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Christianisme

  • Philippe et l’éthiopien

    Actes 8

    10.3.2019

    Philippe et l’éthiopien

    Esaïe 53 : 1-11          Actes 8 : 26-39

     

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    Les enfants jouent la rencontre de Philippe et de l’éthiopien. Celui-ci, comme étranger et comme eunuque n’a pas pu entrer dans la partie sainte du Temple de Jérusalem.

    Les enfants arrêtent leur jeu au moment où Philippe explique le texte d’Esaïe que l’éthiopien ne comprend pas.

     

    Qu’est-ce que Philippe a bien pu dire à l’Ethiopien ?

    Les premiers chrétiens n’avaient pas encore le Nouveau Testament, pas même un Evangile ! Ils n’avaient que le souvenir de la Passion de Jésus, son procès, sa crucifixion, sa résurrection. Mais ils avaient l’Ancien Testament. C’est là qu’ils ont cherché des clés pour comprendre le destin de Jésus : Ce Jésus, abandonné, rejeté par tous, Dieu ne l’a pas abandonné. Au contraire, il en a fait son élu, son messager, son Fils. C’est de ce Jésus que parle le prophète Esaïe dans ses “Poèmes du Serviteur souffrant” (Esaïe 42:1-9, 49:1-7, 50:4-11 et 52:13—53:12).

    Philippe explique donc à l’Ethiopien qu’Esaïe parle de Jésus. C’est Jésus qui « (…) s'est laissé maltraiter sans protester, sans rien dire, comme un agneau qu'on mène à l'abattoir, comme une brebis devant ceux qui la tondent. » (Es 53:7) Mais Dieu n’a pas abandonné Jésus, Esaïe ajoute : « Mais le Seigneur approuve son serviteur accablé, et il a rétabli celui qui avait offert sa vie à la place des autres. » (Es 53:10)

    Jésus est venu dans le monde pour nous dire que Dieu n’est pas à la place qu’on imagine généralement. On voudrait que Dieu soit grand, soit puissant, soit le maître de tout. Sans s’apercevoir qu’on fait alors de lui un dictateur. Jésus nous montre — par son parcours souffrant — que Dieu est à l’opposé de nos pensées humaines. Il ne se place pas au-dessus de nous, mais à nos côtés. Il ne nous dirige pas, il nous appelle. Il n’est pas avec les forts et les puissants, mais avec les rejetés. Il lutte pour la justice, pas pour le pouvoir.

    Jésus a pris sur lui toutes nos misères, toutes nos fautes, tous nos malheurs, c’est cela qui l’a tué. Mais Dieu l’a relevé d’entre les morts pour nous dire qu’il y a une vie pour nous au-delà du malheur, malgré nos fautes. Il n’y a pas d’exclus devant Dieu, il n’y a pas de portes fermées. Dieu accueille tout le monde, tous ceux qui ne s’en sentent pas dignes, mais qui ont envie de faire partie de cette communauté ouverte.

    Suivre Jésus, c’est devenir accueillant comme Dieu lui-même. Philippe explique que à l’Ethiopien que les gens qui veulent vivre cet appel à l’ouverture et à l’accueil se font baptiser. Dès que quelqu’un reçoit le baptême, il fait partie de cette nouvelle communauté des enfants de Dieu.

     

    Les enfants reprennent le cours de la saynète et l’éthiopien se fait baptiser.

    © Jean-Marie Thévoz, 2019

     

  • Le monde à l’envers !

    Matthieu 5

    17.2.2019

    Le monde à l’envers !

    Matthieu 16 : 21-26         Matthieu 5 : 1-10

     

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    Chers frères et sœurs en Christ,

    L'Evangile de Matthieu contient le texte le plus connu des évangiles — après le Notre Père — les Béatitudes. Ces Béatitudes ouvrent un discours de Jésus qu'on a surnommé le Sermon sur la Montagne. Jésus y expose en quelque sorte son programme, le cœur de sa pensée : Il est venu accomplir la Loi de Moïse; à travers lui, le Royaume des Cieux s'est approché. Cette présence du Royaume des Cieux, cette proximité de Dieu change, transforme, transfigure la réalité vécue des croyants. Des relations nouvelles sont instaurées qui remplacent les relations anciennes, périmées.

    L'enseignement de Jésus porte sur cette nouveauté de l'irruption de Dieu dans l'existence humaine. En tant que Fils de Dieu, de Dieu prenant forme humaine — ce qu'on appelle l'incarnation — Jésus est lui-même Dieu qui s'approche de nous. Jésus transmet cette bonne nouvelle à ses disciples qui sont tout près de lui, sur cette montagne, mais Matthieu précise aussi que la foule est là. L'enseignement de Jésus n'est pas réservé à des initiés, il est destiné à tous. Et Jésus commence par déclamer les Béatitudes.

    Chacun de nous a cette musique des Béatitudes dans l'oreille, avec une traduction préférée. Mais comme il s'agit toujours de traductions, et bien il y a des variations, qui essaient, chacune, de dire au mieux ce qui a été dit par Jésus. Mais qu'a dit exactement Jésus ? Il s'exprimait sûrement en araméen ou en hébreu, or les Evangiles nous sont parvenu en grec, donc déjà en traduction. Disposer de plusieurs traductions, c'est comme avoir plusieurs instruments dans un orchestre, il faut les écouter ensemble et retenir leur harmonie.

    Voici quelques variations sur la première Béatitude :

    Celle du Psautier Alléluia (14-06) "Bienheureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux est à eux”.

    TOB : "Heureux les pauvres de cœur…

    Français courant : "Heureux ceux qui se savent pauvres en eux-mêmes…

    Moins classiques, Chouraki : "En marche, les hommes au souffle de pauvres…

    La Nouvelle Traduction : "Joie de ceux qui sont à bout de souffle…

    J'aime bien cette transformation du littéral "pauvres en esprit" en concret "à bout de souffle." N'était-ce pas la condition de ceux qui suivaient Jésus — peut-être à bout de souffle de l'avoir rejoint en hâte au sommet de la montagne — mais surtout la condition de ces gens des campagnes, laissés pour compte de la vie économique et sociale, ces gens sans importance aux yeux des propriétaires ou des commerçants des villes, juste bons à être de la main d'œuvre bon marché, exploitable à merci, parce qu'incapables de se défendre ?

    A la première lecture, les Béatitudes c'est beau, c'est harmonieux, c'est idéal. Mais si l'on y réfléchit, si on lit vraiment ce qui est écrit : - Joie pour eux qui sont à bout de souffle, - Joie pour les éplorés, - Joie pour les persécutés… n'est-ce pas déplacé de parler de joie, de bonheur, n'est-ce pas déplacé de faire des promesses à ces pauvres, à ces laissés-pour-compte, n'est-ce pas un jeu cruel ou démagogique que de les laisser espérer quelque chose qui ne se réalisera jamais dans cette vie, sur cette terre ?

    A la deuxième lecture, les Béatitudes ne sont pas raisonnables, n'ont pas de sens, tout est à l'envers ! - Heureux ceux pleurent ! - Heureux les doux ! Dans notre monde, il faut être fort, il faut se battre, lutter, être compétitifs, c'est le seul moyen d'être heureux, n'est-ce pas ? N'est-ce pas ce qu'on nous dit, ce qu'on nous répète, ce qu'on nous serine ? Où est la vérité ? Où est la réalité ? Ces Béatitudes sont tout le contraire de notre monde, c'est le monde à l'envers, lorsqu'on écoute les personnes importantes, les décideurs.

    Alors je vous propose de les retourner pour les remettre à l'endroit, pour voir l'effet que cela fait. Allons-y.

    - Heureux les riches, les pleins d'eux-mêmes…

    - Heureux les violents…

    - Heureux ceux qui rigolent…

    - Heureux ceux qui sont écœurés par la justice…

    - Heureux les sans cœurs…

    - Heureux les cœurs partagés, divisés…

    - Heureux ceux qui sèment le trouble, la discorde…

    - Heureux ceux qui vivent tranquilles et qui ne se mêlent de rien.

    Ça fait un drôle d'effet, cette troisième lecture ! Les Béatitudes semblaient à l'envers, mais une fois qu'on les retourne pour les mettre à l'endroit aux yeux du monde, la nouvelle formule fait froid dans le dos ! Bon, cela ressemble bien à ce que le monde vit maintenant. Mais ce monde, n'est-ce pas lui qui est à l'envers ? N'a-t-il pas besoin, et nous avec, d'entendre les Béatitudes à l'endroit !

    Après ce parcours, les Béatitudes reprennent sens. Bien sûr, Jésus n'a jamais dit qu'il venait ôter le malheur et les souffrances du monde. Il a dit qu'il venait pour souffrir, pour vivre notre souffrance. Le contraire du bonheur, ce n'est pas le malheur, c'est la désespérance, la perte du sens. Jésus vient redonner de l'espérance à l'humanité, il vient pour redonner du sens dans nos malheurs.

