17.06.2008
Marc 10. Se mettre au service les uns des autres pour ajouter de la convivialité
Marc 10
15.6.2008
Se mettre au service les uns des autres pour ajouter de la convivialité
Marc 10 : 35-45
Chers membres de l'Abbaye des Laboureurs, chères paroissiennes, chers paroissiens,
J'aimerais tout de suite écarter un malentendu possible après le texte biblique que vous avez écouté. En relevant la parole de Jésus : "si l'un d'entre vous veut être important, il doit être votre serviteur et si l'un de vous veut être le premier, il doit être votre esclave" (Mc 10:26-27) je ne me prépare pas à tirer à boulets rouges contre votre compétition sportive, je ne me prépare pas à dénigrer la course aux lauriers des meilleurs tireurs de votre Abbaye.
Non, j'aimerais plutôt attirer votre attention sur une autre facette de votre fête, c'est-à-dire sur le fait que si vous pouvez prendre part à cette fête, c'est qu'elle a été organisée, mise sur pied par votre Comité et par une foule de bénévoles. Votre Abbé-président, vos membres de Comité, avec d'autres, n'ont pas hésité à passer des heures au service de votre Honorable Confrérie pour préparer cette fête pour que vous puissiez la vivre et faire participer tout le village à ces festivités.
Et certainement que ceux qui avaient les plus hautes fonctions ont passé le plus grand nombre d'heurs à travailler pour arriver à ce résultat. Ils se sont mis à votre service et pour cela nous pouvons tous leur en être reconnaissants.
Au cœur des Sociétés locales, des paroisses et des Associations, il y a des hommes et des femmes qui se dévouent, qui se mettent au service les uns des autres pour ajouter de la convivialité dans une société civile où les relations deviennent de plus en plus tendues, où les rapports de forces l'emportent souvent sur l'harmonie et l'amitié.
Ces hommes et ces femmes réalisent ainsi l'invitation du Christ de se mettre au service les uns des autres. J'en suis heureux, mais j'envisage cependant l'avenir avec une certaine crainte : aurons-nous encore — dans les prochaines années — des personnes de bonne volonté qui accepteront de se mettre au service les uns des autres ? Ne trouvez-vous pas que la société se durcit ? Ne constatez-vous pas un repli sur soi, ou un repli "dans son chez soi" ? N'est-il pas de plus en plus difficile de trouver des personnes d'accord de donner de leur temps pour une cause, pour une société, pour une paroisse ?
Mais peut-on imaginer une société sans bénévolat ? Vous imaginez-vous devoir salarier votre Comité, payer chacun des services "au prix du marché" ? Quel serait l'esprit d'un Comité devenu "Entreprise à créer des Events" ?
Lorsque Jésus propose d'inverser les valeurs en mettant le service envers les autres au-dessus du pouvoir, ce n'est pas pour embêter le peuple. C'est pour révéler, mettre au jour, une vérité fondamentale sur la vie humaine et le bonheur. C'est pour faire comprendre toutes les tensions qu'il y a dans nos aspirations toutes humaines et leurs réalisations.
Nous aspirons tous au bonheur et nous nous faisons tous une idée du chemin pour parvenir à ce bonheur, à notre bonheur. Le chemin le plus court vers notre bonheur semble être de s'occuper de soi-même. « Je vais faire mon bonheur ! »
Jésus nous invite à réaliser que notre bonheur ne peut s'obtenir en ligne droite, mais seulement par ricochet, en passant par le service des autres. John Fitzgerald Kennedy l'avait bien compris lorsqu'il a dit aux Américains : "Ne cherchez pas ce que l'Amérique peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour l'Amérique."
Jésus propose un nouvel ordre des valeurs pour mieux retrouver la vraie valeur des choses. Le bonheur humain ne se trouve pas dans le pouvoir, l'importance ou la célébrité. Le bonheur humain se trouve dans l'action même, dépréoccupée du but, du résultat. Il n'y a pas de bonheur dans la quête individualiste, égoïste de la gloire.
Le rédacteur du récit biblique nous fait d'ailleurs un clin d'œil lorsqu'il parle du désir de Jacques et de Jean d'être à droite et à gauche de Jésus dans sa gloire, puisque ce sont deux brigands en croix qui se trouveront à droite et à gauche de Jésus à Golgotha !
La vraie valeur, le vrai bonheur se trouve dans la satisfaction qu'on peut trouver dans l'agir même, au moment d'agir, sans attendre d'autres récompenses. Pourquoi aller tirer, si tirer ne fait pas plaisir, une récompense n'ajoutera rien.
Jésus fait le pari qu'il y a plus de plaisir à servir les autres qu'à être servi. "Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir" (Ac 20:35). Jésus en a fait sa façon d'être avec les autres, sa façon d'entrer en contact, de rencontrer chacun. Il a choisi de servir plutôt que d'être servi.
En cela il devient pour nous un modèle. Non pas pour agir correctement et être bons, cela serait une autre manière d'essayer de gagner une récompense, d'être bien vu des autres ou de Dieu. Non, servir pour retirer la satisfaction de faire quelque chose de digne de notre existence humaine, faire quelque chose qui apporte de la lumière aux autres et par ricochet nous fasse du bien, rehausse notre estime de soi, renforce notre satisfaction intérieure, en d'autres mots nous rende heureux !
Dans cette société que nous sentons se durcir, apprenons à regarder autour de nous tous ceux qui sont au service — à commencer par ceux et celles qui feront le service à table à midi — et regardons les différemment : ces personnes sont importantes !
Regardons les personnes qui s'engagent dans les Sociétés locales, les paroisses, les Associations : elles sont importantes !
Et puis finalement, n'avons-nous pas aussi envie de devenir importants, de chercher un peu de bonheur ? Alors mettons-nous au service les uns des autres.
Amen
© Jean-Marie Thévoz, 2008
10:24 Publié dans l) Marc | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paroisse, bussigny, évangile, protestant, bible, jésus
07.03.2008
Marc 9. Jésus lève le voile sur son identité pour affermir ses disciples
Marc 9
22.3.1998
Jésus lève le voile sur son identité pour affermir ses disciples
Ex 24:12-18 2 Pierre 1:15-19 Marc 9:1-9
Qui est Jésus ? Qui est-il vraiment ?
Qui peut répondre à cette question par une explication qui se tienne, par une définition? Jésus ne se laisse cerner par les mots d'aucune langue. Le définir, ce serait l'enfermer dans un espace fini, donc le défigurer. Les premiers témoins, les disciples, les évangélistes ont été confronté à des difficultés pour dire qui était Jésus. Il s'est avéré plus juste de raconter que de définir.
Voici pourquoi nous sommes en face du récit de la transfiguration. C'est un récit pour nous aider à cerner qui est Jésus ! Evidemment, ce récit tire ses références, ses clés, d'une culture différente de la nôtre. Il va donc falloir décrypter le texte pour nous approcher de la personne de Jésus. Le récit de la transfiguration est devenu difficile à comprendre. Il fait allusion à des épisodes de l'Ancien Testament, de l'Exode, de la rencontre de Moïse avec Dieu (Ex 24). Rappelons quelques éléments :
• Moïse monte sur la montagne du Sinaï, emmenant avec lui un compagnon, Josué.
• La nuée recouvre la montagne pour signaler et masquer la présence de Dieu.
• Dieu parle à Moïse pour lui communiquer la loi.
