03.07.2008
Esaïe 6. Esaïe doit annoncer au peuple que, dorénavant, Dieu refuse de pardonner.
Esaïe 6
29.6.2008
Esaïe doit annoncer au peuple que, dorénavant, Dieu refuse de pardonner.
Es 6 : 1-13 Mc 4 : 10-12
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Quand on choisit un texte biblique au début de la semaine pour la prédication du dimanche, on peut être très surpris par ce qu'on y découvre, même si on pensait bien le connaître. J'avais choisi ce récit de la vision d'Esaïe pour deux raisons : d'abord, je me disais que ce récit, qui nous replace avec Esaïe face à Dieu, face à sa splendeur, pouvait nous stimuler dans notre quête de Dieu avant l'été, pouvait nous aider à approfondir notre relation à Dieu. Ensuite, j'ai fait le projet de prêcher cet été — au mois d'août — sur des passages du livre d'Esaïe pour vous faire (re)découvrir ce prophète. Commencer aujourd'hui par le récit de sa vocation me paraissait naturel.
Mais voilà, le texte peut nous surprendre ! Même un texte bien connu — peut-être d'autant plus un texte trop connu — peut s'être affadi dans notre souvenir. On a tendance à gommer ce qui nous dérange, à embellir ce qui nous fait peur !
Essayons de saisir ce que vit Esaïe, pas encore prophète. Au moment où Esaïe s'aperçoit qu'il voit Dieu, qu'il est en sa présence, il prend conscience de l'abîme qui le sépare de Dieu ! Il est perdu, il va mourir, puisqu'il est indigne et transgresse l'interdit de voir Dieu ! Esaïe doit être terrifié par la grandeur et la puissance de Dieu.
Les anges flamboyants, les séraphins, ne doivent pas être rassurants non plus ! Il ne faut pas imaginer des angelots joufflus, des petits cupidons Renaissance, mais plutôt des sortes de dragons ailés et crachant du feu, formant la garde rapprochée d'un grand souverain. Ces êtres terrifiants crient la louange de leur roi et ces cris ébranlent les portes et dégagent de la fumée. Rien de rassurant là-dedans.
Vient ensuite l'épreuve du feu, du tison sur les lèvres d'Esaïe. Un geste bienveillant de la part de Dieu qui admet ainsi Esaïe en sa présence en le purifiant, mais qui ressemble plus à une épreuve initiatique ou à une torture qu'à un signe de bienvenue. A cela s'ajoute la mission confiée à Esaïe : il est chargé d'empêcher le peuple de revenir vers Dieu !
Et quand Esaïe se soucie de la durée de cette mission "jusques à quand ?" pour découvrir le but ultime, le but réel après la phase d'endurcissement, Dieu lui répond que c'est la destruction qui attend le peuple, sans sursis, sans rémission et jusqu'aux derniers. S'il en réchappe un dixième, ceux-là encore seront fauchés, comme ce qui repousse d'une souche !
Voilà pour la belle vision, voilà pour la belle vocation, voilà pour la belle mission !
Que faire d'un tel message ? Car il faut en faire quelque chose, d'autant plus que Jésus reprend à son compte la mission d'Esaïe lorsqu'il explique pourquoi il parle en parabole. Cette mission ne peut pas être gommée, effacée en disant simplement que cela appartient à une conception de l'Ancien Testament.
On ne peut pas non plus tout effacer à cause de la dernière ligne qui redonne espoir : "Mais cette souche est le gage divin d'un nouveau commencement" (Es 6:13).
Il faut prendre en compte que Dieu est fâché. Il est fâché de cet Israël qui compte sans cesse sur sa bonté, sa miséricorde, son pardon pour continuer à mal se comporter, à exploiter son prochain, à fausser la justice, à adorer d'autres dieux.
A un moment, Dieu dit STOP. Cessez de considérer ma miséricorde, mon amour comme une garantie d'impunité renouvelable à l'infini. STOP.
