comme s'ils voyaient tout. Gédéon pense toutes ses actions en fonction d'eux, dans leur crainte, dans la crainte de leur intervention. Tous ses gestes sont mesurés en tenant compte de ce possible ! Il vit dans la peur et la méfiance. Même absents, les Madianites contrôlent les faits et gestes de Gédéon. Cette situation n'est plus tenable. Dieu envoie donc son messager pour délivrer Gédéon et Israël de cette obsession.
    Le messager salue Gédéon par ces mots : "Le Seigneur est avec toi, valeureux combattant !" (Jg 6:12) On pourrait presque penser que c'est de l'ironie mordante, mais Gédéon ne retient que la première partie de la phrase : "Le Seigneur est avec toi" pour la contester vivement. "Si le Seigneur est avec nous, pourquoi tous ces malheurs nous sont-ils arrivés ?" (v13) Comme la plupart de nos contemporains, Gédéon se sent abandonné de Dieu dans son malheur.
    Dieu laisse Gédéon exprimer son doute, il ne nie pas le malheur, mais il se rapproche. Depuis là dans le texte, c'est Dieu lui-même qui parle, le messager a disparu. Quand on doute de lui, Dieu se fait encore plus proche ! Et Dieu donne à Gédéon une parole de soutien et d'envoi. "Avec la force que tu as, va délivrer Israël" (v14).
    Après avoir douté de la présence de Dieu, Gédéon doute de lui-même. N'est-il pas du plus petit clan de la tribu de Manassé et le plus petit de sa maisonnée ? Gédéon doute de lui-même, et ces doutes intérieurs —  n'est-ce pas ? — sont les doutes les plus difficiles à contrer.
    A ce doute, Dieu oppose cette parole : "Va —avec la force qui est la tienne !" De quelle force Dieu parle-t-il ? Le mot utilisé signifie "énergie", "force brute", c'est l'énergie que donne la nourriture (Gn 4:12), c'est la force musculaire lorsque Habacuc dit de quelqu'un "celui-là, sa force est son dieu" (Hab 1:11). Dans les Psaumes, ce sont les forces humaines qui déclinent avec l'âge. Mais cette force brute est aussi entre les mains de Dieu, p. ex. dans les plaies d'Egypte contre Pharaon (Ex 9:16) ou dans la force que Dieu donne à Samson proportionnellement à la longueur de ses cheveux. Cette force est aussi celle de la révolte devant l'injustice et le malheur. Et c'est cette force de l'inacceptable que Dieu ranime en Gédéon, comme s'il lui disait "Va avec cette colère qu tu as et délivre Israël !"
    Mais Gédéon ne connaît pas encore cette force, ou plutôt, il la voit encore comme un obstacle, une faiblesse ou un défaut. Gédéon doit surmonter deux épreuves qu'il a énoncées avec ses deux doutes. Il doit surmonter le sentiment d'abandon exprimé dans le doute que Dieu soit présent malgré les malheurs du peuple. Et il doit surmonter son sentiment d'impuissance exprimé dans le doute sur ses propres capacités. Le chemin de Gédéon — et le nôtre — c'est de retrouver la confiance dans la Présence divine et retrouver la confiance en notre propre valeur.
    Au premier doute, Dieu nous répond : "Je serai avec toi !" (Jg 6:16) ne doute pas de ma présence, je viens à toi, je suis là. Au deuxième doute, Dieu répond : "Va avec la force que tu as !" (v14) Quelles que soient les razzia, les attaques, les malheurs qui te tombent dessus, quels que soient les retours à zéro et les recommencements à faire, le Seigneur est avec nous, il se fait proche, jusqu'au fond du pressoir.
    Ces razzia, ces malheurs prennent de nos forces, bouffent de l'énergie comme on dit, mais ils ne disent rien, au fond, sur la valeur intérieure de chacun, même s'il est difficile de s'empêcher de faire le lien dans nos pensées. Le sentiment d'impuissance n'a rien à voir avec les capacités réelles. Le sentiment d'impuissance a été porté par Jésus sur la croix pour nous en délivrer.
    Comme nous l'avons entendu dans l'Evangile, Jésus n'a pas recruté des surhommes, mais de simples pêcheurs au bord du lac. Il recrute des gens ordinaires, même un Gédéon pétri de peur au fond de son pressoir.
    Dieu est celui qui fait confiance, qui donne confiance. Il accompagne, il coache, il révèle la force qui existe en nous, les capacités et les compétences. Il nous sort de notre isolement, de nos peurs pour que nous puissions à nouveau marcher la tête haute, sans peur, sans avoir le sentiment d'être toujours observé par les Madianites. Dieu est avec nous pour affronter les difficultés et renforcer notre estime, ré-attester de notre valeur. 
    Gédéon va reprendre confiance, il va relever la tête, mais il ne va pas partir seul. Il a besoin de tous les volontaires pour reprendre le dessus. Notre paroisse aussi a besoin de toutes les forces disponibles pour se relever et avancer.
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2011

