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e) Livres historiques - Page 2

  • 1 Samuel 3. Rencontrer Dieu et devenir libre

    1 Samuel 3    11.11.2007
    Rencontrer Dieu et devenir libre
    1 S 3 : 1-10    Mt 4 : 18-23    Jn 8 : 31-36

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    "Samuel ne connaissait pas encore personnellement le Seigneur, car celui-ci ne lui avait jamais parlé directement jusqu'alors." (1 S 3:7)
    Cela fait quelques années que Samuel fait son apprentissage de servant dans le Temple avec le vieux prêtre Héli (à ne pas confondre avec le prophète Elie qui viendra plus tard). Samuel a entendu parler du Dieu qu'il sert dans ce Temple, comme beaucoup de monde aujourd'hui a entendu parler du Dieu dont on parle dans les Eglises.  Mais ils ne se sont jamais rencontrés personnellement.
    Dieu n'aime pas rester un inconnu à distance, juste quelqu'un dont on a entendu parler. Dieu aime rencontrer des personnes et c'est pourquoi il appelle, il interpelle Samuel, des disciples, et pourquoi pas, chacun d'entre nous.
    Dieu nous appelle, Dieu nous interpelle, il nous lance un appel à le rencontrer, à entrer dans une communication personnelle. Dieu nous appelle par notre prénom pour une conversation en tête à tête, pour faire connaissance et commencer un chemin ensemble.
    Comme on l'a vu dans le récit de Samuel, l'interpellation n'est pas toujours facile à déchiffrer. Ce qui est absolument clair, c'est qui est appelé. Samuel entend clairement son nom. Il est appelé. Et trois fois de suite, il court vers celui qui prend soin de lui, le vieux prêtre Héli. "Tu m'as appelé, je suis là."
    L'appel résonne en lui, l'appel résonne en nous, nous sommes appelés. Mais qui nous appelle ? Qui appelle Samuel ? Ce n'est qu'au troisième appel qu'Héli pense à aller regarder au-delà de la réalité première, de l'apparence des choses. Il pense enfin à l'impossible qui est pourtant la raison de son ministère et du lieu où il habite : Et si c'était Dieu ?
    La voix de Dieu passe toujours par des chemins très humains, de telle sorte qu'il faut écouter au-delà des sons, voir au-delà du visible, et surtout — le plus souvent — avoir quelqu'un qui vous met sur la piste.
    Combien de fois avons-nous déjà été appelés, mais sans entendre, sans comprendre, sans avoir quelqu'un qui nous dise : prend cette parole, cette rencontre au sérieux, écoute cette voix. Aujourd'hui, on aime dire : "Il n'y a pas de hasard dans nos rencontres." C'est de cet ordre-là.
    Savons-nous, comme parents, mettre nos enfants sur cette voie de l'écoute, de l'appel de Dieu ? Cet appel se manifeste dans toutes nos questions sur le sens de la vie, pour les jeunes au moment de choisir une voie scolaire, une orientation professionnelle. Pour nous adultes, lors d'une réorientation ou lors d'une maladie ou la perte d'un être cher. Toujours revient l'appel : "quel sens a cette vie, ma vie ?
    Cet appel nous tire de notre sommeil, nous oblige à lever le nez du guidon, à relever les yeux que nous avions rivés au sol de nos inquiétudes matérielles. N'y a-t-il rien d'autre que ma routine, que ma soif d'être établi dans ma famille, dans ma villa, dans ma carrière ?
    Dieu appelle Samuel, les disciples, comme il a appelé Abraham à quitter sa sécurité pour partir à l'aventure vers une terre promise. Bien sûr, cet appel n'est pas un appel au voyage géographique, mais au voyage intérieur, un voyage à la rencontre de soi-même et des autres.
    Dieu nous appelle à sortir de notre sommeil : Lève les yeux, ose, avance ! Va chercher ta vérité intérieure, cherche qui tu es et vis ainsi ta propre vie.
    Jésus dit : "la vérité vous rendra libres" (Jn 8:32). Chercher sa vérité intérieure, c'est se demander, lorsqu'on parle, lorsqu'on agit : cela reflète-t-il vraiment la personne que je suis ? Nous sommes libres lorsque nos paroles et nos gestes reflètent exactement à l'extérieur ce que nous sommes à l'intérieur. Chaque fois que nous agissons de sorte que tel et tel, ou tel groupe (d'amis, de copains, de collègues) soit content de nous, alors nous sommes dans un processus d'adaptation à l'autre et nous abdiquons notre liberté.
    Je crois que beaucoup de jeunes mettent plein de jurons dans leurs phrases pour être acceptés dans leur groupe, pour faire comme les autres. Mais ce n'est pas un signe de liberté. Je crois que beaucoup d'adultes se plient aussi à toutes sortes de règles pour se faire accepter. C'est pareil. Nous zigzaguons dans nos vies au gré des modes et des tendances, plutôt que d'entendre l'appel de Dieu à suivre et développer notre vérité intérieure devant lui.
    On appelle aussi cette recherche et cet accomplissement : la vocation. Dieu nous appelle à devenir pleinement nous-mêmes. Il n'a pas de moule dans lequel nous faire rentrer. Il a juste un appel à nous transmettre: lève les yeux au-dessus de ton horizon, ne garde pas les yeux baissés sur tes pieds, regarde toute ta route, le point de l'horizon vers lequel tu vas orienter ta vie.
    Comme adultes nous sommes appelés à cela et notre vie est plus courte que celle de nos enfants Et comme enfants, comme jeunes, vous recevez également cet appel, comme le jeune Samuel. Tous nous pouvons sortir de notre routine, de nos enfermements, écarter les barrières que nous avons mis nous-mêmes sur notre chemin pour répondre à cet appel.
    Comme il s'agit d'un appel à la rencontre de soi, des autres et de Dieu, il n'y a pas de barrières physiques, que nos barrières intérieures. Il n'y a pas de limites aux relations humaines, il n'y a pas de limites aux rencontres possibles, il n'y a pas de limites aux découvertes. Pas besoin de voyager, d'aller loin, d'avoir de l'argent. Il s'agit simplement de s'ouvrir à soi-même, de s'ouvrir aux autres, de s'ouvrir à l'appel de Dieu : recevoir sa Parole, l'écouter nous appeler.
    Dès ce moment-là, Dieu ne sera plus un inconnu, un anonyme pour nous. Dieu devient alors un compagnon de route, un guide, un ami.
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2007

  • 1 Samuel 16. Dieu choisit celui qui a tendance à être exclu.

    1 Sam 16 : 4-13    8.11.98
    Dieu choisit celui qui a tendance à être exclu.       
    1 Sam 16 : 4-13    Ps 118 : 1-4 + 21-23    1 P 2 : 4-6


    Le roi Saül a fortement déplu à Dieu. Aussi, Dieu décide-t-il de préparer la succession de Saül. Il charge le prophète Samuel de désigner, d'oindre le futur roi. Étonnamment, Dieu n'annonce pas à Samuel le nom du futur roi, il lui dit seulement de quelle famille il fait partie. A Samuel de découvrir lequel des huit fils de Jessé Dieu s'est choisi !
    C'est ce processus de choix qui me semble important, porteur d'indications précieuses pour nous, pour réfléchir au thème de l'exclusion. Vous savez que le thème de la Campagne d'automne de l'EPER (entraide protestante) est le refus de l'exclusion : Exclu... c'est exclu !
    Dans notre vie quotidienne, nous sommes constamment confrontés à des situations où nous devons faire des choix. Et chaque fois que nous choisissons quelque chose, nous excluons autre chose. Le choix et l'exclusion vont de pair... Parler de l'exclusion, c'est aussi parler de nos choix et vice versa. On ne peut pas ne pas choisir (parce qu'on ne peut tout avoir), on ne peut donc pas non plus éviter d'exclure !
    Ce que nous avons à faire, c'est penser à nos critères de choix et d'exclusion. Pourquoi choisir ou exclure cela ? Quelles sont les conséquences de mes choix et de mes exclusions ? A première vue, lorsqu'il est question de produits, de marchandises, cela n'a pas beaucoup d'importance. Sauf lorsqu'on se met à penser à qui les produit, qui est derrière les marchandises que nous consommons, de quelle façon sont-elles  fabriquées ?
    En effet, la question du choix et de l'exclusion se manifeste de manière plus vive, plus cruciale lorsqu'il s'agit de personnes. Et ce sont bien les personnes que vise la Campagne de l'EPER.
    Revenons donc à Samuel qui doit exécuter le choix de Dieu. Il prépare une cérémonie pour oindre le nouveau roi et il invite tous les fils de Jessé. Au premier coup d'oeil, il repère l'aîné, Eliab. Voilà un garçon brillant, un homme bien fait, il a belle allure, il ferait un roi plein de prestance ! Ce doit être lui, se dit Samuel. Mais Dieu lui souffle que non. Et tous les fils de Jessé présents défilent. Mais le futur roi n'est pas parmi eux. Surprise, panique... Y en a-t-il un autre ? Oui, il y en a bien encore un, mais il est aux champs. C'est le petit dernier... on y a pas pensé... il est encore jeune... un peu rêveur... musicien...
    Pourquoi David est-il aux champs ? Pourquoi n'est-il pas présent, alors que toute la famille avait été appelée à participer à cette cérémonie. Je vois deux réponses possibles :
    1) David n'a tout simplement pas reçu le message, l'invitation. Personne ne pensait que ce petit ("ce petit prétentieux, cet espèce de vaurien" dira Eliab, le frère aîné au chapitre suivant : 1 S 17:28) méritait d'être invité à cette cérémonie d'adultes. Samuel est venu chercher quelqu'un pour une mission d'importance. Aux yeux de la famille, cela ne pouvait pas concerner David. Il a été exclu d'office, automatiquement par sa famille. "Tiens on n'avait pas pensé à toi !", "Tu es trop petit, toi!". Voilà des paroles d'exclusion qui peuvent faire mal.
    2) David a reçu le message, il a entendu, comme les autres que Samuel cherchait quelqu'un pour une mission importante, mais il a pensé : "cela ne peut pas me concerner, moi !","je suis trop petit, trop jeune, ou trop inexpérimenté". David a intériorisé le message familial, au point que plus personne n'a besoin de lui dire quoi que ce soit : le message s'imprime tout seul.
    David, ou vous, ou moi, s'exclut par lui-même, parce qu'il n'a pas confiance en lui-même, parce qu'il n'est pas conscient de sa valeur. De quand date la dernière confirmation de sa valeur qu'il ait reçue ?
    Que ce soit par une exclusion extérieure ou intérieure, David est d'abord absent, exclu. Mais le voeu de Dieu, c'est qu'on l'envoie chercher. En effet, celui que tout le monde écartait, c'est celui que Dieu s'est choisi.

