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m) Luc

  • Un parcours de vie

    Luc 15

    10.2.2019

    Un parcours de vie

    Colossiens 3 : 12-17        Luc 15 : 11-24

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    Chers frères et sœurs en Christ,

    Cette parabole de Jésus intitulée le "Fils prodigue" est probablement la parabole la plus connue de l'évangile. C'est aussi celle qui résume avec le plus d'intensité la bonne nouvelle de l'évangile : Dieu nous accepte inconditionnellement.

    Un danger nous guette cependant lorsque nous entendons et méditons cette parabole, c'est de "noircir" le premier fils pour faire ressortir avec plus de relief la bonté du père.

    Le père n'est-il pas d'autant meilleur que le fils est un fieffé vaurien, un gaspilleur de fortune et coureur de jupon ? Attention, cela n'est pas dans notre récit, c'est dans la suite, dans la bouche du frère aîné qui essaie de dénigrer son frère.

    Ne tombons pas dans le piège — contraire à l'évangile — de faire de cette parabole une morale pour tenir tranquille les enfants et vanter la sagesse anticipatrice des parents. Cette parabole ne nous est pas donnée comme instrument de pouvoir parental, mais comme parole libératrice pour tous ! Cherchons à entendre la parabole sans trop de parasites !

    Cette parabole nous expose un parcours de vie assez ordinaire, en raccourci.

    1) Première étape. Arrivé à l'âge adulte, un fils décide de prendre son envol, de quitter le nid familial. Il demande sa part d'héritage à son père. Rien ne nous indique qu'il y ait de la part du fils de l'agressivité dans sa demande, ou de la réticence à y répondre de la part du père. Le père partage entre ses deux fils et le cadet prend la part qui lui revient et s'en va.

    Quitter le père, la famille pour chercher son autonomie, ses propres valeurs, son propre accomplissement, sa propre personnalité, c'est le chemin normal de tout individu.

    2) Deuxième étape, le fils fait sa vie là-bas et dépense l'avoir, les biens qu'il avait reçu. Ici on pourrait bien sûr faire le reproche de n'avoir pas été prudent, économe, etc. Mais n'est-ce pas dans la nature des choses, des biens de consommation, d'être consommés. Chez nous aussi le frigo se vide chaque semaine. Le problème n'est pas qu'il se vide, c'est comment faire pour pouvoir le remplir à nouveau chaque semaine !

    En plus là-bas, la famine survient, c'est-à-dire la pénurie de tous les biens, même à acheter. Ici se joue — dans la vie du fils, mais dans toute vie, je crois — la lutte entre l'être et l'avoir. Le fils a eu l'illusion — en demandant sa part à son père — de recevoir assez pour vivre toute sa vie, comme si ces biens allaient combler les besoins de son être toute sa vie.

    Une publicité disait : "Il y a des choses qui ne s'achètent pas, pour tout le reste, il y a notre carte de crédit." Le passage que vit le fils et que nous avons tous un jour à traverser est de découvrir ce qui s'achète et ce qui ne s'achète pas, ce qui relève de l'avoir et ce qui relève de l'être. Souvent nous sommes dans la confusion, parce que tout notre environnement — un environnement essentiellement commercial — nous dit : "Consomme et tu seras heureux" c'est-à-dire : satisfais tous tes besoins d'avoir et ton être sera comblé !

    Le fils découvre qu'il a épuisé son avoir sans que son être en soit comblé. Il se découvre seul, éloigné des siens, avec un manque intérieur terrible, exprimé par la faim qu'il éprouve en regardant les porcs se gaver.

    3) Alors il se met à réfléchir. C’est la troisième étape. Il fait un voyage intérieur à la recherche de ses vrais besoins. Il réalise son manque, son vide intérieur, et là se passe en lui un double mécanisme.

    D'un côté, il s'auto-accuse et se culpabilise de son chemin. Il passe de la découverte de son vide intérieur à un sentiment d'indignité. Il retourne le mal qu'il vit contre lui, pour en conclure qu'il a perdu son être. Il se trouve indigne.

    D'un autre côté, il remonte à la source où a commencé son malheur et où est la source où il pourrait retrouver à nourrir son être intérieur. C'est ainsi qu'il décide de retourner vers son père tout en lui demandant un statut d'ouvrier, parce qu'il pense avoir perdu sa dignité de fils.

    4) Dernière étape du parcours : rien ne se passe comme l'avait prévu le fils. Le père ne porte aucun jugement. Le père ne fait pas la morale à son fils. Le père ne cherche pas une faute ou des erreurs. Il coupe court à toute accusation d'indignité. Il ne veut aucun arrangement autour d'un statut inférieur qui permettrait — aux yeux du fils — une réintégration.

    Jamais, dans les yeux du père, le fils n'a changé de statut. Jamais, il n'a cessé d'être précieux, important, plein de valeur. Le père ne voit que le parcours malheureux, il ne voit aucune indignité. Il n'y a pas de reproches, seulement la joie des retrouvailles. Le fils a fait son parcours de vie, il a été par le chemin qu'il avait choisi et il a découvert ce dont il avait besoin.

    Le père accepte ce parcours et se réjouit de ce que son fils qui était près de la mort intérieure a retrouvé le chemin de la vie. Un grand festin marque ces retrouvailles, une grande fête est nécessaire pour marquer cette renaissance de l'être du fils à la vie.

    Chaque être humain est engagé dans ce parcours où il doit trouver son chemin personnel pour retrouver son être intérieur et participer à ce repas de fête que Dieu nous offre.

    Aujourd'hui, Dieu nous ouvre les bras, il nous invite à la fête dans son Royaume. Laissons-nous accueillir comme les vrais enfants du Père.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2019

  • Célébration œcuménique : Dieu remet les compteurs à zéro

    Eglise Orthodoxe

    25.1.2019

    Célébration œcuménique : Dieu remet les compteurs à zéro

    Deutéronome 16 : 18-20          Luc 4 : 14-21

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    Chers frères et sœurs en Christ,

    Dimanche passé, nous vivions une célébration œcuménique à l’Eglise anglicane avec les communautés chrétiennes du quartier.

    Aujourd'hui, nous sommes chez vous et nous vous remercions de votre accueil. Dimanche dernier, j’ai parlé de ce même récit biblique : la première prédication de Jésus à Nazareth. Jésus y avait lu ce passage du livre d'Esaïe :

    "L'Esprit du Seigneur est sur moi, il m'a choisi pour apporter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé pour proclamer la délivrance aux captifs et le don de la vue aux aveugles, pour libérer les opprimés, pour annoncer l'année où le Seigneur manifestera sa faveur." (Luc 4:18-19). et il avait ajouté: “Aujourd'hui ces paroles sont accomplies !”

    Dimanche passé, j’ai développé ce que Jésus voulait dire par cette parole : “Dieu m'a choisi pour apporter la Bonne Nouvelle aux pauvres.” Aujourd'hui j'aimerais développer la parole de Jésus : “Il m'a envoyé pour libérer les opprimés, pour annoncer l'année où le Seigneur manifestera sa faveur.”

    Le thème de cette semaine de l’unité, c’est l’établissement de la justice, une justice qui permette la paix, c’est-à-dire le vivre ensemble. C’est justement cette justice que Jésus appelle en parlant de cette année de faveur.

    Cette année de faveur à une histoire dans l'Ancien Testament. Dans le livre du Lévitique est décrit un système économique très spécial. Un premier cycle de sept ans est introduit, où la septième année, l'année sabbatique est une année de repos pour le sol. Pendant six ans tout le monde travaille, sème et récolte, la septième année est une année de repos. A ce premier cycle se superpose un deuxième cycle de sept fois sept ans, soit 49 années au total. L'année qui suit, soit la 50e est le Jubilé, l'année du Seigneur. Lors de cette 50e année, on rétablit les personnes dans leurs biens, dans leurs terres ou dans leur liberté pour celles qui ont été asservies pour n'avoir pas pu payer leurs dettes. On remet les compteurs à zéro.

    Ce système économique présuppose une situation de départ équitable et juste et un monde très stable, au moins démographiquement. Cet astucieux système économique n'a jamais été mis en place en Israël, mais il témoigne d'une tentative d'ordonner le monde économique à la volonté divine tout en laissant de la place à la liberté humaine et en tenant compte de certaines réalités : Ce système laisse une liberté de commerce et d'entreprise aussi grande que possible à tous pendant le cycle de 49 ans. Il ne laisse cependant pas croître les inégalités jusqu'à un point de rupture ou de non retour grâce à l'année du Jubilé qui instaure une redistribution.

    Jésus nous dit : "Aujourd'hui s'accomplit cette parole d'Esaïe : l'année du Seigneur, de la restauration, c'est maintenant."

    Pourtant Jésus n'est pas venu accomplir une révolution économique, comme il n'est pas venu pour chasser les Romains de Palestine. Il vient restaurer notre être, pas nos avoirs. Jésus est venu remplacer — dans nos modes relationnels — l'économie de marché fondé sur la pénurie, par l'économie du Royaume fondée sur l'abondance. C'était-là la Bonne Nouvelle annoncée aux pauvres.

     

    Le départ équitable qui est donné à tous à la naissance, c'est de vivre dans l'abondance de l'amour. Chaque enfant naît avec l'amour et le pardon de Dieu dans son cœur, avec une capacité d'aimer à l'infini. Ensuite, malheureusement, la situation se dégrade. Les détresses subies nous aliènent et le mal prend de l'ampleur dans nos vies et limitent nos capacités d'aimer, comme dans le Lévitique.

    La situation voulue au départ se dégrade. Chacun vit — sans que ce soit la faute de personne — des événements pénibles, tristes, frustrants, parce que la vie est dure, la société injuste et qu'il est impossible d'obtenir tout ce que nos désirs souhaitent. Nous accumulons des dettes sous forme de culpabilités et perdons nos libertés, en façonnant nos stratégies relationnelles.

    La bonne nouvelle, c’est que Jésus vient nous libérer de nos propres enfermements, de nos dettes, de nos culpabilités, de tout ce qui nous paralyse. C'est ainsi que se réalise la parole d'Esaïe : "Dieu libère les captifs et renvoie en liberté les opprimés".