    Si l'on observe attentivement les situations décrites dans les Béatitudes, ce ne sont certainement pas des situations confortables, mais par contre, ce sont des situations, des attitudes, des comportements où se vit quelque chose de vrai, d'authentique, de profond. On peut rire superficiellement, du bout des lèvres, mais je n'ai jamais vu quelqu'un pleurer pour le paraître ! Lorsque Jésus dit : "Heureux…" il veut signifier que l'on touche à la vraie vie, à ce qui donne du sens à la vie, à ce qui lui donne du poids. Lorsque nous sommes sans voix, à bout de souffle, il nous ouvre l'horizon offert par Dieu. Lorsque nous sommes en pleurs, il nous dit que dans les pleurs même, il y a vie et consolation. Et il promet une vie peine de sens — mais pas sans épreuves — à ceux qui font preuve de compassion, qui créent des conditions de paix, qui luttent pour la justice et à ceux qui vivent les rétorsions que leur valent leur combat ou leur foi.

    Jésus n'a jamais promis la tranquillité à ses disciples. C'est lui-même qui ouvre la route en annonçant qu'il va monter à Jérusalem pour souffrir. Ce n'est qu'après avoir ouvert la route lui-même, qu'il engage ses disciples à porter leur croix et à entrer dans le paradoxe de la vie chrétienne : "Celui qui veut sauver sa vie la perdra; mais celui qui perdra sa vie pour moi, la retrouvera." (Mt 16:25)

    Dans les Béatitudes, Jésus propose au monde — à l’Eglise en particulier — une nouvelle façon de vivre. Pas plus facile, mais plus vraie, plus authentique. Les Béatitudes ne sont pas les valeurs du monde, mais en fin de compte, elles expriment les valeurs vraies, celles qui conduisent à la vie en plénitude.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz. 2019

  • Un parcours de vie

    Luc 15

    10.2.2019

    Un parcours de vie

    Colossiens 3 : 12-17        Luc 15 : 11-24

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    Chers frères et sœurs en Christ,

    Cette parabole de Jésus intitulée le "Fils prodigue" est probablement la parabole la plus connue de l'évangile. C'est aussi celle qui résume avec le plus d'intensité la bonne nouvelle de l'évangile : Dieu nous accepte inconditionnellement.

    Un danger nous guette cependant lorsque nous entendons et méditons cette parabole, c'est de "noircir" le premier fils pour faire ressortir avec plus de relief la bonté du père.

    Le père n'est-il pas d'autant meilleur que le fils est un fieffé vaurien, un gaspilleur de fortune et coureur de jupon ? Attention, cela n'est pas dans notre récit, c'est dans la suite, dans la bouche du frère aîné qui essaie de dénigrer son frère.

    Ne tombons pas dans le piège — contraire à l'évangile — de faire de cette parabole une morale pour tenir tranquille les enfants et vanter la sagesse anticipatrice des parents. Cette parabole ne nous est pas donnée comme instrument de pouvoir parental, mais comme parole libératrice pour tous ! Cherchons à entendre la parabole sans trop de parasites !

    Cette parabole nous expose un parcours de vie assez ordinaire, en raccourci.

    1) Première étape. Arrivé à l'âge adulte, un fils décide de prendre son envol, de quitter le nid familial. Il demande sa part d'héritage à son père. Rien ne nous indique qu'il y ait de la part du fils de l'agressivité dans sa demande, ou de la réticence à y répondre de la part du père. Le père partage entre ses deux fils et le cadet prend la part qui lui revient et s'en va.

    Quitter le père, la famille pour chercher son autonomie, ses propres valeurs, son propre accomplissement, sa propre personnalité, c'est le chemin normal de tout individu.

    2) Deuxième étape, le fils fait sa vie là-bas et dépense l'avoir, les biens qu'il avait reçu. Ici on pourrait bien sûr faire le reproche de n'avoir pas été prudent, économe, etc. Mais n'est-ce pas dans la nature des choses, des biens de consommation, d'être consommés. Chez nous aussi le frigo se vide chaque semaine. Le problème n'est pas qu'il se vide, c'est comment faire pour pouvoir le remplir à nouveau chaque semaine !

    En plus là-bas, la famine survient, c'est-à-dire la pénurie de tous les biens, même à acheter. Ici se joue — dans la vie du fils, mais dans toute vie, je crois — la lutte entre l'être et l'avoir. Le fils a eu l'illusion — en demandant sa part à son père — de recevoir assez pour vivre toute sa vie, comme si ces biens allaient combler les besoins de son être toute sa vie.

    Une publicité disait : "Il y a des choses qui ne s'achètent pas, pour tout le reste, il y a notre carte de crédit." Le passage que vit le fils et que nous avons tous un jour à traverser est de découvrir ce qui s'achète et ce qui ne s'achète pas, ce qui relève de l'avoir et ce qui relève de l'être. Souvent nous sommes dans la confusion, parce que tout notre environnement — un environnement essentiellement commercial — nous dit : "Consomme et tu seras heureux" c'est-à-dire : satisfais tous tes besoins d'avoir et ton être sera comblé !

    Le fils découvre qu'il a épuisé son avoir sans que son être en soit comblé. Il se découvre seul, éloigné des siens, avec un manque intérieur terrible, exprimé par la faim qu'il éprouve en regardant les porcs se gaver.

    3) Alors il se met à réfléchir. C’est la troisième étape. Il fait un voyage intérieur à la recherche de ses vrais besoins. Il réalise son manque, son vide intérieur, et là se passe en lui un double mécanisme.

    D'un côté, il s'auto-accuse et se culpabilise de son chemin. Il passe de la découverte de son vide intérieur à un sentiment d'indignité. Il retourne le mal qu'il vit contre lui, pour en conclure qu'il a perdu son être. Il se trouve indigne.

    D'un autre côté, il remonte à la source où a commencé son malheur et où est la source où il pourrait retrouver à nourrir son être intérieur. C'est ainsi qu'il décide de retourner vers son père tout en lui demandant un statut d'ouvrier, parce qu'il pense avoir perdu sa dignité de fils.

    4) Dernière étape du parcours : rien ne se passe comme l'avait prévu le fils. Le père ne porte aucun jugement. Le père ne fait pas la morale à son fils. Le père ne cherche pas une faute ou des erreurs. Il coupe court à toute accusation d'indignité. Il ne veut aucun arrangement autour d'un statut inférieur qui permettrait — aux yeux du fils — une réintégration.

    Jamais, dans les yeux du père, le fils n'a changé de statut. Jamais, il n'a cessé d'être précieux, important, plein de valeur. Le père ne voit que le parcours malheureux, il ne voit aucune indignité. Il n'y a pas de reproches, seulement la joie des retrouvailles. Le fils a fait son parcours de vie, il a été par le chemin qu'il avait choisi et il a découvert ce dont il avait besoin.

    Le père accepte ce parcours et se réjouit de ce que son fils qui était près de la mort intérieure a retrouvé le chemin de la vie. Un grand festin marque ces retrouvailles, une grande fête est nécessaire pour marquer cette renaissance de l'être du fils à la vie.

    Chaque être humain est engagé dans ce parcours où il doit trouver son chemin personnel pour retrouver son être intérieur et participer à ce repas de fête que Dieu nous offre.

    Aujourd'hui, Dieu nous ouvre les bras, il nous invite à la fête dans son Royaume. Laissons-nous accueillir comme les vrais enfants du Père.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2019

  • De l’exclusion à l’accueil

    Actes 8

    8.2.2019

    De l’exclusion à l’accueil

    Esaïe 53 : 1-10         Actes 8 : 26-39

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    Chers frères et sœurs en Christ,

    Les protestants sont très attachés à la lecture de la Bible, et à faire jouer — comme en stéréo — l’Ancien et le Nouveau Testament. Comment comprendrait-on le Nouveau Testament sans une connaissance de l’Ancien Testament ?

    Nous en avons un exemple dans ce récit de la rencontre de Philippe et de l’eunuque éthiopien. Cet homme est allé “adorer Dieu à Jérusalem”. Mais comme étranger et comme eunuque, il n’a pas eu droit d’entrer dans le Temple de Jérusalem. La loi interdit l’entrée des lieux saints aux eunuques. Il n’a pu aller que jusqu’à la cour des païens. Cette rebuffade n’a pas éteint sa quête de Dieu. Il retourne dans son pays avec le rouleau du prophète Esaïe.

    Au moment où Philippe arrive — et l’entend lire à haute voix comme c’était l’habitude dans l’antiquité — cet homme est en train de lire le passage d’Esaïe que je vous ai lu. On appelle ce passage le “Poème du Serviteur souffrant”. Un passage qui a été lu par la jeune communauté chrétienne comme annonçant la Passion du Christ. Il faut imaginer que la première communauté chrétienne ne dispose pas encore du Nouveau Testament! Paul n’est même pas encore converti (cela se passe un peu plus tard dans le livre des Actes). Pour comprendre la trajectoire et la destinée de Jésus, les premiers chrétiens ne disposent que de l’Ancien Testament. Ils ont le récit des disciples qui ont vécu avec Jésus et accompagné — de loin — la Passion de Jésus. Un destin terriblement difficile à comprendre.

    Ici, le fonctionnaire éthiopien lit ce “Poème du Serviteur souffrant”. Il ne comprend pas, et il y a de quoi. Comment comprendre qu’un envoyé de Dieu soit vilipendé, accusé, maltraité, sans répondre. Sans que Dieu le sorte de là ? Il est comme l’agneau qu’on mène à l’abattoir, sans défense, sans défenseur. Philippe va expliquer au fonctionnaire éthiopien que ce Serviteur souffrant, c’est ce Jésus qui a été crucifié. Que ce Jésus est l’agneau qui porte les malheurs de l’humanité. Ce qui revient à dire que Dieu a changé de place. Il n’est pas magnifique dans un Temple érigé de main d’homme — ce Temple auquel l’eunuque n’a d’ailleurs pas eu accès — il est celui qui partage les malheurs de l’humanité, il est du côté des humiliés, des petits, des sans voix.