    "La pierre que les bâtisseurs avaient écartée est devenue (par la volonté de Dieu) la pierre principale" (Ps 118:22)
    Celui qui allait être écarté, c'est celui qui va recevoir l'onction, qui va être oint. Ce terme "oint" se dit CHRIST en grec. Jésus le Christ, fils de David est celui qui a été rejeté par tous sur la croix, mais que Dieu s'est mystérieusement choisi pour se révéler.
    Dieu ne suit donc pas les modes, les apparences comme les hommes. En effet, Dieu dit à Samuel:

    "Je ne juge pas de la même manière que les hommes; les hommes s'arrêtent aux apparences, mais moi je vais jusqu'au fond des coeurs." (1 S 16:7)
    Dieu nous regarde au-delà de nos façades, de nos masques, des attitudes que nous nous donnons. Il voit jusqu'au fond de nous-mêmes et il voit ce qu'il y a de plus humain en nous, de plus aimable en nous.
    C'est ainsi qu'il peut faire d'Israël son peuple, des habitants de Villars-Ste-Croix et Bussigny son Eglise. Dieu ne rassemble pas ceux qui semblent les meilleurs, les plus talentueux, les plus qualifiés comme le ferait un patron d'entreprise. Non, Dieu va chercher ceux qui n'ont pas été désirés, ceux qui ont été mis de côté, exclus d'office, pour les rassembler et en faire son peuple, parce qu'il sait qu'en chacun de nous il y a un être de valeur qui va pouvoir déployer ses talents comme David contre Goliath.
    Ayant été rappelés des champs pour devenir des rois, comme David, nous pouvons à notre tour regarder toute personne avec un nouveau regard — qui vient de Dieu — qui embrasse tout le monde, et voir en chacun un être digne de valeur et pleinement aimable.
    La Campagne de l'EPER — Exclu... c'est exclu ! — nous invite à adopter le même regard que Dieu, le regard de l'inclusion, de l'accueil afin que l'oublié, le rejeté ait une vraie place parmi nous.
    Amen
    © 2007, Jean-Marie Thévoz

  • 1 Samuel 24. Une force intérieure pour résister à la violence

    1 Samuel 24

    11.2.2007

    Une force intérieure pour résister à la violence

    1 S 24 : 1-8    1 S 24 : 9-19    Mt 7 : 1-5

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Lors de notre dernière rencontre de catéchisme 1ère et 2e année, nous avons abordé le problème de la violence. Nous savons tous combien la violence est présente dans les médias et dans la vie quotidienne. De plus en plus, on nous parle de la violence des jeunes comme un problème grandissant. Alors, oui, il y a problème, mais je crois que c'est davantage un problème d'adultes que de jeunes.
    D'abord si l'on parle des jeunes violents, ils sont une toute petite minorité, on ne parle pas de ceux qui ne commettent pas de violence et construisent leur vie avec application. Ensuite, il faut se rendre compte de la violence de notre monde d'adultes. Ce sont des gouvernements formés d'adultes qui déclarent et mènent les guerres, et les justifient. Sans parler du monde économique qui ne parle que de "se battre" pour "gagner" des parts de marché. Pour obtenir une place de travail, il faut "se vendre", il faut "s'imposer" etc. Ne nous étonnons pas que certains appliquent cela à la lettre, au premier degré, et se battent — avec des couteaux — et s'imposent — par la force.
    Commençons donc par regarder la poutre qui est dans notre œil avant de regarder la paille qui est dans l'œil de nos jeunes. Adultes, comme jeunes, nous avons à apprendre la non-agression (pas seulement physique). Regardons en nous-mêmes comment garder la force du changement qu'il y a dans la violence tout en abandonnant la force de destruction qui s'y trouve également. Après cela nous pourrons aussi l'enseigner aux jeunes et à nos enfants. Il ne s'agit pas d'adopter un comportement mou et sans réaction, une sorte de non-violence de désengagement, mais de choisir des actes forts, mais qui ne blessent pas, pour que les choses changent.
    Je pense que le récit de la rencontre de David et Saül peut nous éclairer sur ce processus. Petit rappel du vécu de ces deux personnages qui les amène à être en conflit l'un contre l'autre. Saül est roi sur Israël, il a été sacré roi par le prophète Samuel, sur l'ordre de Dieu (1 S 9). Saül, cependant, ne suit pas la conduite voulue par Dieu et Dieu rejette Saül, qui continue cependant à régner (1 S 15). Dieu conduit Samuel à choisir le prochain roi : c'est David, un petit berger encore inconnu (1 S 16). David prouvera son intelligence et sa bravoure en tuant le géant Goliath (1 S 17). Alors Saül l'invite à sa cour. David devient un "chevalier" auprès de Saül qui lui donne sa fille Mikal en mariage (1 S 18). David brille tellement sur les champs de bataille que Saül y voit un rival dangereux pour son trône, il essaie à plusieurs reprises de le tuer (1 S 21).
    Saül — avec 3'000 hommes — est à la poursuite de David, lorsqu'il entre dans cette caverne, sans se douter de rien. Saül est un roi guerrier. De son côté, David est un chef de bande victorieux de nombreux combats. On n’est donc pas en présence d’enfants de chœur qui hésiteraient à tirer l’épée ou provoquer une bataille.  On peut donc s’attendre à un affrontement violent.
    C’est sans compter l’intelligence de David. David connaît les limites de l’utilisation de la force armée. Ici, David a peut-être 20, 50, maximum 100 compagnons. En face de lui, il y a 3'000 hommes. Ils sont dehors, lui est acculé au fond d’une caverne. Militairement, avec la violence, il est perdu. Soit il combat et meurt, soit il se rend prisonnier. La logique de la violence est purement quantitative : si vous avez plus d’armes vous gagnez, sinon vous perdez.
    Mais, c’est sans compter l’intelligence de David. L’esprit est plus fort que les armes, l’esprit peut changer le rapport de force. L’esprit peut prendre l’ennemi à rebours et le désarmer complètement. Ainsi, la force de David, c’est de ne pas utiliser la violence, l’agression, c’est d’y renoncer pour déséquilibrer son adversaire. David fait du judo mental. La force de David est d’abord intérieure et c’est cette force-là que nous devons arriver à développer en nous.
    David contrôle sa pulsion guerrière (j’ai mon ennemi à ma merci, mais je retiens mon envie de le détruire).
    David refuse de se laisser entraîner à la violence par ses compagnons. Il n’écoute que sa voix intérieure : « Je ne dois pas tuer celui qui reste mon roi, même s’il est mon ennemi et cherche à me tuer. »
    David garde l’esprit libre de l’influence des autres, il garde son propre jugement du bien et du mal, même si d’autres le désapprouvent, il garde sa ligne intérieure, son intégrité personnelle.
    David casse le miroir qui nous piège dans les relations, miroir qui nous entraîne à être contaminé par les émotions de l’autre : il est fâché alors je dois me fâcher. David ne se laisse pas contaminer par la haine de Saül.
    Que de force intérieure pour résister à son envie de vengeance, à l’influence de ses compagnons, à la haine de son ennemi ! David n’est pas seul dans ce combat intérieur. Il s’appuie sur Dieu de deux façons. (i) c’est Dieu qui a désigné Saül comme roi, c’est donc Dieu qui décidera quand il devra cesser de régner. À chacun son domaine. Dieu a aussi désigné David pour succéder à Saül, en faisant confiance en Dieu, le tour de David viendra. (ii) David a appris de Dieu à faire la différence entre le bien et le mal. Il peut s’appuyer sur cet enseignement pour lutter contre les influences extérieures qui lui disent de faire le mal.
    Vous avez entendu la fin de l’histoire. Par cette force intérieure, David arrive à persuader Saül qu’il n’est pas une menace pour le trône d’Israël, qu’il ne lui veut aucun mal. Comme Saül ne se sent plus attaqué, il n’a pas besoin de rester sur la défensive et peut reconnaître l’intégrité de David. Saül finira par dire : « Tu m’as fait du bien alors que je te voulais du mal. » (1 S 24 :18)
    La situation de conflit est momentanément résolue (pas définitivement, comme vous pourrez le découvrir en lisant les chapitres suivants, 1 S 26). Ce que nous pouvons cependant retenir, c’est que la vraie force vient de l’intérieur et que l’on peut sortir gagnants — les deux adversaires — en faisant place à l’intelligence et au dialogue après avoir renoncé à l’affrontement violent.
    Amen

    © 2007, Jean-Marie Thévoz

  • 1 Rois 21 . La vigne de Naboth

    1 Rois 21
    10.12.2000
    La vigne de Naboth
    1 Rois 21

    Avez-vous signé la pétition pour la réhabilitation de Simon Naboth ?
    Comment, vous n'êtes pas au courant ?
    Mais d'où venez-vous pour ne pas avoir entendu parler de toute cette affaire ?
    Ah, quand même ? On vous en a déjà parlé !
    Mais vous voulez connaître ma propre version de l'histoire ?
    Qui me dit que vous n'êtes justement pas un agent de sa police secrète ?
    Ah, vous venez d'Egypte !
    Alors il faut que je vous explique comment mon père s'est retrouvé complètement piégé !