    Jésus vient nous délivrer du péché. Voilà, le mot est lâché : le péché. Le péché, c'est l'ensemble des choses qui dégradent la situation de départ pendant les 49 ans du cycle du Lévitique, jusqu'à ce que Dieu rétablisse la justice et l'équité pendant la 50e année.

    Jésus ne parle du péché que lorsqu'il parle du pardon, lorsqu'il libère ou qu'il compatit et guérit. Pour Jésus, le péché originel n'existe pas. La seule chose qui existe pour Jésus, c'est le pardon originel.

    Constamment, Jésus veut nous guérir de notre aveuglement qui nous fait voir le péché seulement comme les actes mauvais, les fautes. Il veut nous redonner la vue sur la détresse, sur la souffrance subie, sur la dégradation des relations. L'année de faveur du Seigneur que Jésus réalise, c'est le retour à l'état de personne pardonnée, aimée. Dieu nous offre aujourd'hui d'être restaurés dans cet état premier par le pardon, ce pardon qui permet d'aimer et d'agir.

    Amen.

    © Jean-Marie Thévoz, 2019

  • Célébration œcuménique : l’amour ne s’épuise pas.

    Eglise Anglaise

    Luc 4

    20.1.2019

    Célébration œcuménique : l’amour ne s’épuise pas.

    Deutéronome 16 : 18-20            Luc 4 : 14-21

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    Chers frères et sœurs en Christ,

    Le récit de Luc qui nous relate la prédication de Jésus à Nazareth nous amène directement aux sources de l'évangile, à ce que je considère comme essentiel pour nous aujourd'hui. Dans cette prédication, Jésus annonce le programme de son action, de son message, de son enseignement.

    Luc souligne que Jésus est rempli du Saint Esprit, c'est-à-dire en parfaite communion avec Dieu. Luc l'avait déjà mentionné à la naissance, lors du baptême et lors de l'épisode de la tentation au désert. Rempli de l'Esprit, Jésus annonce un programme en 4 points : 1) il est choisi pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres, 2) il est envoyé pour proclamer la libération des captifs 3) pour annoncer le retour à la vue des aveugles 4) pour proclamer une année de grâce, de faveur, de bienfaisance de la part de Dieu.

    Ce matin, je ne développerai que le premier de ces points. J'aborderai l’année de grâce du Seigneur lors de la célébration œcuménique de ce prochain vendredi à l’Eglise orthodoxe roumaine à Montriond.

    Luc nous dit que Jésus a été oint (fait Messie, en hébreu, fait Christ, en grec) pour "évangéliser" les pauvres, pour leur faire part d'une bonne nouvelle ! Quelle bonne nouvelle ? Pourquoi les pauvres ? On ne peut répondre à une question sans répondre à l'autre. La pauvreté c'est une certaine position dans le jeu des forces économiques. C'est une situation en rapport avec l'abondance et la pénurie. Dans le Cantique de Marie, Luc met clairement la pauvreté et la richesse en rapport avec la pénurie et l'abondance : (Lc 1:53) "Dieu a accordé des biens en abondance à ceux qui avaient faim, et il a renvoyé les riches les mains vides".

    La bonne nouvelle porte sur le rapport pénurie-abondance. A première vue le rapport instauré par Dieu, la bonne nouvelle, c'est l'inversion, le retournement des situations. Mais à quoi servirait-il de créer des nouveaux riches et des nouveaux pauvres ? La bonne nouvelle c'est qu'il va y avoir un changement, un bouleversement, mais ce n'est pas une simple rocade, un échange de place. La bonne nouvelle, c'est l'annonce de l'abondance, la dénonciation de l'idéologie de la pénurie, du manque.

    Aujourd'hui, on voudrait nous faire croire qu'il n'existe qu'une seule chose : les règles de l'économie de marché. Ces règles sont fondées sur la pénurie, l'exploitation et la possession. Ces règles annoncent la réussite (accroître son bien-être en possédant) par l'effort et le mérite. La loi du rendement, de l'efficacité, du profit nous prend à la gorge, nous enserre dans ses filets. Il n'y a plus que cela — c'est la crise — il faut s'y faire.

    Jésus proclame que ces règles économiques étouffent le riche comme le pauvre, parce qu’on les a étendues à tous les domaines de la vie. Plus important : ces règles ne doivent pas s'appliquer dans le domaine des relations. Dans les relations nous pouvons miser sur l'abondance, il n'y a pas crise, pas de pénurie. L'amour ne s'épuise pas dans le partage, au contraire. Si l'on change notre vision du monde, que l'on abandonne la peur de la pénurie contre la reconnaissance de l'abondance — en commençant dans nos relations — il s'en suivra aussi un changement économique. Il y a assez d'abondance en Suisse, ou sur la terre pour que chacun ait une part suffisante; ce qui fait problème c'est la répartition entre tous.

    La bonne nouvelle c'est ceci : Il existe un monde où l'abondance règne, où l'on gagne à donner, où l'on reçoit gratuitement, où la farine et l'huile ne s'épuisent pas (1 Rois 17, à propos du récit de la veuve de Sarepta, il est intéressant de mentionner en passant que Jésus s'est défini comme le pain de vie qui ne s'épuise pas et qui nous nourrit.) Ce monde-là vit sous ce que j'appelle l'économie du Royaume.

    Le pauvre est le premier à souffrir de l'économie du monde de l'argent, c'est pourquoi il sera le premier à se réjouir de découvrir l'économie du Royaume. Cette économie — fondée sur l'abondance — est possible parce que les ressources relationnelles sont infinies. Dieu est amour, Dieu est la source à laquelle nous pouvons constamment venir chercher ce qui nous manque, ce dont nous avons peur de manquer. Si la source coule en permanence, il n'est plus nécessaire d'accumuler pour soi, d'avoir peur de donner autour de soi. Les échanges sont possibles, enrichissants.

    Dans l'économie du Royaume il n'y a pas de salaire au mérite, ni avec Dieu, ni entre conjoints, ni avec ses enfants. Il est si fréquent d'agir comme si l'affection était une denrée rare, de mêler l'argent aux sentiments. — "Tu auras ton argent de poche si tu es sage !". — "Je me suis beaucoup investi dans cette relation, mais maintenant elle ne m'apporte plus rien". etc. Et avec Dieu, qui ne s'est jamais dit en son for intérieur : — "Mon dieu, je n'arrive pas à faire les efforts que nous demande le pasteur (être plus accueillant etc...)

    Pour tous ceux qui font des efforts pour être à la hauteur, Jésus apporte une bonne nouvelle : le Royaume de Dieu n'est pas donné en récompense de vos efforts. Mon amour, dit Dieu, je ne le donne pas comme une contrepartie à vos tentatives de me plaire de faire bien ou d'être meilleurs. C'est gratuit ! C'est donné, c'est à recevoir, voilà une bonne nouvelle !

    Essayons de réaliser ce que nous pouvons ressentir au plus profond de nous, lorsque Dieu nous dit : "Je t'aime, toi, tel(le) que tu es." Prenons conscience de notre corps, de nos membres, des battements de notre cœur. Laissons sortir les tensions, sentons notre souffle, notre respiration : "Nous sommes aimés, acceptés, appréciés." Au cœur de notre être, il y a ce que nous aimons de nous-mêmes, Dieu aime cette partie. Au cœur de notre être, il y a notre part d'ombre, le côté sombre, Dieu aime également cette partie de nous-mêmes. Il ne nous accuse pas comme nous nous accusons nous-mêmes. La bonne nouvelle est aussi pour cette part d'ombre.

    Dieu est amour, il est capable de réconcilier ces diverses parties de nous-mêmes, nous restituer notre intégrité, panser nos cœurs brisés, nous conduire vers la vie au centuple du Royaume. Aujourd'hui cette bonne nouvelle est accomplie en nous.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2019

  • Un Royaume ouvert à tous.

    Luc 18

    4.11.2018

    Un Royaume ouvert à tous.

    Esaïe 55 : 1-5          1 Timothée 1 : 12-16         Luc 18 : 9-14

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    Chers frères et sœurs en Christ,

    En fêtant aujourd’hui le dimanche de la Réformation, nous rappelons la redécouverte géniale de Luther de la gratuité du salut. Luther la redécouvre dans les écrits de l’apôtre Paul, particulièrement dans la lettre aux Romains et dans la lettre aux Galates.

    Pour ma part aujourd’hui — après un détour chez Paul aussi — j’aimerais souligner combien ce salut gratuit est déjà pleinement présent dans l’enseignement de Jésus. Tout vient de Jésus, Paul lui-même le reconnaît dans ces quelques paroles autobiographiques qu’il écrit à Timothée.

    Paul souligne qu’il persécutait l’Eglise du Christ, et que c’est précisément là que — je le cite — « le Seigneur a répandu avec abondance sa grâce sur moi. Il m’a accordé la foi et l’amour qui viennent de Jésus-Christ » et il continue en disant : « Jésus-Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs. Je suis le pire d’entre eux. (...) Le Christ a démontré en moi — le pire des pécheurs — toute sa patience, toute sa générosité. » (1 Tim 1 : 14-16)

    Le mot « patience » (trad. français courant), ou « générosité » (trad. TOB) que Paul utilise ici est « macro–thumia » en grec. « Macro » — vous l’avez reconnu — veux dire grand, énorme. « Thumia » c’est le sentiment passionné, le cœur non pas comme organe, mais comme la qualité de cœur. Paul reconnaît donc que dans son état de total éloignement de Dieu, Jésus a fait preuve d’une totale grandeur de cœur ou largesse d’esprit en le récupérant, en le noyant dans son amour.

    La question qui se pose : est-ce le Christ idéalisé par Paul qui a fait cela ? Où est-ce déjà le Jésus qui enseigne au milieu de ses disciples ? La parabole du pharisien et du collecteur d’impôts va nous montrer que cela remonte bien au Jésus qui enseigne ses disciples.

    Luc nous rapporte cet enseignement, et il est bien précisé que c’est une parabole, pas une scène de rue. Si c’est une parabole, c’est qu’elle contient une vérité essentielle sur Dieu et son rapport à l’humain.

