26.01.2008
Ephésiens 4. Unité dans la diversité, déjà en Dieu
13.1.2008
Gn 18 : 1-5 Matthieu 3 : 13-17 Ephésiens 4 : 3-6
Chères paroissiennes, chers paroissiens, chers catéchumènes,
Il y a 15 jours, 40'000 jeunes se réunissaient à Palexpo-Genève pour vivre une expérience de foi autour des frères de Taizé. Ces jeunes venaient de toute l'Europe, mais en majorité des pays de l'Est. Accueillis dans nos paroisses, dans nos familles, ces jeunes, catholiques, orthodoxes ou protestants, partageaient une quête spirituelle, de confiance et de paix.
Ils se sont rassemblés au-delà des frontières que tracent autant nos pays que nos Eglises. Je les ai vu réaliser cette parole de la lettre aux Ephésiens : "Efforcez-vous de maintenir l'unité que donne l'Esprit-Saint, par la paix qui vous lie les uns aux autres." (Eph 4:3)
Cette unité se voyait dans l'état d'esprit — pacifique et joyeux — de ces jeunes, sans qu'ils ne renoncent à leurs différences, à leur diversité. Unité dans la diversité ! Est-ce possible dans notre façon de vivre le christianisme ?
J'aimerais parier que c'est possible ! Je pense que c'est possible, parce que cette unité et cette diversité existent déjà en Dieu lui-même !
Ce même texte de la lettre aux Ephésiens nous décrit Dieu ainsi : "Un seul Saint-Esprit, un seul Seigneur (Jésus), un seul Dieu, le Père de tous." (Eph 4:4-6) Unité de Dieu, dans une diversité des expressions, des "extériorisations" de Dieu.
Cette diversité est déjà présente, de la même façon, dans le récit du baptême de Jésus. Jésus reçoit le baptême des mains de Jean-Baptiste, puis l'Esprit de Dieu descend sur Jésus, la voix du Père déclare — du ciel : celui-ci est mon Fils bien-aimé (Mt 3:16). Esprit, Père, Fils. Père, Fils, Saint-Esprit. Dieu unique manifesté en trois personnes, en trois modalités.
A. Dans le christianisme, il y a ce qu'on partage avec toutes les religions : un Dieu transcendant, c'est-à-dire un Dieu qui est au-dessus de tout, différent, supérieur à tout ce qu'on rencontre sur la terre. C'est de lui qu'on dit qu'il est "au ciel", qu'il est "l'être suprême". C'est Dieu, Père et créateur.
B. Mais ce qui est particulier dans le christianisme, ce qui nous est propre, c'est que ce Dieu Tout-Autre — complètement différent et au-dessus de nous — a décidé de quitter le ciel pour descendre sur la terre. Il n'a pas seulement jeté un œil sur la terre et notre vie, il a vécu une vie d'être humain, de la naissance à la mort, y compris. Dieu marque sa volonté de proximité avec nous.
C'est ce qui fait le cœur du christianisme : cet homme Jésus est le Christ, le Messie, plus encore, le Fils de Dieu, c'est-à-dire celui qui est vraiment de la même substance, de la même essence, du même être que Dieu. Pas seulement un homme inspiré, pas seulement un prophète plus proche de Dieu, vraiment Dieu lui-même dans la peau d'un homme. C'est Dieu le Fils, Jésus, le Seigneur.
C. Et puis, on nous parle de l'Esprit ou du Saint-Esprit. Pourquoi cette troisième personne, cette troisième modalité ? Le Saint-Esprit, c'est la présence actuelle de Dieu, la forme sous laquelle Dieu est présent pour nous aujourd'hui. Jésus de Nazareth n'est plus là en tant qu'homme. Dieu créateur ne nous est pas accessible tant sa grandeur nous dépasse et nous écraserait. Dieu est présent maintenant sous la forme de son Esprit C'est lui qui nous permet de comprendre, de saisir Dieu. C'est lui qui fait le lien entre Dieu et nous.
Dans le baptême de Jésus, il apparaît sous l'image d'une colombe; à Noël, sous la forme des anges; à Abraham, sous la forme de trois personnages qui lui rendent visite. L'Esprit-Saint est ce qui nous relie à Dieu aujourd'hui.
Dieu sous ces trois formes, ce n'est pas un article de foi que nous sommes obligés d'apprendre et de croire. C'est aussi une réalité à vivre.
Quand j'ai besoin de protection, Dieu est Père, il dit la Loi qui protège le faible, qui trace et délimite ce qui tue et ce qui fait vivre. Il bénit et nourrit notre vie spirituelle.
Quand j'ai besoin de compréhension, Dieu est homme, homme souffrant en Jésus, plein de compassion, d'empathie. Il encourage, il soutient, il soulage, il pardonne.
Quand j'ai besoin d'agir, Dieu est Saint-Esprit, il me fait comprendre les situations, trouver les repères, mobiliser mes forces dans la bonne direction.
Dieu est un, mais il est aussi divers pour nous apporter ce dont nous avons besoin dans chaque situation de notre vie. C'est une des richesses du christianisme de pouvoir conjuguer aussi bien l'unité que la diversité.
C'est pourquoi 40'000 jeunes, de provenances diverses, de langues diverses, de confessions diverses ont pu partager ensemble et dans le même esprit ces quatre jours de pèlerinage de confiance à Genève, autour des frères de Taizé.
Pour continuer dans cette ligne d'unité dans la diversité, gardons le message que la voix du Père prononce lors du baptême de Jésus — et qu'il répète à chacun d'entre nous : "Tu es mon enfant bien-aimé, je mets en toi toute ma joie." (Mt 3:17)
Amen
© Jean-Marie Thévoz, 2008
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02.10.2007
1 Corinthiens 10. Un choix à faire
1 Co 10
26.9.1999
Ouverture du catéchisme : Un choix à faire
2 Rois 4 : 38-41 1 Co 10 : 23-26 Mt 13 : 47-48
Chers catéchumènes, chers parents, Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Vous êtes plutôt : Swisscom ou Sunrise. Nokia ou Panasonic. PDC ou radical. Cardinal ou Campari. Yes or No ? Voilà les choix que nous proposent les affiches publicitaires qu'on voit maintenant dans nos rues.
Combien de choix sommes-nous appelés à faire tous les jours ? Des petits choix qui ne portent pas à conséquences, jusqu'à des choix qui nous engagent, certains choix pour l'existence entière... Nous vivons dans une société du choix, dans une société où il faut constamment choisir. Et nous voulons du choix, nous préférons la carte au menu. Ne voyons pas cela sous un angle négatif, cela nous donne du pouvoir, une possibilité d'exercer notre liberté.
Le problème, c'est aussi que les choix deviennent de plus en plus complexes : que choisir ? Vous voulez plutôt du boeuf ou du poulet pour midi ?
"La soupe est empoisonnée" crient les convives autour de la marmite du prophète (2 R 4: 40). Voilà, en ce temps lointain, la famine régnait dans ce pays. Un homme a été chargé de faire à manger. Alors, il est parti dans la campagne, voir ce qu'il pourrait trouver à manger. La première chose qui ressemblait à un légume lui a convenu. Il en a fait son menu.
Choisir comporte donc aussi des risques. Celui qui va à la cueillette des champignons les soumet à un spécialiste avant de les manger. Le tri de ce qui est bon ou mauvais pour nous est essentiel. Nous commençons à regarder de près ce que nous mettons dans notre assiette, et par les temps qui courent cela vaut mieux, même si c'est plutôt difficile avec le peu d'informations qu'on nous donne. Nous contrôlons aussi bien que faire se peut le contenu de notre assiette.
Mettons-nous la même attention à vérifier ce que notre cerveau avale ? Ce qui nourrit notre esprit ou notre âme ? Nous avons vu qu'à la source de la vache folle et du poulet à la dioxine, il y avait une course effrénée au profit, sans égard pour les consommateurs. En est-il différemment avec la publicité, avec les films ou les idéologies qui nous matraquent, dans la rue ou sur nos écrans ?
Mon idée n'est pas qu'il faudrait commencer à censurer, à interdire, etc. Par contre, il est urgent de réfléchir à notre façon de choisir et peut-être même : apprendre à faire des choix.