    L’eunuque qui a été privé d’entrée dans le Temple et qui a sûrement dû être au moins moqué, si ce n’est discriminé du fait de sa constitution, s’est senti reconnu, réhabilité. Il se sent compris, invité à s’associer avec ceux qui suivent ce Jésus accueillant. Aussi bien demande-t-il s’il y a un obstacle à être baptisé, c’est-à-dire inclus dans la communauté de ceux qui suivent le chemin de Jésus. Il n’a pu entrer dans le Temple, mais il est accueilli dans l’Eglise. Il reçoit le baptême de la main de Philippe. Dieu ne veut pas de portillon pour filtrer les entrées dans le Royaume.

    Le banquet du Royaume est ouvert à tous, d’autant plus que ceux qui avaient reçu un carton d’invitation ne se sont pas donnés la peine de venir. Se retrouvent donc à la table du Seigneur ceux qui pensaient ne pas être dignes d’être invité, d’avoir une place à sa table. Ce récit est une invitation à ne pas mettre d’obstacles — nous les humains — là où Dieu les a déjà abolis. La communauté de ceux que Dieu appelle et accueille pourrait bien nous surprendre.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2019

  • Célébration œcuménique : Dieu remet les compteurs à zéro

    Eglise Orthodoxe

    25.1.2019

    Célébration œcuménique : Dieu remet les compteurs à zéro

    Deutéronome 16 : 18-20          Luc 4 : 14-21

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    Chers frères et sœurs en Christ,

    Dimanche passé, nous vivions une célébration œcuménique à l’Eglise anglicane avec les communautés chrétiennes du quartier.

    Aujourd'hui, nous sommes chez vous et nous vous remercions de votre accueil. Dimanche dernier, j’ai parlé de ce même récit biblique : la première prédication de Jésus à Nazareth. Jésus y avait lu ce passage du livre d'Esaïe :

    "L'Esprit du Seigneur est sur moi, il m'a choisi pour apporter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé pour proclamer la délivrance aux captifs et le don de la vue aux aveugles, pour libérer les opprimés, pour annoncer l'année où le Seigneur manifestera sa faveur." (Luc 4:18-19). et il avait ajouté: “Aujourd'hui ces paroles sont accomplies !”

    Dimanche passé, j’ai développé ce que Jésus voulait dire par cette parole : “Dieu m'a choisi pour apporter la Bonne Nouvelle aux pauvres.” Aujourd'hui j'aimerais développer la parole de Jésus : “Il m'a envoyé pour libérer les opprimés, pour annoncer l'année où le Seigneur manifestera sa faveur.”

    Le thème de cette semaine de l’unité, c’est l’établissement de la justice, une justice qui permette la paix, c’est-à-dire le vivre ensemble. C’est justement cette justice que Jésus appelle en parlant de cette année de faveur.

    Cette année de faveur à une histoire dans l'Ancien Testament. Dans le livre du Lévitique est décrit un système économique très spécial. Un premier cycle de sept ans est introduit, où la septième année, l'année sabbatique est une année de repos pour le sol. Pendant six ans tout le monde travaille, sème et récolte, la septième année est une année de repos. A ce premier cycle se superpose un deuxième cycle de sept fois sept ans, soit 49 années au total. L'année qui suit, soit la 50e est le Jubilé, l'année du Seigneur. Lors de cette 50e année, on rétablit les personnes dans leurs biens, dans leurs terres ou dans leur liberté pour celles qui ont été asservies pour n'avoir pas pu payer leurs dettes. On remet les compteurs à zéro.

    Ce système économique présuppose une situation de départ équitable et juste et un monde très stable, au moins démographiquement. Cet astucieux système économique n'a jamais été mis en place en Israël, mais il témoigne d'une tentative d'ordonner le monde économique à la volonté divine tout en laissant de la place à la liberté humaine et en tenant compte de certaines réalités : Ce système laisse une liberté de commerce et d'entreprise aussi grande que possible à tous pendant le cycle de 49 ans. Il ne laisse cependant pas croître les inégalités jusqu'à un point de rupture ou de non retour grâce à l'année du Jubilé qui instaure une redistribution.

    Jésus nous dit : "Aujourd'hui s'accomplit cette parole d'Esaïe : l'année du Seigneur, de la restauration, c'est maintenant."

    Pourtant Jésus n'est pas venu accomplir une révolution économique, comme il n'est pas venu pour chasser les Romains de Palestine. Il vient restaurer notre être, pas nos avoirs. Jésus est venu remplacer — dans nos modes relationnels — l'économie de marché fondé sur la pénurie, par l'économie du Royaume fondée sur l'abondance. C'était-là la Bonne Nouvelle annoncée aux pauvres.

     

    Le départ équitable qui est donné à tous à la naissance, c'est de vivre dans l'abondance de l'amour. Chaque enfant naît avec l'amour et le pardon de Dieu dans son cœur, avec une capacité d'aimer à l'infini. Ensuite, malheureusement, la situation se dégrade. Les détresses subies nous aliènent et le mal prend de l'ampleur dans nos vies et limitent nos capacités d'aimer, comme dans le Lévitique.

    La situation voulue au départ se dégrade. Chacun vit — sans que ce soit la faute de personne — des événements pénibles, tristes, frustrants, parce que la vie est dure, la société injuste et qu'il est impossible d'obtenir tout ce que nos désirs souhaitent. Nous accumulons des dettes sous forme de culpabilités et perdons nos libertés, en façonnant nos stratégies relationnelles.

    La bonne nouvelle, c’est que Jésus vient nous libérer de nos propres enfermements, de nos dettes, de nos culpabilités, de tout ce qui nous paralyse. C'est ainsi que se réalise la parole d'Esaïe : "Dieu libère les captifs et renvoie en liberté les opprimés".

    Jésus vient nous délivrer du péché. Voilà, le mot est lâché : le péché. Le péché, c'est l'ensemble des choses qui dégradent la situation de départ pendant les 49 ans du cycle du Lévitique, jusqu'à ce que Dieu rétablisse la justice et l'équité pendant la 50e année.

    Jésus ne parle du péché que lorsqu'il parle du pardon, lorsqu'il libère ou qu'il compatit et guérit. Pour Jésus, le péché originel n'existe pas. La seule chose qui existe pour Jésus, c'est le pardon originel.

    Constamment, Jésus veut nous guérir de notre aveuglement qui nous fait voir le péché seulement comme les actes mauvais, les fautes. Il veut nous redonner la vue sur la détresse, sur la souffrance subie, sur la dégradation des relations. L'année de faveur du Seigneur que Jésus réalise, c'est le retour à l'état de personne pardonnée, aimée. Dieu nous offre aujourd'hui d'être restaurés dans cet état premier par le pardon, ce pardon qui permet d'aimer et d'agir.

    Amen.

    © Jean-Marie Thévoz, 2019

  • La généalogie de Jésus selon Matthieu

    25.11.2018

    La généalogie de Jésus selon Matthieu

    Es 11 : 1-10        Mt 1 : 1-6 + 16-17

     

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    Chers frères et sœurs en Christ,

    Il est plutôt rare de se pencher sur la généalogie de Jésus, ou faudrait-il dire sur les généalogies de Jésus, car autant Matthieu que Luc (Luc 3:23-38) nous ont transmis, chacun, une généalogie de Jésus. Le problème, c'est que les deux généalogies ne concordent pas. Sur plus de 70 noms, ils en ont 15 en commun !

    Cela indique déjà une première chose, c'est que la présence de ces généalogies de Jésus n'a pas une portée ou une destination historique, mais une visée théologique. Chaque évangéliste essaie de faire passer un message à ses lecteurs et ces messages sont différents chez Matthieu et chez Luc.

    Aujourd'hui, je ne vais m'occuper que de celle de Matthieu. Sa généalogie commence par une sorte de titre : "Généalogie de Jésus Christ, fils de David, fils d'Abraham." (Mt 1:1) Ce titre nous donne les deux jalons les plus importants de cette généalogie. En tant que Fils de David, Jésus s'inscrit dans la lignée royale d'Israël, lignée de ceux qui sont oints. Ce mot "oint" se dit "messiah" en hébreu, qui a donné directement "messie" en français et "christos" en grec, qui est Christ dans le nom Jésus-Christ. Le Messie qui est attendu doit sortir de la lignée de David.

    En tant que fils d'Abraham, Jésus s'inscrit dans la lignée des hommes de foi, des croyants et des héritiers des promesses de l’Ancien Testament.

    Ainsi, Matthieu va-t-il construire sa généalogie en trois étapes, en trois sections de 14 générations.

    1) les descendants d'Abraham

    2) les descendants de David

    3) les exilés revenus au pays.

    Examinons ces trois sections. Abraham est père d'Isaac, lui-même père de Jacob (et d'Esaü). Nous avons là les trois patriarches, bien connus par les récits de la Genèse. Jacob aura 12 fils et 1 fille ! Juda est l'ancêtre qui a donné son nom à la tribu de Juda, celle qui deviendra avec la tribu de Benjamin le Royaume de Juda. Ce Royaume a pour capitale Jérusalem. Au retour de l'exil, la tribu de Juda sera la détentrice de la Torah et des traditions. De Juda vient le mot "judaïsme" et "juif."