    Mon père avait une vigne, oh, pas très grande, mais quand même, elle produisait bien. Elle nous assurait assez de vin pour acheter ce qu'il fallait de blé, d'huile et de viande pour vivre toute l'année. C'est qu'elle était bien située, sur la pente de la colline, bien exposée au soleil. C'est ça qui a été notre malheur.
    Oui, en haut de la colline, il y avait le palais du roi Achab.
    Non, la vigne n'était pas à Samarie, le palais dont je parle est une résidence d'été, pas le palais de la capitale.
    Non, mon père est d'ici, comme mon grand-père et le grand-père de mon père. Cette vigne elle est depuis toujours dans la famille, c'est notre héritage et la garantie de notre appartenance au peuple d'Israël. Chez nous l'héritage d'une terre, c'est comme notre passeport ou notre carte de vote. On ne peut ni l'abandonner, ni la vendre à qui que ce soit, c'est une terre reçue de Dieu et ce serait gravement l'offenser que de s'en séparer.
    Alors lorsque le roi Achab est venu pour dire à mon père qu'il avait des projets d'extension de son palais et qu'il voulait acheter notre vigne, cela a mis mon père dans un grand embarras. Il est bien difficile de refuser quelque chose au roi, on risque de se le mettre à dos. Mais n'est-ce pas pire de blesser Dieu en abandonnant le cadeau qu'il nous a laissé en héritage ?
    Mon père a réfléchi longtemps, il n'en dormait plus, cela le hantait. Comment choisir ? Et surtout, comment ne pas choisir de plaire à Dieu, plutôt qu'aux hommes ?
    Mon père, c'était quelqu'un, il était droit, il savait comment conduire sa vie et jamais il n'aurait voulu offenser Dieu, ni le roi d'ailleurs, mais s'il fallait choisir, il savait où était son devoir.
    Alors il a dit non au roi Achab. Je l'admire, c'était un acte de grand courage.
    C'est alors que les ennuis ont commencé.

    Tout ça, juste parce que mon père avait une vigne au pied du palais royal !

    Déclaration universelle des Droits de l'Homme
    Article 17
    "Toute personne, aussi bien seule qu'en collectivité, a droit à la propriété."

    * * *

    Le roi Achab n'était pas un mauvais roi ou une mauvaise personne. Mais il était mal conseillé (vous voyez ce que je veux dire...). Il y a à ses côtés (tourner la tête pour voir si l'on est observé, baisser la voix et dire avec terreur) la reine Jézabel.
    Lui, le roi Achab, il aurait laissé tomber. Il est des nôtres, il est le gardien de nos lois et de nos coutumes, il avait compris que les raisons de mon père n'étaient pas de la mauvaise volonté. Il avait essayé, il avait espéré tomber sur quelqu'un qui n'était pas attaché à la coutume ou qui avait plus envie de faire fortune que de suivre le chemin du Seigneur. Mais il était tombé sur mon père.
    Tout seul, le roi Achab, il aurait changé les plans d'extension de son palais. Mais avec Jézabel, cela n'allait pas passer comme cela. Vous voyez, Jézabel, elle vient de Sidon en Phénicie. Elle a gardé ses dieux de là-bas et elle détourne le roi du chemin de ses pères. Elle a beaucoup d'influence sur lui. Elle a réussi, à Samarie même, la capitale, à faire construire un temple à Baal. Baal, voilà un dieu qui demande des choses affreuses. Pour qu'il donne la vie à travers la pluie, eh bien, les hommes doivent lui sacrifier des vies. En temps normal, des animaux suffisent. Mais si la pluie ne vient pas, alors Baal réclame des enfants. C'est une véritable abomination. Après ça, étonnez-vous que cette Jézabel n'ait aucun respect pour la vie humaine et n'hésite pas à trucider tous ceux qui se mettent en travers de son chemin.
    Où en étais-je ? Ah oui, Achab aurait laissé tomber pour la vigne de mon père. Mais Jézabel — maudite soit-elle — a pris cela pour un affront personnel contre son mari.
    — Non mais, tu ne vas pas te laisser faire par ce nabot de Naboth — oui notre nom c'est Naboth, alors le jeu de mot est facile, j'en ai assez souffert à l'école ! — tu ne vas pas te laisser retenir par cette coutume idiote, tu es le roi d'Israël quand même !
    Qui c'est qui règne ici ? Tu ne vas pas t'incliner comme ça, simplement parce qu'il a dit non ! Tu passeras pour une lavette, personne ne te respecteras plus. C'est une honte.
    Elle criait tellement fort que tous les serviteurs ont entendu la savonnée qu'elle passait à son mari. J'aurais presque pitié de lui, s'il n'avait pas fait ce qu'il a fait. Ou plutôt laisser faire...
    Jézabel, en fait, lui a simplement demandé de la laisser régler l'affaire elle-même. Et il a accepté, et pour cela je lui en voudrais toujours, tout roi qu'il est. Ou justement parce qu'il est roi et qu'il aurait dû refuser pour faire respecter le droit.

    Jézabel a monté un piège, un vrai traquenard. Mon père n'avait aucun moyen d'y échapper. Alors elle l'a fait arrêter par sa milice.

    Tout ça, juste parce que mon père avait une vigne au pied du palais du royal !

    Article 9 de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme
    "Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé."

    * * *

    Ah, vous voulez savoir quel était ce piège ? Eh bien, elle a écrit des lettres au nom du roi Achab, avec le cachet royal, pour faire organiser un banquet. Elle s'est arrangée pour que les anciens de la ville désigne mon père pour présider ce banquet officiel. Mon père était président de la confrérie des vignerons de la ville, cela n'avait rien d'anormal qu'on lui demande de présider ce banquet.
    Jusque-là, tout allait bien.
    Mais Jézabel avait envoyé deux membres de la mafia de Samarie à ce banquet. Pour sûr que ces deux-là avaient une dette envers Jézabel ou comptaient obtenir en échange l'impunité pour un racket quelconque. Bref, ils avaient reçu des cartons d'invitation et se trouvaient au banquet. Là, lorsque mon père commençait son discours de bienvenue, ils sont intervenus pour dire qu'ils l'avaient entendu maudire Dieu et tenir des propos antiroyalistes. Ces deux là avaient tellement bien monté leur coup qu'ils sont arrivés à retourner l'opinion de l'assemblée, qui pourtant tous connaissaient mon père de vue et de réputation.
    Comme ils étaient deux, cela faisait deux témoignages et cela suffisait pour le faire arrêter. C'est vraiment bizarre que la milice ait été là sur place si rapidement, alors qu'il faut l'attendre des heures lorsque des vauriens viennent se servir dans nos vignes. Cela montre bien que tout était manigancé d'avance !

    Le pire, c'est qu'après cette arrestation, mon père a été emmené tout de suite hors de la ville, sur le terrain vague, sans aucune forme de procès. D'habitude, on laisse retomber l'excitation de l'arrestation et on prépare un procès. On nomme un juge et l'on permet à l'accusé de produire aussi des témoins.
    Là, rien.

    Tout ça, juste parce que mon père avait une vigne au pied du palais du royal !

    Article 11 de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme
    "Toute personne accusée d'un acte délictueux est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d'un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées."

    * * *

    La foule était rassemblée là, sur le terrain vague. Il y avait ceux qui venaient du banquet et qui injuriaient mon père. Et il y avait les gens qui étaient simplement dans la rue au moment où les gens du banquet étaient sortis et avaient fait cortège pour amener mon père jusque-là. Il faisait chaud, cela criait de partout, mon père était malmené, mais on pouvait encore penser qu'il serait juste passé à tabac et qu'on le laisserait tranquille. Beaucoup pensaient qu'il fallait juste lui faire la leçon et que tout le monde se souviendrait simplement qu'il ne faut pas dire du mal du roi.
    Mais non, la tension montait. Quelques personnes avaient ramassé des pierres, mais personne n'osait jeter la première pierre. Chacun sait que la première pierre est le signal et qu'après tout peut arriver, qu'il n'est plus possible d'arrêter le délire d'une foule.
    Puis tout à coup, le silence s'est fait, je ne sais pas comment. Et ceux qui étaient autour de mon père ont commencé à reculer. Le cercle s'élargissait autour de mon père et j'ai pensé qu'il était sauvé.
    Mais alors, dans le silence de la foule, l'envoyé de Jézabel que le roi Achab n'avait pas arrêté dans son projet mortel, a lancé sa pierre en criant "A mort, le traître" et là j'ai su que tout était fini.

    Tout ça, juste parce que mon père avait une vigne au pied du palais du royal !

    Article 3 de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme
    "Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne".


    * * *

    Vous ne pouvez pas savoir ma haine à ce moment-là pour tous ces gens qui se sont laissé entraîner dans cette violence collective. Pourquoi personne n'a pris la défense de mon père ?

    Vous ne pouvez pas savoir comment cela a été les jours suivants. Personne dans la ville ne m'a plus regardé en face, tellement ils avaient honte.

    Vous ne pouvez pas savoir ensuite mon désespoir lorsque le roi Achab est venu prendre possession de la vigne de mon père, celle dont je devais hériter et transmettre à mes enfants lorsque j'en aurais.

    J'étais dans la vigne du voisin, caché derrière le pressoir. J'étais effondré, sans avenir, un exilé sans terre dans mon propre pays. Qui viendrait prendre ma défense après ce qui est arrivé ? Un mot et mon sort serait pareil à celui de mon père. On sait de quoi est capable Jézabel.

    J'observais de loin ce qui se passait dans ma vigne, comment Achab parcourait ma vigne, la vigne de mon père, Naboth, en souriant, en s'exclamant sur ses réalisations futures.
    Alors il s'est passé quelque chose d'incroyable !
    Un homme est arrivé en courant. Il s'est placé en face du roi Achab, debout ! Il ne s'est pas incliné comme tous les autres, morts de peur.
    Et il a commencé à déclamer :

    « Voici ce que déclare le Seigneur :
    — Ainsi, tu as assassiné quelqu'un,
    et tu viens maintenant prendre possession de ses biens »
    « Voici ce que déclare le Seigneur :
    — A l'endroit même où les chiens sont venu lécher le sang de Naboth, les chiens viendront aussi lécher ton propre sang.»

    "Puisque tu as pris du plaisir à faire ce qui répugne à Dieu, voici ce qu'il déclare :
    « Je vais envoyer le malheur sur toi, je te ferai disparaître, parce que tu m'as extrêmement fâché et que tu as poussé le peuple d'Israël à commettre un meurtre. » (1 Rois 21 : 19+21)

    Et le prophète ajouta ces paroles pour toute l'assemblée qui était autour du roi :

    "— On vous a dit ce qui est bien et ce que le Seigneur demande de vous :
    c'est de respecter la justice et le droit des autres,
    d'aimer agir avec bonté
    et de marcher humblement avec votre Dieu." (Michée 6:8)

    Sur ce, le prophète s'en alla comme il était venu, sans que personne n'ose mettre la main sur lui. C'est la main de Dieu qui était sur lui.