  • 1 Rois 3. Les rêves dans la Bible (IV). Le rêve de Salomon.


    1 Rois 3
    24.7.2011
    Les rêves dans la Bible (IV). Le rêve de Salomon.

    1 Rois 3 : 4-15     Romains 7 : 15-23

    télécharger la prédication : P-2011-07-24.pdf

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Voici le quatrième volet de cette série de prédications consacrées aux rêves dans la Bible. Et c'est le rêve de Salomon qui clôt cette série. Salomon est le troisième roi d'Israël. Il règne après Saül et David. Il est le fils de David et Bethsabée. Il accède au trône après les 40 années de règne de David, mais il est encore tout jeune : "un petit jeune homme" dit-il lui-même dans son rêve (1R3:7).
    Le roi Salomon, c'est le roi de tous les superlatifs dans la Bible. Son règne n'est marqué par aucun conflit majeur, ce qui permet à Salomon d'encourager un commerce extensif avec les pays voisins et gérer des ressources immenses. Il lève beaucoup d'impôts, mais exploite également les régions voisines, notamment les célèbres "mines du roi Salomon" qui seront une source immense de richesse.
    Ces richesses alimentent une cour et une armée nombreuses qui lui vaudront le respect des rois et des pharaons voisins, avec lesquels il conclut des alliances. Il épouse même la fille d'un pharaon. Et, comme chacun le sait, il reçoit la reine de Saba à la cour et sera le roi qui fera construire le Temple de Jérusalem. Voilà pour la façade, pour l'apparat, l'apparence, ce que décrivent les chroniques royales : tout est magnifique, tout est majestueux.
    C'est là que le rêve intervient dans notre réflexion. Le rêve — dans notre vision moderne — est la lucarne ouverte sur notre inconscient, sur le continent obscur qui habite au fond de nous. Et je vais relire le rêve de Salomon avec cette vision moderne, comme une porte ouverte dans le subconscient de Salomon.
    Essayons — à l'intérieur de ce rêve et par delà la façade de la littérature de cour qui doit magnifier son roi — de découvrir les pensées intimes de Salomon. Salomon rêve alors qu'il est au sanctuaire de Gabaon, là où la tente de l'Alliance ramenée du désert est plantée.
    Salomon vient de succéder à David et il vient se recueillir devant Dieu. Le rêve est le lieu de rencontre entre Dieu et le roi. Le rêve est un moment de contact, de dialogue, mais sans image à décrypter à la différence du rêve de Jacob (Gn 28). Le rêve est donc composé seulement d'un dialogue entre Dieu et Salomon.
    La thèse freudienne qui a fondé la psychanalyse est de voir dans le rêve l'expression des désirs profonds de l'individu, les désirs qu'il ne peut pas formuler consciemment. Et ce rêve de Salomon porte expressément sur le désir, puisque le rêve s'ouvre sur cette proposition de Dieu : "Demande-moi quelque chose et je te le donnerai !" (v.5) en d'autres termes : "Que désires-tu, je te le donnerai !"
    Donc, on peut imaginer que Salomon est venu dans le temple de Dieu à Gabaon avec une prière non formulée et que le rêve agit comme un révélateur de son désir, de son besoin. Cela est explicité dans la suite, dans les mots que Salomon utilise pour formuler et expliquer les raisons de son choix.
    Après l'éloge de son père David, Salomon dit ceci :