• Lorsque Moïse redescend de la montagne, son visage resplendit ("Moïse redescendit du mont Sinaï, en tenant les deux tablettes de pierre qui constituaient le document de l'alliance; il ignorait que la peau de son visage brillait à cause de son entretien avec Dieu. Quand Aaron et les Israélites virent l'éclat de son visage, ils eurent peur de s'approcher de lui." Ex 34:29-30).
• Aaron, comme les disciples, sont effrayés.
Jésus est donc présenté comme un nouveau Moïse, le dépositaire de la loi, de la volonté de Dieu. Mais le récit va plus loin encore. Jésus est plus que Moïse. On ne doit pas le confondre avec lui, c'est pourquoi Jésus est montré en dialogue avec Moïse. De même, il est plus qu'Elie, le Messie annoncé par l'Ecriture (Malachie 3:22-24).
Jésus dépasse les grands prophètes d'Israël, Jésus dépasse la loi et les prophètes, Dieu lui-même en rend témoignage en parlant depuis le ciel : "Celui-ci est mon fils bien-aimé, écoutez-le !"
Jésus est plus que Moïse, plus qu'Elie, il est le Fils de Dieu.
Vous aurez remarqué que la phrase qui vient du ciel est la même que celle entendue lors du baptême de Jésus... enfin, presque la même. Remarquez la différence :
Lors du baptême, la voix dit : "Tu es mon fils bien-aimé..."
Lors de la transfiguration, la voix dit : "Celui-ci est mon fils bien-aimé...".
Lors de son baptême, Jésus a reçu une parole pour lui-même, pour l'affermir lui (cf. prédication du 8.3.98). Lors de la transfiguration, la voix s'adresse aux disciples, pour les affermir eux. Au moment de la transfiguration, les disciples viennent d'être éprouvés. Ils ont passé par des hauts et des bas, ils ont subi des douches écossaises.
Imaginez plutôt ! Nous sommes à la moitié de l'Evangile de Marc, les disciples accompagnent Jésus, ils le voient prêcher et accomplir des miracles. Tout se passe merveilleusement. Ces derniers jours, ils ont vécu la multiplication des pains puis la guérison d'un aveugle à Bethsaïda, puis Jésus les a interrogé sur ce que pensent de lui les gens ? "Qui dit-on que je suis ?". Et ensuite "et vous, qui dites-vous que je suis?" et Pierre a répondu avec enthousiasme qu'il était le Messie.
Mais voilà, Jésus prend un air sombre, et leur explique de l'avenir ne sera pas comme ils se l'imaginent, "il faut que le fils de l'Homme souffre..." (Marc 8:31) Jésus leur parle pour la première fois de sa passion. Pierre ne peut accepter cela. C'est la douche froide. Pierre se fait traiter de Satan.
L'identité de Jésus est mystérieuse et complexe, elle allie l'eau et le feu. Il est Messie souffrant et Messie glorieux. Il faut entendre ensemble l'annonce de la souffrance et la voix de la transfiguration. Les deux vont de pairs, comme la croix et la résurrection.
Il faut tenir ensemble — pour comprendre Jésus — la souffrance et la gloire de Dieu, dans la même personne. Celui qui va souffrir et mourir sur la croix, c'est bien lui le bien-aimé de Dieu.
"Celui-ci est mon fils bien-aimé, écoutez-le!"
Le crucifié et le transfiguré sont une seule et même personne.
Cette parole, cet événement n'a pas été compris sur le moment. Mais il est une pierre posé comme fondation pour plus tard. La transfiguration est une anticipation, un préfiguration pour tenir plus tard. C'est un soutien pour la foi, un soutien pour notre foi, au milieu des coups durs et des turbulences de l'existence.
Jésus, le crucifié, est le transfiguré. Nos vies, atteintes par la douleur et la souffrance, sont transfigurées par la présence de ce Jésus, souffrant et glorieux.
Amen.
© Jean-Marie Thévoz, 2008
16:58 Publié dans l) Marc | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : prédication, théologie protestante, protestantisme, christianisme, foi, spiritualité, bussigny
09.03.2007
Marc 1. Une parole d'amour pour nous permettre de régner sur nos vies
Marc 1
8.3.98
Une parole d'amour pour nous permettre de régner sur nos vies
Ps 2 : 2+4-12 Rm 8 : 11-17 Mc 1 : 6-13
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Aujourd'hui, nous allons méditer sur le baptême de Jésus. Jésus a tenu à se faire baptiser par Jean Baptiste. Le récit ne nous dit rien des motivations de Jésus, des raisons qu'il avait de demander le baptême de repentance de Jean, lui qui n'a pas de péchés. Je ne vais donc pas faire de spéculations là-dessus, puisque le texte n'en dit rien.
Le récit nous dépeint une scène très animée:
- Jésus remonte de sous l'eau
- le ciel se déchire
- l'Esprit-Saint descend sur Jésus
- une voix off fait une déclaration : "Tu es mon fils bien-aimé; en toi est ma joie, mon affection".
Essayez d'imaginer la scène et la signification de ces 4 éléments :
• Jésus remonte et l'Esprit descend. C'est la rencontre, une réunion à mi-chemin entre le ciel et la terre.
• le ciel se déchire, les portes du ciel s'ouvrent et une voix qui vient du ciel déclare : "Tu es mon fils bien-aimé".
Cette phrase, nous l'avons entendue dans le Ps 2:7 "C'est toi qui est mon fils, c'est moi qui suis ton père". C'est une formule d'adoption, c'est aussi la formule d'intronisation, de consécration d'un roi. Et dans ce psaume, il est bien question d'un nouveau roi que Dieu intronise pour régner sur les nations (v.8).
Jésus, lors de son baptême, reçoit de Dieu la royauté, le pouvoir de régner sur tous les êtres humains. On retrouve cette royauté lors de la passion : Jésus est condamné pour le motif qu'il se serait proclamé "Roi des Juifs".
A première vue on voit mal les conséquences de cette royauté de Jésus sur nous. J'y reviendrai après avoir examiné la phrase dite par cette voix qui vient des cieux. Cette phrase, "Tu es mon fils bien-aimé, je mets en toi toute ma joie" a un rôle clé pour la vie de Jésus, mais aussi pour la nôtre.
Commençons par entendre vraiment ce mot d'amour : "Tu es mon fils /ma fille bien-aimé(e)". Laissons ces mots descendre en nous, comme la colombe descendait du ciel. Laissons-nous être imprégnés par ces paroles. De qui aurions-nous eu besoin de les entendre ? Les avons-nous entendues aux moments cruciaux de notre existence ?
Heureux ceux qui les ont entendues et reçues au bon moment ! Si ces paroles vous ont manqué, l'Esprit de Dieu les répète maintenant à votre oreille, pour vous "Tu es mon fils /ma fille bien-aimé(e), en qui j'ai mis toute mon affection". On ne peut revenir sur le passé, mais aujourd'hui, cette parole peut vous parvenir, vous pouvez l'accepter parce qu'elle vous est destinée.
Cette parole d'adoption, l'Esprit de Dieu nous l'adresse, à chacun et chacune, aujourd'hui. L'Esprit de Dieu, le texte de Paul aux Romains en parle en ces mots (Rm 8:14-15) : "Tous ceux qui sont conduits par l'Esprit de Dieu sont fils de Dieu. Car l'Esprit que vous avez reçu n'est pas un esprit qui vous rende esclaves et vous remplisse à nouveau de peur; mais c'est l'Esprit Saint qui fait de vous des fils de Dieu et qui nous permet de crier à Dieu : Mon père!".