    Ainsi j'ai compris, qu'il y avait quelqu'un au-dessus du roi et que le roi ne pouvait pas faire ce qu'il voulait avec n'importe qui.
    La contestation de l'injustice est soutenue par notre Dieu, le Dieu d'Israël, loué soit-il !
    Depuis ce moment, je ne me suis plus senti seul dans ma révolte contre l'injustice, je me suis senti soutenu dans mon nouveau combat contre l'oppression des petits, des sans-voix, des sans-pouvoirs.

    Merci mon Dieu d'avoir envoyé quelqu'un dire directement au roi ma colère contre le mal qu'il y a dans le monde.

    Merci mon Dieu d'être du côté de la justice et du plus faible. Apprends-nous à nous mettre du même côté que toi dans la vie.

    Amen.

    © 2006, Jean-Marie Thévoz

  • 2 Rois 4. A partir de nos indigences, Dieu crée de l'abondance

    2 Rois 4
    22.11.98
    A partir de nos indigences, Dieu crée de l'abondance
    2 Rois 4 : 1-7 Marc 6 : 34-44

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    L'Evangile de Jean nous rapporte cette parole de Jésus : (Jean 10:10)
    "Moi, je suis venu pour que les humains aient la vie et l'aient en abondance"
    Pour moi, cette phrase est une clé de lecture extrêmement importante pour comprendre nombre de récits bibliques et surtout l'intention fondamentale de Dieu à notre égard. Vous avez entendu deux récits qui manifestent cette abondance. Le récit de la veuve secourue par Elisée et celui de la multiplication des pains. On pourrait en mentionner plusieurs autres : le don de la manne ou des cailles au désert, du temps de Moïse; la veuve de Sarepta secourue par Elie; la pêche miraculeuse ou encore les noces de Cana.
    Autant de miracles où de la nourriture est offerte au-delà de toute espérance. Une situation de désespoir, de misère, de mort, de pénurie est transformée en un nouveau départ. Il y a restauration, dans tous les sens du terme. La vie menacée est rétablie, restaurée et peut reprendre sur de nouvelles bases.
    N'est-ce pas aussi ce qui se passe lorsque le deuil frappe ? L'unité d'un couple ou d'une famille, des liens sont brisés et une sentiment de perte, de lassitude, de peine et de malheur s'installent. Face au manque, tout semble vain, dénué de sens. C'est ce que vit cette femme au temps du prophète Elisée. Elle a perdu son mari. Elle reste avec ses deux enfants, mais une menace pèse sur cette famille : un créancier réclame le remboursement d'une vieille dette et menace de prendre les deux enfants pour les faire travailler à son service jusqu'au remboursement de cette dette.
    Après son mari, cette femme pourrait perdre ses enfants, elle pourrait perdre toutes ses ressources à cause du passé. C'est alors qu'elle va chercher de l'aide auprès d'Elisée.
    J'admire la réaction d'Elisée. Il dit :

    "Que pourrais-je faire pour toi? Dis-moi ce que tu possèdes ! (2 R 4:2)
    En deux phrases, il donne l'occasion à cette femme, d'abord d'identifier ses besoins véritables, ensuite de faire l'inventaire de ce qu'elle a, de ses possibilités, de ses atouts, de ses forces. Elle-même pense ne rien avoir du tout, d'être au bout du rouleau, dans une situation sans issue, désespérée. Ce qu'elle a — un peu d'huile au fond d'un flacon, juste de quoi se parfumer, donc de mouiller ses doigts — lui semble être négligeable, insuffisant, rien, du néant. Elle voit sa situation avec les lunettes du manque, avec une vision de pénurie. Elle se sent sans force, seule, épuisée, dans tous les sens du terme. C'est le vide autour d'elle, c'est le vide en elle...
    Elisée va retourner cette situation. Il va partir du "peu" de ressource qu'elle à en elle. Il exhume ce petit peu de force, de richesse qui est en elle. Et il rameute les voisins à son aide en envoyant cette femme et ses fils chercher tous les récipients vides qu'ils peuvent trouver. Par ce mouvement, il se crée une petite communauté qui travaille au rétablissement de la situation de cette femme. Chacun peut apporter son aide, mais avec des récipients vides — donc une aide, mais pas un substitut aux ressources de la femme.
    La femme reste l'acteur principal de son rétablissement. C'est à partir de sa force intérieure — son peu de force — mais la sienne propre que peu à peu elle va réussir l'incroyable, ce qu'elle-même ne pouvait croire : remplir tous les vases et se sortir de sa situation désespérée.
    C'est à partir de ses propres ressources que l'abondance se met à couler. C'est à partir des 5 pains et 2 poissons que la foule avait dans ses sacs que l'abondance va surgir et les nourrir tous. C'est à partir de ce qui nous semble être nos pénuries intérieures que l'abondance et la vie véritable vont se mettre à couler.
    Là où nous avons un regard qui voit le manque, l'absence, la pénurie, Dieu est capable de nous donner un regard qui voit ce qui est là, la présence, l'abondance.

    "L'homme ne vivra pas de pain seulement..." (Mat. 4:4)
    Si nous ne savons pas multiplier les pains ou l'huile, alors faisons-le, là où cela est possible, dans nos relations les uns avec les autres ! L'abondance de vie que Dieu veut dans nos existences n'est certainement pas une abondance de biens de consommation, mais une abondance dans nos relations. Y recevoir ce dont nous avons besoin. Y donner ce dont nos proches ont besoin, de sorte que ni nous, ni nos proches ne vivent dans une pénurie d'intimité et de tendresse, un manque de proximité et d'amour.
    C'est vrai, ce n'est pas toujours facile à faire, mais c'est le miracle que Dieu souhaite introduire dans nos vies, vivre dans l'abondance de moments vrais, une abondance dont chacun peut être rassasié aussi longtemps que nécessaire, parce que l'amour ne tarit pas.
    Oui, le miracle que Dieu souhaite réaliser dans la vie de chacun, Jésus nous l'a dit :

    "Moi, je suis venu pour que les humains aient la vie et l'aient en abondance"
    (Jean 10:10)
    Amen

    © 2006, Jean-Marie Thévoz

  • 2 Rois 5. L'histoire de Naaman, parabole du baptême

    2 Rois 5
    11.10.98
    L'histoire de Naaman, parabole du baptême
    2 Rois 5 : 1-17 Luc 17 : 11-19



    Ah ! ... Les réactions des gens en matière de religion sont vraiment imprévisibles !
    Vous avez entendu l'histoire de cet homme : Naaman. C'est un personnage haut placé — le général en chef du roi de Syrie. Il a donné la victoire à son pays — contre Israël d'ailleurs. C'est un héros national — pourtant, il est malheureux, il souffre, il est lépreux.
    Sur les conseils d'une fillette, avec une lettre de recommandation de son roi, il part chercher la guérison de sa maladie, le soulagement de ses maux au coeur du pays ennemi. Il doit être bien désespéré (ou alors est-il naïf ?) pour se laisser conseiller par une fillette et entreprendre un tel voyage. Et on l'imagine, descendre de Damas en Syrie, arriver en Galilée, près du lac, puis traverser la Samarie en direction de la capitale.
    Tiens, c'est exactement le même chemin qu'est en train d'emprunter Jésus, des siècles plus tard, lorsqu'il rencontre ce groupe de lépreux !
    Naaman arrive chez le roi, avec sa demande et sa lettre d'introduction. Mais le roi est paniqué, il croit que Naaman arrive pour lui tendre un piège. Heureusement, le prophète Elisée, le successeur d'Elie prend les choses en mains — à distance. Il convoque le général syrien chez lui.
    Mais lorsque Naaman est à la porte de la maison d'Elisée, il ne voit pas Elisée en personne, il reçoit seulement un message par l'entremise d'un serviteur. Un message très simple :
    "Va te plonger sept fois dans l'eau du Jourdain. Alors tu seras guéri et purifié" (2 R 5:10).
    Oh la la ! Naaman n'apprécie pas ! Il est furieux. Lui, le général en chef, le héros, il n'a même pas droit à une visite, un entretien, une prière, une imposition des mains ? On lui donne une simple ordonnance et sans consultation, sans auscultation ! Et qu'est-ce qu'il y a sur cette ordonnance ? "Prendre un bain chaque jour pendant sept jours."
    Naaman a fait près de 300 km. Est-ce pour ça ? De qui se moque-t-on ? Il est prêt à faire demi-tour, à rentrer au pays, quitte à rester désespéré. Pourtant, il va rester et exécuter l'ordonnance. Qu'est-ce qui le retient, qu'est-ce qui le fait changer d'avis ? Une parole pleine de bon sens de son serviteur :

    "Maître, si le prophète t'avait ordonné quelque chose de difficile, de compliqué, ne l'aurais-tu pas fait ? (2 R 5:13)
    L'être humain est imprévisible en matière de religion : plus c'est compliqué, plus c'est dur, plus c'est culpabilisant, plus il trouve que c'est sérieux, valable et véridique. Mais voilà, Dieu propose le contraire. Dieu n'a probablement pas son MBA. Il a fait les choses simplement : il offre tout, tout de suite, il s'offre lui-même, tout simplement, et il attend. Il attend notre réponse.
    Cette histoire de Naaman a souvent été lue comme une parabole du baptême. Dieu offre la vraie vie à ceux qui acceptent le baptême. La guérison spirituelle est offerte à tous, comme aux dix lépreux que Jésus rencontre. Il n'y a pas de conditions, c'est facile, c'est gratuit. Naaman en tant qu'il est à la fois un héros et un lépreux est le reflet de toute l'ambiguïté de la condition humaine. Tous nous sommes des héros et des lépreux, tous nous avons en nous la possibilité du bonheur et du malheur. Et Dieu nous offre, à travers un geste tout simple, à travers l'eau du baptême de nous tourner vers lui et de lui répondre.
    La réponse de Naaman va être de reconnaître qu'Elisée est le prophète du vrai Dieu :

    "Maintenant, je sais que sur toute la terre, il n'y a pas d'autre Dieu que celui d'Israël" (2 R 5:15).
    Voilà sa façon de confesser sa foi. Il ajoutera un autre geste : il chargera ses mulets de terre d'Israël pour y faire son lieu de culte, pour marquer son appartenance au peuple d'Israël.
    Parmi les dix lépreux guéris par Jésus, un homme confesse aussi sa foi en louant Dieu à haute voix et en faisant demi-tour pour revenir vers Jésus. Celui-ci a pris sa guérison au sérieux et saisi l'offre complète de Dieu. Tous ont été guéris, mais c'est à lui seul que Jésus peut confirmer : "Ta foi t'a sauvé" (Luc 17:19).
    L'offre de Dieu est généreuse, elle est abondante, elle est sans condition. Mais... la réaction des êtres humains face à ce cadeau de Dieu est imprévisible ! Recevoir paraît trop facile — ne serait-ce pas un piège comme le pense le roi d'Israël lorsqu'il reçoit la lettre de recommandation de Naaman? Recevoir paraît trop facile et pourtant, il n'y a qu'à dire MERCI.
    Qu'allez-vous faire de ce cadeau (le baptême) que vous avez demandé pour votre enfant ?
    Qu'allez-vous faire / qu'avez-vous fait de ce cadeau que vous avez reçu lors de votre propre baptême ?

