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p) Epitres - Page 4

  • 1 Corinthiens 11. Série Calvin (4). Petit traité de la sainte cène.

    1 Corinthiens 11

    26.7.2009
    Série Calvin (4). Petit traité de la sainte cène.
    1 Co 11 : 23-26    Jn 6 : 44-51

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Dans notre cheminement avec Jean Calvin, nous faisons aujourd'hui une halte pour recevoir de Dieu notre nourriture. Nous allons voir ce que le Réformateur nous dit de la sainte Cène. Calvin a rassemblé sa pensée sur la Cène dans un petit opuscule intitulé "Petit traité de la sainte cène."
    La première moitié du Traité expose sa vision de la Cène et la seconde moitié les erreurs propagées de son temps. La visée de Calvin est de redonner à la Cène le sens que les Evangiles nous rapportent, de lui restituer son sens originel. Nous resterons donc dans la première partie de ce Traité.
    Le souci de Calvin est de redonner à tous les chrétiens un accès à Jésus-Christ, et il voit dans la Cène une porte d'entrée par excellence, puisque la Cène — comme repas — est une image immédiatement compréhensible. C'est ainsi qu'il commence son Traité en développant l'image d'un Dieu qui nous accueille en sa maison — à travers le baptême — il nous accueille non comme des "domestiques," mais "comme ses propres enfants" et donc : "il reste, pour faire l'office d'un bon père, qu'il nous nourrisse et pourvoie de tout ce qui nous est nécessaire pour vivre." (PTSC* p. 39)
    Dans la Cène, Dieu nous donne ce qu'il nous faut pour vivre. En disant cela, on voit que la relation à Dieu n'est pas une idée philosophique, ou la croyance en quelque dogme. Cette relation est quelque chose qui doit nourrir notre vie, nous fortifier, nous aider à traverser les épreuves.
    La Cène nous donne accès à Jésus-Christ, à sa vie, à sa passion, à sa résurrection. Cet accès est le premier fruit de la Cène. Elle nous donne la possibilité de nous nourrir de lui. Calvin dit : "nos âmes n'ont nulle autre pâture que Jésus-Christ" (p.40). Par la Parole et par la Cène, nous avons accès à cette présence nourrissante, restauratrice de Jésus-Christ. Dans la Cène, nous recevons "les promesses" de Dieu, nous reconnaissons "sa grande bonté" (sa Providence) et nous sommes exhortés "à l'union et à la charité fraternelle" (p.41). 
    Voilà évoqués les fruits, les conséquences de la participation à la Cène. Elle nous fait entrer dans le mystère de la Passion du Christ, où il se donne lui-même pour nous faire vivre. Cela nous l'apprenons par l'Evangile, par la Parole. La Parole aurait peut-être suffi pour nous faire comprendre cette association, cette communion que nous avons avec le Christ, mais Calvin souligne notre faiblesse comme êtres humains. Nous avons besoin de "signes visibles" des choses invisibles. La Cène — en tant que sacrement — est justement le "signe visible" (p.47) qui nous est donné pour nous affermir et nous fortifier.
    Le signe visible, avec du pain et du vin matériels, agit de deux façons. Premièrement, nous avons besoin de concret pour communier pleinement avec le Christ. Pour profiter pleinement, dit Calvin, de "toutes les grâces qu'il (Jésus-Christ) nous a acquises par sa mort, il n'est pas seulement question que nous soyons participants de son Esprit, mais il nous faut aussi participer à son humanité." (p.46).
    Pour être en lien avec le Christ, nous devons communier autant à sa nature spirituelle qu'à sa nature humaine. Et la Cène nous aide à cela, en nous donnant à toucher son humanité dans les signes concrets du pain et du vin.
    Mais Calvin ajoute aussitôt le deuxième aspect, qui nous concerne. Le mystère de cette communion "est un mystère spirituel qui ne peut se voir à l'œil" (= par le regard) (p.47). Alors, pour nous y aider, Dieu nous donne un signe visible, un élément concret : du pain et du vin pour représenter ce don de présence et de vie.
    Ce que Calvin essaie de nous dire, c'est que Dieu veut nous toucher tout entier, nous aussi. La présence de Dieu ne concerne pas que notre esprit ou notre mental, il est présence dans notre vie entière, âme, corps, esprit, émotions. L'humanité de Jésus rejoint profondément notre propre humanité, c'est le deuxième fruit de la Cène pour le Réformateur. L'amour de Dieu rejoint nos existences concrètes. Participer à la communion, c'est se laisser rejoindre par l'humanité de Dieu, dans ce qu'il y a de plus humain en nous.
    Le troisième fruit de la participation à la Cène est le cheminement que Dieu ouvre en nous. Reconnaître que Dieu nous nourrit, qu'il prend soin de nous, c'est reconnaître sa bonté, son attention. Calvin nous dit que la Cène provoque en nous un travail intérieur — ce que j'appelle un "cheminement." Dans les mots de Calvin cela donne ceci : "le principal est que Dieu besogne en nous intérieurement par son Saint-Esprit (…) par lequel il veut faire son œuvre en nous." (p.50). Cette œuvre, c'est nous stimuler "à vivre saintement et surtout à garder la charité et l'amour fraternel entre nous." (p.51).
    A partir de là, comment et quand prendre la Cène ? Calvin insiste pour que nous prenions la Cène au sérieux — donc en s'examinant, comme le recommande l'apôtre Paul — mais sans excès, car celui qui se priverait de la cène sous prétexte de son imperfection "c'est comme si un homme s'excusait de ne point prendre de remèdes parce qu'il est malade !" (p.56).
    La Cène est une nourriture pour notre foi et notre vie, donc, pense le Réformateur "l'usage doit en être plus fréquent que beaucoup ne l'ont." (p.56). Oui, Calvin nous invite à avancer vers la Table du Seigneur avec confiance et avec le désir de communier avec Jésus-Christ pour nourrir notre vie de foi.
    Participons donc au repas du Seigneur, pour que le saint Esprit puisse besogner en nous et nous faire cheminer dans la présence du Christ.
    Amen
    * PTSC = Jean Calvin, Petit traité de la sainte cène, Lyon, Ed. Olivétan, 2008.
    © Jean-Marie Thévoz, 2009

  • Romains 11. Série Calvin (3). Dieu et les juifs, une alliance irrévocable.