* * *
Le christianisme est une religion de la liberté. Cela a commencé avec la liberté des personnes dans le judaïsme, avec la libération des hébreux et la sortie d'Egypte. Ceux qui ont vu le film "Le prince d'Egypte" voient de quoi je parle. Cette libération s'est accompagnée du don de la loi, comme mode d'emploi et de sauvegarde de cette liberté. La loi énonce en premier lieu des repères pour que je sois protégé. Ainsi, l'interdit de tuer est d'abord l'interdit vis-à-vis des autres de me tuer, donc le droit de vivre pour exercer ma liberté. Ensuite, la réciproque est évidente.
Vous avez entendu l'apôtre Paul dire "Tout est permis, mais tout n'est pas utile, tout n'est pas constructif" (1 Co 10:23) C'est une liberté énorme que donne Paul dans un monde plein de tabou, notamment alimentaires. Le but de la loi n'est pas l'obéissance à la loi, mais le respect de tout humain. C'est un bouleversement dans le monde gréco-romain où les limites étaient les dieux, de placer l'être humain au centre. Aujourd'hui aussi c'est un bouleversement sérieux de dire : c'est le respect de l'être humain qui doit être le repère central de toute activité humaine. On est plus habitué à entendre parler des contraintes de l'économie, de la concurrence, de la survie de l'entreprise, au point qu'on place ces contraintes au-dessus du sort de l'être humain.
* * *
Chers catéchumènes,
Vous entrez dans l'adolescence, un âge où l'on est confronté à de nombreux changements et à de nombreux choix. Vous allez devoir trier parmi tout ce que le monde vous propose. Vous allez réaliser que toutes les propositions ne sont pas offertes dans votre intérêt, mais visent d'autres intérêts que les vôtres. Vous pouvez vous préparer, apprendre à faire ces choix, comme un spécialiste apprend à distinguer les champignons qui se mangent de ceux qui empoisonnent. Vous pouvez vous préparer en faisant un premier choix qui guidera les choix suivants. Ce premier choix, c'est : vais-je construire ma vie avec ou sans Dieu ? Vais-je construire ma vie avec les repères, le soutien et l'amour que Dieu donne ou vais-je construire ma vie seul, selon mes intuitions, en créant ma propre loi.
Vous allez commencer le catéchisme pour découvrir cette offre de Dieu de construire une vie avec lui pour guide et compagnon. Je suis réaliste, ce n'est pas la seule proposition de style de vie que vous recevez, mais j'espère que ce temps de catéchisme vous permettra de collecter suffisamment d'informations pour faire votre choix, un choix libre et informé.
Depuis votre naissance, il y a une place pour vous, — une place réservée — dans le coeur de Dieu. Il a des projets de bonheur et de vie heureuse pour vous. Profitez de ce temps de catéchisme pour venir à sa rencontre, à sa découverte et enraciner votre vie dans du solide.
Amen
© Jean-Marie Thévoz, 2007
15:35 Publié dans p) Epitres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bible, Bussigny, paroisse, Jean-Marie Thévoz, Christianisme, Prédication, Spiritualité
28.07.2007
Romains 8. La justification par la foi (II) : Nous sommes libérés du souci de nous-mêmes.
Romains 8
9.11.2003
La justification par la foi (II) : Nous sommes libérés du souci de nous-mêmes.
Rm 8 : 1-4 Eph 5 : 1-2 + 8-11
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Dimanche dernier, dimanche de commémoration de la Réforme, j'ai parlé de la signification de la justification par la foi du chrétien. Le terme "justification par la foi" signifie que notre valeur — aux yeux de Dieu et des humains — ne dépend pas de nos succès ou de nos échecs, de ce que nous faisons ou ne faisons pas, mais provient de Dieu lui-même, de son amour inconditionnel pour nous.
Nous ne sommes plus sous la pression de l'exigence inatteignable de la Loi ou des contraintes sociales, des impératifs de modes ou du regard des autres.
L'exigence de faire quelque chose pour être quelqu'un aux yeux de Dieu ayant disparu, se pose la question : cela ne conduit-il pas au laisser-aller, au désengagement, voire ouvre la porte à toute immoralité ?
Historiquement, le protestantisme ne s'est pas engagé dans cette voie-là — au contraire ! On a suffisamment reproché au protestantisme sa rigueur, son sérieux, son puritanisme, son sens des responsabilité, voire la culpabilisation de ses fidèles. Comme si l'exigence qui a été chassé par la porte était revenue par la fenêtre !
Comment a-t-on pu obtenir autant de rigueur, de responsabilisation et d'engagement, tout en ayant congédié l'exigence ?
Je vais passer par un exemple, un peu terre à terre, mais que tous connaissent, celui de la circulation routière. Se passer de la peur du gendarme et obtenir les mêmes résultats, c'est le rêve de la prévention routière. Comment faire pour que les automobilistes respectent, par exemple, les limitations de vitesse ? On peut multiplier les contrôles, les amendes, etc... jusqu'à ce que chacun ait compris qu'il y a trop de risques de se faire prendre et punir. Ou alors... faire comprendre à chacun qu'il y va de sa propre vie (de son salut) et que la loi est là — non pour l'embêter — mais pour son avantage. Faire de l'automobiliste un être responsable, non par contrainte, mais par choix personnel.
Je reviens à la théologie. Avec la justification par la foi en Jésus-Christ, Dieu, qui représente la loi, offre à l'être humain de le regarder non pas comme celui qui contraint, mais comme celui qui sauve, celui qui nous est favorable. La foi est une conversion de notre regard sur Dieu. A travers Jésus-Christ, Dieu s'offre comme celui qui est toujours de notre côté, le Dieu amour et non pas le Dieu juge, accusateur. A travers le crucifié, Dieu nous montre qu'il n'est pas un maître, un chef ou un tyran, mais qu'en s'abaissant, il nous hisse à sa hauteur. C'est pourquoi nous ne sommes plus appelés ses serviteurs, mais ses amis (Jn 15:15).
Dieu a fondamentalement changé notre statut. La parabole du fils perdu et retrouvé (prodigue, Luc 15) l'exprime admirablement. Le fils se considère comme un misérable, lorsqu'il a perdu tout le bien reçu de son père. Il considère que son père ne peut le recevoir que comme un serviteur. Mais le regard du père est autre. Jamais le fils ne sera serviteur, il a toujours sa place d'héritier, quoi qu'il arrive !
Le serviteur est celui qui obéit, par crainte du maître. L'obéissance est une motivation externe, extérieure (comme la peur du gendarme pour l'automobiliste). Mais la motivation de l'employé change lorsqu'il devient un associé dans l'entreprise. Confiez des responsabilités à quelqu'un et il n'obéira plus parce qu'il le doit, mais parce qu'il le veut, parce qu'il a choisi d'assumer ces responsabilités. L'associé est mu par une motivation interne, il sait pourquoi, pour qui il travaille. Paul appelle cette motivation interne le Saint-Esprit. C'est lui qui nous meut lorsqu'il nous habite.
Dieu a donc fait de nous des partenaires, des associés, des amis, même ! Dieu donne à l'être humain les clés du Royaume (Mt 16:19), c'est-à-dire le pouvoir de pardonner. Ce statut et cette responsabilité sont donnés également à tous les chrétiens, c'est ce qu'on appelle le sacerdoce universel.
Pour évoquer ce changement de statut, Paul parle d'un passage de l'obscurité à la lumière :
"Vous étiez autrefois dans l'obscurité; mais maintenant, par votre union avec le Seigneur, vous êtes dans la lumière" (Eph 5:8).
Pourquoi ce changement est-il un passage à la lumière ? Parce qu'il y a une illumination à découvrir que Dieu n'est pas tel qu'on le pensait et à découvrir que nous sommes aussi autres que nous ne le pensions.
Dans la justification par Dieu de notre être et de notre place, il y a une véritable libération ! Nous sommes libérés du souci de nous-mêmes. Libérés du souci de gagner notre propre valeur. Libérés du souci d'affirmer notre être. Libérés du souci de défendre notre place. Notre valeur, notre être, notre place sont garantis par Dieu lui-même.
