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n) Jean - Page 6

  • Jean 6. Qu'est-ce qui nous comble ?

    Jean 6

    27.4.2008
    Qu'est-ce qui nous comble ?
    Jn 6 : 3-13    Jn 6 : 24-29

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Si vous suivez l'actualité depuis quelques mois, vous aurez remarqué l'apparition d'un nouveau mot, et son utilisation de plus en plus fréquente — dans les journaux, chez les politiciens et maintenant chez les économistes — il s'agit de l'adjectif "durable." On est passé des énergies renouvelables au développement durable et — depuis mercredi, à l'assemblée générale des actionnaires de l'UBS — au "profit durable" !
    Ce mot "durable" signifie deux choses différentes, mais liées. Cela signifie le ras-le-bol du jetable, de l'éphémère, de ce qui se détériore et qu'on ne peut pas réparer, du gadget aussitôt usé et abandonné ou duquel nous sommes tout de suite lassés. On veut des choses qui durent, qui ne nous lâchent pas, qui nous accompagnent fidèlement dans la durée.
    Et puis, c'est le souci de la survie de notre planète. Nous n'en avons qu'une et nous devons la sauvegarder, pour nous et nos enfants, la faire durer, donc être plus justes dans notre utilisation des ressources, des matières premières, de la nature. Nous sommes appelés à changer nos comportements pour faire durer notre planète et ne pas la perdre.
    Nous sommes en train de devoir changer notre mentalité pour passer de l'instantané à la recherche de la permanence, de l'éphémère à ce qui conserve sa valeur. Mais cela ne sera pas suffisant si nous ne faisons ce changement que dans le monde matériel. Ce serait certes un progrès si nous nous mettons tous à promouvoir le développement durable. Mais cela n'empêchera pas de rester dans la course où nous serons tous perdant, à la fin, puisque nous sortons tous nus et sans possessions à la fin de notre vie.
    La vie ne peut pas avoir de sens satisfaisant en restant dans la consommation ou l'accumulation de biens. Qu'est-ce qui nourrit véritablement notre existence ? Qu'est-ce qui nous satisfait, nous comble, au fond ? Qu'est-ce qui peut résister aux tempêtes de la vie, tenir bon, rester en permanence, durablement ?
    Comme la foule qui cherche Jésus parce qu'il leur a donné du pain, nous sommes affamés. Nous passons le plus clair de notre temps à travailler, à ramer pour gagner suffisamment pour payer notre consommation de biens, d'objets, de loisirs.
    Là au milieu, Jésus nous dit : "Ne travaillez pas pour la nourriture qui se gâte" — pour des biens de consommation qui s'usent et qui nous lassent — "mais travaillez pour une nourriture qui dure et qui est source de vie véritable" (Jn 6:27) — pour quelque chose qui nous comble vraiment et que rien ni personne ne peut nous ôter.
    Là où Jésus nous place, nous ne sommes pas dans l'usage "durable" de la planète, nous sommes questionnés sur notre vie intérieure. Qu'est-ce qui nous comble ?
    On nous a habitué à chercher à l'extérieur la satisfaction de nos besoins, d'abord par la nourriture puis par les objets, ou la lecture, ou la musique, ou la télé, toutes sortes de façons de remplir notre temps, en croyant remplir notre vie.
    Qu'est-ce qui nous comble ? C'est la question de la foule à Jésus : "que devons-nous faire pour travailler à être comblés ?" Et Jésus répond : "Votre travail, c'est de croire en celui que Dieu à envoyé" c'est-à-dire en Jésus lui-même. Croire en Jésus, avoir confiance en Jésus, dans sa façon de vivre avec Dieu, dans sa façon de nous présenter Dieu.
    La clé, pour combler sa vie, c'est la confiance. La foule suivait Jésus pour remplir son estomac. Jésus l'invite à remplir sa vie pour être comblée. Mais alors, comment remplir sa vie de quelque chose qui nous satisfasse, qui nous comble et qui ne puisse jamais disparaître ?
    Première étape, c'est de prendre acte du vide ! Prendre conscience d'un manque fondamental. Découvrir qu'il y a en nous un besoin, un manque, une quête. Que nous cherchons à combler. S'avouer à soi-même le malaise, le vide, le manque.
    Deuxième étape, réaliser que ce vide, ce manque nous fait peur et qu'en réaction nous cherchons à le fuir, à l'éviter, à nous en détourner (lui tourner le dos, c'est le sens du mot "se divertir"). La plupart de nos comportements cherchent à remplir le vide avec tout ce qui nous passe sous la main. Cela explique la boulimie, les achats compulsifs, la mode etc. auxquels nous cédons tous. Il ne s'agit pas de se blâmer pour cela. Juste de constater. Tant que nous ne voyons pas cela, nous ne pouvons pas en sortir.
    La troisième étape, c'est de faire la liste de nos aspirations profondes. De quoi avons-nous besoin, fondamentalement. Est-ce de sécurité, d'attachement, ou plutôt de liberté, d'amour, d'intimité. Il est plus facile de chercher et de trouver lorsqu'on sait ce qu'on cherche !
    La quatrième étape c'est se mettre en marche dans cette quête. Pour cela nous avons besoin d'appui, d'aide. Nous avons d'un côté besoin d'un appui intérieur, d'une certitude : que nous sommes soutenus dans notre démarche. C'est là que la confiance en Dieu intervient. Acceptons que Dieu nous accompagne sur ce chemin de quête, faisons confiance qu'il nous accepte tels que nous sommes et nous entoure de son amour pour nous soutenir dans notre démarche. Cet amour est notre nourriture sur ce chemin et le but de notre voyage.
    Et puis nous aurons aussi besoin d'aide et de compagnonnage "extérieur", de personnes de confiance avec  qui cheminer et expérimenter. Nous ne voyons pas forcément combien nous avançons et il est précieux d'avoir des personnes qui puissent nous le dire et nous encourager, ou nous aider et nous soutenir dans les moments de découragement.
    Aidés par la prière et la louange, nous pouvons avancer et progresser dans la confiance de la découverte de l'amour infini de Dieu pour nous.
    Cet amour est fidèle (un ancien mot pour dire "durable"), il est solide, il est source qui vivifie et nourrit. Seul cet amour peut nous combler.
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2008

