18.03.2011

Marc 14. Jésus choisit de mettre un repas au centre de la célébration.


Marc 14
13.3.2011
Jésus choisit de mettre un repas au centre de la célébration.


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Luc 14 : 12-15  Marc 14 : 12-16  Marc 14 : 22-26

Chers paroissiens, chers catéchumènes, chères familles,
Mois après mois, au culte, nous partageons la sainte Cène, cette sorte de repas symbolique sur le modèle de celui que Jésus a partagé avec ses disciples la veille de sa mort. La Cène, c'est le thème que les catéchumènes ont abordé samedi dernier avec leurs catéchètes, faisant même un peu de pain pendant la matinée.
La sainte Cène — comme nous l'appelons dans l'Eglise protestante ou l'eucharistie comme l'appellent les catholiques — est un événement caractéristique, propre au christianisme. Un repas communautaire est au centre du culte et de la vie spirituelle chrétienne. Jésus a voulu qu'un repas soit au centre de notre souvenir de lui et au centre de notre célébration de sa vie et de sa mort. Un repas en souvenir de Jésus. Ce choix n'est pas anodin. Ce choix est même très significatif.
Le repas fait partie de la vie, il est indispensable pour rester en vie, nous devons manger, nous alimenter pour survivre. C'est la nourriture pour le corps. Mais le repas humain est plus que se nourrir. Nous ne grignotons pas toute la journée, comme les animaux, ce qui nous tombe sous la dent. Nous nous réunissons en famille ou avec des collègues au travail, ou avec des amis, pour "partager un repas." Nous cuisinons, nous nous asseyons autour d'une table.
Tout repas a son côté rituel et nous n'aimons pas (en tant que parents) que ce rituel ne soit pas respecté (partir avant la fin du repas ou arriver en retard, ça arrive, mais on s'excuse et on essaie de l'éviter). Le repas est donc plus que la nourriture, il a un rôle social, relationnel, il affermit les liens, les contacts, les échanges, l'attachement.
Jésus choisit de mettre un repas au centre de son souvenir, au centre de la commémoration de sa vie, de sa présence.
Les Evangiles nous racontent plusieurs repas avec Jésus, comment il s'est invité chez Zachée (l'administrateur corrompu, Luc 19), chez Simon le pharisien où il a fait scandale (Luc 7:36), chez Marthe et Marie (Luc 10). Il a été invité chez des gens de la haute société, les pharisiens, mais plusieurs de ceux-là l'ont aussi critiqué : "C'est un glouton et un ivrogne !" (Mt 11:19).
Ce qui était important pour Jésus, c'était de rencontrer des gens, de les écouter et de les accepter, tels qu'ils sont. Ce que Jésus détestait, c'était l'hypocrisie cachée derrière les bonnes manières (il y a plusieurs polémiques parce que les disciples ne se lavaient pas les mains avant de manger, Mc 7). Pour Jésus, le repas est l'occasion d'un partage, d'un accueil, d'une ouverture, d'une communion.
Chaque culture a ses repas importants dans son histoire. Les Juifs avaient la Pâque. Les Américains ont la dinde de Thanksgiving, nous avons — selon les familles — les œufs de Pâques ou le gâteau aux pruneaux du Jeûne fédéral.
Jésus reprend le repas de la Pâque et lui donne un sens nouveau en le rattachant à sa personne : "Ce pain est mon corps (= ma personne). Ce vin est mon sang (= ma vie). Faites ceci en mémoire de moi" en attendant le royaume de Dieu qui vient.
Le repas de la Cène doit donc être compris en fonction de la personnalité et de la vie de Jésus. Un aspect que je trouve essentiel, c'est que Jésus a été vers tout le monde, même ceux que personne ne voulait approcher, comme les malades, les handicapés ou les lépreux. Et il a aussi été vers ceux que les autres méprisaient, les Samaritains, les collaborateurs des Romains et les femmes jugées peu convenables.
L'idée du repas idéal pour Jésus — vous l'avez entendu dans la première lecture — c'est de réunir tous les exclus autour de la même table. C'est de réunir tous ceux qui ne se sentent pas "assez bien" ou "pas assez dignes" ou "pas assez convenables" pour être à la table d'honneur. Tout ce bas monde, c'est ceux que Jésus attend à sa table ! Une table ouverte, accueillante, à laquelle tous peuvent participer, voilà ce qu'est la table de communion.
Voilà le grand mot : la communion. Dans notre vocabulaire français, ce mot est synonyme de sainte Cène et d'un sentiment d'union intense, de proximité joyeuse et chaleureuse. "C'était un intense moment de communion" dira-t-on après une joie partagée. Voilà le repas que Jésus souhaite que nous partagions : un moment de communion.
En effet, ce qui importe à Jésus ce sont les relations humaines, de bonnes relations humaines. Et dans son vocabulaire, il nomme "royaume de Dieu" le monde idéal des bonnes relations humaines. Quand Jésus nous dit "le royaume de Dieu est proche" il nous dit que nous pouvons nous rapprocher les uns des autres et construire de bonnes relations humaines.
Pour les bâtir, il nous ouvre sa table, il nous offre un repas communautaire où nous pouvons nous nourrir de sa personne et de sa vie. Nous sommes invités à entrer en communion avec Lui et les uns avec les autres.
Amen
© Jean-Marie Thévoz, 2011

15.02.2011

Marc 1. Faire émerger l'humain en chacun de nous.

Marc 1
6.2.2011
Faire émerger l'humain en chacun de nous.
Es 58 : 9-12   Mc 1 : 21-28

