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n) Jean - Page 2

  • La découverte de soi mène à la découverte du Père

    Jean 1

    24.9.2017

    La découverte de soi mène à la découverte du Père

    Jean 1 : 35-42        Jean 1 : 43-51

     

    Télécharger la prédication : P-2017-09-24.pdf

    Chers frères et soeurs en Christ,

    Nous poursuivons notre redécouverte de l’Evangile selon Jean, avec ces récits des appels des disciples. Comme souvent, l’évangéliste Jean écrit un texte en deux parties, deux étapes qui ont des parallèles entre eux, mais qui montrent surtout une progression dans la révélation de Jésus au monde.

    Ces deux récits où Jésus rencontre, recrute de nouveaux disciples ont plusieurs similitudes. C’est chaque fois une rencontre et cette rencontre est la conséquence d’un témoignage. Jean Baptiste dit à ses propres disciples qui est Jésus « Voici l’agneau de Dieu » (Jn 1:36). André dit à son frère « Nous avons trouvé le Messie » (v.41). Philippe dit à Nathanaël « Nous avons trouvé celui dont Moïse et les prophètes parlent, c’est Jésus, le fils de Joseph, de Nazareth » (v.45). La progression se voit dans le fait que le flambeau des témoignages passe des mains de Jean Baptiste dans les mains des disciples eux-mêmes. Dans chacun des récits, un disciple en amène un autre vers Jésus.

    Dans chacun des récits, on trouve la même phrase : —« Venez et vous verrez » dit Jésus aux deux disciples. « Viens et tu verras » dit Philippe à Nathanaël qui est plutôt sceptique. La découverte de qui est Jésus, commence, certes, par un témoignage, une information, mais elle ne s’accomplit que dans un déplacement décidé et une observation personnelle. Il faut se décider une fois à aller voir, à aller observer, constater. Il faut une envie de découverte, ne serait-ce qu’un début de curiosité : « Où demeures-tu ? » ou le besoin de confronter son doute : « Peut-il sortir quelque chose de bon de Nazareth ? » A partir de là, chacun doit pouvoir constater par lui-même. C’est la liberté que donne le Christ : faites l’expérience par vous-mêmes de ce que je donne, de ce que je révèle. La progression se marque aussi par les paroles de Jésus à la première approche des disciples. Aux premiers il demande « Que cherchez-vous ? » Au second, il dit « Suis-moi ! »

    Le dernier parallélisme que je veux relever — et qui est le plus important et le plus marquant — ce sont les paroles transformatrices de Jésus. Dans le premier récit, André amène son frère Simon à Jésus et le texte raconte : « Jésus le regarda et lui dit : Tu es Simon, le fils de Jean, tu porteras le nom de Céphas, qui signifie Pierre. » (v.42)

    On sait de l’Evangile selon Marc (Mc 3:16) que Jésus a renommé Simon du nom de Pierre. Mais là, Jésus fait plus. Selon le récit, ils ne se sont jamais vus, mais Jésus regarde Simon et il lui dit qui il est et de qui il est le fils et il lui donne — j’ai envie de dire — un totem, un nom qui a une signification en rapport avec sa personne profonde. Jésus révèle à Simon qu’il est un rocher, un roc, une montagne de pierre. Il lui révèle à lui-même son être et sa vocation.

    Comment puis-je dire cela à partir de cette petite phrase ? Parce que c’est justement le même phénomène qui se passe avec Nathanaël dans la deuxième partie du récit. Un parallèle et une progression en même temps.

    « Jésus regarde Nathanaël qui venait à lui et il dit à son propos : « Voici un véritable Israélite en qui il n’est point d’artifice. » « D’où me connais-tu ? » lui dit Nathanaël ; et Jésus de répondre : « Avant même que Philippe ne t’appelât, alors que tu étais sous le figuier, je t’ai vu. » (v.47-48)

    Jésus a vu Nathanaël, il l’a regardé comme il a regardé Simon. Et Jésus a vu clair en lui. Jésus voit la vraie nature de Nathanaël et il le révèle au monde : « Voici un véritable israélite, il n’y a rien de faux en lui. » Nathanaël se reconnaît dans les paroles de Jésus, il en est bouleversé. Tout ça parce que Jésus l’a vu. Le texte dit « Je t’ai vu sous le figuier » et je vous en ai déjà parlé en juin dernier (P-2017-06-25).

    Aujourd’hui, je vais prendre le texte au sens littéral. Sous le figuier, sous ton figuier, cela veut dire dans la cour de ta maison, chez toi, dans ta vie quotidienne, dans ton intimité. Jésus lui dit en quelque sorte : j’ai vu qu’entre ta vie personnelle et ta vie publique, là devant moi, tu ne changes pas, tu n’as pas de façade, tu n’as pas de secret, tu es authentique. Et Nathanaël se sent reconnu, accepté, compris. Peut-être même — maintenant que Jésus l’a dit — mieux compris qu’il ne se percevait lui-même auparavant.

    Avec Simon, avec Nathanaël — plus tard avec Nicodème et avec la Samaritaine — Jésus se manifeste comme le révélateur de l’être profond de chacun. L’évangéliste Jean nous montre Jésus comme ayant une connaissance profonde, intime de chacun de ses disciples. Une connaissance qui ne s’accompagne d’aucun jugement, pas même pour les cinq maris de la Samaritaine.

    L’évangéliste Jean va plus loin dans sa façon de raconter, il montre que cette révélation du disciple à lui-même par Jésus conduit le disciple à reconnaître la vraie personne de Jésus. Alors, le disciple se met à confesser sa foi en Jésus. Nathanaël, qui doutait que quoi ce soit de bon puisse sortir de Nazareth, en vient à confesser : « Maître, tu es le Fils de Dieu » ce qui est la confession de foi la plus parfaite pour l’évangéliste Jean.

    On voit donc que ces deux récits d’appel de disciples répondent à la question : « Comment devient-on chrétien ? » L’évangéliste répond qu’on devint chrétien par un chemin qui passe par la mise en marche, par curiosité ou par quête (« Venez »), par l’observation et l’expérience (« Voyez »), mais surtout par la rencontre avec la personne de Jésus qui nous révèle à nous-mêmes dans notre vérité.

    Jésus se montre comme le Révélateur, de notre personne et du Père. Et parce qu’il peut nous révéler à nous-mêmes, il peut aussi nous révéler le Père. C’est le chemin que font les disciples. Ils reconnaissent en Jésus celui qui peut leur révéler les clés de leur existence, cette existence qui est tendue entre eux-mêmes et le Père.

    Jésus lui-même fait le lien entre la révélation de soi-même et la révélation du Père lorsqu’il dit à Nathanaël : « Parce que je t’ai dit que je t’avais vu sous le figuier, tu crois. Tu verras des choses bien plus grandes. » Et Jésus ajoute : « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme. » (v.50-51)

    La découverte de soi mène à la découverte du Père, et vice versa. Calvin l’avait bien compris puisqu’il ouvre son Institution de la Religion Chrétienne par ces mots : « Toute la (…) sagesse est située en deux parties : c’est qu’en connaissant Dieu, chacun de nous aussi se connaisse. (IRC I, I, 1.) La foi naît de ce sentiment d’avoir été totalement compris par le Père et d’être dorénavant englobé dans sa vie et son amour. Alors le ciel s’ouvre et nous pouvons voir le Père à travers le Fils.

    Cette parole sur le ciel ouvert répond à celle qui termine le prologue « Personne n’a jamais vu Dieu. Mais le Fils unique (…) l’a fait connaître » (Jn 1:18). Le Fils unique est plus grand que Jacob sur qui montaient et descendaient les anges dans son songe (Gn 28:12) (allusion à la parole de la Samaritaine : « es-tu plus grand que Jacob ? » Jn 4:12). Par la foi, à travers le Fils de Dieu, le croyant a accès aux réalités divines et à la vraie vie. C’est ce que l’évangéliste Jean expose et développe dans tout son Evangile.

    Amen 

    © Jean-Marie Thévoz, 2017

  • Dieu : la clé de compréhension de l’univers et de la société

    3.9.2017

    Jean 1

    Dieu : la clé de compréhension de l’univers et de la société

    Jean 1 : 1-9 Jean 1 : 10-18 Jean 20 : 30-31

    télécharger la prédication : P-2017-09-03.pdf

     

    Chères frères et soeurs en Christ,

    Pour comprendre L’Evangile selon Jean, il faut commencer par la fin.

    En effet, l’évangéliste a marqué la fin de son Evangile par deux phrases de conclusion. L’une disant le travail de choix et de tri qu’il a fait dans les épisodes de la vie de Jésus. La seconde phrase pour indiquer dans quel but il a fait ces choix et cette rédaction : il l’a fait pour amener sa communauté à croire que Jésus le Christ est le Fils de Dieu et qu’en croyant cela, on accède à la vraie vie.

    Il y a donc deux mouvements qui se suivent : croire et accéder à la vraie vie.

    L’Evangile selon Jean est donc le moyen, le chemin pour accéder à la foi et à la vraie vie. C’est dans cette perspective de croire pour vivre vraiment que Jean écrit son Evangile. Il fait ce travail de rédaction alors que d’autres Evangiles, Marc d’abord, puis Matthieu et Luc circulent déjà.

    On appelle ces trois Evangiles (Matthieu, Marc et Luc) les Evangiles synoptiques parce qu’ils se ressemblent beaucoup dans leurs structures et le choix des épisodes de la vie de Jésus. Ainsi peut-on les « regarder ensemble » sur trois colonnes, d’où leur nom de « synoptiques ».

    Sachant que les Evangiles synoptiques existent, Jean peut faire un pas de plus dans l’explication du message de Jésus. Il n’a plus besoin de donner des informations sur la vie de Jésus, par contre, sa communauté a besoin d’explications pour comprendre sa situation actuelle.

    C’est la deuxième, voire la troisième génération de chrétiens, qui forme l’auditoire de Jean. Et Jésus n’est par revenu établir son règne ! Alors, que signifie l’annonce de la venue du Royaume de Dieu dans les synoptiques ? Jean va répondre à cette question.