Alors, nous pouvons nous dé-préoccuper de nous-mêmes ! Nous pouvons abandonner toutes ces petites questions insidieuses qui reviennent sans cesse et nous taraudent : est-ce que j'en ai assez fait ? Suis-je assez bien ? Ne va-t-on pas découvrir qui je suis derrière les apparences que je me donne ? Tout cela est effacé, écarté. Que d'énergie libérée !
Dé-préoccupés de nous-mêmes, nous avons de l'énergie pour nous tourner vers les autres, pour prendre en mains les tâches que Dieu nous confie dans la gestion de son Royaume. Et cette fois, nous ne faisons pas cela pour... plaire à Dieu, pour me faire bien voir, mais parce que... j'ai été promu par Dieu au rang d'associé, d'ami, parce que je suis reconnaissant, parce que j'ai à coeur de faire découvrir cette libération à d'autres autour de moi qui plient sous les exigences du paraître, de la mode, de l'efficacité, etc..., tous nos esclavages modernes.
Comme Paul le dit (et on commence à comprendre mieux son vocabulaire) :
"Maintenant donc, il n'y a plus de condamnation pour ceux qui sont unis à Jésus-Christ. Car la loi de l'Esprit Saint, qui donne la vie par Jésus-Christ, t'a libéré de la loi du péché et de la mort. Dieu a accompli cela pour que les exigences de la loi soient réalisées en nous qui vivons non plus selon notre propre nature, mais selon l'Esprit Saint." (Rm 8:1-2+4)
Vivre selon l'Esprit Saint, c'est donc vivre avec la nouvelle image de Dieu que l'Esprit Saint nous révèle lorsque nous voyons le Christ sur la croix : un Dieu d'amour. C'est donc vivre libérés, dé-préoccupés de nous-mêmes. C'est donc vivre portés par l'amour de Dieu qui nous nourrit et nous réconcilie avec ceux qui nous entourent.
Amen
© Jean-Marie Thévoz, 2007
21:00 Publié dans p) Epitres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bible, Bussigny, paroisse, Jean-Marie Thévoz, Christianisme, Prédication, Spiritualité
27.07.2007
Galates 2. La justification par la foi (I) : Dieu lui-même nous confère notre valeur.
Galates 2
2.11.2003
La justification par la foi (I) : Dieu lui-même nous confère notre valeur.
Ga 2 : 15-16 Ga 5 : 1-6
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Nous vivons aujourd'hui le dimanche de la Réformation, c'est-à-dire un dimanche où nous nous souvenons de nos racines réformées, protestantes. Je pourrais revenir sur les événements historiques de 1517 lorsque Luther a voulu instituer un débat pour réformer son Eglise et la faire revenir à une plus grande pureté évangélique. Ou alors parler de l'imposition de la Réforme dans le canton de Vaud par la puissance bernoise en 1536.
Je préfère laisser de côté aujourd'hui les événements historiques pour rappeler plutôt les principes fondamentaux, les lignes de force qui sous-tendent la pensée protestante. Reste un problème, comment affirmer son protestantisme sans le faire contre le catholicisme ?
Historiquement, il est clair que le protestantisme s'est constitué et développé comme un système de pensée qui voulait transformer et remplacer le catholicisme. Alors deux remarques. Premièrement le catholicisme actuel n'est plus le catholicisme du XVIe siècle. Secondement, le protestantisme n'est pas une pensée, une confession qui a besoin d'un adversaire pour exister. Le protestantisme a une ligne de pensée qui vaut par elle-même et qui garde une grande actualité dans notre monde contemporain. Ce sont quelques aspects de cette ligne de pensée que je vais développer aujourd'hui et dimanche prochain.
Aujourd'hui, je prends comme point de départ cette phrase de l'apôtre Paul :
"nous avons cru en Jésus-Christ, afin d'être reconnus justes à cause de notre foi au Christ et non pour avoir obéi à la Loi." (Ga 2:16)
Il y a deux éléments importants dans cette phrase : "être reconnus justes à cause de notre foi" et "à cause de notre foi au Christ." Deux lignes de force de la pensée protestante : la justification par la foi seule et le salut par Jésus-Christ seul.
Que signifie aujourd'hui — dans notre monde laïc et si peu croyant — "être justifiés par la foi" ou "être reconnu juste" ? Paul opposait cela à l'obéissance à la Loi juive. Les Réformateurs opposaient cela à la vente des indulgences et aux pratiques pénitentielles.
Aujourd'hui, en quoi est-ce une bonne nouvelle que nous soyons "justifiés par la foi" alors que personne ne nous demande d'obéir à la Loi juive ou de payer notre place au paradis ? Nous avons besoin d'une traduction, de nouveaux mots pour exprimer cela. "Etre justifiés par la foi" dans le langage du Nouveau Testament signifie être considérés, avoir de la valeur aux yeux de Dieu ou des humains. Poser la question : par quoi suis-je justifié ? signifie aujourd'hui : qu'est-ce qui me donne ma valeur, mon statut, qu'est-ce qui fait que je vaux quelque chose aux yeux des autres.
Dans notre monde actuel, il y a aussi une pression à justifier de notre valeur, de notre place dans la société. N'entendons-nous pas dire que certains dans notre société "coûtent" trop chers à cause du chômage, de la dépendance ou de l'âge ?
Dans le langage d'entreprise, cela pourrait être votre patron qui vous demande : "Qu'est-ce qui justifie que vous occupiez cette place de travail ?" Traduction : est-ce que vous apportez une valeur à l'entreprise supérieure à votre salaire ? L'employé est justifié par le rendement de son travail dans l'entreprise.
Le protestantisme affirme que nous sommes justifiés par notre foi en Christ, c'est-à-dire que notre valeur ne dépend pas de notre travail (nos bonnes oeuvres) ni de nos qualités, nos capacités, nos compétences. Notre valeur repose sur Dieu seul, sur le Christ seul. C'est son regard qui nous confère notre valeur. Ce n'est pas le regard des autres qui nous donne notre valeur. Notre valeur repose en Dieu.
Vouloir acquérir notre propre valeur, c'est penser qu'il est possible d'être parfait ou au moins supérieur à tous les autres, c'est penser aussi que Dieu ne peut aimer que des êtres parfaits, ou qu'il préfère les meilleurs (meilleurs sur quels critères ??). La valeur de notre personne ne dépend pas du regard des autres (pas besoin d'être jeune et beau pour être aimé); ne dépend pas de nos réussites ou de nos échecs,, il n'y a pas de modèle à atteindre, de paliers à dépasser chaque année.
Notre seul rôle, c'est d'avoir confiance, de croire (au sens fort du terme) que notre valeur nous est bien donnée par Dieu et donnée gratuitement. Pas besoin d'entrer avec Dieu dans une relation de séduction ou de marchandage ! Pas besoin non plus d'intermédiaires entre nous et Dieu pour plaider notre cause. Ce serait un manque de confiance envers Dieu de penser qu'il ne fait pas attention à nous !
Avoir la foi, c'est penser que Dieu ne regarde pas à nos manquements (à nos péchés). Avoir la foi, c'est convertir notre façon de voir Dieu. Il n'est pas "celui qui nous attend au contour pour nous faire des reproches sur nos imperfections." Au contraire, il est celui qui nous accueille, celui qui nous accepte tels que nous sommes, celui qui nous encourage à marcher sur le difficile chemin de la vie.
Dieu n'est pas celui qui vient dans sa toute-puissance écrasante et dont nous devrions avoir peur. Il est celui qui est venu auprès de nous dans la peau du Christ crucifié, dépouillé de tout ce qui pourrait nous faire peur et nous éloigner de lui.
Voilà ce que veut dire "justifiés par la foi au Christ", justifiés par la confiance que nous mettons en la bonté extrême de Dieu envers nous, de son amour inconditionnel à notre égard. La foi s'oppose à la peur, peur d'être jugés, peur de ne pas être à la hauteur, peur de ne pas accomplir les exigences présumées de Dieu.
Sur la croix, Dieu a abandonné toute exigence à notre égard, il nous a simplement offert son amour. Il n'attend rien, sauf que nous le voyons tel qu'il est — un Dieu d'amour — et que nous lui fassions confiance en ceci : c'est lui qui nous garantit la valeur de notre être.