Esaïe doit annoncer au peuple que, dorénavant, Dieu refuse de pardonner, Dieu refuse d'être miséricordieux, que Dieu refuse d'être son Dieu ! Aie, aie, aie, comment prêcher cela, comment comprendre cela, comment comprendre que Jésus ait repris cela ?
Vous n'en avez jamais eu marre de bien faire, d'être gentil, de faire du bien, d'aider et que cela ne mène à rien ? Alors vient l'idée de dire stop et de faire voir ce que cela fait lorsqu'on change d'attitude du tout au tout. Puisque les êtres humains sont contre Dieu, pourquoi ne pas utiliser cette attitude, ce comportement comme levier pour faire prendre conscience de ce qui se passe ?
Puisque les êtres humains disent non à Dieu — et c'est ce qu'on voit dans le monde actuel et c'est ce que Jésus voyait autour de lui et l'a conduit à la Passion — puisque les êtres humains disent non à Dieu, au Dieu aimant, peut-être diront-ils non à Dieu, au Dieu juge et destructeur, retrouvant par là la valeur de ce qu'ils avaient négligé et qu'ils ont maintenant perdu !
Peut-être les êtres humains vont-ils s'indigner que Dieu affirme qu'il va renoncer à son amour, à son pardon et que cette indignation va leur rappeler qu'ils ont eux-mêmes — et les premiers — renoncé à l'amour et au pardon dans leurs relations.
En se présentant aux êtres humains comme un juge, comme un procureur inflexible, Dieu se place en miroir de nous-mêmes pour que nous nous y voyions tels que nous sommes, dernier espoir de transformation ! Lorsque Dieu se présente comme juge et procureur, parce que nous abusons de sa patience, il ne cherche pas notre destruction — nous nous en occupons très bien tout seuls — mais il cherche, en fin de compte, notre transformation, notre purification, comme pour Esaïe.
Dieu utilise des voies paradoxales pour nous mettre en face de nous-mêmes. C'est souvent dur, mais c'est toujours, en fin de compte, par amour. Aussi dur que soit le texte, sa dureté est égale à la dureté de notre cœur et de nos attitudes. Aussi dur que soit le texte, il débouche sur une promesse de renouveau : Dieu a toujours à cœur de nous accueillir dans son amour.
Amen
© Jean-Marie Thévoz, 2008
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19.05.2008
Ezéchiel 36. La Pentecôte, aboutissement et commencement.
Ezéchiel 38
11.5.2008
La Pentecôte, aboutissement et commencement.
Ez 36 : 24-28 Actes 2 : 1-13
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Nous vivons le dimanche de Pentecôte, l'aboutissement, la dernière étape du calendrier de l'Eglise, dernière étape qui marque l'accomplissement de la mission de Jésus et de l'œuvre de Dieu.
Le calendrier de l'Eglise chrétienne commence en décembre avec les dimanches de l'Avent et la fête de Noël. Il continue avec le temps de la Passion, marqué par la semaine sainte : jeudi la dernière Cène, vendredi la crucifixion et dimanche de Pâques, la résurrection. Ensuite se passe le temps de la présence du Christ ressuscité auprès de ses disciples — 40 jours jusqu'à l'Ascension. Puis, 10 jours après, vient la Pentecôte où l'Esprit saint est donné aux disciples pour qu'ils puissent remplir leur mission de témoignage et d'annonce de l'évangile.
A partir de Pentecôte commence le temps de l'Eglise, de l'annonce de l'évangile au monde entier. Ce calendrier de l'Eglise, nous le parcourons ainsi chaque année, pour nous souvenir de l'œuvre du Christ et nous mettre en marche pour en témoigner autour de nous.
Pentecôte est encore l'aboutissement d'un projet plus grand. Le projet d'histoire du salut que Dieu a commencé dès la création du monde et dont toute la Bible témoigne. Il ne va pas de soi, ni que Dieu se révèle aux humains, ni surtout que les humains puissent recevoir cette révélation de Dieu. Aussi Dieu a-t-il procédé par étapes. Et la Bible nous décrit les étapes qui ont été reconnues.