    Amen

    © 2006, Jean-Marie Thévoz

  • 1 Rois 3. Dieu est comme le web de la pensée...

    1 Rois 3
    24.9.2000
    Dieu est comme le web de la pensée...
    1 Rois 3:4-13 Mt 22:34-40

    Chers catéchumènes, chers parents, chers paroissiennes et paroissiens,
    Par ce culte, nous voulons marquer le début du catéchisme de 34 jeunes de Bussigny et Villars-Ste-Croix. C'est un événement important dans la vie de la paroisse, dans la vie de ces 33 familles (il y a des frères et soeurs qui commencent ensemble) et dans la vie de ces jeunes.
    Par ce culte, puis par le catéchisme, vous les jeunes, et par ricochet vous leurs familles, vous allez être confronté à la "question de Dieu". Y a-t-il quelqu'un au-dessus de nous ? Sommes-nous seul à affronter la vie ? Le mal l'emporte-t-il sur le bien dans ce monde ? Comment puis-je réussir ma vie ? Serais-je aidé, soutenu ? Peut-on être heureux dans notre monde ? Que puis-je, que vais-je faire de ma vie ?
    Des questions qui se poseront de façon pratique à vous les jeunes, dans le cours de votre scolarité, dans le cours de votre vie affective et familiale, dans le cours de votre vie sentimentale et amoureuse.
    Vous allez passer par le chemin de Salomon qui nous est décrit dans la Bible. Vous allez progressivement découvrir que vous êtes de plus en plus maître de votre vie, de votre existence. Vous devenez roi - reine d'un nouveau domaine avec la question : comment faire pour être heureux ?
    Et comme Salomon, vous allez recevoir cette question de Dieu : "Voyons, que pourrais-je te donner ? Demande-le moi !" (1 R 3:5) Vous avez droit à un voeu ! Quel est votre rêve ? Quel est votre besoin essentiel ? Il ne s'agit pas ici de demander du beau temps pour votre prochain pique-nique ! Il s'agit de votre vie ! Qu'est-ce qui est essentiel pour réussir sa vie ? Quelle est votre idée d'une vie réussie ? Dieu est prêt à vous conduire à la réalisation de votre rêve de vie !
    Bien sûr, on peut se dire, dans sa tête : du temps du Roi Salomon, Dieu parlait peut-être aux hommes, mais aujourd'hui, c'est dépassé, à qui Dieu parle-t-il aujourd'hui ? Mais la question n'est pas "A qui Dieu parle-t-il ?" mais "Qui l'écoute ? Qui reconnaît la voix de Dieu dans la masse de messages qui nous parviennent ?" Dieu parle constamment aux humains par des signes.
    Observez que Dieu "parle" à Salomon au travers d'un songe, d'un rêve. Que faites-vous de vos rêves, le matin ? Savez-vous à quel point ils sont importants, porteurs de vérités intérieures, réponses à vos questions profondes ?
    Beaucoup de monde doute que Dieu puisse nous parler dans nos rêves, parce que nous avons une vision trop limitée de Dieu. Notre imagination nous présente des images réduites de lui. Imaginez-le comme une énergie positive répandue dans l'univers.
    Vous connaissez internet, le web, la toile. Avec un ordinateur, on peut s'y brancher et communiquer avec le monde entier, y faire des rencontres, dialoguer, poser des questions et recevoir des réponses. Dieu est comme le web de la pensée. L'ordinateur, c'est votre cerveau, pas besoin de matériel compliqué ou coûteux. Les messages, c'est votre pensée. Les rêves ou les sentiments que vous éprouvez, ce sont les e-mails, les SMS que vous recevez. Allez-vous ouvrir votre boîte aux lettres ou laisser dormir vos messages et les ignorer ?
    Dans le temps, depuis des centaines, même des milliers d'années, des personnes à l'écoute ont reçu des messages et les ont mis par écrit. Ces écrits ont été rassemblés dans un gros manuel qu'on appelle la Bible. C'est l'expérience d'hommes et de femmes qui sont allés régulièrement relever leur boîte aux lettres pour être en liaison avec ... Dieu.
    Lorsqu'un homme a essayé de condenser, de résumer au plus court les expériences de ces hommes et de ces femmes sur le chemin de la vie, à la quête du bonheur, cela a donné ceci :

    "— Tu dois aimer le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit. C'est là le commandement le plus grand et le plus important. Et voici le second commandement qui lui est semblable : Tu dois aimer ton prochain comme toi-même." (Mt 22:37-39)
    Pourquoi la clé du bonheur est-elle dans un commandement et pas dans une affirmation telle que : "Tu seras heureux le jour où... tu auras ton permis ... tu auras trouvé ton conjoint... etc. ? La clé du bonheur est dans un commandement : "Tu aimeras..." pour vous dire que votre destin est entre vos mains, votre destin, votre bonheur ne dépend pas des autres, mais de vous. Il dépend du moment où l'on commence à faire circuler l'amour autour de soi. Ne faites pas dépendre votre bonheur du premier pas de l'autre, faites vous-mêmes le premier pas !
    Vous avez remarqué que la Bible dit qu'aimer Dieu c'est la même chose qu'aimer quelqu'un ! Cela devient clair lorsqu'on pense Dieu comme cette énergie positive, porteuse d'amour, répandue dans l'univers. Aimer Dieu, c'est utiliser cette énergie positive en faveur de quelqu'un.
    Il y a là un trésor disponible, c'est ce trésor que Dieu met à disposition de Salomon. C'est ce trésor que Dieu met à votre disposition, pour que vous puissiez trouver le bonheur dans votre vie.
    Amen

    © 2006, Jean-Marie Thévoz

  • 27.8.06 / Ruth 4. Le message politique du livre de Ruth

    Ruth 4
    27.8.2006
    Le message politique du livre de Ruth
    Néh 13 : 1-3 Esd 9:1-4 + 10:1-3 Rt 4 : 7-17