    La communauté johannique — johannique signifie rassemblée autour de Jean — a été chassée des synagogues, il y a rupture totale avec le judaïsme, il y a même animosité, qu’est-ce que cela signifie ? Jean va répondre à cela.

    Paul prêchait la résurrection pour tous, mais voilà que la première génération de chrétiens, et maintenant la deuxième s’en va. On meurt encore ! Que faut-il en penser ? Qu’est-ce que Jésus est venu apporter ? Jean va répondre à cela.

    L’Empire romain était très tolérant envers les juifs (ils étaient établis dans toutes les grandes villes tout autour de la Méditerranée), mais maintenant l’Empire persécute les chrétiens. La vie de chacun est en danger. La prospérité diminue au profit de la précarité. Tout cela à cause de Jésus et de la foi en son nom ! Jésus est-il vraiment le messager de Dieu ? Jean va répondre à cela.

    Jean le fait dans son Evangile, dans la construction du plan de son Evangile, dans la construction de chaque récit et dans les formules littéraires qu’il utilise, j’essayerai de le montrer au fil des dimanches.

    L’Evangile selon Jean est fait de deux parties. La première (1—12) expose la révélation de Jésus devant le monde. La seconde partie (13—20), qui commence avec le lavement des pieds des disciples, expose la révélation de Jésus devant les siens.

    L’Evangile selon Jean est écrit pour des croyants, pour une communauté, pour une Eglise. La communauté connaît déjà le Jésus des synoptiques, mais elle a besoin de plus.

    Elle a besoin d’approfondir sa foi. Elle a besoin de vivre sa foi dans la réalité. Elle a besoin de recevoir cette vie, cette vie nouvelle dans sa réalité. Peut-être est-ce aussi ce dont nous avons besoin ?

    Comment le message de Jésus transforme-t-il nos vies ? Qu’est-ce que le message de Jésus nous apporte-t-il ? Comment améliore-t-il nos vies ? C’est à ça que Jean veut répondre et c’est ce que nous pouvons découvrir au fur et à mesure qu’il le dévoile dans son Evangile.

    Ce matin, nous avons entendu le Prologue, l’ouverture de l’Evangile selon Jean. C’est un texte compliqué. Nous allons débrouiller un peu cela. Les cinq premiers versets se passent dans les sphères célestes, loin de nous : « Au commencement était la Parole, (ou le Verbe)… » (Jn 1:1). L’évangéliste utilise le mot « logos » en grec, qu’on retrouve dans les mots « logique » ou « biologie » en français. Traduit pour nous aujourd’hui, le logos des grecs, c’est le langage de l’univers, ce qui permet de le comprendre, c’est l’équation unifiée que cherchent les mathématiciens et les physiciens, c’est la clé numérique qui permet de comprendre l’univers, le code-source du cosmos.

    Et Jean nous dit que cette clé était Dieu et que cette clé était à la source de l’univers. Là, on est dans les grandes spéculations physiques et métaphysiques !

    Ensuite, Jean fait un glissement du logos vers la lumière. Le logos est la lumière et là il ne faut pas voir une ampoule au plafonnier, mais plutôt une ampoule dans la bulle d’une bande dessinée, lorsque le chercheur s’écrie Euréka ! La lumière, c’est ce qui permet de voir et de comprendre, de saisir le sens. Le logos nous éclaire puisqu’il nous révèle le sens des choses.

    Ici, Jean glisse que cette lumière va rencontrer l’opposition de l’obscurité. Le drame est annoncé. Il va y avoir du brouillage sur la ligne, mais c’est dit juste en passant.

    Ce qui est important — inédit et inouï — c’est que ce logos, cette clé de compréhension de l’univers est descendue sur terre, s’est incarnée dans un homme pour nous communiquer le contenu de cette clé.

    Ceux qui croient en celui qui porte la clé (Jn 1:12) ceux-là ont un accès à la source du sens et ils reçoivent la vie qui a du sens (v.13).

    Ils ne la reçoivent pas « naturellement / biologiquement », mais dans un autre ordre (d’en haut dira Jésus à Nicodème, Jn 3).

    Comme le disait Erasme : « On ne naît pas homme, on le devient. »

    Jean nous dit que devenir un être humain c’est possible à travers celui qui a accès à la source et qui est venu nous la faire connaître.

    Et c’est le but de l’Evangile de Jean : « Personne n’a jamais vu Dieu, mais le Fils unique, qui est Dieu et demeure auprès du Père, lui seul l’a fait connaître. » (Jn 1:18).

    L’Evangile selon Jean a pour but de nous faire connaître la porte d’accès à la Source de la vie ; cette porte a été ouverte par Jésus Christ ; et nous sommes appelés à passer cette porte pour avoir accès à la vraie vie.

    Amen

     

     

    © Jean-Marie Thévoz, 2017 (Reprise 26.1.2014)

  • Je t'ai vu quand tu étais sous le figuier

    Jean 1

    25.6.2017

    Je t'ai vu quand tu étais sous le figuier

    Genèse 3 : 1-8       Jean 1 : 43-50

    Télécharger le texte : P-2017-06-25.pdf

     

    Chers frères et soeurs en Christ,

    "Je t'ai vu quand tu étais sous le figuier !" dit Jésus à Nathanaël. Voilà la phrase qui bouleverse Nathanaël. Voilà la phrase qui change sa vie, qui le fait découvrir Jésus, qui lui fait reconnaître l'être divin en Jésus. "Je t'ai vu quand tu étais sous le figuier !" Qu'y a-t-il là de bouleversant, d'extraordinaire pour que cela décide Nathanaël à tout abandonner pour suivre Jésus ? Pourquoi cette parole est-elle décisive ?

    Une interprétation rabbinique nous dit que "être sous le figuier" c'est étudier la Torah, l'Ecriture. Il n'y a pas de doute que Nathanaël devait connaître les Ecritures. Son ami Philippe — pour lui présenter Jésus — lui dit avoir "trouvé celui dont Moïse a parlé dans le livre de la Loi et dont les prophètes ont aussi parlé" (Jn 1:45). Et quand Philippe lui dit que Jésus vient de Nazareth, il s'étonne — sceptique — "peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth ?" (Jn 1:46) puisque Nazareth n'est jamais mentionnée dans l'Ancien Testament.

    Certainement, Nathanaël a étudié la Bible, "il a été sous le figuier," mais cela ne suffit pas pour lui faire reconnaître Jésus comme le Messie. Heureusement, Philippe l'invite à venir voir par lui-même : "Viens et vois !" Et c'est en venant, en rencontrant Jésus qu'il va entendre cette parole qui l'interpelle : "Je t'ai vu sous le figuier !"

    Dans l'Ancien Testament, le figuier (souvent avec la vigne) est évoqué comme signe de sécurité, d'un pays en paix (1 R 4:25; 2 R 8:31; Mi 4:4). La menace, c'est d'être privé de son figuier et de sa vigne, par la destruction ou la nécessité de fuir sa maison ou son pays (Jér 5:17; Os 1:12; Jl 1:7). Il semble que chaque habitant pouvait avoir un figuier et quelques plants de vigne dans son jardin. C'est là qu'on exerce l'hospitalité envers ses voisins et ses amis (Za 3:10). Viens boire un verre chez moi, sous la tonnelle, dit-on chez nous. Viens boire un verre sous mon figuier devait-on dire en Israël.

    Le figuier évoque donc le jardin de sa maison, le chez soi, l'aspect de la vie privée, son jardin secret. Lorsque Jésus dit à Nathanaël qu'il l'a "vu sous le figuier" il semble que Nathanaël comprend que Jésus l'a vu alors qu'il pensait ne pas être vu. Jésus a vu en lui quelque chose de personnel, quelque chose que Nathanaël porte en lui, sans le révéler à personne, mais que Jésus a découvert et lui révèle en retour. C'est à mettre en parallèle avec le récit de la Samaritaine lorsqu'elle dit de Jésus : "Il m'a dit tout ce que j'ai fait" (Jean 4:39). Jésus voit ce qu'il y a dans le cœur de Nathanaël.

    Cela paraît extrêmement menaçant, non ? N'avons-nous pas tous quelque chose à cacher au fond de nous-mêmes ? Mais il ne faut pas oublier que Jésus a abordé Nathanaël en lui disant ces mots : "Voici un véritable Israélite, il n'y a rien de faux en lui !" (Jn 1:47) Ouf pour Nathanaël, il semble qu'il n'y avait rien de noir en lui, mais en nous ? Nous qui nous connaissons de l'intérieur, n'avons-nous pas à trembler d'être percé à jour par Jésus ? C'est là qu'il faut revenir au premier emploi du figuier dans la Bible.

    Adam et Eve, découvrant leur vulnérabilité fondamentale après avoir goûté du fruit défendu dans le jardin d'Eden, s'habillent avec des feuilles de figuier. "Je t'ai vu sous le figuier !" pourrait aussi vouloir dire : "Je vois en toi se refléter Adam dans son égarement, le vieil homme peureux, honteux et gêné." C'est comme si Nathanaël entendait Jésus lui dire : "Je reprends avec toi l'histoire de l'humanité exactement là où elle avait déraillé."

    Jésus ne vient pas accabler Nathanaël, Jésus ne vient pas nous accabler avec son regard sur nos vies, non, comme Jean Baptiste l'a proclamé : "Jésus est l'agneau de Dieu qui ôte le péché du monde" (Jn 1:29).Si Jésus nous voit "sous le figuier" c'est-à-dire dans notre condition de vulnérabilité, de fragilité humaine, avec nos zones d'ombre et nos fautes, c'est pour nous sortir de là. Il vient à nous avec sa compréhension fondamentale de notre parcours de vie : y mettre sa lumière pour panser nos plaies, pour soigner ce qui nous fait mal, pour nous sortir de notre misère.

