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n) Jean - Page 4

  • Jean 5. Jésus, l’ambassadeur de Dieu auprès des humains

    Jean 5
    30.3.2014
    Jésus, l’ambassadeur de Dieu auprès des humains

    Jean 5 : 1-30
    Téléchargez la prédication : P-2014-03-30.pdf


    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Les Evangélistes ne sont pas des conteurs. Ils ne cherchent pas à nous raconter des histoires. S’ils nous transmettent des récits, c’est pour nous présenter une personne, pour nous faire découvrir la personne de Jésus, le Christ.
    Tous les récits, tous les épisodes, toutes les narrations, tous les discours des évangélistes sont orientés vers la présentation de la personne de Jésus, pour le faire découvrir et nous faire découvrir le lien qui l’unit à Dieu.
    C’est aussi ce que l’évangéliste Jean fait à travers ce récit autour de la guérison de cet homme à la piscine de Bethzatha. Un récit en trois parties (1-9 la guérison ; 10-18 la polémique ; 19-30 l’enseignement de Jésus).
    1) Premièrement donc, la rencontre et la guérison, qui ressemblent tout à fait aux guérisons qu’on trouve dans les autres évangiles. Jésus se préoccupe du sort d’un malheureux et il le guérit, grâce à la puissance divine que Dieu lui a confiée.
    2) Ensuite, comme souvent dans les autres évangiles, la polémique surgit parce que la guérison a eu lieu le jour du sabbat. Ici, cependant, ce n’est pas le fait que la guérison ait eu lieu le jour du sabbat qui pose problème : mais c’est le fait que l’homme guérit porte sa natte ! On retrouve toute l’ironie de l’évangéliste Jean. Voilà un homme relevé de son handicap après 38 ans de misère et on lui reproche de porter sa natte.
    Dans notre canton on dirait « c’est du pinaillage ! » C’est une perte totale de perspective. C’est une incapacité à faire la différence entre le détail et l’essentiel. Mais c’est bien ce que reproche Jésus aux autorités religieuses : pinailler sur les détails et manquer l’essentiel : « Malheur à vous pharisiens, vous payez la dîme sur la menthe et les herbes aromatiques, mais vous négligez la justice et l’amour de Dieu. » (Luc 11:42).
    A partir de là, la polémique glisse vers l’essentiel : qui est le vrai interprète de la volonté de Dieu ? Jésus dit aux pharisiens, à propos de cette guérison, « mon Père est continuellement à l’œuvre et moi aussi je suis à l’œuvre » (Jn 5:17). Jésus pose une similitude d’action entre le Père et lui. Aussitôt, il lui est reproché de se faire l’égal de Dieu — là le texte utilise le mot grec « iso » comme dans « isotherme » en météo qui dit des températures égales.
    3) C’est à ce moment que commence l’enseignement de Jésus : « En véritié, en vérité, je vous le dis… (v.19) tout ce que le Père fait, le Fils le fait également. » (v.20). Et là, le texte utilise le mot « homo » comme dans le mot « homogène » qui signifie que tous les éléments sont semblables ou équivalents. Ici, Jésus et Dieu sont équivalents.
    Ainsi, Jean passe de la similitude (v.17) à l’égalité (v.19) puis à l’identité (v.20) entre le Fils et le Père. Et c’est bien le message que l’évangéliste veut faire passer. Il y a identité entre le Fils et le Père.
    Cette identité, Jean l’affirme plus encore lorsqu’il écrit : « Celui qui n’honore pas le Fils, n’honore pas le Père qui l’a envoyé. » (v.23). Deux éléments dans cette phrase : a) il y a identité de culte entre le Père et le Fils, honorer égale rendre un culte ; b) la relation entre le Père et le Fils est marquée par cet envoi. 
    On trouve 41 fois dans l’Evangile selon Jean le concept que Jésus est envoyé par le Père ou que Jésus est celui que le Père a envoyé. Pour comprendre cette relation Père - Fils comme en parle Jean, il faut comprendre ce que signifiait, au temps de Jésus, cette notion d’Envoyé.
    Il faut penser à un roi qui envoie un ambassadeur. Un ambassadeur à qui le roi a expliqué la mission et donné plein pouvoir pour négocier. Lorsque cet ambassadeur arrive dans l’autre pays, il est reçu avec les honneurs qui sont dus, non à son rang propre, mais au rang du roi qui l’envoie. Si on veut honorer le roi, on honore son ambassadeur.
    Lorsque l’ambassadeur parle, il transmet la parole du roi qui l’envoie. Si l’ambassadeur signe un traité, sa signature à valeur de signature du roi. L’ambassadeur et le roi ne sont pas les mêmes personnes, mais ce que demande le roi, l’ambassadeur le transmet, et ce que décide l’ambassadeur engage le roi. Il y a donc différence de personnes, mais identité de vue et de pouvoir.
    C’est cette analogie que l’évangéliste Jean met en avant chaque fois qu’il répète (41 fois) que Jésus est celui que Dieu a envoyé. Ainsi, Jésus dit les paroles de son Père, il accomplit les œuvres du Père (v.17,19,36), il fait la volonté de son Père (v.30). C’est pourquoi honorer Jésus, c’est honorer celui qui l’a envoyé (v.23). C’est pourquoi croire en Jésus, c’est croire en celui qui l’a envoyé (v.24) et par là, recevoir la vraie vie.
    Comme envoyé dans le monde, comme ambassadeur du roi des cieux, Jésus accomplit l’œuvre de Dieu. L’évangéliste Jean découpe l’activité de l’envoyé en trois étapes.
    A. Une première étape qu’on trouve dans le prologue de l’Evangile selon Jean (Jn 1) où l’envoyé existe auprès de Dieu et pré-existe à sa mission.
    B. Une deuxième étape où le Fils accomplit l’œuvre de Dieu. On a vu qu’il l’accomplit par des signes (comme le signe de Cana ou des guérisons), des signes qui marquent la bienveillance de Dieu à l’égard des humains et la volonté de leur donner la vraie vie. Nous verrons encore dimanche prochain, à travers l’épisode du lavement des pieds, comment Jésus accomplit l’œuvre de Dieu.
    C. Enfin, la troisième étape est l’élévation de l’envoyé, élévation que nous verrons s’accomplir lors de la Passion de Jésus pendant la semaine sainte.
    Après les noces de Cana qui illustraient la vraie vie que Dieu veut offrir aux humains, après les marchands chassés du Temple qui illustrait comment Jésus fait table rase de la religion ancienne et enfermante, Jésus se présente comme celui qui a été envoyé par Dieu pour nous guérir de toutes les entraves qui nous empêchent de marcher à sa suite et qui nous empêchent de croire qu’il est bien celui que Dieu nous a envoyé. « Celui qui honore le Fils, honore le Père » (v.23) « celui qui écoute ma parole, dit Jésus, et qui croit en celui qui m’a envoyé, celui-là reçoit la vraie vie » (v24).
    L’évangéliste Jean montre donc à ses lecteurs, nous montre à nous, le chemin qui conduit à Dieu. En apprenant à connaître son Envoyé, le Christ, nous découvrons Dieu lui-même. En croyant en Jésus, nous recevons la vraie vie de Dieu.
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2014