    "Oui, Seigneur mon Dieu, c'est toi qui m'as fait roi pour succéder à mon père David. Mais moi, je suis encore trop jeune pour savoir comment je dois remplir cette tâche. Et je me trouve soudain à la tête du peuple que tu as choisi, ce peuple si nombreux qu'on ne peut pas le compter." (1R3:7-8).
    Dans ces mots "c'est toi qui m'as fait roi pour succéder à mon père David" je vois comme une accusation angoissée. Comme si Salomon disait : "Je suis dans une situation que je n'ai pas choisie et j'ai peur." Ce qui est renforcé par la suite avec les mots "Je suis trop jeune pour savoir comment remplir cette tâche." Ce rêve est plein de l'angoisse de celui qui va devoir affronter un rôle, une tâche pour laquelle il n'est pas préparé, pour laquelle il ne se sent pas à la hauteur.
    Ce rêve angoissé est ce que j'appelle "un rêve professionnel." Je ne sais pas si vous en faites, mais moi, cela m'arrive. Mon rêve professionnel, c'est de venir à l'église pour assister au culte comme simple paroissien et de me voir interpeller à l'entrée et m'entendre dire que je suis de service. J'ai deux minutes pour imaginer une prédication, une liturgie et choisir les cantiques…
    Le rêve professionnel exprime les angoisses liées au travail et je pense que chaque profession à sa version propre. Dans son rêve, Salomon  exprime son doute, son angoisse, sa peur à propos de sa nouvelle charge de roi.
    Mais dans un deuxième temps, il exprime également qu'il a le désir d'assumer cette tâche, c'est pourquoi il demande l'intelligence d'un esprit ouvert pour être capable de régner sur ce peuple nombreux. Il ne se dérobe pas.
    Le rêve est donc révélateur de nos ambiguïtés, de nos ambivalences, de nos sentiments d'incapacités en même temps que de nos aspirations à bien faire. Les deux aspects sont donc présents en filigrane dans ce rêve : l'humilité face à la réalité ressentie de nos maigres ressources et la confiance de recevoir les forces pour arriver à l'idéal espéré.
    L'apôtre Paul a mis en évidence (Rm 7) cette ambivalence qui nous habite tous, entre notre volonté de faire le bien et les forces qui nous retiennent ou nous en empêchent. Nous sommes constamment  tiraillés entre cette force de vie, cette force créatrice, tournée vers le haut et le bien et ces résistances, en nous, qui nous freinent ou nous bloquent. Ces résistances qu'on peut entendre nous chuchoter à l'oreille : tu n'y arriveras pas; tu n'en es pas capable, tu n'es qu'un imposteur…
    Mais le rêve de Salomon ne s'arrête pas là. Il y surgit la parole divine qui approuve la demande de Salomon et appuie la force de vie, la force créatrice et fait taire les voix du doute. Dieu approuve la demande de Salomon. Comme promis, Dieu donne ce qui est demandé, mais plus encore, il donne même ce qui n'a pas été demandé.
    Dieu entend l'ambivalence de nos désirs et de nos peurs, mais il se montre généreux avec nous, il donne de surcroît. Il encourage en nous nos aspirations les plus hautes. Il nous donne les moyens et les ressources dont nous avons besoin pour assumer nos tâches.
    Le rêve de Salomon, Dieu le réalise. De quoi rêvons-nous ? Quels projets allons-nous placer devant la générosité de Dieu pour recevoir l'appui qu'il nous promet ? Nous pouvons faire confiance dans la générosité de Dieu, il fait taire nos doutes et appuie notre force créatrice. Confions lui nos projets.
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2011

  • 1 Samuel 24. David sort d'une situation sans issue.