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Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Le récit de cet esprit mauvais chassé par Jésus est le premier acte public du ministère de Jésus dans l'Evangile de Marc. Comme dans une pièce de théâtre, cette ouverture place, en filigrane, tous les éléments du drame qui va se jouer de la Galilée jusqu'à Jérusalem.
Ce récit se déroule dans la synagogue de Capharnaüm, un jour de sabbat, ce qui montre clairement que le terrain de l'affrontement sera le terrain religieux. L'affrontement sera théologique. Les raisons de la mort de Jésus seront théologiques et non pas politiques ou économiques ou encore personnelles.
Le centre de la controverse est aussi évoqué, il s'agit d'un conflit d'autorité. D'où vient l'autorité de Jésus, cette autorité qui n'est pas comme celle des scribes, des maîtres de la Loi ? (Mc 1:22).
Ce récit tourne autour de l'enseignement de Jésus. Au début, le texte dit : "Jésus entre à la synagogue et se met à enseigner" (v. 21) Et les gens sont étonnés par son enseignement, plein d'autorité (v. 23). Après la guérison, les auditeurs s'interrogent sur ce "nouvel enseignement (v. 27). C'est dire que l'action même de Jésus est considérée comme un enseignement. Et c'est bien comme cela que je souhaite interpréter cette guérison.
Marc ne met pas en avant un exorcisme, une guérison, il met en avant, comme premier acte du ministère de Jésus, un enseignement qui comprend un exemple pratique, un exemple qui illustre la qualité, la portée, la profondeur de l'enseignement de Jésus.
Bien sûr, ce geste, cet acte, souligne l'autorité, le pouvoir de Jésus sur la réalité — il a une parole qui agit, comme le Dieu créateur de Genèse 1 — comme aussi lorsque Jésus après avoir pardonné, relève le paralytique. Mais dans ce récit, cet acte a encore une autre dimension que j'aimerais vous faire découvrir, une dimension, une portée qui peut nous atteindre aujourd'hui.
Jésus est au début de son ministère, un ministère qui doit révéler aux hommes sa vraie identité, son lien avec Dieu. Au début de son ministère, on peut dire que Jésus est encore un inconnu, autant pour ses disciples que pour les foules. Or voilà que cet homme habité par cet esprit mauvais interpelle Jésus. C'est l'esprit impur qui s'adresse à Jésus et en quelques mots il dévoile l'identité de Jésus et sa mission !
Cet esprit-là sait déjà tout : "il sait quelle est la hiérarchie dans les régions célestes (« qu'y a-t-il entre toi et nous ? »), l'identité du Jésus terrestre (« Jésus de Nazareth »), sa mission (« es-tu venu pour nous perdre ? »), son identité d'envoyé de Dieu (« le Saint de Dieu »)."*
Cet esprit sait tout de Jésus, mais ce n'est pas pour autant qu'il a compris qui est Jésus. Il sait d'un savoir théorique, à distance. Ce qu'il sait, c'est comme de la munition pour attaquer ou comme une armure pour se défendre, pour éviter d'être touché, d'être transformé.
Cet esprit en sait plus que tous les disciples réunis, mais paradoxalement, Jésus le chasse, le fait sortir de cet homme. Cet esprit est théoriquement le parfait disciple, qui a bien appris sa leçon, qui sait répondre, et pourtant Jésus n'en veut pas. Pourquoi ? Qu'est-ce qui ne vas pas ?
Je pense que ce récit est un avertissement placé au début de l'Evangile de Marc pour nous dire que Jésus n'est pas venu pour donner aux humains un savoir, un autre savoir que celui qui est donné dans les synagogues. Jésus n'est pas venu changer les dogmes. Jésus est venu changer la vie ! Jésus n'est pas venu donner un nouveau savoir. Jésus est venu donner la vie, la vraie vie.
Le récit ne nous dit rien de cet homme, le récit ne parle et ne fait parler que l'esprit mauvais. Qui est cet homme ? Cet homme, c'est moi, c'est peut-être vous aussi ?
Cet homme c'était moi lorsqu'il m'est arrivé ceci. Je descendais à la Poste de Bussigny porter des lettres. Un homme m'interpelle depuis la terrasse de la Mascotte et me demande si je m'arrêterais boire une bière avec lui. Remplis de ma programmation cérébrale « Je vais à la Poste porter mes lettres » je lui dis que je m'arrêterai à mon retour pour boire cette bière. Quand je reviens, il n'est plus là. J'ai manqué une rencontre.
Je m'étais programmé, je savais ce que j'avais à faire. J'étais possédé par une mission et j'ai été incapable de m'ouvrir à autre chose, de plus important.
Nous bâtissons tous des sécurités intérieures qui tracent nos routes et nos vies. Nous nous programmons ainsi et devenons incapables de nous laisser interpeller, incapables de nous laisser dé-router. Nous avons des discours bien rôdés, bien polis pour éviter d'être remis en question, pour éviter d'ouvrir nos cœurs à des situations nouvelles.
L'enseignement de Jésus ne cherche pas à nous reprogrammer sur un chemin différent. L'enseignement de Jésus, c'est carrément de chasser cet esprit mauvais, c'est de nous débarrasser de toute programmation. L'enseignement de Jésus, celui qu'il déploie avec autorité, c'est de nous débarrasser de tout ce qui nous empêche d'être simplement humain dans nos relations, d'être vraiment nous-mêmes, avec le moins de défenses possibles.
Jésus a cette autorité de nous rendre à nous-mêmes, à notre identité plus humaine, plus relationnelle. Jésus, par un acte de puissance divine, veut nous faire passer des discours qui séparent aux actes qui réunissent. Alors se réalisent les paroles d'Esaïe : "Si tu cesses chez toi de faire peser des contraintes, de menacer les autres en les montrant du doigt ou de prononcer des paroles blessantes, si tu partages ton pain avec celui qui a faim, alors la lumière chassera l'obscurité et tu vivras comme en plein midi. (Es 58:9-10).
Les esprits mauvais d'aujourd'hui prononcent de beaux discours pleins de savoir et d'apparence de vérité, mais ils n'ont rien à voir avec Jésus. Jésus les chasse pour permettre l'émergence de ce qui est profondément humain, relationnel. Voilà l'enjeu de la vie de Jésus, voilà l'enjeu de l'Evangile qui s'ouvre avec ce récit : débarrasser le monde de toute idéologie pour laisser émerger l'humain de manière à passer des discours qui séparent aux actes qui réunissent.
Amen


* citation de : Elian Cuvillier, L'évangile de Marc, Labor et Fides, 2002, p. 42

©Jean-Marie Thévoz, 2011

23.11.2010

Marc 6. Peut-on vraiment croire que Jésus a marché sur les eaux ?


Marc 6
21.11.2010
Peut-on vraiment croire que Jésus a marché sur les eaux ?
1 Co 15 : 19-25,  Mc 6 : 45-54