  • Jean 21. Reconnaître la présence de Jésus, de l'intérieur.

    Jean 21

    19.4.1998
    Reconnaître la présence de Jésus, de l'intérieur.
    Ezéchiel 36:24-28    Jean 21:1-14    1 Pierre 3:18-22


    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Nous vivons, dans le calendrier de l'Eglise : le temps pascal, qui va de Pâques à Pentecôte. C'est le temps entre la résurrection et l'ascension, un temps où Jésus est apparu à ses disciples. C'est le temps de la présence du ressuscité parmi les hommes.
    On pourrait s'attendre à des récits merveilleux, des retrouvailles fêtées, des discussions interminables sur les événements de Pâques. On pourrait s'attendre à ce que les disciples manifestent ces retrouvailles par de la vénération, par l'adoration, en se prosternant devant Jésus, etc.
    Les évangiles ne nous racontent rien de ce type. Jésus apparaît et c'est à peine si ses disciples finissent par le reconnaître ! Jésus apparaît comme s'il était transparent, quasi invisible. Dans ses apparitions, Jésus est comme incognito. On ne le reconnaît pas par les sens, la vue ou l'ouïe, on ne le reconnaît que par la foi, dans des événement quasi périphériques, par ce qui se produit dans la vie des disciples.
    Pas de discours, pas de nouvel enseignement de Jésus, seulement une présence discrète, par des paroles qui pourraient être dites par n'importe qui !
    — N'avez-vous rien pris cette nuit ?
    — Allez-y, recommencer, ça peut mordre.
    — Venez, partageons notre repas... etc.
    Dans ce récit de pêche, suivi d'un repas, l'évangéliste veut faire passer deux messages difficiles à tenir ensemble :
    1) la présence de Jésus apporte une dimension inouïe, extraordinaire à la vie quotidienne
    2) la présence de Jésus entre Pâques et l'ascension est vraiment très semblable à sa présence dans l'Eglise des années après l'ascension.
    Les récits d'apparition sont des récits sur la présence de Jésus auprès des disciples de tous les temps. Ils ne sont pas propre au temps de Jésus. Ils sont contemporains de tous les chrétiens. Finalement, ce que les disciples contemporains de Jésus ont vécu, nous pouvons le vivre aussi. Il n'y a pas eu un âge d'or d'abord, puis un âge, disons de plomb, maintenant. Non ! La présence de Jésus au bord du lac de Tibériade et sa présence aujourd'hui sont de la même qualité : l'extraordinaire dans le quotidien.
    Comme les disciples au bord du lac de Tibériade, nous avons à ouvrir les yeux et reconnaître la présence de Jésus dans notre univers quotidien.
    Un inconnu marche sur le rivage de notre vie, il nous demande :
    — alors, ça n'est pas bien allé ces derniers jours ? Que se passe-t-il ? Voulez-vous en parler ?
    — Allez, jetez le filet dans l'eau de votre vie et voyons ce qu'on va en retirer cette fois-ci !
    Il y a dans nos vies des moments de rencontre où l'on peut voir Jésus dans son interlocuteur.
    Cela m'est arrivé, mais je suis aussi embarrassé que l'évangéliste pour dire en même temps :
    1) l'extraordinaire que cela a apporté dans ma vie, d'être écouté et aimé de cette façon. Cela a valut plus que 153 poissons.
    2) dire aussi que tout cela a passé par des mots et des gestes qui restent complètement banals.
    Le surgissement de l'extraordinaire, c'est de voir tout à coup, avec les disciples, que ce Jésus est toujours présent et se manifeste à nous, de manière mystérieuse, mais réelle, sensible. Tout é coup, face à l'abondance de la pêche, face aux gestes du partage du pain, on peut se dire "Il est là, c'est le Seigneur !". La reconnaissance de la présence de Jésus ne provient pas d'un trait particulier de son visage ou de son corps — pas même ses mains ou ses pieds — la reconnaissance ne vient pas de la vue, de l'extérieur, la reconnaissance vient de l'intérieur, d'un sentiment, d'un ressenti particulier, lié à la qualité de la relation, lié à une impression de surabondance.
    Tout à coup, on sent cette présence par la transformation intérieure qui s'est faite en nous. "Aucun disciple n'osait lui demander "Qui es-tu?" car ils savaient qui il était" (Jn 21:12).
    "Ils savaient qui il était". La présence de Jésus incognito éveille quelque chose dans la vie intérieure du disciple, en nous. Cette présence rencontre un écho, touche un point sensible, ouvre en nous un espace nouveau.
    C'est probablement ce qu'exprime le prophète Ezéchiel lorsqu'il parle de la promesse de Dieu de rassembler son peuple et de lui donner un coeur nouveau, un coeur réceptif.
    Ce Jésus qui a vécu parmi nous, qui a souffert, qui est mort et ressuscité, ce Jésus est là encore aujourd'hui auprès de nous pour toucher et transformer nos vies et nos coeurs.
    Proche de nous dans nos nuits, il nous invite à jeter le filet dans la mer de nos vies, pour en sortir l'abondance qui s'y trouve et la partager les uns avec les autres, comme le poisson et le pain rompu et partagé sur la plage avec Jésus.
    Amen.
    © Jean-Marie Thévoz, 2008