    Romains 11

    19.7.2009
    Série Calvin (3). Dieu et les juifs, une alliance irrévocable.
    Rm 11 : 17-24    Rm 11 : 28-32

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    L'apôtre Paul est un homme partagé. Il a reçu l'éducation d'un pharisien, à Jérusalem, auprès du rabbi Gamaliel (Ac 22:3). Comme juif perfectionniste, il a persécuté les premiers chrétiens, puis s'est converti suite à une apparition du Christ sur le chemin de Damas. Il est devenu apôtre et apôtre des païens. Il n'en reste pas moins juif et il s'est beaucoup interrogé sur le sort de ses anciens coreligionnaires. Que vont devenir ceux qui refusent Jésus ?
    Paul consacre trois chapitres (Rm 9—11) de sa lettre aux Romains à ce problème. Paul est partagé, déchiré dans son âme, dans son cœur. Il prêche le salut par Jésus-Christ, offert à toute l'humanité et les païens reçoivent ce message mieux que ceux que Dieu a préparé et mis à part pendant des siècles ! Quelle place pour les juifs dans le plan de Dieu après Jésus-Christ ?
    Paul utilise d'abord la métaphore, l'image de l'olivier. Les juifs sont la racine et les branches cultivées de l'olivier. Certaines branches ont été coupées (ceux qui ne croient pas en Jésus-Christ) et quelques nouvelles branches — de l'olivier sauvage — ont été greffées sur la racine. Cela donne des indications sur les relations que la greffe doit entretenir avec la racine qui la porte : ni mépris pour la racine, ni orgueil pour soi-même.
    Ensuite, l'apôtre crée une perspective historique. Le refus du Christ par les juifs a ouvert la porte de l'Eglise aux païens. C'est intéressant : Paul se rend compte que si l'ensemble des juifs avaient intégré Jésus dans leur pratique religieuse, cela aurait certes transformé le judaïsme (on aurait eu un judaïsme messianique), mais pas le monde. Les païens doivent donc leur salut au refus des juifs (Rm 11:28), sans que cela signifie que l'alliance de Dieu avec les juifs soit abolie (Rm 11:29). On voit que la position de Paul est bien balancée et conduit à une acceptation mutuelle et à un dialogue possible.
    Malheureusement, dans l'histoire et au cours des siècles, cela ne s'est pas passé ainsi ! Déjà au fil du temps, dans le Nouveau Testament, on sent un durcissement contre le judaïsme, de frères, ils deviennent frères ennemis. Cela se sent déjà dans les Evangiles et les Actes des Apôtres.
    Cela va continuer à empirer dans l'Eglise sous deux formes : la volonté de conversion des juifs au christianisme et l'antijudaïsme qui va jusqu'à la persécution. L'antijudaïsme se développe par une lecture déformée du récit de la Passion qui fait porter la responsabilité de la mort de Jésus quasi exclusivement sur les autorités juives — l'Eglise devenue romaine innocente les Romains du texte — et par extension sur tous les juifs, comme si la mort de Jésus était un accident de l'histoire : il était au mauvais endroit au mauvais moment, s'il avait été chez nous, cela ne serait pas arrivé ! On a quitté la dimension théologique qui dit que tous les humains ont renié le Christ et crié "Crucifie" à Pilate, pour une vision circonstancielle et locale qui dit : "Les coupables ce sont eux."
    Calvin naît le 10 juillet 1509, une époque marquée par la "reconquête catholique." Rappelez-vous : 17 ans avant la naissance du réformateur (1492) l'Espagne catholique avait expulsé tous les juifs, les sépharades, d'Espagne pour que l'Espagne soit uniquement et uniformément catholique.
    Quelle va être la position de Calvin dans ce contexte historique ? Quelle va être sa lecture de la Bible et de ces passages de Paul ? D'abord Calvin a étudié l'hébreu pour lire couramment l'Ancien Testament. Dans cette étude, il a été en contact avec des rabbins. Ensuite, Calvin a étudié le droit, pas la théologie catholique, à l'université. Sa théologie, il se l'est forgée en lisant les Ecritures. Et la Bible n'est pas antijuive, ni l'Ancien Testament, ni le Nouveau Testament.
    Calvin a saisi toute la valeur de l'Ancien Testament pour les chrétiens et le rôle du peuple juif dans la réception de la révélation du message divin. Sans les juifs, il n'y a pas de chrétiens. Je cite Calvin : "Ils [les juifs] étaient séparés pour un temps des autres peuples à cette condition que finalement pure connaissance de Dieu découlerait d'eux par tout le monde." (CNT* Jn 4:22, vol. II p. 78-79).
    Pour le réformateur de Genève, ce rôle du peuple juif n'est pas terminé. La première alliance et toujours valable. En bon juriste, Calvin réaffirme la validité de cette alliance : "Dieu n'a point mis en oubli l'alliance qu'il a contractée avec leurs Pères, et par laquelle il a témoigné, qu'en son conseil éternel, il avait embrassée de son amour cette nation. Ce qu'il [Paul] confirme par une fort belle sentence (Rm 11:28), disant que cette grâce de la vocation de Dieu ne peut être anéantie." (CNT, Rm 11:28, vol. III, p. 208). L'alliance avec les peuple juif est irrévocable !
    Ce qui peut arriver, c'est que certains se privent des bienfaits de cette alliance et c'est là que Calvin introduit ce que j'appellerai son "jeu de bascule," qu'il trouve déjà chez saint Paul. En effet, Calvin relève, comme l'apôtre, le risque que les chrétiens s'enorgueillissent d'être les nouveaux bénéficiaires des bontés de Dieu, contre les juifs qui s'en sont privés. Ce "jeu de bascule" c'est que dès que nous nous enorgueillissons de la grâce, nous la perdons, parce qu'elle n'est pas notre possession mais un cadeau, une grâce.
    Personne ne peut se prévaloir d'une situation, d'un état, pour juger les autres et les penser déchus. Celui qui pense cela tombe, il perd l'estime de Dieu, et devient le déchu qu'il méprisait. Calvin plaide pour l'égalité entre juifs et païens: "Si donc on fait comparaison de ces deux nations, à savoir des Juifs et des Gentils, on les trouvera égaux, en ce que d'un côté et d'autre, ils sont enfants d'Adam" (CNT Rm 11:16,vol. III, p. 202). Enfant d'Adam signifie autant pécheurs les uns que les autres.
    À tout moment, Calvin dit entre les lignes au lecteur : le peuple juif est ton reflet, ton miroir, tu as autant de risques de quitter la foi si tu te crois meilleur, tu ne peux te reposer que sur la grâce de Dieu, pas sur tes mérites. Notre histoire chrétienne peut se retourner comme la leur si l'Eglise ne remplit plus son office d'annoncer le pur évangile. D'où la nécessité, pour le réformateur, de prêcher, d'enseigner, d'ouvrir des écoles pour que l'évangile soit entendu, connu et que les Ecritures soient lues.
    Quelle portée cela a-t-il pour nous aujourd'hui ? Une première conséquence que nous devrions tirer, c'est de ne pas mépriser la lecture de l'Ancien Testament. L'Ancien Testament a une valeur pédagogique, exemplaire, même si nous n'avons plus à obéir à chaque précepte de la Loi et suivre ses cérémonies. L'Ancien Testament est une source d'inspiration théologique, psychologique et morale.
    Ensuite, l'enseignement de Calvin nous ouvre à la tolérance et à la modestie par rapport à ceux qui croient différemment. Ne jugeons pas, nous risquons de basculer dans ce que nous reprochons aux autres. Seul Dieu détient le jugement des cœurs. Enfin, gardons-nous de tout antisémitisme. Les juifs sont la racine qui nous porte, nous sommes toujours le greffon sauvage.
    Nous pouvons être fier de cet héritage calvinien. Il a fait ses preuves pendant la pire période du XXe siècle. Il a donné à la Suisse, à la France et à l'Allemagne, des gens comme Roland de Pury, André Trocmé et Dietrich Bonhoeffer qui ont résisté au nazisme pendant la Seconde guerre mondiale.
    Dans notre époque de montée des tensions entre les religions, nous avons-là un bel héritage que nous devons cultiver, adapter et ouvrir aux situations nouvelles et transmettre aux plus jeunes générations.
    Amen

    * CNT = Commentaire du Nouveau Testament de Jean Calvin. Voir au lieu de la citation biblique.
    Cette prédication doit beaucoup à l'article de Vincent Schmid : Calvin et les juifs, Bulletin du Centre Protestant d'Etudes, CPE 60(8):21-35, Décembre 2008.
    © Jean-Marie Thévoz, 2009

  • Romains 8. Série Calvin (2) - De l'énergie pour agir !

    Romains 8

    12.7.2009
    Série Calvin (2) - De l'énergie pour agir !
    Rm 8 : 1-4 Mc 10 : 13-16

    Chères paroissiennes, chers paroissiens, chère famille,
    Dans notre série sur Jean Calvin de cet été, nous avons vu dimanche passé que Dieu nous aime d'un amour inconditionnel, c'est-à-dire que son amour pour nous ne dépend pas de nos résultats, de nos succès, de notre attitude, de la même manière que nous essayons, comme parents, de manifester à nos enfants un amour qui ne dépende pas de leurs notes ou de leurs comportements.
    On appelle cela en langage technique théologique "la justification par grâce." Le salut ne dépend pas de nos mérites, de nos bonnes actions, mais de la décision de Dieu, une décision qu'il prend dans son cœur, dans son amour. Cela a une conséquence pratique directe, c'est que nous pouvons cesser de nous inquiéter, cesser de vouloir nous justifier nous-mêmes, cesser de mettre notre énergie à paraître justes et bons chaque fois que nous ne le sommes pas en réalité.
    Si nous n'avons plus besoin de mettre notre énergie à paraître autre chose que ce que nous sommes, alors cette énergie devient disponible pour autre chose. Le mérite de la justification par grâce, la conséquence de cet amour inconditionnel de Dieu pour nous, est de nous libérer de la quête continuelle de plaire, de satisfaire, d'être à la hauteur.
    Calvin dit, continuellement, que vouloir plaire à Dieu est voué à l'échec. Jamais nous ne pouvons être à la hauteur de son exigence de justice et de vérité. L'exigence de Dieu ou de la Loi divine est inatteignable. C'est voué à l'échec, mais ce n'est pas désespéré, puisque Dieu lui-même a choisi de changer les choses. Jésus a accompli la Loi pour tous les humains (Rm 8 : 3) et il a libéré de l'esclavage de cette exigence. Jésus a accompli la Loi à notre place. Dieu ne se préoccupe donc plus de nous voir l'accomplir. Dieu se préoccupe de ce que nous recevions son amour.
    Dieu change de rôle. Il n'a plus envie d'être face à nous comme un expert qui nous fait passer un examen. Il se présente comme un père qui vient voir ses enfants. Il reçoit ce que nous faisons comme un père aimant. Cela change tout pour nous. Cela change notre façon de travailler et d'agir.
    Imaginez que vous aimez bricoler ou jardiner ou cuisiner. Allez-vous agir de la même manière si ce que vous faites vous allez le présenter à vos amis ou si vous devez le présenter à un examinateur, pour un examen qui va déterminer tout votre avenir ? Cela change tout.
    Calvin nous dit : abandonnez l'idée que Dieu vous fait continuellement passer un examen pour savoir si vous êtes à la hauteur. Non, changez de regard, Dieu est vis-à-vis de vous comme un père vis-à-vis de ses enfants.
    Ainsi, je cite, "il nous faut être semblables aux enfants, ne doutant point que notre Père très bon et si débonnaire [gentil] n'ait nos services pour agréables, bien qu'ils soient imparfaits" (IRC* III, 19, 5). Ne doutons plus que Dieu considère nos actions comme agréables, même si elles sont imparfaites.
    Nous sommes donc libérés du stress de l'examen à passer, du concours à réussir. Ce que nous faisons, nous le faisons sous le regard bienveillant de Dieu. Nous ne le faisons plus pour passer une barre placée trop haut. Fini l'esclavage de la perfection et de la réussite. Que d'énergie libérée. Que de stress éliminé si nous prenons cela au sérieux.
    Tout ce que nous faisons, dans la vie, nous pouvons désormais le faire d'une manière plus paisible : notre vie n'est pas en jeu, notre identité n'est pas en jeu, notre considération, l'amour des autres pour nous n'est pas en jeu.
    En déconnectant notre agir, notre travail du lien avec le salut, la réussite de notre vie, Calvin dédramatise tout notre agir, et en même temps, il lui donne un nouveau sens, une nouvelle direction. Ce que nous faisons, ce n'est plus pour gagner le ciel ou le manquer (dédramatisation), c'est pour produire quelque chose, c'est pour nous occuper, c'est pour répondre à nos élans de créativité, c'est pour rendre service à la communauté, etc…
    Le travail, le métier prend un nouveau sens. Chacun peut contribuer au bien social, au bien commun. Et Calvin croit en l'idée de progrès, progrès moral et progrès social. Il a beaucoup lutté à Genève, pour que les réfugiés huguenots venant de France puissent trouver des places de travail et produire des choses utiles à la société.
    A partir de là, Calvin développe l'idée que chacun a des talents qu'il peut mettre au service de la société ("Dieu a doué chacun de dons naturels" CNT** Mt 25:15). Chacun doit découvrir la vocation que Dieu a pour lui et mettre ce talent en œuvre, pour le bien de tous ("Christ prononce que le labeur de ceux qui s'exerceront fidèlement en leur vocation, ne sera point vain ou inutile" CNT. Mt 25:20). Le travail est valorisé, non pas pour obtenir le salut, mais comme réponse aux dons qui viennent de Dieu. Une autre idée, qui en découle, est celle de responsabilité. Chacun devra répondre de l'usage de sa vie, de sa vocation, de l'usage de son talent ("chacun rendra compte pour soi" CNT Lc 19:13).
    La sanctification de l'être humain passe par le service que chacun peut réaliser dans son travail, dans ses tâches quotidiennes. L'établi, le bureau ou l'évier de la cuisine peuvent devenir des lieux saints où l'on accomplit sa vocation de service. La vie civile, la société civile, la maison comme la rue, deviennent des lieux de sanctification.
    La vie familiale, la vie professionnelle, les loisirs deviennent des temps où l'on vit la présence bienfaisante de Dieu, où l'on exprime sa reconnaissance et le plaisir de vivre, réaliser, construire le Royaume de Dieu.
    En nous libérant du souci de nous justifier, le Christ, pense Calvin, nous libère pour servir la société et nous réaliser dans tous les gestes de la vie quotidienne. Toute notre vie prend sens et devient passionnante.
    Amen