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Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Un texte difficile, vraiment difficile que ce récit où Jésus marche sur les eaux. Un texte difficile pour nous aujourd'hui parce que c'est un récit proprement incroyable. Entre parenthèses, je ne crois pas qu'il était moins incroyable pour les premiers lecteurs des Evangiles. Les gens n'étaient pas plus naïfs que nous à l'époque. Mais peut-être savaient-ils mieux faire la différence que nous entre les récits descriptifs et les récits significatifs, symboliques.
L'obstacle qui est devant nous et en nous, c'est que nous prenons tout au premier degré et que si le premier degré est absurde, nous laissons tomber plutôt que de chercher le second degré. Or ce récit de Jésus marchant sur les eaux est vraiment à prendre au second degré.
Ce récit veut nous dire des choses et des choses très importantes. Nous allons aller pas à pas dans le récit, au fil du vocabulaire utilisé, pour y trouver les sous-entendus et le sens profond du récit, pour les disciples, pour les premiers lecteurs des Evangiles et pour nous.
Ce récit suit directement le premier récit de multiplication des pains. La foule, nourrie du Pain de vie (voir ma prédication du 31.10.10) est encore là, auprès de Jésus et des disciples. Le premier acte du récit est une double séparation. Jésus doit convaincre les disciples de partir en barque sans lui et il doit renvoyer la foule chez elle.
"Aussitôt après, Jésus fit monter ses disciples dans la barque pour qu'ils passent avant lui de l'autre côté du lac, pendant que lui-même renverrait la foule." (Mc 6:45).
Cela ressemble à une phrase de simple transition entre deux récits, mais c'est bien autre chose. Je vais vous montrer que c'est le résumé du ministère de Jésus. La traduction "Parole de Vie" dit : "Tout de suite après, Jésus oblige ses disciples à monter dans la barque." Le terme utilisé pour "oblige" évoque — dans le grec polythéiste — la déesse de la Nécessité ou de la Destinée. Il est nécessaire que Jésus soit seul pour réaliser la mission pour laquelle il est venu.
Et cette mission est illustrée ici par le renvoi de la foule chez elle. Cela semble aussi un notation anodine. Mais le verbe utilisé pour dire "renvoyer" est celui qui est utilisé pour dire "délier" ou "mettre un enfant au monde, le délivrer" ou encore "libérer un captif" (on retrouve ce verbe dans le demande de Pilate à la foule : "Voulez-vous que je vous libère Barabbas?" (Mc 15:15). C'est encore ce même verbe qui est utilisé pour absoudre quelqu'un d'une accusation, pour acquitter un prévenu, affranchir un esclave ou libérer du service militaire.
Voilà la mission — encore secrète — de Jésus : libérer cette foule, l'affranchir, l'absoudre, la mettre au monde pour qu'elle naisse à un monde nouveau, délivrée du monde ancien, enfantée au ciel. Il y a là une tâche, une mission que seul Jésus peut accomplir et qu'il doit accomplir seul. Si les disciples pouvaient contribuer à nourrir les foules, aucun disciple ne peut donner le salut. Seul Jésus le peut.
Cette mission requiert de Jésus toute son énergie, c'est pourquoi, après avoir libéré la foule, il monte sur la montagne pour prier. Cela nous rappelle la montée de Moïse au Sinaï pour entrer dans la présence de Dieu. Je pense que nous avons là une préfiguration de Gethsémané, la prière au Mont des Oliviers, une préfiguration du combat de la prière contre la mort.
Mais voyons la suite. Le soir vient, la nuit tombe et le récit nous dit l'éloignement. Les disciples sont dans la barque au milieu de la mer et Jésus est seul à terre. Malgré la nuit tombée, Jésus voit la situation des humains (encore une situation impossible au premier degré) : "Les disciples ont du mal à ramer, parce que le vent souffle contre eux." (v.48) Ils ont du mal a ramer parce que le vent est contraire. Ça, c'est le premier degré. On y voit en filigrane les épreuves de la vie, les difficultés de l'existence. En fait, Marc n'utilise pas le verbe "ramer", il utilise un verbe bien plus fort : "mettre à l'épreuve de la vérité", "soumettre à la question, à la torture."
Voilà la vraie condition humaine, dans toute sa crudité. La vie est cruelle : la maladie frappe injustement, les malheurs tombent sans qu'on les ait mérités. Au cœur de la nuit, Jésus voit cela, il voit nos vies, oui, il voit comme on "rame" contre les vents contraires.
Alors il vient. Alors, il survole les obstacles pour nous rejoindre, alors il marche sur la mort pour venir jusque dans notre barque. Non, je n'ai pas fait de lapsus en remplaçant le mot "mer" par le mot "mort." Dans la pensée hébraïque, la mer est le danger absolu. Les Hébreux ne sont pas les Phéniciens qui ont dompté la mer Méditerranée.
Quand les Evangiles font marcher Jésus sur la mer, c'est — au deuxième degré — pour nous dire qu'il est en train de vaincre la mort, il la foule au pied, il l'écrase comme le serpent de son talon.
C'est pourquoi, lorsqu'il monte dans la barque, tout s'apaise : "Il monte à côté d'eux dans la barque, et le vent s'arrête de souffler." (v.51)
Avant cela, il y a la réaction des disciples à la vue de Jésus. Eux non plus ne peuvent pas croire, ne peuvent pas le reconnaître. La chose la plus sensée, la plus logique qu'ils peuvent penser, c'est qu'ils voient un fantôme. Tout le reste est impensable.
Mais Jésus leur parle et c'est par la Parole qu'ils le reconnaissent. Jésus leur dit : « Rassurez-vous (ou ayez confiance), c'est moi ! N'ayez pas peur ! » (v.50) Ayez confiance ou ayez du courage, c'est le sentiment que les généraux demandent à leurs troupes avant d'affronter un combat et le risque de la mort. Cela ne signifie pas "Ayez confiance, rien ne va arriver," cela signifie : "Affrontez la vie, le bien et le mal, avec le courage du combattant." Jésus peut le dire, parce qu'il vient de fouler la mort à ses pieds, parce que lui-même a vaincu la mort pour nous.
Parce que Jésus a déjà remporté la victoire finale, nous pouvons à notre tour monter au combat avec courage pour lutter à la place qui est la nôtre.
Ce récit ne nous raconte donc pas un exploit bizarre — marcher sur l'eau. Ce récit nous annonce — dans cette première partie de l'Evangile — la vraie mission de Jésus pour nous et pour tous les humains. Il nous dit que la mission générale de Jésus est de libérer, d'affranchir l'humanité de l'esclavage du malheur, d'enfanter l'humanité vers un monde nouveau qui est le Royaume de Dieu.
La façon particulière de Jésus de réaliser cela, c'est de voir la situation de vie dans laquelle nous sommes et dans laquelle nous "ramons", et de nous y rejoindre. Il le fait en foulant le malheur et la mort à ses pieds, pour nous donner en même temps l'apaisement de nos tempêtes et le courage d'affronter la vie.
Nous recevons ce courage de la foi que nous mettons dans le fait qu'il a déjà accompli ce combat et qu'il l'a déjà remporté sur la croix. C'est pourquoi il peut nous dire : "Ayez confiance, c'est moi — ou Je Suis — n'ayez pas peur."
Amen

© Jean-Marie Thévoz, 2010

16.11.2010

Marc 8. Culte du Souvenir. Nourrir notre deuxième faim.

Marc 8
31.10.2010
Culte du Souvenir. Nourrir notre deuxième faim.
Mc 8 : 1-10, Jn 6 : 32-35

Prédication à télécharger : P-2010-10-31.pdf


Chères paroissiennes, chers paroissiens, chers familles,
Vous avez entendu, dans l'Evangile de Marc, le deuxième récit de la multiplication des pains, car il y a deux récits. Autant Marc que Matthieu nous rapportent deux récits différents de cet épisode, également rapportés, mais en un seul exemplaire, par Luc et Jean.
Qu'aucun Evangile ne manque cet épisode montre l'importance de la signification de cet événement. L'importance n'est cependant pas dans le nombre de personnes nourries, mais dans la signification de ce geste de Jésus pour les Evangélistes.
Je vais donc aborder les éléments symboliques pour voir comment — nous aussi — nous pouvons être nourris, aujourd'hui, de ces pains et de ces poissons. Je vais relever les indices du récit qui nous font passer de l'événement au symbole, du passé au présent.
Il y a d'abord la faim de cette foule qui suit Jésus. Cette foule marche et écoute Jésus, mais elle n'a rien à manger. Elle est affamée, doublement affamée, de pain pour son corps et de paroles qui font sens pour son âme, pour sa vie. Cette faim, cette double faim, cette deuxième faim, une faim de sens, d'affection, de paix, n'est-elle pas la nôtre aujourd'hui ? Cette faim est l'image de la vie, de notre vie, de notre vie marquée par le deuil. Une faim de retrouver une vie normale, une vie remplie, une vie habitée; habitée de gestes de tendresse, d'amitiés, de relations riches et nourrissantes.
Cette foule affamée touche Jésus. Votre situation touche Jésus : il est "ému aux entrailles" nous dit le texte (Mc 8:2). Jésus est touché et il se préoccupe de cette situation. Il ne peut pas rester sans rien faire, il ne peut pas renvoyer ces gens sans les nourrir, sans leur rendre leur vie, sans les restaurer dans leurs vies.
Le texte souligne que cela fait trois jours que ces gens n'ont pas mangé. C'est encore un indice. Ces trois jours font allusion aux trois jours qui séparent Vendredi-saint de Pâques, les trois jours passés au tombeau. Trois jours qui représentent la mort, si le miracle ne survient pas, si la résurrection ne vient pas !
Oui, être privé de nourriture, mais aussi de ce deuxième pain — qui répond à cette deuxième faim — fait risquer la mort. On ne peut pas vivre sans affection, sans amour, sans relations. On a besoin de donner sens à sa vie. Ces trois jours ne peuvent être quatre. Jésus doit intervenir, mettre un terme au désespoir, à cette deuxième faim.
Pour cela, Jésus mobilise ses disciples. Il leur demande : "De quoi disposez-vous?" (Mc 8: 5) Quelles sont vos ressources ? Jésus part toujours de nous, de notre entourage pour réaliser le miracle d'une nouvelle vie. Les disciples sont perplexes. Comment trouver du pain dans un désert ? Et c'est bien la question que nous nous posons tous quand le malheur nous frappe ! Quelles ressources puis-je trouver dans ma vie, si celle-ci est devenue un désert ?
Ce désert est également un indice. Ne réveille-t-il pas en vous des souvenirs d'école du dimanche ou de catéchisme ? Une foule, un peuple dans le désert qui reçoit du pain, de la manne pour se nourrir ? Pendant l'Exode, le peuple conduit par Moïse reçoit la manne, l'eau et les cailles pour se nourrir. Puis, il reçoit également la Loi et le signe de la Présence de Dieu.
Dans le récit du don de la manne dans le désert, il y a un jeu de mot en hébreu sur le mot Manne. Le mot Manne viendrait de l'exclamation "Qu'est-ce que c'est ?" "Mannah ?" poussée par les hébreux en voyant la manne. Et l'on peut se demander "Qu'est-ce que c'est ?" que Jésus donne à manger à la foule dans le désert, pour qu'en leur donnant ces 7 pains, il reste 7 corbeilles après que tous furent rassasiés !
L'Evangéliste Jean, dans la réflexion qui suit son récit de la multiplication des pains rapporte la parole suivante de Jésus : "Je suis le pain de vie" (Jn 6:35). Le miracle qui se passe au désert, c'est que Jésus se donne lui-même pour répondre à notre deuxième faim. Marc le laisse entendre lorsqu'il prend les mots mêmes du dernier repas, du repas de la Cène, pour décrire les gestes et les paroles de Jésus qui précèdent la multiplication des pains. La Cène est bien le don de sa personne dans le pain et le vin.
Dans la multiplication des pains, nous avons une métaphore, une image de la vie de Jésus, du don qu'il fait à tous de sa personne pour que nous vivions. Jésus se donne lui-même dans sa Parole, dans la Cène, dans la communauté de l'Eglise.
Si vous êtes affamés, s'il y a trois jours que vous êtes privés de la vraie vie et qu'un quatrième jour semblable serait mortel, s'il vous semble que votre vie est comme un désert, Jésus a compassion de vous, Jésus est touché par votre situation et il est prêt à vous nourrir. Il se donne à vous dans sa Parole, à sa Table et par l'intermédiaire de ses disciples, dans son Eglise.
De même qu'on mange chaque jour, de même sa Parole se donne à nous chaque jour. De même qu'il n'est pas agréable — et vous en avez fait l'expérience — de manger seul, de même le Seigneur ne vous laisse pas seul, il vous invite à entrer dans la communauté de ses disciples pour partager ensemble le repas du Seigneur.
Sa Parole et son Pain sont partage, amitié, relations. Le Christ nous invite à sa Table, à l'écoute de sa Parole pour combler notre deuxième faim. Pourquoi ne pas faire le pas, puisque nous avons faim. "Celui qui vient à moi n'aura jamais faim, celui qui croit en moi n'aura jamais soif" dit le Christ.
Amen