    Dans cette parabole, il y a un homme juste, le pharisien, qui s’applique consciencieusement à essayer de plaire à Dieu, un bon paroissien quoi. Et Jésus ne le méprise pas. L’autre fait partie — du point de vue de la population — de la pire espèce économique. Aujourd’hui il faudrait peut-être prendre comme exemple un trafiquant d’armes ou le dirigeant d’un atelier de couture clandestin, deux catégories de personnes qu’on va déclarer « exploiteurs » et donc aussi détestables qu’un collecteur d’impôt à l’époque.

    Chacun de ces deux hommes est conscient de son état et de la façon dont on les considère. Ils se reconnaissent dans ce miroir que la société leur tend, l’un se sait honorable et l’autre se sait misérable, mauvais. Ils sont à égalité dans cette auto reconnaissance. Et voilà que la parabole reconnaît cette égalité et fait remonter cette égalité jusque dans le regard de Dieu.

    En fait, l’amour de Dieu pour ces deux hommes est si généreux que la différence entre les deux hommes est nivelée. La morale du pharisien ne compte pas plus que l’immoralité du marchand d’armes. « Cet homme (le collecteur d’impôts) était en règle avec Dieu » dit Jésus (v.14). Ce récit « devient une parabole à propos de Dieu en tant que dispensateur d’un pardon inconditionnel.»*

    La parabole « suggère même une certaine priorité du pêcheur (...) un peu à la manière dont aux urgences les blessés graves reçoivent la priorité par rapport aux blessés plus légers ».* Jésus n’avait-t-il pas déjà dit : « Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin d’un médecin, mais les malades » ? (Luc 5:31)

    Jésus est totalement à contre-courant de tout objectif moraliste. Le salut, la relation à Dieu n’est pas une affaire de morale, de comportement, de bien ou de mal. Heureusement, sinon nous serions tous perdus, tous irrémédiablement coupés de Dieu. Le Royaume de Dieu ne correspond ni à notre système moral, ni à notre système économique. Le Royaume de Dieu concerne ce qui est perdu (une brebis, une drachme, un fils, Luc 15) et que Dieu recherche inlassablement.

    Jésus fait scandale avec ses propos, avec cette largesse d’esprit (macro-thumia). Il fait scandale de son temps — et cela va contribuer grandement à le diriger vers la croix. Mais cela fait aussi scandale dans l’Eglise même. C’est si scandaleux pour Luc lui-même, qu’il ne peut se retenir d’assassiner cette parabole en y ajoutant une autre conclusion : «Qui s’abaissera sera élevé, et qui s’élève sera abaissé.» Cette phrase, Jésus l’a bien prononcée (Luc n’invente rien), mais il l’a prononcée à la suite d’une réception ou chacun essaye de prendre la meilleure place à table (Luc 14:7-11). En réduisant cette parabole de Jésus en un conseil stratégique pour se retrouver finalement à la bonne place, Luc émousse la parabole, il en tue le caractère scandaleux.

    Cette folie divine consiste à offrir un ticket d’entrée dans le Royaume de Dieu à tous, vraiment tous. Voilà ce que Jésus dit à ses contemporains… et à nous ! Il le dit dans la parabole des invités qui refusent de venir et qu’il remplace par ceux qui se trouvent dans les rues et n’avaient même pas reçu d’invitation (Luc 14:15-24). Jésus pousse encore plus loin lorsqu’il dit : « en vérité, les collecteurs d’impôts (encore eux !) et les prostituées arriveront avant vous dans le Royaume des cieux » (Mt 21:31). Jésus parle à ceux qui sont dans le Temple de Jérusalem, imaginez le scandale !

    La Réformation a fait cesser le scandale des indulgences (acheter son entrée dans le Royaume de Dieu avec de l’argent). Elle a rétabli le message selon lequel le Royaume des cieux est ouvert à tous ceux qui croient, tous ceux qui ont la foi et qui se convertissent. Mais Jésus n’est-il pas plus large d’esprit encore — comme le reconnaît Paul pour lui-même, le pire des pécheurs, qui a été aimé avant sa conversion ? Que faisons-nous de l’accueil inconditionnel de Jésus à tous les pécheurs ? Avant même une hypothétique conversion ?

    A nous de mettre en œuvre — vraiment — cette largeur d’esprit de Jésus, qui est le reflet de l’amour infini et inconditionnel de Dieu. A nous de la mettre en œuvre vraiment dans nos Eglises, comme un exemple de vivre ensemble pour toute la société. C’est ce défi que la Réforme a ébauché. A nous d’élargir cette ouverture à tous, vraiment tous. C’est le défi de Jésus : sans cesse ouvrir les portes, élargir nos cœurs.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2018

     

    * John D. Caputo, La faiblesse de Dieu, Genève, Labor et Fides, 2016, p. 298-299.

  • Le miracle de Pâques, c’est que Jésus nous fait comprendre le sens de la croix

    1.4.2018

    Le miracle de Pâques, c’est que Jésus nous fait comprendre le sens de la croix

    Esaïe 53 : 7-12      Osée 5 : 15 — 6 : 3        Luc 24 : 33-48

     

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    Chers frères et sœurs en Christ,

    Aujourd'hui, nous rappelons, nous commémorons, mais surtout, nous voulons vivre, nous imprégner de la journée qui a changé la face du monde : le dimanche de Pâques. C'est pour les disciples le premier jour de la semaine après la fête de la Pâque. Une journée tout en contraste que nous allons suivre dans l'Evangile de Luc.

    La fête de la Pâque a dû être triste, douloureuse pour les disciples. Ils pleurent la mort de Jésus, arrivée le vendredi précédent, une mort ignominieuse pour leur maître et ami. En cette aube d'après sabbat, les femmes vont au tombeau pour s'occuper du corps de Jésus, les rites funéraires ne pouvant avoir lieu pendant le sabbat.

    Les femmes trouvent le tombeau vide et vont raconter leur découverte aux autres disciples. Pour eux, c'est du délire de bonnes femmes ! Seul Pierre va vérifier. Mais il en revient perplexe. Le tombeau vide ne fait pas l'effet d'une révélation.

    Deux compagnons quittent alors le groupe pour aller à Emmaüs. On connaît leur rencontre avec Jésus (Luc 24 : 13-35), qu'ils ne reconnaissent pas jusqu'au moment où Jésus rompt le pain avec eux, mais disparaît. C'est le soir, ils retournent cependant à Jérusalem témoigner de leur expérience. Là, ils trouvent les disciples qui ont aussi quelque chose à leur dire : « Le Seigneur est vraiment ressuscité ! Simon l'a vu ! » (Luc 24:34).

    C'est alors que Jésus se matérialise au milieu d'eux. J'utilise — moi — ce terme "se matérialise" parce qu'il rend bien l'ambiguïté de la situation. Luc — lui — dit : "Jésus se tint au milieu d'eux." C'est comme s'il n'était pas entré par la porte, c’est pourquoi les disciples le prennent pour un esprit, un fantôme. C'est pourquoi Jésus doit se faire reconnaître en montrant ses mains et ses pieds.

    Même là — encore — les disciples restent incrédules, nous dit Luc ! Jésus décide alors de leur demander à manger. Mais même cela ne suffit pas. Jésus doit leur "ouvrir l'intelligence en leur expliquant les Ecritures." (Lc 24:45)

    Il est intéressant de remarquer que pour Luc, les signes matériels ne sont pas convaincants, les signes matériels ne sont pas les éléments qui conduisent à la foi, à la reconnaissance de Jésus. Il est clair pour Luc — et pour les premiers chrétiens — que ces récits d'Evangiles ne posent pas la question de l'identité physique et biologique de Jésus, mais de son identité spirituelle ! Il ne s'agit pas de reconnaître un Jésus réanimé, revenu à la vie comme Lazare, mais de reconnaître "le Seigneur", "le Vivant."

    Cette reconnaissance ne passe pas par nos yeux, mais par la communion, le partage du pain et par la Parole, la compréhension de l'Ecriture. Il s'agit de reconnaître que dans la vie de ce Jésus qui a été crucifié se réalisait, s'accomplissait le plan de Dieu, la révélation de l'amour total de Dieu envers tous les humains. Dieu ne cherche pas à éblouir par un miracle — même le miracle de la résurrection — il cherche à être entendu et compris.

    Le miracle de Pâques, le miracle de la résurrection, c'est l'action de Dieu lorsqu'il ouvre l'intelligence des disciples pour qu'ils comprennent les Ecritures, pour que nous comprenions les Ecritures.

    Pâques doit nous amener à comprendre les récits de la Bible, les récits de personnages victimes de malheurs, de persécutions. Surtout comprendre que ces personnages ne sont pas poursuivis par Dieu, mais qu'au contraire, Dieu se tient à leurs côtés — même si c'est contre toutes les apparences !

    Comme le dit le Chant du Serviteur souffrant d'Esaïe : "Le Seigneur approuve son serviteur accablé et il rétablit celui qui avait offert sa vie à la place des autres." (Es 53:10) Et il en est ainsi à travers tout l'Ancien Testament. Dieu est aux côtés d'Abel, de Joseph, d'Urie, de Naboth, de Jérémie, de Daniel, de même qu'il sera aux côtés d'Etienne et de tous les martyrs chrétiens ultérieurs.

    La révélation, c'est que Jésus crucifié explique les Ecritures. Le récit de la mort et de la résurrection met en lumière tout ce qui se trouve déjà écrit. Et maintenant Jésus ouvre aussi notre intelligence, notre esprit, pour que nous puissions relire nos vies à sa lumière, à la lumière de Pâques, à la lumière de la résurrection.

    Le miracle de Pâques, c'est de pouvoir se retourner et voir dans nos vies la présence de Dieu, de voir ses pas à côté des nôtres, de voir qu'il était là pour nous guider, pour nous consoler, pour nous réjouir. La joie de Pâques, c'est de laisser notre esprit s'ouvrir à cette présence, d'avoir foi d'être accompagnés maintenant, d'être accompagnés toujours.

    Alors, Joyeuses Pâques à tous !