    * IRC III, 19, 5 = Jean Calvin, Institution de la Religion Chrétienne, livre III, chap. 19, § 5.
    ** CNT Mt 25:15 = Jean Calvin, Commentaire sur le Nouveau Testament, Evangile de Matthieu 25:15
    © Jean-Marie Thévoz, 2009

  • Romains 8. Série Calvin (1) - Cesse de te justifier !

    Romains 8

    5.7.2009
    Série Calvin (1) - Cesse de te justifier !
    Rm 8 : 14-16 + 31-33    Mat 18 : 23-27

    Chères paroissiennes, chers paroissiens, chère famille,
    Pendant cet été — ma collègue pendant le mois d'août et moi-même pendant ce mois de juillet — nous allons essayer de vous ouvrir quelques fenêtres sur la pensée de Calvin, dont c'est le 500e anniversaire de la naissance. Calvin, grand réformateur d'origine française, qui prend la suite de Luther, développe ses idées principalement dans la ville de Genève. Calvin, c'est l'irruption d'une nouveauté dans un moyen-âge finissant, en bout de course, c'est un dynamisme introduit dans cette Renaissance qu'est le XVIe siècle.
    Calvin introduit un nouveau langage, il simplifie et vivifie la langue française; il expose une nouvelle vision de Dieu et donc une nouvelle place pour l'être humain; il ouvre à une nouvelle espérance et une nouvelle liberté.
    Essayons de nous replacer un peu dans son époque. La vie quotidienne est très dure. La mortalité, pour cause de maladie ou de violence est considérable. Le message de l'Eglise dominante, dans ces circonstances, est de dire : "obtenez les bonnes grâces de Dieu en entrant au couvent, sinon vous devrez gagner vos mérites au purgatoire, si vous avez la chance de ne pas aller en enfer."
    Luther avait attaqué ce système en dénonçant les indulgences, ce système de rachat à l'Eglise d'années de purgatoire, contre monnaie sonnante et trébuchante.
    Calvin emboîte le pas en affirmant que l'être humain est incapable de faire le bien, dans le sens, non pas qu'il est incapable de faire une bonne action, mais dans le sens qu'il est incapable de faire le bien en continu, de manière permanente, de sorte qu'il puisse paraître innocent devant Dieu à la fin de sa vie.
    Il nous est impossible de faire un parcours sans faute, ou de penser pouvoir rattraper nos fautes, les compenser. Notre dette à l'égard du bien et du juste est immense et nous n'avons aucun espoir de pouvoir la rembourser. Ainsi Calvin nous dit, dans un premier temps : "Cesse de te justifier, c'est parfaitement inutile. Tout est perdu. Personne ne peut se dire juste devant Dieu !" C'est bien pire que le système du purgatoire, là au moins, on pouvait espérer s'en sortir.
    Mais Calvin ne s'arrête pas à ce "Tout est perdu." Tout est perdu pour les efforts humains certes, mais c'est sans compter sur Dieu lui-même. Calvin voit Dieu comme un père aimant qui procure à l'être humain ce dont il a besoin pour vivre, c'est la Providence. Il est un père aimant, Calvin, dit "miséricordieux." Et Calvin ajoute : c'est Dieu qui choisit de prendre notre destin en main, c'est lui qui — par grâce — nous justifie.
    Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que ce qui est impossible aux êtres humains, c'est Dieu qui l'accomplit. Nous sommes incapables de rembourser notre dette : il l'efface (Mt 18:27). Nos fautes nous envoient en prison : il paie la caution pour nous en faire sortir. Tout nous condamne, "c'est Dieu qui nous déclare : non-coupables !" (Rm 8:33), comme le dit l'apôtre Paul.
    Calvin appelle cela la "justification par grâce." Dieu lui-même nous acquitte, de son propre chef, sans contre partie. Cela ne vient pas de nous, cela ne vient pas de ce que nous serions meilleurs que d'autres, que nous aurions fait plus d'efforts. Non, il le fait gratuitement.
    Calvin insiste sur le fait que Dieu est un Père pour nous, que nous avons une relation filiale avec lui. Je pense que la  "justification par grâce" a son équivalent dans notre vocabulaire avec les termes : "amour inconditionnel."
    Nous essayons, comme parents, d'avoir un amour inconditionnel pour nos enfants. Nous essayons, dans nos comportements, dans notre éducation, de donner à nos enfants de l'amour en continu, un amour stable. Un amour qui ne fluctue pas en fonction de leur bon comportement ou de leurs bêtises, un amour qui ne dépende pas de leur réussite ou de leurs échecs. Ce n'est pas toujours facile ! Lorsque cela va mal, nous essayons de mettre les compteurs à zéro, de repartir d'un bon pied, pardonnant, effaçant l'ardoise, rassurant notre enfant que notre amour demeure.
    Le vrai amour n'est-il pas lié à la personne plutôt qu'à chacune de ses actions ? Le vrai amour n'est-il pas lié à l'être de la personne plutôt qu'à ses réussites ou à ses échecs ?
    L'amour est un lien, un attachement à l'être. C'est sûr, l'amour n'évite pas la tristesse de la déception, ou la réprobation face à tel comportement ou à telle action. L'amour ne renonce pas à l'exigence du respect de la loi comme norme de justice et limite de nos actions. Effacer la dette ne signifie pas renoncer à la justice et à la loi.
    L'amour inconditionnel donne à l'enfant une sécurité pour grandir, pour faire ses essais, ses erreurs et la correction de ses erreurs, ses fautes et le regret de ses fautes. L'amour inconditionnel donne un cadre pour progresser et Calvin croit à la capacité de s'améliorer, il n'est pas pessimiste vis-à-vis de l'être humain.
    Ainsi Calvin pose, comme base de la Réforme, la conviction que Dieu a pour chaque être humain un amour inconditionnel — comme un père — un amour qui donne à chaque être humain une assurance qu'il peut se lancer dans la vie avec une garantie de sa valeur.
    Calvin nous dit donc "Cesse de te justifier ! C'est Dieu lui-même qui te donne et t'assure ta valeur, ton être. Tu n'as rien à faire pour prouver à Dieu, aux autres ou à toi-même que tu es quelqu'un, que tu es digne, que tu as de la valeur. Cesse de t'inquiéter, cesse de te justifier, cesse de te préoccuper de te faire valoir."
    Cela a des conséquences énormes sur notre vie ! Toute l'énergie que chacun mettait —au XVIe siècle — à essayer de faire son salut, toute cette énergie devient disponible pour autre chose. Toute l'énergie que nous mettons aujourd'hui pour répondre aux exigences de réussite sociale, pour satisfaire à son patron, à son conjoint ou à ses parents, pour arriver à la hauteur fixée, pour prouver, à soi et aux autres qu'on vaut quelque chose, toute cette énergie peut être utilisée à autre chose si nous faisons confiance que notre être a déjà sa valeur assurée en Dieu.  Nous reparlerons de cette énergie libérée dimanche prochain.
    Aujourd'hui, laissons descendre en nous cette certitude : Dieu nous aime de manière inconditionnelle, nous n'avons rien à prouver à personne, nous n'avons plus besoin de nous justifier, notre être, notre valeur est garantie par Dieu lui-même.
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2009

  • Romains 5. Calvin 2009. Une Eglise réformée qui témoigne de la grâce de Dieu

    Romains 5

    18.1.2009
    Calvin 2009. Une Eglise réformée qui témoigne de la grâce de Dieu
    Jn 1 : 35-42    Rm 5 : 1-5    Rm 5 : 6-11