  • Jean 4. La samaritaine découvre la présence divine qui émane de Jésus

    Jean 4

    2.3.2008
    La samaritaine découvre la présence divine qui émane de Jésus
    Jn 4 : 5-15    Jn 4 :16-26 +28-30    Jn 4 : 39-42


    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Jésus a rencontré une femme au bord du puits de Jacob et c'est toute la vie d'un village qui a été transformée !
    On dit que l'Evangile de Jean raconte moins de miracles que les autres Evangiles. Je dirais que Jean est plus sensible aux transformations humaines, aux changements dans les relations et c'est pourquoi il nous rapporte davantage de discours et de rencontres de Jésus que de guérisons "miraculeuses." Jean s'efforce de s'éloigner du "surnaturel" pour approcher davantage le "divin" qui émane de la présence de Jésus. Et c'est bien ce "divin", cette "présence divine" qui est à l'œuvre dans ce dialogue avec la Samaritaine.
    Nous avons entendu ce dialogue en trois sections, en trois étapes qui montrent l'évolution de la relation avec Jésus et la transformation des personnages.
    A. La première étape de la rencontre est marquée par les barrières sociales. La venue solitaire de cette femme, à midi, auprès du puits de Jacob est étrange. Ce n'est pas une heure habituelle pour venir puiser de l'eau. Le puits est un lieu de rassemblement où l'on vient se voir, échanger des nouvelles, si ce n'est des cancans. Donc, les femmes s'arrangent pour y venir à un même moment pour se retrouver entre elles.
    Cette femme fuit donc la compagnie des autres. Elle est exclue du village, ou bien elle s'en exclu en venant puiser de l'eau à midi. Isolement. Deux autres barrières sont mentionnées dans le texte : "les juifs n'ont pas de relations avec les samaritains" et les disciples sont tout étonnés de trouver Jésus parlant à une femme. Tout était en place pour que la rencontre n'ait pas lieu, mais Jésus ne tient pas compte de ces barrières, il s'adresse sans arrière-pensée à cette femme, samaritaine, isolée, peut-être exclue.
    Le dialogue d'engage sur une demande de Jésus qui donne à cette femme une position égale, voire même supérieure à celle de Jésus. Jésus se pose en demandeur dépendant du bon vouloir de la femme. Mais la femme doute de cette bienveillance. Elle n'arrive pas à croire à la bonne foi de Jésus, elle se méfie : "où est le piège ?" Et quand Jésus lui dit qu'il pourrait lui offrir mieux que Jacob, mieux que l'eau du puits, elle doute encore plus : "Es-tu plus grand que Jacob ?".
    B. En plus des barrières sociales, la femme dresse quelques barrières intérieures. La deuxième étape, pour Jésus, va être de mettre le doigt sur ces barrières intérieures, sur ces jugements intérieurs que la femme s'inflige à elle-même. D'où cette demande de Jésus qu'elle aille chercher son mari.
    Comment Jésus a-t-il eu cette intuition ?  Rien dans le texte ne nous l'indique, mais il touche juste. C'est bien le statut marital de la femme qui fait qu'elle se juge indigne, ou méprisable, et qu'elle ne se mêle pas aux autres femmes — ou encore qu'elle se sent trop blessée par les regards ou les commentaires des autres femmes.
    Jésus relève le fait — simplement comme un fait— sans y assortir aucun jugement, si ce n'est d'approuver qu'elle lui dise la vérité. Cet accueil non-jugeant de cette femme par Jésus fait tomber sa peur, sa méfiance, ses doutes ! Elle ne voit plus en Jésus un juif ennemi. Elle peut maintenant reconnaître en lui un prophète, un clairvoyant investi par Dieu. Elle est touchée par l'émanation du divin en Jésus, ce qui l'amène à poser la question du juste lieu où se trouve la présence divine.
    Remarquez que cette question vient du fait qu'elle sent en Jésus cette présence mystérieuse de Dieu et que cette Présence l'a touchée précisément au moment où Jésus se retient de tout jugement !
    La femme témoigne de sa découverte du divin en Jésus par ces mots : "Il m'a dit tout ce que j'ai fait." Jésus n'escamote pas ce que la femme a vécu, il ne le minimise pas, il ne cache rien, tout est mis sur la table et peut être vu, regardé, exposé, mais sans jugement. Et la femme peut se réapproprier son vécu, tel quel, et cela la fait avancer dans sa foi, dans sa découverte du "mystère Jésus" : "Ne serait-il pas le Messie ?"
    C. Dans la troisième étape, cette femme est mise en mouvement, elle retourne dans son village et se met à parler à tout le monde de son expérience d'avoir été touchée par le divin. "Il m'a dit tout ce que j'ai fait." Tout le village devait le savoir ! Elle en avait eu honte. Le village lui en voulait probablement. Mais là, plus de honte, le sujet n'est pas son comportement, mais le fait que ce Jésus a tout compris d'elle que ce Jésus l'a acceptée telle qu'elle est, que ce Jésus ne l'a pas jugée, ne l'a pas exclue.
    Cela a pour effet que les villageois la réintègrent à leur communauté, elle fait à nouveau partie du village et tous les villageois veulent en savoir plus sur cet homme de qui émane une présence divine.
    Jésus reste avec eux deux jours et il leur parle. On aimerait bien savoir quelque chose de leurs échanges. Ce qu'on lit dans le texte, c'est que la présence divine qui émane de Jésus se manifeste aussi auprès des villageois, puisqu'ils vivent la même transformation, le même chemin de foi que la samaritaine : ils passent des "on-dit" à une confession de foi. Ils passent de l'écoute du témoignage de cette femme à une rencontre véritable avec Jésus. "Maintenant, nous ne croyons plus seulement à cause de ce que cette femme a raconté, mais parce que nous l'avons entendu nous-mêmes et nous savons qu'il est le Sauveur du monde." (Jn 4:42)
    Cette présence de Jésus est véritablement une source jaillissante qui renouvelle nos vies. Sa parole, lue, partagée, priée est source de sa présence en nous aujourd'hui. Le pain et le vin que nous allons partager est la présence dont il nous nourrit aujourd'hui.
    Goûtons à cette divine présence, de sorte à aller ensuite la porter à tous ceux qui croiserons nos pas et toute la vie du village pourra en être transformée.
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2008