  • Jean 2. Chasser la religion pour donner accès à Dieu

    Jean 2
    23.3.2014
    Chasser la religion pour donner accès à Dieu

    1 Corinthiens 3 : 5-11      Jean 2 : 13-22

    Téléchargez la prédication : P-2014-03-23.pdf


    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Nous reprenons notre lecture de l’Evangile selon Jean. Après les noces de Cana, premier signe programmatique de l’Evangile, annonce d’une vie vraie, en plénitude, Jésus monte à Jérusalem et chasse les marchands du Temple. A mon avis, c’est un deuxième geste programmatique qui va donner sa couleur à tout l’Evangile.
    Ce geste de chasser les marchands du Temple est commun à tous les évangiles. Cependant, les évangiles synoptiques le placent tous après le ministère de Jésus en Galilée, comme acte d’ouverture du temps de la Passion. Ce geste de Jésus est interprété la plupart du temps comme ce qui a mis le feu aux poudres, ce qui a provoqué la colère des autorités juives et conduit à son arrestation. Ce qui est le début du temps de la Passion et le déclencheur du procès de Jésus, Jean le place au début du ministère de Jésus. Comme pour montrer que l’entier du ministère de Jésus est placé sous le signe de l’hostilité et du conflit.
    On ne peut pas dire — comme les synoptiques pourraient le laisser penser — qu’il y a une période où tout se passe bien pour Jésus, il prêche, il guérit, il attire les foules, il plaît ; et une période où tout bascule, où tout tourne mal. Un tournant qui aurait pu être évité, peut-être.
    Non, dès le départ, dès le début du ministère de Jésus, il y a des fronts irréductibles, irréconciliables. Le conflit est inévitable dès le début, parce que c’est le combat que Jésus est venu mener, pour que les êtres humains reçoivent la vie, la vraie vie.
    Le conflit se joue sur deux visions de Dieu incompatibles, sur deux formes de relations à Dieu qui s’opposent. Ces visions sont mises en scène dans ce récit qui se déroule dans le Temple. D’un côté, une vision de la relation à Dieu qui passe par le commerce des sacrifices pour acheter le bon vouloir de Dieu. De l’autre, une relation à Dieu qui passe par la gratuité et le don de soi, tel que Jésus la propose et l’annonce à ceux qui veulent l’écouter.
    Jésus s’attaque ici à la transformation d’une relation en commerce. Le problème n’est pas le profit (il ne parle pas de « maison de voleur » comme Matthieu ou Marc), mais le fait d’introduire la confusion entre ce qui s’achète et ce qui ne s’achète pas. Introduire la confusion entre ce qui est matériel et ce qui est spirituel. Introduire la confusion entre la religion et la spiritualité.
    Le business autour du Temple construit l’idée qu’on peut régler sa dette avec Dieu, qu’on peut s’arranger, qu’on peut obtenir ses bonnes grâces et être quitte. Ainsi, selon sa personnalité, on verse du côté de l’orgueil : je suis en ordre, c’est bon. Ou bien on verse du côté du scrupule, je n’en aurai jamais fait assez, et on désespère. D’un côté comme de l’autre, la relation n’est pas vraie et libre, ce n’est pas de l’amour. 
    Jésus vient apporter un autre type de relation avec Dieu. La rencontre avec Nicodème (Jn 3) puis avec la Samaritaine (Jn 4) vont donner deux modèles complémentaires de relation à Jésus et expliquer comment se construit une nouvelle relation à Dieu. Dans la rencontre avec Nicodème, la vraie relation passe par un renouveau complet, un renouvellement total du lien avec Dieu. Dans la rencontre avec la Samaritaine, c’est la découverte que Jésus nous connaît jusqu’au fond de nous-mêmes et qu’il continue à nous aimer ; que son regard est totalement bienveillant et accueillant.
    Ce récit de Jésus qui chasse les marchands du Temple est donc un avertissement : le ministère de Jésus va être conflictuel. Et on le voit dans les guérisons que Jésus va effectuer, à la piscine de Bethesda (Jn 5) ou auprès de l’aveugle-né (Jn 9) où le conflit tournera, comme dans les synoptiques, autour du respect du sabbat.
    Pour le moment, Jésus nettoie le Temple, nous nous montrer qu’il veut nettoyer notre relation à Dieu. Ce récit est violent, parce qu’il illustre un bouleversement, un changement radical initié par Jésus. Il s’agit de balayer les vieilles bases religieuses pour poser un nouveau fondement à la relation à Dieu.
    Le changement est au centre du récit et du malentendu entre Jésus et ses interlocuteurs. C’est un des procédés littéraires préféré de l’évangéliste Jean qui se déroule ici : parler d’une chose et en comprendre deux différentes. On parle de « ce Temple », mais chacun montre un objet différent. Les gardiens du Temple montrent les pierres. Jésus montre son corps. Le malentendu est inévitable : on ne parle pas de la même chose.
    Mais tout est là. Jésus parle d’un Temple vivant pour le Dieu vivant, alors que ses adversaires parlent d’un monument figé, fossilisé, qui ne peut ouvrir à la relation au vrai Dieu. Et la question est : lequel de ces deux Temples donne accès à la vraie présence de Dieu, lequel est porteur de la présence de Dieu ?
    En ce temps de Carême, nous avons aussi besoin — en tant que personne, mais aussi en tant qu’institution — de passer au nettoyage par Jésus. Qu’y a-t-il de figé, de fossilisé dans ma foi ? Qu’y a-t-il de vieux, d’usé, de pétrifié dans notre Eglise qui ne sert plus la présence de Dieu dans le monde ?  Comment, dans ma vie et dans mon Eglise, puis-je changer de Temple ? Passer du Temple de pierre au Temple du Christ et vivre une relation vivante avec Dieu ? Qu’est qui est calcul et commerce dans ma relation à Dieu ? Où puis-je introduire de la confiance et de la gratuité ?
    Dans le Temple de Jérusalem, Jésus balaie tout. C’est insupportable pour ceux qui le voient faire. C’est très violent pour nous aussi ! C’est une remise en question terrible. Qu’est-ce que Jésus veut ? Quelle sorte de culte attend-il de nous ? Comment nous attacher à lui et rien qu’à lui ?
    Notre temps de Carême, notre montée à Pâques peut être remplie de ce questionnement : qu’est-ce que la vraie relation à Jésus ? Quel christianisme Jésus attend-il de nous ?
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2014

  • Jean 2. Passer de la lettre au signe

    16.2.2014
    Passer de la lettre au signe
    1 Rois 17 : 8-16       Jean 2 : 1-11
    Téléchargez la prédication : P-2014-02-16.pdf


    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Nous poursuivons notre parcours dans l’Evangile selon Jean pour nous pencher ce matin sur l’épisode des noces de Cana. D’habitude, on lit ce récit pour lui-même, comme une attestation que Jésus partage les pouvoirs de Dieu lui-même, notamment ses pouvoirs sur la création : il a la capacité de passer outre aux lois de la nature.
    Je pense personnellement que cette interprétation habituelle n’est pas de nature à nous aider à croire, elle ne nous aide pas à approfondir notre foi. C’est pourquoi j’aimerais mettre ce récit dans son contexte, dans le fil du récit de l’Evangile selon Jean, pour comprendre ce que l’auteur du 4e Evangile veut dire à sa communauté.
    L’évangéliste dit clairement — dans le texte — pour quoi, en vue de quoi, il relate cet épisode : « Voilà comment Jésus fit le premier de ses signes, à Cana en Galilée ; il fit apparaître ainsi sa gloire, et ses disciples crurent en lui. » (Jn 2:11).
    Trois affirmations dans ce verset : (i) c’est le commencement des signes de Jésus, (ii) Jésus manifeste ainsi sa gloire, (iii) le résultat, c’est que les disciples se mettent à croire. C’est donc le premier signe de Jésus, un signe qui révèle sa dimension divine, son origine divine et qui conduit ses disciples à la foi.
    Jean ne parle pas de « miracle » mais de « signe ». En effet, Jean n’utilise pas le même mot que les synoptiques pour parler des actions de Jésus. Jean parle de signes et c’est bien comme cela que Jean souhaite qu’on lise son texte. Lire le texte comme un signe, c’est chercher ce que nous signale le récit, ce qu’il veut nous révéler au-delà de sa littéralité, au-delà de sa factualité.
    Jean veut nous faire passer de la lettre au signe, de l’événement à la signification, des faits au sens.
    Les noces de Cana sont placées, ici — en ouverture des actes significatifs de Jésus. Elles ont donc un caractère programmatique. Elles annoncent la couleur du ministère entier de Jésus. Il est donc important de comprendre le sens de cet épisode.
    Quels sont les faits dont il faut trouver la signification ? Les faits énoncés sont les suivants : a) il y a une situation de manque : « ils n’ont plus de vin » (v.3). On est en situation de pénurie, de manque, une situation désagréable qui interrompt la fête, qui gâche les noces. C’est la situation basique, fondamentale, première de la condition humaine. La vie est précaire, marquée par la finitude, par le malheur, par le deuil, par le manque, par l’angoisse. L’être humain n’est jamais rassasié, ne se sent jamais assez aimé.
    b) La mère de Jésus pense qu’il peut faire quelque chose. Jésus précise que ce n’est pas encore son heure, c’est-à-dire le moment de révéler sa vraie nature. La mère de Jésus recommande que chacun fasse tout ce qu’il dira.
    (J’ouvre ici une parenthèse : nous avons là typiquement une phrase à double sens dont l’Evangéliste Jean est friand. Double sens, c’est-à-dire un sens littéral dans le récit, qui concerne les acteurs du récit, et un sens théologique qui concerne le lecteur du récit. « Faites tout ce qu’il vous dira » concerne les serviteurs du récit, mais nous concerne aussi en tant que lecteurs ou auditeurs de l’Evangile.)
    c) La transformation de l’eau en vin.
    Le récit nous offre — au niveau de la signification — une séquence en trois temps : pénurie ; application de la parole de Jésus ; transformation qui débouche sur l’abondance. Le récit ne nous dit donc pas que Jésus a des pouvoirs surnaturels, mais il nous dit que nous pouvons passer d’une situation de manque à une situation d’abondance en mettant en pratique les paroles de Jésus.
    Il n’y a pas un miracle de transgression des lois naturelles, mais une promesse de transformation, de transfiguration de l’existence, lorsqu’on suit Jésus.
    Et je n’ai pas encore parlé de l’eau et du vin. La fin du récit porte sur la réaction de l’échanson : « tout le monde sert d’abord le meilleur vin… » (v.10). C’est que le vin de Jésus est meilleur que tout ce qui a été servi jusqu’à présent.
    Le changement, la transformation que Jésus opère est qualitative. C’est la qualité de la vie qui change. Car c’est bien de la vie dont l’Evangéliste Jean nous parle ici à travers les images de l’eau et du vin. Il est question ici — en image, métaphoriquement — de la vie, de ce que Jésus appelle la « vie éternelle. » Ces mots n’apparaissent pas encore dans ce chapitre, on les trouvera dans le chapitre 3, mais les noces de Cana annoncent, signalent par le changement de l’eau ordinaire en vin extra - ordinaire, la saveur nouvelle et incomparable de la vraie vie.
    Ce que Jésus est venu transformer — et qui est programmatiquement annoncé ici — c’est la vie, c’est notre existence qui peut passer de « métro-boulot-dodo » à une vie « en conscience », à une vie relationnellement riche, remplie, pleine — en plénitude — abondante.
    C’est difficile de décrire cette vraie vie qui se cache sous le terme de « vie éternelle » dans Evangiles, tellement on la repoussée à l’au-delà. Mais Jésus l’annonce pour maintenant. Dans les synoptiques, Jésus dit « le royaume de Dieu s’est approché. » Chez Jean, il dit « celui qui croit au Fils a la vie éternelle » (Jn 3:36).
    Les noces de Cana préfigurent l’entier du ministère de Jésus, les raisons de sa venue, le but de son action : transformer nos vies ordinaires en vie en plénitude. Tout le ministère de Jésus que va nous exposer l’Evangéliste Jean est orienté vers « nous donner la vie et la vraie vie. » Tous les prochains épisodes doivent être lus sous cet éclairage-là.
    La suite de l’Evangile selon Jean va développer cette transformation ; dire comment Jésus est l’agent transformateur et comment nous pouvons vivre cette transformation sous l’influence de Jésus, et entrer dans cette vraie vie, maintenant, sans attendre.
    C’est ce que promet l’Evangéliste Jean à sa communauté si elle continue la lecture de son Evangile. Il nous dit comment Jésus peut nous changer la vie. Et Jean va le faire en alternant les signes et les récits de rencontres pour nous montrer le chemin, le chemin vers Jésus, le chemin de notre transformation, le chemin de notre croissance dans la foi.
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2014