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2018

  • Jésus se donne à nous comme Pain et comme Parole

    Luc 2

    25.12.2016

    Jésus se donne à nous comme Pain et comme Parole

    Jean 6 : 45-53      Luc 2 : 1-20

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    Chers frères et sœurs en Christ,

    Vous venez d'entendre le récit de Noël, de la naissance de Jésus, dans l'évangile de Luc. Combien de fois l'avez-vous déjà entendu ou lu vous-mêmes, entendu ou lu dans un Noël en famille ou à l'église ?

    Comme pasteur, c'est souvent avec un peu d'appréhension qu'on reprend ces textes, ces textes souvent uniques qui fondent une fête, comme Noël, l'Ascension ou Pentecôte. Ces textes archi-connus, vais-je pouvoir en dire encore quelque chose qui parle au cœur de ceux qui vont m'écouter ? Peut-on en dire quelque chose de neuf, de piquant la curiosité de la communauté ?

    Etrangement, la Bible souffre relativement peu d'une relecture (contrairement aux romans policiers par exemple). Ou si elle souffre d'avoir perdu sa prime nouveauté à la seconde lecture, relire sans cesse ses récits, ses prières, ses lettres et ses lois conduit à découvrir de nouvelles dimensions, des points de vues inédits, des éclairages encore jamais projetés.

    Pourtant le texte ne change pas ! Alors, d'où cela vient-il ? Le texte ne change pas, mais je change. Le texte ne change pas, mais les circonstances que je vis se transforment et évoluent, alors le texte me parle différemment.

    Voici, à ce sujet, ce que dit Daniel Marguerat, professeur de Nouveau Testament à la Faculté de Théologie de Lausanne (vous imaginez le temps que doit passer un professeur de Nouveau Testament à lire et relire les mêmes passages !) :

    « Quand je lis le texte biblique, il arrive que je ne sache plus très bien qui lit l'autre. Est-ce moi qui me penche sur des pages de papier, attentif à les déchiffrer, à les comprendre ? ou est-ce le texte qui me lit, semblant connaître encore mieux que moi mes failles et mes questions ? Je crois que la Bible est un miroir. Je crois qu'elle nous est donnée pour que nous nous regardions.

    Le danger, bien sûr, est qu'on ne retienne que les traits connus, ce qu'on sait déjà de Dieu et de soi, comme celui qui retrouve toujours et à chaque page, la même vérité qui lui tient tant à cœur. Mais là vient la seconde surprise : plus j'étudie le texte, en le replaçant dans ce monde d'il y a deux mille ou trois mille ans qui l'a fait naître, plus je réalise qu'il m'entraîne vers des paysages peu connus.

    Le texte biblique dépayse. Il invite à faire un voyage en soi. Il est comme un gisant, venu du fond des âges, que la lecture éveille : ce qu'il dit est à la fois étrange et familier, car il parle de Dieu et de nous, mais pour ouvrir des horizons que l'on attendait pas.»*

    Je ne peux deviner comment vous lisez ce récit de Luc, je ne peux deviner comment le texte parle à votre vie. Pour ce Noël, je me suis laissé aller au jeu des associations d'idées et des associations de textes bibliques. Partir d'un mot et laisser dériver son esprit au fil des associations qui surgissent.

    Partons du signe annoncé aux bergers par l'ange : "Vous trouverez un bébé enveloppé de langes et couché dans une crèche." (Luc 2:12)

    Ce mot « crèche » en est venu à désigner l'ensemble de la scène : l'étable, Marie, Joseph, le petit enfant, l'âne et le bœuf et tout l'environnement. Certains fabriquent des crèches (dans ce sens-là) qui rassemblent des centaines de personnages.

    Cependant, le terme de crèche, au départ, désigne le lieu, le creux où l'on met le foin pour les animaux. La TOB (Traduction œcuménique de la Bible) l'a traduit par mangeoire, revenant au sens originel, mais peu apprécié.

    Je passe donc de « crèche » à « mangeoire », « mangeoire » me conduit au verbe « manger » et à « nourriture ». Un crochet par l'Ancien Testament me fait penser à la « manne » et aux « cailles » cette « nourriture descendue du ciel » pour nourrir le peuple des hébreux au désert.

    Qu'est-ce que ce nouveau-né emmailloté dans une crèche a à voir avec les hébreux au désert. Les hébreux sont les ancêtres des israélites, des juifs parmi lesquels Jésus naît, habite et vit. Ces contemporains sont ceux qui n'arrivent pas à recevoir Jésus, à l'accepter, à croire en lui.

    C'est à eux que Jésus va dire : « Je suis le pain vivant descendu du ciel. » (Jn 6:51) Jésus s'offre à eux comme une nourriture divine, mais qu'ils ne vont pas accepter.

    Il est impossible de savoir si Jean et Luc se sont connus, se sont rencontrés ou se sont lus l’un l’autre. Mais je vois un lien théologique entre Jean qui présente Jésus comme le pain de vie et Luc qui nous présente Jésus placé dans une mangeoire. Jésus venant dans le monde est la nourriture spirituelle dont tout être humain a besoin pour vivre, pour vivre vraiment, pour trouver sens à l'existence.

    C'est en dévorant, en mastiquant, en mâchonnant sans relâche la Parole de Dieu, que du sens surgit à nouveau, dans nos vies, dans nos existences.

    A Noël, la Parole de Dieu se donne à nous pour que nous l'incorporions à notre vie, pour qu'elle nous nourrisse de vérité, de liberté et d'amour.

    A Noël, le Christ se laisse déjà recevoir dans le repas de la Cène, qu'il partagera avec ses disciples, que nous partageons aujourd'hui en mémoire de lui.  

    A Noël, nous recevons Jésus comme une personne qui vient à notre rencontre, comme la Parole qui nous livre l'amour total de Dieu. Comme personne et comme Parole, Jésus se donne à nous comme nourriture pour notre vie, pour notre existence. Comme nourriture, comme Pain et comme Parole, Jésus se donne à nous à Noël.

    Joyeux Noël, joyeux Noël à tous !

    Amen

    *Daniel Marguerat, J'habiterai chez toi, Ed. Ouvertures, 1985.  

    © Jean-Marie Thévoz, 2016

  • Le recensement qui compte (suite)

    Luc 2

    18.12.2016

    Le recensement qui compte…

    Luc 2 : 1-18     Mat 2 : 1-6

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    Quelques mots pour prolonger la saynète des enfants. Chacun compte, donc ! Nous n’avons pas trop de problème avec cette idée d’égalité, avec l’idée que chacun est égal aux yeux de Dieu et que cela devrait aussi être le cas dans la société.

    Mais qu’en est-il de notre propre valeur ? à nos yeux ? Oui, dans le fin fond de soi-même, dans notre être intérieur, au creux de notre estomac, qu’en est-il de notre estime de nous-mêmes ? Suis-je sûr de moi ? Pas dans l’arrogance, simplement dans la lucidité. Comment ai-je confiance en moi, face aux autres ? Si je dois m’exprimer dans un groupe, si je dois faire valoir mes idées face à mon patron ou simplement face à mon conjoint ? Ou bien, ai-je des questionnements tels que “Est-ce que j’en fais assez ?” ; “Est-ce que mon repas de Noël va plaire ?” ; “Est-ce que mes cadeaux seront appréciés?” ; “Est-ce que je suis à la hauteur ?”

    On estime que la moitié de la population cache un sentiment intérieur d’insécurité, (on appelle cela le syndrome de l’imposteur). Croire qu’on va être dévoilé; croire qu’on n’est pas à sa place et que cela va finir pas se savoir. Alors on déploie des efforts et de l’énergie pour masquer cela, dans l’angoisse d’être découvert, malgré tout. On craint de tout perdre.

    Comment sortir de ce sentiment ? Comment être sauvé de cet enfer ? Et bien j’ai une bonne nouvelle. La bonne nouvelle de Noël, c’est que nous n’avons pas à gagner notre valeur et notre vie pour ne pas perdre la face. La vie nous est donnée une fois pour toute, avec sa valeur. La valeur de notre vie est déjà assurée, garantie, en Dieu. Nous comptons pour Dieu et il garanti la valeur de notre vie, quoi qu’il arrive. Si vous avez des doutes sur le “quoi qu’il arrive”, je vais l’illustrer par une parabole.

    Vous voyez ce billet de banque (sortir un billet de 20 francs). Quelle est sa valeur ? Oui, il vaut 20.- au sortir du bancomat, tout neuf, tout beau. S’il passe de mains en mains et se froisse et s’use. Combien vaut-il ? Et s’il tombe dans la boue et ressort franchement sale. Combien vaut-il ? Et s’il est piétiné, taché, même écorné et déchiré, Combien vaut-il ? Il vaut toujours la même chose ! Il ne change pas de valeur quoi qu’il lui arrive ! Pourquoi cela ? Parce que la BNS en garantit sa valeur, sa valeur faciale.

    Il en est de même pour nous de la part de Dieu. Notre valeur faciale est donnée dès notre naissance, elle ne varie pas aux yeux de Dieu en fonction de ce que nous vivons ou de ce qui nous arrive. Nous avons toujours notre pleine valeur quoi qu’il arrive. Dieu sauve notre valeur, malgré tous les aléas de notre existence.

    C’est la bonne nouvelle que Dieu nous communique à Noël. La vie nous est donnée, notre valeur nous est donnée et elle est assurée, garantie, sauvé en Dieu. Faisons-lui confiance et soyons libérés, sauvés de nos inquiétudes et de nos soucis sur nous-mêmes.

    Joyeux Noël.

    © Jean-Marie Thévoz, 2016


     

  • Le recensement qui compte…

    Luc 2

    18.12.2016

    Le recensement qui compte…

    Luc 2 : 1-18     Mat 2 : 1-6

    Saynète jouée par un groupe de 16 enfants

    Scène 1 :     

    Narratrice :      A Rome, l’empereur décide un recensement de tout son empire, il aime les chiffres et aujourd’hui lui paraît un bon jour pour comptabiliser les sujets de son grand empire. Aujourd’hui, c’est le 27 du mois de Quintilis, il sait qu’il faut s’y prendre bien à   l’avance car cela prendra un certain temps et pour la fête du solstice d’hiver les comptes devront être bouclés.

    Centurion :      Soldats, je compte sur vous! L’empereur compte sur vous pour une mission qui sera une mission de grande envergure, le recensement de toutes les personnes de tout son empire.