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Pendant ce mois d'août, nous nous sommes penchés sur le récit du livre de Ruth. J'ai abordé ce récit de différentes manières. Dans une lecture plutôt psychologique, nous avons vu comment trois femmes, Noémi et ses deux belles-filles Orpa et Ruth, adoptaient des attitudes différentes face à un événement semblable, le deuil de leurs maris. Dans une lecture théologique, nous avons vu comment ce récit est une parabole de la Providence divine, au travers des nombreuses bénédictions qui sont reçues et échangées.
    Aujourd'hui, j'aimerais aborder une autre facette de ce récit, c'est la portée politique de ce livre ! Cela peut paraître bizarre de penser que ce récit de mariage champêtre peut revêtir une signification politique. En effet, cette dimension politique n'est pas immédiatement visible, elle est comme camouflée par le côté léger, idyllique, romantique de cette histoire. Eh bien, je crois que ce côté masqué est voulu et qu'il a permis que ce livre soit intégré dans la Bible.
    En effet, le livre de Ruth, tel que nous le lisons aujourd'hui, est porteur d'un courant politique minoritaire au moment de la formation de la Bible. Ce livre présente donc deux niveaux de lecture — dus probablement à deux étapes de rédaction.
    Le premier niveau de lecture est de l'ordre du roman qui présente des personnages, une intrigue, un drame et un dénouement heureux, l'histoire de ces femmes qui doivent reprendre pied dans l'existence et qui reçoivent les bénédictions de Dieu au travers d'un homme respectueux de la Loi, qui fait son devoir légal, puis est béni en retour par un beau mariage. A ce niveau de lecture, c'est un récit hors du temps, qui n'a pas de connexion avec la réalité historique.
    Dans un deuxième temps, dans le contexte du retour de l'Exil à Babylone, un rédacteur rajoute quelques mots à la première phrase pour inscrire ce récit dans la chronologie de l'histoire d'Israël : "A l'époque où les juges exerçaient le pouvoir en Israël…" (Rt1:1) et ajoute un demi verset à la fin du récit : Obed fut le père de Jessé, père de David." (Rt 4:17). Il complète enfin le livre par la liste des ancêtres de David depuis Pérès, déjà nommé dans le récit.
    Ces deux petites adjonctions ont deux effets. Le premier, c'est d'inscrire cette petite histoire dans la grande Histoire : maintenant elle raconte quelque chose sur les antécédents du roi David, elle prend de l'importance et cela explique pourquoi il faut l'inclure dans la liste des livres bibliques.
    Le deuxième effet — et c'est là sa portée politique — c'est de placer un femme étrangère (moabite de surcroît) dans la généalogie du roi David, le héros d'Israël, la figure du Messie. Au temps de l'Exil et après, David est le modèle du Messie à venir, celui qui devra redonner sa splendeur et son indépendance politique à Israël, malgré le fait d'avoir du sang moabite dans les veines.
    Pourquoi cette femme moabite, Ruth, a-t-elle une portée politique dans ce retour d'Exil ? Il faut rappeler que l'Exil a été une terrible épreuve pour l'identité d'Israël. Jérusalem détruite, le peuple a perdu son Roi, son Temple et sa Terre. Comment expliquer cela en gardant sa foi en Dieu ? Habituellement, lorsqu'un peuple perdait tout, on en concluait qu'il ne s'était pas adressé à la bonne divinité, puisque celle-ci n'avait pas réussi à le protéger.
    En Israël, les choses ne se sont pas passées ainsi. Ce n'est pas Dieu qui a failli, c'est la faute du peuple et surtout de ses dirigeants. S'il y a un exil, c'est à cause de la désobéissance d'Israël, c'est une punition divine, temporaire. Et le retour d'Exil est vu comme une seconde chance : dès maintenant, par l'obéissance de tous à la Loi de Moïse, le peuple d'Israël va regagner sa terre et pouvoir y rester.
    Mais pour rester sur la terre promise, il ne faut plus se laisser aller à la désobéissance et à l'idolâtrie. La sécurité passe par le culte du Dieu unique. Et un courant majoritaire se dessine (on le voit dans Esdras/Néhémie) qui accuse les étrangers implantés en terre d'Israël d'être la plus grande menace pour eux et pour le culte. Ainsi Néh 13:3 dit : "Lorsque les Israélites entendirent la lecture de cette interdiction, ils décidèrent d'exclure de leur communauté tous les étrangers." Cette interdiction lue devant le peuple se trouve dans Deutéronome 7:1-7.
    Il y a donc, en ce temps-là, post-exilique, un courant, une veine nationaliste très forte qui veut exclure les étrangers, notamment en demandant à tous les juifs qui ont épousé une étrangère de la renvoyer. Nous avons entendu cela dans le livre d'Esdras. Le mariage entre juifs et étrangères est proscrit, parce qu'il est vu comme un risque de contamination idolâtrique. Les livres d'Esdras et de Néhémie sont les principaux vecteurs de cette pensée nationaliste, à son stade le plus intransigeant.
    Cette veine nationalise, de pureté ethnique, se retrouve aussi, mais entremêlée avec une veine universaliste, dans les livres du Lévitique, du Deutéronome, de Samuel et des Rois. La veine universaliste se signale par tous les rappels "souvenez-vous que vous avez été étrangers en Egypte" (Dt 24:22, par ex.). La veine nationaliste dénonce les rois qui se laissent entraîner par leurs épouses vers les cultes étrangers (1 Rois 11:1-13 par. ex.).
    La veine universaliste pure est le combat politique du livre de Ruth, comme il l'est de la majorité des prophètes, avec, comme fer de lance, la deuxième et la troisième partie d'Esaïe.
    Ces deux veines sont donc présentes dans la Bible, comme elles sont présentes dans le monde, comme elles sont présentes en Suisse. D'un côté, les partisans — comme Esdras/Néhémie — de la pureté du peuple et de l'expulsion des étrangers, des femmes étrangères et de l'autre, les partisans du livre de Ruth qui appellent à ne pas juger par généralisation et a priori, mais de regarder la personne et la situation, indépendamment des origines et de la provenance.
    Cette lutte entre ces deux tendances se retrouve aussi au cœur du Nouveau Testament. Ainsi, Matthieu souligne l'ouverture universaliste du message de Jésus en incluant Ruth dans sa généalogie (Mt 1:5). Matthieu n'inclut que quatre femmes dans les 42 générations évoquées. Avoir choisi Ruth parmi celle-ci a certainement une signification !
    Dans le livre des Actes, on voit aussi ce combat entre l'ouverture ou la fermeture de l'Eglise aux païens prendre place entre l'apôtre Jacques, le frère de Jésus, et Pierre, puis Paul (Actes 15). Chaque époque est replacée devant ce choix.
    Le récit du livre de Ruth prend clairement position : c'est l'attitude personnelle de Ruth, vis-à-vis de sa belle-mère et de Dieu, qui en fait un personnage attachant et digne d'entrer dans la lignée du Christ. Les amies de Noémi le soulignent lorsqu'elles disent : "Ta belle-fille vaut mieux pour toi que 7 fils" (Rt 4:15).
    Aujourd'hui, chez nous, à nous de savoir si nous voulons adopter une attitude défensive et craintive ou avancer dans ce courant universaliste du livre de Ruth.
    Amen
    © 2006, Jean-Marie Thévoz

    Fait partie de la suite : Ruth 1 / Ruth 2 / Ruth 4 (il n'y a pas de Ruth 3)

  • 13.8.06 / Ruth 2. La bénédiction est le signe de la présence de Dieu

    Ruth 2
    13.8.2006
    La bénédiction est le signe de la présence de Dieu
    Dt 24 : 19-22 Rt 2 : 1-13 Rt 2 : 14-23

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Nous continuons notre exploration du livre de Ruth, l'histoire de cette veuve Moabite, donc étrangère à Israël, qui s'attache à sa belle-mère Noémi et la raccompagne à Bethléem. Une fois réinstallées, elles doivent vivre, subvenir à leurs besoins. C'est pourquoi Ruth s'en va glaner dans les champs, puisque c'est le temps de la moisson.
    Glaner, c'est chercher les épis que les ramasseurs qui suivent les moissonneurs oublient ou perdent dans les champs. C'est récolter les miettes qui tombent de la table des riches. La Loi de Moïse que nous avons entendue dans le Deutéronome, essaie de donner un peu plus de chance aux glaneuses : elle interdit aux propriétaires ou aux moissonneurs de passer deux fois dans leurs champs. Mais le résultat du travail des glaneuses restera toujours précaire et aléatoire.
    Les glaneuses dépendent du bon vouloir du propriétaire. Et là — ce que le récit nous montre— c'est que Booz est un propriétaire généreux. Booz accueille Ruth, il la protège en avertissant ses ouvriers pour qu'ils ne l'importunent pas. Il l'invite à partager son repas. Il la favorise même discrètement en demandant à ses ouvriers de laisser exprès des épis par terre !
    Lorsque Ruth revient à la maison et raconte sa journée, Noémi réagit tout de suite en s'exclamant : "Que Dieu bénisse celui qui a été bon pour toi" (Rt 2:19). Le bien que Booz fait transforme la vie de ces deux femmes. A leur tour elles souhaitent du bien à leur bienfaiteur et ainsi la bénédiction circule des uns aux autres.
    C'est une des caractéristiques de ce livre de Ruth : la bénédiction, le bien, va en s'amplifiant en circulant d'une personne à une autre. Cette amplification du bien, de la bénédiction, est le signe de la présence de Dieu dans ce récit. Une présence discrète, silencieuse, mais constante. Elle n'a rien de spectaculaire, puisqu'elle passe par des gestes tout humains, mais elle est là et rend la vie plus facile, plus légère.
    Booz fait du bien, pour le plaisir de faire du bien, pour enrichir le monde de bonté. Booz n'a aucune arrière-pensée, il ne calcule pas, il ne poursuit pas de but. Nous qui connaissons la suite de l'histoire pourrions penser que Booz agit ainsi en vue de son mariage avec Ruth. Mais ce n'est pas ce qui se passe. Le texte montre bien — dans le 3e chapitre — que c'est Ruth qui prend toutes les initiatives.
    Booz fait le bien pour le bien, car il a compris le fonctionnement de la bénédiction (il n'est pas agriculteur pour rien !) : on récolte ce qu'on sème. C'est ainsi dans la vie, l'amour donné gratuitement revient sous de nouvelles formes, souvent inattendues. Il ne grandit que lorsqu'il circule sans arrière-pensées ou calculs. C'est ainsi que Noémi reconnaissante demande à Dieu de bénir Booz en retour.
    Le thème de la bénédiction divine est un thème qui parcours toute la Bible, même si souvent nous la négligeons. J'ai souvent entendu, dans mes visites de classes, des enfants demander : "Mais pourquoi Dieu n'agit-il plus aujourd'hui comme au temps de Moïse, lorsqu'il a ouvert la mer ?"
    C'est vrai que de nos jours, nous n'arrivons plus à voir Dieu intervenir visiblement dans le cours de l'Histoire. Mais quand nous disons cela, nous négligeons au moins la moitié de la Bible, Ancien Testament compris. Bien sûr, il y a, dans le Pentateuque, le noyau important de la sortie d'Egypte où Dieu intervient par des événements extraordinaires. Mais la Bible affirme aussi, avec insistance et longuement, que Dieu agit dans la vie des humains au travers de ses actes de bénédiction.
    Tout le livre de la Genèse, depuis Noé jusqu'à Joseph, en passant par Abraham, Isaac et Jacob, nous montre comment Dieu bénit l'humanité au travers des naissances et des liens de filiations. A travers les généalogies, la vie continue, la vie renaît, recommence. Et chaque naissance est un renouveau et une bénédiction, un avenir ouvert ! La suite des générations est une bénédiction divine.
    Et puis le livre du Deutéronome qui clôt le Pentateuque met, lui, l'accent sur la bénédiction que constitue le don d'une terre, d'un pays où coulent le lait et le miel. La production de la terre, le produit du travail des humains, sont vus comme une bénédiction divine.
    Et c'est bien ainsi que le conçoit Booz. Il reçoit tout comme venant de la main de Dieu. Ensuite il est plus facile de donner, d'être généreux, si l'on considère que tout ce que l'on possède ou tout ce que l'on acquiert nous a été donné comme une bénédiction.
    Dans le récit, Booz devient la figure de la Providence divine, celui qui accueille, celui qui invite à partager son repas, celui qui protège, celui qui favorise en nous donnant l'occasion de recevoir.
    Qu'est-ce qui nous empêche de voir dans nos vies la présence de cette bénédiction continue de Dieu ? Qu'est-ce qui nous empêche de la reconnaître dans ce qui nous arrive ? Qu'est-ce qui nous empêche de la recevoir et de la communiquer autour de nous ?
    Nous voyons bien que le monde et plutôt engagé sur le chemin de la vengeance et dans la spirale de la violence. Le livre de Ruth nous apprend que la spirale du bien est aussi une option. Que jour après jour Dieu place quelques épis de bonheur que nous pouvons glaner dans le champ de notre existence, si nous nous faisons assez humbles pour partir glaner plutôt que d'attendre ce qui nous revient de droit !
    Engageons-nous dans le cycle, la spirale de la bénédiction pour semer le bonheur et la joie autour de nous et il y aura toujours quelqu'un pour dire "Que Dieu bénisse celui qui a été bon pour toi !"
    Amen
    © 2006, Jean-Marie Thévoz

    Fait partie de la suite : Ruth 1 / Ruth 2 / Ruth 4 (il n'y a pas de Ruth 3)

  • 6.8.06 / Ruth 1. Après le deuil, le bonheur est-il possible ?