Le début de la Genèse nous montre la création et comment Dieu fait alliance avec l'humanité toute entière, à travers Adam et Eve, Caïn et Abel, Noé et sa famille. Dieu témoigne de sa bienveillance et de sa volonté en faveur de la vie humaine, sans attente de retour, de reconnaissance ou de foi. C'est un geste unilatéral de Dieu en faveur du monde.
Ensuite, Dieu choisit de se faire connaître à un homme, Abraham, et à sa famille, sur plusieurs générations. De la famille on passe à une peuplade, les hébreux, à qui Dieu donne sa Loi à travers Moïse. La peuplade nomade devient un peuple avec des institutions, un roi, un temple, un pays.
A travers l'Exil, ce peuple vivra en même temps une dispersion géographique et la découverte de son identité, toute entière reliée à Dieu au travers du livre qui recueille sa parole; c'est l'expansion du judaïsme. Dans l'Empire romain, le judaïsme est répandu et bien considéré, mais reste une religion "ethnique", liée à l'appartenance physique au peuple d'Israël.
Pour que le message de Dieu dépasse le peuple d'Israël et s'ouvre au monde entier, il faut encore une étape. Celle-ci se développe au travers de Jésus. Même si Jésus s'est adressé prioritairement aux juifs d'Israël, son message — d'un amour divin offert à tous, sans barrière, sans restriction, sans condition — est de portée universelle.
Ainsi la Pentecôte est aussi l'aboutissement du projet de Dieu de se faire connaître au monde entier. Avec le don de l'Esprit saint — qui dans le récit de Luc permet aux disciples de parler toutes les langues du monde connu — Dieu se donne à tous, sans frontière. Le message de l'amour de Dieu est clairement ouvert au monde entier et va parcourir le monde, en commençant par le réseau existant de synagogues parsemées dans tout l'Empire romain.
Pentecôte, aboutissement et bien sûr commencement. Pentecôte est pour chacun aussi accomplissement et commencement.
La Pentecôte — à côté de son aspect universel — a aussi un côté personnel et intérieur. La révolution de la Pentecôte n'est pas seulement que la Parole est offerte au monde, c'est aussi que chaque personne reçoit en soi-même la présence même de Dieu.
Comme l'exprimait déjà le prophète Ezéchiel sous forme de promesse :
"Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J'enlèverai votre cœur de pierre et je le remplacerai par un cœur de chair." (Ez 36:26).
Pentecôte, c'est la promesse d'un accomplissement spirituel : Dieu nous équipe directement. Il nous restaure, nous régénère, nous redonne la vie. Là où l'existence nous a blessée, a meurtri notre cœur, nous a poussé à nous blinder, à nous enfermer dans des carapaces, à nous pétrifier, Dieu agit.
Il nous soigne, il nous remplace notre cœur insensible comme une pierre par un cœur sensible, un cœur à nouveau capable de ressentir, de se mettre en empathie, capable de compassion, d'affection, capable d'amour. Dieu nous transforme pour être à son image, c'est-à-dire capables d'amour, d'en ressentir et d'en donner.
Pentecôte, c'est un accomplissement qui nous permet des recommencements. C'est un accomplissement qui nous permet de vivre en accord avec Dieu et les uns avec les autres. C'est un accomplissement qui nous permet de témoigner des bienfaits de Dieu envers nous.
Pentecôte, c'est un commencement, c'est un nouveau départ, c'est un renouvellement de nos forces, de nos capacités d'aimer.
