20.12.2011

Esaïe 40. La bonne nouvelle de Jésus-Christ : une libération intérieure

Esaïe 40
4.12.2011

La bonne nouvelle de Jésus-Christ : une libération intérieure

Esaie 40 : 9-11    Marc 1 : 1-8

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Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Les deux textes bibliques que vous venez d'entendre se recoupent sur l'annonce de la Bonne Nouvelle. Autant Esaïe que Marc proclament que la bonne nouvelle se fait entendre, et c'est bien ce que nous voulons vivre dans ce temps de l'Avent.
Esaïe nous dit : "Peuple de Jérusalem… tu es chargé d'une bonne nouvelle… : « Voici ton Dieu ! »" (Es 40:9) et Marc ouvre son Evangile en disant : "Ici commence la bonne nouvelle qui parle de Jésus-Christ" (Mc 1:1).
Ce mot "bonne nouvelle" en grec se dit Evangelion, ce qui a donné notre mot Evangile. L'Evangile est une bonne nouvelle pour le monde, une bonne nouvelle déjà annoncée au peuple d'Israël dans l'Ancien Testament. Particulièrement par le prophète Esaïe.
Les premiers chrétiens — et nous à leur suite — ont beaucoup puisé dans le livre d'Esaïe pour comprendre le ministère de Jésus. C'est spécialement dans la deuxième partie du livre d'Esaïe (les chapitres 40—55) que nous trouvons des textes qui ont été compris comme annonciateurs du Messie, du Christ. Cette partie du livre d'Esaïe a été écrite à la fin de l'Exil à Babylone (vers 540 av. J.-C.). Le roi de Perse Cyrus a défait les Babyloniens et va permettre aux juifs exilés de retourner à Jérusalem. Le prophète Esaïe annonce ces bonnes nouvelles de libération au peuple des exilés.
Ces paroles de consolation après le malheur, ces paroles d'annonce du libérateur, de la libération, on été reportées, plus tard, sur le Messie qui devait encore venir, et finalement sur Jésus. C'est pourquoi nous les reprenons pendant le temps de l'Avent.
Une autre série de paroles du Second Esaïe ont été comprises comme s'appliquant à Jésus, ce sont les poèmes du Serviteur souffrant. Ces poèmes ont permis de comprendre le mystère de la croix. Ainsi, les annonces de libération sont reprises traditionnellement pendant le temps de l'Avent et de Noël et les poèmes du Serviteur souffrant sont reprises pendant le temps de la Passion.
Revenons à notre texte d'Esaïe. Il s'adresse aux exilés et leur annonce que Dieu vient vers eux depuis Jérusalem. Dieu vient les rechercher pour les ramener dans leur pays. C'est la bonne nouvelle de leur libération et de leur retour.
Lorsque Marc — au début de son Evangile — reprend le même vocabulaire pour annoncer Jésus-Christ, il annonce aussi une libération, mais il y a un glissement de sens. Certaines personnes, même certains disciples ont cru — au début — que Jésus allait libérer le peuple d'Israël de l'occupation romaine. Mais Jésus a beaucoup travaillé pour dissiper ce malentendu.
Si la libération d'Esaïe était politique et extérieure, la libération apportée par Jésus n'est pas de même nature. La libération par Cyrus qu'annonçait Esaïe n'a d'ailleurs été que temporaire, elle n'a concerné qu'une seule génération. Elle ne touche pas le fond, elle ne touche pas l'aspiration profonde de l'humanité.
Ainsi, l'Evangile nous apporte une autre forme de libération, c'est la libération d'une occupation sans soldats, c'est la libération d'une occupation intérieure, c'est la libération d'un exil intérieur, c'est la libération d'une aliénation intérieure. Chaque fois que nous avons l'impression de ne pas être nous-mêmes, de ne pas faire ce que nous aspirons à faire au fond de nous-mêmes, nous avons alors besoin de cette libération.
Et le temps de l'Avent est ce temps où nous essayons de nous recentrer sur cette attente, sur cette aspiration profonde d'une libération intérieure, toujours à recommencer. L'aspiration à une rencontre qui fasse la lumière en nous.
Ainsi il y a un glissement d'Esaïe à Jean Baptiste et de Jean Baptiste à Jésus-Christ et un passage de l'extérieur à l'intérieur, un passage du baptême d'eau au baptême de l'Esprit.
Ce passage se fait par un retournement radical. Esaïe annonçait que Dieu venait avec sa force, avec son bras de domination. L'évangile de Noël nous présente un nourrisson dans une crèche ! Le retournement, c'est la substitution de la puissance de l'épée par l'impuissance de l'amour. Ce que nos contemporains — et souvent nous-mêmes — n'arrivent toujours pas à comprendre ! Pourquoi Dieu n'arrête-t-il pas les guerres ? Pourquoi Dieu n'empêche-t-il pas la mort des innocents ? Pourquoi Dieu n'intervient-il pas ? Oui, ce retournement nous reste toujours incompréhensible, parfois inacceptable.
Pourtant, il y a aussi de la continuité entre Esaïe et l'Evangile. Esaïe annonce la venue de Dieu sous la forme d'un berger, image que Jésus reprendra dans ses discours. Et cela donne sens au choix des premiers adorateurs de Jésus dans la crèche : les bergers invités par les anges à découvrir le nouveau-né emmailloté et couché dans une crèche.
Le berger est en même temps celui qui conduit, celui qui dirige le troupeau, donc une figure forte, et en même temps— comme souligné par Esaïe — celui qui soigne son troupeau, celui qui se préoccupe des bêtes les plus faibles, les agneaux et les brebis qui allaitent.
Force et délicatesse, ensemble, telle est l'image de ce Dieu qui vient à nous pour nous libérer, pour nous dire son amour.
Amen
© Jean-Marie Thévoz, 2011

19.07.2011

Jérémie 23. Les rêves dans la Bible (III). La critique prophétique des rêveurs.

Jérémie 23
17.7.2011
Les rêves dans la Bible (III). La critique prophétique des rêveurs.
Dt 13 : 2-5     Jér 23 : 25-32