La voix du baptême de Jésus, c'est l'Esprit de Dieu. Recevoir l'Esprit, c'est recevoir cette parole d'adoption, de reconnaissance, d'amour. Cette parole ne fait pas de nous des esclaves — obéissants soigneusement et scrupuleusement à Dieu — cette parole nous institue fils de Dieu, ou même rois.
Cette parole d'amour nous offre la royauté de nos vies. Devenir roi, régner sur sa vie, c'est agir plutôt que réagir, c'est prendre des initiatives plutôt que subir. Régner sur sa vie, c'est refuser de glisser dans un statut de victime, pour avoir un statut d'acteur, d'agent; c'est réaliser que notre bonheur ou notre malheur ne dépend pas des autres, même si nous ne sommes pas maîtres de tout. Lorsqu'une relation est difficile, ce n'est pas seulement à cause de l'autre. Nous sommes partie prenante dans la relation et notre position joue son rôle dans la relation. Régner sur sa vie, c'est choisir son scénario de vie plutôt que suivre les scénarios dictés par d'autres.
Dieu nous encourage à assumer la direction de notre vie, sans fausse humilité. Notre liberté n'est pas en concurrence avec la volonté de Dieu. Comme nous l'avons vu dimanche dernier, la volonté de Dieu est que nous soyons libres.
Recevoir cette parole d'amour de Dieu, ou recevoir l'Esprit Saint — c'est la même chose — nous donne la force d'affronter l'existence avec ses difficultés. Aussitôt après son baptême, revêtu de cette force, Jésus est conduit au désert pour affronter le mal.
Lorsque nous sommes baptisés — dans la mort et la vie nouvelle du Christ — nous recevons cette parole, cet Esprit, cette force pour vivre notre vie. Cet amour a permis à Jésus de donner sa vie pour ses amis — c'est là le sens de Pâques. Cet amour nous le recevons aussi. Le baptême en a été, en est une marque. Nous pouvons en vivre dès maintenant et chaque jour que Dieu fait.
Amen.
Bible,Christianisme,Prédication,Spiritualité,Vie Quotidienne,Education,Protestant,
© 2007, Jean-Marie Thévoz
17:45 Publié dans l) Marc | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bible, Christianisme, Prédication, Spiritualité, Vie Quotidienne, Education, Protestant
06.03.2007
Marc 10. Abandonner ce qui fait obstacle à la quête de la vraie vie
Marc 10
1.3.98
Abandonner ce qui fait obstacle à la quête de la vraie vie
Genèse 2 : 7-9 + 15-17 Galates 3 : 23-29 Marc 10 : 17-22
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Vous avez certainement tous reconnu dans la dernière lecture le récit de la rencontre de Jésus avec le jeune homme riche. Cela fait plusieurs mois que ce récit tourne dans ma tête. En effet, c'est typiquement un de ces textes dont on n'écoute plus les mots parce qu'on l'a déjà entendu. Il ne fait que réactiver notre mémoire et notre mémoire masque le récit.
Un exemple : on parle du jeune homme riche. Pourtant, il ne s'agit que d'un homme qui observe les commandements depuis sa jeunesse dans le texte de Marc. Chez Luc, c'est même un notable, donc quelqu'un de mûr, voire d'âgé. Il n'y a que Matthieu qui dise de lui qu'il est jeune. Ici, et pour aujourd'hui, pour être fidèle au texte de Marc, c'est un homme adulte, d'âge indéterminé.
Le masque de notre mémoire retient généralement de ce texte trois leçons :
1. Il ne suffit pas d'obéir aux commandements, il faut en faire plus, obéir jusqu'à l'impossible.
2. On ne peut suivre Jésus qu'en renonçant à ce qui nous est précieux, à ce qui nous tient à coeur.
3. On doit se reconnaître dans l'homme riche, mais ne pas devenir triste comme lui.
Eh bien je crois que ces trois leçons ne sont pas dans le texte. Le texte a autre chose à nous dire. Cette rencontre de Jésus est une bonne nouvelle, pour l'homme riche et pour nous. Voyons cela.
D'abord, l'homme court vers Jésus pour lui poser la question de sa vie, la question qui le tracasse depuis longtemps : «Comment hériter de la vie durable, de la vraie vie ?»
1. Jésus ne fait pas une réponse compliquée, n'énonce pas d'exigences spéciales, il cite simplement une partie du décalogue. Et c'est l'homme qui relance Jésus : «J'ai pratiqué tout cela, mais ma question reste en moi.» Cette pratique ne lui suffit pas, ne remplit pas sa vie, ne lui donne pas tout son sens. L'obéissance ne lui suffit pas, ne le comble pas.
Lorsque Jésus dit à l'homme : «Il te manque quelque chose», il n'invente rien, il confirme, il valide simplement le sentiment profond de l'homme, il reconnaît autant l'obéissance de l'homme que le manque qu'il vient d'énoncer. Jésus n'affirme pas qu'il faut encore obéir à quelque chose de plus. Jésus refuse la logique de demander "un peu plus de la même chose". L'homme fait suffisamment.
Jésus entre sur le terrain de l'homme qui cherche la vraie vie. Il le considère pour lui-même, "il le regarde et se prend à l'aimer" dit le texte de Marc. L'homme étant en manque, en demande d'autre chose, Jésus lui suggère un changement d'attitude, de comportement face à la vie.
L'homme a rempli sa vie de l'observance des commandements. Il vivote dans son obéissance stricte. Il ne s'y épanouit pas, il est peut-être rempli de scrupules, de culpabilité, de doutes. (Ai-je bien fait ? En ai-je assez fait ? etc.).
Jésus va le placer sur un autre terrain. «Vends tout ce que tu as et donne-le aux pauvres». Jésus ne lui demande pas de transposer sa façon d'être (scrupuleux, comptabilisateur) dans sa façon de donner aux pauvres (Ai-je assez donné ?). Au sein de cette vie bien rangée, Jésus lui propose un coup de folie, une extravagance, un acte extraordinaire qui échappe à tout calcul, à toute mesure. Il lui propose quelque chose qui le délierait de toutes les conventions, de tous les usages, de toutes les obéissances. Jésus propose cela, non pas pour que l'homme devienne parfait, mais pour le délier, le libérer, lui rendre un accès à la vraie vie, aux richesses du Royaume de Dieu.
2. Jésus ne propose pas à l'homme un renoncement pour le plaisir de Dieu. Jésus lui propose cela parce que — à ce moment de l'existence de cet homme, à cause de la quête de cet homme — c'est la meilleure chose qui puisse lui arriver, qu'il puisse faire.
C'est là que la bizarre introduction du récit prend son sens. «Ne m'appelle pas "bon maître", Dieu, l'Unique, est bon». Au début de cette rencontre, Jésus devait rappeler à cet homme que Dieu n'est pas un maître sadique et cruel qui veut écraser l'être humain sous les corvées et le renoncement. Dieu, l'Unique, est celui qui a libéré son peuple de l'esclavage et l'a conduit au Sinaï pour lui donner la loi qui lui permettra de rester libre. Le but de la loi n'est pas l'obéissance, mais la liberté. C'est cela que Dieu veut, et c'est en cela qu'il est bon pour l'être humain.