    Lorsque Nathanaël entend Jésus lui dire : "Je t'ai vu sous le figuier !" Nathanaël se sent compris. Il se sent compris et accepté jusqu'au fond de lui-même. Il se sent relevé. Il doit se dire : "je me sens remplis de fautes, mais il n'en tient pas compte, il ne tient compte que de mes efforts à être droit, il ôte mon péché, il me soulage de mes poids.

    Il me connaît jusqu'au fond de moi-même — même ce que je ne voudrais avouer à personne — mais il ne me le fait pas peser, il m'en délivre, alors je peux marcher avec lui, le suivre partout où il m'entraînera." Nathanaël peut mettre sa confiance en Jésus. Jésus l'a accepté tel qu'il est, il reçoit sa foi et il promet à Nathanaël de confirmer, d'affermir sa foi : il va découvrir de plus grandes choses encore. Jésus inaugure la nouvelle création, fondée sur le pardon (le pardon originel, comme le dit Lytta Basset) et l'amour infini de Dieu. Une création qui commence au cœur de chacun d'entre nous quand nous acceptons que Jésus nous voit sous notre figuier.

    Amen

     

    © Jean-Marie Thévoz, 2017

  • Un programme de transformations

    Jean 2

    18.6.2017

    Un programme de transformations

    1 Corinthiens 3 : 5-11     Jean 2 : 13-22

    Message pour les enfants

    Pour le message de ce matin, j’ai choisi l’épisode de la vie de Jésus où il chasse les marchands du Temple. Dans le Temple, il y avait des animaux à vendre pour les sacrifices. Cela n’a pas plu à Jésus. Il a pris des cordes ce qui se trouvaient là. Il en a fait un fouet et a chassé les bœufs, les moutons et les chèvres et demandé aux vendeurs de colombes de partir. Jésus voulait faire cesser les sacrifices d’animaux. Savez-vous à quoi sert un sacrifice ? Vous est-il arrivé de faire un vœu ; j’entends un vœu sérieux après une bêtise ou un malheur ? Quand j’étais petit, lors d’une balade en forêt, j’avais posé ma veste pour construire une cabane. Et en repartant j’avais oublié de reprendre ma veste. Quand je m’en suis aperçu, j’avais peur de devoir dire à ma mère que j’avais perdu ma veste. Alors j’ai fait un vœu : si je retrouve ma veste alors je donnerais ma voiture préférée à mon frère.

    L’idée c’est d’accepter de perdre quelque chose qui nous est précieux pour éviter un plus grand malheur. Mais si on applique cela à Dieu, c’est qu’on pense que Dieu va nous envoyer des malheurs si on ne lui sacrifie pas quelque chose (et au Temple, c’était des animaux de son troupeau). Cela suppose un Dieu méchant et un homme rusé qui peut tromper Dieu en lui disant : « je te donne un animal, ne me prend pas la vie.» Mais Dieu n’est pas comme cela, et Jésus le sait. Dieu n’a pas besoin de sacrifices, il n’a pas besoin de violence pour nous aimer. Dieu n’aime pas la violence, Dieu n’aime pas la mort, même pas la mort des animaux, Dieu aime la vie. Et depuis Jésus, il n’y a plus de sacrifices d’animaux. On a compris que Dieu n’aimait pas ça. Dieu aime la vie !

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  • Le miracle éblouit, il risque donc d’aveugler.

    Jean 2

    11.6.2017

    Le miracle éblouit, il risque donc d’aveugler.

     

    1 Rois 17 : 5-16    Jean 2 : 1-11

     

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    Chers frères et sœur en Christ,

    Avec les noces de Cana, l’Évangile selon Jean présente le premier miracle de Jésus. Jean n’a pas choisi ce récit au hasard pour le placer là. Le miracle de l’eau changée en vin annonce le programme de l’action de Jésus, annonce le sens de sa mission dans le monde. Jean l’explicite par le verset explicatif — un commentaire pour le lecteur— à la fin du récit : « Tel fut à Cana de Galilée, le premier signe de Jésus. Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui. » (Jn 2:11)

    Trois choses sont dites : Jésus commence son œuvre par un signe (Jean n’utilise en fait pas le terme habituel de « miracle » utilisés par les autres évangiles). L’accent n’est pas sur la réalité transformée ou les lois naturelles transgressées, mais sur la signification du geste, sur le sens de l’action de Jésus.

    Donc premièrement un signe, deuxièmement le signe révèle la gloire de Jésus, troisièmement cela a pour but de susciter la foi des disciples. Le signe qui révèle la gloire de Jésus comporte trois aspects. D’abord il a lieu lors d’une noce, d’une fête de mariage. Pour tout lecteur de l’Ancien Testament, le mariage est une image symbolique de l’alliance d’amour que Dieu propose à son peuple. Le prophète Osée est celui qui a poussé le plus loin cette image. Dieu souhaite re-séduire la fiancée qui l’a quitté.

    Ensuite Jésus transforme de l’eau en vin — c’est à dire quelque chose d’absolument ordinaire — en boisson de fête, qui sème la joie, l’ivresse, qui fait oublier les soucis. Le vin a aussi une dimension messianique. C’est la boisson que Dieu offre pour le banquet du retour d’Exil ou de la fin des temps (Esaïe 25:6).

    Enfin, les quantités suggérées par les vasques de pierre et la qualité du vin — meilleur que le premier vin servi— montre que l’abondance, la prodigalité, la plénitude vient abolir le manque, la pénurie, la disette. Cela s’était déjà passé pour Élie et la veuve (1 Rois 17:16), c’est maintenant le programme de Jésus pour la multitude.

    Jésus manifeste donc sa gloire par ce signe éclatant ! Mais quelle gloire est manifestée ? Le risque du miracle, c’est d’attirer par le côté spectaculaire ou de rebuter par le côté incroyable. Nombre de nos contemporains rejettent les évangiles à cause des miracles incompréhensibles qui s’y trouvent racontés. Le miracle éblouit, il risque donc d’aveugler.

    L’évangéliste Jean est conscient de ce risque, il le mentionne après la multiplication des pains : « Vous me cherchez parce que vous avez eu beaucoup de pain, non pas parce que vous avez saisi le sens de mes signes. » (Jn 6:26) Le miracle, tout seul, est donc ambigu. Il peut fourvoyer, il peut conduire à une fausse image de Jésus.

    Il y a le miracle et il y a le signe. L’évangéliste Jean veut nous aider à mettre le miracle au second plan pour mettre le signe en évidence, au premier plan. Il le fait en construisant le récit comme sur deux plans. Il y a d’un côté la scène — comme celle d’un théâtre — ou se déroule le récit, où parlent et se déplacent les personnages. Ce sont les planches du théâtre. Et il y a les lecteurs de l’Évangile — comme les spectateurs dans les fauteuils du théâtre — auquel évangéliste parle : il situe la scène « Trois jours plus tard… à Cana ». Et à qui il dit « Voici le premier signe de Jésus pour révéler sa gloire, et ses disciples crurent en lui. ».

    Maintenant que nous avons séparé ces deux plans, nous pouvons voir que les acteurs sur les planches, ne voient pas le miracle ! Le majordome interroge le marié sur la provenance du vin et lui dit son incompréhension que n’ait pas été respectée la règle habituelle de servir le meilleur vin en premier. Le miracle n’est donc pas pour la noce ! C’est un signe pour les lecteurs–spectateurs, pour nous ! La matérialité du miracle n’a aucune importance — ce vin ne sera jamais servi à nous les disciples. Mais nous sommes invités par l’évangéliste Jean a passer du matériel au spirituel. À comprendre que la gloire de Jésus n’est pas dans les exploits matériels, mais dans le mystère de son lien avec Dieu.

    Le miracle de Cana n’est pas dans le vin nouveau, mais dans le signe que Dieu est capable de tout transformer. Le vin nouveau de Cana a été bu. Il nous reste le signe, le programme de Jésus : il est venu pour transformer nos vies ordinaires — ordinaires comme l’eau du puits ou du robinet — en un vin de fête. Il est venu pour transformer nos manques et nos pénuries en moments d’abondance et de plénitude.

    Pour comprendre cela, nous devons changer de plan, de niveau. Le miracle de Jésus sur le plan matériel est le signe d’une autre réalité : relationnelle et spirituelle.

    Oui, au niveau matériel le manque et la pénurie existent. Ce n’est pas drôle, c’est dur, cela fait souffrir. Mais ce n’est pas une raison d’appliquer cette économie au monde relationnel et spirituel. L’amour et les relations n’obéissent pas aux mêmes règles que l’économie de l’argent. L’amour partagé se multiplie. L’amour donné renaît et croît d’autant plus.

    Le programme de Jésus signifié dans ce signe de Cana, c’est que la vie, relationnelle et spirituelle, nous est offerte en abondance. C’est ce que l’Évangile selon Jean appelle la « vie éternelle », c’est-à-dire la vie en plénitude, la vie en abondance (Jn 10:10).

    Cet amour en abondance — illimité et inconditionnel — Jésus va l’accomplir dans sa Passion, sur la croix, où sa gloire sera définitivement révélée. Une gloire paradoxale évidemment, puisque ce n’est pas le Messie glorieux et militairement vainqueur. Mais un Messie qui passe incognito dans le monde, à l’image du vin de Cana dont personne ne connaît la provenance (à part les serviteurs qui représentent les disciples, les lecteurs de l’Évangile). C’est ainsi que seuls ceux qui servent Jésus et entendent la voix de l’évangéliste arrivent à décoder le signe derrière le vin nouveau, la victoire derrière la croix, la gloire derrière le don de sa vie.

    C’est ainsi que Jean développe et fait croître la foi des disciples, notre foi, en révélant un Jésus que ses contemporains directs n’arrivaient pas à voir sur le moment. Aujourd’hui, nous sommes des privilégiés de pouvoir lire et comprendre l’évangile, de pouvoir voir la vraie gloire de Jésus au-delà des apparences, de pouvoir grandir dans la foi, foi que l’amour est abondant, qu’il nous est donné sans limite et que nous pouvons le partager comme un vin de fête sans peur d’en manquer jamais.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2017

  • Jésus part, mais ne nous abandonne pas.