  • Jean 15. Donner de l'amour — pas n'importe lequel — à nos enfants

    Jean 15

    2.9.2007
    Donner de l'amour — pas n'importe lequel — à nos enfants
    Ga 5 : 22-26    Jn 15 : 9-13


    Chères familles, chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Ces baptêmes ont été accompagnés et nourris d'une part d'un texte sur l'amour entre parents et enfants / enfants et parents et d'autre part par un verset biblique choisi pour E. : "Le fruit de l'Esprit est : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi." (Ga 5:22-23)
    Personne ne s'étonne que l'amour soit au cœur de la relation parents-enfants (en tout cas tant que les enfants sont petits). L'amour est aussi au centre de la relation entre Dieu et les êtres humains. Le christianisme est entièrement centré sur la notion d'amour, un amour qui circule entre Dieu et Jésus, un amour que Dieu éprouve pour tous les humains. Un amour que Dieu met au centre de ses commandements : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu" (Dt 6:5); "Aime ton prochain comme toi-même" (Luc 10:27); "Aimez-vous les uns les autres, comme je vous aime" (Jn 15:12); "Dieu est amour" (1 Jn 4:8); "Le fruit de l'Esprit, c'est l'amour…" (Ga5:22).
    Et pourtant à voir comment va le monde, on ne peut pas dire que l'amour soit au centre, soit le moteur de nos comportements ! En fait, l'amour est bien plus difficile à vivre qu'on ne le pense. En fait, une multitude de comportements se travestissent derrière ce vocabulaire.
    Il y a des "je t'aime" qui veulent dire "aime-moi" aussi bien que "je vais te dévorer." Il y a les "si tu m'aimais vraiment, alors…" — je vous laisse compléter la phrase — qui ne sont que des formes de chantage ou de manipulation. Il y a des "j'aimerais être aimé(e)" paralysé par la peur. Il y a des "on ne peut pas m'aimer" découragés voir désespérés.
    Combien de personnes ne peuvent pas se laisser aimer ? Le mécanisme est souvent assez simple, mais très retort : La personne est sûre qu'elle a un défaut intérieur qui la rend impossible à aimer. Celui qui lui dirait "je t'aime" ne peut pas être cru ou crédible tant qu'il ne connaît pas ce redoutable défaut. Mais celui qui le connaîtrait ne pourrait définitivement plus l'aimer. Mieux vaut donc refuser d'être aimé(e) plutôt que dévoiler son secret.
    L'amour commence donc par l'acceptation de soi-même, l'acceptation de la possibilité d'être aimable, puis l'acceptation d'être effectivement aimable puisque déjà aimé. C'est ce que Dieu nous affirme (et nous rappelle dans le baptême) : je t'aime avant que tu en sois conscient.
    Se savoir aimé ouvre les portes à aimer les autres. Aimer ceux qu'on trouve aimables dans un premier temps. Puis — c'est une grande étape sur le chemin de la sagesse et de la croissance personnelle, trouver aimables ceux que l'on croise dans la vie, de sorte à pouvoir aimer tout le monde… Mais peut-on aimer tout le monde ? (C'est ce dont nous parle la parabole du bon samaritain, Luc 10).
    Là, il est important de regarder un peu le vocabulaire. Notre langue française est assez pauvre. On dit aussi bien "aimer son conjoint" que "aimer la salade" ce qui embrouille les choses. La langue du Nouveau Testament, le grec, connaît trois mots principaux pour dire "amour."
    Le premier mot est "eros" qui veut dire désirer, désirer prendre, désirer s'accaparer, posséder. C'est l'amour possessif, autant celui de l'avare que celui de l'amant.