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Si Dieu n'a plus aucune exigence à notre égard (l'obéissance à la Loi est abandonnée) n'est-ce pas la porte ouverte à tous les laisser-aller, à la perte de tous les repères, de toute éthique ?
Pourquoi le protestantisme n'est-il pas tombé dans ce travers ? C'est ce que nous verrons dimanche prochain.
A dimanche prochain...
© Jean-Marie Thévoz, 2007
16:45 Publié dans p) Epitres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bible, Bussigny, paroisse, Jean-Marie Thévoz, Christianisme, Prédication, Spiritualité
06.07.2007
Romains 1. L'apôtre Paul (III) Les relations entre juifs et non-juifs, l'image de l'olivier greffé
Romains 11
20.7.2003
L'apôtre Paul (III) Les relations entre juifs et non-juifs, l'image de l'olivier greffé
Rm 10 : 1-4 Rm 11 : 1-6 Rm 11 : 17-24
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Il y a 15 jours, nous avions vécu avec Paul le Concile de Jérusalem. Un compromis entre Jacques, Pierre et Paul avait été trouvé sur l'obéissance à la Loi qui devait être demandée ou non aux non-juifs — les païens qui devenaient chrétiens. Paul est donc reparti s'occuper des Eglises d'Asie Mineure. Il a étendu son domaine à la Grèce : Thessalonique, Athènes, Corinthe. Le réseau des Eglises fondées ou stimulées par l'apôtre Paul est considérable.
Les voyages se faisaient à pied ou en bateau, ils étaient lents et éprouvants. Alors, Paul se met à écrire des lettres pour rester en contact ou continuer à enseigner certaines communautés. Ces lettres de l'apôtre Paul nous sont conservées (probablement pas toutes) dans le Nouveau Testament. Une de ces lettres est particulière, puisqu'elle s'adresse à une communauté encore inconnue de Paul, c'est la lettre aux Romains. Paul a le projet d'aller un jour dans la capitale de l'empire ! Il prépare le terrain en écrivant à des chrétiens qui s'y trouvent déjà !
Comme cette lettre n'est pas inspirée par des questions précises de la communauté ou des problèmes qui y ont surgi — comme les lettres aux Galates ou aux Corinthiens par. ex. — Paul dessine une fresque de sa compréhension du plan de Dieu pour tous les humains. Nous avons donc là un vrai traité de théologie paulinienne !
Impossible, en une prédication d'en faire le tour. Je ne reteins qu'une question, attachée au vécu de l'apôtre, celle des relations entre juifs et païens. Paul peut le constater au travers de son ministère : les juifs se ferment au message de la bonne nouvelle, mais les païens s'y ouvrent et deviennent de plus en plus nombreux (même si c'est un tout petit pourcentage de la population totale) à embrasser la nouvelle foi.
Pour le juif qu'est Paul — baigné dans l'Ancien Testament, fier d'être juif, membre du peuple d'Israël (Rm 11:1); Israël, l'héritier de la promesse divine, le peuple élu, choisi par Dieu pour le faire connaître au monde, — pour Paul, c'est une blessure, une souffrance de voir son peuple rejeter le Messie annoncé par les Ecritures. Alors, Dieu aurait-il changé son plan ? Dieu aurait-il décidé de rejeter son peuple et de s'en choisir un autre ?
Paul est déchiré lorsqu'il écrit aux Romains : "Frères, ce que je désire de tout mon coeur, et que je demande à Dieu pour les juifs, c'est qu'ils soient sauvés." (Rm 10:1) C'est un problème personnel, mais c'est aussi une question théologique : "Je demande donc: Dieu aurait-il rejeté son peuple ? Paul ne peut que répondre NON ! Et il rappelle que cela s'est déjà produit dans l'histoire d'Israël, qu'il n'y ait plus qu'un poignée, un petit reste de fidèles, mais c'est encore le peuple d'Israël.
Pour Paul, le refus des juifs est lié à une méconnaissance, à un manque d'information d'abord. Les juifs sont plein de zèle, mais ce zèle est mal orienté. Les juifs croient pouvoir se rendre justes devant Dieu alors que c'est impossible — nous avons vu comment l'apôtre en a fait la cruelle expérience dans son rôle de persécuteur — seul Dieu nous rend justes devant lui. Evangéliser, les juifs et les non-juifs, c'est, pour Paul, annoncer cela sans relâche. Dieu seul nous rend juste, la foi c'est de faire cette confiance à Dieu (Rm 10:3). Il faut faire confiance en cette bonté de Dieu.
L'élection du peuple de Dieu n'est pas le fruit de bonnes actions de son peuple, mais uniquement le fuit de la bonté de Dieu (Rm 11:6). L'éloignement des juifs est dû à un manque de foi (Rm 11:20), mais il n'est que temporaire aux yeux de Paul. Et l'apôtre va développer une image magnifique pour expliquer les positions respectives des juifs héritiers de la promesse de toujours et des pagano-chrétiens qui entrent si tardivement et récemment dans cette mouvance.
Paul compare l'histoire d'Israël à un olivier. Dieu est le jardinier qui s'occupe de cet olivier. Cela fait des années — des siècles, des millénaires — que Dieu s'en occupe et donc c'est un olivier cultivé. Ce qui se passe actuellement — pour Paul — c'est que des branches, certaines branches de cet olivier cultivé sont coupées, ôtées de l'arbre. A leur place sont greffées des branches d'olivier sauvage ! Oui, c'est vraiment le monde à l'envers ! De l'olivier sauvage remplace certaines branches d'olivier cultivé, c'est le contraire du bon sens. Mais c'est ce qui arrive et c'est ce qui permet é Paul d'expliquer à chacun quelle est sa vraie place.
Les branches coupées, eh bien, c'est un vrai malheur. Mais ce n'est pas un rejet définitif. Paul spécifie bien que "si les juifs renoncent à leur incrédulité, ils seront greffés là où ils étaient auparavant. Car Dieu a le pouvoir de les greffer de nouveau." (Rm 11:23)
En ce qui concerne les nouveaux venus, les branches d'olivier sauvage greffées, cela appelle à a modestie. Si l'on peut couper les branches établies, c'est aussi possible pour branches greffées. C'est un honneur, c'est une grâce d'être rattaché à la longue histoire du peuple de Dieu. C'est donc un devoir de respecter et d'honorer cette histoire et cette tradition, plus encore, cette tradition est la source de notre croissance. C'est valable pour nous aussi aujourd'hui et nous rappelle que nous n'avons pas à reléguer l'Ancien Testament au rang des antiquités.
L'image de Paul est très forte : "Tu profites maintenant de la racine qui nourrit l'olivier cultivé (...). Ce n'est pas toi qui portes la racine, c'est la racine qui te portes !" (Rm 11:17-18).
Ah, si seulement ces paroles de l'apôtre Paul avaient été plus souvent lues et prêchées au cours des siècles et pendant le XXe siècle, combien les relations entre chrétiens et juifs auraient été meilleures et peut-être n'auraient-elles pas abouti à la shoah. Ces paroles condamnent tout antisémitisme chrétien et interdit tous les reproches faits par les chrétiens contre les juifs d'avoir tué le Christ, d'être un peuple déicide. Tous les humains étaient inclus dans la foule qui criait "Crucifie !" à Jérusalem, comme tous les humains sont accueillis dans le salut offert par Dieu, par grâce au travers de Jésus.
Paul nous livre ici un témoignage de conciliation entre chrétiens et juifs qui doit continuer à nous inspirer aujourd'hui. Malgré cette vision pacificatrice de Paul, nous verrons dimanche prochain comment les autorités de Jérusalem vont tout aire pour qu'il soit condamné à mort par les Romains. Heureusement, Paul dispose d'un joker qui créera un nouveau rebondissement dans son parcours...
(à suivre...)
Jean-Marie Thévoz, 2007
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02.07.2007
Galates 1. L'apôtre Paul (I) De la persécution à la conversion
Galates 1
29.6.2003
L'apôtre Paul (I) De la persécution à la conversion
Ac 22 : 1-11 Ga 1 : 11- 24
Chères paroissiennes, chers paroissiens, chers Amis,
Je commence aujourd'hui une série de quatre prédications sur la vie et la pensée de l'apôtre Paul. Plus du quart du Nouveau Testament nous vient des écrits de Paul, c'est dire son importance, son poids dans la formulation de la pensée chrétienne ! Comprendre mieux le personnage, son cheminement, son parcours, ses succès comme ses échecs ou ses erreurs nous permettrons de mieux comprendre sa pensée et donc nos origines et certainement aussi notre protestantisme !