    Jean 14

    25.5.2017

    Jésus part, mais ne nous abandonne pas.

    Jean 14 : 1-12      Jean 16 : 5-7 + 13-15

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    Chers frères et sœur en Christ,

    Nous commémorons aujourd’hui l’ascension de Jésus. Selon le calendrier propre à l’Évangile de Luc l’Ascension a lieu 40 jours après Pâques et 10 jours avant la Pentecôte, le don de l’Esprit Saint. Ainsi l’évangéliste Luc a donné une durée déterminée et symbolique (40 jours) au temps des apparitions de Jésus à ses disciples après la résurrection. Et l’Eglise à adopté ce timing dans son calendrier des fêtes.

    L’évangéliste Jean ne définit pas de calendrier, mais il développe longuement — dans les discours d’adieu de Jésus (Jn 13—17) — le sens du départ de Jésus. Car ce départ pose problème ! Ce départ après les apparitions aux disciples ne marque-t-il pas la fin du contact avec Jésus ? N’est-ce pas une deuxième séparation, une deuxième mort ? Puisque Jésus va être définitivement absent.

    Les disciples ne le reverront plus à leur table. Les disciples ne marcheront plus avec lui dans les campagnes. Les disciples ne l’entendront plus enseigner. Allons-nous entrer dans l’époque du souvenir et de la commémoration ; un temps... puis retourner aux affaires courantes et n’en plus parler dans deux ou trois générations ? Est-ce que le souvenir, encore vif, ne va pas se dégrader pour finir par disparaître, comme le souvenir de nos aïeux de la quatrième et cinquième génération, ceux qu’on n’a jamais vu ? Pourquoi en irait-il différemment avec Jésus ?

    Les discours d’adieu que rapporte l’évangéliste Jean servent à préparer les disciples à cette transition. Jean revisite les paroles de Jésus et compose une théologie du départ pour assurer la pérennité de la présence de Jésus dans son absence, malgré son absence.

    Ce qu’on voit d’abord dans les dialogues entre Jésus et les disciples, c’est que les disciples ne comprennent pas les paroles de Jésus. Thomas dit: « Nous ne savons pas où tu vas ! » (Jn 14:5) Philippe dit : « Montre nous le Père ! » (Jn 14:8) Et chaque fois Jésus doit les corriger et leur expliquer ce qui se passe.

    Par ces successions d’incompréhensions des disciples, Jean souligne que la situation des disciples aux côtés de Jésus n’est pas plus facile que la situation des croyants après le départ de Jésus. Même — entre les lignes — Jean laisse penser que grâce à son Évangile, pour ses lecteurs, les choses sont plus claires. Notamment parce que — comme lecteurs — nous connaissons l’histoire de Jésus jusqu’au bout. Il y a un paradoxe temporel dans ces discours d’adieu : les disciples ne savent encore rien de la fin de Jésus, de sa Passion, alors que l’évangéliste et les lecteurs ont plus de connaissances que les disciples. Le lecteur peut penser : les disciples sauront bientôt ce que Jésus voulais dire !

    Nous comprenons donc que la fin de l’histoire — le temps de la Passion — est indispensable pour comprendre la mission de Jésus et découvrir le vrai visage de Dieu. Le départ de Jésus fait partie intégrante de l’histoire, c’en est même la clé de voûte, la partie la plus significative.

    La croix révèle la vraie position divine. Non pas un Dieu tout-puissant qui domine et asservit, mais un Dieu qui se défait de sa toute-puissance pour rentrer dans une démarche d’offre aimante, dans la même faiblesse que tous les humains.

    C’est pourquoi Jésus insiste auprès de Philippe en disant : « celui qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14:9). Ce qui est exactement exprimé sur la représentation de Dieu sur la fresque qui est devant vous : Dieu a le même visage que Jésus sur la croix (voir la fresque et son explication). L’Ascension — dans l’Évangile de Jean — a lieu sur la croix même.

    Fresque Rivier Saint-Jean.jpg

    Le départ de Jésus n’est pas l’arrêt de tout ce qui a été vécu entre Jésus et les disciples. Au contraire, c’est un commencement. Un commencement qui n’est pas marqué par une absence, mais pas une substitution. Jésus s’en va — en tant que personne physique —mais il est remplacé par le Consolateur, le Paraclet (Jn 14:16,26, 15:26, 16:7,13), par l’Esprit Saint, qui n’est pas dépendant de l’espace et du temps. Cet Esprit qui vient remplacer Jésus a deux tâches, deux rôles, celui de rappeler les paroles de Jésus et celui de faire comprendre, expliquer, ce que Jésus a voulu dire.

    Et on peut dire, rétrospectivement, que les évangiles sont le fruit de cet Esprit qui a rappelé les gestes et les enseignements de Jésus. Et l’Évangile selon Jean les explique, les développe particulièrement, comme les lettres du Nouveau Testament le font aussi d’une autre façon.

    Ce rôle de rappel, de mémoire des actions et des paroles de Jésus — en Galilée et à Jérusalem — est important, parce qu’il rappelle que c’est dans cette personne, dans ce Jésus de Nazareth que la parole de Dieu a pris chair, a pris corps.

    Les évangiles insistent sur le parcours terrestre de Jésus bien plus que sur ses apparitions, dans lesquelles d’ailleurs l’enseignement est absent. Tout ce qui est décisif s’est passé avant et pendant la croix. C’est dans cette vie incarnée et brusquement arrêtée sur la croix que se révèle véritablement le nouveau visage de Dieu.

    C’est pourquoi la relecture et la compréhension de l’évangile et si nécessaire aux croyants. C’est pourquoi Jésus dit qu’il est le chemin qui mène au Père (Jn 14:6). Si Jésus est l’accès au visage du Père, les évangiles sont l’accès à la personne de Jésus. Le Christ qui vient, qui revient est le Jésus qu’on découvre toujours à nouveau dans les évangiles. Jésus revient à nous dans notre lecture de l’évangile, dans la prédication et l’explication de l’évangile et dans la mise en pratique de son enseignement qui culmine dans l’amour, de Dieu et du prochain.

    L’Ascension n’est pas la fin du chemin, mais le commencement d’un chemin nouveau où Jésus promet de nous accompagner par l’Esprit Saint. Un chemin qui mène au Père, à travers la connaissance de Jésus qui a parcouru les routes de Galilée, de Samarie et de Jérusalem.

    Un chemin qu’on redécouvre dans son évangile et un chemin qui mène à des œuvres pareilles à celle du Christ, et même à de plus grandes (Jn 14:12). Il n’y a pas de perte pour les disciples à laisser partir Jésus. Il reste présent à chacun sous une forme nouvelle. Il nous donne l’énergie de marcher dans ses pas. Il nous le donne de l’énergie d’aimer pleinement à notre tour.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2017

  • Si le grain ne meurt...

    16.4.2017

     

    Si le grain ne meurt...

     

    Matthieu 28 : 1-10         Jean 12 : 23-25

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    Chers frères et sœurs en Christ,

    Un ange a roulé la pierre... Jamais Marie de Magdala et l'autre Marie n'auraient imaginé vivre cela! Jésus-Christ est ressuscité... Jamais les disciples n'auraient imaginé une telle suite à Vendredi saint! Les femmes et les disciples se réjouissent, dansent et chantent de joie.... Jamais personne n'aurait pu imaginer une telle joie après le désarroi et la peine des jours précédents !

    Le peuple d'Israël jubile en prenant possession de la terre promise.... Lesquels d'entre eux auraient imaginé cela après avoir été pourchassés par les soldats de pharaon et être presque morts au désert ! La Pâque juive est un passage de l'esclavage en Égypte à la liberté.

    Notre Pâques est un passage aussi. Un passage de la nuit vers la lumière. Pâques est un passage qu'on n'aurait jamais imaginé ! Un passage à travers l'ombre de la mort. Qui aurait imaginé qu'il y avait un passage ?

    Que savons-nous de la mort, nous qui sommes vivants ? La mort nous est inconnue, sauf par petits bouts. Nous l'avons vécue au travers de nos deuils, au travers de nos pertes, ou de nos renoncements à ce que nous n'avons pu entreprendre, aux rêves ou aux espoirs non-réalisés. La mort ne nous est pas totalement inconnue et — dans cet ordre — nous avons aussi vécu des passages, des résurrections.

    Jésus a parlé de la résurrection comme d'un grain de blé. S'il ne meurt pas, il reste seul, inchangé, perdu. S'il meurt, il porte du fruit, il vit, il crée l'abondance. Le grain de blé, image d'un passage à portée de notre compréhension. Sans l'acceptation de certaines pertes, de certains deuils, nous nous retrouvons seuls, c'est-à-dire pauvres dans le domaine des relations, pauvres ou en manque d'amour, d'affection. Mais le passage qui nous est offert — et qui ne se fait pas sans pertes, sans souffrances — débouche sur une vie relationnelle pleine de fruits, de richesses.

    Le grain comme image de la vie donnée du Christ, image d'expérience dans nos vies. Jésus continue son explication sur la résurrection à ses disciples par ces mots paradoxaux : "Celui qui aime sa vie, la perd, et celui qui hait sa vie dans ce monde la gardera pour la vie éternelle". (Jean 12:25)

    Une explication qui aurait plutôt tendance à nous embrouiller, nous, aujourd'hui. En effet, deux mots grecs différents sont traduits par "vie" en français, ce qui crée une certaine confusion. Il y a en effet une opposition entre la vie dans ce monde-ci et la vie éternelle. On peut donc reformuler la phrase de Jésus comme cela : "Celui qui se satisfait de sa vie terrestre en l'état va tout perdre (maintenant et plus tard), par contre celui qui ne peut pas se contenter de sa vie terrestre gagnera la vraie vie (maintenant et plus tard)." Celui qui se contente de ne vivre que dans la réalité visible — dans le réalisme positiviste — passe à côté de la vraie vie, de ce qui est durable et qui subsistera encore après la mort, une fois sorti de la réalité visible.