    1 Samuel 24
    3.10.2010
    David sort d'une situation sans issue.

    Télécharger la prédication : P-2010-10-03.pdf


    1 S 24 : 1-8,  1 S 24 : 9-12+17-20,  Jn 13 : 34-35


    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Petit plongeon dans l'Ancien Testament ce matin avec cet épisode de la lutte entre Saül et David. Je rappelle brièvement le contexte pour comprendre cette situation, puis nous verrons qu'au delà de l'Histoire, ce récit nous dit des choses importantes pour nous et notre époque.
    Le récit nous reporte au début de la royauté en Israël. Le peuple a demandé d'être gouverné par un roi — comme les autres nations. Le prophète Samuel a consulté Dieu et Saül a été désigné comme premier roi d'Israël. Mais Saül prend des chemins de traverse et se détourne de Dieu, de sorte que Dieu lui retire son appui et choisit le jeune David comme futur successeur. David est d'abord au service de Saül, mais ce dernier le voit grandir en force et en autorité, il prend peur et cherche à le tuer. David s'enfuit et Saül le pourchasse pour le tuer.
    C'est dans ces circonstances que la rencontre que nous avons entendue se produit. Saül est parti avec la détermination de tuer David. Dans cette grotte, Saül était désarmé, à la merci de David et de ses compagnons. Pourtant, David renonce à profiter de son avantage, il laisse la vie sauve à Saül, mais s'arrange pour lui faire connaître son geste et discuter avec lui.
    C'est cette rencontre, et ce qui se passe dans le cœur, la tête et les mains de David, qui m'intéresse et qui me semble nous donner une leçon de vie. Il se passe quelque chose à trois niveaux : au niveau personnel, interpersonnel et universel. Nous allons voir un à un chacun de ces niveaux.
    Premier niveau, le niveau personnel. C'est ce qui se passe chez David, dans son corps, dans son cœur et dans sa tête. Vous l'imaginez : il est caché dans une grotte avec ses compagnons de lutte. C'est un homme pourchassé par Saül et son armée de 3'000 hommes. Et voilà que son bourreau se présente devant lui, en ombre chinoise sur l'ouverture de la caverne. Saül dépose son manteau, s'accroupit, certainement dos à l'obscurité de la caverne pour regarder la lumière de l'entrée, pour surveiller que personne ne vient de l'extérieur.
    David est là, dans son dos, l'épée à la main. Il n'a qu'un geste à faire pour mettre fin à toute cette poursuite, à toute cette persécution. David a tous ses compagnons derrière lui — et il sait ce qu'ils pensent : "Vas-y, tue ton ennemi. S'il est là c'est que Dieu lui-même l'a mis à ta portée pour t'en débarrasser…"
    Et le texte nous dit : "Le cœur de David se mit à battre très fort." Vous imaginez l'émotion. Vous imaginez l'envie ! Un geste et finis les soucis, finis les ennuis. Un geste et David est roi d'Israël, il sera aux commandes, pas juste l'éventuel futur roi.
    Eh bien, David vit cette émotion, mais ne se laisse pas dominer par elle. Il l'accepte, mais il refuse de se laisser diriger par elle.
    Dieu lui a promis la royauté. David fait confiance en Dieu pour la lui donner, pas pour la prendre. David choisit le contrôle de lui-même et renonce à la voie de la facilité. En grand chef, il maîtrise aussi ses troupes. Il coupe juste un pan du manteau de Saül comme preuve de son renoncement à tuer.