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Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Dans notre série sur les rêves dans la Bible de ce mois de juillet, nous avons déjà vu le rêve de Jacob. Il reçoit une révélation personnelle qui lui fait découvrir un Dieu qui va l'accompagner partout sur sa route. Nous avons vu les rêves de la saga de Joseph et leur rôle dans cette littérature de sagesse : les rêves y sont la trace de l'action divine en arrière-plan des vies humaines. Une façon de montrer que Dieu a bien en mains nos histoires de vie et l'histoire de son peuple.
Ce matin, il n'y a pas de rêve raconté, mais la prise de position des prophètes sur le rêve et ceux qui interprètent les rêves. Ce que nous voyons tout de suite avec les deux exemples que nous avons entendus — dans le Deutéronome et chez Jérémie — c'est que les prophètes sont très méfiants vis-à-vis des rêves.
Le Deutéronome met en garde contre le risque d'être détourné de Dieu vers d'autres dieux, par des rêves, des signes ou des prodiges. Le rêve est donc mentionné, mais il n'y pas l'exclusivité du risque. Il est un moyen parmi d'autres pour affirmer une origine divine et essayer de convaincre. Le texte nous met en garde de ne pas accepter trop facilement tout ce qui est mystérieux comme venant de Dieu.
Jérémie est plus méfiant encore. Pour lui, les prophètes qui racontent leurs rêves sont des menteurs. Ils racontent de pures inventions, ils ne transmettent pas des paroles divines. Jérémie oppose très fermement le rêve et la Parole de Dieu qu'il compare, respectivement, à la paille et au grain (Jr 23:28).
La Parole de Dieu a une autre consistance que le rêve, elle est comme un feu, elle est comme le marteau qui fracasse le rocher (v.29). La Parole de Dieu est solide et forte, tout le contraire du rêve.
Se pose alors la question de savoir comment distinguer l'inspiration divine de l'invention, de la projection de ses propres désirs ? Comment reconnaître une parole divine d'une parole humaine ? Comment distinguer le grain de la paille ? Comment valider un "Dieu m'a dit que…" ?
Cette problématique est au cœur du ministère prophétique de Jérémie. Lui qui doit annoncer la perte du Royaume suite à l'invasion des Babyloniens et en même temps dire que Dieu n'abandonne pas son peuple ! Personne ne croit Jérémie, parce qu'il est un prophète de malheur. Les rois et la population préfèrent de beaucoup croire les autres prophètes qui annoncent une future victoire, même si elle ne vient pas. L'enjeu du ministère de Jérémie, c'est bien de dire de ne pas croire ceux qui se bercent d'illusions et ceux qui vivent dans les rêves d'une issue favorable.
La question de savoir comment faire la différence entre parole humaine et parole divine subsiste au-delà de Jérémie. Cette question continue à se poser pour nous. Elle se pose et s'est souvent posée en terme d'Histoire de l'humanité. Dans cet ordre de grandeur, c'est souvent l'épreuve du temps qui va donner la réponse.
Sous l'empire romain, quand les théologiens discutaient de savoir s'il fallait abolir l'esclavage au nom du Christianisme ou laisser les structures sociales en place telles qu'elles étaient, le temps a montré que le respect humain demandé par le Christ exigeait l'abolition de l'esclavage.
Quand la question de savoir si les indiens d'Amérique étaient pourvus d'une âme ou non a été discutée, là aussi l'Histoire — contre certains prophètes/théologiens — a tranché. Idem pour les tenants de l'infériorité des Noirs ou des Eglises favorables à l'Apartheid.
Mais il y a des questions qui doivent être tranchées plus vite. Comment reconnaître une parole divine ? Un chemin a été emprunté qui a été de se mettre d'accord sur des textes de références et de les considérer comme éclairants. C'est le cas de la Bible qui a été considérée comme "contenant la Parole divine" par les réformés, ce qui n'est pas identique à "être la parole divine" (comme le considèrent les évangéliques). Cela signifie que la Bible doit également être interprétée, qu'on en peut pas la lire littéralement.
Comme protestants, nous affirmons que "l'Ecriture interprète l'Ecriture", c'est-à-dire que les critères d'interprétations se trouvent eux-mêmes à l'intérieur de la Bible. En raccourci, cela signifie que les textes bibliques sont eux-mêmes hiérarchisés, certains plus importants que d'autres.
Un exemple : le Lévitique et le Deutéronome présentent plusieurs situations qui demandent comme sanction la lapidation des coupables. Dans le Nouveau Testament nous est raconté l'épisode de la femme adultère (Jn 8) que Jésus ne condamne pas. A partir de là, nous considérons que toute la Loi de l'Ancien Testament n'est plus normative, au minimum concernant les peines requises.
En fait, le Nouveau Testament a complètement modifié notre lecture de l'Ancien Testament. L'Ancien Testament reste un témoignage de la parole de Dieu, mais soumis à une relecture, une réinterprétation, passée au crible du double commandement d'amour.
Saint Augustin formulera cela dans la phrase lapidaire : "Aime et fais ce que tu veux." Le "Aime" étant l'expression de la plus haute charité (la caritas latine, l'agapè grecque) et pas le sentiment amoureux qui suit le coup de foudre.
Le philosophe protestant Emmanuel Kant dira dans une formule plus universelle : "Traite toujours autrui comme une fin et jamais seulement comme un moyen."
Ces critères d'interprétation permettent de faire le tri entre les messages qui peuvent se dire d'inspiration divine ou humaine. Et donc nos rêves peuvent également être passés à ce crible, de la même façon que nos décisions et nos actions.
C'est comme cela que nous pouvons faire le tri entre les rêves et les paroles solides, entre la paille et le grain dont parle Jérémie. Et cela nous permet de comprendre pourquoi Jérémie compare la Parole de Dieu à un feu ou à un marteau. La Parole de Dieu est à l'épreuve du temps, de l'Histoire, elle est plus solide que le roc que le marteau peut briser.
La Parole de Dieu — particulièrement celle portée par le Christ, pensez au Sermon sur la montagne, aux béatitudes — paraît extrêmement fragile et vite balayée par les humains et par nos sociétés. Pourtant, c'est cet amour qui est finalement durable. C'est cette charité qui est la valeur suprême et qui donne le sens le plus éprouvé à l'existence. Cette Parole est bien plus solide que tous nos rêves humains.
Amen

©Jean-Marie Thévoz, 2011

10.12.2010

Esaïe 11. Dans l'attente d'un changement pour notre monde.

Esaïe 11

5.12.2010
Dans l'attente d'un changement pour notre monde.
Es 11 : 1-10,   Mt 3 : 1-6
Téléchargez la prédication : P-2010-12-05.pdf

Chères paroissiennes, chers paroissiens,
En ce deuxième dimanche de l'Avent, nous sommes dans l'attente, dans l'impatience, dans l'espérance d'un changement pour notre monde. Cette attente d'une transformation du monde, d'un changement de vie est déjà présente dans l'Ancien Testament et particulièrement chez le prophète Esaïe. Cette attente est exprimée par la promesse d'un rejeton.
Il faut imaginer la souche d'un arbre qui est restée en terre. L'arbre a été abattu, enlevé. Et il ne reste que la souche et les racines. Il n'y a là que souche morte, triste reste d'un arbre qui avait déployé sa ramure, mais n'est plus.
Mais là où l'on pensait qu'il n'y avait plus rien à attendre, à espérer, surgit une pousse, un rameau, un nouvel arbre ! De ce qui était mort — cru mort — surgit la vie. "Du vieux tronc d'Isaï, un frais rameau jaillit" dit le cantique. Isaï ou Jessé, c'est le père de David. De la souche du grand roi d'Israël va surgir un nouveau Messie, qui transformera le monde.
La transformation du monde nous est présentée sous forme d'images. Images de paires d'animaux que tout oppose : le loup et l'agneau, la panthère et le chevreau, le veau et le lionceau, la vache et l'ourse, le lion et le bœuf, le nouveau-né et la vipère, le petit garçon et l'aspic.
Ces images nous disent que l'incompatible va coexister en paix, ensemble. Le carnivore avec l'herbivore, le prédateur avec la proie, l'innocent avec le tueur. Le changement annoncé est un bouleversement complet de l'ordre naturel, un renouveau complet, total des relations établies.
Ces images sont des métaphores prises dans la nature pour nous parler de nos relations humaines. C'est une dénonciation de nos rapports humains quand ils s'expriment comme des rapports fondés sur la loi de la jungle, la loi du plus fort. Le bouleversement annoncé, c'est que les paires incompatibles vont pouvoir vivre ensemble. C'est l'abolition des rapports de force, de domination. C'est l'abolition de la peur, de la crainte, de la terreur.
Qui va pouvoir vivre ensemble ? Transposons les images animales en rapports humains. Vont vivre ensemble : locataires et propriétaires, automobilistes et piétons, employés et patrons, jeunes et vieux dans les bus ou les trains, amateurs de musique bruyante et amateurs de silence, promoteurs et écolos, et pourquoi pas, allons jusque-là, Suisses et étrangers.
Voilà qui est bien utopique. Mais le texte biblique est d'accord sur cela ! C'est utopique, c'est au-delà des forces humaines. Pour réaliser cela, il faut un nouveau Messie, il faut une intervention divine, un envoyé de Dieu.
Le texte est réaliste. On part d'une souche qui a tout l'air d'être morte, desséchée, incapable de produire de la vie. Et pourtant, c'est le point de départ de Dieu. Dieu prend l'impossible comme point de départ, parce que c'est la situation réelle et qu'il est inutile de penser commencer ailleurs, il n'y a pas d'ailleurs. Il n'y a pas d'ailleurs que notre monde, notre société, notre nature humaine.
C'est la souche, c'est la pâte de départ et c'est à partir de là que Dieu agit. C'est à partir de nous — hommes pécheurs — que Dieu agit. C'est nous qu'il vient transformer, mais pas sans nous ou contre nous.
Voulons-nous que le monde change ? Commençons par nous-mêmes, commençons par accepter de nous voir tels que nous sommes : tantôt prédateurs, tantôt proies, tantôt vipères, tantôt vulnérables comme un nouveau-né. Acceptons que ce changement vient de Dieu et pas de nous-mêmes, de nos propres forces.
Dieu envoie son Messie, le porteur de son Esprit, pour nous transformer, pour que nous le suivions, pour être inspirés. Ce Messie est le porteur de l'Esprit de Dieu, de l'Esprit de sagesse.
Nous sommes dans le temps de l'Avent, de l'attente pour recevoir le porteur de cet Esprit, pour prendre modèle sur lui, pour apprendre la sagesse et le discernement, pour voir plus large, voir de plus haut, ne plus nous laisser pièger par les rapports de force, pour nous ouvrir à l'esprit messianique qui ne juge pas selon les apparences — Jésus dira même de ne pas juger du tout.
Prenons du temps pendant ce mois de décembre pour voir ce que Dieu peut transformer en nous, quelle souche Dieu peut revivifier, ce qu'il peut faire renaître en nous : pour que nous soyons transformés, pour que notre vie soit changée et que le monde en soit rendu plus habitable.
Amen
© Jean-Marie Thévoz, 2010