Paul est né en l'an 8 de notre ère, dans la ville de Tarse en Cilicie, l'actuelle Tarsus en Turquie. Je vais essayer de vous situer cette ville. Si l'on considère que la Méditerranée — à cette extrémité — a une forme de rectangle, délimité en haut par la Turquie, sur le côté par la Syrie, le Liban et Israël et en bas par l'Egypte, alors Tarse se situe près de l'angle supérieur, sur la côte turque.
Il y a dans cette ville, comme dans la plupart des grandes villes du pourtour de la Méditerranée, une communauté juive. L'ensemble de ces communautés forment ce qu'on appelle la "diaspora," les juifs dispersés depuis l'Exil de 587 av. J.-C. Ces communautés, avec leur synagogue, répandues dans tout l'empire romain, joueront un grand rôle dans la vie de Paul.
A sa naissance, il reçoit le nom juif de Shaoul (comme le roi Saül), nom qui sera prononcé Saul, en grec. Le grec est la langue maternelle de Saul, c'est dans cette langue qu'il est scolarisé, c'est-à-dire qu'il commence à apprendre par coeur les textes de l'Ancien Testament. Saul devait manifester de bonnes capacités intellectuelles, car son père l'envoie à l'âge de 15 ans continuer ses études à Jérusalem sous la direction d'un maître réputé : Gamaliel. Il suit la formation des pharisiens, peut-être pour devenir rabbin. Il se familiarise donc avec l'hébreu pour lire l'Ancien Testament dans le texte et l'araméen qui est la langue parlée à Jérusalem.
Etre pharisien, c'est devenir un observateur scrupuleux de la loi divine, pour parvenir à la sainteté. Pour prétendre à la sainteté, il faut obéir à 613 commandements dans sa vie de tous les jours. Cela suppose une discipline extrêmement stricte, une surveillance de tous les instants, pour ne rien oublier et ne rien transgresser.
A cette époque, Saul était fier de ses accomplissements, dans la lettre aux Galates, il écrit :
"Je surpassais bien des compatriotes juifs de mon âge dans la pratique de la religion juive; j'étais beaucoup plus zélé qu'eux pour les traditions de nos ancêtres." (Ga 1:14).
Saul était tellement zélé que lorsqu'une secte commence à faire parler d'elle — notamment au travers d'un certain Etienne qui accuse les pharisiens d'avoir tué le Messie appelé Jésus — il se fait un devoir de chercher à la détruire. Ainsi, Saul approuve la lapidation d'Etienne (Ac 8:1) et se met à pourchasser les chrétiens et à les faire jeter en prison.
De zélateur de sa religion, il devient persécuteur des dissidents. D'adorateur de la loi divine, il devient un fanatique plein de haine contre ceux qui se montrent différents de lui. D'observateur des commandements, il devient un instrument de haine, au nom de Dieu et de sa Loi, prétend-il !
Que dire lorsque l'amour pour Dieu devient haine contre des humains ? Comment Saul peut-il justifier cette dérive ? Il ne le fera pas tant qu'il reste pharisien, mais il n'échappera pas à cette question !
Alors que Saul est en chemin vers Damas pour y persécuter les chrétiens installés là-bas, il vit une expérience qui va littéralement le retourner complètement. Saul est assailli par une question qui lui vient du ciel :
"Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? (Ac 9:4; 22:7; 26:14).
Lui qui a toujours voulu atteindre Dieu, atteindre la sainteté, accomplir la volonté totale de Dieu, lui se retrouve être désigné comme son adversaire, son persécuteur ! Comment en est-il arrivé-là ?
Chaque fois que Paul — dans ses lettres — parle de la Loi, de l'obéissance, il répète que la loi de Dieu est bonne. Le problème n'est pas dans la loi. Le problème est en nous : le péché utilise en nous la loi pour nous faire faire le contraire. Il y a en nous une puissance qui retourne nos efforts à faire le bien en force de destruction, c'est cela que Paul appelle le péché.
Le péché nous rend esclave — on dirait "dépendant" aujourd'hui. Et Saul était esclave / dépendant de la loi pour être heureux, ce qui lui a fait prendre en haine ceux qui n'avaient pas le même amour de la loi. La dépendance à la loi l'a fait haïr tout ce qui devenait un obstacle à son obéissance, et cette haine l'a propulsé directement au coeur de ce qu'il voulait éviter : être loin de Dieu. Pour exprimer ce paradoxe, il dira : "comme esclave du péché (...) je ne fais pas le bien que je veux et je fais le mal que je ne veux pas" (Rm 7:19). Cela ne nous arrive-t-il pas à nous aussi ?
Sur le chemin de Damas, Saul est retourné, il réalise qu'il doit abandonner la loi (extérieure) pour un guide (intérieur) : celui qu'il persécutait jusqu'alors, Jésus-Christ. Qui mieux que Jésus — le juste mis à mort injustement — peut libérer Saul de l'enfermement dans lequel il vit en persécutant celui qu'il voulait aimer ?
La vie de Saul devait être une vie, un modèle de sainteté, elle était devenue une vie de meurtre et de souffrances infligées. Une phrase venue du ciel lui révèle l'impasse dans laquelle il s'est fourvoyé. Il en est foudroyé, sonné, aveugle. Ses compagnons de voyage le prendront en charge pour le conduire à destination, ne comprenant pas ce qui vient de se passer.
Pendant trois jours, Saul reste prostré, sans boire ni manger, dans l'obscurité de son aveuglement. Trois jours comme Jonas, trois jours comme Jésus, avant de recommencer une nouvelle vie...
... mais ça c'est une autre histoire, pour dimanche prochain.
(à suivre...)
© Jean-Marie Thévoz 2007
10:45 Publié dans p) Epitres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bible, Christianisme, Prédication, Spiritualité, Vie Quotidienne, Education, Protestant
30.03.2007
Ephésiens 6. Jésus nous arme pour affronter les épreuves de la vie.
Ephésiens 6
28.3.2004
Jésus nous arme pour affronter les épreuves de la vie.
Mat 7 : 24-27 Eph 6 : 10-19 Luc 22 : 39-46
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Nous avançons vers Pâques, le temps de la Passion, la souffrance et la mort de Jésus, puis sa résurrection mystérieuse. Sur ce chemin, Jésus est avec quelques disciples au Mont-des-Oliviers, dans un lieu appelé Gethsémané. Il fait nuit — au propre comme au figuré — Jésus prend conscience qu'il va affronter la mort et il prie "Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe de douleur" (Lc 22:42).
Nous savons maintenant que rien n'a été épargné à Jésus. Et nous savons et voyons autour de nous que le fait d'être croyant, de prier, de faire du bien autour de soi, n'écarte pas les malheurs de notre route. La foi en Dieu n'est pas une assurance contre les risques, les malheurs, la maladie, les deuils. Alors, "à quoi bon ?" peut-on se demander. Qu'est-ce que cela change d'être chrétien, si les malheurs de la vie sont inévitables ?
L'apôtre Paul nous donne une piste lorsqu'il écrit :
"Saisissez maintenant toutes les armes de Dieu ! Ainsi quand viendra le jour mauvais, vous pourrez résister à l'adversaire et, après avoir combattu jusqu'à la fin, vous tiendrez encore fermement votre position." (Eph 6:13)
Paul, comme nous, sait que l'adversité surgit toujours, un jour ou l'autre. Alors, pour ne pas être abattu, pour tenir debout, il nous invite à nous préparer, à saisir la panoplie de moyens que Dieu met à notre disposition. Le rôle de Dieu n'est pas de nous faire échapper à la vie, mais de nous donner les forces pour l'affronter.
L'évangile est une source de force pour affronter l'adversité, sans se faire balayer, renverser, démolir. Pour nous faire découvrir cela Jésus avait raconté la parabole des maisons construites sur le sable ou sur le roc. Ce roc, c'est l'ensemble des paroles et des actes de Jésus.