    Le deuxième est "philo" qui est l'attachement émotionnel, l'amour-affinité, l'amitié, l'intérêt pour quelque chose. C'est un amour où l'on partage un même goût. Vous connaissez les philatélistes qui collectionnent les timbres-poste, les colombophiles qui élèvent des pigeons ou la philosophie qui est l'amour de la sagesse ou de la pensée.
    Enfin, le terme le plus fréquent dans le Nouveau Testament est le mot "agapè" qui est l'amour altruiste, c'est-à-dire l'élan vers l'autre pour répondre à ses besoins à lui. L'amour qui fait grandir l'autre, qui donne de l'espace à l'autre, qui lui permet de devenir lui-même.
    La Bible reconnaît l'existence de ces trois formes d'amour, elle n'en disqualifie aucune, mais elle nous avertit que ces trois formes d'amour n'ont pas les mêmes destinataires, ni les mêmes rôles, ni les mêmes origines.
    L'amour-désir est destiné au conjoint et ne doit pas être dirigé vers ses enfants, cela mènerait à l'inceste.
    L'amour-affinité intervient quand les parents jouent à des jeux avec leurs enfants. Et il faut de la complicité et de la joie dans les relations parents-enfants, mais pas seulement.
    L'amour nécessaire dans l'éducation, c'est de l'amour-agapè, c'est-à-dire la préoccupation prioritaire du développement de l'enfant. Si le parent qui doit dire "non" à l'enfant pour parer à un danger a peur de ne plus être aimé de son enfant et renonce, ce parent veille à son bien être personnel et pas à celui de l'enfant. Il ne l'aime par pour lui-même, mais pour soi, pour ce qu'il reçoit de son enfant, il est dans l'amour-affinité, pas dans un amour altruiste et nuit à son enfant.
    Lorsque Jésus dit : "Je vous aime comme le Père m'aime" puis "aimez-vous les uns les autres comme je vous aime" il décrit la juste circulation de l'amour qui est celui de la cascade d'eau dans la fontaine romaine. L'eau de la vasque supérieure s'écoule dans la vasque intermédiaire puis dans le bassin.
    C'est aux parents qu'il revient de donner de l'amour à leurs enfants. Si les parents ont besoin d'amour, ce qui est bien compréhensible, ils ont à le chercher en dessus d'eux-mêmes, chez leurs parents ou auprès du Père qui est dans le ciel.
    Qu'en est-il de l'origine de ces formes d'amour ? Si l'amour-désir est le fruit du corps, de la pulsion de survie, si l'amour-affinité est le fruit du cœur, de l'élan social, l'amour-agapè est le fruit de Dieu, le fruit de l'Esprit et répond à une aspiration spirituelle.
    Dans son langage imagé, Jésus avait dit, dans l'Evangile de Jean, avant le passage que nous avons entendu sur l'amour : "Je suis le cep et vous êtes les sarments" (Jn 15:5). Une façon de nous dire que nous avons besoin d'être reliés à la sève de la vie pour donner la vie à nos enfants, d'être reliés à la source de l'amour, pour donner à nos enfants cet amour qui fait grandir.
    Ne laissons pas dépendre notre vie et notre amour de la pluie et du beau temps, plaçons-nous sous la cascade de l'amour de Dieu pour que notre fontaine soit abondamment alimentée et que cet amour puisse rejaillir sur nos enfants. De cette façon, ils pourront grandir et s'émerveiller de la beauté de la vie.
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2007

  • Jean 6. Jésus appelle la foule qui cherche du pain à chercher à "être" plus qu'à "faire".