    C'est de Juda, le quatrième fils de Jacob que naissent Pérès et Zéra qui sont des jumeaux. Il y a à leur sujet une petite anecdote d'où vient l'idée que l'aîné de deux jumeaux est celui qui naît en second. En effet, Pérès est né le premier, mais c'est Zéra qui est l'aîné ! En fait, Zéra a sorti sa main en premier, la sage-femme a accroché un fil rouge pour le désigner comme l'aîné, mais il a retiré sa main et c'est Pérès qui est né en premier. Il y a toujours des problèmes de préséance entre jumeaux dans la Bible.

    Pérès est le père de Hesron, qui est père de Ram, qui est père d'Amminadab, qui est père de Nachon. Nachon est le chef de la tribu de Juda lorsque Moïse conduit les hébreux au Sinaï. Une des filles de Nachon, Élisabeth, est la femme d'Aaron, le frère de Moïse. Nachon est le père de Salman, Salman aura un fils avec Rahab, une femme de Jéricho. Rahab est cette femme qui a sauvé deux espions hébreux qui étaient en mission de reconnaissance pour la prise de Jéricho. Sa collaboration lui vaudra la vie sauve — avec sa famille — lors de la prise de Jéricho pendant la conquête de Canaan. Avec elle, Salman a engendré Booz. Booz, on le retrouve dans le livre de Ruth. Ruth est moabite et veuve du fils de Noémi. Elle raccompagne sa belle-mère de Moab à Bethléem. Elle est pauvre et étrangère et rencontre Booz en glanant dans ses champs. Ils deviendront les parents d'Obed.

    Obed aura pour fils Jessé et pour petit-fils David. Ruth est donc l’arrière-grand-mère du Roi David. "Un rameau sort du vieux tronc de Jessé” nous dit le prophète Esaïe (Es 11:1) ou du vieux tronc d'Isaï comme le chante le cantique de Noël. C'est la promesse messianique qui repose sur David et ses descendants. Avec David nous sommes à la fin de la première partie de la généalogie de Jésus et au début de la deuxième.

    La deuxième liste est composée exclusivement de Rois de Juda. Matthieu en cite 14 sur les 19 qui ont régné. Salomon, Roboam — qui crée le schisme avec le Royaume du nord. Abia, Asaf, Josaphat — qui était très pieux; par contre, son fils Joram massacre ses six frères pour s'assurer le pouvoir. Ozias — le roi lépreux. Yotam et Achaz furent idolâtres. C'est à cette époque que le royaume du nord, la Samarie, tombe entre les mains de l'Assyrie.

    Ézéchias restaure le culte du Dieu d'Israël, mais Manassé réintroduit le culte des idoles, il sacrifie même un de ses fils à Moloch. Amon se conduit aussi mal que son père, mais Josias, son fils, introduit une grande réforme religieuse s'inspirant du Deutéronome. Son fils Yekonia sera le dernier roi de Juda, il est déporté à Babylone. C'est la fin de la deuxième section de la généalogie de Jésus.

    Le meilleur y côtoie le pire ! Mais cela ne dérange pas Matthieu, au contraire. L’évangéliste mentionne 4 femmes — en plus de Marie la mère de Jésus — dans sa généalogie : Tamar (Genèse 38), une femme rejetée, qui doit ruser pour faire valoir ses droits, Rahab (Josué 2 et 6), une prostituée, Ruth (livre de Ruth) une étrangère et Bethsabée (2 Samuel 11), une femme séduite. Ce n’est pas brillant, mais ce n’est pas pour dévaloriser ces femmes. Je pense plutôt que c’est une forme de réhabilitation. Quel que soit le parcours de chacun-chacune, les violences subies ou l’origine, il y a une place dans la lignée du Messie.

    Cette généalogie renforce l'humanité de Jésus, il n'a pas été parachuté "tout beau, tout propre" depuis le ciel sur la terre. Il est ancré dans l'histoire d'Israël.

    La troisième section de la généalogie de Jésus me laisse perplexe. A part Zorobabel et son père Chéaltiel, il n'y a que des inconnus. Des noms, mais aucune information sur quiconque, rien même sur le père de Joseph. Il y a là dix générations dont les noms ne proviennent pas des récits retenus par la Bible juive et chrétienne. Mais les noms sont courants dans le peuple d'Israël.

    Ces trois sections nous disent que Jésus appartient au peuple de Dieu, à l'histoire du peuple juif. Il récapitule en lui toute cette histoire, avec ses hauts et ses bas, ses bienfaits et ses méfaits. Beaucoup de ces ancêtres de Jésus se sont fait remarquer par des actions immorales ou idolâtres, comme d'autres pour leur compassion ou leur droiture. Parfois, comme je l'ai dit, le meilleur et le pire se côtoient dans le même individu — il suffit de penser à David et ce qu'il a fait pour obtenir Bethsabée (envoyer son mari Urie au front pour qu'il s'y fasse tuer, 2 Samuel 11:15).

    Toute cette humanité, complexe, tortueuse, voulant faire le bien, mais empêtrée dans ses pulsions et ses motifs troubles, tout cela est repris par Jésus, en Jésus, pour être porté en même temps sur la croix et dans la résurrection.

    Alors, lorsque nous regardons nos histoires,— nos généalogies ou nos existences — nous pouvons être certains qu'elles sont aussi reprises, récapitulées, rachetées par Jésus.

    C'est ce Messie porteur de pardon et de paix que nous nous apprêtons à accueillir et à fêter dans le temps de l’Avent qui va s’ouvrir devant nous.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2018

  • Petite introduction à l’Apocalypse

    Apocalypse 1

    11.11.2018

    Petite introduction à l’Apocalypse

    Apocalypse 1 : 9-13+17-18        Apocalypse 6 : 9-17        Apocalypse 7 : 9-17

     

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    Chers frères et sœurs en Christ,

    S’il y a un livre difficile à lire dans la Bible, dans le Nouveau Testament, c’est bien le livre de l’Apocalypse. Ceux d’entre vous qui suivent les lectures de Pain de ce Jour l’on sûrement éprouvé ces derniers jours. Dans l’Apocalypse nous sommes bombardés d’images : trompettes, lampes, étoiles, anges, chevaux, livres, sceaux, robe blanche, Agneau etc. Le risque, c’est d’être noyé sous ces images et de perdre la vue d’ensemble, la visée générale de cette révélation (ce qui est le sens du mot apocalypse, révélation et non pas catastrophe).

    Cette révélation est reçue par Jean de Patmos, qui n’est pas Jean l’évangéliste. Jean a été persécuté et a dû s’exiler sur l’île de Patmos où il reçoit cette révélation. S’il faut une révélation pour comprendre ce qui ce passe, cela signifie que le monde n’est — à ce moment-là — pas directement compréhensible.

    En fait les Eglises sont persécutées par le pouvoir romain en raison de leurs croyances et de leurs pratiques. Aimer son prochain fait de vous une cible pour la violence de l’État. C’est donc le monde à l’envers. N’importe quoi peut vous tomber dessus. C’est dans cet univers violent et chaotique que Jean fait entendre sa révélation.

    Dans ce contexte de persécution, d’injustice, le message de Jean c’est que — sous une couverture d’absurde — les choses ont un sens. Sous le chaos, il y a une autre réalité, celle de Dieu. Il y a une espérance dans le désespoir actuel ; il y aura une réhabilitation après les traitements injustes ; il y aura un retour des valeurs de justice après la violence.

    Les valeurs chrétiennes ont toujours du sens, elles restent bonnes, même si elles sont cause de malheur dans le temps présent. Ce n’est pas parce que les tyrans, les méchants ont l’avantage — en ce moment— que le mal est bien. Ce n’est pas parce que les méchants réussissent, ont du succès, qu’il faut les imiter et abandonner les valeurs éthiques.

    Les valeurs chrétiennes — celles qui sont énoncées dans les Béatitudes — sont à première vue des valeurs « faibles », c’est-à-dire qu’elles n’ont aucun poids, aucune persuasion contre les gens violents. En surface elles paraissent faibles et nulles. Mais dans le fond, elles donnent tout son sens à la vie humaine et relationnelle.

    Le message de Jean dans l’Apocalypse vient dire que Dieu est toujours derrière ces valeurs — aussi faibles qu’elles puissent paraître dans un monde violent et destructeur. En fin de compte, ce sont ces valeurs des Béatitudes qui l’emportent. C’est la force faible de l’Agneau.

    L’Agneau est la figure centrale du livre de l’Apocalypse. L’Agneau représente le Christ, une figure paradoxale qui finira par régner sur univers. Le pouvoir de l’Agneau est encore caché dans ce monde. Mais l’Apocalypse lève le voile sur ce règne présent et futur. Règne caché dans le présent, révélé dans le futur. L’exemple de ce mouvement « caché–révélé », c’est la vie et la mort du Christ, l’Agneau de la Pâque « immolé pour nos péchés » selon les formules liturgiques.