23.12.2009

Jérémie 33. D'une royauté terrestre à une royauté sur les cœurs

Jérémie 33

29.11.2009

D'une royauté terrestre à une royauté sur les cœurs

Jér 33:12-16 + 19-22 Mc 1 : 1-5

Chères paroissiennes, chers paroissiens,

Nous vivons le premier dimanche de l'Avent, temps de préparation à Noël. Temps de notre préparation et rappel du fait que Dieu lui-même a préparé son peuple à accueillir Jésus comme son Fils. Il y s donc un double mouvement : (i) faire mémoire de l'Ancien Testament pour nous rappeler les promesses de Dieu et comment il les réalise et (ii) comme Jean Baptiste : préparer le chemin du Seigneur, nous préparer intérieurement à le recevoir, à lui faire une place dans nos vies.

Vous avez entendu trois petits textes transmis par le prophète Jérémie, rappelant les promesses de Dieu. Jérémie parle dans une période de profond bouleversement, puisqu'il parle alors que Jérusalem et les contrées environnantes sont occupés, pillées et détruites par l'ennemi d'Israël, le royaume de Babylone.

Le premier texte promet le retour à la normalité : "dans ce pays dévasté, il y aura de nouveau place pour des bergers qui surveillent leurs moutons pendant la nuit." (Jr 33:12) Un texte qui trouve un écho dans le récit de Noël, où les anges annoncent la naissance de Jésus aux bergers qui gardent leurs troupeaux dans les champs. Une première promesse réalisée au moment de la naissance de Jésus.

Le deuxième texte parle de la naissance d'un vrai descendant de David. Ce descendant a pour caractéristique de "faire appliquer le droit et de rendre la justice." (Jr 33:15) La libération du pays de Juda et de Jérusalem a pour but l'établissement du droit et de la justice, c'est-à-dire rendre justice aux plus faibles, à ceux qui sont lésés. Du Décalogue à la prédication des prophètes, Dieu s'affirme comme le défenseur de la justice.

Enfin, le troisième texte promet une descendance à Israël, une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel ou que le sable de la mer, les termes mêmes de la descendance promise à Abraham. Il y a aussi dans ce troisième texte la promesse d'avoir perpétuellement un roi, un descendant de David à Jérusalem. Cela pose évidemment un problème, puisque le trône de David n'a pas pu être rétabli de façon durable à Jérusalem. Le peuple d'Israël n'a pu se gouverner lui-même que pour de très courtes périodes entre le retour de Babylone et la destruction de Jérusalem en 70 après J.-C. par les Romains.

Clairement, la royauté que les chrétiens attribuent au Christ n'est pas de même nature que celle promise dans ce passage. Comprendre ce décalage, c'est comprendre la pédagogie de Dieu. Comprendre cette pédagogie, nous permettra de comprendre ce que Dieu veut pour nous aujourd'hui.

La pédagogie de Dieu pour se faire comprendre est adaptée à nos moyens et à nos limites humaines. Dieu ne pouvait se révéler d'un coup — comme il l'a fait au travers de Jésus — dès qu'il a abordé l'être humain. Il n'aurait pas été compris. Jésus a déjà été si peu compris après des siècles de préparation, d'Abraham à Jean Baptiste. Qu'est-ce que cela aurait été sans cette préparation ?

On peut schématiser la découverte de Dieu par l'être humain en trois phases.

Première phase. L'être humain pense que Dieu et le cosmos sont une seule et même entité. L'être humain comprend les phénomènes naturels comme des gestes, des mouvements, des expressions de Dieu. La foudre de Zeus en est un exemple. (Mais nos contemporains pensent aussi souvent comme cela, soit lorsqu'ils adorent la nature et les couchers de soleil, soit quand ils pensent que les catastrophes naturelles viennent de Dieu). Dans le judaïsme et le christianisme, Dieu et la nature sont clairement séparés : il a fallu l'apprendre.

La deuxième phase a servi à sortir de la première phase. Dieu s'est présenté comme celui qui dirige l'Histoire et les événements. Il n'est plus le Dieu-cosmos, il est dans l'Histoire et il guide son peuple, comme ses dirigeants, et fait gagner les batailles. Dieu a pris ce rôle, un temps, de manière limitée, envers Israël, pour le faire sortir de ce qu'on appellera le paganisme : confondre Dieu et la Nature.

Dans cette deuxième phase, Dieu se fait connaître à son peuple, pour le mettre sur la voie de la troisième phase. Il se montre comme un Dieu qui se rapproche de son peuple, comme un Dieu qui exige le droit et la justice (qui sont différents des lois de la nature, de la loi de la jungle).

La promesse d'un roi, d'un royaume terrestre appartient à cette phase intermédiaire, mais qui n'est pas l'accomplissement de la révélation divine. Cela prépare à la troisième phase qui est révélée à Noël, en Jésus-Christ : Dieu vient habiter parmi nous, en nous.

Dieu devait être séparé du cosmos, il doit maintenant être séparé de l'Histoire, pour entrer dans le cœur de l'être humain, au cœur du culte et de la culture.

La troisième phase est un processus d'intériorisation. Dieu habite parmi nous, en nous, en chacun et entre chacun. Si le droit et la justice doivent régner dans la société, il est plus important encore que la paix et l'amour vive en chacun et entre chacun d'entre nous. C'est la troisième phase, celle que Jésus inaugure à Noël, celle que nous préparons pendant le temps de l'Avent.