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Cette année 2009, nous célébrons les 500 ans de la naissance de Jean Calvin, le réformateur qui a eu le plus d'influence en Suisse romande et qui a marqué de son empreinte tout le protestantisme réformé (à côté des Luthériens et des Anglicans). Il est donc né en 1509 à Noyon (France) et mort à Genève en 1564. Je ne suis pas là pour vous dresser un portrait ou une biographie de Calvin. Si vous souhaitez entendre une conférence, saisissez l'occasion d'aller entendre la directrice du Musée International de la Réforme qui parlera mardi à St-Sulpice. *
    Ce qui nous intéresse maintenant, c'est la pensée théologique de Calvin, la nouveauté qu'il a apportée au XVIe siècle et qui continue à nous nourrir aujourd'hui. Mais l'Eglise ne prêche pas tel ou tel auteur, aussi grand soit-il. C'est à la parole biblique qu'il faut remonter.
    L'épître aux Romains a été une grande source d'inspiration pour Calvin, aussi ai-je choisi quelques versets du chapitre 5 et en particulier les mots qui me semblent particulièrement bien traduire, résumer, la pensée fondamentale de Calvin : "nous sommes maintenant en paix avec Dieu !" (Rm 5:1)
    Le sommes-nous, en fait, personnellement ? Pour l'apôtre Paul, c'est une affirmation programmatique, parfois traduite par "soyons maintenant en paix avec Dieu !" Affirmation programmatique, injonction : oui, nous pouvons, oui, nous avons la permission, la possibilité d'être en paix avec Dieu, parce que Dieu l'a rendu possible ! Dieu l'a voulu, Dieu l'a fait, Dieu l'a mis à notre portée, à notre disposition. Cette paix, il nous la donne : aurons-nous confiance et la prendrons-nous ?
    Mais nous revenons de loin ! Oui, nous revenons de loin, et Paul n'hésite pas à parler de nous comme "pécheurs" (Rm 5:8) et de parler de la "colère de Dieu" (v. 9) et d'ajouter "nous étions les ennemis de Dieu, mais il nous a réconcilié avec lui, par la mort de son fils" (v. 10).
    Cette bonne nouvelle du salut, Calvin veut la proclamer partout, en prédicateur et écrivain infatigable. Il prêchait souvent deux fois par jour à la cathédrale St-Pierre à Genève, prenant les livres bibliques un à un, versets après versets, en lecture continue; prédications que nous possédons encore grâce à un sténographe qui les relevait et les transcrivait.
    A côté de cela, Calvin a commenté tout le Nouveau Testament (hormis l'Apocalypse) et une bonne part de l'Ancien Testament; et rédigé l'Institution de la Religion Chrétienne, un résumé systématique de sa théologie qui était un petit livre dans sa première édition, puis, par remaniements et ajouts successifs, constitue aujourd'hui une suite de 4 tomes. Ces quatre livres suivent un plan précis qui nous disent beaucoup sur sa théologie et ce que je viens de vous dire sur ces quelques versets de l'épître aux Romains.
    Le premier livre, qui a pour but — dans les mots de Calvin — "de connaître Dieu en titre et en qualité de Créateur et souverain gouverneur du monde" nous place, tout petits devant la grandeur, la gloire de Dieu. Ce Dieu, maître de l'univers, aucun humain ne peut l'affronter. Personne ne peut tenir une minute debout devant lui ! Qui — s'il est sincère — pourrait laisser scanner sa vie, de la première à la dernière minute, et oser dire — sans mourir de honte ou de ridicule — "je me suis toujours bien comporté !"
    Nous sommes tous pécheurs devant la Loi et la justice de Dieu et il n'y a pas moyen d'en sortir. Est-ce désespéré ? Oui, tout a fait et complètement. Enfin, de notre côté, nous ne pouvons rien faire, mais Dieu a décidé de prendre les choses en main et de retourner la situation.
    Et c'est le deuxième livre de l'Institution de la Religion Chrétienne, intitulé "la connaissance de Dieu, en tant qu'il s'est montré rédempteur en Jésus-Christ, laquelle [connaissance] a d'abord été connue par les Père sous la Loi [Ancien Testament], et depuis nous a été manifestée en l'Evangile [Nouveau Testament]."
    Dieu a changé notre sort en nous montrant son visage à travers Jésus-Christ. Il n'a pas abandonné son exigence de justice, mais il y a ajouté sa grâce. Il n'a pas effacé la Loi, il a levé la condamnation. De sorte que si nous lui faisons confiance — la foi — nous pouvons vivre justifiés, avec la certitude de son amour et de sa bienveillance, avec la certitude que : "nous sommes maintenant en paix avec Dieu !"
    Cette certitude nous est donnée par le Saint-Esprit (Rm 5:5), "le témoignage intérieur du Saint-Esprit" dit Calvin. Le troisième livre de l'Institution de la Religion Chrétienne nous parle du Saint-Esprit et de "la manière de participer à la grâce de Jésus-Christ, des fruits qui nous en reviennent et des effets qui s'en suivent".
    Et finalement, le quatrième livre traite de l'Eglise et du gouvernement civil, comme "les moyens extérieurs ou aides dont Dieu se sert pour nous convier à Jésus-Christ son Fils et nous retenir en lui."
    En construisant —en quatre livres — le développement de sa théologie, Calvin reprend exactement le plan du Symbole des Apôtres, confession de foi ancienne et pratiquée dans l'Eglise catholique de son temps comme du nôtre. On voit là que Calvin n'a jamais souhaité établir une nouvelle Eglise, à côté de l'Eglise catholique, mais a toujours eu l'espoir de réformer toute l'Eglise et maintenir une Eglise universelle, pour tous les croyants, mais réformée sur la base de l'évangile biblique. Nous savons que, malheureusement, l'histoire n'a pas évolué dans cette direction.
    L'Eglise invisible, cependant, rassemble tous ceux qui acceptent la réconciliation offerte par Dieu en Jésus-Christ et qui peuvent dès maintenant vivre en paix avec lui. Cette Eglise n'est pas elle-même la lumière. Elle est seulement porteuse de la lumière de Dieu pour apporter ce message de paix, de réconciliation à tous les humains, à tous nos voisins et nos proches.
    A ce propos, j'aimerais partager une inquiétude. Au mois de mars, il y aura l'élection du Conseil paroissial et de divers Conseils régionaux. Avec les déménagements et les départs de conseillers et de bénévoles qui ont travaillés de nombreuses années, nous avons entre 10 et 12 places à repourvoir, dont 7 au Conseil paroissial. La relève s'annonce difficile et je vois la paroisse en danger.
    Merci de porter ce souci, cette inquiétude, dans vos prières, mais aussi dans vos réflexions personnelles et vos discussions avec votre entourage. De nouveaux disciples sont appelés, se lèveront-ils pour faire partager cette réconciliation et cette paix que Dieu nous offre ?
    Amen

    * la conférence est passée, mais on peut voir le calendrier des manifestations sur : http://www.calvin09.org/FR/home/accueil.html
    ou se référer à : Calvin sans trop se fatiguer, Christopher Elwood,  Mix & Remix, Labor et Fides, 2008
    © Jean-Marie Thévoz, 2009

  • Romains 5. La couronne de l'Avent

    Romains 5Ph_JMT2008-12-04DSC_0753.JPG

    30.11.2008
    La couronne de l'Avent
    Esaïe 9 : 1-6 Rm 5 : 12-15

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Savez-vous qu'une couronne de l'Avent raconte toute une histoire ? Savez-vous laquelle ? Vous avez probablement acheté ou confectionné une couronne de l 'Avent et vous vous apprêtez à allumer la première bougie aujourd'hui. Pourquoi faites-vous cela ? La réponse la plus simple c'est de pouvoir compter les dimanches jusqu'à Noël. Mais la couronne de l'Avent est plus qu'un calendrier avec ses petites portes.
    Mais le sens symbolique, les liens ont tendance à se perdre aujourd'hui. On se met à oublier les significations. Notre société encourage une lecture plate de la réalité. Un chat et un chat, un franc est un franc, un sapin est un sapin, il ne faut pas aller chercher plus loin. Eh bien, la période de l'Avent et de Noël nous invite à aller voir au-delà de la plate réalité. Cette période nous invite à donner du sens à tout ce que nous voyons, à tout ce que nous rencontrons, à toute la réalité.
    Nous savons que les nuits s'allongent à cause de l'inclinaison de la terre face au soleil, mais pourquoi ne pas en faire une parabole de l'obscurité qui risque à tout moment de nous submerger si nous n'avons plus d'espérance ? Mobilisons-nous pour que la lumière revienne, même si nous savons que les jours recommenceront à grandir mécaniquement à partir du 22 décembre. Mobilisons-nous parce que la lumière — dans le monde des humains — ne reviendra pas automatiquement, sans notre participation.
    Nous avons besoin de sens, nous avons besoin de relier les événements les uns aux autres pour former une histoire, l'histoire de notre vie. Nous avons besoin de relier le ciel et la terre, parce qu'ils ne font qu'un depuis que Dieu a décidé d'y habiter, d'y vivre avec nous. Et la couronne de l'Avent est le témoin des étapes de cette histoire commune.
    C'est d'abord une histoire de vie, du don de la vie au commencement et du don de la vie pour tous les recommencements marqués par les branches toujours vertes du sapin. Avec Dieu, la vie ne finit pas, la vie est plus forte que tous nos hivers, tous nos dessèchements.
    La couronne est arrangée en un cercle pour marquer le temps qui passe, temps des générations qui se succèdent, temps de la venue de Jésus et temps du retour annoncé du Christ. Ce temps est placé sous la conduite et la garde de Dieu, c'est un temps fait pour la vie.
    Et puis, il y a les quatre bougies qui marquent quatre temps dans l'histoire de Dieu avec les humains, quatre temps qui précèdent et préparent la venue de Jésus.
    La première bougie nous renvoie à Adam et Eve. Humanité première qui n'a pas accompli sa vocation et dans laquelle nous nous reconnaissons tous. Mais ce n'est pas la bougie de l'échec et du désespoir d'une condition humaine perdue et condamnée. C'est la bougie du pardon, du pardon unilatéral offert par Dieu, la bougie de toutes les occasions où Dieu a de nouveau tendu sa main pour nous ramener à lui. Une bougie qui annonce la grâce accomplie par Jésus, bien plus importante que toutes les fautes de l'humanité (Rm 5:15).
    La deuxième bougie nous renvoie à Abraham, la figure du croyant, celui qui a saisi la main tendue par Dieu et qui s'est efforcé de marcher dans les pas de son Dieu. C'est la bougie de la foi, de la confiance. La lumière de la deuxième bougie contribue à repousser un peu plus loin l'obscurité.
    La troisième bougie nous renvoie à David, à la joie et à l'espérance messianique. David danse devant l'arche, devant Dieu pour marquer sa joie d'être dans la main de Dieu. Et Dieu lui promet que sa lignée ne s'éteindra jamais, plus encore, que le Messie sortira de lui. Cette bougie est le signe d'une alliance qui ne sera jamais rompue entre Dieu et nous. Le Fils de David va venir régner sur nos cœurs; à Noël, nous pouvons l'accueillir. Son règne ne se fera pas par la force et la contrainte, mais par la justice et l'amour.
    Et la quatrième bougie nous renvoie aux prophètes, à Esaïe qui précise le contour, la personnalité du Messie. Le Messie vient comme une lumière pour tous les peuples, comme un conseiller, comme un roi, mais en même temps comme un nouveau-né. C'est son humanité profonde qui nous convaincra de le suivre et de l'aimer. Il ne nous impose aucune contrainte. Il nous veut libres de le suivre. Il nous veut volontaires et autonomes, décidant librement de suivre le chemin qu'il trace.
    Ces quatre bougies, ces quatre temps nous disent les valeurs qui sont celles de Dieu : pardon et grâce, confiance et amour, alliance et fidélité, justice et paix dans le temps toujours recommencé d'une vie plus forte que la mort.
    Voilà ce que nous dit la couronne de l'Avent dont nous avons allumé aujourd'hui la première bougie. Que Dieu soit avec vous.
    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2008
    Source : Société biblique suisse "La Bible aujourd'hui" 4/2008, pp. 12-13