Amen
© Jean-Marie Thévoz, 2008
17:53 Publié dans f) Prophètes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : prédication, évangile, protestant, bible, paroisse, bussigny, jésus
14.09.2006
Esaïe 58. Le jeûne que Dieu préfère, c'est la libération des captifs
Esaïe 58
21.9.1997
Le jeûne que Dieu préfère, c'est la libération des captifs
Es 58:6-11 Gal 5:13-14 Lc 6:6-11
(Cette prédication fait suite à celle sur Luc 4 du 7.9.1997)
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Aujourd'hui, je continue la ligne commencée il y a 15 jours. Lors de sa première prédication à Nazareth, Jésus avait lu ce passage du livre d'Esaïe :
"L'Esprit du Seigneur est sur moi,
il m'a choisi pour apporter la Bonne Nouvelle aux pauvres.
Il m'a envoyé pour proclamer la délivrance aux prisonniers
et le don de la vue aux aveugles,
pour libérer les opprimés,
pour annoncer l'année où le Seigneur manifestera sa faveur." Luc 4:18-19.
et il avait ajouté: Aujourd'hui ces paroles sont accomplies !
Aujourd'hui j'aimerais développer cette parole d'Esaïe que cite Jésus :
"Il m'a envoyé pour proclamer la délivrance aux captifs."
Comme nous vivons aujourd'hui le Jeûne fédéral, j'ai rappelé un autre texte d'Esaïe qui lie directement le jeûne et la libération des captifs :
"Le jeûne tel que je l'aime, dit le Seigneur, le voici, vous le savez bien : c'est libérer les homme injustement enchaînés, c'est les débarrasser du joug qui pèse sur eux, c'est rendre la liberté à ceux qui sont opprimés, bref, c'est supprimer tout ce qui les tient esclaves." Esaïe 58:6
Le jeûne, au temps d'Esaïe comme au temps de Jésus et plus tard était au coeur de la pratique religieuse.
Jeûner c'est aborder différemment la faim et ce qui nous alimente, la nécessité et ce dont nous dépendons. Jeûner, c'est casser (pour un temps) le lien de dépendance (à la nourriture et pourquoi pas à la TV ou à la fumée, etc.), c'est prendre conscience de nos automatismes et de nos vrais besoins, du manque qui se creuse (au ventre) et du manque de l'autre qui ne jeûne pas forcément volontairement.
Le jeûne n'est pas qu'affaire d'alimentation. On peut transposer cela dans nos relations. Nous avons tous faim de statut, d'image ("Je suis devenue transparente pour lui, il ne me voit plus"), de reconnaissance, d'affection, de tendresse, d'amour.
Nous avons tous un appétit (légitime) pour cela, car c'est indispensable à la vie !
Pour satisfaire cette faim, nous avons nos petites stratégies. Certaines sont innocentes, d'autres sont exaspérantes pour ceux qui les subissent.
On connaît tous quelqu'un qui ne cesse de se plaindre, de montrer comme il est une victime impuissante. Cette façon d'être avec les autres est une stratégie pour obtenir de l'attention, de la commisération, de la reconnaissance.
D'autres stratégies passent par diverses formes de prises de pouvoir et autres manipulations.
Ces stratégies sont d'autant plus manipulatrices qu'elles ont été acquises tôt dans un environnement affectivement frustrant.
Dès la naissance, tout enfant a un appétit relationnel. Si ses demandes directes sont généralement satisfaites, il continuera de dire ses besoins clairement et directement.
Mais si ses demandes directes ne reçoivent pas de réponses, l'enfant va penser qu'il fait "faux" et cherchera d'autres voies plus détournées, voire franchement manipulatrices. Il va se battre par tous les moyens pour survivre affectivement.
Nous sommes tous liés par cette faim affective parfois exacerbée par des carences vécues. Nous grandissons liés à ces stratégies. Ces stratégies satisfont un temps notre faim, mais elles ne nous rassasient pas. Devenus adultes, nous sommes limités par ces stratégies mises en place dans la petite enfance. Elles nous limitent, elles nous enferment, parfois nous oppriment. Souvent elles nous empêchent d'aimer et d'être aimés. Nous en sommes devenus captifs.