  • Jean 1. Jésus se manifeste comme le révélateur de l’être profond de chacun

    Jean 1
    2.2.2014
    Jésus se manifeste comme le révélateur de l’être profond de chacun
    Jean 1 : 35-42       Jean 1 : 43-51
    Téléchargez ici le texte de la prédication : P-2014-02-02.pdf

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Nous poursuivons notre redécouverte de l’Evangile selon Jean, commencée dimanche dernier, avec ces récits des appels des disciples. Comme souvent, l’évangéliste Jean écrit un texte en deux parties, deux étapes qui ont des parallèles entre eux, mais qui montrent surtout une progression dans la révélation de Jésus au monde.
    Ces deux récits où Jésus rencontre, recrute de nouveaux disciples ont plusieurs similitudes. C’est chaque fois une rencontre et cette rencontre est la conséquence d’un témoignage. Jean Baptiste dit à ses propres disciples qui est Jésus « Voici l’agneau de Dieu » (Jn 1:36). André dit à son frère « Nous avons trouvé le Messie » (v.41). Philippe dit à Nathanaël « Nous avons trouvé celui dont Moïse et les prophètes parlent, c’est Jésus, le fils de Joseph, de Nazareth » (v.45). La progression se voit dans le fait que le flambeau des témoignages passe des mains de Jean Baptiste dans les mains des disciples eux-mêmes.
     Dans chacun des récits, un disciple en amène un autre vers Jésus. Dans chacun des récits, on trouve la même phrase : « Venez et vous verrez » dit Jésus aux deux disciples. « Viens et tu verras » dit Philippe à Nathanaël qui est plutôt sceptique.
    La découverte de qui est Jésus, commence, certes, par un témoignage, une information, mais elle ne s’accomplit que dans un déplacement décidé et une observation personnelle. Il faut se décider une fois à aller voir, à aller observer, constater. Il faut un envie de découverte, ne serait-ce qu’un début de curiosité : « Où demeures-tu ? » ou le besoin de confronter son doute : « Peut-il sortir quelque chose de bon de Nazareth ? » A partir de là, chacun doit pouvoir constater par lui-même. C’est la liberté que donne le Christ : faites l’expérience par vous-mêmes de ce que je donne, de ce que je révèle.
    La progression se marque par les paroles de Jésus à la première approche des disciples. Aux premiers il demande « Que cherchez-vous ? » Au second, il dit « Suis-moi ! »
    Le dernier parallélisme que je veux relever — et qui est le plus important et le plus marquant — ce sont les paroles transformantes de Jésus.
    Dans le premier récit, André amène son frère Simon à Jésus et le texte raconte : « Jésus le regarda et lui dit : — Tu es Simon, le fils de Jean, tu porteras le nom de Céphas, qui signifie Pierre. » (v.42) On sait de l’Evangile selon Marc (Mc 3:16) que Jésus a renommé Simon du nom de Pierre. Mais là, Jésus fait plus. Selon le récit, ils ne se sont jamais vus, mais Jésus regarde Simon et il lui dit qui il est et de qui il est le fils et il lui donne — j’ai envie de dire — un totem, un nom qui a une signification en rapport avec sa personne profonde. Jésus révèle à Simon qu’il est un rocher, un roc, une montagne de pierre. Il le révèle à lui-même, son être et sa vocation.
    Comment puis-je dire cela à partir de cette petite phrase ? Parce que c’est justement le même phénomène qui se passe avec Nathanaël dans la deuxième partie du récit. Un parallèle et une progression en même temps.
    « Jésus regarde Nathanaël qui venait à lui et il dit à son propos : « Voici un véritable Israélite en qui il n’est point d’artifice. » « D’où me connais-tu ? » lui dit Nathanaël ; et Jésus de répondre : « Avant même que Philippe ne t’appelât, alors que tu étais sous le figuier, je t’ai vu. » (v.47-48)
    Jésus a vu Nathanaël, il l’a regardé comme il a regardé Simon. Et Jésus a vu clair en lui. Jésus voit la vraie nature de Nathanaël et il le révèle au monde : « Voici un véritable israélite, il n’y a rien de faux en lui. » Nathanaël se reconnaît dans les paroles de Jésus, il en est bouleversé. Tout ça parce que Jésus l’a vu.
    Le texte dit « sous le figuier » et on a cherché plein de significations symboliques, moi aussi dans une prédication du 2.11.2008. Aujourd’hui, je vais prendre le texte au sens littéral. Sous le figuier, sous ton figuier, cela veut dire dans la cour de ta maison, chez toi, dans ta vie quotidienne, dans ton intimité. Jésus lui dit en quelque sorte : j’ai vu qu’entre ta vie personnelle et ta vie publique, là devant moi, tu ne changes pas, tu n’as pas de façade, tu n’as pas de secret, tu es authentique. Et Nathanaël se sent reconnu, accepté, compris. Peut-être même — maintenant que Jésus l’a dit — mieux qu’il ne le percevait auparavant de lui-même.
    Avec Simon, Avec Nathanaël — plus tard avec Nicodème et avec la Samaritaine — Jésus se manifeste comme le révélateur de l’être profond de chacun. L’évangéliste Jean nous montre Jésus comme ayant une connaissance profonde, intime de chacun de ses disciples. Une connaissance qui ne s’accompagne d’aucun jugement, pas même pour les cinq maris de la Samaritaine.
    L’évangéliste Jean va plus loin dans sa façon de raconter, il montre que cette révélation du disciple à lui-même par Jésus conduit le disciple à reconnaître la vraie personne de Jésus. Le disciple se met à confesser sa foi en Jésus.
    Nathanaël, qui doutait que quoi ce soit de bon puisse sortir de Nazareth, en vient à confesser : « Maître, tu es le Fils de Dieu » ce qui est la confession de foi la plus parfaite pour l’évangéliste Jean.
    On voit donc que ces deux récits d’appel de disciples répondent à la question : « Comment devient-on chrétien ? » L’évangéliste répond qu’on devint un chrétien par un chemin qui passe par la mise en marche, par curiosité ou par quête (« Venez »), par l’observation et l’expérience (« Voyez »), mais surtout par la rencontre avec la personne de Jésus qui nous révèle à nous-mêmes dans notre vérité.
    Jésus se montre comme le Révélateur, de notre personne et du Père. Et parce qu’il peut nous révéler à nous-mêmes, il peut aussi nous révéler le Père. C’est le chemin que font les disciples. Ils reconnaissent en Jésus celui qui peut leur révéler les clés de leur existence, cette existence qui est tendue entre eux-mêmes et le Père.
    Jésus lui-même fait le lien entre la révélation de soi-même et la révélation du Père lorsqu’il dit à Nathanaël : « Parce que je t’ai dit que je t’avais vu sous le figuier, tu crois. Tu verras des choses bien plus grandes. » Et Jésus ajoute : « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme. » (v.50-51)
    La découverte de soi mène à la découverte du Père, et vice versa. Calvin l’avait bien compris puisqu’il ouvre son Institution de la Religion Chrétienne par ces mots : « Toute la (…) sagesse est située en deux parties : c’est qu’en connaissant Dieu, chacun de nous aussi se connaisse. (IRC I, I, 1.)
    La foi naît de ce sentiment d’avoir été totalement compris par le Père et d’être dorénavant englobé dans sa vie et son amour. Alors le ciel s’ouvre et nous pouvons voir le Père à travers le Fils. Cette parole sur le ciel ouvert répond à celle qui termine le prologue « Personne n’a jamais vu Dieu. Mais le Fils unique (…) l’a fait connaître » (Jn 1:18).
    Le Fils unique est plus grand que Jacob sur qui montaient et descendaient les anges dans son songe (Gn 28:12) (allusion à la parole de la Samaritaine : « es-tu plus grand que Jacob ? » Jn 4:12). Par la foi, à travers le Fils de Dieu, le croyant a accès aux réalités divines et à la vraie vie. C’est ce que l’évangéliste Jean va exposer et développer dans tout son Evangile.
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2014

  • Jean 1. L’Evangile selon Jean a pour but de nous ouvrir la porte d’accès à la Source de la vie

    Jean 1
    19.1.2014
    L’Evangile selon Jean a pour but de nous ouvrir la porte d’accès à la Source de la vie