  • Ephésiens 4. Unité dans la diversité, déjà en Dieu

    13.1.2008

    Gn 18 : 1-5    Matthieu 3 : 13-17    Ephésiens 4 : 3-6

    Chères paroissiennes, chers paroissiens, chers catéchumènes,
    Il y a 15 jours, 40'000 jeunes se réunissaient à Palexpo-Genève pour vivre une expérience de foi autour des frères de Taizé. Ces jeunes venaient de toute l'Europe, mais en majorité des pays de l'Est. Accueillis dans nos paroisses, dans nos familles, ces jeunes, catholiques, orthodoxes ou protestants, partageaient une quête spirituelle, de confiance et de paix.
    Ils se sont rassemblés au-delà des frontières que tracent autant nos pays que nos Eglises. Je les ai vu réaliser cette parole de la lettre aux Ephésiens : "Efforcez-vous de maintenir l'unité que donne l'Esprit-Saint, par la paix qui vous lie les uns aux autres." (Eph 4:3)
    Cette unité se voyait dans l'état d'esprit — pacifique et joyeux — de ces jeunes, sans qu'ils ne renoncent à leurs différences, à leur diversité. Unité dans la diversité ! Est-ce possible dans notre façon de vivre le christianisme ?
    J'aimerais parier que c'est possible ! Je pense que c'est possible, parce que cette unité et cette diversité existent déjà en Dieu lui-même !
    Ce même texte de la lettre aux Ephésiens nous décrit Dieu ainsi : "Un seul Saint-Esprit, un seul Seigneur (Jésus), un seul Dieu, le Père de tous." (Eph 4:4-6) Unité de Dieu, dans une diversité des expressions, des "extériorisations" de Dieu.
    Cette diversité est déjà présente, de la même façon, dans le récit du baptême de Jésus. Jésus reçoit le baptême des mains de Jean-Baptiste, puis l'Esprit de Dieu descend sur Jésus, la voix du Père déclare — du ciel : celui-ci est mon Fils bien-aimé (Mt 3:16). Esprit, Père, Fils. Père, Fils, Saint-Esprit. Dieu unique manifesté en trois personnes, en trois modalités.
    A. Dans le christianisme, il y a ce qu'on partage avec toutes les religions : un Dieu transcendant, c'est-à-dire un Dieu qui est au-dessus de tout, différent, supérieur à tout ce qu'on rencontre sur la terre. C'est de lui qu'on dit qu'il est "au ciel", qu'il est "l'être suprême". C'est Dieu, Père et créateur.
    B. Mais ce qui est particulier dans le christianisme, ce qui nous est propre, c'est que ce Dieu Tout-Autre — complètement différent et au-dessus de nous — a décidé de quitter le ciel pour descendre sur la terre. Il n'a pas seulement jeté un œil sur la terre et notre vie, il a vécu une vie d'être humain, de la naissance à la mort, y compris. Dieu marque sa volonté de proximité avec nous.
    C'est ce qui fait le cœur du christianisme : cet homme Jésus est le Christ, le Messie, plus encore, le Fils de Dieu, c'est-à-dire celui qui est vraiment de la même substance, de la même essence, du même être que Dieu. Pas seulement un homme inspiré, pas seulement un prophète plus proche de Dieu, vraiment Dieu lui-même dans la peau d'un homme. C'est Dieu le Fils, Jésus, le Seigneur.
    C. Et puis, on nous parle de l'Esprit ou du Saint-Esprit. Pourquoi cette troisième personne, cette troisième modalité ? Le Saint-Esprit, c'est la présence actuelle de Dieu, la forme sous laquelle Dieu est présent pour nous aujourd'hui. Jésus de Nazareth n'est plus là en tant qu'homme. Dieu créateur ne nous est pas accessible tant sa grandeur nous dépasse et nous écraserait. Dieu est présent maintenant sous la forme de son Esprit C'est lui qui nous permet de comprendre, de saisir Dieu. C'est lui qui fait le lien entre Dieu et nous.
    Dans le baptême de Jésus, il apparaît sous l'image d'une colombe; à Noël, sous la forme des anges; à Abraham, sous la forme de trois personnages qui lui rendent visite. L'Esprit-Saint est ce qui nous relie à Dieu aujourd'hui.
    Dieu sous ces trois formes, ce n'est pas un article de foi que nous sommes obligés d'apprendre et de croire. C'est aussi une réalité à vivre.
    Quand j'ai besoin de protection, Dieu est Père, il dit la Loi qui protège le faible, qui trace et délimite ce qui tue et ce qui fait vivre. Il bénit et nourrit notre vie spirituelle.
    Quand j'ai besoin de compréhension, Dieu est homme, homme souffrant en Jésus, plein de compassion, d'empathie. Il encourage, il soutient, il soulage, il pardonne.
    Quand j'ai besoin d'agir, Dieu est Saint-Esprit, il me fait comprendre les situations, trouver les repères, mobiliser mes forces dans la bonne direction.
    Dieu est un, mais il est aussi divers pour nous apporter ce dont nous avons besoin dans chaque situation de notre vie. C'est une des richesses du christianisme de pouvoir conjuguer aussi bien l'unité que la diversité.
    C'est pourquoi 40'000 jeunes, de provenances diverses, de langues diverses, de confessions diverses ont pu partager ensemble et dans le même esprit ces quatre jours de pèlerinage de confiance à Genève, autour des frères de Taizé.
    Pour continuer dans cette ligne d'unité dans la diversité, gardons le message que la voix du Père prononce lors du baptême de Jésus — et qu'il répète à chacun d'entre nous : "Tu es mon enfant bien-aimé, je mets en toi toute ma joie." (Mt 3:17)
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2008

  • 1 Corinthiens 10. Un choix à faire

    1 Co 10

    26.9.1999
    Ouverture du catéchisme : Un choix à faire
    2 Rois 4 : 38-41    1 Co 10 : 23-26    Mt 13 : 47-48

    Chers catéchumènes, chers parents, Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Vous êtes plutôt : Swisscom ou Sunrise. Nokia ou Panasonic. PDC ou radical. Cardinal ou Campari. Yes or No ? Voilà les choix que nous proposent les affiches publicitaires qu'on voit maintenant dans nos rues.
    Combien de choix sommes-nous appelés à faire tous les jours ? Des petits choix qui ne portent pas à conséquences, jusqu'à des choix qui nous engagent, certains choix pour l'existence entière... Nous vivons dans une société du choix, dans une société où il faut constamment choisir. Et nous voulons du choix, nous préférons la carte au menu. Ne voyons pas cela sous un angle négatif, cela nous donne du pouvoir, une possibilité d'exercer notre liberté.
    Le problème, c'est aussi que les choix deviennent de plus en plus complexes : que choisir ? Vous voulez plutôt du boeuf ou du poulet pour midi ? 
    "La soupe est empoisonnée" crient les convives autour de la marmite du prophète (2 R 4: 40). Voilà, en ce temps lointain, la famine régnait dans ce pays. Un homme a été chargé de faire à manger. Alors, il est parti dans la campagne, voir ce qu'il pourrait trouver à manger. La première chose qui ressemblait à un légume lui a convenu. Il en a fait son menu.
    Choisir comporte donc aussi des risques. Celui qui va à la cueillette des champignons les soumet à un spécialiste avant de les manger. Le tri de ce qui est bon ou mauvais pour nous est essentiel. Nous commençons à regarder de près ce que nous mettons dans notre assiette, et par les temps qui courent cela vaut mieux, même si c'est plutôt difficile avec le peu d'informations qu'on nous donne. Nous contrôlons aussi bien que faire se peut le contenu de notre assiette.
    Mettons-nous la même attention à vérifier ce que notre cerveau avale ? Ce qui nourrit notre esprit ou notre âme ? Nous avons vu qu'à la source de la vache folle et du poulet à la dioxine, il y avait une course effrénée au profit, sans égard pour les consommateurs. En est-il différemment avec la publicité, avec les films ou les idéologies qui nous matraquent, dans la rue ou sur nos écrans ?
    Mon idée n'est pas qu'il faudrait commencer à censurer, à interdire, etc. Par contre, il est urgent de réfléchir à notre façon de choisir et peut-être même : apprendre à faire des choix.
    *    *    *
    Le christianisme est une religion de la liberté. Cela a commencé avec la liberté des personnes dans le judaïsme, avec la libération des hébreux et la sortie d'Egypte. Ceux qui ont vu le film "Le prince d'Egypte" voient de quoi je parle. Cette libération s'est accompagnée du don de la loi, comme mode d'emploi et de sauvegarde de cette liberté. La loi énonce en premier lieu des repères pour que je sois protégé. Ainsi, l'interdit de tuer est d'abord l'interdit vis-à-vis des autres de me tuer, donc le droit de vivre pour exercer ma liberté. Ensuite, la réciproque est évidente.
    Vous avez entendu l'apôtre Paul dire "Tout est permis, mais tout n'est pas utile, tout n'est pas constructif" (1 Co 10:23) C'est une liberté énorme que donne Paul dans un monde plein de tabou, notamment alimentaires. Le but de la loi n'est pas l'obéissance à la loi, mais le respect de tout humain. C'est un bouleversement dans le monde gréco-romain où les limites étaient les dieux, de placer l'être humain au centre. Aujourd'hui aussi c'est un bouleversement sérieux de dire : c'est le respect de l'être humain qui doit être le repère central de toute activité humaine. On est plus habitué à entendre parler des contraintes de l'économie, de la concurrence, de la survie de l'entreprise, au point qu'on place ces contraintes au-dessus du sort de l'être humain.
    *    *    *
    Chers catéchumènes,
    Vous entrez dans l'adolescence, un âge où l'on est confronté à de nombreux changements et à de nombreux choix. Vous allez devoir trier parmi tout ce que le monde vous propose. Vous allez réaliser que toutes les propositions ne sont pas offertes dans votre intérêt, mais visent d'autres intérêts que les vôtres. Vous pouvez vous préparer, apprendre à faire ces choix, comme un spécialiste apprend à distinguer les champignons qui se mangent de ceux qui empoisonnent. Vous pouvez vous préparer en faisant un premier choix qui guidera les choix suivants. Ce premier choix, c'est : vais-je construire ma vie avec ou sans Dieu ? Vais-je construire ma vie avec les repères, le soutien et l'amour que Dieu donne ou vais-je construire ma vie seul, selon mes intuitions, en créant ma propre loi.
    Vous allez commencer le catéchisme pour découvrir cette offre de Dieu de construire une vie avec lui pour guide et compagnon. Je suis réaliste, ce n'est pas la seule proposition de style de vie que vous recevez, mais j'espère que ce temps de catéchisme vous permettra de collecter suffisamment d'informations pour faire votre choix, un choix libre et informé.
    Depuis votre naissance, il y a une place pour vous, — une place réservée — dans le coeur de Dieu. Il a des projets de bonheur et de vie heureuse pour vous. Profitez de ce temps de catéchisme pour venir à sa rencontre, à sa découverte et enraciner votre vie dans du solide.
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2007