© Jean-Marie Thévoz, 2010

05.05.2010

Marc 13. Quand tout s'écroule à l'extérieur, comment ne pas s'écrouler à l'intérieur ?

25.4.2010

Quand tout s'écroule à l'extérieur, comment ne pas s'écrouler à l'intérieur ?

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Marc 13 : 1-5 + 21-37

D'une voix forte et menaçante:

Repentez-vous, car la fin du monde est proche ! Regardez les signes, regardez : la terre a tremblé trois fois. Voyez comme la terre dit sa colère, par les flammes, la lave et la fumée. Le jugement arrive, le monde actuel s'écroule. Les avions sont cloués au sol : c'est le signe que le ciel se refuse aux humains.

La fin des temps est proche : changez de comportement pour ne pas être engloutis par la prochaine catastrophe. Démarquez-vous des méchants, pour être parmi les élus au jour du jugement. Changez…

Bon, je m'arrête… ce n'est pas mon style et ce n'est pas le style de notre Eglise d'annoncer la fin du monde et l'apocalypse pour demain. Pourtant, il y a quelques textes de nature apocalyptique dans notre Bible, y compris dans le Nouveau Testament.

Le mot "apocalypse" a deux sens. Le sens étymologique, la racine du mot, veut dire "révélation." Les textes apocalyptiques veulent révéler des choses secrètes, ou dévoiler le sens caché des événements qui se passent autour de nous. De là dérive le second sens, celui de "catastrophique." Ce sont bien les événements qui sortent de l'ordinaire — qui sont extra-ordinaires, comme les catastrophes — qui demandent à être expliqués, déchiffrés.

La littérature apocalyptique a donc pour fonction de donner du sens au chaos, d'expliquer l'inexplicable. Donner du sens, c'est aussi rassurer, reprendre la maîtrise des choses, réorganiser le chaos.

Ainsi, les textes apocalyptiques vont nous dire, d'abord, que l'écroulement des valeurs et des repères n'est qu'apparent. Ceux qui voient les signes savent que Dieu tient tout dans ses mains, derrière le chaos apparent. Pour ces textes, la gravité de la situation est une illusion, puisqu'on attend le retournement final. Ensuite, ces textes nous disent que tout cela n'est que temporaire, puisque ces événements annoncent la fin des temps. Tout cela va se terminer, il n'y a qu'à faire le gros dos et tenir bon en serrant les dents. Enfin, cela n'est pas si grave puisque cela conduit au retournement final, à la victoire et au salut éternel que Dieu va faire triompher pour ses élus.

Voilà ce que croient les disciples de Jésus lorsqu'ils demandent des signes pour savoir quand viendra la fin des temps. Ils veulent savoir combien de temps ils devront tenir avant la fin.

Mais Jésus ne voit pas les choses comme cela. Jésus n'entre pas dans cette poudre aux yeux apocalyptique. D'abord, Jésus a annoncé la destruction du Temple, pas la fin du monde. Ce sont les disciples qui pensent que le monde va disparaître si le Temple disparaît !

Oui, Jésus leur parle bien de certaines catastrophes et de temps de détresse, mais il en parle parce que cela fait partie de la nature du monde et de la condition humaine. Ce qui importe à Jésus — dans son enseignement aux disciples — c'est cette question : Comment faire, quand tout s'écroule à l'extérieur, pour ne pas s'écrouler à l'intérieur ? Pour Jésus, la fin du Temple, en tant que monument, ne doit pas être la fin de la vie spirituelle personnelle, intérieure.

Alors Jésus réinterprète, réoriente le message apocalyptique. Il affirme d'abord que l'écroulement des choses fait partie de la nature du monde et de la condition humaine. Malheureusement, les catastrophes n'ont rien d'exceptionnel. Et il ajoute que ces événements ont des conséquences (persécutions, fuite, exil, déplacements). Ces événements sont douloureux. Ces événements nous révèlent notre impuissance à maîtriser le monde et à la comprendre.

Jésus nous appelle à reconnaître la réalité, à ne pas nous bercer d'illusions. Personne — si ce n'est le Père, donc cela nous est inaccessible — ne comprend ni ne maîtrise le pourquoi des événements. Alors Jésus invite ses disciples, nous invite, à quitter les signes extérieurs pour aller vers une attitude intérieure. Il faut abandonner l'idée de trouver du sens dehors, pour s'attacher à créer du sens dedans, au dedans de nous.

L'impuissance face à l'extérieur, aux événements ne signifie pas l'impossibilité d'acquérir une solidité intérieure, une sérénité d'âme. Dans les difficultés de la vie, nous souffrons, nous nous sentons impuissants, mais Jésus nous affirme que nous pouvons y survivre, plus encore, nous pouvons être relevés, rendus à nous-mêmes.

Jésus oppose la fragilité du monde qui peut disparaître à la solidité de sa Parole, qui reste solide, ferme. "Le ciel et la terre disparaîtront, tandis que mes paroles ne disparaîtront jamais." (Mc 13:31) Cette Parole de Dieu, que Jésus nous transmet, c'est l'affirmation que "le Royaume de Dieu s'est approché" (Lc 10:11) et qu'il est en parmi nous (dans la communauté), et qu'il est en nous. C'est la Parole faite chair (Jn 1:14), dans le Christ, mais aussi dans chaque personne.

Nous sommes habités par Dieu, par l'Esprit saint. Il n'y a rien à chercher à l'extérieur (du côté du Temple), mais tout à chercher à l'intérieur (Paul dira que le corps est le Temple du saint Esprit. 1 Co 3:16).

De là, on pourrait aller vers le repli sur soi ou sur la communauté. Mais Jésus termine son apocalypse par la parabole du maître de maison en voyage. Il a donné un tâche à chacun. Chacun a donc une mission à remplir, une tâche à accomplir dans sa vie : pour le maître.

Quand tout s'écroule à l'extérieur, la mission reste, la tâche subsiste qui nous maintient en alerte, qui nous tient réveillés. Cette tâche, cette mission, c'est de faire vivre cette flamme divine en nous et de la transmettre, de la communiquer aux autres. Oui, la vie vaut la peine d'être vécue — quelles que soient les tribulations que nous traversons — parce que Dieu habite en nous.