Dans sa lettre, Paul utilise une autre image, cette du guerrier qui s'harnache pour le combat, et Paul cite : la ceinture, la cuirasse, les chaussures, le bouclier, le casque et l'épée. Cela, c'est la panoplie du guerrier, mais Paul n'invite pas à la guerre, au djihad, il s'agit de l'évangile de la paix.
La panoplie du chrétien, c'est la vérité, la justice, le zèle à annoncer l'évangile de paix, la foi, le salut et la Parole de Dieu. C'est la vérité pour ceinture qui fait tenir tout l'équipement, qui assure la cohérence entre nos paroles et nos comportement. La justice comme une cuirasse. Le zèle à annoncer l'évangile comme des chaussures qui nous permettent d'avancer, de progresser. La foi comme un bouclier pour se défendre, pour assurer sa sécurité intérieure. Le salut comme un casque qui protège nos pensées, nos décisions. Et finalement, la Parole de Dieu comme une épée, seule arme "offensive", une Parole de Dieu qui se dit dans une parole si désarmante : "Dieu est amour" (1 Jn 4:8).
L'adversaire à combattre — Paul le dit explicitement — n'est pas formé d'êtres humains. Ce sont des puissances, des autorités, des pouvoirs. Ce sont les réalités abstraites qui dirigent la vie des hommes. Et même si, au XXIe siècle, il nous semble que nous avons quitté ce monde magique de puissances célestes, je pense que nous leur avons simplement donné de nouveaux noms.
On ne dit jamais que Monsieur Untel veut licencier 100 ou1'000 personnes. On nous dit : "pour rester concurrentiel, il faut...", "la logique des marchés nous oblige à ...", "la mondialisation veut que...", "la bourse a sanctionné..." Voilà les puissances et les pouvoirs d'aujourd'hui qui décident de milliers de destins humains. L'adversaire, c'est l'adversité qui peut tomber sur quiconque, à n'importe quel moment, sans rapport avec le mérite personnel ou la qualité du travail effectué.
Il en est de même pour la maladie et le deuil. Ces événements arrivent, et lorsqu'ils arrivent, nous ne pouvons pas les changer. Ce qui est en notre pouvoir, de notre ressort, c'est notre façon de les affronter, la façon dont nous les laissons nous affecter.
C'est là que nous avons une responsabilité à prendre — et si possible prendre à l'avance ?
"Saisissez maintenant les armes de Dieu !" (Eph 6:13)
Aujourd'hui nous pouvons construire notre personnalité, nous pouvons nous fortifier, nous armer contre l'impact du malheur.
C'est une tâche personnelle de voir comment nous vivons, comment nous construisons nos relations, notre travail, nos loisirs, comment nous préparons notre retraite ou encore notre grand âge.
Que garderons-nous dans nos têtes, notre esprit et notre âme, si nous devenons dépendants, si nous perdons notre mobilité, si nous perdons nos proches.
C'est aussi une tâche parentale, éducative de fournir ces armes à nos enfants, leur montrer comme la vérité agit comme une ceinture, c'est-à-dire tient tout ensemble, donne une cohérence au langage et au comportement. Comme la foi, la confiance agit comme un bouclier, c'est-à-dire protège, sécurise. C'est notre rôle de leur permettre de montrer leurs émotions et mettre les bons mots dessus.
Avec l'ensemble de ces armes (qui n'ont pas de buts agressifs, mais défensifs) il est possible d'accéder à la paix, une paix intérieure et une paix avec les autres. Avec cette panoplie — à condition de ne pas la laisser à la cave — il est possible de tenir debout par soi-même — ce qui ne signifie pas être debout tout seul — mais ne pas reposer sur le sable, sur des choses éphémères.
Dieu nous donne cette panoplie de moyens pour résister à l'adversité, pour s'appuyer sur le roc. N'attendons pas le malheur pour chercher cet appui, apprenons dès maintenant à nous enraciner en Jésus-Christ.
Amen
© 2007, Jean-Marie Thévoz
09:10 Publié dans p) Epitres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bible, Christianisme, Prédication, Spiritualité, Vie Quotidienne, Education, Protestant
26.11.2006
26.11.06 / Galates 6. La foi n'est pas dans le rite, mais dans la disposition de l'esprit.
Galates 6
26.11.2006
La foi n'est pas dans le rite, mais dans la disposition du cœur et de l'esprit
Michée 4:1-4 Jean 4:19-24 Galates 6:11-16
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
En cette période de l'année, l'Eglise cantonale nous invite à prendre en compte le "fait interreligieux." Notamment au travers de l'offrande cantonale de ce jour qui est destinée à la "Maison du dialogue de l'Arzillier" à Lausanne. L'Arzillier est un lieu de discussion et de rencontre pour avancer dans le dialogue interconfessionnel et interreligieux. Cette maison est aussi le siège du Conseil des Eglises chrétiennes dans le canton de Vaud (CECCV). Ce bâtiment est la propriété de notre Eglise, les activités sont gérées et soutenues par elle. L'Arzillier est donc l'outil de travail de l'EERV dans les relations interconfessionnelles et interreligieuses.
Pourquoi faut-il s'occuper de ces choses-là, peut-on se demander ! Simplement parce que le monde, la Suisse, notre Canton ont changés. Dans notre Canton — au sein des chrétiens — les proportions ont radicalement changé. On tend vers une égalité de nombre entre protestants et catholiques. Dans le même temps, bien qu'en nombres encore très modestes, les croyants d'autres religions augmentent- Le dialogue interconfessionnel et interreligieux s'impose donc comme la voie préférable entre toutes.
Le dialogue œcuménique au sein du christianisme — même s'il n'avance pas toujours comme nous le voudrions en tant que protestants — ne pose pas de problèmes de principe. Le dialogue interreligieux, par contre, ne va pas de soi. En effet, chaque religion a une prétention à se déclarer l'unique chemin vers Dieu. Cela est plus fortement marqué encore dans les monothéismes ! Le judaïsme, le christianisme et l'islam ont chacun la prétention d'être la seule voie d'accès à Dieu. Il y a là un vrai risque de violence, comme la connaissance de l'histoire doit nous le rappeler constamment !
Que disent nos racines ? L'Ancien Testament balance constamment entre, d'un côté, l'aspiration à une "pureté identitaire" et, de l'autre, à un universalisme où toutes les nations convergent vers Jérusalem.
Du côté de la "pureté identitaire" on trouve tous les textes qui condamnent les cultes à Baal et les idoles cananéennes, babyloniennes ou égyptiennes, tous les textes contres les mariages*1 avec les gens du pays, toutes les coutumes qui exigent de se différencier des autres peuples.
Du côté de l'universalisme, il y a l'alliance avec Noé qui concerne tous les habitants de la terre et l'idée "futuriste" que tous les peuples se réuniront à Jérusalem pour faire la paix et adorer Dieu, le Dieu d'Israël. On n'est pas encore dans l'interreligieux, mais dans l'englobement de tous les autres dans sa propre religion, par conversion.
Dans le Nouveau Testament, on retrouve cette même tension entre un judaïsme simplement renouvelé par Jésus et une universalisation dans l'ouverture du christianisme aux grecs, aux romains, aux païens. Jésus semble également pris dans cette tension lorsqu'il refuse une guérison à la femme cananéenne (Mt 15:22-28) parce qu'il est envoyé en mission "auprès des enfants d'Israël." Mais d'un autre côté, il renvoie juifs et samaritains dos à dos — dans son dialogue avec la Samaritaine (Jn 4) — lorsqu'il dit que "les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit" c'est-à-dire détachés des lieux saints et de l'obéissance rituelle. La foi n'est pas dans le rite, mais dans la disposition du cœur et de l'esprit. En ce sens, Jésus n'est pas venu proposer une nouvelle religion, mais une nouvelle façon d'être devant Dieu.
Là je vais risquer une hypothèse sous forme de question : Et si cette nouvelle façon d'être en relation à Dieu — qu'apporte le Christ — pouvait être adoptée dans n'importe quelle religion, n'importe quel système religieux ?