    La résurrection appartient au monde de l'invisible, à cette réalité au-delà du tangible, que les évangiles nomment le Royaume de Dieu ou la vie éternelle. Une réalité au-delà du réel qui a déjà fait irruption dans notre monde et que nous pouvons saisir pour vivre vraiment, dès aujourd'hui. Une réalité que nous ne pouvons pas imaginer, s'il ne nous est pas donné de la vivre, vivre ce retournement où l'ombre est traversée, où l'obscurité devient lumière.

     

    Ecoutez ce témoignage d'une personne âgée qui était endeuillée :

    "Pendant cinq ans, j'ai porté le deuil de mon mari. Je trouvais sa mort injuste. Pourquoi avais-je à rester seule, sans lui. Une nuit, j'ai enfin obtenu une réponse ! Mon mari savait que l'amour est le secret de la vie et il le vivait tous les jours. Je connaissais l'amour inconditionnel, mais je ne l'avais jamais vécu pleinement. Voilà, c'est pourquoi il est parti en premier et pourquoi je devais rester derrière. Tout ce temps, j'ai cru que j'étais punie pour quelque chose, mais cette nuit-là, j'ai découvert que le fait que je sois restée était un cadeau de Dieu ! Il m'a laissée sur terre pour que je puisse transformer ma vie en amour. J'ai compris que les leçons ne s'apprennent pas là-haut. L'amour doit se vivre ici, sur terre." (Résumé de Canfield et Hansens, J'ai Lu 7155, p.72)

    Jamais cette femme n'aurait imaginé — avant cette nuit-là — sortir de sa peine et retrouver goût à la vie. Ce retournement n'a pas été le produit d'un effort de sa part, elle s'est plutôt abandonnée, abandonné à faire confiance : "Et si ce qui m'est arrivé, je le considérais comme une opportunité ?"

    Mettons-y plus de confiance : "Et si ce qui m'est arrivé, je le considérais comme une chance !"

    Mettons-y plus de confiance encore : "Et si ce qui m'arrive était un cadeau !"

    Difficile à imaginer ? Impossible à imaginer ? Oui, certainement, si l'on ne regarde que le visible, si on ne lit que le journal.

    Impossible à imaginer ? Peut-être pas si l'on écoute les femmes revenir du tombeau vide...

    Impossible à imaginer ? Sûrement pas... puisque Jésus est ressuscité !

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2017

  • Jésus accepte toutes les facettes de son humanité

    30.10.2016

    Jean 4

    Jésus accepte toutes les facettes de son humanité 

    Mat 3 : 13-17       Jean 4 : 1-10

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    Chères frères et sœurs en Christ,

    Vous avez entendu le récit du baptême de Jésus —selon l'évangéliste Matthieu — et le début de la rencontre de Jésus avec la femme samaritaine — dans l'évangile de Jean. Ces deux récits sont bien différents, puisqu'ils racontent des événements et des rencontres dissemblables, mais deux choses les réunissent : ils ont l'eau en commun et chaque écrit tourne autour d'une demande de Jésus.

    - Jésus demande à Jean Baptiste de le baptiser et

    - Jésus demande à la femme samaritaine de lui donner à boire.

    Cela paraît évident que, dans la vie, on demande certains services, certaines choses. Cela va de soi ! Pourtant, ici, cela ne va pas de soi, puisque les deux fois, Jésus rencontre une résistance.

    Jean Baptiste s'oppose. Il ne veut pas baptiser Jésus, il trouverait plus normal d'être baptisé par Jésus ! Jean Baptiste voudrait donc inverser les rôles. En disant cela, Jean Baptiste reconnaît, confesse en Jésus un être supérieur à lui, plus proche de Dieu, un être auquel il n'a rien à donner, mais tout à recevoir. Pourtant, Jésus demande ce baptême à Jean Baptiste, même si "théoriquement" Jésus n'a pas à être purifié, pardonné. (Mais les évangiles ne nous présentent pas un Jésus "théorique"). Mais Jésus — bien que Fils de Dieu, comme la voix dans le ciel le proclame lors de son baptême — ne veut pas être élevé au-dessus de sa condition d'être humain, en tout cas pas avant sa mort sur la croix.

    C'est ce que nous retrouvons sous la plume de l'évangéliste Jean dans la rencontre avec la Samaritaine : un Jésus tout humain.

    - Il est en voyage, en marche de la Judée vers la Galilée.

    - Il est midi, il a envoyé ses disciples acheter des provisions au village.

    - Il est fatigué, comme un homme qui a marché toute la matinée sous un soleil de plus en plus chaud. Il s'est assis sur la margelle du puits de Jacob.

    - Il a soif. (Notez que c’est aussi la parole de Jésus sur la croix que l’évangéliste Jean relève dans son Evangile, donnant ainsi à cette rencontre et à cette demande une importance particulière.)

    Jésus a soif, comme tout homme qui a marché longtemps sous le soleil. Jésus est montré comme ayant des besoins humains, il vit une vie d'homme avec tout ce que cela représente de finitude, de soif et de faim à calmer, de fatigue à compenser, de repos à trouver. Et lorsque Jésus a soif, il demande à boire, et il le demande à la personne qui se trouve là, en l'occurrence une femme, une étrangère de surcroît.

    En lui adressant la parole, Jésus brise deux tabous : celui d'un homme qui s'adresse à une femme et celui d'un juif qui s'adresse à un samaritain. Mais Jésus n'a rien à faire de ces tabous, ce qui est important, c'est qu'il manifeste qu'il n'est pas autosuffisant, qu'il ne vit pas de manière autarcique. Jésus manifeste que — comme tout être humain — il a besoin des autres. Pas seulement de ses amis, de ses disciples, qu'il a envoyé chercher à manger. Non, Jésus a besoin de chacun, même des inconnus et il n'a pas peur de le faire savoir. Il demande comme un enfant demande, en toute innocence, en toute confiance.

    Il demande comme nous ne savons souvent pas demander. Je ne sais pas si vous réalisez comme on a peur de demander dans ce Canton, tellement on a peur de déranger, tellement on a appris qu'il fallait y arriver tout seul, par ses propres moyens.

    Il y a souvent de la honte à demander de l'aide.

    - Combien de personnes ici à Lausanne ou dans le Canton se passent d'aide sociale ou de prestations complémentaires d'AVS, parce qu'il faut les demander !

    - Combien sommes-nous à éviter de déranger notre voisine pour lui demander un œuf ou du sucre et à préférer prendre sa voiture pour aller à la station-service pour en acheter le soir ou le dimanche ?

    Cela me rappelle une rencontre que j’ai faite à l’EMS, une ancienne infirmière, qui me disait combien elle trouvait gênant, voir humiliant de devoir demander de l’aider pour se lever, pour sa toilette, pour s’habiller. Elle qui avait consacré sa vie à faire cela pour les autres, qui avait dû trouver valorisant d’exercer ce métier d’aide et de soutien, elle ne supportait pas de se trouver de l’autre côté !

    Demander, c’est difficile, c'est dévoiler un manque, une vulnérabilité, une imprévoyance, voire une faiblesse. C'est avouer : "je ne suis pas autosuffisant", "je ne suis pas parfait, parce que je n'ai pas prévu d'avoir assez de sucre ou d'œuf." “Je ne suis plus autonome.” Ah ! comme c'est plus facile de proposer de l'aide que d'en demander !

    Eh bien, voilà que Jésus se présente avec ses demandes, avec ses limites d'être humain, pour nous dire : "Il n'y a pas de honte à être humain, à être imparfait, à être vulnérable, à dépendre d'autrui." Dans la demande même, Jésus nous fait cadeau de son humanité, de son acceptation paisible de toutes les limites humaines. Non, nous n'avons pas à être des surhommes, ou des super-women, à être partout à la fois, à faire trois choses à la fois, à être parfait(e)s. Accepter d'avoir besoin des autres, c'est aussi un cadeau que nous leur faisons.

    Regardez ces petits enfants qui attendent tout de leurs parents, ne sont-ils pas des cadeaux dans leur façon ingénue de demander ? Ne nous apprennent-ils pas la vraie vie ? Jésus a dit une fois "Le Royaume des cieux appartient à ceux qui leur ressemblent" (Mt 19:14) Le Royaume de Dieu n'est pas pour ceux qui pensent avoir accompli la perfection dans leur vie, mais pour ceux qui ont soif, pour ceux qui se savent fatigués, limités et s'offrent aux autres avec leurs demandes et leurs possibilités.

    Jésus a demandé le baptême à Jean Baptiste parce qu'il savait qu'une vie d'être humain a besoin du soutien, de l'aide de Dieu et des autres. Il savait que chaque être humain a besoin de la grâce et de l'amour de Dieu pour avancer et qu'il en avait besoin lui aussi. C'est ce qui nous est offert chaque jour par la présence de Dieu dans votre vie. Il suffit de le demander !

    Amen  

    © Jean-Marie Thévoz 2016

  • Jésus vient libérer l’être humain de la religion

    Jean 2

    16.10.2016

    Jésus vient libérer l’être humain de la religion

    Amos 5 : 21-24      Michée 6 : 6-8      Jean 2 : 13-22

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    Chers frères et sœurs en Christ,

    On a l’habitude d’entendre ce récit de Jésus chassant les marchands du Temple. Bien que son geste soit scandaleux, on se dit que Jésus avait de bonnes raisons de faire cela puisqu’il est notre héros. Du coup on ne voit plus le côté choquant, scandaleux, de l’agir de Jésus. Non mais, vous imaginez, si quelqu’un venait ici et se mettait à renverser nos présentoirs et notre vaisselle liturgique, en nous disant que ce n’est pas comme cela qu’il faut adorer Dieu ! Comment réagirions nous ? Ne demanderions-nous pas, nous aussi, des explications, des justifications ?

    Reconnaissons-le, Jésus se comporte scandaleusement, pour les responsables du Temple de Jérusalem, mais peut-être pour nous aussi. Enfin, nous verrons ce que ces agissements d’alors ont pour conséquences pour nous aujourd’hui. Nous serons peut-être aussi choqués par les bouleversements que cela exige que nous, dans nos vies d’aujourd’hui.