Amen

© Jean-Marie Thévoz. 2010

19.03.2010

Marc 15. La neutralité vis-à-vis de Jésus conduit à l'opposition à Jésus.

Marc 15

14.3.2010

La neutralité vis-à-vis de Jésus conduit à l'opposition à Jésus.

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1 Co 1 : 21-25    Mc 15 : 1-15

Chers catéchumènes, chères paroissiennes, chers paroissiens,

Le procès de Jésus, sa mise en accusation, son jugement, sa condamnation et son exécution, sont au cœur du christianisme. Si nous sommes chrétiens, c'est que nous croyons que cet homme, Jésus, condamné par tous et exécuté est bien le Christ, l'envoyé de Dieu, le révélateur de Dieu.

Alors qu'est-ce qui se passe dans ce jugement, de procès qui est si important pour les chrétiens ? Si important, que la croix — un instrument de supplice — est devenu le signe du christianisme ?

Nous allons accompagner Pilate dans son jugement, suivre son parcours pour comprendre ce qui arrive à Jésus et voir où nous nous situons dans ce parcours. Nous allons voir ce qui nous rapproche ou nous éloigne de Pilate.

Pilate est appelé à juger une cause, un homme. Il n'a rien cherché, il est l'autorité suprême en tant que chef des romains à Jérusalem. Comme procurateur romain, il a seul le pouvoir de décider de la peine de mort C'est son boulot et il veut l'exercer au mieux.

Ainsi donc, il entend ceux qui accusent et ensuite il interroge le prisonnier sur l'accusation qui est portée : "Es-tu le roi des juifs ?" (Mc 15:2). Je crois que c'est une question honnête de Pilate, une question factuelle. La réponse de Jésus n'est pas claire : "Tu le dis." Est-ce que c'est "Tu le dis, c'est juste" ou "Tu le dis, mais c'est faux" ? Ou encore : "Est-ce que c'est toi qui le dis ?"

Alors Pilate se fâche devant ce silence de Jésus. Pilate se fâche parce qu'il a l'impression que Jésus ne voit pas tout le pouvoir que Pilate possède, un pouvoir de vie et de mort sur Jésus. Ce silence est une contestation du pouvoir de Pilate : une façon pour Jésus de dire : "Tu n'as aucun pouvoir, tu ne peux rien contre moi parce que j'ai déjà accepté de mourir, c'est moi qui ai déjà choisi et tu ne peux rien faire, ni me perdre, ni me sauver." Rien n'est plus vexant pour Pilate, lui le chef d'une province romaine !

Mais Jésus reste toujours silencieux. Alors là, Pilate est vraiment ébranlé. Les traductions disent "étonné", mais c'est la même attitude décrite pour les gens qui sont étonnés, déconcertés, devant un miracle, devant quelque chose qui ébranle toutes nos certitudes, qui remet en cause tout ce qu'on a cru depuis toujours.

Oui, Pilate est désarçonné devant cet accusé qui ne se défend pas, qui ne supplie pas, qui n'implore pas. C'est le monde à l'envers, Jésus est plein d'assurance et Pilate perd la sienne. Pilate perd pied et se demande comment sortir de cette situation. Une porte de sortie s'offre à lui avec la coutume de relâcher un prisonnier à Pâque.

Pilate va proposer de relâcher Jésus plutôt que Barrabas, un meurtrier. Pilate entre dans un marchandage avec la foule : "Qui voulez-vous que je relâche ?" (Mc 15:9). Pilate croit garder le contrôle du pouvoir en proposant cet échange, mais en fait il est en train de donner son pouvoir à la foule. Pilate veut gouverner selon les sondages.

Combien de fois agissons-nous aussi comme cela ? Que vont penser les autres si je dis cela ? Que vont penser les autres si je fais cela ? Mes amis, mes copains pensent cela, je ne vais pas dire le contraire, Suivons la mode, soyons tendances… suivons la foule.

Alors Pilate fait son sondage pour se décider : "Que voulez-vous que je fasse de celui que vous appelez le roi des juifs ?" (Mc 15:12). Pilate a vraiment abdiqué. Il va se faire dicter sa conduite par la foule.

De quoi dépend notre attitude face à Jésus ? Est-ce un choix personnel ou bien sommes-nous comme Pilate, dépendant de l'avis de la foule ?

Jésus n'est pas à la mode. L'Eglise n'est pas tendance. Qu'est qui est tendance aujourd'hui ? Gagner des millions en écrasant les autres. Placer sa liberté avant celle des autres. Jouer à des jeux violents parce que c'est cool. S'éclater sans penser à l'avenir, sans penser à la planète. Alors : tous avec la foule, laissons tomber les responsabilités, replions-nous dans notre maison et que chacun se débrouille de son côté ? Et crions tous ensemble à Pilate ce qu'il doit faire : débarrasse-nous de ce Jésus, cloue-le sur une croix !

Vous n'êtes pas tout à fait d'accord ? Ça vous gène un peu ? Je vous comprends, ça gène même un peu Pilate ! Oui, même Pilate trouve cela excessif. Il ne comprend pas les raisons de la foule, alors il leur demande quand même : "Qu'a-t-il fait de mal ?" (Mc 15:14). Pilate a un doute, plus qu'un doute. Pilate pense que Jésus est innocent de ce qu'on lui reproche. Pilate essaie de sauver Jésus. Pilate se rend compte de l'injustice qui se profile.

Pilate essaie d'être neutre dans cette affaire. Il essaie de sauver Jésus, mais il ne peut pas prendre parti. Il ne veut pas risquer de contrarier la foule. Il ne peut pas risquer de se mettre le peuple à dos. Non, Pilate ne veut pas prendre de risque pour lui-même. Alors Pilate se soumet à la foule, il ne veut pas prendre le risque de s'engager pour Jésus. Il n'est pas contre Jésus, mais il ne veut pas s'engager pour lui, alors il l'abandonne à la mort.

La neutralité vis-à-vis de Jésus conduit à l'opposition à Jésus. Ne rien faire, c'est faire quelque chose, laisser couler. Ne rien faire, c'est abandonner son pouvoir et sa liberté à la foule qui veut la mort de Jésus.

Comme Pilate, plus que Pilate même, nous avons toutes les pièces en main pour juger Jésus et prendre parti. Sommes-nous avec lui ou contre lui ? Sommes-nous à ses côtés — avec les risques que cela comporte ? Sommes-nous à ses côtés pour lutter contre la violence aveugle, contre les violations des droits humains, contre l'exploitation, contre les injustices, contre la torture, contre la loi du plus fort.

La croix au centre du christianisme, c'est ces luttes-là au sein de notre monde. Le procès de Jésus, c'est le rappel qu'on ne peut pas rester neutre — en dehors. On doit prendre parti, pour ou contre l'humanité qui souffre, pour ou contre l'individu condamné.

Amen

03.03.2010

Marc 6. S'alléger pour marcher à la suite du Christ.

Marc 6

21.2.2010

S'alléger pour marcher à la suite du Christ.

Télécharger en pdf : P-2010-2.21.pdf

Luc 18:18-29, Mc 6 : 6-13

 

Dans le film "Up in the air" on a pu voir George Clooney faire une conférence à des chefs d'entreprise, une conférence sur l'encombrement dans nos vies. Voici une partie de sa conférence :

« Maintenant, on arrive au cœur du sujet, alors restez avec moi : Comment est votre vie ? Imaginez un instant que vous trimbalez avec vous un sac à dos. J'aimerais que vous le remplissiez de tout ce que vous avez dans vos vies. Commençons par les petites choses, ce que vous avez sur vos étagères, dans vos tiroirs, dans vos vide-poches. Ça y est ? Maintenant continuons avec des choses plus volumineuses : votre garde-robe, les appareils ménagers, ordinateurs et télévision.

