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Notre Père (5)

28.6.2020

Esaïe 55

Notre Père (5)

Esaïe 55 : 1-3.    Jean 6 : 25-35.   Matthieu 4 : 1-4

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Chers frères et soeurs en Christ,

Dans ma série de prédications sur le Notre Père, nous abordons la quatrième phrase : « Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour » (Mt 6:11, Luc 11:3). Les trois phrases du début du Notre Père parlent en Tu, « ton nom, ton règne, ta volonté » et concernent Dieu, les trois phrases qui viennent ensuite s'expriment en Nous et concernent les humains.

Ce sont des demandes pour nous, ensemble, et concernent notre vie, la vie matérielle avec le pain, la vie relationnelle avec le pardon et la vie aux prises avec le monde avec la tentation et le malheur.

Dans notre parcours en remontant le Notre Père et en suivant le peuple d'Israël dans sa marche, après la sorite d'Egypte, nous sommes avec un pied dans le désert avec le don de la manne et un pied dans le pays où coulent le lait et le miel.

Dans cette phrase du Notre Père, nous demandons à Dieu du pain ! Nous sommes dans une demande matérielle, une demande qui confronte le monde économique.

Demander son pain à Dieu plutôt que d'aller chez le boulanger ? Se passer des circuits économiques ?

La tentation est grande d'en faire rapidement une demande autre, immatérielle et spirituelle. Cette phrase, ce serait demander le pain vital, le pain divin, le pain descendu du ciel, donc soit le salut, soit la parole de Dieu, les deux étant récapitulés ensemble dans la personne de Jésus. On demanderait donc la présence de Jésus par la prière comme on le fait dans le sacrement de la Cène.

Tout cela est juste, aussi. Mais pour moi, cela manque d'incarnation. Il y a le risque d'une sorte de fuite dans le spirituel, d'une évasion hors de notre réalité. Je pense qu'il faut faire un détour avant de voir Jésus dans le pain de chaque jour que nous demandons dans le Notre Père.

Et c'est un détour par l'économie. Il faut se demander : Qu'est-ce que cela fait d'introduire Dieu dans une équation économique ?

Toute l'économie se résume en une seule équation : D > O, la demande est plus grande que l'offre. Le contraire, ce serait de vouloir vendre de la glace aux Inuits ou du sable aux Touaregs.

L'économie est basée sur la rareté, elle est fondée sur la pénurie. L'économie a besoin du sentiment de manque pour tourner. Voir les publicités disant : Attention série limitée, offre limité, soyez les premiers à en profiter. Ou bien on vous fait croire à une valeur ajoutée sur un produit abondant, comme l'eau en bouteille à la place de l'eau du robinet.

Voyons ce qui se passe lorsqu'on introduit Dieu dans l'équation. Lisons Esaïe : « Vous tous qui avez soif, je vous offre de l'eau, même si vous n'avez pas d'argent, venez vous procurer de quoi manger, c'est gratuit. » (Es 55:1). De son côté, Jésus a multiplié les pains et les poissons. Avec Dieu, voilà l'abondance qui vient gripper la base de l'équation économique.

En fait, à l'origine, la nature fournit tout gratuitement. Aujourd'hui, ce qu'on paie, c'est le travail de ceux qui plantent et récoltent. C'est ensuite que la pénurie peut s'installer, lorsque l'économie insiste sur la nécessité d'accumuler. Il n'y a jamais eu de pénurie de papier de toilette au mois de mars. Les rayons étaient vides parce que les armoires de chacun étaient pleines.

Le problème est dans le sentiment du manque, c'est lui qui crée la peur, qui crée la pénurie, qui nous conforte : on a eu bien raison de faire des provisions...

Dieu, Jésus, le Notre Père s'attaquent à notre peur de manquer, en nous rappelant que Dieu est bon, la nature généreuse et les humains solidaires. C'est donc à un changement d'attitude intérieur que nous sommes appelés.

Le pain est pris en exemple, pour nous conduire ailleurs. Notamment pour nous signaler que le modèle économique a tendance à tout envahir. Le pain est un renvoi vers une autre réalité. « L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » répond Jésus à Satan dans les tentations (Mt 4:4).

La critique du système économique est marginale dans la prédication de Jésus. Par contre, il utilise des images du monde économique pour critiquer notre gestion des relations. Nous avons une tendance forte à gérer nos relations — d'amitié, conjugales ou professionnelles — comme des investissements économiques. Par accumulation des relations, par le rejet (laisser tomber l'autre) quand la relation ne rapporte plus. On se désinvestit alors pour se réinvestir ailleurs, avec quelqu'un d'autre. Cela arrive chaque fois que nous pensons l'amitié ou l'amour en termes de manque, de pénurie plutôt qu'en termes d'abondance et d'infini.

La Samaritaine avait accumulé cinq maris, mais elle était toujours en manque d'amour, jusqu'à ce que Jésus lui révèle qu'il y avait, en elle, une source d'amour infinie, la source d'eau vive.

Lorsque Jésus parle du Royaume de Dieu, il parle de la sphère relationnelle, où Dieu injecte en continu de l'abondance, de l'amour ou de la justice sans limite.

Voilà ce que contient la « Parole de Dieu ». Quand on en comprend le contenu, alors elle devient nourrissante, elle devient le pain de chaque jour. Quand on y a goûté, on en reveut.

Quand on a fait le détour par l'économique et le relationnel, quand on comprend que les relations ne se gèrent pas avec les règles de l'économie — pour laquelle la pénurie est la base — mais avec les principes du Royaume de Dieu, alors on peut saisir l'aspect spirituel de la demande de pain dans le Notre Père.

C'est un pain qui ne peut s'acheter, mais qui se reçoit. C'est un pain qui nourrit et fait du bien à l'âme, dont on a besoin chaque jour, comme chaque jour nous avons besoin d'entendre que nous sommes aimés. Besoin d'entendre que cet amour n'est pas limité, qu'il ne va pas être épuisé un jour, puisque Dieu est la source de cet amour, un amour infini, inépuisable et gratuit.

« Venez vous procurer de quoi manger, c'est gratuit » nous transmet Esaïe. C'est le pain descendu du ciel que Dieu nous donne en abondance.

Amen

© Jean-Marie Thévoz, 2020

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