Petite parenthèse : on pourrait en voir des modèles chaque fois qu'un théologien a transformé un courant de pensée philosophique en une théologie chrétienne : les Pères grecs et saint Augustin pour Platon, saint Thomas d'Aquin pour Aristote, Karl Barth pour Kant et Hegel, Paul Tillich pour la philosophie des sciences humaines et le marxisme. Fin de la parenthèse.
Revenons à notre hypothèse, et si Jésus n'était pas venu proposer une nouvelle religion — à mettre à côté des autres — mais une nouvelle façon d'être en relation avec Dieu ? Je pense que l'apôtre Paul en a eu l'intuition très forte lorsqu'il écrit cette phrase — de sa propre main — aux Galates (6:15) : "Etre circoncis, ou ne pas l'être, n'a aucune importance : ce qui importe, c'est d'être une nouvelle créature."*2
Etre circoncis — pour Paul, l'ancien pharisien — c'est avoir inscrit dans son corps l'appartenance à un système religieux, celui du judaïsme. C'est y être inscrit envers et contre tout. La circoncision, c'est un rite religieux, observé par les juifs, par lequel, ils se différencient des autres. Les non-circoncis se différencient aussi — en miroir — des juifs. Ils ont aussi leurs rites religieux, leurs sacrifices, par exemple à l'empereur pour les romains.
Eh bien, Paul les renvoie dos à dos : que vous pratiquiez l'obéissance à la Torah ou les sacrifices à l'empereur, cela n'a pas d'importance, "ce qui importe, c'est d'être une nouvelle créature." Paul renvoie au vestiaire toute religion, tout système religieux qui enferme l'être humain dans une pratique sensée le sauver, ou attirer sur lui les faveurs de Dieu.
Paul en appelle à l'abolition de toutes les religions qui se prétendent des échelles pour monter au ciel — ce qui signifie aussi tous les systèmes que le christianisme a fabriqué au cours des siècles pour gagner la faveur divine. Et tout cela est remplacé par la prédication du Christ crucifié, c'est-à-dire l'annonce que Dieu a déjà tout accompli en notre faveur, pour notre salut, il a déjà fait de nous de nouvelles créatures.
Il y a donc dans ces paroles de Paul un refus de la sacralisation de tout système religieux. Le système religieux en soi n'a aucune importance, puisque tout se joue dans la relation de Dieu à l'être humain.
Cela devrait nous aider dans le dialogue interreligieux. Nous aider à ne pas nous sentir menacés par les différences. Nous aider à ne pas craindre de perdre des bouts de christianisme : on peut abandonner toute la dogmatique si l'on garde le lien à Dieu. Nous aider à être tolérants envers ceux qui ont besoin de rites ou de signes visibles de différenciation — même au sein du christianisme — (ils ne sont que des accessoires, pas des conditions de la relation à Dieu).
Attention, cependant, à la tentation de transformer ce merveilleux cadeau d'amour que Dieu nous a fait en la personne du Christ en un nouveau système religieux supérieur à tous les autres. En image : ne faisons pas du Christ une nouvelle échelle pour monter vers Dieu par nos propres moyens et à imposer aux autres comme seul chemin. Ce serait une nouvelle façon d'imposer la circoncision aux païens dans le langage de Paul.
Le christianisme n'est pas une religion qui chapeaute toutes les autres, le christianisme est la voie de sortie de la religion, de toute religion, pour que l'être humain puisse adorer Dieu en esprit et en vérité, tel que Dieu se présente lui-même, descendant du ciel pour nous rejoindre au plus près de notre humanité. Ce que Jésus nous offre, c'est Dieu sans intermédiaire.
Amen
*1 voir ma prédication sur Ruth 4 du 27.8.2006 voir http://clamans.hautetfort.com/archive/2006/09/11/le-message-politique-du-livre-de-ruth.html
*2 Paul Tillich a prêché sur ce verset, voir http://www.eglise-reformee-mulhouse.org/tillich/tillich1.html
© 2006, Jean-Marie Thévoz
20:35 Publié dans p) Epitres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bible, Christianisme, Prédication, Spiritualité, Vie Quotidienne, Education, Protestant
16.11.2006
Romains 1. Réformation : la justice de Dieu, une grâce offerte aux humains
Romains 1
2.11.97
Réformation : la justice de Dieu, une grâce offerte aux humains
Jér 31:31-34 Rm 1:16-17 Lc 18:9-14
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Ce premier dimanche de novembre, nous commémorons la Réformation. Le premier dimanche de novembre a probablement été choisi parce que Martin Luther avait affiché ses "95 thèses contre les indulgences" sur les portes de l'église de Wittenberg le 31 octobre 1517, voici 480 ans.
Par ce premier acte public et provocateur, Luther dénonce vigoureusement la pratique de l'Eglise de l'époque de monnayer le salut, de remplir ses caisses en laissant croire que chacun pouvait racheter des années de purgatoire. C'est ce qu'on appelle le salut par les oeuvres.
Luther en tant que moine avait été éduqué dans cette croyance — généralisée à l'époque — qu'en sortant du monde (en se faisant moine), en faisant pénitence et en s'appliquant à se consacrer entièrement à Dieu, on pouvait gagner son salut, la vie éternelle.
Luther vivait — comme moine — dans l'angoisse et la terreur du jugement de Dieu. Il ne voyait Dieu que comme un juge, un Dieu comptable des bonnes et des mauvaises actions. Un Dieu impitoyable, exerçant une justice qui ne passe rien. Tous les jours, Luther se demandait avec angoisse : "Que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ?"
Un jour cependant, nous dit-on, Luther médite le début de la lettre aux Romains. Aux versets 16-17, il est question de la justice de Dieu. Là, il a comme une illumination ! Cette justice qu'il comprenait comme le jugement de Dieu sur l'homme pécheur, il la rencontre comme la façon qu'a Dieu de rendre justes les humains : "Comment Dieu rend les humains justes devant lui : par la foi seule" dit la traduction de la Bible en français courant. Le tribunal terrifiant fait place à un flot de grâce. Celui qui se croyait condamné reçoit sa lettre de grâce. De la terreur, Luther passe à la reconnaissance.
Il y a un avant et un après. Et Luther n'aura de cesse de dénoncer ceux qui entretiennent ce régime de terreur et de soumission. Et l'on comprend combien ce message libérateur a pu trouver d'échos parmi ceux qui l'entendaient.
Luther a marqué dans l'Histoire un avant et un après. Même si un schisme a eu lieu entre catholiques et protestants, les idées de Luther et des autres réformateurs ont fait leur chemin dans toutes les Eglises. Les indulgences ont disparu. Le discours sur le salut par les oeuvres a presque disparu. Pourtant, chassé par la porte, ce discours revient par la fenêtre, sous de nouvelles formes, sécularisées, très laïques. Aujourd'hui on a de la valeur, un statut social, à travers le travail, à travers l'argent ou une vie bien rangée et organisée. Fort de ce statut — comme le pharisien ou comme certains autorités économiques dans notre pays — on se met à juger les autres, les chômeurs, les sans-abri ou les réfugiés.
Heureusement, la justice de Dieu n'est pas la nôtre. Cette justice de Dieu ôte les étiquettes, rassemble, reconnaît chacun parce qu'il est, non pour ce qu'il fait. La justice de Dieu est évangile, Bonne Nouvelle, parce qu'elle proclame à tous les êtres humains que Dieu leur offre la dignité, une vie qui en vaut la peine. Bonne Nouvelle, parce qu'il est impossible à qui que ce soit de gagner cela par lui-même.
Dieu lui-même prend en charge notre transformation. La transformation de tous ceux qui acceptent qu'ils ont besoin d'être rendus à leur vérité première. Cette acceptation, c'est la foi, la confiance que Dieu m'accepte tel que je suis, la confiance que Dieu me rend juste sans que j'aie à m'en occuper moi-même.
Si l'on reprend la question de Luther "Que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ?" (phrase empruntée à deux récits bibliques, le jeune homme riche (Luc 18:18-23) et le bon samaritain (Luc 10:25-37)), la réponse est : RIEN.
La bonne nouvelle de Jésus-Christ, c'est de pouvoir s'abandonner à la grâce de Dieu, pouvoir accepter d'être accepté, renoncer à tout effort pour sauver la face, pour bien faire, pour faire un bout de chemin pour rejoindre Dieu. C'est Dieu lui-même qui renouvelle son alliance (Jér. 31). C'est lui qui nous donne des coeurs de chair à la place de nos coeurs de pierre.