Jean Baptiste appelle au changement de comportement. Chacun est appelé à changer parce que le Royaume de Dieu s'est approché, parce que Dieu est là, tout près, et il veut entrer en nous, nous habiter. Les contes de Noël nous invitent à ce changement intérieur : creuser de la place en nous, valoriser l'être plutôt que les choses, s'offrir, offrir sa présence, plutôt que chercher à acquérir ou à prendre, s'émerveiller comme les bergers, plutôt qu'exercer le pouvoir et la violence comme Hérode.

Où en sommes-nous de notre compréhension de Dieu ? Fait-il partie de la nature, tantôt belle, tantôt cruelle ? L'attendons-nous dans l'Histoire, pour faire à notre place ce qui est de notre ressort ? Ou bien allons-nous lui faire une place à l'intérieur de nous-mêmes, dans notre cœur, dans nos relations, dans nos familles ?

Laissons-nous questionner par ce Dieu qui réclame une place au milieu de nous ! Une place qui n'est pas demandée au moyen de la foudre, une place qui n'est pas demandée par un roi entouré d'une grande armée, mais une place qui est demandée par un bébé dans une crèche.

Amen

© Jean-Marie Thévoz, 2009

17.11.2009

Esaïe 56. En attendant que Dieu nous rassemble tous ensemble devant Lui.

Esaïe 56

8.11.2009
En attendant que Dieu nous rassemble tous ensemble devant Lui.
Es 56 : 1-8    Jn 4 : 19-30    

Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Pour comprendre les paroles du livre d'Esaïe que nous venons d'entendre, il faut expliquer les circonstances qui prévalent lorsqu'elles sont dites. Ces paroles ouvrent la troisième partie du livre d'Esaïe, celle écrite après le retour de l'Exil à Babylone.
Bref rappel des faits. En 587 av. J.-C. l'empire babylonien s'empare de Jérusalem, détruit le Temple de Salomon et déporte les élites du pays vers Babylone. Une partie des Israélites se réfugie en Egypte. C'est donc une dispersion et un exil. En 540, les Perses — avec Cyrus à leur tête — défont les babyloniens et permettent aux israélites de rentrer chez eux à Jérusalem.
La situation au retour est difficile : (i) il s'est passé près de 50 ans entre le départ et le retour. (ii) Sur place les maisons et les terres des exilés ont été occupées, par ceux qui sont restés ou par des populations voisines, étrangères. (iii) Ceux qui arrivent d'exil de Babylone ou de leur refuge en Egypte sont des "secondos" ou des 3e générations. Ils ne sont pas bien accueillis. Ils ne sont pas reconnus comme des "autochtones", mais vus comme des étrangers.
Il y a donc au moins trois catégories de personnes qui habitent le pays :
- Les Israélites qui ne sont pas partis. Ils sont considérés comme des sortes de traîtres ou de collaborateurs par les exilés.
- Les populations voisines qui ont profité du vide pour s'installer. Ils sont vus comme des étrangers et des païens.
- Ceux qui reviennent, porteurs de leurs souffrances d'exilés ou de réfugiés, qui s'attendent à être accueillis et fêtés, mais qui sont vus comme dérangeants et quasi étrangers.
Tout cela est générateur de tensions, tensions ethniques et tensions religieuses. Chacun essaie de justifier son droit à habiter le pays. C'est la période où chacun se construit une généalogie et des racines pour justifier sa place, son bon droit.
C'est là que la Parole de Dieu est adressé au prophète pour dire à tous :
"Mon salut vient pour ceux qui respectent le droit et pour ceux qui pratiquent la justice."
Peu importe la généalogie, la provenance, l'origine, ce qui compte aux yeux de Dieu, c'est le droit, la justice et le respect du sabbat, c'est-à-dire de faire une place à Dieu dans sa vie. Et le prophète donne des exemples où la pensée de Dieu diffère de la pensée humaine : le sort de l'étranger et le sort de l'eunuque. Les deux ont une place dans le peuple de Dieu.
C'est tout à fait choquant, c'est un retournement des positions précédentes ! Le Deutéronome (Dt 23:2) exclut les hommes mutilés de l'assemblée du culte. Il exclut même tous les handicapés du service dans le Temple (Lév 21:16-23). Et voilà que Dieu change la Loi. Même les eunuques, même les handicapés ont une place dans le peuple de Dieu, dans le service du Seigneur ! Halte à l'exclusion, à la discrimination, les exclusions sur l'apparence physique sont terminées.
Et il en est de même avec les étrangers, continue le prophète. Ils sont inclus dans l'alliance de Dieu. Le mot d'ordre final c'est : "J'en ai déjà rassemblés, j'en rassemblerai d'autres encore." (Es 56:8).
Et c'est bien ce qui va se passer avec Jésus. Jésus va lui-même reprendre ce passage d'Esaïe : "La maison de mon Père est une maison de prière pour tous les peuples." (Mc 11:17). Et comme toujours, Jésus le réalise en acte aussi.
Il a toujours refusé l'exclusion par le handicap : il touche les aveugles et les sourds, il s'approche des lépreux. Il abat également les barrières des origines. Il guérit le serviteur d'un centurion romain, il va manger avec Zachée le collabo, il guérit la fille de la femme cananéenne et parle avec la Samaritaine.
On voit par ces rencontres la liberté incroyable de Jésus. Les humains, les religieux mettent des barrières partout : entre les peuples, entre les hommes et les femmes, entre les confessions et les religions. Jésus, dans ses relations, casse toutes ces barrières. Il est libre, totalement libre. Et il nous invite à cette même liberté.
Dans le dialogue avec la Samaritaine, il est question de lieux de culte, ceux autorisés et ceux qui ne le sont pas. Et Jésus sort de cette logique. L'important, c'est d'adorer Dieu en esprit et en vérité. Chacun peut adorer Dieu dans son lieu, ce qui se passe dans le présent n'est pas important. Chacun peut adorer Dieu dans son lieu, jusqu'à ce que la révélation finale nous rassemble tous devant le Très-Haut.
En attendant — semble nous dire Jésus — pas de discriminations, pas de vexations inutiles, pas de limitations humiliantes. Vivons de l'espérance du grand rassemblement final, ne soyons pas des obstacles au rapprochement, dans le présent, en dressant des barrières inutiles.
Faisons ce que Dieu nous demande : "Respectez le droit et pratiquez la justice, car le salut que j'apporte est proche." (Es 56:1)
Amen
© Jean-Marie Thévoz, 2009