Donc si Jésus propose à l'homme de vendre ses biens, c'est parce que, à ce moment-là de la quête spirituelle de cet homme, ces biens sont devenus un obstacle sur son propre chemin. Cette fortune est un poids. L'homme est retenu par elle. C'est comme s'il avait les pieds coulés dans du béton, il est paralysé. Cette fortune, peut-être un héritage, l'empêche d'avancer, de sauter, de danser, d'être libre comme un oiseau. Sa sécurité l'empêche d'être libre et de grandir.
3. Cet homme a tout pour être heureux, pourtant sa quête n'est pas accomplie, il avait besoin de courir la dire à Jésus. L'homme reçoit confirmation de son manque et une suggestion de Jésus. A cette réponse «il prit un air sombre et s'en alla tout triste».
On a toujours interprété cela comme un refus. On peut aussi le lire différemment. La tristesse est l'émotion qui nous rapproche le plus de nous-mêmes, de notre être intérieur, de notre vrai "moi".
L'homme avec sa tristesse commence son cheminement intérieur, un retour vers son propre passé pour comprendre ce qu'il vit, ce qu'il a vécu. Le passage par la tristesse est essentiel pour reprendre contact avec le "soi intérieur", avec l'être vrai qui est en nous. Jésus est justement celui qui nous reconnecte avec notre être intérieur. Cela peut passer par la tristesse.
L'homme — confronté à la vérité de la rencontre avec Jésus — doit réaliser à quel point ses biens, ses héritages, sont ce qui le paralyse, l'immobilise, l'empêche de marcher avec la vie, à la suite de Jésus. La quête de l'homme tourne autour de l'héritage. Sa question primordiale est : "Comment hériter la vraie vie ?" tout en trimbalant ses héritages . Ces héritages qu'il doit vendre, dont il doit se débarrasser pour devenir lui-même à la suite de Jésus, cela peut être aussi bien cette fortune, ou cette obéissance apprise, ou un autre boulet accroché à son pied dans son passé.
L'homme a de quoi pleurer sur son passé pour retrouver la liberté d'être lui-même, pour évacuer tout ce qui l'a empêché de grandir, d'évoluer en liberté, en suivant sa propre voie. Il doit réaliser tout ce qui a été canalisé dans une obéissance stricte et comment cette obéissance sans réflexion n'est pas l'aboutissement, l'accomplissement de la volonté de Dieu.
Obéir ou être libre, ce n'est pas la même chose.
Jésus offre à cet homme — et à chacun d'entre nous — la liberté. Cela demande de se séparer de fardeaux placés sur nos épaules tôt dans la vie, fardeaux qui font maintenant obstacle à cette liberté.
Jésus veut le meilleur pour nous, c'est pourquoi il nous offre de déposer sur terre les poids, les liens qui nous entravent pour marcher léger à sa suite, avec un trésor dans le ciel.
Amen.
© 2007, Jean-Marie Thévoz
14:15 Publié dans l) Marc | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bible, Christianisme, Prédication, Spiritualité, Vie Quotidienne, Education, Protestant
14.02.2007
Marc 8 . Pierre déçu de la messianité souffrante de Jésus
Marc 8
14.2.99
Pierre déçu de la messianité souffrante de Jésus
Marc 8 : 27-36
— Qu'est-ce que vous en pensez ? J'ai besoin de votre conseil. Je ne sais plus que faire.
Je crois qu'il vaut mieux que je vous raconte mon histoire depuis le début !
Voilà, tout a commencé un matin, nous rentrions de la pêche, mon frère André et moi. Mon frère et moi, on a une petite compagnie de pêche sur le lac de Galilée. Ça marche pas trop fort depuis que les Romains sont là. Avec leur Union Romaine, ils ont ouvert les frontières et ils ont fait tomber le prix du poisson. Quoi, les temps sont durs. Cela fait un bout de temps qu'André et moi on se demande jusqu'à quand on va tenir; si on ne ferait pas mieux de se convertir. La pêche, ça ne nourrit plus son homme.
Donc ce matin-là, nous rentrions de la pêche, et il y avait une grande foule massée sur le rivage. Cette foule écoutait un homme. Oh, ce n'était pas n'importe qui. On en avait déjà entendu parler lorsque nous allions retrouver Jean-Baptiste. Jean nous disait : "— Celui qui doit venir après moi est plus puissant que moi. Moi, je vous ai baptisé avec de l'eau, mais lui, il vous baptisera avec le Saint-Esprit". Et Jean nous avait désigné Jésus. C'était justement ce Jésus qui parlait, sur le sable, à la foule. Une fois débarqué, nous nous sommes approché pour l'écouter. Nous n'avions rien d'autre à faire, la pêche n'avait rien donné cette nuit-là. C'était désespérant.
Ce jour-là, il y avait tant de monde avec lui qu'il a demandé une barque pour pouvoir parler à la foule sans être poussé dans l'eau. Je l'ai fait monter dans ma barque. Je tenais les avirons pour le mener devant la foule et maintenir le bateau. C'est comme ça que je l'ai entendu pour la première fois. Et ce qu'il a dit m'intéressait. Mais je n'étais pas prêt à m'y impliquer — je suis un homme de la mer, pas un vagabond, encore moins un prêcheur !
Mais lorsqu'on a regagné la terre, il renvoya la foule et parla avec nous. Il nous a surtout écouté nous plaindre. Oh, je sais, on ne devrait pas se plaindre, il y en a de plus à plaindre que nous. Enfin, tout à coup, il nous a bien regardé, il s'est adressé directement à mon frère, puis à moi, en me regardant droit dans les yeux — un regard que je n'oublierai jamais, qui allait jusqu'au fond de l'âme (je ne pourrai jamais l'oublier) — et il nous a dit :
— Toi André, toi, Simon Pierre, venez avec moi et je ferai de vous des pêcheurs d'hommes.
Je n'ai pas compris ce qu'il voulait dire par là, mais j'y suis allé ! Je l'ai suivi et je n'ai pas été déçu.
Il m'a emmené avec lui faire le tour des villages environnants. En plus de mon frère, il y avait encore deux autres frères, pêcheurs comme nous, qu'il avait ramassé, les fils de Zébédée, Jacques et Jean. On le suivait et ce qu'on a vu tout de suite, c'est qu'il attirait le monde autour de lui, comme un aimant. En fait les gens venaient pour l'écouter et ils repartaient tout allégés. On en voyait qui repartaient en chantant ou en sautillant. Nous, on était nouveau, et on ne comprenait pas très bien ce que Jésus faisait, mais les gens venaient malades et repartaient guéris.
C'était fascinant. Je l'ai suivi avec les autres pendant plusieurs jours. Il parcourait la Galilée, il guérissait les malades du corps ou de la tête. Il parlait à chacun. Il réconfortait. On voyait qu'il portait attention à chacun. La vie avec lui avait, avait quelque chose de plus que tout ce que j'avais vécu auparavant.
Avec lui, tout prenait une dimension incroyable. Avec lui, je ferais n'importe quoi, j'irais partout où il voudrait aller. Tenez ! si un jour, il me demandait — en plein midi — de prendre ma barque et d'aller pêcher — alors que je n'aurais rien pris de toute la nuit — et bien j'irais et je jetterai mes filets — rien que parce qu'il me l'aurait demandé. Le comble avec lui, c'est qu'il y aurait des chances que le filet soit plein à craquer et que je n'arrive pas à tout ramener au bord. Oui, c'est comme ça que ça se passe, avec Jésus.