    Oui, parce que cet événement — dans le Temple — est programmatique, il annonce le sens de la mission de Jésus. L’évangéliste Jean a placé deux récits — après la présentation de Jésus et l’appel des disciples dans le chapitre 1 — deux récits, dans ce chapitre 2, qui annoncent son plan, son programme, sa mission.

    Le premier récit est celui des noces de Cana, qui annonce que Jésus est venu apporter du goût à la vie, de la joie dans une vie insipide. Jésus est venu pour donner à chacun accès à la vraie vie. Il a changé l’eau en vin, la vie plate en une vie pleine, ce que j’ai appelé la vie en 3D dimanche dernier. Dans le récit qui se passe au Temple, Jésus annonce l’autre partie de son programme, ou le moyen d’arriver à la vraie vie : trouver Dieu, entrer en vraie relation à Dieu.

    En plaçant l’un à la suite le récit de Cana et le récit de Jésus qui chasse les marchands du Temple — et cela tout au début de son Évangile (alors que les Synoptiques placent cet épisode après le ministère de Jésus au Galilée, à son arrivée à Jérusalem, juste avant sa Passion) — Jean montre qu’il y a un lien étroit entre la vraie vie et la juste relation à Dieu. Alors en quoi épisode où Jésus chasse les marchands du Temple exprime-t-il la juste relation à Dieu ?

    D’abord, le geste de Jésus est une condamnation sans appel de certaines pratiques religieuses, de certaines idées sur Dieu. En chassant les vendeurs d’animaux et les changeurs, Jésus s’en prend à la commercialisation de la religion et à la vision de Dieu qu’elle implique. Il y a deux aspects. L’aspect commercial, c’est-à-dire faire du profit sur la faiblesse humaine est dénoncé, c’est clair. Cela vise l’instrumentalisation de la religion, autant par le pouvoir économique (ça rapporte) que par le pouvoir politique (ça tient les gens tranquilles ou bien ça les rend dociles).

    Le second aspect, qui préoccupe davantage Jésus, c’est l’image de Dieu que ce commerce renvoie. Cela signifie : Dieu s’achète ! Un petit don peut effacer un petit péché, un gros don peut effacer un gros péché. C’était le système des indulgences au Moyen Âge. C’était déjà présent dans le système commercial des sacrifices au Temple. Avec cette pratique Dieu ne peut plus exercer son amour et sa grâce, il est enfermé dans des barèmes et dans la rétribution. A tel péché, telle punition, à tel don, telle rémission.

    C’est cela que Jésus vient casser, détruire, cette fausse image, cette fausse représentation de Dieu. Cette image est tellement forte qu’il faut a une grande violence pour la renverser, la mettre à bas.

    Là, Jésus s’inscrit dans la droite ligne de la violence des prophètes. Déjà ceux-ci s’en prenaient à la pratique religieuse, à cette pratique qui donnait bonne conscience, mais qui ne se traduisait pas en termes de relations justes. Déjà les prophètes s’élevaient contre la religiosité et les bondieuseries, ils invitaient à rendre le culte vrai à Dieu : celui de pratiquer la justice et d’agir avec bienveillance (Michée 6:8). Voilà également le programme de Jésus.

    Il s’agit de libérer l’être humain de la religion qui asservit, de la religion du marchandage, de la rétribution, de la religion du bâton et de la carotte, de la religion du calcul.

    Évidemment, en face, les responsables du Temple, demandent à Jésus de se justifier et de s’expliquer. Et Jésus leur donne une explication énigmatique : « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le rebâtirai. » (Jn 2 :19) C’est typique de l’évangéliste Jean de construire de telles phrases, où il introduit en même temps une ambiguïté (un malentendu sur un mot) et un double sens (sur la phrase). Je m’explique. Le malentendu porte sur le mot « Temple ». Pour les juifs il s’agit du monument en pierre. Pour Jésus, et les lecteurs de l’Évangile, il s’agit du corps de Jésus. Les uns et les autres ne parlent pas de la même chose, tout en étant d’accord sur le fait qu’en disant « Temple » on parle du lieu où Dieu se trouve.

    Les juifs disent donc que Dieu se trouve dans le monument, alors que l’Évangile dit que Dieu se trouve dans le corps du Christ. Ceci pour le malentendu. Ensuite c’est la phrase à double sens. La phrase de Jésus peut être entendue au premier degré comme un ordre, ce que comprennent les juifs. Mais elle peut aussi être entendue comme une annonce prophétique : et bien détruisez ce Temple et vous verrez bien, je le rebâtirai, c’est bien ce qui arrivera. Sous-entendu : Dieu n’est pas là où vous le pensez, il n’est pas dans le Temple de pierre, il est dans le corps du Christ.

    L’enjeu n’est pas Jérusalem, l’enjeu est de savoir où chercher Dieu, de savoir où on le trouve. Et l’évangéliste Jean l’annonce dans ce récit programmatique : Dieu n’est pas dans les structures de la religion. Dieu est dans le corps du Christ qui va souffrir, être exécuté et être ressuscité par Dieu le troisième jour. Et les disciples — après Pâques — se souviendront de ce qui s’est passé au Temple et comprendront. Il y a donc bien plus qu’un enjeu économique dans ce récit. Il y va de la libération de l’être humain des contraintes de la religion. Et dans ce sens là on ne devrait pas parler du christianisme comme d’une religion ! Jésus est venu libérer l’être humain de la religion pour lui donner un accès libre et direct à Dieu.

    Jésus a libéré l’être humain de la contrainte locale, géographique. Quand la Samaritaine demande à Jésus où il faut aller pour adorer Dieu, « sur cette montagne ou à Jérusalem ? » (Jn 4:20) Jésus répond : « les vrais adorateurs doivent adorer en esprit et en vérité » (v.23). Jésus a libéré l’être humain des pratiques sacrificielles pour nous ouvrir à la grâce, à la gratuité.

    Jésus n’a institué aucune pratique religieuse, aucune forme autorisée de pratiques de la foi, si ce n'est de partager nos repas. Il n’y a pas aux yeux de Jésus de formes de culte plus autorisées que d’autres, pourvu que la priorité soit donnée à la pratique de la justice et de la réconciliation.

    Jésus n’a pas formé de prêtres ou d’intermédiaires patentés entre l’être humain et Dieu. Il a seulement envoyé des disciples pour annoncer l’entrée libre auprès de Dieu, l’invitation à tous de venir au grand banquet du Royaume.

    Quel programme ! Agir non par devoir, mais par reconnaissance. Vivre le culte, non pour plaire à Dieu, mais pour recevoir des forces. Agir dans le monde, non pour obtenir quelque chose de Dieu, mais pour faire jaillir la justice comme un torrent intarissable (Amos 5:24). Oui quel beau programme ! Quel joie de marcher dans les traces de ce Jésus.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2016

     

  • Vivre la vie en 3D

    Jean 3

    9.10.2016

    Vivre la vie en 3D

    Genèse 12 : 1-5         Jean 3 : 1-12

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    Chers frères et sœurs en Christ,

    On relisant le récit de la rencontre de Jésus avec Nicodème, j’ai réalisé que Jésus demandait à Nicodème, la même chose que Dieu demandait à Abraham. Vous vous souvenez du début de l’histoire d’Abraham, avec cette demande de Dieu de tout laisser et de partir, vers un autre pays, vers un autre horizon, vers une autre patrie. Ce voyage nous est présenté comme un itinéraire géographique, mais nous percevons que Dieu ne demande pas seulement un déménagement, mais une démarche de foi.

    Le déplacement n’est pas seulement une affaire de kilomètres à parcourir, mais un déplacement dans sa tête : accepter d’être dérangé dans ses habitudes, dans ses routines ; accepter d’envisager un ailleurs — encore inconnu, encore mystérieux, sur la foi d’une promesse. Il y a bien un ailleurs promis, un avenir ouvert, une nouvelle vie au bout du chemin, dans le chemin même. Comme lecteur de ce récit, nous sommes invités à nous associer à Abraham, donc à faire avec lui ce voyage, qui devient pour nous un voyage spirituel.

    Abraham est bien un père spirituel, le père d’une multitude de nations, comme le dit son nom. Abraham était en tout cas le père spirituel duquel les pharisiens disaient descendre et se rattacher. Sachant cela, le dialogue entre Nicodème et Jésus prend une tournure encore plus ironique. Ce maître pharisien ne comprend rien au discours de Jésus sur la nouvelle naissance, alors que Jésus ne demande rien d’autre à Nicodème que ce que Dieu a demandé à Abraham : « Commence une nouvelle vie !» Va, pars, quitte ton ancienne vie et commences-en une nouvelle. C’est ce que signifie l’injonction : « tu dois naître de nouveau. »

    Mais Nicodème est comme nos rationalistes d’aujourd’hui, il ne voit la vie qu’en deux dimensions : il y a ce qui est devant et derrière soi, il y a ce qui est à droite et à gauche. Mais il ne voit pas ce qu’il y a en-dessus et en-dessous. C’est la vie en 2D. Alors que la vie nous est donnée en 3D. Il y a tout ce qui est au-dessus de nous.

    L’évangéliste Jean joue sur le double sens, en grec, du mot qui veut dire en même temps « de nouveau » et « d’en haut ». Jean joue sur ce double sens pour montrer aux lecteurs comment Nicodème manque une dimension de la vie. Il reste à ras terre, dans le concret, le visible, le tangible. Jésus parle de nouvelle naissance et Nicodème se représente un accouchement et voit l’impossibilité concrète de recommencer. Mais Jésus est à un autre niveau. Jésus voit la vie en 3D. La vie n’est pas plate, elle a du relief, il y a quelque chose au-dessus de nous.

    Ce que Jésus cherche à faire dans ses dialogues, c’est d’ouvrir ses interlocuteurs à cette troisième dimension, à la réalité divine qui surplombe notre réalité visible, qui lui donne du relief, de la vie, de la vraie vie.