    Quand Saül est sorti de la caverne, David sort après lui et lui explique ce qui vient de se passer. Si David avait tué Saül, il n'y aurait pas ce dialogue. Le renoncement de David permet le passage au deuxième niveau : le niveau interpersonnel.
    A ce niveau interpersonnel, Saül et David étaient bloqués dans un schéma relationnel qu'on appelle "bourreau-victime" ou "persécuteur-victime." Dans la vision de Saül, il est lui-même victime. Puisque David va lui prendre la couronne, David est le bourreau. Pour échapper à ce rôle de victime, Saül pourchasse David, il inverse donc les rôles, mais ne sort pas du schéma "persécuteur-victime."
    Par son geste dans la caverne, David fait éclater le schéma, il ouvre une porte de sortie. C'est comme s'il disait à Saül : "Regarde, j'ai renoncé être ton bourreau, sors de ton rôle de victime et nous pourrons vivre côte à côte en bons termes. Je ne te veux pas de mal, tu peux arrêter sans risque de me pourchasser.
    Qu'est-ce qui permet à David de trouver cette troisième voie ? C'est le troisième niveau : le niveau universel ou divin. Dans le texte, c'est le respect dû au roi choisi par Dieu qui anime David. Plus largement, c'est la confiance qu'a David dans l'idée que sa vie est entre les mains de Dieu et que c'est Dieu qui va faire advenir ce qui lui est promis.
    Avec cette confiance fondamentale, pas besoin de tout faire — et faire n'importe quoi — pour faire avancer ses pions. Tous les gestes, tous les mouvements doivent être en accord avec le but, avec la volonté divine.  
    Visiblement, David a pour principe de ne pas rendre le mal pour le mal. Dans ce sens, David est bien une figure messianique. Il anticipe, dans ce principe, ce que Jésus a porté à son comble : toujours opposer l'amour au mal. Rendre le bien pour le mal qu'on vous fait.
    Dans le texte, cela est mis en évidence dans le dialogue entre David et ses compagnons d'armes. Ceux-ci disent à David : "Voici le moment annoncé par le Seigneur : il te livrera ton ennemi." Les compagnons d'armes de David lisent la situation comme "Dieu te donne l'opportunité de tuer ton ennemi." Mais David a une certaine idée de Dieu qui n'est pas un Dieu qui tue, mais un Dieu qui donne la vie.
    David est messianique parce qu'il voit Dieu comme Jésus nous le décrira 1'000 ans plus tard, comme un Dieu d'amour. David a déjà ce filtre pour interpréter les situations : "Aimez-vous les uns les autres, il faut que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimé." (Jn 13:34)
    Il n'y a rien de plus dangereux dans notre monde actuel que les gens qui savent ce que Dieu veut, au plan géopolitique, et qui disent que Dieu veut la mort de tel ou tel.
    David nous enseigne que les circonstances ne nous disent rien — ni en blanc, ni en noir —sur ce que nous devons faire. Nous devons nous équiper d'un filtre qui nous permette de comprendre ce que Dieu veut de nous. Et dans le christianisme, ce filtre et celui du commandement nouveau, celui de l'amour.
    Toute situation, tout verset biblique, toute action doit être passée à ce filtre. Toute autre interprétation que celle du respect et de l'amour doit être retenue par ce filtre, pour ne laisser passer que des gestes, des actions qui augmentent la paix dans le monde. A la manière du geste de David qui nous sort du cercle et du schéma de la violence.
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2010