J'ai passé des mois comme ça avec lui, jusqu'à hier. Oui justement, hier il s'est passé quelque chose qui m'a tellement troublé... enfin je saute trop de choses, il faut encore que je vous raconte quelque chose. Après vous pourrez me dire ce que je dois faire.
Donc, Jésus avait rassemblé autour de lui une petite équipe de 12 fidèles. Il nous confiait des choses qu'il ne disait pas aux foules. Nous avions pleine confiance en lui et lui en nous. Moi, à voir les boiteux qu'il faisait remarcher, les aveugles à qui il rendait la vue, j'en était arrivé à la conviction qu'il était le Messie, celui que Dieu devait nous envoyer pour libérer le pays et tout remettre en ordre, comme c'est annoncé dans le Livre !
Je n'en parlais pas autour de moi, parce que je voyait bien que Jésus ne voulait pas trop que ça se sache. Chaque fois qu'il guérissait quelqu'un, il lui recommandait de ne pas le dire autour de lui. Je crois que Jésus avait peur que les Romains découvrent trop tôt son intention de les chasser du pays. C'est vrai que c'était un danger. Mais moi, quand j'ai deviné tout cela, et bien, je n'ai plus voulu quitter Jésus un seul instant. J'entends bien être son second dans cette histoire-là.
Et puis, il y a eu quelques troubles. La famille même de Jésus a voulu le reprendre et l'enfermer. Sa mère et ses frères disaient qu'il était devenu fou, qu'il avait perdu la raison. Ensuite, ce sont tous les habitants de Nazareth, puis le fort parti des Pharisiens qui ont commencé à le diffamer et à l'attaquer. Entre temps, Jean-Baptiste a été exécuté par le roi Hérode. Ça commençait à se gâter tout autour. Il fallait que Jésus se décide à se dévoiler et en appeler aux armées célestes et à tous les volontaires prêts à tuer du romain. La situation était mûre à mon avis.
Finalement, c'est hier que Jésus s'est dévoilé à nous. Nous étions en chemin et il nous a demandé :
— Que disent les gens à mon sujet ?
On a répondu :
— Certains disent que tu es Jean-Baptiste, d'autres que tu es Elie, et d'autres encore que tu es l'un des prophètes.
— Et vous, qui dites-vous que je suis ?
Alors là, j'ai su que le moment était arrivé de dire ce que j'avais deviné : — Tu es le Messie, Seigneur.
Jésus nous a alors simplement demandé de n'en parler à personne. Dans ces circonstances, j'ai trouvé normal qu'il nous demande de garder le secret. Mais un peu plus tard — alors ça je n'ai pas pu l'accepter — il nous a dit quelque chose qui me reste en travers de la gorge :
— Il faut que le Fils de l'homme (il parlait de lui-même comme cela tout le temps) que le Fils de l'homme souffre beaucoup; il sera rejeté; il sera mis à mort, et après trois jours, il reviendra à la vie.
Là, je n'ai pas pu me retenir. Je lui ai dit : Tu es le Messie, cela ne peut pas t'arriver. Tu vaincras.
Je lui ai donc expliqué que je trouvais que c'était le bon moment pour qu'il se déclare comme le Sauveur d'Israël, qu'il rassemble une armée et qu'il impose le Règne de Dieu.
— Tu ne penses pas comme Dieu, mais comme les hommes, Pierre, m'a-t-il dit. Tu n'as pas compris quelque chose, mon père a renoncé à s'imposer par la violence. Il pourrait renverser les Romains, mais il ne veut pas que cela se passe comme cela, et je suis d'accord avec lui.
Tu vois, moi-même, j'ai été tenté dans le désert par la toute-puissance. On m'a proposé de réaliser tous mes voeux. J'aurais pu dire oui et, comme on l'entend souvent aujourd'hui, je pourrais dire "et je serai le maître du monde".
Mais j'y ai renoncé, parce que si je devenais le maître du monde, vous seriez des esclaves, mes serviteurs. Ce qui m'importe c'est que vous soyez pour moi des frères. Que je sois pour vous un frère, que je vive ce que vous vivez, que je souffre avec vous lorsque vous souffrez. Je ne veux pas échapper au destin de tout homme. C'est pourquoi le Messie vient comme un serviteur. Le Fils de l'Homme va souffrir, comme tout être souffre au cours de sa vie. C'est ainsi que va s'accomplir la volonté de Dieu.
Maintenant, Pierre, tu peux choisir, tu peux choisir de vivre ta vie d'homme et chercher le triomphe par la force, ou bien , tu peux vivre ta vie d'homme en me suivant. Tu peux choisir, maintenant.
Voilà ce que Jésus m'a dit. C'était hier. Et maintenant, aujourd'hui, je dois choisir.
C'est pour cela que je vous ai raconté tout cela. J'aimerais votre conseil...
A ma place, vous, qu'est-ce que vous feriez ? Allez-vous suivre Jésus ?
© 2007, Jean-Marie Thévoz
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29.01.2007
Marc 10. "Que veux-tu que je fasse pour toi"
Marc 10
30.1.2000
"Que veux-tu que je fasse pour toi"
Mat 7 : 7-12 Marc 10:46-52
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Ce dernier dimanche de janvier est traditionnellement consacré à la Mission. Même s'il y a, en plus, aujourd'hui des élections importantes dans notre Eglise, nous avons voulu garder la forme de notre dimanche des missions habituelle : ce culte, une information et un repas.
Continuer une tradition ne veut pas dire « ne plus se poser de questions.» Et c'est vrai qu'il y a eu beaucoup de remises en question de la mission et beaucoup de changements dans la façon d'être missionnaire. En effet, la mission du siècle passé — je parle du XIXe siècle — ou d'avant encore a souvent accompagné, et béni, la colonisation. Elle a collaboré à imposer le modèle de la culture occidentale, à poser des bases pour l'actuelle mondialisation.
On s'aperçoit, avec le recul, que beaucoup de bonne volonté, des intentions louables, des objectifs d'aide et de collaboration n'ont pas toujours conduit à ce qu'on espérait. On est en face de ce paradoxe : à vouloir faire le bien, des maux surgissent que personne ne voulait.
Aujourd'hui, ce constat décourage beaucoup de monde. Faut-il tout arrêter ? Faut-il arrêter de vouloir faire du bien ? Je ne crois pas qu'il faille être aussi pessimiste ! Jésus lui-même, dans le texte de Matthieu que vous avez entendu ne désespère pas de l'être humain.
"Tout méchant que vous êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui le lui demande." (Mt 7:11)
Jésus veut d'abord mettre en évidence la bonté de Dieu, mais pour cela il part de la situation de chacun, de nos efforts qu'il reconnaît. Aussi misérables que soient nos tentatives, aussi parsemé d'échec que soit notre chemin, ce n'est pas une raison de se décourager, car Dieu est bon et c'est vers lui que nous pouvons toujours à nouveau nous tourner pour réessayer.
Alors comment aider ? Je vous propose de voir comment Jésus s'y est pris lorsqu'il a guéri l'aveugle Barthimée. Ce récit est exemplaire du dialogue qui doit se former pour que l'aide soit un échange où les deux partenaires gardent leur dignité et gagnent chacun quelque chose dans leur relation.
Premier élément de l'interaction : un homme, Barthimée, interpelle un autre homme. Il fait appel à son coeur, à sa générosité : "aie pitié", ce qui signifie "soit touché par ma misère". Réprimé par la foule qui veut le faire taire, Barthimée persévère, il relance son cri. Jésus est touché, il a entendu, il s'arrête.