    Soldat : Et comment allons-nous nous y prendre ? Faut-il vraiment compter tout le monde, hommes, femmes, enfants, esclaves ?

    Centurion :      Non, bien sûr, je veux des chiffres de valeurs sûres : vous compterez les hommes           d’abord ; il m’importe peu de connaître le nombre d’esclaves, d’enfants et d’étrangers bien entendu. L’empereur veut un empire romain fort, solide et sûr. Vous compterez donc d’abord les hommes. Si cela vous pose problème, je peux trouver d’autres soldats pour vous remplacer. J’ai des lions qui ont faim pour ceux qui refusent…

    Tous les soldats : Bien, à vos ordres !

    Soldat :            Bon, il ne faut pas traîner, sinon les lions ce sera pour nous.

    Narratrice :      Le centurion envoie des soldats dans toutes les régions de l’empire pour faire ce recensement.

    Chant : Ils ont marché aux pas des siècles.

    Scène 2 :   

    Narratrice :      A Rome le recensement se met rapidement en place, mais dans les provinces éloignées c’est plus compliqué, les centurions ont convoqué leurs chefs de dizaines et organisé une formation d’une journée, comptabilisée en formation continue :

    Centurion :      Soldats, il n’y a pas de temps à perdre, la formation sera brève, parce que la       tâche est simple et que vous êtes des hommes vaillants. Pas compliqué. Voici la marche à suivre : Point 1 : Donnez des instructions claires et précises à vos employés. Point 2 : Fournissez stylos et papiers en nombre suffisant. Point 3 : Faites noter les consignes : seront comptabilisés les hommes seulement. Parmi les hommes, on ne consignera ni les étrangers, ni les sans domicile-fixe, ni esclaves. A chaque homme correspondra un trait sur le papier. Pour les femmes ce sera un demi-trait et pour tous les autres 0. Questions ?

    Soldat : Oui, chef, comment y sera le trait pour un homme ?

    Centurion :      Comme un bâton, il me semble que c’est cela qu’on vous a appris au berceau, non ?...Viens au tableau : un trait pour un, 2 traits pour 2, 3 traits pour 3, un trait devant le V pour 4. Le V tout seul pour 5.

    Narratrice :      La formation est terminée ; tout le monde sait qui il faut compter et comment. Et chacun part dans une région de l’empire, comme l’a décidé l’empereur, pour y recenser les habitants.

    Lecture biblique : Recensement. Luc 2, 1 à 5

    Scène 3 :   

    Narratrice :      Il y a 2000 ans, à peu près, à Bethléem, étaient assis des recenseurs. Vous savez, ceux qui doivent inscrire les gens selon l'ordre de Rome, ceux qui doivent compter pour que Rome puisse dénombrer chaque individu. Ils sont réunis, ce matin-là, autour de leur chef qui leur rappelle brièvement les consignes :

    Recenseur :     Souvenez-vous : un homme vaut un point. Une femme vaut un demi-point, car il faut deux femmes pour faire un homme. Un enfant c’est zéro ne le comptez pas, car cela ne vaut pas encore grand-chose. Un étranger zéro, rien, il n'est pas d'ici. Est-ce bien clair ?

    Les soldats:     Oui chef !

    Recenseur :     Bon alors toi, tu te postes à l’entrée de ce chemin là-bas. Toi tu vas à la voie romaine. Vite dépêchez-vous, là-bas il y a des gens qui arrivent.

    Joseph :.         Marie, ça y est nous arrivons à Bethléem, nous allons trouver une place à l’hôtel et tu pourras te reposer un peu. Ah non on n’y est pas encore, là-bas il y a de nouveau un recenseur.

    Recenseur :     "Nom et lieu d'habitation ?"

    Joseph :          Moi c’est Joseph et voici ma femme Marie. Elle attend un enfant. Vous savez, nous venons de Nazareth et le chemin a été long. Nous sommes très fatigués et nous cherchons un hôtel pour…"

    Recenseur :     (l’interrompt) "Bon ça va ! J'ai les renseignements qu'il me faut : un homme « +un », une femme "+un demi", un bébé dans le ventre "0", lieu d'habitation "Nazareth". Vos problèmes, ce n'est pas mon problème. Alors passez, j'ai du travail." Au suivant :

    Aubergiste :    Ah non, moi vous m’avez déjà compté, je travaille ici à Bethléem, je suis aubergiste, j’ai affaire, laissez-moi passez.

    Joseph :          Eh monsieur, ai-je bien entendu ? Vous êtes aubergiste ? Ma femme est enceinte, s’il vous plaît logez-nous.

    Aubergiste :    Ça va être compliqué, je crois que chez nous c’est complet, mais allez dans la maison là-bas il y a mon serviteur responsable des réservations pour les voyageurs, c’est lui qui a la liste de mes hôtels.

    Joseph (s’approchant du serviteur) : Bonsoir monsieur, il paraît que c’est vous qui allez pouvoir nous aider.

    Serviteur :       Que puis-je pour vous ?

    Joseph :          Ma femme est sur le point d’accoucher et nous cherchons une chambre.

    Serviteur :       Quoi mais c’est pas possible ça va déranger les autres clients et de toute façon tout est pris.

    Joseph :          Ah là, là, là,… qu’est-ce qu’on va bien pouvoir faire…

    Narratrice :      Heureusement la femme de l’aubergiste passe juste à ce moment-là pour lui apporter son repas…

    La femme :      Tenez mon fidèle serviteur voici votre repas, et vous, vous allez dans quelle chambre ?

    Marie :            Y a pas de place pour nous…

    La femme        (regardant son serviteur) : Mais on ne peut pas les laisser comme ça. On pourrait leur laisser l’étable. 

    Serviteur :       Heureusement que vous ne passez pas chaque fois que des clients me demandent une chambre, car je n’aurai même plus de lit pour moi ! Bon alors je vais vous montrer l’étable.

    Lecture: Luc 2, 6-7.

    Chant : Voici Noël

    Scène 4 :

    Narratrice :      Pendant ce temps au plus haut des cieux, c’est le stress.

    Dieu : Vite mes anges, on se dépêche, c’est mon fils unique qui va naître tout bientôt et je veux que tout soit parfait.

    Ange 1 :         Tout soit parfait laisse-moi rire ! Elle vient d’accoucher dans une étable !

    Ange 2 :          Oh l'ange grognon, ça suffit, dépêche-toi, viens avec nous l’annoncer aux bergers.

    Narratrice :      Les anges annoncent aux bergers la naissance du Fils de Dieu. Après discussion, les bergers se mettent en route pour aller voir le nouveau-né.

    Chant : Gloria de Taizé

    Lectures : Luc 2, 8-14.

    Scène 5 :

    Narratrice :      Pendant ce temps-là les recenseurs ne chôment pas, il faut dire qu’en ce temps-là on ne comptait pas ses heures. Voilà maintenant qu’arrive un tout grand groupe, on dirait des bergers.

    Recenseur :     Bizarre, d'habitude, les bergers ne viennent pas dans les villages. Qu'est-ce qui leur prend? Bonjour: Nom et lieu d'habitation ?

    Berger :           Moi, je m'appelle Jean, et voici mon fils Jean-Gabriel, voici mon père Jean-le-vieux. Et voici mon cousin, Jacob. Voici son fils Jacob-le-jeune et voici son père Jacob-l'ancien. Puis voici mon frère Elie, voici son fils Elie-Benjamin et voici son père Elie-le-sage. Voici mon autre cousin…

    Recenseur :     Mais enfin d'où venez-vous ?

    Berger  3 :       Nous venons d'une prairie là-bas. On gardait les moutons, puis on a vu de belles lumières, c'était Dieu qui nous disait de venir adorer le roi des rois…"

    Recenseur :     Mais d'où venez-vous réellement ?

    Berger 2 :        Nous venons de partout et de nulle part, nous sommes de toute la terre, nous…

    Recenseur :     Quoi, vous n'avez pas de domicile fixe. Alors vous n'êtes pas dignes d’être comptabilisés. Vous n'êtes rien. Zéro. Le soldat leur met un zéro. Et ne restez pas là, vous m'empêchez de travailler.

    Lecture : Luc 2, 15-18 

    Chant : les anges dans nos campagnes

    Scène 6 :

    Narrateur :      Les bergers étant partis pour la crèche, d’autres gens continuent d’affluer et cette fois ça a l’air bien plus intéressant. Ceux qui s’approchent ont l’air bien riche.

    Recenseur :     Ouah ! Magnifique cette belle caravane qui arrive. Que de belles parures, que de beaux chameaux. Ce sont assurément des gens importants.

    Narratrice :      Les recenseurs se redressent, époussètent leurs habits et demandent :

    Recenseur :     Veuillez s’il vous plaît nous indiquer votre nom et auriez-vous l'amabilité de préciser le lieu d'où vous venez ?

    Mage 1 :          Je viens d'une belle contrée au-delà des frontières, je suis le sage d'une ville nommée la très belle.

    Recenseur :     Vous n'êtes pas d'ici. Alors zéro, vous ne valez rien ! Les soldats mettent le 0. Et vous ?

    Mage 2 :          Moi, ma demeure se trouve au-delà des montagnes…"

    Recenseur :     Encore un étranger : zéro. Les soldats mettent le 0.

    Mage  3 :         Nous sommes venus en suivant cette étoile lumineuse. Elle nous a guidés depuis l'au-delà des mers et…

    Recenseur :     Vous me faites perdre mon temps, vous êtes tous des étrangers, partez, Les soldats mettent le 0. vous            me faites de l'ombre et je ne peux pas travailler.

    Mage 1 :          Merci beaucoup, bonne journée à vous, nous on retourne à la suite de notre étoile.

    Lecture : Matthieu 2, 1-6.

    Chant : Il est né le divin enfant.

    Scène 7 :

    Narratrice :      Et pendant que les mages arrivent auprès de Jésus, le recenseur a fini son travail. Il met encore de l'ordre dans ses feuilles, quand tout à coup, un souffle éparpille toutes ses feuilles. Elles s'envolent partout, loin à la ronde. Pris de panique, il se remet en chemin pour recommencer tous ses comptes. Il passe vers tous et note avec son crayon "1" pour les hommes, "un demi" pour les femmes, "0" pour les enfants, "0" pour les étrangers, "0" pour les sans domicile fixe. Au milieu de la nuit, il arrive enfin au dernier hôtel. Il réveille l'hôtelier qui lui indique le nombre de ses hôtes.