10.02.2009

Esaïe 2. Mettre notre énergie à faire confiance

Esaïe 2

1.2.2009
Mettre notre énergie à faire confiance
Exaïe 2 : 1-5 Mat 9:35 — 10:4

Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Nous vivons aujourd'hui notre culte Terre Nouvelle, autrefois appelé Dimanche missionnaire. Pendant longtemps, la mission a consisté à envoyer des personnes, du territoire où il y avait beaucoup de vocations vers un autre territoire où il y avait peu ou pas de chrétiens. Et nous sommes arrivés à la situation paradoxale, aujourd'hui, où les Eglise du Sud sont remplies pendant que celles du Nord se vident.
Des hommes et des femmes du Sud se lèvent avec des vocations de témoignage, de service et de pastorat, alors que chez nous, on assiste à une baisse des vocations et des engagements dans le ministère diaconal et pastoral, et paroissial. Nous avons les postes, mais nous n'avons ou n'aurons bientôt plus les personnes. Ils ont les personnes, mais n'ont pas les postes ou les financements pour ces postes, c'est pourquoi nous ne devons pas baisser les bras et continuer de les aider. Ce sera l'objet de notre offrande d'aujourd'hui.
Notre situation ressemble beaucoup à celle que Jésus rencontre lorsqu'il parcourt les campagnes de Galilée : "Jésus parcourait villes et villages (…) Son cœur fut rempli de pitié pour les foules qu'il voyait, car ces gens étaient fatigués et découragés, comme un troupeau qui n'a pas de berger." (Mt 9:36)
N'est-ce pas ce que nous voyons aujourd'hui, autour de nous ? Des gens fatigués de courir partout, de travailler dur pour voir tous les prix, leurs loyers et leurs cotisations d'assurance grimper plus vite que leurs salaires. Des gens découragés de voir leurs retraites menacées par une crise financière, découragés face à une nature et un climat qui se dégradent, découragés face à des rapports humains de plus en plus juridiques et lointains. Des gens découragés face à un égoïsme et un repli sur soi qui semble devenir la norme.
Oui, le tableau est bien sombre. La misère est bien réelle, d'autant plus douloureuse qu'elle doit rester cachée, pense-t-on. Face à cela, le cœur de Jésus est rempli de compassion, "ému dans ses entrailles, dans ses tripes" dit l'Evangéliste. Oui, Jésus est ému, bouleversé parce qu'il sait qu'il est possible de vivre autrement.
Jésus est porteur du grand remède face à cette fatigue et ce découragement : la promesse d'un Dieu proche : "Le Royaume de Dieu s'est approché !" proclame-t-il (Mt 10:7).
C'est la promesse déjà prononcée par le prophète Esaïe : la Présence de Dieu sur la colline de Jérusalem, un phare qui éclaire toutes les nations, un arbitre pour tous les conflits, une paix qui permettra de transférer toute l'énergie placée dans les préparatifs de guerre vers la production de nourriture pour tous : "de leurs épées, ils forgeront des charrues, de leurs lances, ils feront des faucilles." (Es 2:4)
Combien d'énergie mettons-nous dans nos vies à éviter les autres, à nous défendre, à refuser d'être aidé, à nous protéger ou à attaquer les autres ? Toute cette énergie, pourquoi ne pas la mettre dans l'écoute, dans l'accueil de l'autre, dans la compréhension de celui qui nous parle.
Avez-vous déjà remarqué à quel point — dans une conversation — une grande partie de notre cerveau est occupée à se demander "qu'est-ce que je vais lui répondre ?" plutôt que de se demander "qu'est-ce qu'il veut me dire ? qu'est-ce qu'il veut me faire comprendre ?" Combien de fois sommes-nous sur la défensive, avant que l'autre n'ait ouvert la bouche ?
Jésus nous dit : "Le Royaume de Dieu s'est approché !" Ce qui peut être décodé en "du calme, détendez-vous." Personne ne vous en veut, Dieu vient en ami, vous pouvez faire confiance aux autres, vous pouvez sortir de votre solitude.
Bien sûr, cela paraît impossible, ou dangereux, de faire confiance à tout le monde, aux inconnus ! C'est pourquoi, on a formé, ce que j'appellerai "des cercles de confiance," des ensembles de personnes qui partagent une même aspiration à baisser les armes. Un de ces cercles de confiance s'appelle l'Eglise, la paroisse !
"Le Royaume de Dieu s'est approché !" dit Jésus, vous pouvez le vivre, au moins dans le cercle de l'Eglise. Laissez tomber vos armes, laissez tomber vos défenses, abandonner votre solitude et vos peurs. Oui, la paroisse, l'Eglise peut devenir ce havre de paix, ce lieu de trêve où se reposer de la fatigue de nos combats dans la société. Un lieu de trêve et de ressourcement où déposer le découragement et la lassitude que crée en nous la vue d'un monde qui se perd.
Pouvons-nous réaliser cela ? Ne serait-ce pas un beau témoignage chrétien qui montrerait que le Royaume de Dieu s'est approché ? Je ne veux pas que notre Eglise disparaisse dans l'indifférence et l'épuisement de tous. Il y a à faire, ici et au loin. Retroussons nos manches. Reprenons confiance et ouvrons nos âmes et nos cœurs.

Amen

© Jean-Marie Thévoz, 2009

29.11.2008

Esaïe 43. Dieu est prêt à tout pour nous sortir de notre détresse.

Esaïe 43

23.11.2008
Dieu est prêt à tout pour nous sortir de notre détresse.
Es 43 : 1-4        Mt 13 : 44-46

Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Comment être armés contre les épreuves qui nous tombent dessus ? "Un malheur est si vite arrivé" nous dit la sagesse populaire. Vous êtes nombreux aujourd'hui à ce culte à avoir vécu un deuil dernièrement, d'autres ont vécu des chagrins, des séparations, la perte d'un emploi, une désillusion ou des inquiétudes. Comment surmonter les épreuves ?
En disant cela — qu'on se comprenne bien — je ne dis pas qu'il faut tourner la page, passer par dessus la peine en quelques minutes. Je pense à la façon de vivre l'épreuve, la traverser, mais sans perdre espoir, sans se laisser submerger, anéantir, sans se voir perdre pied et tout abandonner.
Le prophète Esaïe nous donne quelques pistes dans le message qu'il adresse au peuple d'Israël. "Maintenant Israël, le Seigneur te dit…" (Es 43:1). Dans ce "maintenant" il y a la prise en compte de la situation réelle du peuple d'Israël lorsque le prophète parle. Dans ce "maintenant" le peuple est en exil à Babylone. Il a dû tout quitter : son pays, ses maisons, sa liberté, son autonomie. C'est dans cette situation de déracinement, de perte des repères que Dieu s'adresse à son peuple, celui qu'il a créé, celui qu'il a formé et il lui dit : "N'aie pas peur, je te libère, je t'ai appelé par ton nom, tu es à moi !"
Dieu rappelle qu'il est à l'origine, de la vie, de la création (Gn 1:1); qu'il est à l'origine de la vie de l'être humain, qu'il a formé à partir de la terre (Gn 2:7). Le Dieu de notre origine ne nous a pas oublié, il nous reconnaît, aussi bien dans le sens qu'il peut mettre un nom sur notre visage, qu'une reconnaissance de paternité : "Tu es à moi", tu viens de moi.
Dans notre exil, dans notre deuil, dans nos peines, nous ne sommes pas abandonnés à nous-mêmes, nous ne sommes pas délaissés, lâchés. Dieu est présence auprès de nous, de chacun d'entre nous. Et cette présence est assortie d'une promesse : "Quand tu traverseras l'eau profonde, je serai avec toi, quand tu passeras les fleuves, tu ne te noieras pas. Quand tu marcheras au milieu du feu, il ne te brûlera pas, les flammes ne te toucheront pas." (Es 43:2).
La vie n'est pas présentée comme un long fleuve tranquille. Oui, il y a des tempêtes, des abîmes, des traversées périlleuses, des enfers effrayants. Mais ces épreuves ne nous noieront pas, ne nous consumeront pas. Il est possible de les traverser et d'en émerger. Il est possible de les vivre et d'y survivre, plus même, de découvrir qu'on peut même en ressortir grandi, plus fort, même si cela apparaissait impossible au début du chemin.
Le prophète cite trois épreuves, les eaux profondes, les fleuves et le feu. A tout israélite, lecteur de la Torah, cela rappelle trois épisodes du cheminement des hébreux. Les eaux profondes rappellent la traversée de la Mer Rouge, qui a englouti les armées égyptiennes,  première épreuve traversée avec succès par les hébreux.  Le feu rappelle la révélation du Sinaï, épreuve initiatique, mais terrifiante. Les fleuves rappellent les traversées du Jourdain, une fois joyeusement pour entrer dans la terre promise, et une fois tristement pour partir en exil à Babylone.
Le prophète en appelle au souvenir des épreuves déjà traversées et surmontées pour affronter les épreuves du présent. Souvenons-nous comme nous avons été soutenus, accompagnés, relevés précédemment. Nous avons tous un bagage de confiance auquel nous pouvons revenir pour vivre la peine d'aujourd'hui.
Cette promesse de traversée est appuyée sur les secours reçus dans le passé. Elle est accompagnée d'une promesse d'avenir. Une promesse qui repose sur l'être de Dieu et sur les actions qu'il prépare. "Moi, le Seigneur, je suis ton Dieu. Moi, le Dieu saint d'Israël, je suis ton sauveur. Pour payer ta libération, je donne l'Egypte, je donne l'Ethiopie et Séba en échange de toi." (Es 43:3).
Dieu affirme que ce qu'il a fait lors de la sortie d'Egypte, l'Exode, il va le refaire pour sortir de Babylone. Il y aura une fin à l'Exil. Ce que Dieu a fait pour mettre un terme à l'esclavage en Egypte et à Babylone, il le renouvelle chaque fois que nous sommes éprouvés. Il vient à nous pour nous sauver de nos détresses.
Le prophète utilise ici l'image du rachat, de la rançon. Dieu est prêt à payer cher pour nous sortir des griffes du malheur. Pour le petit Israël, qui n'a même plus de terres, Dieu est prêt à donner des pays immenses, l'Egypte, l'Ethiopie et le royaume de la reine de Saba !
Cela donne un sens nouveau aux paraboles de Jésus. L'homme des paraboles, ce n'est pas nous qui devons nous efforcer de chercher le Royaume de Dieu et tout abandonner pour lui. Ces paraboles nous parlent de Dieu et de son attitude vis-à-vis de nous. Dieu est cet homme qui vend tout ce qu'il a pour acquérir le champ dans lequel il a repéré un trésor ou le marchand qui a déniché une perle incroyable.
Le trésor, la perle rarissime, c'est nous, dans notre détresse, dans notre chagrin. Dieu est décidé à tout troquer pour nous acquérir et nous ramener à la lumière.
Et la déclaration d'Esaïe se termine par un chant d'amour. "Oui, je tiens beaucoup à toi, tu es précieux et je t'aime. C'est pourquoi je donne des peuples à ta place, des êtres humains en échange de toi." (Es 43:4).
Dieu tient à nous comme à la prunelle de ses yeux, il est prêt à tout pour nous sortir de nos enlisements. Dieu nous repêche quand nous nous noyons dans nos larmes. Dieu nous guide sur le gué lorsque nous devons traverser des passages trop mouvementés dans nos existences. Dieu nous raffermit dans les moments où la douleur nous brûle.
Nous ne sommes pas seuls, Dieu nous tend les bras et nous secourt. 
Amen
© Jean-Marie Thévoz, 2008