Lorsque Jésus annonce la libération des captifs (pour aujourd'hui), il ne parle pas de vider les prisons. Mais il parle de cette libération intérieure des chaînes qui nous retiennent d'être aimés et d'aimer.
Jésus veut nous rendre notre liberté, la même liberté dont il usait lorsque les pharisiens cherchaient à l'entraîner dans un conflit ou un piège.
On voit dans le récit de la guérison de l'homme à la main paralysée (Luc 6:6-11) comment Jésus ne se laisse pas enfermer dans une situation programmée par d'autres. Il ne se met pas sur la défensive, il n'a pas besoin de devenir agressif pour s'imposer, simplement il suit sa ligne, il guérit.
Etre rendu libre, c'est possible. C'est un chemin ouvert à tous, qui passe par plusieurs étapes.
D'abord reconnaître que l'amour que l'on recherche, dont on a faim, existe et qu'il est disponible. Il n'est pas nécessaire d'écraser les autres pour l'obtenir.
Ensuite, reconnaître que nos stratégies viennent des détresses que nous avons subies. (Ce sont ces liens provenant de la méchanceté ou de l'injustice dont parle le prophète Esaïe.) Nous ne faisons que répéter ce qui nous a fait tant souffrir.
Enfin, pour savoir ce que nous avons subi, il faut faire un retour en soi-même, vers son passé, et y découvrir nos manques, nos carences.
Si nous avons beaucoup souffert dans notre existence, ce chemin ne peut peut-être pas être suivi en solitaire, il nécessite une écoute attentive et compassionnelle.
Esaïe disait : le jeûne tel que Dieu l'aime, c'est libérer les captifs.
On peut dire aujourd'hui :
La pratique religieuses que Dieu aime :
- c'est créer, dans l'Église, un environnement relationnel où chacun puisse se sentir écouté et aimé,
- c'est créer, à la maison, un climat où les enfants puissent recevoir l'affection dont ils ont besoin pour grandir,
- c'est apprendre à recevoir l'Amour qui vient du Père pour se sentir assez riche et suffisamment libre pour le répandre autour de soi.
Amen.
Fait partie de la suite Prédication de Jésus à Nazareth : Luc 4 / Esaïe 58 / Luc 10 / Luc 7.
© 2006, Jean-Marie Thévoz
18:55 Publié dans f) Prophètes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bible, Christianisme, Prédication, Spiritualité, Vie Quotidienne, Education, Protestant
02.09.2006
Ezéchiel 37. Pâques : une force pour créer une communauté nouvelle
Ezéchiel 37
16.4.2006
Pâques : une force pour créer une communauté nouvelle
Ez 37 : 1-14 Jn 20 : 1-10
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Dans sa grande vision des ossements desséchés qui reviennent à la vie, le prophète Ezéchiel nous présente le processus exactement inverse de ce qui se passe dans un tombeau. La réalité biologique et matérielle du monde dans lequel nous vivons, c'est que tout va vers sa dégradation, vers l'éparpillement, vers la mort et la destruction.
Ce qui est lavé et propre se salit, ce qui est neuf devient usagé, ce qui est pur se mélange ou se fait contaminer, ce qui est uni se désunit, ce qui est accordé se désaccorde, etc… Les scientifiques ont même trouvé un mot pour définir cette dérive inexorable; ils appellent cela l'entropie.
Eh bien, voilà que Dieu fait participer Ezéchiel à un mouvement contraire, opposé. Dieu invite Ezéchiel à voir et à être l'acteur d'un phénomène inverse. Ce qui était mort, perdu, dégradé, ce qui était désespérément desséché va revivre.
Il faut dire là quelques mots sur le moment de l'histoire où Ezéchiel reçoit cette vision et à qui il la raconte ensuite. Ezéchiel est prophète du peuple juif exilé à Babylone. Jérusalem a été prise, le Temple détruit, le roi déchu, le peuple déporté, la terre promise perdue. Les Israélites sont dans une situation désespérée, ils sentent mourir leur identité, ils se sentent comme des ossements desséchés.