    Recenseur :     Enfin, j'ai fini !

    La femme de l’aubergiste : "Mais non, il reste encore l'étable là-bas. J'y ai fait dormir des gens."

    Narratrice :      Le recenseur va vers l'étable, entre et voit les riches personnages, les bergers, l'homme et la femme, réunis tous ensemble.

    Recenseur :     Cela va être facile à compter, beaucoup ne comptent pour rien. Je les reconnais bien, il y a tous ces étrangers venus dont on ne sait où, les bergers.

    Narrateur :      Quand le recenseur s'approche de la mangeoire, il voit l'enfant, un enfant qui le regarde intensément, alors dans son cœur quelque chose se passe.

    Recenseur :     Ce petit être va compter, je le sens. Quand je vois ce regard rempli de vie et de lumière, je me dis que ça ne peut pas compter pour rien. Ah. Mais alors un regard qui compte, c’est ça qui doit être comptabilisé, car moi, je vois bien que je compte à ses yeux. Il faut que je recommence mes calculs. Les bergers et leurs sourires, ça fait Octante coches, (les bergers mettent leur smileys et vont devant l’autel) les mages et la lumière dans leurs regards, ça en fait 3. Joseph et Marie, 2 et l’enfant 1. Je vais noter un pour chaque regard. "1" pour Marie, "1" pour Joseph, "1" pour chaque berger. Et je note même chaque prénom, car c’est important un prénom, ça chante l’amour de celui qui l’a donné. Bon reprenons : "1" pour chaque roi mage sans oublier "1" pour chaque serviteur.

    Narratrice :      A la fin, il fait les comptes et quand il les présente à son centurion, il est le seul à fournir un si grand nombre de coches et personne n’y comprend rien et tous se moquent de lui, mais à la crèche chacun s’était réjoui de cette nouvelle manière de compter. Un berger avait même dit :

    Berger 3 :        ça ne m’étonne pas, parole de berger, quand on compte avec le cœur, c'est le ciel et la terre qui se rejoignent. Et ça donne une autre valeur aux gens".

    Narratrice:       Il ne reste plus qu’à raconter cette histoire à tous ceux qui comptent pour nous. Venez les enfants, chacun de nous compte pour Dieu (tous enfants viennent chercher leur smileys). Dieu nous aime tous et il nous accueille ; allons le dire.

    Tous les enfants : Alors allons-y… (et tous s’en vont partout dans l’église distribuer les smileys.)

    D’après un compte de Noël trouvé sur http://cossonaygrancy.old.eerv.ch/2010/12/25/un-compte-de-noel/ et adapté par les monitrices du culte de l’enfance de la paroisse.

     

     

  • Quand le détail nous fait perdre l’essentiel.

    Luc 11
    1.5.2016
    Quand le détail nous fait perdre l’essentiel.

    Deutéronome 14 : 22-29     Luc 11 : 37-42
    Télécharger le texte : P-2016-05-01.pdf


    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Il y a des textes bibliques qui sont absents des lectionnaires, ces listes de texte biblique proposés aux pasteurs pour chaque dimanche de l’année. Le texte de Luc que vous venez d’entendre et qui se prolonge, rythmé de « Malheur à vous pharisiens…» en fait partie. C’est vrai que ce sont des textes souvent difficiles à entendre. Mais ici, nous avons une petite perle, et il serait dommage de passer à côté de cette rencontre de Jésus avec ce pharisien.
    C’est un récit remarquable qui montre le génie de Jésus, sa capacité de rebondir sur des situations toutes simples de la vie quotidienne et en tirer un enseignement profond et tout à fait actuel, même au XXIe siècle ! Nous verrons comment ces paroles de Jésus concernent aujourd’hui les scandales qui font la Une des journaux. Mais voyons le récit en détail. Jésus est invité à un dîner chez un pharisien. Quand ils sont à table, le pharisien s’étonne de ce que Jésus n’ait pas pratiqué les ablutions rituelles.
    Ici, il n’est pas question de se laver les mains pour des raisons d’hygiène, mais d’être en règle avec Dieu, par une mesure de purification, au moyen des ablutions. Vous vous souvenez de ces vases de pierre dont il est question dans les noces de Cana. Il devait y en avoir dans chaque maison. Donc le pharisien fait une remarque de type religieuse à Jésus. Il met en question le rapport de Jésus à Dieu (ce qui est déjà ironique pour nous).
    Jésus va profiter de cet épisode de la vie quotidienne, de la vie ordinaire, pour en faire un enseignement fondamental. Pour les pharisiens, il est fondamental d’obéir à la Loi jusque dans les plus petits détails, pour montrer son attachement à Dieu. Pour eux —  pour les calvinistes souvent aussi — c’est dans les petits comportements que se jouent les grandes valeurs. Les petits manquements sont aussi graves que les grands. Le problème n’est pas avec cette idée, Jésus là aussi exposée et soutenue dans la parabole des Talents : « Celui qui est fidèle dans les petites choses le sera aussi dans les grandes » (Mt 25).
    Ce qui fait problème à Jésus, c’est lorsque l’arbre cache la forêt, lorsque l’attachement au détail prend une telle énergie qu’il n’en reste plus pour l’essentiel. Jésus va l’exprimer dans les catégories du dedans et du dehors. Il fait remarquer à son hôte que laver l’extérieur ne dispense pas de purifier l’intérieur. Et Jésus le fait avec ce génie rhétorique qui lui est propre : il transpose le principe du pharisien du corps à la vaisselle ! Personne ne va vouloir manger dans un plat qui m’a été lavé qu’à l’extérieur ! Il n’y a qu’un insensé pour faire cela.
    Ensuite Jésus renvoie à la création de l’être humain par Dieu. Dieu a créé l’être humain, intérieur et extérieur ensemble, comme une unité. Ce qui est sous-entendu, c’est que le rapport est Dieu passe par l’intérieur, par l’intériorité de l’être humain. C’est donc l’intérieur qu’on doit veiller à purifier ou garder pur autant que l’extérieur.
    En fait, Jésus reconnaît l’intention bonne du pharisien de se purifier pour être dans une bonne relation avec Dieu, mais il lui fait remarquer — un peu brutalement — que le moyen est inadéquat. Et — pour ceux qui ont des oreilles pour entendre — Jésus donne le bon moyen, littéralement : « Donnez du dedans, avec miséricorde, et vous serez purs. » (Luc 11:41)
    On peut faire deux lectures de cette parole. 
    1) une lecture matérielle — comme la traduction en français courant — « Donnez plutôt en aumône ce qui est dans vos plats et tout sera pur pour vous » ou bien 
    2) une lecture spirituelle : «Donner du dedans, de votre être intérieur, avec miséricorde, avec compassion, et tout sera purifié en vous. » Par cette parole, dont je préfère la lecture spirituelle, Jésus nous invite à puiser en dedans de nous-mêmes, dans notre être-même, l'élan de miséricorde, c'est-à-dire l'élan qui se penche vers la misère des autres, de la même manière que Dieu s'est penché sur la misère de son peuple en esclavage en Égypte. Ce qui rend pur, c’est-à-dire ce qui rend agréable à Dieu, ce ne sont pas des marques extérieures d’obéissance, mais une disposition intérieure tournée vers la sollicitude envers autrui.
    Ainsi, le résultat, recherché par le pharisien dans les ablutions, s’obtient pour Jésus par l’attention réelle portée à la détresse de son prochain. C’est là que se joue la relation à Dieu. Jésus nous fait donc passer d’une relation aux choses (la dîme) ou au corps (l’ablution) à une relation aux personnes. C’est là que se déplace le critère, la mesure de l’attachement à Dieu. Ensuite Jésus résume tout cela dans sa parole de deuil ou de malédiction : « Malheureux êtes-vous, pharisiens, qui donnez à Dieu la dîme de chaque plante de votre jardin, mais négligez la justice et l’amour !» (v.42)
    Je ne sais pas si vous avez remarqué une particularité dans les commandements du Deutéronome concernant la dîme ? La dîme est bien consacrée à Dieu — elle doit donc être consommée dans le Temple — mais elle n’est ni donnée aux prêtres, ni consommées par les prêtres, mais par le donateur et sa famille ! « Là, vous achèterez tout ce dont vous aurez envie (de la viande et de l’alcool) et vous les consommerez joyeusement avec vos familles… » Tous les trois ans, cette dîme servira de réserve pour les nécessiteux de la ville. Le but du don de la dîme est bien l’amour et la justice.
    Pour Jésus, il est non seulement important de redéfinir où se joue la relation à Dieu : dans l’attention aux personnes, mais surtout de redéfinir les priorités. Où est l’essentiel ? L’essentiel n’est pas dans les détails. L’essentiel, c’est que les grandes valeurs soient appliquées, mise en pratique. Rien — pas même le texte écrit de la Loi, encore moins les arguties juridiques — ne doivent faire oublier les valeurs essentielles, parce que ce sont elles — la justice et l’amour — qui ont un impact réel sur la vie quotidienne des populations.
    Et c’est bien ce qui est dit dans la dénonciation des derniers scandales : Lux Leaks, Panama Papers, et optimisation fiscale. Le scandale, c’est qu’il n’y a rien d’illégal dans ses pratiques ! Les lois en vigueur les permettent et nous empêchent de les combattre, mais la justice en tant que valeur est bafouée. Je suis sûr que Monsieur Schneider-Ammann est un homme honnête et qu’il signalerait à la caissière du supermarché si elle lui rendait trop de monnaie. Malgré cela il a pratiqué — sans fraude — l’optimisation fiscale pour son entreprise.
    Ce que Jésus nous dit en parlant à ce pharisien qui l’a invité à dîner, c’est qu’il ne faut pas perdre de vue les valeurs supérieures (la justice et l’amour) dans chacun de nos gestes. Et qu’il ne faut pas être aveuglé par notre honnêteté dans les petites choses au point de « filtrer le moucheron et d’avaler le chameau », une autre parole de Jésus (Mt 23:24).
    Il semble qu’à partir d’une certaine échelle (de millions ou de milliards), l’esprit se déconnecte de la réalité, et bien plus grave à cette échelle, c’est le contrôle éthique des comportements qui subitement se débranche, comme on le voit dans le scandale de VW et d’autres entreprises automobiles.
    Jésus met en garde contre ces deux fléaux contemporains : 1) Penser qu’on peut afficher longtemps une belle façade avec un intérieur corrompu. 2) Penser que tout ce qui est légal et forcément juste. Le génie de Jésus, c’est de nous faire voir de telles vérités universelles et intemporelles à partir d’une simple scène de la vie quotidienne.
    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2016

  • Rappeler qu’on peut rencontrer tout le monde.