  • 1 Samuel 3. Rencontrer Dieu et devenir libre

    1 Samuel 3    11.11.2007
    Rencontrer Dieu et devenir libre
    1 S 3 : 1-10    Mt 4 : 18-23    Jn 8 : 31-36

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    "Samuel ne connaissait pas encore personnellement le Seigneur, car celui-ci ne lui avait jamais parlé directement jusqu'alors." (1 S 3:7)
    Cela fait quelques années que Samuel fait son apprentissage de servant dans le Temple avec le vieux prêtre Héli (à ne pas confondre avec le prophète Elie qui viendra plus tard). Samuel a entendu parler du Dieu qu'il sert dans ce Temple, comme beaucoup de monde aujourd'hui a entendu parler du Dieu dont on parle dans les Eglises.  Mais ils ne se sont jamais rencontrés personnellement.
    Dieu n'aime pas rester un inconnu à distance, juste quelqu'un dont on a entendu parler. Dieu aime rencontrer des personnes et c'est pourquoi il appelle, il interpelle Samuel, des disciples, et pourquoi pas, chacun d'entre nous.
    Dieu nous appelle, Dieu nous interpelle, il nous lance un appel à le rencontrer, à entrer dans une communication personnelle. Dieu nous appelle par notre prénom pour une conversation en tête à tête, pour faire connaissance et commencer un chemin ensemble.
    Comme on l'a vu dans le récit de Samuel, l'interpellation n'est pas toujours facile à déchiffrer. Ce qui est absolument clair, c'est qui est appelé. Samuel entend clairement son nom. Il est appelé. Et trois fois de suite, il court vers celui qui prend soin de lui, le vieux prêtre Héli. "Tu m'as appelé, je suis là."
    L'appel résonne en lui, l'appel résonne en nous, nous sommes appelés. Mais qui nous appelle ? Qui appelle Samuel ? Ce n'est qu'au troisième appel qu'Héli pense à aller regarder au-delà de la réalité première, de l'apparence des choses. Il pense enfin à l'impossible qui est pourtant la raison de son ministère et du lieu où il habite : Et si c'était Dieu ?
    La voix de Dieu passe toujours par des chemins très humains, de telle sorte qu'il faut écouter au-delà des sons, voir au-delà du visible, et surtout — le plus souvent — avoir quelqu'un qui vous met sur la piste.
    Combien de fois avons-nous déjà été appelés, mais sans entendre, sans comprendre, sans avoir quelqu'un qui nous dise : prend cette parole, cette rencontre au sérieux, écoute cette voix. Aujourd'hui, on aime dire : "Il n'y a pas de hasard dans nos rencontres." C'est de cet ordre-là.
    Savons-nous, comme parents, mettre nos enfants sur cette voie de l'écoute, de l'appel de Dieu ? Cet appel se manifeste dans toutes nos questions sur le sens de la vie, pour les jeunes au moment de choisir une voie scolaire, une orientation professionnelle. Pour nous adultes, lors d'une réorientation ou lors d'une maladie ou la perte d'un être cher. Toujours revient l'appel : "quel sens a cette vie, ma vie ?
    Cet appel nous tire de notre sommeil, nous oblige à lever le nez du guidon, à relever les yeux que nous avions rivés au sol de nos inquiétudes matérielles. N'y a-t-il rien d'autre que ma routine, que ma soif d'être établi dans ma famille, dans ma villa, dans ma carrière ?
    Dieu appelle Samuel, les disciples, comme il a appelé Abraham à quitter sa sécurité pour partir à l'aventure vers une terre promise. Bien sûr, cet appel n'est pas un appel au voyage géographique, mais au voyage intérieur, un voyage à la rencontre de soi-même et des autres.
    Dieu nous appelle à sortir de notre sommeil : Lève les yeux, ose, avance ! Va chercher ta vérité intérieure, cherche qui tu es et vis ainsi ta propre vie.
    Jésus dit : "la vérité vous rendra libres" (Jn 8:32). Chercher sa vérité intérieure, c'est se demander, lorsqu'on parle, lorsqu'on agit : cela reflète-t-il vraiment la personne que je suis ? Nous sommes libres lorsque nos paroles et nos gestes reflètent exactement à l'extérieur ce que nous sommes à l'intérieur. Chaque fois que nous agissons de sorte que tel et tel, ou tel groupe (d'amis, de copains, de collègues) soit content de nous, alors nous sommes dans un processus d'adaptation à l'autre et nous abdiquons notre liberté.
    Je crois que beaucoup de jeunes mettent plein de jurons dans leurs phrases pour être acceptés dans leur groupe, pour faire comme les autres. Mais ce n'est pas un signe de liberté. Je crois que beaucoup d'adultes se plient aussi à toutes sortes de règles pour se faire accepter. C'est pareil. Nous zigzaguons dans nos vies au gré des modes et des tendances, plutôt que d'entendre l'appel de Dieu à suivre et développer notre vérité intérieure devant lui.
    On appelle aussi cette recherche et cet accomplissement : la vocation. Dieu nous appelle à devenir pleinement nous-mêmes. Il n'a pas de moule dans lequel nous faire rentrer. Il a juste un appel à nous transmettre: lève les yeux au-dessus de ton horizon, ne garde pas les yeux baissés sur tes pieds, regarde toute ta route, le point de l'horizon vers lequel tu vas orienter ta vie.
    Comme adultes nous sommes appelés à cela et notre vie est plus courte que celle de nos enfants Et comme enfants, comme jeunes, vous recevez également cet appel, comme le jeune Samuel. Tous nous pouvons sortir de notre routine, de nos enfermements, écarter les barrières que nous avons mis nous-mêmes sur notre chemin pour répondre à cet appel.
    Comme il s'agit d'un appel à la rencontre de soi, des autres et de Dieu, il n'y a pas de barrières physiques, que nos barrières intérieures. Il n'y a pas de limites aux relations humaines, il n'y a pas de limites aux rencontres possibles, il n'y a pas de limites aux découvertes. Pas besoin de voyager, d'aller loin, d'avoir de l'argent. Il s'agit simplement de s'ouvrir à soi-même, de s'ouvrir aux autres, de s'ouvrir à l'appel de Dieu : recevoir sa Parole, l'écouter nous appeler.
    Dès ce moment-là, Dieu ne sera plus un inconnu, un anonyme pour nous. Dieu devient alors un compagnon de route, un guide, un ami.
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2007