    Jean 1 : 1-18     Jean 20 : 30-31

    Téléchargez ici le texte : P-2014-01-19.pdf

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Pour comprendre L’Evangile selon Jean, il faut commencer par la fin. En effet, l’évangéliste a marqué la fin de son Evangile par deux phrases de conclusion. L’une disant le travail de choix et de tri qu’il a fait dans les épisodes de la vie de Jésus. La seconde phrase pour indiquer dans quel but il a fait ces choix et cette rédaction : il l’a fait pour amener sa communauté à croire que Jésus le Christ est le Fils de Dieu et qu’en croyant cela, on accède à la vraie vie. Il y a donc deux mouvements qui se suivent : croire et accéder à la vraie vie.
    L’Evangile selon Jean est donc le moyen, le chemin pour accéder à la foi et à la vraie vie. Ce chemin, je vous propose de l’emprunter — pas à pas — dans les dimanches qui viennent et dans le parcours d’Exploration biblique paroissial qui s’étendra de février à avril.
    C’est dans cette perspective de croire pour vivre vraiment que Jean écrit son Evangile. Il fait ce travail de rédaction alors que d’autres Evangiles, Marc d’abord, puis Matthieu et Luc circulent déjà. On appelle ces trois Evangiles (Matthieu, Marc et Luc) les Evangiles synoptiques parce qu’ils se ressemblent beaucoup dans leurs structures et le choix des épisodes de la vie de Jésus. Ainsi peut-on les « regarder ensemble » sur trois colonnes, d’où leur nom de « synoptiques ».
    Sachant que les Evangiles synoptiques existent, Jean peut faire un pas de plus dans l’explication du message de Jésus. Il n’a plus besoin de donner des informations sur la vie de Jésus, par contre, sa communauté a besoin d’explications pour comprendre sa situation actuelle.
    C’est la deuxième, voire la troisième génération de chrétiens, qui forme l’auditoire de Jean. Et Jésus n’est par revenu établir son règne ! Alors, que signifie l’annonce de la venue du Royaume de Dieu dans les synoptiques ? Jean va répondre à cette question.
    La communauté johannique (johannique signifie rassemblée autour de Jean) a été chassée des synagogues, il y a rupture totale avec le judaïsme, il y a même animosité, qu’est-ce que cela signifie ? Jean va répondre à cela.
    Paul prêchait la résurrection pour tous, mais voilà que la première génération de chrétiens, et maintenant la deuxième s’en va. On meurt encore ! Que faut-il en penser ? Qu’est-ce que Jésus est venu apporter ? Jean va répondre à cela.
    L’Empire romain était très tolérant envers les juifs (ils étaient établis dans toutes les grandes villes tout autour de la Méditerranée), mais maintenant l’Empire persécute les chrétiens. La vie de chacun est en danger. La prospérité diminue au profit de la précarité. Tout cela à cause de Jésus et de la foi en son nom ! Jésus est-il vraiment le messager de Dieu ? Jean va répondre à cela.
    Jean le fait dans son Evangile, dans la construction du plan de son Evangile, dans la construction de chaque récit et dans les formules littéraires qu’il utilise, nous verrons cela au fil des dimanches.
    L’Evangile selon Jean est fait de deux parties. La première (1—12) expose la révélation de Jésus devant le monde. La seconde partie (13—20) expose la révélation de Jésus devant les siens. L’Evangile selon Jean est écrit pour des croyants, pour une communauté, pour une Eglise. La communauté connaît déjà le Jésus des synoptiques, mais elle a besoin de plus. Elle a besoin d’approfondir sa foi. Elle a besoin de vivre sa foi dans la réalité. Elle a besoin de recevoir cette vie, cette vie nouvelle dans sa réalité.
    Peut-être est-ce aussi ce dont nous avons besoin ?
    Comment le message de Jésus transforme-t-il nos vies ? Qu’est-ce que le message de Jésus nous apporte-t-il ? Comment améliore-t-il nos vies ? C’est à ça que Jean veut répondre et c’est ce que nous allons découvrir au fur et à mesure qu’il le dévoile dans son Evangile.
    Ce matin, nous avons entendu le Prologue, l’ouverture de l’Evangile selon Jean. C’est un texte compliqué. Nous allons débrouiller un peu cela.
    Les cinq premiers versets se passent dans les sphères célestes, loin de nous : « Au commencement était la Parole, (ou le Verbe)… » (Jn 1:1). L’évangéliste utilise le mot « logos » en grec, qu’on retrouve dans les mots « logique » ou « biologie » en français. Traduit pour nous aujourd’hui, le logos des grecs, c’est le langage de l’univers, ce qui permet de le comprendre, c’est l’équation unifiée que cherchent les mathématiciens et les physiciens, c’est la clé numérique qui permet de comprendre l’univers, le code-source du cosmos. Et Jean nous dit que cette clé était Dieu et que cette clé était à la source de l’univers. Là, on est dans les grandes spéculations physiques et métaphysiques !
    Ensuite, Jean fait un glissement du logos vers la lumière. Le logos est la lumière et là il ne faut pas voir une ampoule au plafonnier, mais plutôt une ampoule dans la bulle d’une bande dessinée, lorsque le chercheur s’écrie Euréka ! La lumière, c’est ce qui permet de voir et de comprendre, de saisir le sens. Le logos nous éclaire puisqu’il nous révèle le sens des choses.
    Ici, Jean glisse que cette lumière va rencontrer l’opposition de l’obscurité. Le drame est annoncé. Il va y avoir du brouillage sur la ligne, mais c’est dit juste en passant.
    Ce qui est important — inédit et inouï — c’est que ce logos, cette clé de compréhension de l’univers est descendue sur terre, s’est incarnée dans un homme pour nous communiquer le contenu de cette clé. Ceux qui croient en celui qui porte la clé (Jn 1:12) ceux-là ont un accès à la source du sens et ils reçoivent la vie qui a du sens (v.13). Ils ne la reçoivent pas « naturellement / biologiquement », mais dans un autre ordre (d’en haut dira Jésus à Nicodème, Jn 3).
    Comme le disait Erasme : « On ne naît pas homme, on le devient. » Jean nous dit que devenir un être humain c’est possible à travers celui qui a accès à la source et qui est venu nous la faire connaître. Et c’est le but de l’Evangile de Jean : « Personne n’a jamais vu Dieu, mais le Fils unique, qui est Dieu et demeure auprès du Père, lui seul l’a fait connaître. »  (Jn 1:18). L’Evangile selon Jean a pour but de nous faire connaître la porte d’accès à la Source de la vie ; cette porte a été ouverte par Jésus Christ ; et nous sommes appelés à passer cette porte pour avoir accès à la vraie vie.
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2014

  • Jean 3. Regarder le mal en face (Typologie V)


    Jean 3
    15.9.2013

    Regarder le mal en face (Typologie V)
    Nombres 21 : 4-9        Jean 3 : 12-18

    Télécherger la prédication : P-2013-09-15.pdf

    Chers frères et sœurs en Christ,
    Quand on entend cette phrase de l’Evangile de Jean : « De même que Moïse a élevé le serpent de bronze sur une perche dans le désert, de même le Fils de l’Homme doit être élevé » (Jn 3:14) c’est comme si on regardait à travers une fenêtre qui nous fait remonter de près de 2'000 ans en arrière. On y voit comment la communauté rassemblée autour de l’apôtre Jean interprétait l’Ancien Testament et comment elle comprenait le destin mystérieux de Jésus.
    Il faut bien s’imaginer que les premiers chrétiens ne disposaient pas comme nous des Evangiles, puisqu’ils étaient en train de les composer. Ils se racontaient les événements de la Passion et de la vie de Jésus, et ensemble, en communauté, ils essayaient de les comprendre, d’en saisir le sens et la portée. Ils le faisaient en puisant dans l’Ecriture disponible, c’est-à-dire l’Ancien Testament. Et c’est ainsi qu’ils ont mis en relation ce récit assez obscur du livre des Nombres avec la Passion de Jésus.
    La communauté johannique essaie de comprendre la relation entre ce qui est terrestre et ce qui est céleste. Comment Jésus fait-il le lien entre le haut et le bas, la terre et le ciel, Dieu et les humains ? Comment ces deux univers se rejoignent et en même temps se séparent ?
    Ce récit du livre des Nombres nous donne quelques pistes. Le serpent représente ce qui est terrestre, obscur, ce qui vient des profondeurs, des ténèbres, le négatif. Le serpent apporte la mort par sa morsure, comme par sa ruse et sa tromperie dans le récit d’Adam et Eve devant l’arbre.
    A l’opposé, Jésus vient du ciel, il apporte la lumière et le salut, il représente tout ce qui est positif. Et pourtant ,Jean met le serpent et Jésus en parallèle : «  de même que le serpent… de même le Fils de l’Homme doit être élevé. » Jean les superpose, qu’est-ce que cela signifie ?
    Que se passe-t-il dans le récit de l’Ancien Testament ? Si l’on essaie de sortir de l’anecdotique, de la situation matérielle, que signifie ces gestes, ce procédé ? Pour parer à une attaque du mal, Dieu demande à Moïse de placer ce mal-même sur une perche pour que tout le monde puisse le regarder, avec pour but de guérir ceux qui le regardent. C’est une façon de regarder le mal en face, pour y échapper.
    L’attitude opposée, c’est de faire comme si le mal n’existait pas, en espérant y échapper. C’est quelque chose que nous faisons facilement. On a peur d’aller chez le médecin, de crainte qu’il ne nous trouve une maladie. On refuse de voir que notre relation avec quelqu’un se dégrade, de sorte qu’on ne fait rien pour la corriger et améliorer les choses et en effet elle se détériore. Cela s’appelle le déni.
    Le récit de l’élévation du serpent au désert nous invite à sortir du déni pour embrasser les problèmes à bras-le-corps pour les corriger et les résoudre. Le salut est dans le fait de voir ce qui nous fait mal et de pouvoir le corriger. Cela à un niveau terre-à-terre, pour éviter de mettre la poussière sous le tapis.
    Comment cela se passe-t-il au niveau céleste, avec Jésus ? L’Evangile de Jean nous dit que c’est la même chose. Jésus a été élevé sur la croix pour que nous voyions le mal qui nous ronge, le mal que nous subissons et le mal que nous commettons, afin d’en être délivré.
    C’est osé pour Jean de nous dire — entre les lignes — que Jésus a été élevé sur la croix pour que nous voyions le mal en face ! Enfin quoi, Jésus n’est pas le mal !
    Non, il n’est pas le mal, mais il est le miroir de notre mal, comme le prophète Esaïe l’avait annoncé : « il s’est laissé mettre au rang des malfaiteurs, alors qu’il avait pris sur lui toutes nos fautes » (Es 53:12).
    C’est le mal que nous faisons, qui est exposé sur la croix. Jésus est la figure de toutes les victimes, de tous ceux qui sont bafoués, persécutés, blâmés. Par cette comparaison avec le serpent d’airain, Jean fait apparaître les deux faces de la croix : mort et élévation, jugement et salut, châtiment et libération, mort et résurrection.
    Sur la croix, c’est le mal, le malheur et toute la violence humaine qui est montrée au monde : voici à quoi aboutit l’accumulation de toutes nos petites fautes qui apparaissent dérisoires prises une à une, mais qui finissent par créer un monde irrespirable et invivable où le plus faible finit par être évincé, exclu, éliminé.
    Mais sur la croix se voit aussi le don de Dieu. Dieu fait don à l’humanité du remède contre le mal. « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son fils unique… » (Jn 3:16). Dieu a accepté que son Fils descende sur la terre et prenne le risque d’être mis à mort pour révéler la nature violente de nos comportements.
    Regarder la croix de Jésus, c’est voir le mécanisme du mal qui s’abat sur lui, comment les hommes se liguent contre celui qui leur tend un miroir…
    Regarder la croix et la Passion de Jésus, c’est voir le mécanisme de la violence humaine à l’œuvre et peut-être, on l’espère, apprendre de cette vision à reconnaître ce mécanisme dans le temps présent, chaque fois que la violence s’abat sur un faible.
    Voir chaque fois que les puissances — aujourd’hui elles sont économiques — broyent des petits dans des horaires de travail impossible. Voir en notre cœur chaque fois que le blâme prend la place de la compassion. Voir chaque fois que l’institution entrave les relations interpersonnelles.
    Regarder la croix nous permet d’adopter une attitude conforme à celle de Jésus qui fait passer l’amour, l’agapè, avant toute autre considération.
    Voir la croix comme le lieu de l’élévation de Jésus comme sauveur, c’est accepter qu’il nous guérisse de tout germe de violence, de haine, de racisme, pour nous ouvrir à l’accueil et à l’amour les uns à l’égard des autres. C’est à cet amour-là — non-violent et accueillant — que le Christ nous invite.
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2013