    Luc 7
    17.1.2016
    Rappeler qu’on peut rencontrer tout le monde.

    Luc 7 : 36-50       Luc 19 : 1-10

    Télécharger le texte : P-2016-01-17.pdf


    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Vous avez entendu le récit de deux rencontres que Jésus a faites, l’une chez Simon le pharisien, avec une femme que les gens de la maison disqualifiaient et l’autre avec Zachée, un homme méprisé et haï par les habitants de son village pour sa rapacité.
    J’ai choisi ces deux récits, parce qu’ils sont représentatifs des rencontres que Jésus se permettait.
    A. Jésus osait aller au devant des autres et faire des rencontres improbables ou carrément interdites. Dans un pays occupé, il rencontre des romains, il guérit même le serviteur d’un officier romain (Lc 7:1-10). Il rencontre des agents du fisc qui récoltent l’impôt pour l’occupant, c’est le cas de Lévi/Matthieu (Mt 9:9-13) et Zachée. Il converse avec des étrangers, des syriens (Luc 6:17-19), des cananéens (Mc 7:24-30), des samaritains (Jn 4). Il parle, voir il touche ou est touché par des femmes (Mt 9:20-22), ce qui était considéré comme absolument inconvenant. Il entre en contact avec des handicapés, des infirmes, des malades et des personnes bannies de la société pour le risque de contagion : les lépreux (Luc 17:11-19).
    Les Evangiles nous racontent toutes ces rencontres pour nous dire à quel point Jésus sortait de l’ordinaire, bousculait les barrières sociales, combien il n’avait pas peur des conventions et du qu’en-dira-t-on. Il ne le faisait pas pour choquer ou ridiculiser la société dans laquelle il vivait. Il faisait cela pour transmettre le message divin suivant : Devant Dieu chaque être humain a la même valeur ; Devant Dieu chaque être humain est important ; Tous peuvent vivre ensemble devant Dieu ; Tous peuvent vivre les uns avec les autres : les barrières peuvent tomber.
    B. Quand Jésus renverse les barrières, ce n’est pas pour détruire, mais pour construire le vivre ensemble. Dans chaque rencontre, il repêche la personne exclue, limitée, handicapée, pour la remettre debout et la réintroduire dans sa communauté de vie. C’est pourquoi tant des rencontres de Jésus nous sont racontées sous la forme de guérisons, de résurrection ou de démons chassés. Jésus est là pour redonner de la vie, pour redresser ce qui a été tordu, pour réhabiliter ceux qui ont été exclus.
    C. Ainsi, les Évangiles ne sont pas des textes de morale ou des listes de principes. Ce sont des récits qui nous content, qui nous racontent la vie de Jésus. Ils nous racontent son existence parmi les humains pour nous dire qu’un vivre ensemble est possible, qu’il est souhaitable, que c’est même la seule issue pour sortir de la violence du monde.
    Les Evangiles nous disent aussi le coût qu’il y a à se risquer sur cette voie de la rencontre. Jésus se fait des amis parmi les personnes rencontrées, mais il se fait aussi des ennemis parmi ceux qui profitent des barrières et des haines entre groupes différents. Et Jésus en payera le prix, de sa vie.
    Ainsi, les Évangiles et la Bible racontent une vision du monde, celle d’un monde fondé sur l’égale valeur de tous les individus, une valeur garantie en Dieu. La Bible nous raconte un monde où chacun est invité à honorer ce Dieu qui garantit la valeur de chacun. Un monde où chacun est invité à aimer son prochain, puisque ce prochain est aimé de Dieu, que ce prochain est un représentant, une image du Christ lui-même.
    Voici le narratif, l’histoire — en résumé — que l’Évangile, la Bible nous propose, propose à la société d’aujourd’hui ! Une histoire qui dit notre origine commune (tous créés à l’image de Dieu) ; notre présent commun (tous aimé de Dieu) ; et notre destin commun (vivre ensemble en frères et sœurs).
    D. Mais, comme vous le savez, ce message, cette histoire, est aujourd’hui délaissée, n’est plus racontée, enseignée… Le message chrétien est traité de ringard, de vieux, de dépassé. Le christianisme est jeté aux orties avec toutes les autres religions, accusées ensemble de ne susciter que des guerres de religion et des massacres, voir la dernière couverture de Charlie Hebdo. Tout le monde se donne le mot pour dénigrer les religions. Mais qui dit aujourd’hui le besoin de vivre ensemble ? Qui dit d’où nous venons, pourquoi nous sommes ici et quel est notre destin pour l’avenir ? Personne.
    Il n’y a plus de récit commun ! Nous sommes dans une société morcelée où chaque âge, chaque groupe, a des références différentes. Et nos jeunes vont chercher sur YouTube ou sur Google l’histoire du monde et de leur avenir. Au mieux ils y trouvent des séries romantiques et des ados déjantés pour leur expliquer le pourquoi de la vie. Mais ils y trouvent aussi toutes les théories du complot, tous les « illuminati » ou les djihadistes du monde.
    Pas étonnant que tant de personnes — qui n’ont aucun ancrage — partent à la dérive et suivent la première théorie séduisante qui fera d’eux le héros médiatique d’un moment, parfois le moment de leur mort.
    Que voulons-nous pour nos enfants ? Nous avons dans le christianisme une tradition éprouvée, solide, qui met l’amour comme but suprême. Certes, notre tradition chrétienne doit être relue et reformulée en termes compréhensibles pour nos contemporains. Mais je crois fermement qu’elle contient tous les éléments pour un vivre ensemble en paix, dans le respect et la tolérance, y compris de ceux qui trouvent les mêmes valeurs dans une autre doctrine ou une autre religion.
    Jésus, par sa vie et ses rencontres, nous montre trois choses :
    1. On peut rencontrer tout le monde. Chaque personne est un trésor, chaque personne est aimable, quels que soient son origine, sa religion, sa culture.
    2. L’ouverture et la confiance sont des valeurs sûres. Elles nous permettent d’aller à la rencontre de tous et ce mouvement vers les autres, avec ouverture et confiance, les aident à déployer le meilleur d’eux-mêmes.
    3. Cette voie n’est pas facile et elle peut coûter cher. Il y a des ennemis de l’ouverture et il n’y a pas d’autres façons de les rencontrer que d’aller vers aussi, désarmés, au risque de sa vie.
    Jésus n’a cessé de prêcher l’amour et vivre l’ouverture dans toutes ces rencontres, et il en a payé le prix, le prix de sa vie. Mais c’est justement parce qu’il est allé jusqu’au bout, jusqu’au bout avec amour, sans violence et sans haine, que son message est le plus fort, que son message est encore entendu et vécu aujourd’hui, que son message est plus actuel que jamais, que son message est plus nécessaire que jamais.
    C’est ce message d’amour inconditionnel qui vaincra la haine, la violence et la terreur qu’on veut nous imposer. C’est ce message d’espérance que nous avons à diffuser auprès de nos enfants, de nos proches, de nos voisins et dans le monde entier.
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz 2016