    Jean 6

    1.9.2002
    Jésus appelle la foule qui cherche du pain à chercher à "être" plus qu'à "faire".
    Es 55 : 1-4    Rm 12 : 9-18    Jn 6 : 22-29

    La foule qui a été nourrie de pains et de poissons par Jésus se met à sa recherche, le lendemain. Peut-être — pense-t-elle — y a-t-il occasion, en le retrouvant, d'être à nouveau nourrie gratuitement. Alors la foule cherche Jésus. Mais Jésus est parti après ses disciples sur l'autre rive du lac. La foule cherche Jésus et cherche à savoir comment il a pu passer sur l'autre rive.
    Ce récit illustre la recherche des humains. Dans notre vie, ne sommes-nous pas tous à la recherche de quelque chose ? Que recherchons-nous — au fond — dans la vie ? Notre quotidien est plein de petites recherches — aussi nécessaires qu'envahissantes ! Comme la foule, nous nous demandons : "Qu'allons-nous manger ?" Pas tellement : " Aurons-nous à manger ?" que "Qu'y aura-t-il ou que mettre au menu ?"
    Nous avons aussi d'autres recherches : Comment avancer dans son travail ? Qui inviter chez soi ? Que faire tel soir pour s'occuper ? Que cherchons-nous lorsque nous allumons la TV, ou choisissons une vidéo à louer ?
    En quoi notre choix contribue-t-il à nous rendre heureux, à nous satisfaire ? Est-ce que cela nous satisfait d'ailleurs ou est-ce que cela nous divertit juste un moment de nos soucis ? Je ne cherche pas à poser des jugements sur telle ou telle activité, je m'interroge aussi moi-même sur mes choix, sur mes occupations, ce que j'y cherche et ce que j'y trouve ! De temps en temps quelque chose vient remplir une de nos aspirations, nous avons trouvé quelque chose qui nous fait du bien et nous essayons de ne pas la perdre, de la rechercher davantage.
    La foule avait tout à coup trouvé une satisfaction dans le pain reçu de Jésus et essaie de le suivre, de ne pas le perdre. Mais voilà qu'il a disparu. Les gens mènent l'enquête et finissent par le retrouver de l'autre côté du lac. "Mais où étais-tu passé ? Comment es-tu arrivé là ?" demandent les gens à Jésus.
    Ils se rendent bien compte qu'il y a en Jésus un aspect mystérieux, c'est un faiseur de miracles, il se déplace bizarrement, c'est un homme à ne pas lâcher. Mais Jésus se rend compte que les gens le suivent pour de mauvaises raisons. Jésus a peut-être l'impression qu'il les trompe s'il les laisse croire qu'il est venu pour les soulager des tâches ménagères et du travail. S'il les a nourris, ce n'est pas pour qu'ils abandonnent le travail et leurs maisons, c'est pour leur délivrer un message qui vient de Dieu.
    Jésus n'est pas venu pour faire croire aux gens que la vie pratique serait plus facile, que nous serions débarrassés des corvées, voire des souffrances de l'existence. Il est venu nous dire — de la part de Dieu — que l'essentiel de la vie se trouve ailleurs, et qu'il ne faut pas épuiser ses forces dans le périssable, le provisoire ou l'éphémère.
    A travers la multiplication des pains, Jésus veut donner un signe visible qui nous parle d'une réalité invisible mais primordiale. Il existe une réalité qui ne s'autodétruit pas, une réalité durable qui peut nous combler. La multiplication des pains nous renvoie à cette promesse d'Esaïe :