    Au sein des persécutions, Jésus est présent aux côtés des persécutés puisqu’il a vécu le même calvaire. Il a enseigné, il a été rejeté, persécuté. Il a été mis à mort et Dieu l’a ressuscité. Nous le récitons ainsi dans le Symbole des Apôtres : «il est né de la vierge Marie, il a souffert sous Ponce Pilate, il a été crucifié, il est mort, le troisième jour il est ressuscité des morts, il est monté au ciel, il siège à la droite de Dieu. »

    C’est l’exemple de vie donné par Dieu et celle de l’Agneau, figure faible, mais qui manifeste le règne de Dieu : une image paradoxale ; un antidote à tout pouvoir tyrannique ; un exemple pour chaque être humain.

    Il n’est pas attendu de chaque être humain d’être un héros, surtout dans les persécutions. À l’image de l’Agneau il est possible d’accepter nos faiblesses, nos vulnérabilités, nos infirmités. Être faible comme un agneau, ce n’est pas négatif aux yeux de Dieu, c’est être à l’image du Christ.

    Dieu se méfie de ceux qui prétendent être des surhommes. Il a une attention toute particulière à tout ce qui est perdu, vulnérable, faible, dépendant. Pour ceux-là, Dieu promet une robe blanche, un avenir, une réhabilitation. Celui qui ne se sent pas assez fort pour s’en sortir par lui-même, c’est celui vers qui Dieu se penche et qu’il relève.

    Jean donne un message pour ses contemporains, persécutés comme lui : tenez ferme dans vos convictions, le Seigneur finira par les faire triompher, les tyrans seront vaincus.

    Ce qu’on peut traduire de différentes façons aujourd’hui :

    - Le droit, à long terme, a plus d’avenir que la violence déchaînée.

    - La démocratie, toute fragile quelle est face à la violence, est le moins mauvais système politique.

    - Dans le sport, celui qui arrive en trichant n’aura pas la même saveur de la victoire que celui qui y arrive avec fair-play.

    Jean nous dit, au fond, que le bonheur n’a rien à voir avec la réussite telle que la société la conçoit. Le bonheur est dans l’application des valeurs évangéliques celles que Jésus l’Agneau a mises en pratique, dans l’abaissement, le service et le don de soi. C’est cela que Dieu valorise toujours.

    Jean appelle ceux qui sont dans le malheur et victimes d’injustices à en appeler à Dieu, à attendre de Dieu le relèvement, la réhabilitation. Car derrière le chaos du monde et des malheurs, Dieu est toujours attentif à nous. Les valeurs des Béatitudes continuent à avoir du prix, même quand ces valeurs sont moquées et bafouées par une société du succès et de l’apparence.

    Jean nous appelle à ne pas désespérer, car le plan de Dieu est la réhabilitation de toutes les victimes, et l’établissement de la Jérusalem céleste où « Dieu effacera toutes larmes de leurs yeux.» (Apoc 7:17)

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2018

  • Un Royaume ouvert à tous.

    Luc 18

    4.11.2018

    Un Royaume ouvert à tous.

    Esaïe 55 : 1-5          1 Timothée 1 : 12-16         Luc 18 : 9-14

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    Chers frères et sœurs en Christ,

    En fêtant aujourd’hui le dimanche de la Réformation, nous rappelons la redécouverte géniale de Luther de la gratuité du salut. Luther la redécouvre dans les écrits de l’apôtre Paul, particulièrement dans la lettre aux Romains et dans la lettre aux Galates.

    Pour ma part aujourd’hui — après un détour chez Paul aussi — j’aimerais souligner combien ce salut gratuit est déjà pleinement présent dans l’enseignement de Jésus. Tout vient de Jésus, Paul lui-même le reconnaît dans ces quelques paroles autobiographiques qu’il écrit à Timothée.

    Paul souligne qu’il persécutait l’Eglise du Christ, et que c’est précisément là que — je le cite — « le Seigneur a répandu avec abondance sa grâce sur moi. Il m’a accordé la foi et l’amour qui viennent de Jésus-Christ » et il continue en disant : « Jésus-Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs. Je suis le pire d’entre eux. (...) Le Christ a démontré en moi — le pire des pécheurs — toute sa patience, toute sa générosité. » (1 Tim 1 : 14-16)

    Le mot « patience » (trad. français courant), ou « générosité » (trad. TOB) que Paul utilise ici est « macro–thumia » en grec. « Macro » — vous l’avez reconnu — veux dire grand, énorme. « Thumia » c’est le sentiment passionné, le cœur non pas comme organe, mais comme la qualité de cœur. Paul reconnaît donc que dans son état de total éloignement de Dieu, Jésus a fait preuve d’une totale grandeur de cœur ou largesse d’esprit en le récupérant, en le noyant dans son amour.

    La question qui se pose : est-ce le Christ idéalisé par Paul qui a fait cela ? Où est-ce déjà le Jésus qui enseigne au milieu de ses disciples ? La parabole du pharisien et du collecteur d’impôts va nous montrer que cela remonte bien au Jésus qui enseigne ses disciples.

    Luc nous rapporte cet enseignement, et il est bien précisé que c’est une parabole, pas une scène de rue. Si c’est une parabole, c’est qu’elle contient une vérité essentielle sur Dieu et son rapport à l’humain.

    Dans cette parabole, il y a un homme juste, le pharisien, qui s’applique consciencieusement à essayer de plaire à Dieu, un bon paroissien quoi. Et Jésus ne le méprise pas. L’autre fait partie — du point de vue de la population — de la pire espèce économique. Aujourd’hui il faudrait peut-être prendre comme exemple un trafiquant d’armes ou le dirigeant d’un atelier de couture clandestin, deux catégories de personnes qu’on va déclarer « exploiteurs » et donc aussi détestables qu’un collecteur d’impôt à l’époque.

    Chacun de ces deux hommes est conscient de son état et de la façon dont on les considère. Ils se reconnaissent dans ce miroir que la société leur tend, l’un se sait honorable et l’autre se sait misérable, mauvais. Ils sont à égalité dans cette auto reconnaissance. Et voilà que la parabole reconnaît cette égalité et fait remonter cette égalité jusque dans le regard de Dieu.

    En fait, l’amour de Dieu pour ces deux hommes est si généreux que la différence entre les deux hommes est nivelée. La morale du pharisien ne compte pas plus que l’immoralité du marchand d’armes. « Cet homme (le collecteur d’impôts) était en règle avec Dieu » dit Jésus (v.14). Ce récit « devient une parabole à propos de Dieu en tant que dispensateur d’un pardon inconditionnel.»*

    La parabole « suggère même une certaine priorité du pêcheur (...) un peu à la manière dont aux urgences les blessés graves reçoivent la priorité par rapport aux blessés plus légers ».* Jésus n’avait-t-il pas déjà dit : « Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin d’un médecin, mais les malades » ? (Luc 5:31)

    Jésus est totalement à contre-courant de tout objectif moraliste. Le salut, la relation à Dieu n’est pas une affaire de morale, de comportement, de bien ou de mal. Heureusement, sinon nous serions tous perdus, tous irrémédiablement coupés de Dieu. Le Royaume de Dieu ne correspond ni à notre système moral, ni à notre système économique. Le Royaume de Dieu concerne ce qui est perdu (une brebis, une drachme, un fils, Luc 15) et que Dieu recherche inlassablement.

    Jésus fait scandale avec ses propos, avec cette largesse d’esprit (macro-thumia). Il fait scandale de son temps — et cela va contribuer grandement à le diriger vers la croix. Mais cela fait aussi scandale dans l’Eglise même. C’est si scandaleux pour Luc lui-même, qu’il ne peut se retenir d’assassiner cette parabole en y ajoutant une autre conclusion : «Qui s’abaissera sera élevé, et qui s’élève sera abaissé.» Cette phrase, Jésus l’a bien prononcée (Luc n’invente rien), mais il l’a prononcée à la suite d’une réception ou chacun essaye de prendre la meilleure place à table (Luc 14:7-11). En réduisant cette parabole de Jésus en un conseil stratégique pour se retrouver finalement à la bonne place, Luc émousse la parabole, il en tue le caractère scandaleux.

    Cette folie divine consiste à offrir un ticket d’entrée dans le Royaume de Dieu à tous, vraiment tous. Voilà ce que Jésus dit à ses contemporains… et à nous ! Il le dit dans la parabole des invités qui refusent de venir et qu’il remplace par ceux qui se trouvent dans les rues et n’avaient même pas reçu d’invitation (Luc 14:15-24). Jésus pousse encore plus loin lorsqu’il dit : « en vérité, les collecteurs d’impôts (encore eux !) et les prostituées arriveront avant vous dans le Royaume des cieux » (Mt 21:31). Jésus parle à ceux qui sont dans le Temple de Jérusalem, imaginez le scandale !

    La Réformation a fait cesser le scandale des indulgences (acheter son entrée dans le Royaume de Dieu avec de l’argent). Elle a rétabli le message selon lequel le Royaume des cieux est ouvert à tous ceux qui croient, tous ceux qui ont la foi et qui se convertissent. Mais Jésus n’est-il pas plus large d’esprit encore — comme le reconnaît Paul pour lui-même, le pire des pécheurs, qui a été aimé avant sa conversion ? Que faisons-nous de l’accueil inconditionnel de Jésus à tous les pécheurs ? Avant même une hypothétique conversion ?