    Ruth 1
    6.8.2006
    Après le deuil, le bonheur est-il possible ?
    Rt 1 : 1-22

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Pour ces prochains dimanches du mois d'août, j'ai choisi de vous parler de l'histoire de Ruth la Moabite. On a l'habitude de l'entendre comme une jolie histoire d'amour champêtre où la jeune et jolie Ruth s'éprend de (ou séduit) Booz, le riche propriétaire… et tout cela finit par un beau mariage.
    Cette lecture — façon Collection Arlequin — risque cependant de nous faire perdre les aspects plus piquants, voire choquants, et plus dramatiques de l'histoire. Cette lecture romantique risque aussi de nous faire passer à côté des vraies leçons de vie du récit, et même de ses implications politiques. Je ferai donc trois lectures de ce récit : aujourd'hui une lecture plutôt psychologique, dimanche prochain une lecture théologique et finalement le dimanche 27 août, une lecture politique.
    L'histoire de Ruth est une belle histoire, puisqu'elle finit bien. Ruth se marie avec l'homme qu'elle a choisi, elle enfante un fils, ce qui l'inscrit dans la lignée généalogique d'où sortira le roi David et le Christ. Voilà un destin merveilleux qui semble sortir tout droit d'un conte de fée.
    Ce qui différencie ce récit du conte de fée cependant, c'est que ce bonheur s'est construit dans la douleur. Il n'y a pas de princesse, il a une veuve, Ruth — belle-fille d'une autre veuve — qui arrive comme étrangère dans un pays qu'elle ne connaît pas. Il n'y a pas de prince charmant, il y a deux hommes qui ont des droits sur Ruth et qui peuvent l'acheter sans qu'elle ait son mot à dire. Il n'y a pas de château, il y a la pauvreté qui oblige Ruth à aller glaner dans les champs, ramasser les restes négligeables abandonnés derrière les moissonneurs, moissonneurs qui ne manqueront pas de l'importuner, voire de la violenter si elle n'a pas de protecteur.
    Comment donc, à partir de cette situation de départ, veuvage, dépendance, pauvreté, vulnérabilité, cette histoire peut-elle déboucher sur le bonheur ?
    C'est justement à cause de cela, à cause de cette distance franchie entre le malheur et le bonheur que ce texte est un récit si attachant. Il pose en effet crûment la question : le bonheur est-il possible ? Et il répond oui, mais il ne le fait pas par des artifices merveilleux ou une atténuation de la dureté de la réalité.
    Le récit part de situations réelles, fréquentes, banales. Le récit part de la réalité la plus pénible pour l'être humain : le deuil. Le récit ne nous présente donc pas un bonheur construit sur du bonheur, mais un bonheur qui sort, qui s'extirpe du malheur. Quand le malheur frappe, la route du bonheur n'est pas fermée ! Contrairement à ce qu'on croit d'habitude.
    Comment voit-on cela dans le récit ? Nous sommes en présence de trois femmes, toutes veuves. Trois femmes blessées dans leur chair, dans leur relation conjugale. Trois femmes et trois chemins différents.
    D'abord Noémi, partie avec son mari et ses deux fils pour fuir la famine et chercher un nouvel horizon, une nouvelle vie. Le pays qui devait leur apporter la prospérité se révèle le pays du deuil. Noémi perd son mari. Ses fils se marient, mais décèdent à leur tour. Noémi le dira elle-même : "Je suis partie les mains pleines et je reviens les mains vides" (Rt 1:16-17).
    Elle quitte Moab et retourne dans son pays, retour au point de départ, retour vers ses racines, mais aussi pour elle retour en arrière. Elle voit sa situation comme pire qu'auparavant. On peut ajouter qu'elle ne voit que le négatif, elle ne remarque pas ce qu'elle a ou ce qu'elle a en plus : elle est à nouveau sur sa terre, dans son peuple; elle a gagné une belle-fille, Ruth.
    L'écueil au bonheur que nous présente le caractère de Noémi, c'est de ne pas regarder tout le champ de la réalité, c'est de ne pas compter — à cause de sa souffrance — la partie positive de la réalité qui existe à côté de ses malheurs et de sa souffrance. Certes, le positif n'annule pas le négatif, mais il est là comme un terreau, une plate-forme où un nouveau bonheur peut prendre racine.
    Ensuite, il y a Orpa, la première belle-fille de Noémi. Elle vit aussi le deuil de son mari, le fils de Noémi. Elle pense accompagner Noémi dans son retour en Israël, mais ne le fait pas, finalement. Elle est tentée par une nouvelle vie, ailleurs que dans le lieu de son malheur, mais elle renonce. Elle a sûrement de bonnes raisons. En restant sur sa terre, elle évite le statut d'étrangère qu'elle aurait en Israël. Elle évite de perdre son statut de femme libre (en terre de Moab, la société était matriarcale ! v.8 "rentrez chez votre mère" dit Noémi). Ainsi donc Orpa renonce au changement et préfère rester sur la terre de son deuil.
    Cela me fait penser à la phrase de Max Frisch : "Quand on a plus peur du changement que du malheur, comment éviter le malheur ?"
    Ruth, elle, va choisir le chemin du changement. elle veut quitter la terre du malheur. Elle préfère partir vers l'inconnu que rester dans le malheur. Elle prend des risques, ceux que sa belle-sœur n'a pas voulu affronter : être étrangère, perdre ses droits de femme libre. Elle fait le choix du départ et le choix de l'attachement. Ce départ n'est pas une fuite loin du malheur, c'est un acte de foi en la vie, en l'attachement à Noémi et à son Dieu. Avec eux elle peut affronter l'inconnu et la nouveauté.
    Cette audace — « je change de pays, je change de parenté, je change de Dieu » — est bien ce qui caractérise Ruth. Elle n'est pas une jeune fille naïve qui se laisse aller aux hasards de la vie. C'est ce qu'on voit dans les chapitres suivants. Dans l'espace minuscule que lui laissent les contraintes sociales de son temps, elle prend sa vie en main (Rt 2:2), elle donne de petites impulsions pour faire basculer son destin dans les bras de l'homme qu'elle choisi (Rt 3:9).
    Le bonheur de Ruth n'est pas construit sur des circonstances favorables et l'absence d'épreuves ou de malheurs. C'est au travers de sa confiance dans la vie — marquée par son attachement à Noémi et à Dieu — qu'elle arrive à voir les situations favorables et ainsi petit à petit faire basculer son destin.
    Nous verrons dimanche prochain comment cette confiance en la vie, en la générosité de la vie, est confessée comme un don de Dieu dans le livre de Ruth.

    ...suite demain dans Ruth 2

    © 2006, Jean-Marie Thévoz

    Fait partie de la suite : Ruth 1 / Ruth 2 / Ruth 4 (il n'y a pas de Ruth 3)

  • 18.6.2006 / 1 Rois 3. Croire vraiment en la générosité de Dieu

    1 Rois 3
    18.6.2006
    Croire vraiment en la générosité de Dieu
    1 R 3 : 5-14 Jn 13 : 12-17

    Chères paroissiennes, chers paroissiens, chères familles des nouveaux baptisés,
    Vous venez de confier ces enfants à Dieu dans le baptême. Vos enfants et vous-mêmes, au travers de vos engagements, vous entrez dans une relation nouvelle ou renouvelée avec Dieu. Chacun d'entre vous qui êtes venus dans cette église ce matin, vous entrez dans la relation avec Dieu. La relation est un dialogue, un échange où chacun peut demander quelque chose à l'autre. En effet, nous venons pour demander des choses à Dieu, puisque nous venons prier : nous souhaitons que Dieu nous aide dans nos difficultés, nous apporte du soulagement ou de la consolation, nous apporte de la joie ou du répit.
    Alors qu'est-ce que Dieu va nous demander en retour ? Dieu ! me demander quelque chose ! Peut-être que l'appréhension monte ? Oui, bien sûr, dans ce dialogue, Dieu nous demande quelque chose, il attend de nous une réponse. C'est ce qui s'est passé lorsque Salomon est entré en dialogue avec Dieu au sanctuaire de Gabaon.
    Dieu est apparu à Salomon dans un rêve et lui a demandé :