  • 1 Samuel 16. Dieu choisit celui qui a tendance à être exclu.

    1 Sam 16 : 4-13    8.11.98
    Dieu choisit celui qui a tendance à être exclu.       
    1 Sam 16 : 4-13    Ps 118 : 1-4 + 21-23    1 P 2 : 4-6


    Le roi Saül a fortement déplu à Dieu. Aussi, Dieu décide-t-il de préparer la succession de Saül. Il charge le prophète Samuel de désigner, d'oindre le futur roi. Étonnamment, Dieu n'annonce pas à Samuel le nom du futur roi, il lui dit seulement de quelle famille il fait partie. A Samuel de découvrir lequel des huit fils de Jessé Dieu s'est choisi !
    C'est ce processus de choix qui me semble important, porteur d'indications précieuses pour nous, pour réfléchir au thème de l'exclusion. Vous savez que le thème de la Campagne d'automne de l'EPER (entraide protestante) est le refus de l'exclusion : Exclu... c'est exclu !
    Dans notre vie quotidienne, nous sommes constamment confrontés à des situations où nous devons faire des choix. Et chaque fois que nous choisissons quelque chose, nous excluons autre chose. Le choix et l'exclusion vont de pair... Parler de l'exclusion, c'est aussi parler de nos choix et vice versa. On ne peut pas ne pas choisir (parce qu'on ne peut tout avoir), on ne peut donc pas non plus éviter d'exclure !
    Ce que nous avons à faire, c'est penser à nos critères de choix et d'exclusion. Pourquoi choisir ou exclure cela ? Quelles sont les conséquences de mes choix et de mes exclusions ? A première vue, lorsqu'il est question de produits, de marchandises, cela n'a pas beaucoup d'importance. Sauf lorsqu'on se met à penser à qui les produit, qui est derrière les marchandises que nous consommons, de quelle façon sont-elles  fabriquées ?
    En effet, la question du choix et de l'exclusion se manifeste de manière plus vive, plus cruciale lorsqu'il s'agit de personnes. Et ce sont bien les personnes que vise la Campagne de l'EPER.
    Revenons donc à Samuel qui doit exécuter le choix de Dieu. Il prépare une cérémonie pour oindre le nouveau roi et il invite tous les fils de Jessé. Au premier coup d'oeil, il repère l'aîné, Eliab. Voilà un garçon brillant, un homme bien fait, il a belle allure, il ferait un roi plein de prestance ! Ce doit être lui, se dit Samuel. Mais Dieu lui souffle que non. Et tous les fils de Jessé présents défilent. Mais le futur roi n'est pas parmi eux. Surprise, panique... Y en a-t-il un autre ? Oui, il y en a bien encore un, mais il est aux champs. C'est le petit dernier... on y a pas pensé... il est encore jeune... un peu rêveur... musicien...
    Pourquoi David est-il aux champs ? Pourquoi n'est-il pas présent, alors que toute la famille avait été appelée à participer à cette cérémonie. Je vois deux réponses possibles :
    1) David n'a tout simplement pas reçu le message, l'invitation. Personne ne pensait que ce petit ("ce petit prétentieux, cet espèce de vaurien" dira Eliab, le frère aîné au chapitre suivant : 1 S 17:28) méritait d'être invité à cette cérémonie d'adultes. Samuel est venu chercher quelqu'un pour une mission d'importance. Aux yeux de la famille, cela ne pouvait pas concerner David. Il a été exclu d'office, automatiquement par sa famille. "Tiens on n'avait pas pensé à toi !", "Tu es trop petit, toi!". Voilà des paroles d'exclusion qui peuvent faire mal.
    2) David a reçu le message, il a entendu, comme les autres que Samuel cherchait quelqu'un pour une mission importante, mais il a pensé : "cela ne peut pas me concerner, moi !","je suis trop petit, trop jeune, ou trop inexpérimenté". David a intériorisé le message familial, au point que plus personne n'a besoin de lui dire quoi que ce soit : le message s'imprime tout seul.
    David, ou vous, ou moi, s'exclut par lui-même, parce qu'il n'a pas confiance en lui-même, parce qu'il n'est pas conscient de sa valeur. De quand date la dernière confirmation de sa valeur qu'il ait reçue ?
    Que ce soit par une exclusion extérieure ou intérieure, David est d'abord absent, exclu. Mais le voeu de Dieu, c'est qu'on l'envoie chercher. En effet, celui que tout le monde écartait, c'est celui que Dieu s'est choisi.