  • Romains 8. La justification par la foi (II) : Nous sommes libérés du souci de nous-mêmes.

    Romains 8

    9.11.2003

    La justification par la foi (II) : Nous sommes libérés du souci de nous-mêmes.

    Rm 8 : 1-4    Eph 5 : 1-2 + 8-11


    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Dimanche dernier, dimanche de commémoration de la Réforme, j'ai parlé de la signification de la justification par la foi du chrétien. Le terme "justification par la foi" signifie que notre valeur — aux yeux de Dieu et des humains — ne dépend pas de nos succès ou de nos échecs, de ce que nous faisons ou ne faisons pas, mais provient de Dieu lui-même, de son amour inconditionnel pour nous.
    Nous ne sommes plus sous la pression de l'exigence inatteignable de la Loi ou des contraintes sociales, des impératifs de modes ou du regard des autres.
    L'exigence de faire quelque chose pour être quelqu'un aux yeux de Dieu ayant disparu, se pose la question : cela ne conduit-il pas au laisser-aller, au désengagement, voire ouvre la porte à toute immoralité ?
    Historiquement, le protestantisme ne s'est pas engagé dans cette voie-là — au contraire ! On a suffisamment reproché au protestantisme sa rigueur, son sérieux, son puritanisme, son sens des responsabilité, voire la culpabilisation de ses fidèles. Comme si l'exigence qui a été chassé par la porte était revenue par la fenêtre !
    Comment a-t-on pu obtenir autant de rigueur, de responsabilisation et d'engagement, tout en ayant congédié l'exigence ?
    Je vais passer par un exemple, un peu terre à terre, mais que tous connaissent, celui de la circulation routière. Se passer de la peur du gendarme et obtenir les mêmes résultats, c'est le rêve de la prévention routière. Comment faire pour que les automobilistes respectent, par exemple, les limitations de vitesse ? On peut multiplier les contrôles, les amendes, etc... jusqu'à ce que chacun ait compris qu'il y a trop de risques de se faire prendre et punir. Ou alors... faire comprendre à chacun qu'il y va de sa propre vie (de son salut) et que la loi est là — non pour l'embêter — mais pour son avantage. Faire de l'automobiliste un être responsable, non par contrainte, mais par choix personnel.
    Je reviens à la théologie. Avec la justification par la foi en Jésus-Christ, Dieu, qui représente la loi, offre à l'être humain de le regarder non pas comme celui qui contraint, mais comme celui qui sauve, celui qui nous est favorable. La foi est une conversion de notre regard sur Dieu. A travers Jésus-Christ, Dieu s'offre comme celui qui est toujours de notre côté, le Dieu amour et non pas le Dieu juge, accusateur. A travers le crucifié, Dieu nous montre qu'il n'est pas un maître, un chef ou un tyran, mais qu'en s'abaissant, il nous hisse à sa hauteur. C'est pourquoi nous ne sommes plus appelés ses serviteurs, mais ses amis (Jn 15:15).
    Dieu a fondamentalement changé notre statut. La parabole du fils perdu et retrouvé (prodigue, Luc 15) l'exprime admirablement. Le fils se considère comme un misérable, lorsqu'il a perdu tout le bien reçu de son père. Il considère que son père ne peut le recevoir que comme un serviteur. Mais le regard du père est autre. Jamais le fils ne sera serviteur, il a toujours sa place d'héritier, quoi qu'il arrive !
    Le serviteur est celui qui obéit, par crainte du maître. L'obéissance est une motivation externe, extérieure (comme la peur du gendarme pour l'automobiliste). Mais la motivation de l'employé change lorsqu'il devient un associé dans l'entreprise. Confiez des responsabilités à quelqu'un et il n'obéira plus parce qu'il le doit, mais parce qu'il le veut, parce qu'il a choisi d'assumer ces responsabilités. L'associé est mu par une motivation interne, il sait pourquoi, pour qui il travaille. Paul appelle cette motivation interne le Saint-Esprit. C'est lui qui nous meut lorsqu'il nous habite.
    Dieu a donc fait de nous des partenaires, des associés, des amis, même ! Dieu donne à l'être humain les clés du Royaume (Mt 16:19), c'est-à-dire le pouvoir de pardonner. Ce statut et cette responsabilité sont donnés également à tous les chrétiens, c'est ce qu'on appelle le sacerdoce universel.
    Pour évoquer ce changement de statut, Paul parle d'un passage de l'obscurité à la lumière :

    "Vous étiez autrefois dans l'obscurité; mais maintenant, par votre union avec le Seigneur, vous êtes dans la lumière" (Eph 5:8).
    Pourquoi ce changement est-il un passage à la lumière ? Parce qu'il y a une illumination à découvrir que Dieu n'est pas tel qu'on le pensait et à découvrir que nous sommes aussi autres que nous ne le pensions.
    Dans la justification par Dieu de notre être et de notre place, il y a une véritable libération ! Nous sommes libérés du souci de nous-mêmes. Libérés du souci de gagner notre propre valeur. Libérés du souci d'affirmer notre être. Libérés du souci de défendre notre place. Notre valeur, notre être, notre place sont garantis par Dieu lui-même.
    Alors, nous pouvons nous dé-préoccuper de nous-mêmes ! Nous pouvons abandonner toutes ces petites questions insidieuses qui reviennent sans cesse et nous taraudent : est-ce que j'en ai assez fait ? Suis-je assez bien ? Ne va-t-on pas découvrir qui je suis derrière les apparences que je me donne ? Tout cela est effacé, écarté. Que d'énergie libérée !
    Dé-préoccupés de nous-mêmes, nous avons de l'énergie pour nous tourner vers les autres, pour prendre en mains les tâches que Dieu nous confie dans la gestion de son Royaume. Et cette fois, nous ne faisons pas cela pour... plaire à Dieu, pour me faire bien voir, mais parce que... j'ai été promu par Dieu au rang d'associé, d'ami, parce que je suis reconnaissant, parce que j'ai à coeur de faire découvrir cette libération à d'autres autour de moi qui plient sous les exigences du paraître, de la mode, de l'efficacité, etc..., tous nos esclavages modernes.
    Comme Paul le dit (et on commence à comprendre mieux son vocabulaire) :

    "Maintenant donc, il n'y a plus de condamnation pour ceux qui sont unis à Jésus-Christ. Car la loi de l'Esprit Saint, qui donne la vie par Jésus-Christ, t'a libéré de la loi du péché et de la mort. Dieu a accompli cela pour que les exigences de la loi soient réalisées en nous qui vivons non plus selon notre propre nature, mais selon l'Esprit Saint." (Rm 8:1-2+4)
    Vivre selon l'Esprit Saint, c'est donc vivre avec la nouvelle image de Dieu que l'Esprit Saint nous révèle lorsque nous voyons le Christ sur la croix : un Dieu d'amour. C'est donc vivre libérés, dé-préoccupés de nous-mêmes. C'est donc vivre portés par l'amour de Dieu qui nous nourrit et nous réconcilie avec ceux qui nous entourent.
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2007

  • Galates 2. La justification par la foi (I) : Dieu lui-même nous confère notre valeur.

    Galates 2

    2.11.2003

    La justification par la foi (I) : Dieu lui-même nous confère notre valeur.