La bonne nouvelle de Jésus-Christ, c'est accepter d'être totalement libéré du souci de l'effort de plaire à Dieu : la seule chose qui plaise à Dieu, c'est qu'on lui fasse confiance lorsqu'il nous dit : "cesse de te faire du souci".
Libre de cette tâche de gagner notre paix intérieure, nous pouvons enfin diriger nos forces ailleurs, non plus vers nous-mêmes, mais vers les autres.
Libérés, nous pouvons passer du souci à la sollicitude.
Amen.
© 2006, Jean-Marie Thévoz
18:30 Publié dans p) Epitres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bible, Christianisme, Prédication, Spiritualité, Vie Quotidienne, Education, Protestant
24.09.2006
24.9.06 / 2 Corinthiens 5. L'ancien état de choses a disparu, le nouvel état de chose est là.
2 Corinthiens 5
24.9.2006
L'ancien état de choses a disparu, le nouvel état de chose est là.
Mt 13:44 / 2 Co 5 : 17-19
Chers catéchumènes, chers parents, chers paroissiens,
Je vais demander aux adultes de faire un effort pendant mon message, c'est de se replonger dans leur enfance ou leur adolescence pour écouter ce que je vais dire. Comme cela vous serez au même niveau que les catéchumènes, même si c'est avec un peu plus de conscience.
Je vais commencer par vous jouer un petit dialogue entre une mère et son fils.
— Allo, Maman ? Je cherche mes souliers de marche et je ne les trouve pas !
— Allo chéri, je vais t'aider, va dans la pièce qui est à côté de l'escalier, ils doivent être dans l'armoire.
— J'y suis, mais il n'y a pas d'armoire, juste un bahut.
— Comment ça ? Tu ne peux pas être près du bahut, il est dans une autre pièce, va vers l'armoire, elle est blanche.
— Bon alors, je change de pièce. J'ai trouvé une armoire, mais elle est brune.
— Tu fais quoi ? T'as pas mis tes lunettes ou t'es bête ? Cherche l'armoire blanche !
— Je cherche, mais je ne vois pas d'armoire blanche.
— T'es complètement idiot, tu ne peux pas la manquer, elle est si grande. A part : J'ai fait quoi pour avoir un gosse aussi nul ?
— Mais j'essaie de la trouver. J'ai passé dans toutes les pièces, mais je ne la trouve pas.
— Mais t'es où enfin ? T'es sûr que tu ne t'es pas trompé de maison ?
— Mais non, je suis chez nous, à la cave.
— Mais l'armoire blanche n'est pas à la cave ! Quelle cloche tu fais. Elle est au rez, à côté de l'escalier de la cave.
Pourquoi, je vous raconte cette histoire ? Parce que je crois qu'on vit à la cave avec le plan du rez-de-chaussée, et que cela crée beaucoup de mal-entendus dans la vie ! On reçoit des informations de toute part et elles ne concordent pas avec ce qu'on vit, avec notre expérience.
Il s'en suit qu'on en tire des conclusions et ces conclusions sont fausses, mais c'est quand même là-dessus qu'on bâtit notre vie quand on est enfant.
Le garçon, dans notre histoire, peut tirer deux sortes de conclusions. D'un côté : "je suis débile" puisque les adultes savent ce qu'ils font et ce qu'ils disent. De l'autre : "ma mère est complètement folle", mon expérience était juste, l'armoire n'était pas là, donc je dois me méfier de tout ce que j'entends.
Que l'on choisisse l'une ou l'autre variante pour construire sa vie — "je suis nul" ou "les autres ne sont pas fiables" — on part sur une base faussée.
Si l'on est honnête avec soi-même, on doit tous constater qu'on vit dans cette cave. Quelques-uns d'entre vous ont peut-être réalisé depuis un certain temps qu'ils vivaient dans une cave et en sont sortis : vous êtes bienheureux ! Mais on ne peut sortir de la cave que parce qu'on se rend compte que ce qu'on habite est la cave et pas le rez. Sortir de la cave n'est cependant pas facilité dans notre société.
En effet, beaucoup d'acteurs de notre société ont des avantages à nous maintenir à la cave. En effet, c'est désagréable de vivre à la cave, c'est-à-dire dans la solitude par manque d'amour, ou dans la peur par méfiance envers les autres (ces autres pourraient découvrir que nous sommes nuls malgré les efforts que nous faisons pour le camoufler) ou vivre dans la tristesse de n'être pas appréciés tels quels.
Face à cette détresse, tous les vendeurs s'empressent de nous vanter le nouvel écran super-géant qui nous fera passer de super-soirées et comblera notre solitude ou pour nous vendre les cigarettes ou l'alcool qui nous ferons oublier que nous sommes malheureux.
Lorsque l'apôtre Paul parle de tout cela, il l'appelle "l'ancien état de choses" (c'est la cave) et il propose "un nouvel état de choses" (c'est le rez, l'étage à la lumière du jour). Il dit : "Dès que quelqu'un est uni au Christ, il est un être nouveau : l'ancien état de choses a disparu, le nouvel état de chose est là." (2 Co 5:17). Cela ressemble à un tour de passe-passe, mais c'est différent.
A la cave — pour reprendre notre dialogue — le fils se voit à travers les yeux de sa mère qui le dénigre, le dévalorise, détruit son estime de soi. Le fils intègre ces jugements de valeur et se croit effectivement nul, inadéquat, incapable.
Mais tout cela repose sur un mal-entendu ! C'est parce qu'il est à la cave et que sa mère parle du rez qu'il ne trouve pas. Il ne peut pas trouver ses chaussures. Il n'y a aucune faute de la part de l'enfant, il n'y a aucune incompétence de sa part, aucune inadéquation de sa part. Mais personne ne le lui dit, personne n'exprime — alors — de la compassion pour sa situation d'échec. Personne n'est là pour lui expliquer la vérité de la situation : il n'y a pas de coupable, il n'y a pas de juge, il n'y a donc pas de condamnation. Il n'y a qu'un mal-entendu sur l'étage.
La vie du Christ, et sa mort, — ce que vous allez découvrir en vivant le catéchisme — met le doigt sur ce mal-entendu. Le Christ nous dit : Je ne suis pas venu pour juger, mais pour vous montrer que Dieu fait tout pour dire son amour et réconcilier l'être humain avec Lui.
Le Christ est venu pour montrer quel regard Dieu a sur tous les êtres humains : un regard d'amour qui connaît le mal-entendu de départ et voit chacun tel qu'il est : en quête, en recherche de bonheur, mais aussi en situation d'échec.
"L'ancien état de choses a disparu." Dieu nous fait sortir de la cave et émerger à la lumière, à l'étage qui correspond aux indications du plan. Le nouvel état de choses est là, c'est une nouvelle création. Nous pouvons nous regarder avec les yeux de Dieu et nous voir comme des personnes qui faisons toutes de notre mieux, des personnes dignes d'être aimées et capables d'aimer en retour.
Dieu nous accepte tels que nous sommes, "il nous a réconcilié avec Lui par le Christ (…) sans tenir compte de nos fautes" (2 Co 5:18-19), de nos erreurs, de nos échecs. C'est lui-même qui nous sort de la cave pour nous amener à l'étage de la vie, de la vraie vie.
Comme celui qui découvre un trésor dans un champ (Mt 13:44), nous pouvons troquer sans hésiter toutes les choses anciennes contre ce nouveau trésor, cette nouvelle vie.
Reste une question. Dois-je faire quelque chose pour emprunter cet escalier et monter à la lumière ? Oui, tout simplement accepter d'avoir été accepté par Dieu. Accepter que la base de ma nouvelle vie soit : "Je suis pleinement aimé de Dieu." Il n'y a rien d'autre à faire.
Sur cette base, je peux me sentir adéquat, pleinement reconnu et je n'ai plus besoin de me méfier des autres. Je suis accepté tel que je suis par Dieu, je peux donc m'accepter moi aussi tel que je suis et vivre une nouvelle vie.
Amen
© 2006, Jean-Marie Thévoz
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