Le sac à dos commence à bien peser, non ? Allons encore plus loin : votre canapé, votre voiture, votre appartement ou votre villa. Oui, j'aimerais que vous bourriez tout cela dans votre sac à dos. Alors, regardez-le, soupesez-le… [...]

Comment arrivez-vous à avancer dans la vie avec ça ? Plus lentement nous avançons, plus vite nous mourons. Ne vous détrompez pas : vivre… c'est avancer ! »

La conférence (en anglais)

Ça m'a fait réfléchir. De quoi sommes-nous encombrés ? Qu'est-ce qui nous empêche d'avancer dans la vie ? Je crois que c'est une bonne réflexion pour commencer ce temps de Carême qui nous mènera à Pâques. De quoi nos vies sont-elles encombrées ?

Il y a les choses, les objets, le matériel. Comment pouvons-nous avancer avec tout ce que nous avons ? Combien sommes-nous à craindre d'avoir à déménager tellement nous possédons de choses ?

Lorsque Jésus envoie ses disciples en mission, il leur recommande de ne pas s'encombrer de choses inutiles — en fait même de choses qui nous sembleraient indispensables ! Nous qui avons de la peine à tout mettre dans une seule valise lorsque nous partons pour 3 à 4 jours. « Ne prenez rien avec vous pour le voyage, sauf un bâton ; ne prenez pas de pain, ni de sac, ni d'argent dans votre poche. 9Mettez des sandales, mais n'emportez pas deux chemises. » (Mc 6:8-9)

Et si nous essayions de nous alléger un peu pendant ce temps du Carême ? Pas par pénitence, pas parce qu'il faut donner, pas parce que d'autres sont pauvres, simplement pour nous sentir plus légers, plus libres. Alléger le sac à dos, alléger notre hotte, la maison que nous portons sur le dos, simplement pour avancer, pour se sentir mieux.

Oh là là, je sens que cela réveille des peurs au-dedans de nous, en tout cas chez moi c'est le cas. Il y a au dedans de nous une peur de manquer, de ne pas avoir assez, maintenant ou plus tard. Peur de manquer, peur de ne pas recevoir si l'on vient à manquer. Ne sommes-nous pas victimes d'un effet miroir ? Je donne si peu à ceux qui manquent que le miroir me dit que je recevrai peu si je viens à manquer, alors j'accumule pour ne pas manquer et continue à moins donner… C'est le cercle vicieux de notre société du chacun pour soi.

Jésus invite ses disciples à partir légers et à faire confiance dans la générosité de ceux qui vont les accueillir. Faire confiance… on retombe toujours là-dessus. Faire confiance et partager. Faire confiance et accepter qu'on nous donne…

Vous avez remarqué qu'il est bien plus difficile de recevoir que de donner ! Donner, ça nous met en position de force, de dominant. Recevoir, ça nous met en position de faiblesse d'humilité, parfois même d'humiliation : "j'ai dû demander et j'ai eu honte…"

Jésus dit à ses disciples d'accepter l'hospitalité qui leur est offerte. Ce n'est pas une honte, cela ressemble plutôt à un cadeau que les disciples font à leurs hôtes. C'est paradoxal. C'est offrir l'occasion de donner, c'est enrichir celui qui vous reçoit. C'est ce qu'on peut comprendre de la phrase sur ceux qui refusent l'hospitalité : « Si les habitants d'une localité refusent de vous accueillir ou de vous écouter, partez de là et secouez la poussière de vos pieds : ce sera un avertissement pour eux. » (Mc 6:11)

Ils ont manqué l'occasion de faire une bonne action, manqué l'occasion de s'enrichir en donnant.

Dans la durée d'une existence, nous recevons pendant notre enfance et nous risquons de devenir dépendant pendant notre vieillesse. Ne ressentons pas cela comme honteux. C'est l'occasion pour les autres de donner, d'aider, de faire du bien et ainsi de découvrir — en eux et pour eux-mêmes — la joie du don.

Comment est notre vie ? Comment, de quoi est rempli notre sac à dos ? Qu'avons-nous à lâcher, à déposer au bord du chemin pour nous sentir plus légers, pour avancer plus facilement ? Qu'avons-nous dans notre sac à dos qui nous entrave, qui nous retient d'aller vers les autres ? Qu'avons-nous dans nos vies qui nous empêche d'avancer ?

Lorsque Jésus invite ses disciples à partir léger, ce n'est pas une épreuve, ce n'est pas une punition. Lorsque Jésus invite l'homme riche à tout vendre, ce n'est pas pour le brimer, pour le priver, pour l'asservir. Au contraire — de la part de Jésus — c'est une invitation à la vie, à la liberté, au mouvement.

Le temps du Carême n'est pas un chemin de tristesse, de renoncement, de flagellation, c'est un temps de renouvellement, de rénovation où l'on peut chercher à se débarrasser de ce qui nous ternit, de ce qui nous encombre, de ce qui nous retient sur le chemin de la vie, de la lumière et de la joie, chemin que Jésus ouvre devant nous.

Allant de l'avant, sans argent ni bagages, les disciples ont rencontré des gens et ont pu leur apporter réconfort, libération et guérison. Regardons bien notre sac à dos et voyons comment l'alléger pour marcher dans les pas du Christ jusqu'à Pâques.

Amen

© Jean-Marie Thévoz, 2010

13.10.2009

Marc 4. Quatre façons d'être dans la vie.