    "La pierre que les bâtisseurs avaient écartée est devenue (par la volonté de Dieu) la pierre principale" (Ps 118:22)
    Celui qui allait être écarté, c'est celui qui va recevoir l'onction, qui va être oint. Ce terme "oint" se dit CHRIST en grec. Jésus le Christ, fils de David est celui qui a été rejeté par tous sur la croix, mais que Dieu s'est mystérieusement choisi pour se révéler.
    Dieu ne suit donc pas les modes, les apparences comme les hommes. En effet, Dieu dit à Samuel:

    "Je ne juge pas de la même manière que les hommes; les hommes s'arrêtent aux apparences, mais moi je vais jusqu'au fond des coeurs." (1 S 16:7)
    Dieu nous regarde au-delà de nos façades, de nos masques, des attitudes que nous nous donnons. Il voit jusqu'au fond de nous-mêmes et il voit ce qu'il y a de plus humain en nous, de plus aimable en nous.
    C'est ainsi qu'il peut faire d'Israël son peuple, des habitants de Villars-Ste-Croix et Bussigny son Eglise. Dieu ne rassemble pas ceux qui semblent les meilleurs, les plus talentueux, les plus qualifiés comme le ferait un patron d'entreprise. Non, Dieu va chercher ceux qui n'ont pas été désirés, ceux qui ont été mis de côté, exclus d'office, pour les rassembler et en faire son peuple, parce qu'il sait qu'en chacun de nous il y a un être de valeur qui va pouvoir déployer ses talents comme David contre Goliath.
    Ayant été rappelés des champs pour devenir des rois, comme David, nous pouvons à notre tour regarder toute personne avec un nouveau regard — qui vient de Dieu — qui embrasse tout le monde, et voir en chacun un être digne de valeur et pleinement aimable.
    La Campagne de l'EPER — Exclu... c'est exclu ! — nous invite à adopter le même regard que Dieu, le regard de l'inclusion, de l'accueil afin que l'oublié, le rejeté ait une vraie place parmi nous.
    Amen
    © 2007, Jean-Marie Thévoz