Deuxième élément de l'interaction, première parole de Jésus : "Appelez-le!" Une parole, pas un geste. Jésus ne se précipite pas, il ne court pas guérir cet homme. Il annonce simplement son ouverture, son accueil. Il laisse à l'autre sa part du chemin à faire. Jésus se fait simplement réceptif, plutôt qu'interventionniste. Barthimée, encouragé cette fois par la foule et par l'attitude accueillante de Jésus, s'approche.
Troisième élément, deuxième parole de Jésus : "Que veux-tu que je fasse pour toi ?" Là encore, Jésus ne se précipite pas. Il voit que Barthimée est aveugle à la façon dont il s'approche de lui, mais il n'en tire pas la conclusion immédiate que Barthimée veut recouvrer la vue.
Jésus interroge Barthimée pour lui demander ce qu'il veut, ce dont il a besoin. Il l'invite à formuler sa demande, sa prière. "Demandez et vous recevrez". L'accent est ici sur la demande. Demander est un acte difficile, mais absolument nécessaire pour que le vrai besoin soit énoncé. Jésus se refuse à deviner, même lorsque cela est possible. Même s'il nous semble que Dieu — ou notre conjoint, ou nos enfants, etc. — connaît nos besoins, il attend qu'on les lui formule.
Quatrième élément, la demande de Barthimée : "Maître, fais que je voie de nouveau". Cette parole est en même temps la demande et la permission d'agir. Il y a quelque chose de très humiliant à se faire aider contre son gré. Voyez un enfant qu'on aide alors qu'il sait faire la chose tout seul : ne recevra-t-il pas le message qu'il est incapable, puisqu'on l'aide ?
Jésus offre son aide, demande de quel besoin il s'agit et attend la permission d'agir. Après tout cela, il guérit l'aveugle et lui donne une parole qui va l'accompagner et le faire grandir, évoluer pour la vie : "Va, ta confiance t'a sauvée".
Jésus reconnaît par ces paroles toute la part que Barthimée a dans sa propre guérison. Il reconnaît et valide que Barthimée a participé, de son côté, pour une grande part à sa nouvelle vie. La guérison est une oeuvre commune. Si Barthimée n'avait pas crié, persévéré, s'il ne s'était pas approché, s'il n'avait pas dit ce dont il avait besoin, il serait encore assis à la porte de Jéricho, aveugle et mendiant.
Jésus nous montre que toute aide, pour réussir et respecter les personnes doit être une entraide, une collaboration, où chacun fait sa part.
Le Département missionnaire a reçu des demandes, des demandes formulées de collaboration où chacun va faire sa part, dans un esprit d'entraide.
Je vous invite à faire votre part dans cette chaîne de solidarité.
Amen
© 2007, Jean-Marie Thévoz
17:55 Publié dans l) Marc | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bible, Christianisme, Prédication, Spiritualité, Vie Quotidienne, Education, Protestant
20.09.2006
Marc 4. Lorsque la tempête frappe, Jésus est à nos côtés
Marc 4
6.9.1998
Lorsque la tempête frappe, Jésus est à nos côtés
Ps 65 : 2-9 Col 1 : 15-20 Mc 4 : 1-2a + 35-41
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Vous avez entendu le récit dit "de la tempête apaisée". Pendant toute la journée, Jésus s'est tenu là, debout dans une barque, face à la foule rassemblée sur le rivage. Il leur racontait de petites histoires, des paraboles : la parabole du semeur, la parabole de la lampe, la parabole de la semence qui pousse toute seule, la parabole de la graine de moutarde.
Après cette journée d'enseignement et de récits, Jésus se retire avec ses disciples. Et ce soir-là, les disciples se demandent : "Mais qui est cet homme ?" Le récit de la tempête apaisée apporte une certaine réponse à cette question. Pour comprendre cette réponse, abordons le récit par la fin, en remontant le temps.
"Qui est cet homme pour que même le vent et l'eau lui obéissent ?" Les disciples avaient pu penser que Jésus était un bon conteur... ou plus que cela ? Ils pouvaient même penser qu'il était un prophète... parce qu'il parlait bien de Dieu, ou plus que cela ? Avec cet épisode de la tempête, ils peuvent découvrir encore un aspect de l'identité de Jésus.
Cette intervention sur la tempête est là pour nous montrer le lien entre Jésus et Dieu. Dans le Ps 65, on nous montre que la puissance de régner sur les éléments déchaînés et de pouvoir les apaiser est une prérogative de Dieu seul. Si seul Dieu peut apaiser une tempête et que Jésus le fait, alors Jésus a un lien extrêmement étroit avec Dieu.
Pourquoi est-il si nécessaire de montrer que Jésus est en lien étroit avec Dieu ou comme le dit l'apôtre Paul que "Le Christ est l'image visible du Dieu invisible"? Pourquoi est-ce si nécessaire ? Parce que Jésus fait des choses qui ne semblent pas venir de Dieu, ou plus précisément qui ne collent pas avec la représentation habituelle ou intuitive de Dieu.
A un Dieu éloigné des hommes, Jésus oppose un Dieu proche. A un Dieu tout-puissant, mobilisateur des forces de la nature, il oppose un Dieu qui se trouve dans des signes humains, à peine perceptibles. A un Dieu juge qui distribuerait peines et récompenses, Jésus oppose un Dieu qui prend part aux souffrances humaines (Jésus meurt sur la croix). Jésus propose une nouvelle vision du visage de Dieu, ce visage est présent dans ce récit.
Lorsque la tempête frappe — et c'est là une image de nos vies — donc quand nous sommes ballottés par les difficultés et les souffrances de la vie, Jésus n'est pas au sec et en sécurité sur le rivage. Il est là, dans la barque, à nos côtés. Il est là, solidaire et souffrant avec nous.
Certes, on nous le montre qui dort ! Mais on nous le montre aussi se réveillant à l'appel de ses disciples ! Il ne faut pas hésiter à réveiller Jésus lorsqu'on veut l'avoir à notre côté ! Dieu a trop de respect pour nous, pour intervenir lorsque nous ne le souhaitons pas, lorsque nous ne le demandons pas. C'est à nous de le réveiller, de le ressusciter dans nos vies pour l'avoir à nos côtés. Il est là tout proche, prêt à répondre à notre appel.
Les disciples ont réveillé Jésus. Pourtant, dans le bilan final d'après la tempête, Jésus leur reproche un manque de foi. Pourquoi ? C'est très étrange ! Dans la difficulté, ils ont eu recours à Jésus. N'est-ce pas la foi qu'on nous enseigne au catéchisme ? Je crois que la foi n'a pas tellement à faire avec ce que les disciples ont fait ou pas fait, mais à leur façon de voir et penser Dieu. C'est dans la question que les disciples posent à Jésus que se cache un manque de foi : "Maître, nous allons mourir, cela ne te fait-il rien?" (Mc 4:38) Cela t'est-il égal ? Es-tu indifférent à notre sort ?
Penser que Dieu est indifférent au sort des humains, à notre sort personnel (lorsque nous sommes pris dans la tempête), c'est méconnaître l'amour que Dieu a pour chacun de nous, c'est passer à côté du message que Jésus nous répète constamment : Dieu est proche de nous.
Dieu n'est pas indifférent à nos drames (collectifs ou personnels), il vit à nos côtés, il souffre à nos côtés, il est présent à nos côtés pour que nous puissions vivre et espérer.
Dieu est proche, n'hésitons pas à le réveiller pour jouir de sa présence.