  • Jean 2. A Cana, Jésus opère trois changements fondamentaux

    Jean 2
    13.1.2002

    A Cana, Jésus opère trois changements fondamentaux

    Esaïe 62 : 1-5      2 Pierre 1 : 2-8      Jean 2 : 1-11

    Téléchargez la prédication ici : P-20020113.pdf

    Chers amis,
    Après Noël où nous avons fêté la naissance de Jésus, après l'épiphanie où nous nous sommes rappelés les rois mages, nous faisons un grand saut dans le temps pour retrouver Jésus au début de son ministère.
    Jésus a 30 ou 33 ans et — il ne le sait pas encore — il a trois ans à vivre devant lui, pendant lesquels il va réaliser l'entier de sa mission. Une mission d'enseignement, une mission de guérison, une mission de révélation du visage de Dieu.
    En seulement trois ans, Jésus va révolutionner le regard de l'humanité sur Dieu et changer toute l'histoire humaine puisque nous sommes ici, 2000 ans plus tard, à continuer à chercher à comprendre, à saisir toute la richesse qu'il y a en lui et à vivre des paroles qu'il a prononcées et des gestes qu'il a faits.
     Aujourd'hui, nous nous penchons sur le premier signe de Jésus que l'évangéliste Jean nous a transmis, celui des Noces de Cana. Ce miracle est un peu embarrassant pour nous, car il ressemble vraiment à un acte de magicien ! Jean veut-il nous présenter Jésus comme un magicien, comme quelqu'un qui est capable des tours de passe-passe les plus réussis ?  Croire parce que le tour a réussi, c'est plus être crédule qu'avoir la foi !
    Je pense qu'il faut laisser tomber l'idée que l'accent est mis sur le côté miraculeux pour voir l'aspect signe, significatif. D'ailleurs Jean ne parle pas du premier miracle de Jésus, mais de son premier signe, de son premier geste significatif. Ce geste a pour but de mener ses disciples à croire, à avoir la foi, en effet, le récit de Jean se termine par ces mots :
    "Voilà le premier signe de Jésus. Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui." (Jn 2:11)
    Pourquoi les disciples se mettent-ils à croire en Jésus ? D'abord "croire en Jésus" signifie reconnaître la gloire de Dieu qui se manifeste en Jésus, voir au travers des actes, des paroles, du visage de Jésus, les actes, les paroles et le visage de Dieu lui-même.
    En quoi les disciples — nous-mêmes — pouvons-nous reconnaître la présence de Dieu dans ce premier signe de Jésus ? Dans ce signe, Jésus fait trois choses, il opère trois changements fondamentaux :
    1) Il transforme de l'eau en vin (c'est le plus évident)
    2) l transforme les bassins de purification en tonneaux — il faudra voir ce que cela signifie !
    3) Il renverse l'ordre des choses en faisant servir le bon vin après le moins bon.
    Reprenons ces trois changements.
    1) Jésus change de l'eau en vin. Faire cela comme premier signe, c'est annoncer la couleur de  tout son ministère : ce sera une mission de changement, de transformation profonde et cela indique aussi le sens, la direction des transformations en vue. Ce qui est insipide, inodore et incolore, ce qui est commun, ordinaire et sans saveur va être transformé en extra-ordinaire, en fête, en joie.
    Jésus nous dit que Dieu veut transformer le banal de nos vies en y insufflant de la joie et du bonheur. Lorsque notre vie et notre propre joie viennent à manquer, Dieu vient nous ranimer, nous remettre debout, remettre de la couleur et de l'abondance dans nos vies.
    2) Ensuite, Jésus transforme l'usage des bassins de pierre dans lesquels les juifs effectuaient leurs rites de purification. Qui dit purification, besoin de purification, dit qu'il y a des choses à laver, à nettoyer pour se sentir propre devant Dieu.
    L'usage des bassins de purification illustre une attitude face à Dieu : le fait de se sentir sale devant lui et surtout l'idée que par nos propres efforts nous allons pouvoir nous rendre présentables devant Dieu. Que nous allons pouvoir plaire à Dieu, que nous allons pouvoir être à la hauteur de ce que nous pensons qu'il attend de nous !
    Mais qui — en étant honnête avec soi-même — peut penser arriver à se montrer parfait face à Dieu ? Qui peut penser être sans tache, sans faute, sans ombre devant Lui ? C'est un effort sans fin et sans aucune garantie de succès. C'est un travail désespérant et ... désespéré.
    En transformant ces bassins en tonneaux où l'on vient puiser le vin, Jésus supprime toute idée de purification par nos propres moyens. L'attitude juste devant Dieu, c'est d'accepter que nous ne pouvons rien faire par nous-mêmes, seulement venir puiser la vie à sa source, accepter de la recevoir comme ce vin puisé dans ces bassins.
    Ces bassins deviennent des fontaines de vie, un lieu où l'on vient s'abreuver, recevoir de quoi étancher sa soif, recevoir ce qui va remplir notre vie de joie et de satisfaction.
    3) Enfin, troisième changement, Jésus a renversé l'ordre humain des choses qui veut que l'on serve les bonnes choses, le bon vin, au début, parce que tout se dégrade avec le temps, à commencer par nos facultés d'apprécier la vie. Là encore, Jésus veut nous parler de notre rapport à Dieu. Jésus renverse l'ordre de la religion.
    L'ordre humain veut que nous nous efforcions de plaire à Dieu, d'essayer de monter jusqu'à lui. L'ordre de Dieu, le père de Jésus-Christ et notre Père, c'est que c'est lui qui vint à nous, c'est lui qui prend l'initiative. Et son initiative, c'est de nous réhabiliter, de nous purifier lui-même, de nous rendre juste pour que nous puissions répondre par des comportements justes à l'égard de notre prochain.
    C'est Dieu lui-même qui prend l'initiative de ne pas compter nos fautes, de ne pas tenir compte de ce que nous lui devons. C'est lui qui prend l'initiative de venir chez nous, pourvu que nous lui ouvrions la porte, parce qu'il ne veut pas entrer par effraction.
    A nous d'inviter Jésus à entrer dans nos vies — comme les mariés de Cana l'ont invité — pour qu'il vienne transformer l'eau de nos existences en vin de joie et de fête.
    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2013

  • Jean 3. Jésus est venu dans le monde pour révéler la deuxième dimension de la vie.