  • Des signes pour comprendre qui vient de naître

    Luc 2
    25.12.2015

    Des signes pour comprendre qui vient de naître

    Jérémie 23 : 1-5        Luc 2 : 1-20

    Télécharger la prédication : P-2015-12-25.pdf


    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    C’est Noël et nous retrouvons le traditionnel récit de Noël tel que l’évangéliste Luc nous le raconte. Ce récit est construit pour nous ouvrir au mystère de la venue de Jésus, au mystère de cette naissance. Ce récit est construit, moins pour nous raconter exactement ce qui s’est passé au moment de la naissance de Jésus, que pour nous dire qui est celui qui naît et ce qu’il va devenir.
    C’est plus un récit théologique qu’un récit historique. Chaque phrase, chaque mot est choisi pour que nous puissions nous approcher du mystère de cette naissance, et surtout découvrir qui est en train de venir au monde.
    Il y a des éléments directs et factuels, des noms de lieux et des noms de personnes. Et il y a un discours indirect, allusif, comme des mots-valises qui — de manière très résumée  — doivent nous emporter vers d’autres récits et d’autres pensées.
    Dans un cours pour apprendre à raconter des contes, la conteuse nous encourageait à renoncer à dire directement ce que ressentait le héros : « Il est triste » ou « il est joyeux. » Elle nous apprenait à décrire ce qu’on aurait pu voir comme signes sur le héros pour déduire qu’il était triste ou joyeux. Le récit était plus riche si l’auditeur pouvait découvrir par lui-même, grâce à ces signes, ce que ressentait le héros.
    En posant quelques signes indirects, on ouvre tout un univers dans l’esprit de l’auditeur, un univers plus riche que les quelques mots utilisés. Ainsi si la conteuse parle d’odeur de cannelle et de coriandre et du chant des grillons, on est tout de suite emmené quelque part en Orient, et on peut soi-même placer dans le récit la tente du bédouin et les chameaux.
    Il en est de même dans ce récit de la naissance de Jésus, ou la mangeoire mentionnée nous fait placer immédiatement l’âne et le bœuf, les moutons et les dromadaires, même si ceux-ci ne sont pas présents dans le récit.
    C’est comme cela qu’on peut entendre ce récit et découvrir ce qu’il nous dit de ce petit enfant qui vient de naître. Évidemment, nous devons faire un petit effort — puisque nous connaissons la suite de l’Évangile — pour ne pas tenir compte de ce qui suit et nous en tenir à ce récit seulement.
    A. Ce récit — grâce à l’artifice du recensement — nous informe que Jésus est un descendant de David. Cette mention du roi David fait revivre en nous quelques pages de l’Ancien Testament et la promesse d’un Messie descendant de David. Mais bon, tous les descendants de David n’ont pas été le Messie attendu. Donc il faut attendre d’autres indices pour confirmer cette messianité.
    B. Marie et Joseph n’ont pas eu accès à la salle de l’hôtellerie et doivent se contenter d’une étable. Cela nous informe sur le statut économique de la famille. Jésus va être élevé et évoluer dans la pauvreté. Cela contredit plutôt la messianité de Jésus, ou bien cela va nous aiguiller vers un autre type de messianité, celle décrite dans le livre d’Esaïe (voir prédication du 4.12.2011), sous la forme de la figure du Serviteur souffrant. Un Messie qui ne vient pas dans la gloire, qui n’exerce pas son autorité par la force, mais qui porte les souffrances de son peuple.
    C. Ensuite vient l’annonce faite au berger par les anges. C’est l’irruption du divin qui vient apporter un message pour comprendre la naissance de Jésus. On comprend ici qu’il y a un lien tout particulier entre Dieu et ce nouveau-né. Le message est clair, lumineux, transparent. Cet enfant est béni par Dieu, il naît sous sa protection, de par sa volonté. Il reçoit par là au moins une caution divine, si ce n’est un caractère divin.
    Si je résume, on a reçu trois signes concernant ce nouveau-né : il est le fils de David, Messie potentiel ; il est proche de la figure du Serviteur souffrant ; et il est confirmé dans ses titres par la voix des anges.
    C’est clair que c’est déjà suffisant pour faire de Jésus un être important et décisif dans le plan de Dieu. Mais je pense que le récit nous met sur la piste d’une quatrième identité pour Jésus. Jusque-là les trois premiers titres étaient affirmés en clair, le quatrième titre est donné indirectement à Jésus. Le récit nous y faire penser, sans le dire explicitement. Le récit, en effet, travaille en miroir : ce qu’on voit ailleurs va se réaliser avec Jésus. Je crois que c’est cela qui explique que la révélation des anges s’adresse à des bergers qui passent la nuit dans les champs.
    Le récit nous met, indirectement, sur la piste du souvenir de ce qui est dit des bergers et du troupeau dans l’Ancien Testament. Souvenez-vous des paroles entendues dans le livre de Jérémie : Dieu dit « Il y a de mauvais bergers qui laissent mon troupeau dépérir. Eh bien, je vais rassembler moi-même les survivants de mon troupeau. Je les ramènerai à leurs pâturages et je les ferai prospérer. » 
(Jér. 23:1-5)
    Le récit de Luc introduit ici des bergers, des bergers qui reçoivent une révélation divine et qui l’écoutent, qui agissent en fonction de cette voix divine. Ce sont des bergers fidèles : ils se rendent à l’étable et découvrent la véracité de la parole qu’ils ont entendue. Et après avoir vu et cru, ils vont répandre la bonne nouvelle.
    Cette action des bergers nous invite à voir en avance que Jésus va être lui-même le nouveau berger d’Israël, le nouveau berger du troupeau de Dieu, le nouveau berger de tous les égarés, de tous ceux qui se sentent perdus, délaissés, abandonnés.
    Jésus va prendre cette place de guide, de lumière pour guider chacun dans ce monde de nuit et de frayeur. Voici la bonne nouvelle, depuis cette naissance, nous ne sommes plus seuls, nous avons un guide, un berger pour nous conduire avec sécurité dans ces temps d’incertitude.
    Jésus vient, Jésus est là. Joyeux Noël !
    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2016

  • Mobiliser pour le « vivre ensemble »

    Luc 10
    22.11.2015
    Mobiliser pour le « vivre ensemble »

    Jérémie 29 : 10-14      Luc 10 : 1-11

    Télécharger le texte : P-2015-11-22.pdf


    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Il y a quelques semaines, j’ai lu ce récit de Jésus qui envoie ses 72 disciples en mission. Et mon attention avait été retenue par la fin du récit et par cette expression « secouer la poussière de ses pieds » (Lc 10:11). Je m’étais dit alors que j’allais garder ce texte et cette expression pour le dernier dimanche de l’année ecclésiastique, c’est à dire aujourd’hui.
    J’avais l’idée, en choisissant ce récit pour ce dimanche, que nous pourrions revenir sur les événements que nous avons traversés cette année et faire un tri. Un tri entre ce que nous voudrions garder, emmagasiner, les choses qui nous ont fait du bien, et les choses que nous voudrions laisser derrière nous, comme de la poussière qu’on secoue de ses pieds (de ses souliers aujourd’hui) pour ne pas traîner derrière nous des choses lourdes, des regrets ou des rancunes, des fardeaux.
    Ce besoin de regarder en arrière et ce tri subsiste, et je pense que c’est une bonne chose si nous arrivons à le faire. Mais entre-temps, il s’est passé des attentats qui réclament une réflexion plus profonde. Le 31 octobre, un avion russe explose en plein vol. Le 12 novembre, un attentat a lieu au cœur de Beyrouth au Liban. Et le 13 novembre voici les attentats de Paris.
    Nous avons besoin de plus que des pensées sur une bonne hygiène de vie par le tri de nos souvenirs de l’année, même si c’est toujours profitable de l’appliquer. Cette hygiène de vie, ce tri est juste un moyen qui doit servir un but, un projet. Et c’est bien ce que dit, justement, notre récit. Lorsque Jésus envoie ses disciples, il leur donne un but, un projet, on appelle aussi cela une mission. Cette mission s’articule sur trois points.
    D’abord Jésus envoie les 72 disciples « aux endroits où lui même devra se rendre » (Luc 10:1). Les disciples sont une avant-garde, ils sont des précurseurs, ils ouvrent le chemin à Jésus. Mais c’est Jésus lui-même qui vient. Nous pouvons juste lui ouvrir le chemin.
    Ensuite, les disciples apportent la paix en disant : « La paix sur cette maison » (v.5). C’est le premier message indiqué par Jésus. Ensuite il est question de vivre ensemble, de partager nourriture et boisson avec ceux qui sont là, dans la maison, et de guérir les malades.
    Enfin, deuxième partie du message, qui est plus une constatation : Dites « le Royaume de Dieu s’est approché de vous ! » (v.9) Il semble qu’il faut comprendre que la cohabitation et le compagnonnage — ce qu’on appelle aujourd’hui la convivialité et le vivre ensemble — sont constitutifs du Royaume de Dieu. Lorsqu’il y a vivre ensemble, le royaume de Dieu s’est approché, s’est manifesté.
    Et tant pis pour ceux qui ne veulent pas ce vivre ensemble, ou s’en éloignent, on secoue alors la poussière de ses pieds, mais le Royaume de Dieu s’est tout de même approché de ces gens là (v.11). Mais ils ont leur liberté et peuvent choisir de s’en tenir écartés. Le Royaume de Dieu est offert, il ne peut pas être imposé.
    Le projet de Jésus c’est que ce vivre ensemble soit proposé à tout le monde, ensuite chacun fait ce qu’il veut. Il y a assez de monde qui souhaitent ce vivre ensemble pour ne pas s’attarder auprès de ceux qui le refusent.
    On trouve la même idée de projet dans le texte de Jérémie. Dieu dit : « Je forme pour vous un projet de bonheur, de bonne vie. Je vous donne un avenir à espérer. »
    Pour comprendre le monde d’aujourd’hui, je crois qu’il est nécessaire de le regarder à travers les lunettes d’un « avenir à espérer ». Là où les gens ont une vision claire de l’avenir qu’ils espèrent, alors ces gens sont forts, ils avancent, il peuvent surmonter tous les obstacles, la vie a un sens.
    Si l’on regarde vers le passé, vers l’Histoire, on peut énumérer quelques projets qui ont été des « avenirs à espérer », des moteurs : découvrir le monde avec Christophe Colomb ; inventorier le savoir avec Diderot ; apporter la civilisation ; vaincre les épidémies avec Pasteur ; construire une Europe unie pour éviter le risque de guerre ; marcher sur la lune. Évidemment, tous ces projets n’ont pas la même valeur, tous ces projets n’ont pas fait que du bien (on pense à la colonisation par exemple) mais ils ont mobilisé.
    Aujourd’hui : quel projet mobilise l’Occident ? Nous sommes plutôt en panne. Nous ressentons de l’impuissance, nous nous sentons sur la défensive. Les projets avec le vent en poupe, c’est de fermer les frontières, c’est de se défendre et de se méfier.
    En l’absence de projet constructif, il ne faut pas s’étonner que les pires projets, mais les projets qui promettent un but, une victoire, un combat glorieux : ceux-là remportent du succès, on le voit malheureusement avec Daech. En Europe, la réplique contre Daech ne veux pas être seulement militaire, c’est une lutte morale ou même spirituelle.
    Qui a un « avenir à espérer » à offrir, pour mobiliser la jeunesse qui cherche l’aventure, qui cherche les exploits, qui cherche l’adrénaline, la camaraderie ? Tant que notre occident n’a que la consommation ou la célébrité sur YouTube à offrir, nous ne pourrons pas rivaliser avec les recruteurs fanatiques ! Notre occident a besoin d’un « avenir à espérer », d’un avenir à créer, à construire. Sans projets mobilisateurs, ce sont d’autres qui mobiliseront les déçus de la société occidentale et les laissés pour compte, les jetés hors du système.
    Quel est notre espérance comme chrétien ? Qu’est-ce qui nous mobilise, nous motive et que nous pouvons proposer à d’autres ? Sur quels projets allons nous appeler d’autres à se joindre à nous, parce que ces projets ont du sens, parce qu’ils font du bien, parce qu’ils apportent de la paix.
    Dans ce récit, Jésus mobilise ses disciples parce que la moisson est grande. En effet ceux qui sont sans projets sont nombreux. Mais Jésus a un projet de paix, un projet de vivre ensemble. Jésus a le projet de faire s’approcher le Royaume de Dieu pour que tous les humains vivent en paix ensemble. Ce projet en vaut la peine. Le monde a besoin de paix et de vivre ensemble. Le monde a besoin des chrétiens. Le monde a besoin de nous.
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2015