Marc 4

27.9.2009
Quatre façons d'être dans la vie.

Mc 4 : 1-9    Mc 8 : 27-30
Chers catéchumènes, chers parents, chers paroissiens,
Qui est Jésus ? La question se posait déjà il y a 2'000 ans ! Jésus lui-même pose la question à ses compagnons de route, à son équipe — qu'on appelle les disciples. "Qu'est-ce que le gens disent de moi ?" (Mc 8:27) et "Pour vous, qui suis-je ?" (Mc 8:29). Il y a ce que les autres disent et il y a ce que je pense, au plus profond de moi, au plus profond de chacun.
Qui est Jésus ? A chacun de faire sa recherche, à trouver sa réponse personnelle, et le catéchisme, comme le temps partagé au culte, sont des lieux où faire cette recherche, ce chemin. Qui est Jésus ? Il y a les titres traditionnels : Messie, Fils de Dieu, Seigneur. Mais ils ne nous disent plus grand chose, parce qu'ils sont déconnectés de notre réalité.
Il faut chercher des titres nouveaux, qui nous parlent. Selon les personnes ou les circonstances, on pourrait dire : C'est mon guide de montagne ou mon guide du Routard; c'est mon GPS, c'est mon cadeau du ciel… c'est mon kit de survie, c'est mon accompagnant, c'est la musique qui embellit mes journées… A vous de faire preuve d'imagination et de poésie.
J'aimerais vous proposer de le voir ce matin, avec la parabole, comme le Semeur de vie dans nos existences. Jésus raconte la parabole du Semeur pour nous parler de lui et de notre vie à nous. Comment être heureux dans la vie, comment recevoir ce qui nous arrive dans la vie pour le transformer en bonheur, en réussite, en vie accomplie ?
Dans cette parabole, Jésus nous présente quatre attitudes face à la vie, face à ce que nous recevons, à ce qui nous arrive. Mais regardons d'abord ce qui est semé, ce qui nous est donné.
a) Ce qui nous est donné ce sont des graines. Ce qui nous arrive, c'est le germe de quelque chose d'autre. Ce qui nous arrive doit donc être transformé pour s'épanouir. Ce n'est pas le bonheur direct, tout de suite. C'est quelque chose qui contient du bonheur en germe. C'est à nous de le faire germer et pousser, de lui donner la possibilité de se transformer, de grandir et de donner du fruit.
b) Ensuite, ce qui est donné est donné partout et à tous. Le Semeur sème sur tous les terrains. Le bonheur n'est pas réservé à certains plutôt qu'à d'autres. Le Semeur est généreux, il donne à tous de la même façon, il nous fait confiance, il met de l'espoir en nous, en nos capacités d'accueillir les cadeaux de la vie.
c)  Finalement, c'est la façon d'accueillir ce qui nous est donné, ce qui nous arrive, qui fait la différence. Jésus nous présente quatre terrains différents, quatre façons d'être dans la vie et de faire son bonheur ou son malheur.
1. Première image. Le chemin nous donne l'image d'une terre piétinée, tassée, fermée, imperméable. Oui, il arrive que certaines personnes se ferment à la vie, à tout ce qui arrive, s'enferment en elles-mêmes. Les cadeaux de la vie arrivent pour ces gens aussi, mais ils sont trop fermés pour les prendre pour les ouvrir et voir ce qu'il y a dedans. C'est l'attitude : "je ne veux rien entendre, rien savoir." Ou bien "je connais déjà tout cela, cela ne m'intéresse pas." Une bonne façon de passer à côté d'un tas de bonnes choses.
2. Deuxième image. La terre caillouteuse, empierrée. Il y a de la terre, un peu, et les graines germent, font des pousses, mais pas de racines et elles sèchent. Ces gens-là accueillent les nouveautés avec enthousiasme, "c'est génial… je veux essayer, montre-moi !" Mais si elles n'arrivent pas tout de suite à le faire, si elles rencontrent un obstacle, s'il faut faire des efforts, persévérer, ces personnes abandonnent. "C'est décevant, je n'arrive pas, je suis nul."
On peut se pourrir la vie à vouloir tout réussir tout de suite et parfaitement. Ou à vouloir tout essayer et ne rien faire jusqu'au bout. Les choses, la vie, a besoin de temps et d'approfondissements, de persévérance et d'efforts. Ce n'est pas drôle, mais c'est comme ça. C'est le terrain pierreux. On s'enflamme et on s'éteint.
3. Troisième image : les ronces. Jésus parle encore d'un troisième type de personnes, celles qui se laissent envahir par tout ce qui les entoure. Elles reçoivent les cadeaux de la vie, mais il y a toujours quelque chose qui leur fait du souci. "Je suis invité à une fête, chouette. Mais comment est-ce que je vais m'habiller ? Qu'est-ce que les autres vont penser de moi ? Qu'est-ce que je vais leur dire ? C'est l'angoisse, je fais mieux de ne pas y aller."
Ou alors, on se laisse envahir par les distractions : "pourquoi est-ce que je m'affale devant la télé pour voir ces âneries plutôt que de lire le livre que je me suis acheté ?" Ou alors, une fois qu'on a choisi quelque chose, on regrette immédiatement l'autre truc sur lequel on hésitait et on vit dans le regret.
4. Bon, jusqu'à maintenant, personne ne s'est reconnu, parce que vous êtes tous comme la bonne terre qui reçoit les graines et qui produisent plein de grain, c'est la quatrième image. Cet idéal auquel nous aspirons tous, mais que nous avons tellement de peine à atteindre.
Eh bien, Jésus se propose comme guide pour nous conduire à devenir ce terrain accueillant où faire germer et pousser le bonheur. Jésus sème de la vie dans nos existences et veut nous apprendre à devenir les jardiniers de nos vies, apprendre à bêcher, biner, sarcler la terre, à ôter les pierres et arracher les mauvaises herbes pour faire de la place à l'essentiel, à une vie qui porte du fruit.
Le catéchisme, la lecture de la Bible, la prière personnelle, le culte sont des temps de découverte et de rencontre avec Jésus. Dans son enseignement, sa Parole, il nous donne le mode d'emploi de la vie. Il a envie que nous soyons heureux, que nous ayons une vie épanouie, des relations enrichissantes les uns avec les autres. Préparons-nous, préparons notre terrain à le recevoir, pour que notre vie fleurisse et porte du fruit en abondance.
Amen
© Jean-Marie Thévoz, 2009

15.10.2008

Marc 6. Laisser des restes… pour quoi ?

Marc 6 12.10.2008
Laisser des restes… pour quoi ?
Jn 15 : 12-17 Mc 6 : 30-44

— Mais que vont-ils faire de tous ces restes ? Vous pensez… douze corbeilles de pain et de poisson ! Tout ce poisson et sans frigo, quelle folie…
Bon, là, je mets le projecteur sur un verset du texte et je pars à la dérive. C'est juste pour montrer qu'à se focaliser sur une seule chose dans un récit, on risque de passer à côté de sa richesse. C'est souvent le cas avec les récits de miracle des évangiles. On se dit : ce n'est pas possible, ce n'est pas croyable, et on jette le bébé avec l'eau du bain.
C'est vrai que cette multiplication des pains, ce n'est pas croyable. Mais le corps du texte nous dit aussi d'autres choses. Et je pense que l'incroyable de ce récit n'est pas dans la multiplication des pains. Partons à la recherche de ces autres choses !
D'abord le début du texte : les disciples sont de retour de mission. Jésus les avait envoyés deux par deux dans les villages pour prêcher et pour guérir. Et les disciples ont des tas de choses à raconter à Jésus. Mais les disciples ne ramènent pas que des souvenirs ou des expériences. Les gens les ont suivis, au point que les disciples n'ont pas le temps, ni l'espace de manger un morceau, de8 récupérer. Jésus est soucieux de leur fatigue et de leur faim. Il est compréhensif envers nos limitations humaines. Les disciples ont besoin de reprendre des forces, alors il les invite à se mettre à l'écart dans un endroit désert. Ils prennent leur barque pour aller accoster plus loin. Mais les gens les suivent et les précèdent sur la côte. Pas moyen de se débarrasser de la foule qui les suit. Alors Jésus met ses disciples en retrait et prend soin de la foule en enseignant.
Car Jésus est aussi préoccupé par cette foule : "Jésus vit cette grande foule; son cœur fut rempli de pitié pour ces gens, parce qu'ils ressemblaient à un troupeau qui n'a pas de berger." (Mc 6:34)
A la fin de la journée des disciples reviennent vers Jésus. Ce sont eux qui ont du souci, maintenant. Que va manger cette foule ? Jésus devrait la renvoyer. Les disciples se sentent démunis, débordés, ils pensent ne rien pouvoir faire. Mais ils ont le bon réflexe : ils en appellent à Jésus.
Là, l'intervention de Jésus est intéressante : il leur remet les pieds sur terre : revenez à la réalité, faites le compte de ce qui est disponible, allez compter la nourriture. Jésus leur restitue les capacités qu'ils avaient, mais qu'ils avaient oubliées, laissées de côté. Ils font le compte de leurs moyens : cinq pains et deux poissons. Ce n'est pas beaucoup, mais ce n'est pas rien non plus. C'est de ce "peu" que Jésus va partir. C'est à partir de ce que nous avons que Jésus va faire quelque chose et des grandes choses. C'est à partir de ce que nous avons et de ce que nous sommes que Jésus agit.
Il met les disciples au travail, il les fait rassembler ce qui est disponible, placer les gens en groupe, organiser la distribution. Là, il est remarquable d'écouter des mots que l'Evangéliste Marc utilise :
"Jésus pris les cinq pains et les deux poissons, il leva les yeux vers le ciel et remercia Dieu. Il rompit les pains et les donna aux disciples pour qu'ils les distribuent aux gens." (Mc 6:41)
Ce sont les mots du dernier repas de Jésus, la sainte cène. C'est là qu'on voit que ces disciples et cette foule rassemblée autour de Jésus représentent l'Eglise, le peuple de Dieu. Les douze corbeilles de restes font aussi allusion aux douze tribus d'Israël, le peuple de Dieu.
Le miracle dans ce récit n'est pas tellement la multiplication des pains — encore qu'elle a son importance — mais le rassemblement de tant de gens autour de Jésus. En ce temps-là, on ne partageait pas son repas avec n'importe qui. Dans la société juive, il y avait des rites de purification à accomplir avant de manger et l'on risquait de se souiller si l'on mangeait avec quelqu'un d'impur. Ici, tout le monde est assis sur l'herbe verte, par groupes de 50 ou 100 personnes et l'on mange le même pain et le même poisson.
Premier miracle : on peut manger tous ensemble, tous à la même table et c'est aussi ce que Jésus a voulu pour son dernier repas, la sainte cène où même Judas a participé. Un seul peuple rassemblé autour de Jésus, devant Dieu.
Deuxième miracle, ce sont les disciples eux-mêmes. Ils étaient en souci, débordés par la foule. Et Jésus leur rend leurs capacités, il les met au travail, à partir du "peu de moyens" dont ils disposent, et ils y arrivent. Jésus n'attend pas des supermen ou des wonderwomen, l'Eglise accueille chacun avec le peu qu'il a, mis ensemble, cela fait beaucoup, cela fait plus qu'on ne le pensait au départ.
Troisième miracle, le pain qui a nourrit la foule est aussi bien l'enseignement de Jésus "Aimez-vous les uns les autres, comme je vous aime" (Jn 15:12) que sa présence, sa vie donnée sur la croix. De quoi avons-nous faim avant tout dans la vie, si ce n'est d'amour, de reconnaissance, d'acceptation, d'appartenance ? De cela, Jésus nous nourrit en abondance.
Alors, ces restes, ces douze corbeilles de restes, qu'allons-nous en faire, maintenant que nous savons que ce n'est pas une nourriture périssable ?
Ces restes nous disent qu'il y a encore abondance de nourriture pour ceux qui ne sont pas venus, pour ceux qui sont restés dehors. Que va-t-on faire de ces restes ?
Comme disciples, comme membres de l'Eglise de Jésus, nous pouvons apporter cette nourriture à tous ceux qui ont faim, qui restent sur leur faim dans un monde qui aiguise l'appétit, le désir et l'envie — mais qui ne nourrit pas, ne comble pas.
Le monde n'a pas besoin de consommer plus, il a besoin d'être aimé plus. C'est ce que Jésus nous donne et nous donne en abondance.
Amen