    Ga 2 : 15-16    Ga 5 : 1-6


    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Nous vivons aujourd'hui le dimanche de la Réformation, c'est-à-dire un dimanche où nous nous souvenons de nos racines réformées, protestantes. Je pourrais revenir sur les événements historiques de 1517 lorsque Luther a voulu instituer un débat pour réformer son Eglise et la faire revenir à une plus grande pureté évangélique. Ou alors parler de l'imposition de la Réforme dans le canton de Vaud par la puissance bernoise en 1536.
    Je préfère laisser de côté aujourd'hui les événements historiques pour rappeler plutôt les principes fondamentaux, les lignes de force qui sous-tendent la pensée protestante. Reste un problème, comment affirmer son protestantisme sans le faire contre le catholicisme ?
    Historiquement, il est clair que le protestantisme s'est constitué et développé comme un système de pensée qui voulait transformer et remplacer le catholicisme. Alors deux remarques. Premièrement le catholicisme actuel n'est plus le catholicisme du XVIe siècle. Secondement, le protestantisme n'est pas une pensée, une confession qui a besoin d'un adversaire pour exister. Le protestantisme a une ligne de pensée qui vaut par elle-même et qui garde une grande actualité dans notre monde contemporain. Ce sont quelques aspects de cette ligne de pensée que je vais développer aujourd'hui et dimanche prochain.
    Aujourd'hui, je prends comme point de départ cette phrase de l'apôtre Paul :

    "nous avons cru en Jésus-Christ, afin d'être reconnus justes à cause de notre foi au Christ et non pour avoir obéi à la Loi." (Ga 2:16)
    Il y a deux éléments importants dans cette phrase : "être reconnus justes à cause de notre foi" et "à cause de notre foi au Christ." Deux lignes de force de la pensée protestante : la justification par la foi seule et le salut par Jésus-Christ seul.
    Que signifie aujourd'hui — dans notre monde laïc et si peu croyant — "être justifiés par la foi" ou "être reconnu juste" ? Paul opposait cela à l'obéissance à la Loi juive. Les Réformateurs opposaient cela à la vente des indulgences et aux pratiques pénitentielles.
    Aujourd'hui, en quoi est-ce une bonne nouvelle que nous soyons "justifiés par la foi" alors que personne ne nous demande d'obéir à la Loi juive ou de payer notre place au paradis ? Nous avons besoin d'une traduction, de nouveaux mots pour exprimer cela. "Etre justifiés par la foi" dans le langage du Nouveau Testament signifie être considérés, avoir de la valeur aux yeux de Dieu ou des humains. Poser la question : par quoi suis-je justifié ? signifie aujourd'hui : qu'est-ce qui me donne ma valeur, mon statut, qu'est-ce qui fait que je vaux quelque chose aux yeux des autres.
    Dans notre monde actuel, il y a aussi une pression à justifier de notre valeur, de notre place dans la société. N'entendons-nous pas dire que certains dans notre société "coûtent" trop chers à cause du chômage, de la dépendance ou de l'âge ?
    Dans le langage d'entreprise, cela pourrait être votre patron qui vous demande : "Qu'est-ce qui justifie que vous occupiez cette place de travail ?" Traduction : est-ce que vous apportez une valeur à l'entreprise supérieure à votre salaire ? L'employé est justifié par le rendement de son travail dans l'entreprise.
    Le protestantisme affirme que nous sommes justifiés par notre foi en Christ, c'est-à-dire que notre valeur ne dépend pas de notre travail (nos bonnes oeuvres) ni de nos qualités, nos capacités, nos compétences. Notre valeur repose sur Dieu seul, sur le Christ seul. C'est son regard qui nous confère notre valeur. Ce n'est pas le regard des autres qui nous donne notre valeur.  Notre valeur repose en Dieu.
    Vouloir acquérir notre propre valeur, c'est penser qu'il est possible d'être parfait ou au moins supérieur à tous les autres, c'est penser aussi que Dieu ne peut aimer que des êtres parfaits, ou qu'il préfère les meilleurs (meilleurs sur quels critères ??). La valeur de notre personne ne dépend pas du regard des autres (pas besoin d'être jeune et beau pour être aimé); ne dépend pas de nos réussites ou de nos échecs,, il n'y a pas de modèle à atteindre, de paliers à dépasser chaque année.
    Notre seul rôle, c'est d'avoir confiance, de croire (au sens fort du terme) que notre valeur nous est bien donnée par Dieu et donnée gratuitement. Pas besoin d'entrer avec Dieu dans une relation de séduction ou de marchandage ! Pas besoin non plus d'intermédiaires entre nous et Dieu pour plaider notre cause. Ce serait un manque de confiance envers Dieu de penser qu'il ne fait pas attention à nous !
    Avoir la foi, c'est penser que Dieu ne regarde pas à nos manquements (à nos péchés). Avoir la foi, c'est convertir notre façon de voir Dieu. Il n'est pas "celui qui nous attend au contour pour nous faire des reproches sur nos imperfections." Au contraire, il est celui qui nous accueille, celui qui nous accepte tels que nous sommes, celui qui nous encourage à marcher sur le difficile chemin de la vie.
    Dieu n'est pas celui qui vient dans sa toute-puissance écrasante et dont nous devrions avoir peur. Il est celui qui est venu auprès de nous dans la peau du Christ crucifié, dépouillé de tout ce qui pourrait nous faire peur et nous éloigner de lui.
    Voilà ce que veut dire "justifiés par la foi au Christ", justifiés par la confiance que nous mettons en la bonté extrême de Dieu envers nous, de son amour inconditionnel à notre égard. La foi s'oppose à la peur, peur d'être jugés, peur de ne pas être à la hauteur, peur de ne pas accomplir les exigences présumées de Dieu.
    Sur la croix, Dieu a abandonné toute exigence à notre égard, il nous a simplement offert son amour. Il n'attend rien, sauf que nous le voyons tel qu'il est — un Dieu d'amour — et que nous lui fassions confiance en ceci : c'est lui qui nous garantit la valeur de notre être.

    .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .
    Si Dieu n'a plus aucune exigence à notre égard (l'obéissance à la Loi est abandonnée) n'est-ce pas la porte ouverte à tous les laisser-aller, à la perte de tous les repères, de toute éthique ?
    Pourquoi le protestantisme n'est-il pas tombé dans ce travers ? C'est ce que nous verrons dimanche prochain.
    A dimanche prochain...

    © Jean-Marie Thévoz, 2007

  • Romains 1. L'apôtre Paul (III) Les relations entre juifs et non-juifs, l'image de l'olivier greffé

    Romains 11

    20.7.2003

    L'apôtre Paul (III) Les relations entre juifs et non-juifs, l'image de l'olivier greffé

    Rm 10 : 1-4    Rm 11 : 1-6    Rm 11 : 17-24

    Chères paroissiennes, chers paroissiens, 
    Il y a 15 jours, nous avions vécu avec Paul le Concile de Jérusalem. Un compromis entre Jacques, Pierre et Paul avait été trouvé sur l'obéissance à la Loi qui devait être demandée ou non aux non-juifs — les païens qui devenaient chrétiens. Paul est donc reparti s'occuper des Eglises d'Asie Mineure. Il a étendu son domaine à la Grèce : Thessalonique, Athènes, Corinthe. Le réseau des Eglises fondées ou stimulées par l'apôtre Paul est considérable.
    Les voyages se faisaient à pied ou en bateau, ils étaient lents et éprouvants. Alors, Paul se met à écrire des lettres pour rester en contact ou continuer à enseigner certaines communautés. Ces lettres de l'apôtre Paul nous sont conservées (probablement pas toutes) dans le Nouveau Testament. Une de ces lettres est particulière, puisqu'elle s'adresse à une communauté encore inconnue de Paul, c'est la lettre aux Romains. Paul a le projet d'aller un jour dans la capitale de l'empire ! Il prépare le terrain en écrivant à des chrétiens qui s'y trouvent déjà !
    Comme cette lettre n'est pas inspirée par des questions précises de la communauté ou des problèmes qui y ont surgi — comme les lettres aux Galates ou aux Corinthiens par. ex. — Paul dessine une fresque de sa compréhension du plan de Dieu pour tous les humains. Nous avons donc là un vrai traité de théologie paulinienne !
    Impossible, en une prédication d'en faire le tour. Je ne reteins qu'une question, attachée au vécu de l'apôtre, celle des relations entre juifs et païens. Paul peut le constater au travers de son ministère : les juifs se ferment au message de la bonne nouvelle, mais les païens s'y ouvrent et deviennent de plus en plus nombreux (même si c'est un tout petit pourcentage de la population totale) à embrasser la nouvelle foi.
    Pour le juif qu'est Paul — baigné dans l'Ancien Testament, fier d'être juif, membre du peuple d'Israël (Rm 11:1); Israël, l'héritier de la promesse divine, le peuple élu, choisi par Dieu pour le faire connaître au monde, — pour Paul, c'est une blessure, une souffrance de voir son peuple rejeter le Messie annoncé par les Ecritures. Alors, Dieu aurait-il changé son plan ? Dieu aurait-il décidé de rejeter son peuple et de s'en choisir un autre ?
    Paul est déchiré lorsqu'il écrit aux Romains : "Frères, ce que je désire de tout mon coeur, et que je demande à Dieu pour les juifs, c'est qu'ils soient sauvés." (Rm 10:1) C'est un problème personnel, mais c'est aussi une question théologique : "Je demande donc: Dieu aurait-il rejeté son peuple ? Paul ne peut que répondre NON ! Et il rappelle que cela s'est déjà produit dans l'histoire d'Israël, qu'il n'y ait plus qu'un poignée, un petit reste de fidèles, mais c'est encore le peuple d'Israël.
    Pour Paul, le refus des juifs est lié à une méconnaissance, à un manque d'information d'abord. Les juifs sont plein de zèle, mais ce zèle est mal orienté. Les juifs croient pouvoir se rendre justes devant Dieu alors que c'est impossible — nous avons vu comment l'apôtre en a fait la cruelle expérience dans son rôle de persécuteur — seul Dieu nous rend justes devant lui. Evangéliser, les juifs et les non-juifs, c'est, pour Paul, annoncer cela sans relâche. Dieu seul nous rend juste, la foi c'est de faire cette confiance à Dieu (Rm 10:3). Il faut faire confiance en cette bonté de Dieu.
    L'élection du peuple de Dieu n'est pas le fruit de bonnes actions de son peuple, mais uniquement le fuit de la bonté de Dieu (Rm 11:6). L'éloignement des juifs est dû à un manque de foi (Rm 11:20), mais il n'est que temporaire aux yeux de Paul. Et l'apôtre va développer une image magnifique pour expliquer les positions respectives des juifs héritiers de la promesse de toujours et des pagano-chrétiens qui entrent si tardivement et récemment dans cette mouvance.
    Paul compare l'histoire d'Israël à un olivier. Dieu est le jardinier qui s'occupe de cet olivier. Cela fait des années — des siècles, des millénaires — que Dieu s'en occupe et donc c'est un olivier cultivé. Ce qui se passe actuellement — pour Paul — c'est que des branches, certaines branches de cet olivier cultivé sont coupées, ôtées de l'arbre. A leur place sont greffées des branches d'olivier sauvage ! Oui, c'est vraiment le monde à l'envers ! De l'olivier sauvage remplace certaines branches d'olivier cultivé, c'est le contraire du bon sens. Mais c'est ce qui arrive et c'est ce qui permet é Paul d'expliquer à chacun quelle est sa vraie place.
    Les branches coupées, eh bien, c'est un vrai malheur. Mais ce n'est pas un rejet définitif. Paul spécifie bien que "si les juifs renoncent à leur incrédulité, ils seront greffés là où ils étaient auparavant. Car Dieu a le pouvoir de les greffer de nouveau." (Rm 11:23)
    En ce qui concerne les nouveaux venus, les branches d'olivier sauvage greffées, cela appelle à a modestie. Si l'on peut couper les branches établies, c'est aussi possible pour branches greffées. C'est un honneur, c'est une grâce d'être rattaché à la longue histoire du peuple de Dieu. C'est donc un devoir de respecter et d'honorer cette histoire et cette tradition, plus encore, cette tradition est la source de notre croissance. C'est valable pour nous aussi aujourd'hui et nous rappelle que nous n'avons pas à reléguer l'Ancien Testament au rang des antiquités.
    L'image de Paul est très forte : "Tu profites maintenant de la racine qui nourrit l'olivier cultivé (...). Ce n'est pas toi qui portes la racine, c'est la racine qui te portes !" (Rm 11:17-18).
    Ah, si seulement ces paroles de l'apôtre Paul avaient été plus souvent lues et prêchées au cours des siècles et pendant le XXe siècle, combien les relations entre chrétiens et juifs auraient été meilleures et peut-être n'auraient-elles pas abouti à la shoah. Ces paroles condamnent tout antisémitisme chrétien et interdit tous les reproches faits par les chrétiens contre les juifs d'avoir tué le Christ, d'être un peuple déicide. Tous les humains étaient inclus dans la foule qui criait "Crucifie !" à Jérusalem, comme tous les humains sont accueillis dans le salut offert par Dieu, par grâce au travers de Jésus.
    Paul nous livre ici un témoignage de conciliation entre chrétiens et juifs qui doit continuer à nous inspirer aujourd'hui. Malgré cette vision pacificatrice de Paul, nous verrons dimanche prochain comment les autorités de Jérusalem vont tout aire pour qu'il soit condamné à mort par les Romains. Heureusement, Paul dispose d'un joker qui créera un nouveau rebondissement dans son parcours...