    "A quoi bon dépenser de l'argent pour un pain qui ne nourrit pas, à quoi bon vous donner du mal pour ne pas être satisfaits ? Si vous voulez m'écouter, vous aurez à manger quelque chose de bon, vous vous régalerez de ce qu'il y a de meilleur. Accordez-moi votre attention et venez jusqu'à moi. Ecoutez-moi, et vous revivrez." (Es 55:2-3).
    Il y a une nourriture qui nourrit, qui satisfait, qui ne nous laisse pas sur notre faim. Jésus attire l'attention de la foule — et la nôtre — sur le risque de se laisser complètement envahir par le souci quotidien de nos recherches routinières et de manquer l'essentiel de la vie. Il nous invite à chercher ce qui est durable, ce qui ne peut jamais nous être ôté, et cela n'est pas de l'ordre du matériel.
    Jésus oppose ce qui est périssable, mortel, voué à la destruction, à ce qui est porteur de vie, à tout jamais, pour toujours, ce qui est durable, ce qu'on traduit généralement par "éternel".
    La foule comprend cela et demande alors à Jésus : "Comment s'y prendre ? Que devons-nous faire pour y avoir accès ?" Et Jésus répond simplement : "Croyez en celui qui m'a envoyé" (Jean 6 : 29). Réponse simple, trop simple peut-être et qui nous laisse sur notre faim ! Nous demandons "Que faut-il faire ?" Et Jésus répond "Il n'y a rien à faire, il faut être, être dans une relation de confiance avec Dieu!"
    Dans la vie quotidienne, nous passons notre temps à faire des choses, et tout ce qui est fait de nos mains peut être défait. Jésus nous invite alors à être, parce que l'être est ce qui s'oppose au néant et à la mort. Etre soi-même, être face à Dieu, être sous le regard bienveillant de Dieu, être dans un état de confiance face à Dieu. Voilà le chemin qui nous est ouvert, vers la paix, vers une satisfaction durable de nos aspirations. Dieu nous invite à être et à faire croître notre être en sa présence, pour soi et pour ceux qui nous entourent.
    Souvent, ce sont les événements tragiques de la vie, une maladie, la perte de son travail ou un deuil qui nous replacent devant les choix essentiels. N'attendons pas ces moments tragiques — qui sont le plus souvent remplis de regrets — pour développer notre être et passer du temps avec nos proches. Prenons le temps, dès maintenant, pour entendre l'appel de Jésus à être et à faire confiance.
    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2007

  • Jean 15. "Demeurez dans mon amour"

    Jean 15

    28.5.2000

    "Demeurez dans mon amour"

    Ex 20 : 1-17    1 Jean 4 : 7-10    Jean 15 : 9-17


    L'évangile de Jean est rempli de très beaux textes, qui sonnent bien, qui nous parlent avec des mots simples, mais qui se révèlent — à la relecture — assez difficiles à comprendre. On dirait que Jean joue à faire le plus de phrases possibles avec les mêmes mots, mais dans un ordre différent. Pourtant, il est clair que Jean veut nous faire connaître la pensée de Jésus, son message, sa révélation !
    Dans le passage que nous avons entendu, le fil conducteur c'est "Demeurez dans mon amour" (Jn 15:9). "Demeurez / restez dans mon amour" est pour l'évangéliste Jean la clé de la vie chrétienne, ce qui différencie le chrétien de toute autre personne, ce qui différencie le christianisme de toute autre religion.
    Demeurer dans l'amour de Jésus, ou du Père, est en même temps une situation passive et une attitude active. Le premier mouvement, l'initiative vient de Dieu. C'est lui qui nous aime en premier lieu, nous n'avons qu'à accepter cet état de fait, nous ne pouvons rien faire, ni pour ni contre cela. Ni nos mérites, ni nos fautes ou nos malheurs ne peuvent rien changer à cet acte divin. Dieu à choisi de nous aimer et de nous le dire !
    Ensuite, seulement, vient notre réponse et notre engagement qui sont d'obéir aux commandement de Jésus. "Si vous obéissez à mes commandements, dit Jésus, vous demeurez dans mon amour, comme moi, j'ai obéi aux commandement de mon Père et que je demeure dans son amour" (Jn 15:10).
    Jésus nous a précédé dans cette obéissance, il nous en a ouvert le chemin, il l'a rendue possible, accessible. Il faut bien voir ici le lien entre l'obéissance aux commandements et le fait de "demeurez dans l'amour de Dieu". On ne peut pas douter que Jésus demeurait dans l'amour de Dieu. Il faut prendre la mesure de ce que cela signifie. Rester dans l'amour de Dieu comme Jésus l'a fait, c'est être resté en bonnes relations, en communion étroite avec Dieu. C'est aussi, pour Jésus,  être resté fidèle à lui-même, authentiquement lui-même, avoir préservé et développé sa véritable identité, son être essentiel. Tout cela a été possible pour Jésus au travers de son obéissance.
    C'est très important, voyez-vous, parce qu'aujourd'hui, l'obéissance a été jetée aux orties. L'idée de loi, d'une loi à respecter est devenue quasiment caduque, complètement ringard. On en voit l'effet sur notre société actuelle.
    Deux choses sur la loi et l'obéissance à la loi. D'abord, dans la Bible, il est toujours affirmé que la loi est bonne. Le décalogue est donné par ce Dieu libérateur qui a sorti son peuple de l'esclavage en Egypte. Ce n'est pas pour le soumettre à un nouvel esclavage. La loi est au contraire le garant de la durée de cette libération.
    Ensuite, c'est le Dieu d'amour qui donne la loi. Celui qui comprend que le don de la loi est un acte d'amour n'a plus de problème avec l'obéissance à la loi. Certes, la loi peut être utilisée de manière perverse, comme un moyen d'oppression, pour exercer une tyrannie, et cela s'est vu. Jésus — dans tout son enseignement — s'est battu contre l'emploi tyrannique de la loi et en faveur de la loi qui libère et qui protège. Voyez ses controverses à propos du sabbat, notamment contre l'interdiction de guérir un jour de sabbat. C'est pourquoi Jésus spécifie qu'il a obéi et qu'en conséquence il est resté dans l'amour du Père.
    C'est pourquoi, aussi, il spécifie qu'il ne nous considère pas comme des serviteurs, mais comme des amis. Les serviteurs, les esclaves ou les subordonnés doivent obéir, exécuter des ordres sans comprendre, ce sont des marionnettes ou des robots. Au contraire, les amis, les égaux, les collaborateurs n'exécutent que ce qu'ils comprennent — en conséquence — ils peuvent accepter des tâches pénibles ou difficiles puisqu'ils en reconnaissent la visée et la pertinence.