    On voit cela dans ce dialogue avec Nicodème entre le premier degré de l’accouchement et le deuxième degré de la nouvelle naissance. On voit cela dans le dialogue avec la Samaritaine avec l’eau. La Samaritaine pense à l’eau du puits, lorsque Jésus parle de l’eau jaillissante, l’eau qui donne la vie.

    L’évangéliste Jean utilise plusieurs moyens littéraires pour ouvrir le lecteur à cette dimension nouvelle. Il utilise — comme ici — le malentendu sur un terme qui peut avoir un sens concret et un sens symbolique (la naissance, l’eau). Il utilise aussi l’ironie ou les phrases à double sens : c’est le cas lorsque Caïphe — pour convaincre qu’il faut mettre à mort Jésus — dit : « Il vaut mieux qu’un seul homme meurt plutôt que tout le peuple » ce qui est épouvantablement cynique, mais en même temps la description de l’œuvre salvatrice de Dieu. Il utilise enfin la symbolique, des réalités concrètes, pour renvoyer à la réalité divine dans les phrases où Jésus affirme « je suis» la lumière du monde, le pain de vie, la porte des brebis, la vigne etc.

    Le Dieu de la Bible — et Jésus en tête — veut nous entraîner à sortir du monde en 2D pour entrer dans le monde en 3D de la vie spirituelle. Ce passage n’est pas naturel. Nous ne naissons pas dans la 3D, nous y parvenons pas une prise de conscience. Quelqu’un a dit : « Tout être humain a deux vies, la seconde commence quand on réalise qu’on en a qu’une. »

    La vie spirituelle commence lorsque nous réalisons que le monde, ou la vie, nous échappe. Que nous ne sommes pas maître de tout. Que l’essentiel nous échappe. Alors nous nous mettons à chercher le sens de la vie, de notre existence et de la destinée du monde. Alors nous nous mettons en route pour chercher la terre promise, cette troisième dimension qui donne sens, qui explique comment fonctionne le monde.

    Être croyant, c’est croire que cette troisième dimension existe, qu’il y a quelque chose au-dessus de nous, qu’il y a une dimension spirituelle. Cela beaucoup de nos contemporains le croient.

    Être Chrétien, c’est croire que cette troisième dimension — nous disons habituellement « le ciel» dans le langage biblique — est habitée par le Dieu de Jésus-Christ. C’est-à-dire un Dieu bienveillant, qui nous aime inconditionnellement.

    Être chrétien, c’est voir Dieu à l’œuvre dans nos vies. Être chrétien, c’est mettre la 3D dans nos vies. C’est voir plus loin que le visible et le tangible. C’est voir dans l’eau du baptême plus que de l’eau. C’est voir dans le pain de la cène plus que du pain, c’est voir dans le vin de la cène plus que du vin. Être chrétien, c’est croire qu’une autre réalité, celle du royaume ou de la terre promise, habite nos réalités visibles et tangibles.

    Nous pouvons appliquer cela à notre lecture de la Bible. Ne pas rester bloqués dans une lecture historique est géographique des textes pour trouver le sens symbolique et spirituel des récits. Quel est le pays promis pour moi ? De quelle Égypte Dieu veut-il m’aider à sortir ?

    Nous pouvons appliquer cette 3D à nos rencontres. Qu’est-ce que Dieu me dit dans les paroles que prononce cette personne ? Et si c’était Dieu qui m’avait fait croiser les pas de cet individu ? Qu’est-ce qu’il m’apporte ? Que puis-je lui apporter ? Abraham n’a-t-il pas accueilli Dieu lui-même dans les trois messagers qui sont venus à la porte de sa tente ? Cette vision des rencontres ne va-t-elle pas modifier la qualité même de nos dialogues, de nos échanges ?

    Nous pouvons appliquer cette vision 3D aux événements qui nous arrivent. Si je crois en un Dieu bienveillant, ce qui m’arrive aura une autre couleur que si je pense que la vie est dirigée par des forces obscures. Nous pouvons nous demander si les événements que nous traversons n’ont pas une face cachée et apporter quelque chose d’insoupçonné. Comme dans un roman, tant qu’on n’a pas tourné la dernière page, il peut survenir une surprise qui renverse la perspective et permet de tout reconsidérer sous un jour nouveau.

    Le récit de Jean — qui nous présente Nicodème comme incapable de comprendre — nous place, comme lecteur, avec l’envie de lui souffler les bonnes réponses ! Avec l’envie de lui dire : pars, va, quitte tes vieilles idées et commence une nouvelle vie ! Ferons-nous pour nous-mêmes ce que nous avons envie de recommander à Nicodème ?

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz 2016

  • Nourrir notre être spirituel auprès de Jésus

    Jean 6

    18.9.2016

    Nourrir notre être spirituel auprès de Jésus

    Deutéronome 8 : 1-6       Jean 6 : 47-51       Matthieu 6 : 16-18

    Télécharger le texte : P-2016-09-18.pdf

    Chers frères et sœurs en Christ,

    Je me demandais : qui a faim ce matin ? Avez-vous faim ou avez-vous mangé ce matin ? C’est vrai, la question se pose, puisque nous vivons le dimanche du Jeûne Fédéral. Un jour de Jeûne Fédéral conçu par les Confédérés d’autrefois et toujours proposé aujourd’hui. Le Conseil d’État vaudois nous le rappelle avec son message.

    Jeûner, c’est plutôt sorti de nos habitudes, encore plus de nos habitudes protestantes. Et puis la société de consommation et les besoins de l’économie sont aussi passés par là : jeûner, s’abstenir de consommer, c’est presque un crime économique.

    Pourtant le jeûne reviens, par le biais de la santé ou par le biais des Campagnes de Carême, pour débusquer nos dépendances : on ne renoncera peut-être pas à la nourriture, mais à nos appareils électroniques ou à notre consommation numérique. Jeûner pourrait être une bonne façon de nous impliquer dans une réflexion sur nos modes de vie, ne consommons-nous pas près de trois planètes par année en Suisse ? Ou une réflexion sur l’équilibre de nos vies, entre le corps, l’âme et l’esprit ? Ou simplement une réappropriation de notre corps ou de nos sensations, pour éprouver simplement ce que c’est que d’avoir faim, pour nous sentir plus proches de populations qui éprouvent régulièrement la faim.

    A la suite des paroles de Jésus dans le Sermon sur la Montagne (Mt 6), le jeûne n’est pas donné comme un moyen de pénitence, ni comme un artifice pour afficher sa pratique religieuse. Jésus déteste toute manifestation pour se faire valoir devant les autres. Jésus privilégie le regard et le chemin intérieurs. Nous savons ce que nous faisons et seul Dieu le voit et l’apprécie : « Ton Père qui est là, dans le secret, le saura ; et ton Père, qui voit ce que tu fais en secret, te récompensera » dit Jésus (Mt 6:18). Pour Jésus ce qui importe, c’est la vie intérieure, le dialogue que nous tissons avec Dieu au travers de nos gestes.

    Mais vers qui allons-nous pour être nourris ? Ce qui importe, c’est que nous nous nourrissions auprès de la bonne source. Dans l’Évangile selon Jean, Jésus revisite l’histoire pour nous orienter vers la bonne source de nourriture, vers ce qui nourrit vraiment. Jésus dit : « Vos ancêtres ont mangé la manne dans le désert, mais il sont morts. Mais le pain qui descend du ciel est tel que celui qui en mange ne mourra pas » et il ajoute « Je suis le pain vivant descendu du ciel. » (Jn 6:49-51)

    On trouve la même séquence : « faim – pain – vie » à deux époques, au temps des ancêtres et maintenant. Mais il y a une évolution entre les deux époques. Les ancêtres (c’est donc le peuple hébreu conduit par Moïse hors d’Égypte, dans le désert, en route vers la terre promise) les ancêtres ont eu faim dans le désert et Dieu leur a envoyé la manne, une nourriture pour assurer leur survie pendant la traversée du désert. Cette manne assure la survie, mais pas la vraie vie.

    Avec Jésus les choses sont différentes. Il ne s’agit plus d’aliments pour la survie physique du corps, mais une nourriture qui donne une vie en plénitude. On quitte la séquence : « faim – manne – survie » pour une nouvelle séquence : « faim – pain – vie nouvelle, vie en plénitude ». Et ce pain n’est pas celui du boulanger (sinon on serait à nouveau dans la première séquence ) ce pain, c’est Jésus lui-même. « Je suis le pain de vie » (v.48) « Je suis le pain vivant descendu du ciel » (v.51) dit Jésus.

    Jésus est celui qui peut nourrir notre âme, notre vie spirituelle. Jésus est celui qui peut combler nos aspirations, l’être intérieur.

    Un petit mot sur le terme de « vie éternelle » utilisé dans le récit. Il se trouve que Jésus en parle toujours au présent : « Celui qui croit, il a la vie éternelle.» Lorsque Jésus parle de « vie éternelle » il parle d’abondance et de plénitude, pas de durée interminable… C’est pourquoi il en parle au présent : c’est une qualité de vie pour maintenant, bien plus qu’une perspective pour après la mort. Mais comme Jésus attache cette vie abondante, en plénitude, éternelle, à Dieu, cela est aussi valable après la mort, puisque la mort n’est pas une barrière à la communion avec Dieu. Mais la vie éternelle (en plénitude) commence maintenant !

    La faim que Jésus vient combler — en devenant pain de vie — c’est la faim spirituelle que nous éprouvons. La faim spirituelle peut se manifester par un besoin de compréhension intellectuelle, une recherche pour comprendre le monde, la vie. Mais je crois plus profondément que notre faim spirituelle est une faim de notre être à être rassurés : être assurés de notre valeur ; être assurés que nous sommes aimables et aimés; être assurés que la vie que nous menons n’est pas vaine.