    Jean 3
    2.9.2012
    Jésus est venu dans le monde pour révéler la deuxième dimension de la vie.
    Marc 1 : 9-11     Jean 3 : 1-9

    Téléchargez la prédication ici : P-2012-09-02.pdf

    Chères paroissiennes, chers paroissiens, chère famille,
    Nous découvrons aujourd'hui le personnage de Nicodème, dans sa rencontre avec Jésus. Le récit nous dit qu'il appartient au parti des Pharisiens, qu'il est un des chefs des juifs — il fait partie du Conseil appelé le Sanhédrin — et il dit lui-même qu'il est âgé.
    Les Pharisiens sont un groupe de gens très religieux, qui cherchent à se rapprocher de Dieu au travers de leur pratique, de leur stricte obéissance de la Loi de Moïse. Ils l'ont détaillée en une longue liste de commandements. Les Pharisiens ne se contentent pas d'observer et de pratiquer ces commandements, ils surveillent aussi les autres pour que chacun observe également ces commandements.
    Jésus est souvent confronté à leurs critiques. Il ne manque pas non plus de dénoncer leur hypocrisie, les accusant de filtrer le moucheron, mais d'avaler le chameau (Mt 23:24).
    Cette nuit-là, Nicodème vient secrètement rencontrer Jésus. Nicodème perçoit quelque chose d'exceptionnel chez Jésus, il croit reconnaître une origine divine aux paroles et aux actes de Jésus. Avant même que Nicodème ne pose une question à Jésus, Jésus lui dit ce qui lui manque : "Personne ne peut voir le Royaume de Dieu s'il ne naît pas de nouveau, ou s'il ne naît pas d'en haut" (Jn 3:3) (le mot grec signifie en même temps de nouveau et d'en haut). Jésus perçoit que Nicodème est en recherche, en quête du Royaume de Dieu, dans une quête spirituelle.
    Suit une sorte de dialogue de sourd où Nicodème oppose l'impossibilité pour un adulte ou une personne âgée de naître de nouveau de sa mère. Nicodème reste dans le terre-à-terre. Il reste dans les possibilités matérielles : personne ne peut retourner dans le ventre de sa mère pour naître une deuxième fois. C'est que Nicodème n'a pas vu la deuxième signification de ce "renaître." En fait, de manière générale, Nicodème ne voit pas la deuxième dimension de l'existence. Et Jésus est justement venu dans le monde pour révéler cette deuxième dimension de la vie, celle qui vient d'en haut.
    Nous naissons tous une fois dans ce monde, et nous avons besoin de ce corps pour y vivre, et nous avons besoin de nourrir ce corps, d'en prendre soin, de le faire grandir… pas de problème. Mais la vie ne se limite pas à cette dimension. Nous ne nous nourrissons pas seulement de lait maternel ou de pain. Nous avons besoin du regard de nos parents, nous avons besoin de recevoir de l'amour, nous avons besoin de relations.
    La vie humaine ne se réduit pas à la vie matérielle. Nous avons besoin d'être nommés. Nous avons tous besoin d'être appelés, nous avons tous besoin d'être adoptés.
    C'est ce que nous voyons dans le baptême de Jésus. Il y a la part matérielle avec l'eau du baptême pour le corps, mais ensuite il y a cet esprit qui vient d'en haut — visualisé par la colombe — et il y a cette parole d'amour et d'adoption : "Tu es mon fils bien-aimé en qui je mets toute mon affection." (Mc 1:11).
    C'est cette parole qui nous fait vivre, bien plus que ce que nous mangeons. Ce sont ces paroles d'amour et ces gestes d'affection qui affermissent notre confiance dans la vie, dans la valeur de notre existence. Peu importe l'ADN partagé ou non, c'est l'amour que nous recevons qui nous constitue comme être humain, aimé, engendré d'en haut.
    Nous sommes faits de cette double dimension, le charnel et le spirituel. Nous sommes boiteux si nous oublions une de ces dimensions. Et c'est ce que fait Nicodème. Comme Pharisien, il était tellement dans le contrôle de l'obéissance pratique aux commandements qu'il en oubliait la raison, le but ou la provenance : en haut.
    C'est pourquoi Jésus lui rappelle tout de suite l'essentiel : "Il faut naître à la vie d'en haut" et Jésus ajoute que cet "en haut" relève de l'eau et de l'esprit, l'esprit qui est comme le vent. Ce que Jésus veut dire, c'est que la vie d'en haut, cette deuxième dimension de l'existence ne peut pas se laisser enfermer dans un catalogue de prescriptions. Cette deuxième dimension de l'existence et de l'ordre de la liberté, de la danse, de la joie. Cette deuxième dimension, c'est ce qui donne du relief à l'existence, ce qui donne de la vie à la vie.
    Dans chaque moment de la vie, on peut saisir ces deux dimensions. Quand je fais la vaisselle, je peux penser à la corvée que cela représente, mais je peux aussi penser que je rends service à mon conjoint, à ma famille et plus encore, je peux anticiper le plaisir d'une belle table avec ses invités.  Quand je travaille, je peux penser au salaire qui tombera à la fin du mois et à la sueur que cela me demande, mais je peux aussi me réjouir de ce que mon travail apporte aux autres, comment il leur facilite la vie, comment ce que je fais contribue au bien commun. Quand je vois un coucher de soleil, je peux penser qu'il ne s'agit que de la réfraction d'ondes lumineuses au travers des couches de l'atmosphère, ou bien je peux m'émerveiller et me réjouir du jeu des couleurs et avoir envie de partager cette joie avec ceux que j'aime.
    Jésus appelle Nicodème à lever les yeux du guidon, à voir au-delà du factuel et du matériel. Nous sommes appelés à voir le monde, à voir ceux qui nous entourent avec un autre regard. Quitter le terre-à-terre pour un regard illuminé d'une lumière qui vient d'en haut.
    Nous sommes invités à aller au-delà des explications matérielles qui ne nous nourrissent pas, pour recevoir ou inventer une réponse poétique qui enchante nos sens; une réponse qui nous entraîne dans un pas de danse sur les ailes du vent.
    Amen

    ©Jean-Marie Thévoz, 2012

  • Jean 2. Le Temple de pierre est devenu personne humaine.

    Jean 2
    13.11.2011
    Le Temple de pierre est devenu personne humaine.

    Ezéchiel 47 : 1-7 + 12     Jean 2 : 13-22

    Téléchargez la prédication ici : P-2011-11-13.pdf

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Voilà un épisode étonnant de la vie de Jésus. Jésus se fâche, Jésus se met en colère et commet un acte plein de violence. Les quatre Evangiles nous rapportent cet événement où Jésus chasse les marchands et les banquiers du Temple. Cela a tellement choqué que tout le monde s'en est souvenu.
    Les marchands sont dans les cours du Temple de Jérusalem pour vendre des animaux pour les sacrifices. Les banquiers sont là pour changer les monnaies qui ont une figure humaine sur une face contre la monnaie du Temple qui n'a pas de représentation  — ni humaine, ni animale — pour obéir au commandement de ne pas faire d'images d'êtres vivants. Les marchands et les banquiers veulent donc bien faire, à la base, mais Jésus les chasse de la cour du Temple.
    Comment comprendre ce geste de Jésus ? Les Evangiles rapportent deux phrases explicatives. Jean rapporte ces mots de Jésus : "Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de commerce" et les Evangiles synoptiques : "Ma maison sera une maison de prière." En vidant le Temple des marchands, Jésus veut redonner au Temple sa destination première, son rôle d'origine : être un lieu de spiritualité, un lieu où l'on entre en contact avec Dieu.
    L'Evangile de Jean a été écrit, dans sa forme actuelle, environ 30 ans après que les Romains ont détruit le Temple de Jérusalem. Donc à ce moment-là, pour Jean et ses lecteurs, le Temple n'existe plus, il n'y a plus de sacrifices d'animaux ni de pièces à changer. Pourquoi maintenir ce récit dans son Evangile ? Quelle importance peut-il encore avoir si le bâtiment du Temple a disparu ? L'épisode devrait perdre son sens et pourtant il est maintenu dans les quatre Evangiles.
    C'est là qu'il faut passer du sens historique au sens symbolique, à la portée symbolique du récit. Le Temple de Jérusalem n'existe plus, mais il y a toujours un Temple ! Le Temple est déplacé. L'Evangile de Jean le signale d'ailleurs dans le dialogue entre Jésus et les autorités du Temple.
    Jésus dit "Détruisez ce Temple et, en trois jours, je le relèverai." Jean ne parle plus du Temple de pierre pour lequel il a fallu 46 ans de construction. Il parle du corps du Christ. Il parle de la mort et de la résurrection de Jésus. Jean dit à travers ce récit que le Temple n'est plus le Temple de pierre de Jérusalem, mais que le Temple est devenu personne humaine.
    Là, je vais faire un petit détour par l'Ancien Testament, où le prophète Ezéchiel décrit le nouveau Temple. Il le décrit comme une source, une source abondante qui va faire refleurir le désert, le transformer en un verger magnifique.
    Si le Temple est une source de vie abondante et que Jésus remplace le Temple de pierre, on doit comprendre, entre les lignes, que Jésus devient la source de vie, la source d'eau qui coule en abondance. Et c'est bien ce que Jésus dit plus loin dans l'Evangile de Jean : "Celui qui croit en moi, des fleuves d'eau vive jailliront de son cœur" (Jn 7:38).
    Ce qui est intéressant dans cette promesse de Jésus, c'est le nouveau glissement du lieu de la source. Pour Ezéchiel, la source venait du Temple. Ensuite le Temple devenait Jésus. Et maintenant, cette source jaillit de celui qui croit. Le Temple, le lieu de la vie spirituelle, se déplace de Jérusalem sur Jésus et de Jésus sur le croyant, sur nous.
    C'est bien ce qu'a saisi également l'apôtre Paul quand il interpelle les Corinthiens en leur disant : "Nous sommes le Temple du Dieu vivant" (2 Co 6 :16). Nous n'avons plus besoin du Temple de Jérusalem, nous sommes le Temple que Dieu habite. La vie spirituelle se déroule en nous-mêmes. La source d'eau vive, image de la vie spirituelle, coule de Dieu en nous, abreuve notre vie et rejaillit sur les autres, portant du fruit.
    Enfin… cela devrait être le cas. Et c'est là que nous revenons à l'épisode de Jésus chassant les marchands du Temple. Maintenant nous sommes ce Temple dont parle l'Evangile. Mais de quoi sont encombrées nos cours intérieures ? De quoi nous abreuvent journaux, télévision et internet ? Ne sommes-nous pas habités par toutes sortes d'idées, d'idéologies, images qui nous inquiètent, qui nous troublent ou nous polluent ?
    La folie marchande de notre société ne nous pollue-t-elle pas constamment, nous laissant penser que tout se paie : un bonheur contre un malheur; ou que tout se marchande : il suffit de trouver le prix du sacrifice pour obtenir la faveur du ciel.
    Nous avons besoin d'être libérés de cette idéologie sur laquelle nous calquons notre vie intérieure. Nous avons besoin que Jésus chasse les marchands qui habitent nos cœurs et notre vie relationnelle et spirituelle pour pouvoir vivre de donner et de recevoir.
    Nous n'avons pas à gagner la faveur de Dieu, il nous la donne gratuitement, pas besoin de marchandage. Nous sommes le Temple du Dieu vivant, il faut juste faire un peu de place pour qu'il puisse habiter le Temple que nous sommes.
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2011

  • Jean 9. Jésus ouvre les yeux de ses disciples sur leur propre pouvoir, il les mobilise, il les envoie.