© Jean-Marie Thévoz, 2008

17.06.2008

Marc 10. Se mettre au service les uns des autres pour ajouter de la convivialité

Marc 10

15.6.2008
Se mettre au service les uns des autres pour ajouter de la convivialité
Marc 10 : 35-45
Chers membres de l'Abbaye des Laboureurs, chères paroissiennes, chers paroissiens,
J'aimerais tout de suite écarter un malentendu possible après le texte biblique que vous avez écouté. En relevant la parole de Jésus : "si l'un d'entre vous veut être important, il doit être votre serviteur et si l'un de vous veut être le premier, il doit être votre esclave" (Mc 10:26-27) je ne me prépare pas à tirer à boulets rouges contre votre compétition sportive, je ne me prépare pas à dénigrer la course aux lauriers des meilleurs tireurs de votre Abbaye.
Non, j'aimerais plutôt attirer votre attention sur une autre facette de votre fête, c'est-à-dire sur le fait que si vous pouvez prendre part à cette fête, c'est qu'elle a été organisée, mise sur pied par votre Comité et par une foule de bénévoles. Votre Abbé-président, vos membres de Comité, avec d'autres, n'ont pas hésité à passer des heures au service de votre Honorable Confrérie pour préparer cette fête pour que vous puissiez la vivre et faire participer tout le village à ces festivités.
Et certainement que ceux qui avaient les plus hautes fonctions ont passé le plus grand nombre d'heurs à travailler pour arriver à ce résultat. Ils se sont mis à votre service et pour cela nous pouvons tous leur en être reconnaissants.
Au cœur des Sociétés locales, des paroisses et des Associations, il y a des hommes et des femmes qui se dévouent, qui se mettent au service les uns des autres pour ajouter de la convivialité dans une société civile où les relations deviennent de plus en plus tendues, où les rapports de forces l'emportent souvent sur l'harmonie et l'amitié.
Ces hommes et ces femmes réalisent ainsi l'invitation du Christ de se mettre au service les uns des autres. J'en suis heureux, mais j'envisage cependant l'avenir avec une certaine crainte : aurons-nous encore — dans les prochaines années — des personnes de bonne volonté qui accepteront de se mettre au service les uns des autres ? Ne trouvez-vous pas que la société se durcit ? Ne constatez-vous pas un repli sur soi, ou un repli "dans son chez soi" ? N'est-il pas de plus en plus difficile de trouver des personnes d'accord de donner de leur temps pour une cause, pour une société, pour une paroisse ?
Mais peut-on imaginer une société sans bénévolat ? Vous imaginez-vous devoir salarier votre Comité, payer chacun des services "au prix du marché" ? Quel serait l'esprit d'un Comité devenu "Entreprise à créer des Events" ?
Lorsque Jésus propose d'inverser les valeurs en mettant le service envers les autres au-dessus du pouvoir, ce n'est pas pour embêter le peuple. C'est pour révéler, mettre au jour, une vérité fondamentale sur la vie humaine et le bonheur. C'est pour faire comprendre toutes les tensions qu'il y a dans nos aspirations toutes humaines et leurs réalisations.
Nous aspirons tous au bonheur et nous nous faisons tous une idée du chemin pour parvenir à ce bonheur, à notre bonheur. Le chemin le plus court vers notre bonheur semble être de s'occuper de soi-même. « Je vais faire mon bonheur ! »
Jésus nous invite à réaliser que notre bonheur ne peut s'obtenir en ligne droite, mais seulement par ricochet, en passant par le service des autres. John Fitzgerald Kennedy l'avait bien compris lorsqu'il a dit aux Américains : "Ne cherchez pas ce que l'Amérique peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour l'Amérique."
Jésus propose un nouvel ordre des valeurs pour mieux retrouver la vraie valeur des choses. Le bonheur humain ne se trouve pas dans le pouvoir, l'importance ou la célébrité. Le bonheur humain se trouve dans l'action même, dépréoccupée du but, du résultat. Il n'y a pas de bonheur dans la quête individualiste, égoïste de la gloire.
Le rédacteur du récit biblique nous fait d'ailleurs un clin d'œil lorsqu'il parle du désir de Jacques et de Jean d'être à droite et à gauche de Jésus dans sa gloire, puisque ce sont deux brigands en croix qui se trouveront à droite et à gauche de Jésus à Golgotha !
La vraie valeur, le vrai bonheur se trouve dans la satisfaction qu'on peut trouver dans l'agir même, au moment d'agir, sans attendre d'autres récompenses. Pourquoi aller tirer, si tirer ne fait pas plaisir, une récompense n'ajoutera rien.
Jésus fait le pari qu'il y a plus de plaisir à servir les autres qu'à être servi. "Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir" (Ac 20:35). Jésus en a fait sa façon d'être avec les autres, sa façon d'entrer en contact, de rencontrer chacun. Il a choisi de servir plutôt que d'être servi.
En cela il devient pour nous un modèle. Non pas pour agir correctement et être bons, cela serait une autre manière d'essayer de gagner une récompense, d'être bien vu des autres ou de Dieu. Non, servir pour retirer la satisfaction de faire quelque chose de digne de notre existence humaine, faire quelque chose qui apporte de la lumière aux autres et par ricochet nous fasse du bien, rehausse notre estime de soi, renforce notre satisfaction intérieure, en d'autres mots nous rende heureux !
Dans cette société que nous sentons se durcir, apprenons à regarder autour de nous tous ceux qui sont au service — à commencer par ceux et celles qui feront le service à table à midi — et regardons les différemment : ces personnes sont importantes !
Regardons les personnes qui s'engagent dans les Sociétés locales, les paroisses, les Associations : elles sont importantes !
Et puis finalement, n'avons-nous pas aussi envie de devenir importants, de chercher un peu de bonheur ? Alors mettons-nous au service les uns des autres.
Amen
© Jean-Marie Thévoz, 2008

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