Amen
© 2006, Jean-Marie Thévoz
22:05 Publié dans l) Marc | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bible, Christianisme, Prédication, Spiritualité, Vie Quotidienne, Education, Protestant
08.09.2006
9.7.06 / Marc 2. Le pardon libère une telle énergie que le paralytique peut s'en aller debout.
Marc 2
9.7.2006
Le pardon libère une telle énergie que le paralytique peut s'en aller debout.
Michée 7 : 7-8 + 18-20 Mc 2 : 1-12
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Il n'est pas facile dans notre monde moderne de parler des miracles de Jésus, des guérisons de Jésus. Cela ne paraît pas compatible avec les raisonnements scientifiques, la pensée rationnelle, etc. Le miracle n'existe que dans l'Antiquité ou dans les esprits crédules, pense-t-on.
C'est mettre — je crois — trop d'importance sur l'aspect matériel du miracle. Les miracles de Jésus sont avant tout des signes, qui signalent autre chose, qui attirent l'attention sur une autre réalité. Jésus n'utilise pas le miracle pour son aspect merveilleux. Il l'utilise comme une parabole, en marge de son message, pour montrer que son message s'inscrit bien dans la réalité, dans la vie.
La parole fait bouger la réalité, la transforme. Il y a des paroles efficaces, "performatives" en langage technique, qui changent la réalité. Lorsque je vous demande de vous lever pour chanter, vous vous levez; lorsqu'un président de Conseil communal dit "le vote est terminé" personne ne peut plus voter après cela, etc.
Dans le récit qui nous occupe, le miracle est marginal, il vient simplement confirmer que la parole de Jésus sur le pardon est efficace : ce qui est pardonné est vraiment pardonné. Alors, nous pouvons laisser de côté l'obstacle que représente le miracle pour comprendre vraiment le message de ce récit.
Ce récit parle d'abord de la foi et c'est ce que Jésus voit en premier : "Jésus vit la foi de ces hommes." C'est la foi des personnes qui accompagnent le paralytique. D'abord la foi qu'il se passera quelque chose de bon pour l'homme paralysé s'il pouvait approcher de Jésus, le rencontrer, le toucher. On ne nous dit pas ce que ces gens espéraient, mais ils sont prêts à affronter tous les obstacles.
Toute la foule est là pour voir et entendre Jésus et bloque tous les accès. Cela fait penser à l'interdiction pour les infirmes et les grands malades d'entrer dans le Temple de Jérusalem. Alors, là aussi le paralysé est interdit d'accès vers Jésus ? Qu'à cela ne tienne, les hommes trouvent un autre accès, ils passent par le toit. Il ne faut pas hésiter dans sa quête vers Dieu à utiliser tous les chemins possibles !
Lorsque le paralysé est enfin devant Jésus, Jésus voit la foi de ses porteurs. Oui, il est des situations où c'est la foi de la communauté qui fait le travail pour amener quelqu'un devant Jésus. On peut être bloqué, paralysé dans sa vie et accepter l'aide des autres pour avancer, pour franchir des obstacles, pour accéder à Jésus.
Jusque-là, le paralysé n'a rien dit, n'a rien demandé, n'a rien fait, mais Jésus intervient en déclarant (dans la formule traditionnelle) : "Tes péchés sont pardonnés" (Mc 2:5).
Là nous risquons d'être piégés par les ornières de la tradition et penser : les péchés sont des fautes, s'il est paralysé, c'est que ce sont des fautes terribles et l'on se met à lier faute et maladie. Non, ce que la Bible appelle le péché, c'est tout ce qui nous coupe de la relation avec Dieu ou avec les autres. Et ce qui nous coupe de cette relation, ce ne sont pas automatiquement des fautes commises.
On se coupe aussi des autres parce qu'on a le sentiment d'avoir été traité injustement ou bien parce qu'on a subi du mal ou des abus. On peut se couper de Dieu parce qu'on pense que le malheur qui nous arrive vient de lui. Combien un infirme peut-il en vouloir au ciel, s'il pense que Dieu a décidé de son handicap ? Le mal que l'on a subi nous coupe souvent des autres ou de Dieu et alors l'amour réparateur ne peut plus circuler. On vit avec des boulets aux pieds, avec de la colère ou une tristesse insurmontable.
Ce que Jésus dit à l'homme paralysé, c'est : "Tous tes boulets, tous tes fardeaux, je les écarte de ton être, ils ne viendront plus encombrer ta vie, paralyser ton existence."
Est-ce que chacun d'entre nous peut entendre que Jésus s'adresse à lui aujourd'hui ? "Je suis venu te décharger de ta hotte de souci, de rancune, de tristesse, de jalousie, d'insatisfaction. Tous les boulets que tu traînes depuis si longtemps sont écartés, supprimés. Toute l'énergie que tu mettais à les traîner derrière toi, tu peux maintenant la mettre à vivre, à avancer, à te réjouir de ta vie avec les autres."
Ne pensez-vous pas qu'après cela celui qui était paralysé se trouve transformé, revitalisé ? Le miracle est dans le pardon, dans cette énergie libérée pour la vie. Que le paralysé puisse se lever, prendre sa natte et marcher n'est que la suite logique de cette énergie libérée après avoir été bloquée pendant des années.
Le pardon que l'on reçoit, comme le pardon que l'on accorde, a un pouvoir énorme de libération et de remise en route, voilà ce que nous dit ce récit.
Que notre vie soit paralysée par des fautes que nous n'arrivons pas à nous pardonner, ou par des malheurs qui nous sont arrivés et qui creusent en nous les sentiments d'injustice, de révolte ou de tristesse sans fonds, il est possible d'accéder à Jésus et d'être déliés de ces fardeaux.
Peut-être devrons-nous demander de l'aide à quelques-uns pour nous frayer un chemin jusqu'à la guérison de notre être, peut-être faudra-t-il trouver des chemins inédits et passer par le toit, mais dans tous les cas, Jésus attend de remarquer notre foi, notre espoir d'être relevés.
Il y a pour chacun et chacune une promesse de vie, d'une vie à parcourir debout avec une énergie libérée.
Amen
© 2006, Jean-Marie Thévoz
16:50 Publié dans l) Marc | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bible, Christianisme, Prédication, Spiritualité, Vie Quotidienne, Education, Protestant
31.08.2006
Marc 6. La mort de Jean-Baptiste : sans cesse la Parole de Dieu ressuscite !
Marc 6
19.2.2006
La mort de Jean-Baptiste : sans cesse la Parole de Dieu ressuscite !
Gn 3 : 1-13 Mc 6 : 14-29
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
En quoi l'Evangile — la bonne nouvelle — est-elle annoncée dans le récit de la mort de Jean Baptiste ? C'est sûrement à cause de cette difficulté que ce texte n'est pas inscrit au lectionnaire et rarement choisi pour le culte. Cependant, il est d'une grande richesse — même s'il est vraiment macabre !
Ce récit est placé dans un chapitre qui tente de cerner l'identité de Jésus. Il y a la prédication à Nazareth où Jésus n'est pas cru. Il y a la multiplication des pains, un miracle qui assimile Jésus aux prophètes Elie et Elisée (1 R 17:10-16; 2 R 4:42-44). Jésus est revêtu de la puissance divine lorsqu'il marche sur l'eau et identifié au messie dans son pouvoir de guérison.