18.08.2008

Esaïe 57. A la croisée des chemins, Dieu renonce à la colère et choisit d'aimer

Esaïe 57

17.8.2008
A la croisée des chemins, Dieu renonce à la colère et choisit d'aimer
Es 57 :14-19    Es 62 : 1-5    Luc 13 : 6-9

Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Nous voici arrivés dans la troisième partie du livre d'Esaïe. Nous avons vu le prophète Esaïe, fils d'Amots, à l'œuvre entre 740 et 700 av. J.-C. dans la première partie du livre. Le prophète était conseiller des rois et le schéma théologique était en gros le suivant : quand les dirigeants obéissaient à Dieu, ils étaient victorieux; quand ils désobéissaient, ils perdaient face à leurs ennemis.
120 ans plus tard, Jérusalem est dévastée par les babyloniens, le Temple détruit et le peuple et ses dirigeants emmenés en Exil. Un nouveau prophète — anonyme — encourage les exilés en leur disant, vous êtes punis, mais la punition prendra fin. Dieu vous enverra un libérateur et vous pourrez rentrer d'exil et vous établir à nouveau sur la terre promise. Cela se passe effectivement lorsque Cyrus, roi des Perses, défait Babylone en 540 av. J.-C. et permet, par décret, aux juifs de retourner sur la terre d'Israël.
S'ouvre alors une troisième période, avec des messages contenus dans les chapitres 55 à 66 du livre d'Esaïe. Le retour se fait petit à petit, mais sans gloire. Le retour est difficile, les terres sont occupées par ceux qui sont restés. Ceux qui reviennent ne sont pas les bienvenus. Jérusalem est toujours en ruine et le pays ne retrouve pas son indépendance. Pas de gouvernement autonome, pas de nouveau Temple. La vie est plutôt misérable. La punition continue-t-elle ?
Là au milieu, le prophète cherche à comprendre, cherche à percevoir, à discerner la volonté de Dieu. Dans la liturgie, nous avons entendu les prières que le prophète partage avec son peuple :
- repentance et appel à Dieu "ah si tu déchirais le ciel et si tu descendais" (Es 63:15-19);
- la grâce au travers de la mission du Messie de "remplacer les marques de tristesses par autant de marques de joie" (Es 61:1-3)
- la louange : "le Seigneur est pour moi une source de joie débordante" (Es 61:10-11).
Quelle est l'intention de Dieu, le sentiment de Dieu à l'égard de son peuple ?
Et le prophète a une révélation. Et il traduit pour nous le travail de réflexion, d'introspection de Dieu lui-même. Il semble qu'on l'entend réfléchir :
"Moi, le Dieu saint, j'habite là-haut, mais je suis avec les hommes qui se trouvent accablés et ont l'esprit d'humilité, pour rendre la vie aux humiliés, pour rendre la vie aux accablés. (…) Les torts d'Israël m'ont irrité un instant. Dams ma colère je l'ai frappé, je ne voulais plus le voir. Mais il est resté infidèle, il n'en a fait qu'à sa tête, je connais bien sa conduite.
Or voici ce que sera ma revanche : je le guérirai, je le guiderai, je le réconforterai ! Quant à ceux qui portaient le deuil, je mettrai sur leurs lèvres des exclamations de joie. Paix pour les plus lointains, paix pour les plus proches, dit le Seigneur. Oui, je guérirai mon peuple." (Es 57:15,17-19)
Oui, on assiste-là au travail de pensée intérieur de Dieu lui-même. On le sent à la croisée des chemins, comme le propriétaire du figuier stérile (Luc 13:6-9). Face à ce peuple récalcitrant, que faire ? Les sanctions n'ont pas porté de fruits. La punition n'a rien donné, elle n'a pas ramené son peuple à lui. Que faire ? Faut-il abattre l'arbre et le brûler ?
Quand on se demande quoi faire — et qui n'a pas été devant une telle situation face par exemple à un enfant adolescent ou à un employé au travail ? — il est de bon conseil de se demander : au fond, qui suis-je ? Qui est-ce que je veux être dans ma vie ?
Etre et actions sont intimement liés. Ce que je fais façonne aussi qui je suis, alors, ce que je suis, ou veux être, doit guider ce que je fais.
Qui suis-je — se demande Dieu — ou pour être plus modeste : qui est Dieu se demande le prophète. Dieu est le Très-Haut, celui qui est saint et très élevé, le Tout-Autre. Mais il est aussi celui qui s'est révélé à Moïse, dans le buisson ardent, comme celui qui entend les cris de son peuple maltraité en Egypte (une figure de l'Exil). Dieu ne peut pas rester lui-même si son amour des humains, de son peuple, ne dirige pas ses actions.
Et nous le voyons — dans ces mots du prophète — reconnaître qu'il a été irrité, qu'il a punit, sanctionné, et que cela n'a pas donné d'effet. Et nous le voyons revenir à son être-même, renoncer à la colère pour tendre la main et reproposer, inlassablement, son amour. A la croisée des chemins, Dieu renonce à la colère et choisit de revenir vers son peuple pour le guérir, pour lui apporter la joie et la paix.
L'amour peut comporter des temps de colère, des actes de punition. Poser des normes, des interdits dans l'éducation est un acte d'amour. Tenir aux principes, les faire respecter, sanctionner est un acte d'amour aussi, lorsque c'est fait avec mesure et proportionnalité.
Mais l'amour sait aussi revenir après la colère, pardonner après la transgression, réhabiliter après la sanction. Et c'est le rôle du fort de faire le premier pas, de proposer la réconciliation et d'effacer l'ardoise. Voilà ce que Dieu décide, après réflexion, un retour unilatéral vers son peuple, vers ceux qui sont accablés, humiliés. Malgré tout, il décide de guérir, guider, réconforter son peuple et de le faire avec joie.
Dans le deuxième texte que nous avons entendu (Es 62:1-5), le prophète compare ce retour à une noce, un mariage La relation avec Dieu peut être joyeuse, un plaisir, un bonheur, comme la rencontre du marié avec la mariée. La relation à Dieu prend deux dimensions dans cette troisième partie du livre d'Esaïe.
Une dimension personnelle, interpersonnelle d'abord. Tout en restant communautaire — l'individualisme n'as pas encore le sens et l'importance d'aujourd'hui — la relation est personnelle entre Dieu et l'être humain, c'est une relation de cœur et de volonté, une relation qui engage l'intérieur de l'être humain. On connaît les violentes diatribes des prophètes contre les signes extérieurs de religiosité qui ne sont pas accompagnés d'une justice personnelle et sociale par exemple. Voilà pour la dimension personnelle : elle demande de l'authenticité et de la sincérité.
L'autre dimension, très présente chez le prophète, c'est l'universalité. Jérusalem devient une sorte de phare dans le monde pour faire connaître l'amour que Dieu a pour son peuple. "Les nations constateront que le Seigneur t'a délivrée, tous les rois contempleront ta gloire." (Es 62:2). Le Temple, lorsqu'il sera rebâti, sera une "maison de prière pour tous les peuples" (Es 56:7) comme le rappellera Jésus lui-même. Il y a une volonté de réconciliation de l'humanité toute entière sous la bannière de l'amour que Dieu a pour tous les humains.
- L'amour de Dieu bien plus fort que sa colère,
- une relation personnelle et engagée envers Dieu,
- un amour universel et inconditionnel pour tous les humains.
Ces trois thèmes sont exposés dans cette troisième partie du livre d'Esaïe et verront leur déploiement s'effectuer dans la personne et le message de Jésus, quelques siècles plus tard. Ils sont encore, pour nous, la manifestation vraie de l'être de Dieu.
Amen
© Jean-Marie Thévoz, 2008