    "— Que pourrais-je te donner ? Demande-le-moi." (1 R 3:5)
    Observez bien la délicatesse de la demande ! Dieu — qu'on imagine tout savoir — ne vient pas dire à Salomon : « Je sais ce dont tu as besoin et je vais te le donner. » Non, Dieu ne veut rien imposer, il demande vraiment ce que désire Salomon. Dieu respecte la liberté de Salomon. Dieu ne fait pas le bien des gens contre leur volonté. Dieu nous demande de poser les objectifs de notre vie et de demander ce dont nous avons besoin pour les atteindre.
    Avant de dire ce qu'il désire, Salomon dit à quel point il est reconnaissant envers la générosité de Dieu, pour son père David et pour lui-même. Ensuite, il reconnaît qu'il a reçu son titre de roi, c'est un don qu'il a reçu et qui ne dépend pas de ses mérites, de ses actions, il est simplement le fils du roi précédent. Enfin, il reconnaît ses propres limites : il est jeune et sans expérience, il a besoin de recevoir une intelligence, une sagesse pour accomplir sa mission. Aussi demande-t-il "un cœur plein de sagesse" pour conduire son peuple et pour discerner le bien du mal.
    Avec le recul, on pourrait dire que cette demande est déjà pleine de sagesse et d'intelligence. Cette demande plaît à Dieu. Non seulement Dieu va lui accorder ce qu'il demande, mais en plus il va lui donner ce que Salomon avait renoncé à demander : une longue vie, la richesse et les victoires.
    Cela vaut la peine de se lancer dans le dialogue avec Dieu et de prendre le risque d'écouter ce qu'il nous demande et de lui répondre !
    Le Dieu de la Bible, le Dieu de Jésus-Christ est un Dieu généreux et bienveillant : après le don de la vie, il veut encore nous combler comme Salomon. Peut-on croire que Dieu nous fait, à chacun, la même demande, la même offre qu'il a faite à Salomon ?
    Bien peu de monde y croit ! On a tellement l'habitude d'entendre dire "Dieu est généreux, Dieu est bienveillant, Dieu est amour" que, paradoxalement, cela ne nous touche plus, cela ne nous atteint plus, nous n'y croyons pas.
    Il faut que cela soit reformulé différemment, et surtout hors Eglise, pour que les gens l'entendent : "La vie est généreuse"; "Rien n'arrive par hasard"; Chacun a son ange gardien, apprends à le connaître et il te guidera…"; "Crois en ton destin, demande ce que tu veux à la vie et cela te sera donné."
    Le point commun de toutes ces affirmations, c'est d'ouvrir notre esprit à une présence mystérieuse; c'est de faire de la place pour un être bienveillant au-dessus de nous; c'est de recevoir les événements de la vie comme des dons, des cadeaux; c'est d'avoir conscience de sa petitesse, de ses limites et que cette conscience devient une force; c'est d'avoir conscience qu'il existe une sagesse qui vient du fond des âges et peut nous guider.
    Eh bien, ici — dans l'Eglise — nous donnons au destin, à la force de vie, à la présence mystérieuse, le nom de "Dieu" ou celui de "Jésus-Christ." Jésus-Christ était un "maître" comme il le dit à ses disciples après le lavement des pieds, mais il n'est pas venu comme un tyran, mais comme un serviteur. Au service de la vie, au service de la relation, de l'amour.
    Jésus nous offre la même sagesse que celle qu'il a donnée à Salomon. Cette sagesse est là dans les paroles de Jésus qui se trouvent dans la Bible, un véritable mode d'emploi de la vie et du bonheur, si seulement nous voulions nous en inspirer !
    Dieu ne nous offre pas seulement la vie à la naissance, il nous offre la possibilité du bonheur, quelles que soient les circonstances de l'existence. Il n'offre pas le bonheur aux seuls gens heureux, cela n'aurait pas de sens.

    "Je suis venu chercher et sauver ce qui était perdu" dit Jésus (Luc 19:10).
    C'est à chacun de nous — dans la situation que nous vivons — que Dieu adresse la même demande qu'à Salomon : "— Que pourrais-je te donner ? Demande-le-moi."
    Oserons-nous dire à Dieu nos désirs secrets et accepter la générosité de sa main ? Avons-nous assez confiance en lui ?
    Amen

    © 2006, Jean-Marie Thévoz, Suisse, Bussigny.

  • Josué 5. 40 ans pour sortir de nos Egyptes et accéder à la Terre des bénédictions

    Josué 5
    19.3.2006
    40 ans pour sortir de nos Egyptes et accéder à la Terre des bénédictions
    Jos 5 : 3-12 Néh 9 : 5b, 9-23 Ac 7 : 20-37

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Pour marquer l'ouverture de cette année des 40 ans de la paroisse, on m'a demandé de parler de la place et de la signification du nombre 40 dans la Bible. C'est vrai que le nombre 40 est souvent utilité par les auteurs bibliques. Il est utilisé pour des mesures du Temple (Ez 41:2), pour compter des fils (Jg 12:14), ou des vaches (Gn 32:15), même pour compter des coups de fouets (Dt 25:3), des jours ou des années.
    Aujourd'hui, je ne prendrai en compte que les années. Que signifie une durée de 40 ans dans la Bible. Je crois qu'il n'est pas possible de remonter jusqu'à l'origine première, à l'acte ou l'événement fondateur qui a donné un sens particulier à cette période de 40 ans. Mais on sent qu'il y a une transformation, une évolution de ce laps de temps dans l'histoire.
    Plus on avance dans les siècles et dans la rédaction du texte biblique, plus cette période de temps de 40 ans est lourde de sens et devient figée. Figée dans le sens d'un moule dans lequel doivent venir se fondre les réalités, au prix de toute vraisemblance historique.
    L'illustration claire de ce phénomène se trouve dans le discours d'Etienne lorsqu'il récapitule la vie de Moïse. Il découpe la vie de Moïse en trois tranches de 40 ans, avec pour conséquence une vie d'une durée de 120 ans. La symbolique est forte, le respect de l'histoire est faible. L'origine doit donc se trouver à l'autre bout de cette trajectoire, là où l'histoire est forte et la symbolique naissante.
    Il est possible — mais ce n'est qu'une hypothèse personnelle — que l'on puisse retrouver la force de l'histoire et la naissance de cette symbolique dans la durée des règnes des rois David et Salomon. David et Salomon sont les figures royales les plus importante de l'Ancien Testament. Elles sont aussi reliées au Temple. David en a choisi le lieu, Salomon l'a fait construire.
    Chacun de leur règne a duré 40 ans nous disent les récits bibliques. Je pense que c'est historique, que ce n'est pas une construction littéraire. Manipuler les durées des règnes dans une généalogie, c'est créer de gênants décalages. Par contre, se servir de ces modèles et de la coïncidence de cette durée pour en faire une durée exemplaire et faire naître une symbolique est tout à fait plausible. Comme ces deux rois sont aussi des exemples — pas sur tous les aspects de leur vie cependant — de cheminement et de foi en Dieu, ces 40 ans deviennent une durée, un temps idéal fixé par Dieu.
    A partir de là, ce " temps idéal fixé par Dieu " peut être appliqué là où manquent des données historiques fiables. On trouve quelques exemples dans le livre des Juges (3:11; 5:31; 8:28; peut-être 3:30, 80=2x40 ans et à l'opposé 13:1) où l'action d'un Juge est suivie de 40 ans de paix dans le pays. Dans ce cas, ces 40 ans peuvent être considérés comme une très longue période, une période de longueur inespérée pour de la paix : je dirais "une éternité à dimension humaine."
    Mais la portée symbolique la plus forte se retrouve dans la durée du séjour des Israélites dans le désert : "Les enfants d'Israël mangèrent la manne pendant 40 ans (…) jusqu'à leur arrivée aux frontières du pays de Canaan." (Ex 16:35) Comme nous l'avons entendu dans la lecture de Jos 5, cette durée est assimilée au temps d'une génération.
    J'ai été frappé, dans ma recherche sur cette période au désert, comme l'interprétation de cette période peut amener à des visions opposées :
    - d'un côté une période maudite :
    "Pendant 40 ans cette génération n'a suscité en moi que du dégoût" dit Dieu (Ps 95:10)
    - de l'autre, une période de salut :
    "Durant 40 ans, Seigneur, tu as pris soin d'eux, dans le désert, ils n'ont manqué de rien. Leurs vêtements ne se sont pas usés, leurs pieds n'ont pas enflé. (Neh 9:21).
    Deux visions complètement opposées pour une même période. Cela rend peut être bien compte de la complexité de l'existence humaine, faite en même temps de révolte, d'épreuves et de bénédictions, sans qu'on puisse toujours dire dans nos vies ce qui tient plus de l'une ou de l'autre.
    Peut-être que le récit de la circoncision du peuple effectuée par Josué permet une sorte de synthèse, en montrant que les 40 années passées au désert sont des années de transformation. Symboliquement, la génération révoltée qui a dressé le Veau d'or est abandonnée au désert comme une vieille tunique, une vieille peau, pour laisser émerger une génération nouvelle et bénie, qui entre sur la Terre promise, où coule le lait et le miel.
    L'apôtre Paul a thématisé cette transformation en parlant d'abandonner de vieil homme pour revêtir — en Christ — l'homme nouveau, passer de la chair à l'esprit, de la circoncision de la chair à la circoncision du cœur.
    J'ai trouvé intéressant, dans le texte de Josué, le passage — au sens fort — qui se fait dans cette première Pâque célébrée après le passage du Jourdain : finie la manne du désert, on mange des épis grillés. Au niveau culinaire, cela me fait penser à cesser de manger du tofu bouilli pour déguster un steak grillé au barbecue. Au niveau théologique, dans le récit de l'Exode, la manne — bien que venant de Dieu — est plutôt un pain d'amertume. Littéralement MaNaH, la manne, veut dire "qu'est-ce que c'est ?" en hébreu. "Qu'est-ce que c'est que ce truc ?" Le désert, c'est aussi le temps de l'ignorance et de l'incertitude : combien de temps cela va-t-il durer ? Est-ce qu'on va s'en sortir ? Dans quoi est-ce qu'on est embarqué ? C'est pourquoi les plaintes ne cessent de monter vers Moïse et vers Dieu et que cette génération est qualifiée de rebelle.
    Dès le passage du Jourdain, cependant, les Israélites trouvent des épis cultivés. Ils passent, si j'ose dire, de l'ignorance à la culture. C'est pourquoi ces 40 ans sont aussi le symbole de la maturation, de l'accession à la maturité. Et l'on comprend mieux pourquoi il est dit que Moïse traverse trois phases de 40 ans dans sa vie, 40 ans pour découvrir le malheur de son peuple, 40 ans pour mûrir sa relation avec Dieu et 40 ans pour conduire son peuple vers la liberté.
    Pour récapituler, 40 ans représente le temps choisi, déterminé par Dieu; une éternité à dimension humaine; un temps de transformation, d'évolution, de maturation. C'est un temps suffisant pour sortir de nos Egyptes et accéder à la Terre des bénédictions.
    40 ans, aujourd'hui, c'est le temps d'une vie active, en tout cas aux yeux des caisses de pension. Aujourd'hui, il nous est même souvent donné des années, ou des décennies en plus. Est-ce que je mets ce temps à profit ?
    - pour une transformation de mon être entre les mains de Dieu ?
    - pour accéder à une sagesse qui me fait voir les bénédictions de la vie ?
    - pour transmettre ma foi, ma relation avec le Dieu qui nous conduit ?
    - pour dire ma reconnaissance pour le don des années reçues ?
    Est-ce que je vais donner quelque chose de ma personne pour être une pierre vivante dans l'édifice de l'Eglise et de la société de sorte que le monde ne se perdre pas dans le mal ?
    Nous avons passé le Jourdain, 40 ans de maturation sont derrière nous, un pays neuf s'ouvre devant nous : qu'allons-nous construire ?
    Amen


    © 2006, Jean-Marie Thévoz, Suisse, Bussigny.