C'est dans cette situation — apparemment sans espoir — qu'Ezéchiel est témoin de cette vision d'une résurrection de son peuple ! Dieu va redonner vie à son peuple, il va faire du neuf avec ce qui semble irrécupérable et perdu. Il va renverser le mouvement de l'entropie et du désespoir pour faire triompher la vie.
Il est intéressant de voir que dans cette vision, Ezéchiel n'est pas un spectateur passif, assis dans un fauteuil de cinéma. Dieu demande à Ezéchiel d'agir, d'être acteur du changement, de la transformation. Ezéchiel doit même donner des ordres à l'Esprit divin — c'est le monde à l'envers !
Ou plutôt — comme nous les savons maintenant — c'est l'habitude, le mode de faire préféré de Dieu d'impliquer l'être humain dans ses projets. Nous avons-là une préfiguration de l'incarnation. Dieu ne travaille pas sans nous, sans nos bras, sans nos mains, sans nos bouches. Dieu ne veut pas se passer de l'être humain pour réaliser ses desseins. Il a continué à le faire avec Jésus, avec les disciples et les apôtres et continue avec nous aujourd'hui.
Les Evangiles sont comme des développement de cette vision d'Ezéchiel. Dans son ministère, Jésus travaille à rassembler, à susciter la force de la vie contre les forces destructrices. Il travaille à rassembler ce qui semblait perdu pour en faire du neuf, les prémices du Royaume.
Les Evangiles racontent ce combat de Jésus contre les forces de mort. Ce combat n'est pas un combat mythologique où des dieux s'affrontent dans un Olympe lointain. Ce combat se passe sur terre, en plein cœur de la vie humaine, au cœur des préoccupations, des souffrances humaines. Chaque miracle de Jésus est un signe de la volonté de Dieu de soulager la souffrance humaine, chaque parole de Jésus et un pas pour reconstituer la communauté humaine. Comme les os desséchés sont remis ensemble, réunis par les nerfs, habillés de chair et recouverts de peau, ainsi la communauté humaine, sociale, est retissée, rhabillée et remise en contact.
Et Jésus nous donne les outils de cette re-création d'une communauté humaine soudée : le pardon, la réconciliation, le non-jugement, l'acceptation de soi, la bienveillance, l'amour du prochain.
Le temps de la Passion que nous venons de vivre nous rappelle cependant que d'énormes obstacles se dressent sur cette route, que les forces de mort sont présentes, que l'affirmation du bien ne se fait pas sans difficultés, sans sacrifices ! Jésus y a laissé sa vie !
La mort semblait l'avoir emporté, mais le matin de Pâques nous rappelle que malgré les apparences, Dieu fait triompher la vie, Dieu continue à agir à travers Jésus, comme il l'avait fait au travers d'Ezéchiel : Il redonne vie aux ossements desséchés, aux espoirs perdus.
Jésus était mort, victime de la violence des humains, mais Dieu l'a relevé d'entre les morts. Le gain de la mort n'était qu'un apparence, comme un brouillard qui s'évanouit devant le soleil de Dieu.
Comme Dieu avait engagé Ezéchiel pour être acteur dans la vision des ossements transformés en communauté vivante, Dieu enrôle maintenant les disciples pour être les acteurs dans la création d'une communauté nouvelle qui annonce l'Evangile : puissance de vie et de re-création.
La vie a le dernier mot et Dieu nous engage pour témoigner de cette victoire. Il nous engage à former une communauté, un peuple vivant témoignant du Dieu de Vie.
Amen
© 2006, Jean-Marie Thévoz, Suisse, Bussigny.
22:40 Publié dans f) Prophètes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bible, Christianisme, Prédication, Spiritualité, Vie Quotidienne, Education, Protestant