    Jean 9
    4.9.2011
    Jésus ouvre les yeux de ses disciples sur leur propre pouvoir, il les mobilise, il les envoie.
    1 Jn 4 : 7-9    Rm 12 : 1-2     Jn 9 : 1-7

    téléchargez la prédication ici : P-2011-9-04.pdf

    téléchargez le projet général de DM-Echange et Mission à Madagascar dans l'enseignement

    Chères paroissiennes, chers paroissiens, chers invités,
    J'ai choisi le récit de cette guérison d'un aveugle par Jésus pour le message de ce matin parce que la personne que nous envoyons aujourd'hui en mission à Madagascar (par l'intermédiaire de DM-Echange et Mission) a trouvé sa vocation professionnelle dans le travail auprès des personnes handicapées. Son travail de fin d'étude traite de la représentation du handicap en Occident et à Madagascar.
    Questionner la représentation du handicap, c'est se demander quelle image mentale nous nous faisons du handicap, d'où il provient, quel sens il peut avoir. Et c'est exactement ce que nous trouvons comme questionnement dans la bouche des disciples : "Pourquoi cet homme est-il né aveugle ? A cause de son propre péché ou à cause de celui de ses parents ?" demandent les disciples (Jn 9:2).
    Les disciples ont une image mentale de l'origine du handicap, ils ont une représentation qui leur dit que le handicap est sûrement la conséquence d'une faute, d'un manquement.
    La représentation, c'est un peu comme un théâtre, intérieur à soi, dans lequel on joue une scène de rencontre avant qu'elle ne se produise. On fait une répétition générale pour se préparer (comme on préparerait un entretien d'embauche). Mais dans cette représentation théâtrale, on joue tous les rôles. Alors on invente le rôle de l'autre, ce qui donne une couleur à ce qui sera joué dans la réalité. Par cette représentation préalable, on influence la rencontre elle-même. Dans le meilleur des cas, notre représentation sera modifiée par la rencontre et l'on s'exclamera : "Ah, ben j'aurais pas cru ça de lui ou d'eux !"
    Les disciples ont donc une représentation du handicap qui repose sur une faute passé ("Est-ce à cause d'un péché…") Les disciples sont focalisés sur le passé, sur l'origine. S'ils trouvent l'origine du mal, ils seront rassurés et pourront se positionner face à cet homme — pensent-ils.
    Mais Jésus ne répond pas à la question de l'origine. Plus, il récuse l'idée qu'on puisse reporter la cause sur quelqu'un (la personne elle-même ou ses parents). Jésus donne une réponse énigmatique à la question des disciples. "Ce n'est pas à cause de… c'est pour que… pour que l'œuvre de Dieu puisse se révéler en lui !" (v.3)
    Jésus  nous détourne du passé et de l'origine pour nous orienter vers le présent et le futur. Ne cherchez pas dans le passé, faites quelque chose de ce présent pour améliorer la condition de cet homme. Et c'est ce que Jésus va faire en pétrissant de la boue à appliquer sur les yeux de l'aveugle. Ensuite, Jésus donne une tâche à l'aveugle pour le rendre participant de sa propre guérison. Il l'envoie se rincer les yeux à la piscine de Siloé.
    Les disciples avaient une représentation attachée au passé qui pouvait déboucher sur le reproche et qui aboutit à blâmer la victime. Jésus barre cette issue pour nous mobiliser dans le présent et pour nous pousser à une action constructive. Comme si Jésus disait : Cet homme est là pour que vous puissiez faire quelque chose pour lui !
    Jésus change la représentation des disciples face à cet homme. On peut même dire que Jésus ouvre les yeux de ses disciples sur leur propre pouvoir, il les mobilise, il les envoie.
    Pour moi, ce n'est pas un hasard que la personne guérie soit aveugle. Le récit veut nous ouvrir les yeux sur une réalité : Jésus est celui qui veut nous sortir de nos aveuglements. Le récit se veut porteur de notre guérison aussi, c'est pourquoi l'évangéliste Jean y insère cette parole de Jésus : "Je suis la lumière du monde." (Jean 9:5). Jésus est venu pour nous faire sortir de l'obscurité.
    C'est dans ce même sens que l'apôtre Paul nous dit : "Ne vous conformez pas aux représentations de ce monde, mais laissez Dieu vous transformer pour un changement complet de votre intelligence ! Vous pourrez alors comprendre ce que Dieu veut." (Rm 12:2).
    Ce changement complet de l'intelligence, c'est nous guérir de trois aveuglements, changer trois de nos représentations :
    (i) notre représentation de Dieu. Jésus est venu remplacer un Dieu comptabilisateur de nos manquements par un Dieu qui nous soutient comme un Père.
    (ii) Jésus est venu pour transformer notre vision des gens, des "autres" : comme nous sommes tous les enfants d'un même Père, nous pouvons rencontrer les autres comme des frères et des sœurs. Le monde ne tournerait-il pas plus rond si nous cessions de nous méfier les uns des autres ?
    (iii) Jésus vient changer notre idée de nous-mêmes. Ne sommes-nous pas constamment en train de nous faire des reproches à nous-mêmes, tournés vers le passé ? Nous nous accusons et nous condamnons, alors que Dieu ne nous condamne pas (Rm 8:33), mais nous accueille comme ses enfants. Il nous mobilise et nous envoie.
    Dieu nous offre de nous guérir de ces trois aveuglements; irons-nous nous laver à la piscine de Siloé ? Parce que nous avons notre part à faire en réponse à cette guérison ! Dans ce récit, Jésus barre le retour sur le passé, mais il ouvre un avenir en nous désignant le grand dessein de l'existence : "nous devons accomplir les œuvres de celui qui m'a envoyé" (Jn 9:4). A nous de réaliser le travail pour lequel nous sommes faits. A nous de réaliser la vocation à laquelle le créateur nous a appelé.
    Aujourd'hui, nous saluons la vocation et l'envoi d'une jeune femme pour un travail à Madagascar. Mais n'oublions pas que nous avons tous reçu un appel du Seigneur, une vocation et un envoi. Forts du "changement complet de notre intelligence" que Jésus nous propose, nous pouvons partir raffermis — comme de vrais enfants de Dieu — sur nos lieux de vie et de travail pour accomplir l'œuvre de Dieu.
    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2011

  • Jean 1. Noël, une lumière dans la nuit !

    Jean 1
    25.12.2010
    Noël, une lumière dans la nuit !
    Luc 2 : 1-20    Jn 1 : 1-10