11.08.2008

Esaïe 53. Un prophète partagé

Esaïe 53

10.8.2008
Un prophète partagé
Es 51 : 12-16    Es 53 : 1-5    Ac 8 : 26-38

Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Nous avons vu dimanche passé que la première partie du livre d'Esaïe s'inscrit dans l'histoire du peuple juif entre les années 740 et 700 av. J.-C. Le prophète Esaïe, fils d'Amots, conseille les rois dans leur politique, afin que Dieu leur assure la victoire, ou au moins la survie. L'idée de base est le lien entre obéissance à Dieu et victoire sur les ennemis, la désobéissance conduisant à la défaite.
La première partie du livre d'Esaïe se termine sur la libération miraculeuse du siège de Jérusalem, ce qui confirmait le schéma d'Esaïe. Cependant, un peu plus d'un siècle plus tard, l'empire de Babylone s'empare de Jérusalem, détruit le temple et déporte les habitants vers Babylone. Une nouvelle réflexion s'impose sur le rôle d'Israël et de Dieu dans ces nouveaux événements. Le Dieu d'Israël a-t-il été battu par les dieux babyloniens ? Ou bien Dieu a-t-il abandonné son peuple ?
Un nouveau prophète, anonyme, se lève pour encourager le peuple déporté à Babylone. Ses paroles sont recueillies et appondues au premier livre d'Esaïe. Elles forment les chapitres 40 à 55. Que nous dit ce prophète ? Il annonce la délivrance du peuple déporté. Il annonce que Dieu n'a pas abandonné son peuple, il ne l'a pas oublié, au contraire : il prépare son avenir, son retour vers la terre promise.
Le prophète affirme que le Dieu d'Israël est le maître des éléments naturels : "il excite la mer, il fait mugir les flots" (Es 51:15), bien plus, "il a déploié le ciel et posé les bases de la terre" (Es 51:13). Dieu règne sur l'univers, il est le maître des rois et des peuples et il a déjà convoqué Cyrus, le roi des Perses pour envahir Babylone et libérer le peuple juif pour qu'il puisse retourner sur la terre promise.
Ce langage est dans le prolongement de la pensée d'Esaïe, fils d'Amots. Un prolongement qui va un peu plus loin, puisque la souveraineté de Dieu ne s'étend pas seulement au peuple d'Israël, mais à toutes les nations, à la terre entière. L'inconvénient de cette affirmation, c'est d'éloigner Dieu de son peuple !
Si Dieu est le maître de l'univers, pourquoi aurait-il encore à se préoccuper de ce petit peuple d'Israël ? Et pourquoi ce peuple plutôt qu'un autre ? Si Dieu est le maître de l'univers, cela renforce l'idée que tout vient de Dieu, aussi bien le bonheur et la délivrance que le malheur et l'adversité.
Le prophète est partagé. Il ne peut pas y avoir que la voie de la puissance, de la force, de la violence. L'action de Dieu ne peut pas se voir que dans l'Histoire. Dieu n'a-t-il pas d'autres projets pour son peuple, pour les humains ?
Le prophète est partagé parce que dans le projet de Dieu de délivrer son peuple, il voit — au-delà du projet politique — tout le cœur, tout l'attachement, tout l'amour que Dieu a pour ces gens qui souffrent. Le but de Dieu est de redonner confiance et espoir à son peuple, de lui redonner vie, d'ôter le sentiment d'abattement, de découragement, de faute.
Le prophète découvre une autre facette de Dieu, celle du Dieu qui vit au côté de son peuple, du Dieu qui ressent ce que ressentent les humains. Le prophète découvre combien Dieu veut abolir la distance entre lui et les humains, combien Dieu veut abolir cette mécompréhension qui fausse cette relation entre humains et Dieu.
Cela lui inspire les quatre poèmes du "serviteur souffrant" (Es 42:1-4; 49:1-6; 50:4-9; 52:13—53:12) mystérieux textes où se montre non seulement la miséricorde, la compassion de Dieu, mais où toutes les valeurs sont renversées. Où l'être humain découvre que tout ce qu'il croyait savoir de Dieu est remis en question :
"Qui de nous a cru la nouvelle que nous avons apprise ?
Qui de nous a reconnu que le Seigneur était intervenu ?
Car devant le Seigneur, le serviteur a grandi comme une simple pousse, comme une pauvre plante qui sort d'un sol desséché. Il n'avait pas d'allure ni le genre de beauté qui attirent les regards. Il était trop effacé pour se faire remarquer.
Il était celui qu'on dédaigne, celui qu'on ignore, la victime le souffre-douleur. Nous l'avons dédaigné, nous l'avons compté pour rien, comme quelqu'un qu'on n'ose pas regarder.
Or il supportait les maladies qui auraient dû nous atteindre, il subissait la souffrance que nous méritions.
Mais nous pensions que c'était Dieu qui le punissait ainsi, qui le frappait et l'humiliait.
Pourtant il n'était blessé que du fait de nos fautes, il n'était accablé que par l'effet de nos propres torts. Il a subi notre punition, et nous sommes acquittés; il a reçu les coups, et nous sommes épargnés. (Es 53:1-5)
Nous croyions que Dieu était opposé à nous et il est de notre côté. Nous croyions ne pas être digne de lui et il s'abaisse jusqu'à nous. Nous croyions qu'il nous punissait, alors qu'il souffrait notre propre souffrance !
Ces paroles du prophète anonyme — ajoutées au livre d'Esaïe — sont comme un filon d'or qui parcourt le terreau de la Bible. Ces paroles permettront de comprendre la Passion de Jésus — qui donne sa vie à notre place, comme le serviteur souffrant.
Comme nous l'avons entendu dans le récit de la conversion du fonctionnaire éthiopien, ces paroles d'Esaïe ont servi de catéchisme pour comprendre la mort de Jésus, le don de sa vie.
Dieu n'est pas un Dieu lointain, un Dieu distant qui tire les ficelles d'un monde qui nous dépasse. Dieu, au contraire, se veut proche de nous, de chacun d'entre nous, du plus petit au plus âgé, du plus fort au plus faible. Dieu se place lui-même à nos côtés, dans le bonheur comme dans le malheur. Il n'est pas là pour ôter les pierres, les obstacles qui se trouvent sur notre chemin, mais pour nous aider à les contourner, les écarter ou les surmonter.
Dieu nous soutient dans tous les moments de notre vie. Nous pouvons lui faire confiance et vivre de cette force.
Amen
© Jean-Marie Thévoz, 2008