    A nous de mettre en œuvre — vraiment — cette largeur d’esprit de Jésus, qui est le reflet de l’amour infini et inconditionnel de Dieu. A nous de la mettre en œuvre vraiment dans nos Eglises, comme un exemple de vivre ensemble pour toute la société. C’est ce défi que la Réforme a ébauché. A nous d’élargir cette ouverture à tous, vraiment tous. C’est le défi de Jésus : sans cesse ouvrir les portes, élargir nos cœurs.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2018

     

    * John D. Caputo, La faiblesse de Dieu, Genève, Labor et Fides, 2016, p. 298-299.

  • Dieu fait tomber les barrières

    Actes 11

    14.10.2018

    Dieu fait tomber les barrières

    Actes 11 : 1-12        Actes 11 : 13-18

     

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    Chers frères et sœurs en Christ,

    Le livre des Actes des Apôtres est notre seule source — dans la Bible — à propos de ce qui s'est passé après la résurrection de Jésus, sur les débuts du mouvement chrétien. Ce que l'on peut constater, c'est que les disciples de Jésus — dynamisés par la résurrection et les apparitions de Jésus — se sont mis à prêcher, à annoncer la bonne nouvelle — l'évangile — à Jérusalem d'abord, en Judée puis au-delà.

    Des persécutions — le mouvement chrétien n'était pas toujours apprécié par les traditionalistes ! — ont poussé les premiers chrétiens à sortir des frontières du pays d'Israël. Ils sont allés dans les villes des régions voisines puis bien plus loin, retrouvant-là les communautés juives de la diaspora.

    Il existait des synagogues avec des communautés juives dans toutes les grandes villes de l'Empire romain autour de la Méditerranée. Les apôtres et leurs compagnons s'adressaient donc en premier lieu à leurs coreligionnaires, parce qu'ils n'avaient pas l'impression ou la conscience d'être les missionnaires d'une nouvelle religion ! Les disciples sont persuadés d'être de bons juifs, simplement des juifs qui ont trouvé le Messie en Jésus.

    L'opposition que les disciples rencontrent dans les synagogues est d'abord une surprise, mais cela ne sera pas leur plus grande surprise ! Ils découvrent petit à petit que le message de Jésus rencontre un écho favorable chez les non-juifs, les païens. Alors se pose le problème — pour les disciples et les apôtres — de savoir si les "païens" peuvent entrer dans l'alliance que Dieu avait faite avec le peuple d'Israël.

    Le livre des Actes mène une large réflexion sur cette question : "Peut-on inclure les païens dans les appelés de Dieu ?" Dans le récit du livre des Actes qui précède celui que vous avez entendu, Pierre reçoit une vision accompagnée de ce message : "Ne considère pas comme impur ce que Dieu a déclaré pur !" (Ac 10:15 et 11:9) Cette déclaration va ouvrir la porte à des rencontres entre juifs et païens, entre Pierre et Corneille, officier romain, probablement originaire d'Italie.

    C'est à partir de cette vision et de la venue de l’Esprit saint sur Corneille et sa famille que Pierre peut soutenir — contre les autres apôtres : “Dieu leur a accordé le même don que celui qu’il nous a fiat quand nous avons cru au Seigneur Jésus-Christ : qui étais-je pour m’opposer à Dieu ?” (Ac 11:17)

    L'auteur du livre des Actes, Luc, insiste lourdement pour dire que la décision vient vraiment de Dieu, plutôt que des disciples ou de Pierre. Il faut trois choses pour que Pierre soit convaincu (i) une vision (ii) une voix qui vient du ciel et (iii) la descente de l’Esprit saint sur ces païens.

    Pourquoi Luc insiste-t-il tellement sur l'esprit de fermeture des disciples et l'esprit d'ouverture, d'accueil de Dieu ? N'est-ce pas parce que c'est un trait caractéristique et permanent de l'être humain et que cet auteur écrit cette histoire aussi pour ses contemporains et au-delà pour nous également ? Combien de fois n'avons-nous pas l'esprit plus étroit que celui de Dieu (et nous ne nous en rendons pas compte !) ?

    La place que prend cet épisode dans le livre des Actes, le nombre et la répétition, dans le récit même des interventions divines — visions, paroles, anges, parlé en langue, descente de l'Esprit saint — pour justifier cette ouverture, montre que la résistance, au sein de l'Eglise primitive a dû être forte.

    Toute la vie d'un croyant juif de l'époque est construite sur la distinction du pur et de l'impur. Les païens n'en tiennent pas compte et ils sont donc considérés comme souillés. Si l'on veut appartenir au peuple de Dieu, il faut distinguer ce que Dieu a déclaré pur et ce qu'il a déclaré comme interdit. C'est la base de la vie pieuse. Cela a conduit les juifs à vivre une vie séparée des autres, n'entrant pas dans les maisons des romains (c'est ainsi que les autorités juives ne voulaient pas entrer dans le palais de Ponce Pilate, Jn 18:28), partageant encore moins leurs repas — la nourriture ayant pu être consacrée aux idoles.

    Pierre ressort donc transformé de la maison de Corneille, c'est presque un récit de la conversion de Pierre ! Il y a chez lui un véritable changement de mentalité, un changement de vision du monde. Pierre passe d'un monde cloisonné où chaque peuple, où chaque ethnie, où chaque culture vit séparée l'une de l'autre — ce qu'on appelle le communautarisme aujourd'hui — à une société ouverte où chacun peut non seulement se croiser, mais se rencontrer, se toucher, se rassembler et manger à la même table !

    Mais Pierre n'est pas au bout de son chemin. Il a fait son chemin personnel, mais il doit encore convaincre l'ensemble de la communauté. Avec ironie, Luc montre par là que les obstacles ou les résistances au message de Dieu sont souvent plus forts à l'intérieur de l'Eglise qu'à l'extérieur. A ce moment-là (mais est-ce seulement à ce moment-là ?) l'Eglise n'a pas tellement envie de devenir universelle. L'Eglise n'a pas tellement envie de changer, de s'ouvrir. -- Pour nous aujourd'hui cela paraît tout naturel, normal que l’Eglise soit universelle. Mais pour l'Eglise d'alors, cette position de Pierre est comparable à un politicien qui offrirait le passeport suisse à toute personne qui en ferait la demande, sans autre condition que de prononcer la phrase : "J'aime la Suisse." Vous imaginez les réactions que cela entraînerait ?

    "Ne considère pas comme impur ce que Dieu a déclaré pur." (Ac 11:9). Cette phrase a façonné le christianisme et n'a pas fini de déployer ses effets. Elle est un défi pour tous les chrétiens et elle est un défi pour toutes les autres religions.

    Cette phrase signifie d'abord l'abolition de toutes les barrières entre les humains. C'est l'abolition de toutes les discriminations entre humains et comme telle à la source de la Déclaration universelle des droits humains qui déclare que toute personne a des droits "sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation." (Article 2).

    Cela nous interroge sur les barrières que nous maintenons en place dans l'Eglise ou dans la société. Plus important pour nous aujourd'hui — en tant qu'Eglise — cela nous rappelle que cette abolition des barrières est voulue par Dieu lui-même, ce qui signifie que nous ne devons pas, que nous ne pouvons plus ériger des barrières au nom de Dieu, au nom du culte ou au nom de la religion.

    C'est un véritable défi pour notre XXIe siècle qui voudrait que chacun vive chez soi et qu'on ne mélange pas les communautés différentes ! Pour rester fidèles à Dieu, apprenons à faire tomber toutes les barrières.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2018

  • Obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ?

    Actes 4

    30.9.2018

    Obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ?

    Actes 4 : 1-12     Actes 4 : 13-21

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    Chers frères et sœurs en Christ,

    Comme nous l’avons vu ces derniers dimanches, le Livre des Actes met en scène les débuts de l’Eglise. Luc veut montrer comment le saint Esprit est à l’œuvre. Mais le saint Esprit passe toujours par l’action humaine. Aussi Luc met-il en scène les apôtres, principalement Pierre et Paul. Le livre des Actes des Apôtres pourrait presque s'appeler les Actes de Pierre et Paul. Ils en sont les principaux héros. Pierre dans les chapitres 1 à 15 et Paul dans les chapitres 13 à 26, avec l'inclusion de sa conversion au chapitre 9.

    Pierre et Paul se rencontrent une première fois, trois ans après la conversion de Paul (Galates 1:18), puis de nouveau lors du Concile de Jérusalem où il faut décider des critères d’inclusion des non-juifs dans l’Eglise. Paul sera plus progressiste que Pierre et Pierre que Jacques. Ainsi, peu à peu, Paul supplante Pierre dans la construction du christianisme et du Nouveau Testament. Mais Pierre reste le premier des disciples, dans le temps, dans son parcours avec Jésus et dans la fondation de l'Eglise de Jérusalem.

    C'est lui qui prêche directement après la Pentecôte. Il enseigne dans le Temple — avec Jean. Et il guérit l'infirme qui siège devant la Belle-Porte (Ac 3). C'est cet épisode de guérison qui est à la base du premier conflit avec les autorités du Temple et qui nous est exposé dans ce chapitre 4. Luc fait ici preuve de son talent littéraire, dans sa façon de raconter l'épisode et de nous faire comprendre beaucoup de choses sur Pierre comme "entre les lignes."