    Notre faim s’exprime chaque fois que nous sommes inquiets sur nous-mêmes, chaque fois que nous ressentons que nous passons à côté de la plénitude, chaque fois que nous éprouvons du manque, de l’incomplétude. Notre monde ne nous donne que les moyens de satisfaire les besoins de notre corps. Que nous donne-t-il pour notre être intérieur ? Il ne nous donne que des leurres. Notre monde — il n’y a qu’à regarder les publicités — nous fait miroiter que des objets peuvent combler notre faim de sécurité, notre faim de sérénité, notre faim d’être aimés. Mais « l’homme ne vivra pas de pain (ou d’objets) seulement, mais des paroles que Dieu prononce » (Deut. 8:3)

    Nous avons besoin d’une nourriture spirituelle, c’est-à-dire de paroles qui nous disent notre valeur inaltérable, qui nous disent que nous sommes aimables et aimés, fondamentalement, inconditionnellement, quelles que soient les circonstances, quelques soient nos actions.

    Seul Dieu est assez grand pour nous prononcer ces paroles, nous les répéter, nous les dire lorsque nous en avons le plus besoin. Notre part, c’est de croire ses paroles, de les reconnaître comme nous étant adressées, comme étant vraies pour nous. La foi, c’est cette confiance que Dieu nous parle bien à nous. Il nous dit bien cela, à nous personnellement. Avoir foi dans ses paroles et nous en nourrir. Recevoir cette promesse de vie et d’amour dans les paroles du baptême. Recevoir cette promesse de vie, d’amour et de présence au travers du pain de la cène, c’est notre part.

    Jésus nous offre sa présence, sa vie — au travers du pain et du vin — pour nous assurer de son amour, amour qui nourrit notre valeur, qui fonde notre estime de nous-mêmes. Jésus est le pain de vie, celui qui vient vraiment nous nourrir d’une vie qu’il veut en abondance, en plénitude, afin que nous soyons débarrassés de nos inquiétudes, de nos angoisses, de nos manques, de nos insécurités. « Je suis le pain vivant descendu du ciel, dit Jésus, si quelqu’un mange de ce pain-là, il vivra dans la plénitude».

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2016

  • Le récit de la Passion de Jésus est porteur d’espérance

    Jean 19
    25.3.2016
    Le récit de la Passion de Jésus est porteur d’espérance
    Jean 19 : 16-37
    Télécharger le texte ici : P-2016-03-25.pdf


    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Trois jours après les attentats de Bruxelles qui nous font désespérer du monde, nous nous rappelons la mort de Jésus, une autre mort violente, absurde. Les récits de la Passion nous racontent et nous rappellent années après années un fait désespérant : la violence s’abat sur des innocents et nous regardons ce spectacle chaque fois sidérés et impuissants.
    Pourtant le récit de la Passion selon l’évangéliste Jean n’est pas teinté de désespoir et d’impuissance. En fait, Jean fait de cet événement désespérant, le lieu d’une espérance, le lieu d’un commencement, le lieu d’un départ vers une nouvelle façon de vivre.
    Jésus parlait en paraboles, nous disent les Évangiles. L’évangéliste Jean a retenu la leçon et — à la suite de Jésus — il nous invite à lire entre les lignes, à chercher dans les événements une symbolique qui nous ouvre à la réalité de Dieu. La spiritualité consiste à voir le divin au-delà ou au travers de la réalité brute. C’est avec ses lunettes-là que nous allons relire le récit de la Passion, pour voir où l’évangéliste Jean nous ouvre des fenêtres vers la réalité divine.
    Jean injecte du symbolique, de la profondeur dans chaque épisode de la Passion de Jésus. D’un événement désespérant, il fait un événement chargé d’espérance, une espérance réalisée pour les lecteurs de sa communauté ! Il nous invite à voir, à comprendre ce qui se passe réellement sur la croix — au delà du supplice de Jésus. Il nous montre comment cet événement — à première vue absurde est désespérant (c’est comme cela que le vivent, par exemple, les témoins d’Emmaüs sur leur chemin, Luc 24 :17-18) — comment cet événement est porteur de sens et d’espoir.
    Jean nous permet de « retourner » cet événement, cette page noire de l’Évangile, en moteur d’espoir et de vie. Quatre passages montrent cela. Dans ces quatre passages, Jésus perd quelque chose qui va devenir un gain pour la communauté de l’Eglise. Il perd (1) ses habits, (2) sa mère, (3) sa vie, (4) le sang et l’eau qui coulent de son côté. Reprenons ces quatre pertes l’une après l’autre.
    1. Jésus est dépouillé de ses vêtements et de sa tunique. Cela montre son humiliation, il est mis à nu, dans une vulnérabilité totale. Les soldats se partagent ses habits, mais tirent au sort sa tunique qui est faite d’une seule pièce. Les Pères de l’Eglise y ont vu symboliquement, en même temps la dissémination des croyants — de la foi — aux quatre coins de l’empire romain et la permanence de l’unité de l’Eglise. Saint Augustin l’exprime dans ces termes : «le vêtement de notre Seigneur Jésus-Christ divisé en quatre pièces représente son Eglise distribuée en quatre parties, c’est-à-dire répandue partout dans le monde. (...) graduellement elle y réalise sa présence dans toutes ses parties (...). Quant à la tunique tirée au sort, elle symbolise l’unité de toutes les parties ensemble par le lien de la charité. »* Jésus est dévêtu, mais les chrétiens sont revêtus de sa gloire. Jésus est dépouillé, mais les chrétiens sont enrichis de sa grâce. Jésus est humilié comme un esclave, mais les chrétiens sont élevés au rang d’amis du Christ. La croix n’est pas le lieu de la mort de l’humanité, mais le lieu de son élévation.
    2. Ensuite vient l’épisode de Jésus qui remet sa mère aux bons soins du disciple bien-aimé. C’est le moment émouvant et terrible où Jésus se sépare de sa mère. Il va en être séparé par la mort. A ce moment, à cette heure, Jésus est actif et confie sa mère au disciple bien-aimé. C’est le geste symbolique de la création de la communauté de l’Eglise. Jésus confie l’Eglise au disciple bien-aimé qui va désormais la conduire, à la place de Jésus. C’est ce disciple bien-aimé qui est institué responsable de la transmission du message de Jésus. L’heure de la mort de Jésus est considérée par l’évangéliste Jean comme l’heure de l’élévation et comme l’heure de la création de l’Eglise en tant que telle. De cette mort naît la nouvelle communauté, celle qui va faire vivre le message Jésus, la nouvelle communion à Dieu, dans l’amour.
    3. Cette transmission se réalise en fait pile au moment de la mort de Jésus. C’est le troisième élément symbolique. Au moment de mourir, Jésus dit cette dernière parole : «tout est fini / accompli / achevé / parachevé. Pour l’évangéliste Jean, tout ce joue au moment de la mort de Jésus : la mort, l’élévation et la Pentecôte. Après que Jésus dit que tout est accompli, il baisse la tête et remet l’esprit. La façon réaliste de lire «remettre l’esprit» c’est de penser « rendre l’âme » c’est-à-dire mourir. Mais la façon symbolique de lire cela, c’est de lire littéralement le grec : Jésus livre, délivre l’esprit. Jésus donne l’Esprit saint à l’Eglise, à ses disciples. Le verbe traduit par «remettre» est aussi celui qui est utilisé quand Judas «livre» Jésus lors de son arrestation. C’est apporter, donner, livrer, faire une livraison. Et pour l’esprit, le grec ancien n’a pas de minuscules ou de majuscules, c’est aussi bien l’esprit de Jésus ou l’Esprit de Dieu. Mais l’Évangile n’a-t-il pas enseigné tout du long que Jésus était justement habité par l’Esprit de Dieu ? Ainsi Jean laisse-t-il entendre que Jésus donne l’Esprit saint, ici, sur la croix, à son Eglise et à ses disciples. Voici l’heure du don du Paraclet, de l’Esprit saint.
    4. Reste la quatrième perte, celle du sang et de l’eau. Qu’est-ce que cela nous dit ? C’est un récit qu’on ne trouve que dans l’Évangile selon Jean. Au premier niveau, le coup de lance au cœur atteste de la mort de Jésus, contre certains courants qui pouvaient dire que l’agonie de Jésus avait été trop courte et qu’il avait été descendu de la croix avant d’être vraiment mort. Mais la lecture symbolique est plus riche. À quoi nous font penser le sang et l’eau dans les Évangiles ? L’eau est symbole du baptême. Le baptême prend son sens le plus profond comme assimilation à la mort et à la résurrection du Christ. Par le baptême nous revivons le parcours du Christ, nous sommes assimilés à lui et à sa vie divine. Ensuite le sang est symbole de la sainte-cène. Le sang, c’est la vie, la vie partagée dans le vin de la coupe de cène. La cène renvoie au corps du Christ rompu sur la croix, signe de sa présence pour nous. La cène renvoie au sang versé sur la croix, symbole de sa vie répandue pour la multitude, pour toute la communauté de l’Eglise. Jean ancre ainsi les deux sacrement de l’Eglise dans la Passion même du Christ. La croix devient porteuse de la vie de la communauté de l’Eglise.
    Du récit d’une mort absurde et cruelle, vaine et désespérante, l’évangéliste Jean passe à un récit porteur d’espérance et de vie. Ils montre que la mort de Jésus n’est pas vaine, elle est créatrice de vie, créatrice d’une nouvelle vie communautaire. De la vulnérabilité acceptée de Jésus, l’Eglise reçoit sa force. De l’abandon des liens familiaux de Jésus, l’Eglise reçoit des témoins conducteurs et la possibilité pour chacun de devenir le disciple bien-aimé de Jésus. De la remise de son esprit à Dieu, l’Eglise reçoit le Paraclet, l’Esprit saint qui anime la vie de l’Eglise. Du don de la vie de Jésus, l’Eglise reçoit les sacrements qui la constituent et la nourrissent.
    La mort de Jésus — bien loin d’être désespérante et vaine — devient source de vie, de force et d’espérance. Que nous aussi, nous puissions nous nourrir de cette vie et de cette espérance et devenir lumière dans ce monde obscurité !
    Amen

    * cité dans Zumstein, L’Evangile selon saint Jean (13—21), Commentaire du Nouveau Testament, Genève, Labor et Fides, 2007, p.246.

    © Jean-Marie Thévoz, 2016