    (à suivre...)

    Jean-Marie Thévoz, 2007

  • Galates 1. L'apôtre Paul (I) De la persécution à la conversion

    Galates 1

    29.6.2003
    L'apôtre Paul (I) De la persécution à la conversion
    Ac 22 : 1-11    Ga 1 : 11- 24

    Chères paroissiennes, chers paroissiens, chers Amis,
    Je commence aujourd'hui une série de quatre prédications sur la vie et la pensée de l'apôtre Paul. Plus du quart du Nouveau Testament nous vient des écrits de Paul, c'est dire son importance, son poids dans la formulation de la pensée chrétienne ! Comprendre mieux le personnage, son cheminement, son parcours, ses succès comme ses échecs ou ses erreurs nous permettrons de mieux comprendre sa pensée et donc nos origines et certainement aussi notre protestantisme !
    Paul est né en l'an 8 de notre ère, dans la ville de Tarse en Cilicie, l'actuelle Tarsus en Turquie. Je vais essayer de vous situer cette ville. Si l'on considère que la Méditerranée — à cette extrémité — a une forme de rectangle, délimité en haut par la Turquie, sur le côté par la Syrie, le Liban et Israël et en bas par l'Egypte, alors Tarse se situe près de l'angle supérieur, sur la côte turque.
    Il y a dans cette ville, comme dans la plupart des grandes villes du pourtour de la Méditerranée, une communauté juive. L'ensemble de ces communautés forment ce qu'on appelle la "diaspora," les juifs dispersés depuis l'Exil de 587 av. J.-C. Ces communautés, avec leur synagogue, répandues dans tout l'empire romain, joueront un grand rôle dans la vie de Paul.
    A sa naissance, il reçoit le nom juif de Shaoul (comme le roi Saül), nom qui sera prononcé Saul, en grec. Le grec est la langue maternelle de Saul, c'est dans cette langue qu'il est scolarisé, c'est-à-dire qu'il commence à apprendre par coeur les textes de l'Ancien Testament. Saul devait manifester de bonnes capacités intellectuelles, car son père l'envoie à l'âge de 15 ans continuer ses études à Jérusalem sous la direction d'un maître réputé : Gamaliel. Il suit la formation des pharisiens, peut-être pour devenir rabbin. Il se familiarise donc avec l'hébreu pour lire l'Ancien Testament dans le texte et l'araméen qui est la langue parlée à Jérusalem.
    Etre pharisien, c'est devenir un observateur scrupuleux de la loi divine, pour parvenir à la sainteté. Pour prétendre à la sainteté, il faut obéir à 613 commandements dans sa vie de tous les jours. Cela suppose une discipline extrêmement stricte, une surveillance de tous les instants, pour ne rien oublier et ne rien transgresser.
    A cette époque, Saul était fier de ses accomplissements, dans la lettre aux Galates, il écrit :

    "Je surpassais bien des compatriotes juifs de mon âge dans la pratique de la religion juive; j'étais beaucoup plus zélé qu'eux pour les traditions de nos ancêtres." (Ga 1:14).
    Saul était tellement zélé que lorsqu'une secte commence à faire parler d'elle — notamment au travers d'un certain Etienne qui accuse les pharisiens d'avoir tué le Messie appelé Jésus — il se fait un devoir de chercher à la détruire. Ainsi, Saul approuve la lapidation d'Etienne (Ac 8:1) et se met à pourchasser les chrétiens et à les faire jeter en prison.
    De zélateur de sa religion, il devient persécuteur des dissidents. D'adorateur de la loi divine, il devient un fanatique plein de haine contre ceux qui se montrent différents de lui. D'observateur des commandements, il devient un instrument de haine, au nom de Dieu et de sa Loi, prétend-il !
    Que dire lorsque l'amour pour Dieu devient haine contre des humains ? Comment Saul peut-il justifier cette dérive ? Il ne le fera pas tant qu'il reste pharisien, mais il n'échappera pas à cette question !
    Alors que Saul est en chemin vers Damas pour y persécuter les chrétiens installés là-bas, il vit une expérience qui va littéralement le retourner complètement. Saul est assailli par une question qui lui vient du ciel :
    "Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? (Ac 9:4; 22:7; 26:14).
    Lui qui a toujours voulu atteindre Dieu, atteindre la sainteté, accomplir la volonté totale de Dieu, lui se retrouve être désigné comme son adversaire, son persécuteur ! Comment en est-il arrivé-là ?
    Chaque fois que Paul — dans ses lettres — parle de la Loi, de l'obéissance, il répète que la loi de Dieu est bonne. Le problème n'est pas dans la loi. Le problème est en nous : le péché utilise en nous la loi pour nous faire faire le contraire. Il y a en nous une puissance qui retourne nos efforts à faire le bien en force de destruction, c'est cela que Paul appelle le péché.
    Le péché nous rend esclave — on dirait "dépendant" aujourd'hui. Et Saul était esclave / dépendant de la loi pour être heureux, ce qui lui a fait prendre en haine ceux qui n'avaient pas le même amour de la loi. La dépendance à la loi l'a fait haïr tout ce qui devenait un obstacle à son obéissance, et cette haine l'a propulsé directement au coeur de ce qu'il voulait éviter : être loin de Dieu. Pour exprimer ce paradoxe, il dira : "comme esclave du péché (...) je ne fais pas le bien que je veux et je fais le mal que je ne veux pas" (Rm 7:19). Cela ne nous arrive-t-il pas à nous aussi ?
    Sur le chemin de Damas, Saul est retourné, il réalise qu'il doit abandonner la loi (extérieure) pour un guide (intérieur) : celui qu'il persécutait jusqu'alors, Jésus-Christ. Qui mieux que Jésus — le juste mis à mort injustement — peut libérer Saul de l'enfermement dans lequel il vit en persécutant celui qu'il voulait aimer ?
    La vie de Saul devait être une vie, un modèle de sainteté, elle était devenue une vie de meurtre et de souffrances infligées. Une phrase venue du ciel lui révèle l'impasse dans laquelle il s'est fourvoyé. Il en est foudroyé, sonné, aveugle. Ses compagnons de voyage le prendront en charge pour le conduire à destination, ne comprenant pas ce qui vient de se passer.
    Pendant trois jours, Saul reste prostré, sans boire ni manger, dans l'obscurité de son aveuglement. Trois jours comme Jonas, trois jours comme Jésus, avant de recommencer une nouvelle vie...
    ... mais ça c'est une autre histoire, pour dimanche prochain.
    (à suivre...)

    © Jean-Marie Thévoz 2007