    Luc utilise le timing de l'épisode qui nous intéresse. Rappelons l'horaire de ce conflit : Pierre prêche au Temple pendant la journée. Les autorités réagissent et arrêtent Pierre et Jean dans la soirée. Les apôtres passent la nuit en prison. Ils comparaissent le lendemain matin devant le Conseil. Cela ne vous rappelle-t-il rien ? Par cet horaire, Luc fait un parallèle entre la Passion de Jésus et ce premier conflit. On y voit une sorte de remake du procès de Jésus. C'est ainsi que s'accomplissent les annonces de persécutions que Jésus a faites à ses disciples. Luc souligne ainsi la communauté de destin entre les disciples et Jésus. Voyons cela dans le détail.

    Jésus avait annoncé à ses disciples : "Quand on vous conduira pour être jugés dans les synagogues, ou devant les dirigeants ou les autorités, ne vous inquiétez pas de la manière dont vous vous défendrez ou de ce que vous aurez à dire, car le Saint-Esprit vous enseignera à ce moment-là ce que vous devez exprimer." (Luc 12:11-12, voir aussi Luc 21:15).

    Et voici que Pierre — dont on se souvient la peur, voire la lâcheté, devant la servante pendant le procès de Jésus — Pierre est maintenant plein d'assurance. Il s'exprime, au grand étonnement de l'assemblée, avec clarté et avec des arguments qui font mouche, alors que les grands-prêtres pensent avoir à faire à des gens simples et sans instruction. Luc dit clairement d'où vient cette audace et cette assurance : "Pierre était rempli du Saint-Esprit" (v. 8).

    Ainsi, les promesses de Jésus s'accomplissent. Le Pierre du reniement d'avant la croix et la résurrection a été transformé et cette transformation vient de l'Esprit-Saint, l'Esprit de Jésus qui habite maintenant les disciples.

    Un autre "trait de caractère" de l'apôtre mis en évidence par Luc est l'honnêteté. Les autorités du Temple demandent à Pierre et aux disciples de ne plus parler de Jésus au Temple. Là, Pierre joue l'honnêteté, il joue cartes sur table : ce ne sera pas possible, "nous ne pouvons par renoncer à parler de ce que nous avons vu et entendu" (v. 20).

    Ce n'est pas de la contestation, ce n'est pas de la provocation, c'est juste un positionnement, une affirmation, un fait. Ce positionnement est ancré dans la certitude "qu'il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes" (v. 19).

    Affirmation si évidente, mais affirmation si problématique. Affirmation évidente pour le sanhédrin, mais problématique pour le sanhédrin vis-à-vis des prédicateurs de Jésus. - Affirmation évidente aujourd'hui face aux violations des droits humains, mais affirmation problématique pour nous aujourd'hui lorsque ce sont les musulmans qui la prononcent pour obtenir des dérogations à nos lois. - Affirmation problématique dans un pays démocratique, où le peuple est le souverain.

    Qu'est-ce qui justifie cette phrase dans la bouche de Pierre ? Qu'est-ce qui la rend acceptable dans la pratique — puisqu'il est difficile de la contester dans l'absolu ?

    Comment concilier : Dieu est au-dessus de nos lois, fussent-elles démocratiques, et : Tout le monde doit se soumettre aux lois et aux principes de la démocratie ? Je pense qu'on peut trouver quelques pistes dans le comportement de Pierre.

    Premièrement, Pierre demande juste une liberté, un droit à la liberté d'expression. Il faut distinguer le "droit-liberté" du "droit-créance". Le "droit-créance" demande une action, une prestation de la part du pouvoir. Le droit au travail, le droit au logement sont des "droits-créances". Les "droits-liberté" demandent une abstention de la part du pouvoir : s'abstenir d'empêcher ou de réprimer. La liberté d'expression que demande Pierre ne demande pas de prestation, juste de ne pas être empêché de parler.

    Deuxièmement, cette liberté d'expression n'est pas contraignante pour les autres, elle n'oblige pas à rester pour écouter. Chacun reste libre d'adhérer ou pas au message de Pierre.

    Troisièmement, les apôtres sont prêts à assumer les conséquences et les inconvénients de leurs discours ou de leur opposition à l'autorité. Ils sont prêts au martyre. C'est une résistance non-violente et non-agressive.

    Quatrièmement, Pierre ne définit pas un contenu précis à ce que Dieu demande. Il ne revendique pas cette obéissance sur des cas particuliers, un comportement, un rite ou une coutume; et il ne cherche pas à imposer cette volonté à d'autres. Il demande un espace de liberté dans l'espace public.

    Ce conflit entre autorités religieuses et Pierre persiste encore aujourd'hui entre les autorités civiles et les demandes religieuses, entre la pensée dominante et les courants minoritaires, entre la volonté de faire le bien et la création légale du délit d’assistance.

    Le partage n'est pas facile à faire, nous le voyons souvent dans nos journaux. Rappelons-nous que la pratique du Christianisme (dans son essence), à la suite de Jésus, a toujours été de chercher des voies d'ouverture et de non-violence où le chrétien renonce à son droit plutôt que de devenir intolérant.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2018

  • Partager en deux l’abîme par une main tendue !

    Actes 3

    23.9.2018

    Partager en deux l’abîme par une main tendue !

    Actes 3 : 1-10       Luc 14 : 15-21

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    Chers frères et sœurs en Christ,

    Dans le livre des Actes, Luc a pour ambition d’écrire l’histoire du début de l’Eglise. Mais ce n’est pas l’histoire humaine qu’il veut écrire. Il veut mettre en scène l’action de Dieu au milieu des disciples, des apôtres et des croyants. C’est pourquoi Luc a dépeint la descente de l’Esprit saint sur les disciples à la Pentecôte, puis la force que donne l’Esprit saint aux apôtres.

    Tout le défi pour Luc est de savoir comment montrer — rendre visible à tous — dans un récit, l’action invisible de Dieu. On ne peut voir le vent, mais on voit ce qu’il soulève ou fait bouger. Eh bien Luc va montrer ce qui bouge, ce qui change sous l’action de l’Esprit saint.

    La première action qui suit la Pentecôte est cette rencontre de Pierre et Jean avec cet infirme qui mendie à une porte du Temple de Jérusalem. Le mendiant est handicapé depuis sa naissance. Il faut le porter jusqu’à l’entrée du Temple pour qu’il puisse mendier et gagner sa subsistance. Il reste à la porte, parce que l’intérieur du Temple est interdit à ceux qui ont des infirmités, des défauts physiques. Ce mendiant est donc caractérisé par l’immobilité, la passivité, la dépendance et l’exclusion.

    Pierre et Jean sont interpelés lorsqu’ils passent devant lui. Ils le regardent d’abord — ce que nous ne faisons souvent pas avec les mendiants de nos rues, préférant la plupart du temps éviter de croiser leurs regards.

    Ensuite Pierre lui parle… En gros il lui explique qu’il ne va pas lui donner d’argent ! Mais en faisant cela, Pierre quitte le registre économique pour entraîner le mendiant dans le registre du Royaume de Dieu — où tout est différent, tout est à l’excès, comme l’expriment les paraboles. Et Pierre prononce les mêmes paroles que Jésus face au paralytique (Luc 5:23) « Lève toi et marche ! »

    Finalement Pierre lui tend la main, il crée un contact physique, et le relève : ce verbe fait clairement allusion à la résurrection.

    La façon dont la scène se passe montre clairement la continuité entre l’œuvre de Jésus et l’œuvre des apôtres. Jésus est monté au ciel, mais son œuvre continue sur terre par la force du saint Esprit et les gestes des apôtres.

    Mais le récit n’est pas terminé. Le relèvement du mendiant n’est qu’une étape dans le travail de l’Esprit saint. Le passage de l’immobilité à la mobilité — le mendiant bondit en louant Dieu — n’est pas la seule transformation induite. Il était passif, il devient actif. Il était dépendant de ses porteurs et de ses bienfaiteurs, il devient indépendant, il va pouvoir retrouver une vie normale. Il était exclu du Temple, maintenant il rentre dans le Temple pour louer Dieu. Il a enfin accès à Dieu. Il découvre le surplus de valeur du spirituel sur le matériel, l’amour à la place de l’aumône.

    Cette guérison faite au nom de Jésus atteste de la destruction de toutes les barrières que les humains pouvaient inventer et placer entre Dieu et l’humain. Jésus l’avait déjà dit dans sa parabole du banquet. Le royaume de Dieu ne nécessite pas de ticket d’entrée. Bien plus même, ceux qui croyaient avoir un droit d’entrée (ayant reçu une invitation) ne s’y retrouvent pas, et ceux qui pensaient en être exclu — les pauvres, les infirmes, les aveugles et les boiteux (Luc 14:21)— sont repêchés et spécialement accueillis.

    L’Eglise que nous dépeint Luc avec cette « première admission » doit être à l’image du Royaume de Dieu que Jésus profilait dans ses paraboles. Une Eglise inclusive, une Eglise composée de tous les estropiés de la terre, de tous les blessés de la vie, de tous les meurtris de l’existence.

    Luc multiplie dans son Évangile et dans les Actes les récits avec des personnages généralement exclus du peuple d’Israël ou du culte : les bergers dans le récit de Noël (Luc 2), le centenier de Capharnaüm (Luc 7), les enfants écartés par les disciples (Luc 18), Zachée le collecteur d’impôts (Luc 19), et dans les Actes l’eunuque éthiopien (Actes 8), Corneille l’officier romain (Actes 10-11), et ici le mendiant à la porte du Temple.