04.08.2008

Esaïe 1. Un prophète dans les tourmentes politiques

Esaïe 1

3.8.2008
Esaïe, un prophète dans les tourmentes politiques
Es 1 : 21-28    Es 2 : 1-5

Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Ce dimanche et les deux prochains, j'aimerais vous conduire dans les paysages variés et accidentés du livre du prophète Esaïe. Le plus long livre de prophète de la Bible, 66 chapitres, se présente en fait un trois parties. La première partie (chap. 1-39) présente la collection des paroles du prophète Esaïe, fils d'Amots, paroles prononcées entre 740 et 700 av. J-C., sous les règnes successifs de quatre rois de Juda.
Le pays du peuple élu est alors divisé en deux royaumes, celui du Nord, appelé Royaume d'Israël et celui du Sud, appelé Royaume de Juda, avec Jérusalem comme capitale. Esaïe conseille donc les rois de Juda, à Jérusalem.
Pendant ces 40 années, l'empire assyrien s'empare du Royaume du Nord (720) et grignote le Royaume de Juda, jusqu'à assiéger Jérusalem (701).  Cependant, les  troupes assyriennes lèvent le siège et s'en vont, sans prendre la capitale. Cette libération est vue comme un miracle de l'action divine à l'égard de son peuple. Les messages d'Esaïe s'arrêtent sur cette note d'espoir.
Le prophète est un conseiller critique des rois. Pendant toute cette période mouvementée et menaçante, il apporte les oracles de Dieu. En résumé, les rois veulent se prémunir militairement contre l'envahisseur assyrien (qui vient du nord) en concluant des alliances avec l'Egypte (au sud). Esaïe prône une politique de neutralité : pas d'alliance militaire, seule l'alliance avec Dieu peut préserver Juda et Jérusalem. Il faut mettre sa confiance en Dieu, pas dans les armes.
Le prophète délivre ses messages à contretemps et à contre-courant. Quand la menace militaire se fait forte, il rappelle l'exigence de se reposer sur Dieu seul et soutient l'espoir de la délivrance. Quand l'étau de relâche, il prêche le jugement de Dieu : attention à ne pas se reposer sur nos forces humaines et à ne pas négliger la justice.
C'est pourquoi cette première partie du livre d'Esaïe est remplie — ce qui rend sa lecture difficile — de jugements, de condamnations, d'annonces de châtiments, pour Israël, Juda, Jérusalem, mais aussi tous les peuples voisins.
Fondamentalement, il y a dans le livre d'Esaïe une recherche de compréhension du sens de l'histoire, de ce qui arrive au peuple de Dieu. En fait, les malheurs ne cessent d'arriver pendant toute la période d'activité du prophète. Le territoire du pays ne cesse de rétrécir, jusqu'à n'être plus que la citadelle de Jérusalem ! Que fait Dieu pendant ce temps ? Pourquoi cela arrive-t-il à son peuple, à celui qu'Il a choisi ?
Esaïe essaie de répondre à ces questions à partir d'un axiome de base : "Tout est entre les mains de Dieu." En partant de là, comment comprendre les malheurs qui ne cessent d'arriver ? Et comment garder espoir ?
Esaïe expose alors que ces malheurs sont la sanction des fautes des dirigeants et du peuple. A cause de l'injustice, des crimes et de l'idolâtrie, Dieu punit son peuple jusqu'à ce qu'il revienne dans le droit chemin. Ce schéma : "le malheur est une punition - le repentir conduit au retour en grâce" est très culpabilisant, mais comporte aussi une espérance : la possibilité de revenir à la justice, au juste culte, à la juste relation avec Dieu.
Ce schéma signifie également que ces malheurs ne sont pas une défaite du Dieu d'Israël face aux dieux assyriens, Dieu garde le contrôle et reprendra la main en temps voulu.
La délivrance de Jérusalem en 701 — racontée comme miraculeuse dans le livre d'Esaïe et dans son parallèle en 2 Rois (c'est un ange du Seigneur qui décime l'armée assyrienne pendant une nuit devant Jérusalem, Es 37:36 et 2 R 19:35) — vient confirmer ce schéma. Cette délivrance de Jérusalem est vue comme la fin du châtiment, le retour en grâce et valide — temporairement — le schéma de pensée d'Esaïe : transgression - punition - retour en grâce.
Il est intéressant de noter que la Bible nous montre un processus de pensée théologique en cheminement. Avec d'autres témoignages bibliques (Job dans l'Ancien Testament, les Evangiles dans le Nouveau) nous ne pensons plus comme Esaïe, que nos malheurs sont une punition méritée (du moins j'espère que vous ne le pensez pas !) Mais la Bible n'a pas peur de laisser et de montrer des voies qui se sont révélées sans issue. On voit que la découverte de l'être, de la nature de Dieu s'est faite aussi par essais-erreurs et que le souvenir d'erreurs passées peut nous éviter de les reproduire aujourd'hui. La grâce et l'amour fidèles de Dieu priment sur le jugement.
La validation du schéma d'Esaïe par la délivrance inexpliquée de Jérusalem explique probablement pourquoi deux autres parties sont venues s'ajouter à cette première partie du livre d'Esaïe. Le livre pourrait se terminer là sur une victoire de Dieu sur les armées assyriennes. Mais l'Histoire (avec un grand H) ne le permettra pas. 113 ans après cette délivrance miraculeuse, l'empire de Babylone s'empare de Jérusalem, la détruit et déporte les élites. C'est l'Exil.
A ce moment-là, il faut repenser la théologie d'Esaïe, il faut explorer d'autres pistes théologiques. Sans effacer cette première partie — qui témoigne des relations entre Dieu et son peuple, des efforts de compréhension et des relations mutuelles — il faut écrire de nouvelles pages à l'histoire de Dieu et de son peuple. C'est une relation en mouvement, en marche, pour nous encore aujourd'hui.
Nous explorerons donc dimanche prochain cette nouvelle étape avec la deuxième partie du livre d'Esaïe (chap. 40-55). A dimanche prochain.
Amen
@ Jean-Marie Thévoz, 2008

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