    téléchargez la prédication : P-2010-12-25.pdf


    Chers Amis,
    Nous voici à nouveau devant ce récit de Noël de l'Evangile de Luc, ce récit de la naissance de Jésus, avec la crèche et la visite des bergers; ce récit premier de l'Evangile qui a été alimenté ensuite de toutes les légendes et de tous les contes que nous avons entendus, années après années; les ajouts avec le bœuf et l'âne, les rois mages et tous les personnages qui viennent porter des cadeaux ou leur simple présence comme dans les crèches provençales.
    Tous ces embellissements par rapport au récit premier, nous aident et nous trompent sur ce qu'est Noël ! Nous aident et nous trompent dans notre compréhension du sens de la venue de Jésus.
    Les contes nous aident à percevoir le caractère merveilleux, voir incroyable du cadeau de Dieu. Il nous donne son Fils, il vient habiter parmi nous. Cela doit être salué par un accueil digne de Lui, digne de ce don suprême.
    Aussi faut-il des histoires pour dire que toute le monde accourt à la crèche et vient avec un cadeau. Et il faut aussi que soit souligné que la richesse du cadeau n'est pas dans son prix ou sa beauté, mais dans le don intérieur, dans le don de soi qu'il implique.
    Et puis les contes soulignent la part divine, la part miraculeuse de cette naissance par les conversions, les guérisons, les transformations du cœur qui ont lieu à la vue de Jésus. L'avare devient généreux, le tyran devient compatissant, l'obscurité devient lumière.
    Tout cela nous amène à entrevoir le pouvoir transformateur de Jésus sur nous et sur notre être intérieur.
    Mais d'un autre côté, ces légendes peuvent aussi nous tromper sur ce qui se passe dans cette étable, ce qui se passe à ce moment entre Dieu et le monde.
    Tous ces cadeaux déposés devant la crèche masquent la pauvreté assumée et acceptée du Fils de Dieu qui naît pauvre et misérable dans une étable.
    Tout ce monde qui se presse pour voir l'enfant Jésus masque le fait que seuls quelques bergers appelés par les anges ont fait le déplacement. Cela masque les absents. Le Fils de Dieu débarque dans le monde, hors du champ des caméras, dans l'anonymat. Dieu vient sur terre incognito, personne n'est là.
    L'étoile, la joie, l'émerveillement masquent le fait que la vie de Jésus va être marquée par la persécution et le rejet, pour finir abandonné de tous. Il n'y a que quelques femmes au pied de la croix.
    Je ne veux pas gâcher la fête en soulignant le côté obscur du récit. Je souhaite seulement qu'on accepte ces deux faces et que nous pouvons les garder toutes les deux.
    C'est ce que l'Evangéliste Jean met en mot, lui qui ne met pas la naissance de Jésus en scène. Il résume le venue de Jésus en quelques mots qui reflètent les deux aspects que j'ai mis en évidence : "La lumière brille dans l'obscurité, mais l'obscurité ne l'a pas reçue." (Jn 1:5).
    Oui, Noël, c'est la venue de cette lumière divine dans notre monde obscur. Nous avons donc bien raison de fêter Noël et de fêter Noël un 25 décembre, au plus sombre de la nuit, là où les nuits sont les plus longues. Et nous avons bien raison de mettre des bougies, des illuminations dans la nuit, parce que Noël, c'est bien la lumière qui brille dans l'obscurité.
    Mais ce que nous voyons aussi, c'est que cette lumière n'est pas reçue, elle n'est pas reconnue ni acceptée. Au point que Noël devient une corvée pour les gens.
    Avez-vous vu les deux sondages parus simultanément mercredi dernier dans 24Heures et dans Migros Magazine ? Dans Migros Magazine la question posée était celle-ci : Vous réjouissez vous de fêter Noël ? Un tiers répond : Non (35%), un tiers répond : Bof ! (33%) et un tiers répond : Oui, j'adore ! (32%). Dans 24Heures, la question était : Pour vous, Noël, est-ce un plaisir ou une corvée ? Deux tiers des gens répondent : Une corvée (59%) et un tiers : Un plaisir (35%), 6% sans opinion.
    Dans ces deux sondages, seul un tiers des gens se réjouissent de fêter Noël !
    Aujourd'hui, l'obscurité ne reçoit pas la lumière. Ce qui devrait être une fête avec des retrouvailles en famille, des cadeaux et de la joie devient pour deux tiers de la population un jour de tensions familiales, un jour où le poids des dépenses est plus lourd ce celui du don, où la fête devient corvée.
    L'obscurité du récit de Noël est en train de reprendre le pas sur la lumière, sur la joie. C'est triste et c'est dommage. Cela montre que le combat pour la lumière est toujours d'actualité.
    L'étable était dans l'obscurité de la nuit, mais à l'intérieur brille la lumière divine. Et ce jour-là, les bergers sont venus — appelés par les anges. Ce matin, vous êtes venus, comme les bergers, pour voir cette lumière et vous réjouir de cette naissance de l'enfant Jésus.
    Vous êtes les bergers recueillis devant le Sauveur. Alors réjouissez-vous de cette lumière qui nous est donnée. Oublions un moment l'obscurité du dehors. Repoussons l'obscurité pour adorer la lumière divine qui nous est donnée.
    Jésus nous dit : "Je suis la lumière du monde." (Jn 8:12) et c'est cette lumière qu'il nous donne qui nous permet à notre tour de devenir lumière pour le monde, comme Jésus l'a dit dans le Sermon sur la Montagne : "Vous êtes la lumière du monde !" (Mt 5:14).
    Ce matin, laissons-nous baigner dans cette lumière divine, malgré l'obscurité du monde, pour nous réjouir de sa venue.
    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2010

  • Jean 20. Le don du souffle et de l'apaisement.

    23.5.2010

    Le don du souffle et de l'apaisement.

    Télécharger en pdf : P-2010-5-23.pdf

    Jér. 31 : 31-34      Jean 20 : 19-23

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,

    Cinquante jours après Pâques, nous fêtons la Pentecôte, la fête qui nous rappelle que Dieu nous donne son Esprit après le départ de Jésus à l'Ascension. Notre calendrier a été établi à partir des récits de Luc dans son Evangile et dans les Actes des Apôtres.

    L'Evangile de Jean ne se préoccupe pas de calendrier, mais de signification. Ainsi, comme nous l'avons entendu dans la lecture ce matin, Jésus donne l'Esprit saint aux disciples le premier jour, lors de sa première rencontre avec l'ensemble de ses disciples. Ce qui est important pour Jean, c'est de montrer le lien entre la résurrection et le don de l'Esprit. C'est le Christ ressuscité qui rencontre ses disciples et qui leur donne l'Esprit saint.

    Comment se passe cette Pentecôte pour l'Evangéliste Jean ? D'abord, il y a quelques mots sur la situation des disciples. Ils se sont rassemblés dans un local fermé, fermé à clé, verrouillé. Les disciples ont peur. Ils ont peur des autorités. N'étaient-ils pas comparses — il n'y a qu'un pas vers complices — d'un condamné à mort ? On pourrait s'en prendre à eux. Nous sommes le soir du premier jour de la semaine. Les disciples sont encore sous le choc de la mort, de l'exécution de leur maître. Ils sont en deuil. Aujourd'hui, on dirait qu'ils sont en état de choc post-traumatique. Un ensemble de personne qui ne sait pas quoi penser après les nouvelles bouleversantes et contradictoires des témoins : Jésus a été mis au tombeau le vendredi soir, on ne l'a pas retrouvé ce matin. Le tombeau était vide. Est-ce vrai ? Est-ce du déni ?

    Et ensuite voilà que — dans cette situation de confusion — Jésus se tient debout au milieu d'eux. On ne nous dit pas qu'il entre, ni qu'il surgit, ni qu'il apparaît. Il est là, au milieu d'eux, au centre de leur groupe. Au cœur de nos désarrois, au cœur de nos inquiétudes, de nos deuils, de nos malheurs, Jésus est là, il se tient au milieu de nous. Il salue et montre ses mains et son côté, comme pour dire : "Vos souffrances, je les porte dans mon corps, je suis vraiment avec vous."

    Jésus salue ses disciples en leur disant : "La paix pour vous." Je n'ai pas trouvé si c'était la façon ordinaire de dire bonjour à Jérusalem en ce temps-là, comme on dit "Salam aleikoum" en arabe aujourd'hui, en hébreu ce serait "Shalom lakhem." Mais comme Jésus répète cette même phrase encore une deuxième fois plus tard, je crois qu'il faut la prendre à la lettre. Jésus souhaite vraiment nous donner la paix, sa paix, le shalom, la plénitude de l'apaisement au cœur de nos turbulences et de nos épreuves.

    En fait, Jésus donne trois choses à ses disciples dans cette rencontre. Il leur donne la paix dans la salutation. Il leur donne l'Esprit saint quand il souffle sur eux. Et il leur donne une mission — il les envoie à leur tour — avec le pouvoir sur les péchés. La paix est le but final, le souffle est l'inspiration qui leur permet d'avancer vers ce but, et le moyen d'aller vers ce but est résumé dans le pouvoir de lâcher ou retenir les péchés.

    Dès qu'on parle de péché, il faut préciser et recadrer ! Jésus ne parle jamais du péché comme d'une faute morale, mais toujours comme d'une séparation, d'un éloignement des autres ou de Dieu. On a toujours mis l'accent sur la faute commise — qui peut effectivement nous séparer des autres, briser les relations. Mais souvenons-nous qu'il y a tout l'ensemble du mal subi, des malheurs, des épreuves qui nous mettent tellement à mal que cela perturbe aussi toutes nos relations.

    Pour mieux comprendre ce que Jésus donne comme pouvoir à ses disciples, je vais remplacer le mot "péché" par le mot "tension" (même si ce mot ne recouvre pas tout le champ du péché) parce que vous savez comme on peut empoisonner la vie des autres lorsque nous sommes sous tension, trop tendus.

    Jésus nous dit que lorsque nous lâcherons nos tensions, elles seront relâchées, mais que si nous gardons (maintenons, retenons) nos tensions, elles ne disparaîtront pas comme par enchantement. Nous avons-là un pouvoir et une responsabilité — en tant que chrétiens.

    Nous inspirer du Christ — recevoir son Esprit — c'est chercher la paix en nous libérant de nos tensions, en relâchant la pression, en nous et sur les autres. C'est la mission qu'il nous donne, qu'il nous confie : défaire nos tensions pour arriver à l'apaisement et communiquer cette paix autour de nous.

    Pour donner son Esprit à ses disciples, le texte nous dit que Jésus souffle sur eux. Dans la Bible, le même mot est utilisé pour dire l'esprit (ou Esprit), le souffle, voir le vent (RUa'H en hébreu et pneuma en grec). De tout temps, les spirituels ont lié l'Esprit et la respiration; et la respiration à l'apaisement.

    Prenez un instant conscience de votre position assise sur votre banc. Ces bancs en bois ne sont pas confortables. Je suis sûr que pour rester assis, il y a quelques-uns de vos muscles qui sont tendus, peut-être inutilement tendus. En respirant profondément, vous pouvez détendre tout ce qui est inutilement tendu en vous. Cet exercice sur le corps, nous pouvons aussi le faire pour notre âme ou notre vie.

    Au cœur de nos tensions, de nos difficultés, Jésus se tient-là, debout, pour nous apporter la paix. Il souffle sur nous, il souffle en nous son Esprit de paix pour que nos tensions puissent se relâcher et nous conduire à l'apaisement. Apprenons à accueillir ce souffle et cet apaisement.

    Amen