    L’Eglise ne peut pas avoir de porte, de portillon de contrôle à l’entrée. L’Eglise est ouverte à tous, à la manière de Jésus-Christ qui rend son Père accessible à tous, sans condition.

    Par ce récit, Luc montre que l’Eglise c’est l’inverse du Temple : tous ceux à qui le Temple interdisait d’accès (laissait à l’extérieur) ceux-là même sont les invités privilégiés de la nouvelle communauté de l’Eglise.

    Cette guérison qui ouvre la porte du Temple va encore plus loin dans son message. Ce récit nous dit que la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ s’inscrit dans la pâte humaine, dans le corps. Ce récit montre comment l’action de Dieu s’incarne, se corporéise dans notre réalité. Pas tellement dans l’idée d’un exploit médical — ce serait juste de la magie — mais dans le fait que l’Esprit de Jésus passe par Pierre, se faufile dans la main de Pierre, se transmet dans cette poignée de main et transforme la vie de cet homme en le faisant revivre.

    La main de Pierre guérit le mal de vivre de cet homme parce qu’il est un humain qui prend la main d’un autre. Un auteur que j’aime dit ceci : dans l’épreuve la plus noire « la question n’est pas de trouver une réponse à la nuit (...) mais à passer la nuit en compagnie de l’autre, à partager en deux l’abîme dans une fraternité. »*

    Partager en deux l’abîme par une main tendue ! Voilà ce que Jésus a enseigné à ses disciples, ce que ces disciples devenus apôtres mettent en pratique. Et c’est ainsi que se constitue une communauté appelée l’Eglise.

    Cette communauté n’est pas idéale, elle n’est pas faite de corps « photoshopés ». Elle est à l’image de son chef, de Jésus le Crucifié qui se montre à ses disciples : Ressuscité, mais portant les stigmates, les cicatrices de son exécution.

    À notre tour nous pouvons venir, entrer dans la communauté avec les blessures de nos vies, les cicatrices de notre passé. Le banquet s’est ouvert à ceux qui ne pensaient pas être dignes d’y être invités, à tous ceux qui ont été relevés par une poignée de main humaine. Quelle que soit notre infirmité cachée, ensemble nous pouvons être l’Eglise appelée par Dieu, sauvée par Jésus-Christ, et dynamisée par le saint Esprit.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2018

    * John D. Caputo, La faiblesse de Dieu, Genève, Labor et Fides, 2016. p.343.

  • Découvrir Dieu à l’intérieur

    Actes 2

    2.9.2018

    Découvrir Dieu à l’intérieur

    Jérémie 31 : 31-34         Actes 2 : 1-4         2 Corinthiens 4 : 6-8

    télécharger le texte : P-2018-09-02.pdf

     

    Chers frères et sœurs en Christ,

    Dans notre parcours des Actes des Apôtres vient l’épisode de la Pentecôte. Jésus a quitté ses disciples à l’Ascension. Il leur a donné une mission géographique : évangéliser Jérusalem, la Judée, la Samarie et aller jusqu’aux confins de la terre (Ac 1:8).

    Les disciples ont reconstitué l’équipe des Douze en remplaçant la défection de Judas par la venue de Matthias, un disciple qui peut témoigner du ministère de Jésus de son baptême jusqu’à son ascension et attester que le Ressuscité est bien le Jésus qui a été crucifié (Ac 1:16-26).

    Avec la Pentecôte et le don de l'Esprit saint aux disciples, c'est l'accomplissement que Jésus avait annoncé et promis. Lui-même n'étant plus là, Dieu envoie l'Esprit saint comme présence divine auprès des disciples, des croyants.

    L'Evangéliste Luc en fait une représentation, une traduction dans la visible : même des inconnus autour de la maison entendent et voient des choses, même s'ils l'interprètent mal en pensant que les disciples sont ivres (Ac 2:13). Cette représentation s'inscrit dans le plan de Luc pour le livre des Actes, ce livre qui montre comment l'Esprit de Jésus anime les apôtres et dirige l'annonce de l'Evangile depuis Jérusalem jusqu'à Rome.

    Cette représentation peut devenir pour nous, aujourd'hui, un obstacle, si nous nous attachons aux "signes extérieurs", à la manifestation bruyante et visible. Cela risque de nous faire oublier que le don de l'Esprit est la réalisation de la nouvelle Alliance qu'annoncent tous les prophètes : Dieu se rend présent à nous. Jérémie annonçait cette nouvelle Alliance et nous pensons avec raison que le Christ l'a réalisée.

    Cependant, je pense que nous ne sommes pas allés jusqu'au bout de l'enseignement de Jésus, nous n'en avons pas tiré toutes les conséquences ! Nous avons retenu que Jésus est le Fils de Dieu, c'est-à-dire que Jésus est habité pleinement par l'Esprit de Dieu. Nous avons retenu que le visage de tout prochain est porteur de l'image de Dieu, qu'il est le reflet du visage du Christ. Mais, nous hésitons à franchir le pas suivant, qui en est la suite logique : Dieu habite en nous. Dieu est au fond de nous-même.

    Si mon prochain est visage du Christ, pourquoi ne le suis-je pas pour moi-même ? Si Dieu est venu pleinement habiter dans l'homme Jésus, pourquoi n'habiterait-il pas en moi, comme il l'a promis ?

    Bien sûr, énoncer que "Dieu habite au plus profond de chaque être humain" est un courant minoritaire dans la Bible. Mais "le Messie souffrant" aussi était un courant minoritaire jusqu'à la mort sur la croix. Et pourtant, c'est la clé d'interprétation qu'a choisi le Christianisme pour relire l'Ecriture. A partir de la croix, le Christianisme a laissé tomber toute une partie de l'Ancien Testament, tout ce qui concerne les fêtes et le culte au Temple, les lois sacrificielles, les lois civiles et le code de pureté du Lévitique.

    N'est-il pas temps, aujourd'hui, de prendre au sérieux ce courant qui fait passer Dieu "de l'extérieur à l'intérieur" ? N'est-il pas temps de renoncer au Dieu extérieur, le maître de l'Histoire des peuples, le Dieu horloger, le Dieu "cause première" pour considérer le Dieu dont nous parle réellement Jésus : celui qui change les cœurs, celui qui soigne et guéri les plaies de l'âme, celui qui relève. A quoi sert de garder ce Dieu du dehors qui ne sert que de réceptacle aux reproches de nos contemporains qui disent avec raison de Lui : "pourquoi permet-il le mal s'il est tout-puissant" ?

    La Pentecôte est le signe de l'Esprit de Dieu qui vient en nous. C'est une représentation pour marquer qu'on entre dans une nouvelle période de la révélation. C'est la nouvelle Alliance préparée par les prophètes, celle qui concerne notre cœur de chair (Ez 11:19), celle qui s'inscrit dans nos consciences (Jér. 31:33), à l'intérieur de nous, au plus profond de notre être intérieur.

    Que Dieu habite en nous reste difficile à croire et l'apôtre Paul marque le paradoxe en parlant de la lumière divine que nous portons dans des vases d'argile (2 Co 4:7). Rien dans l'aspect de ces vases ne laisse apparaître qu'ils contiennent quelque chose d'aussi précieux… et pourtant. Pas d'orgueil pour nous de porter Dieu au fond de nous-mêmes. C'est un cadeau, souvent un cadeau difficile à découvrir.

    Nous sommes nous-mêmes tellement "à l'extérieur." Anthony de Mello déclare : "nous accumulons des choses parce que notre cœur est vide."*1 En effet, tant que nous n'avons pas découvert la lumière dans le vase d'argile, la présence de Dieu au plus profond de nous-mêmes, nous sentons le vide en nous. A travers le don de son Esprit, Dieu vient habiter notre cœur vide, il le remplit de sa présence. Comme dans les paraboles, la perle est déjà dans le coquillage, le trésor est déjà dans le champ quand ils sont découverts. Ils sont là, maintenant, dans l'attente d'être découverts.

    Et je finirai par cette phrase de Rûmi : "Bien que tu sois ensorcelé par ce monde, au secret de toi-même, tu es un trésor caché. Ouvre les yeux intérieurs, reviens enfin à l'origine de ta propre origine."*2

    Que ce récit du début des Actes soit pour nous le rappel que Dieu donne son Esprit à tous et que nous pouvons plonger en nous-mêmes — dans nos vases d'argile — pour y découvrir la lumière de Dieu, l'Esprit de Dieu, la Présence de Dieu qui nous habite.

    Amen

     © Jean-Marie Thévoz, 2018

     

     

    *1 citation complète. “Quand le moineau construit son nid dans la forêt, il n'occupe qu'une branche. Quand le cerf étanche sa soif à la rivière, il ne boit pas plus que son estomac ne peut contenir. Nous accumulons les choses parce nos cœurs sont vides.” tiré de Anthony de Mello, Histoires d'humour et de sagesse, Albin Michel 2007 (Espaces libres)

    trouvé sur http://dicocitations.lemonde.fr/citations-auteur-anthony_de_mello-0.php le 2.9.2018

    *2 tiré de l’Ode 120 : Djalal al-Dîn, Odes mystiques (Dîvân-e Shams-e Tabrîzî), Eva De Vitray-Meyerovitch (éd. et trad.) Paris, Seuil, 2003 (Points Sagesses, 180).