Ce chapitre donne quelques réponses aux questions qui ouvrent notre récit : Jésus est-il Jean Baptiste ressuscité ? Est-il Elie ? Est-il un prophète ? Mais que vient faire le récit de la mort de Jean Baptiste dans cette quête d'identité ?
Je crois qu'il est une sorte d'avertissement, de contre-point pour ceux qui veulent s'enthousiasmer. C'est une sorte de première annonce de la Passion. Attention : Jésus est le Messie, il guérit, il nourrit, il domine la mort (c'est le sens symbolique de la marche sur l'eau), mais rappelez-vous le sort des vrais prophètes ! Voyez ce qui est arrivé à Jean Baptiste ! C'est ce que va vivre Jésus aussi ! Et cela dit aussi — aux premiers chrétiens qui lisent cet Evangile — que c'est aussi le sort des témoins. Ce n'est pas pour rien que ce récit est encadré par l'envoi des Douze en mission (Mc 6:7-13) et leur retour (Mc 6:30).
Le témoignage, l'annonce de la Parole, le rappel de la Loi divine entre directement en conflit avec les pouvoirs du monde et ceux-ci réagissent brutalement "depuis la fondation du monde" (Lc 11:50). En effet, ce qui est mis en scène dans ce récit de la mort de Jean Baptiste, c'est la répétition incessante du péché originel, mis en acte sous la forme du meurtre du juste.
Je suis d'accord que le rapport entre le péché d'Adam et Eve et notre récit n'est pas évident, mais je vais vous le montrer. Ce qui m'a mis sur cette piste, c'est la circulation, d'une part de la demande de la tête de Jean Baptiste, puis la circulation en sens inverse de la tête de Jean Baptiste, d’autre part. Je relis une partie du texte :
"La jeune fille sortit donc et dit à sa mère : Que dois-je demander ? Celle-ci répondit : La tête de Jean Baptiste. La jeune fille se hâta de retourner auprès du roi et lui fit cette demande : Je veux que tu me donnes tout de suite la tête de Jean Baptiste sur un plat !" (v. 24-25).
"Le soldat apporta la tête sur un plat et la donna à la jeune fille, et la jeune fille la donna à sa mère" (v. 28).
La demande est prononcé par Hérodiade (la mère de la jeune fille, nommée Salomé par la tradition), dite à Salomé et transmise à Hérode. Ensuite la tête est apportée par le soldat (qui représente Hérode) à Salomé qui la donne à sa mère.
C'est ce retour de la tête qui m'a fait penser à Genèse 3 et à l'épisode de la "pomme". Quand Dieu interroge Adam : "Aurais-tu goûté au fruit ?" il répond : "C'est Eve qui me l'a donné." Et lorsque Dieu se tourne vers Eve, elle répond : "C'est le serpent…"
Et précédemment, nous retrouvons le trio dans l'ordre inverse : le serpent propose le fruit, Eve le prend et le passe à Adam. Le même trio, le même aller-retour. Hérodiade joue le rôle du serpent, elle est l'instigatrice rusée qui tend le piège. Salomé joue le rôle d'Eve, la femme manipulée. Hérode (ou son soldat qui le représente) joue le rôle d'Adam, l'homme faible — faible non pas dans le sens physique ou congénital, mais parce qu'il renonce à se servir de la Loi divine comme d'une colonne vertébrale. Je reviendrais sur cette faiblesse synonyme de péché.
Ainsi donc, se rejoue — sur le mode du meurtre, comme en Genèse 4 avec Caïn et Abel — le péché originel. Personne n'est dupe, toute le monde voit et sait que l'exécution de Jean Baptiste est un mal. Pourquoi ajouter une référence au péché originel ?
Je pense que c'est pour accentuer le lien entre Jean Baptiste et Jésus, et celui de Jésus avec tous les prophètes qui l'ont précédé, qui ont été des porteurs de la Parole de Dieu avant lui. Ce qui est en jeu, c'est la place de la Parole de Dieu dans le monde. Et le texte dit avec force : On peut tuer les prophètes les uns après les autres, toujours la Parole de Dieu revient !
C'est ce que dit Hérode — sans en avoir conscience — lorsqu'il dit : "Ce Jésus, c'est Jean Baptiste ressuscité !" (Mc 6:16) Toujours la Parole ressuscite et revient, jamais la Loi de Dieu ne sera tuée ou abolie. Au contraire, chaque fois qu'un témoin (martyr) est tué, cela renforce la Parole, c'est-à-dire cela montre à quel point elle est vraie. Tout le mal qui s'ajoute renforce l'affirmation que le mal est mal. La croix sera la dénonciation absolue du mal et en cela l'antithèse du péché originel.
Je reviens à ce que j'ai appelé "la faiblesse" d'Adam, qui — dans notre récit — est celle d'Hérode. Je crois que ce récit est aussi une sorte de parabole sur la force et la faiblesse : Qui est vraiment fort et qui est vaincu par sa faiblesse ? Hérode manifeste des signes de force, de puissance, vis-à-vis de son entourage et de ses convives. Il peut aller jusqu'à donner la moitié de son royaume sans avoir l'impression de s'affaiblir. Mais il se trouve complètement dépourvu, lorsqu'il est pris au mot et qu'on lui demande d'exercer sa puissance contre Jean Baptiste. Il n'a pas envie de tuer Jean Baptiste, alors pourquoi le fait-il, s'il est puissant ?
Dans le vocabulaire de Paul, on dira qu'il est "l'esclave du péché". Ici, je dirai qu'il est faible, parce qu'il choisit de ne vivre que de ses propres forces. Et celles-ci ne sont rien face au piège du serpent. Sa faiblesse, c'est son illusion d'être puissant, même tout-puissant. Il est piégé et se voit forcé d'exécuter Jean Baptiste parce qu'il n'écoute pas les limites que place la Loi divine. Son illusoire toute-puissance lui souffle que — s'il est maître de son royaume — il est aussi maître de la vie de Jean Baptiste. C'est ce que sous-entend perfidement la demande d'Hérodiade. Or la Loi divine dit justement que la vie, que toute vie humaine, appartient à Dieu et à Dieu seul.
Hérode n'entend pas la Parole divine qui pourrait le sauver de cette situation. Ne lui aurait-il pas suffit de dire à ses convives et à Hérodiade : "la vie appartient à Dieu, demande-moi quelque chose qui m'appartienne" pour sortir du piège ?
Ce récit renvoie au péché originel pour illustrer ce qu'est le péché. Le péché, c'est tuer la Parole de Dieu en soi. Le serpent tuait la Parole de Dieu en la mettant en doute : "Dieu a-t-il vraiment dit…" Hérodiade tue la Parole en insinuant qu'Hérode est le maître de la vie et de la mort. Nous tuons la Parole en nous chaque fois que nous la mettons de côté pour — pensons-nous — nous sauver d'un mauvais pas, ne pas perdre la face, ou gagner un avantage sur les autres. En faisant cela, nous nous séparons de la force de la Vie.
Sans la Parole de Dieu, l'être humain n'est que faiblesse, qu'une coquille vide, manipulable à merci. La Parole de Dieu, le Christ, nous sauve de cette faiblesse — de cet état de péché en termes théologiques. En cela, même de façon plutôt macabre, ce récit nous rappelle la bonne nouvelle du salut.
Amen
© 2006, Jean-Marie Thévoz, Suisse, Bussigny.
07:15 Publié dans l) Marc | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bible, Parole, Prédication, Spiritualité, Vie Quotidienne, Education, Théologie