    "Je vous appelle mes amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j'ai appris de mon Père" (Jn 15:15).
    Nous sommes dans le secret. Nous sommes au courant, informés de la visée des commandements de Dieu et de Jésus. Notre obéissance n'est pas une soumission, mais une adhésion, parce que nous trouvons bon le fait et le résultat de la loi, du commandement.
    La révélation de l'Evangile, la Bonne Nouvelle, est venue au travers de l'enseignement de Jésus qui nous dit la vraie nature de Dieu : "Dieu est amour" (1 Jn 4:8). Il nous dit par conséquent la vraie nature de la loi, sa vraie visée : rendre possible l'amour entre tous les humains, d'où le commandement de Jésus "Ce que je vous commande, donc, c'est de vous aimer les uns les autres" (Jn 15:17).
    La révélation de la bonne Nouvelle est venue au travers de la vie et de la mort de Jésus, parce qu'il a mis en acte cet amour en révélant la nature du mal. Le mal, c'est la lutte, la guerre des uns contre les autres pour des choses matérielles ou pour le pouvoir, la domination. Cette lutte, cette compétition était déjà signalée dans le dernier des dix commandements "Tu ne convoiteras rien de ce qui appartient à ton prochain" (Ex 20:17) car cette envie qui met deux désirs symétriques en compétition est l'amorce de toutes les violences.
    Par sa vie, par sa mort, le Christ a montré comment chacun pouvait renoncer à cette quête de biens ou de pouvoir qui conduit à la mort. "Demeurez dans l'amour du Christ", vivre dans cet amour, c'est adhérer librement au commandement d'amour qui nous dit de renoncer à cette avidité qui détruit toute relation. Ce renoncement à la violence du monde — une violence tellement évidente aujourd'hui — est l'obéissance que Jésus nous demande, une obéissance qui ne vas pas nous laisser démuni puisque Jésus nous dit : "Ainsi, le Père vous donnera tout ce que vous lui demanderez en mon nom" (Jn 15:16).
    Apprenons donc, chaque jour, à marcher dans les pas du Christ — loin de toute violence — pour demeurer dans son amour.
    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2007

  • Jean 16. "Il est avantageux pour vous que je parte"

    Jean 16

    3.5.98

    "Il est avantageux pour vous que je parte"

    Jérémie 7 : 21-28    Jean 14 : 12-18    Jean 16 : 4-11


    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Lors de mes visites après d'habitants de Bussigny, je rencontre — et cela n'a rien d'étonnant — une grande diversité d'opinionS sur la présence de Dieu dans le monde.
    Le même jour de cette semaine, une personne me disait : "Face à tant d'injustices, sur cette terre, il m'est impossible de croire à l'existence de Dieu". Mais une autre me disait quelques instants plus tard : "Dieu est toujours présent dans ma vie, je le sens, je le ressens, il est comme une lumière sur ma route".
    Dieu est absent du monde pour l'un, présent à le sentir pour l'autre. Qui a raison ? Qui est le plus raisonnable, qui est le plus fou ? Là n'est pas la question. La question est plutôt de savoir comment l'absent peut-il être présent !
    Dans l'Evangile de Jean, Jésus ne cesse d'expliquer aux disciples qu'il va les quitter, qu'il va partir. Cela remplit les chapitres 14, 15 et 16, au point qu'on les appelle "Les discours d'adieu." Ces chapitres sont des réflexions théologiques sur des questions qui préoccupaient les premières Eglises. Le Jésus qu'ont connu les disciples n'est plus présent en chair et en os. Comment la deuxième génération, et les suivantes, peuvent-elles continuer à vivre son absence et sa présence ? C'est aussi notre question : Jésus n'est plus là, mais nous proclamons qu'il est vivant et qu'il est présent dans nos cultes, dans nos vies, dans le monde.
    Il a donc fallu se dégager de l'idée que nous avions besoin du Jésus terrestre, de l'idée que les Douze disciples avaient plus de chance (de croire) que ceux qui viennent après eux, que nous. C'est ainsi que Jésus va dire cette phrase étrange (au moins pour les disciples) : "Il est avantageux pour vous que je m'en aille" (Jean 16:7).
    A. Il est vrai qu'il y a trois avantages pour le croyant. Le premier avantage se situe dans l'espace/temps. La personne historique du Jésus terrestre — parcourant les routes de Palestine au 1er siècle de notre ère, donc localisée dans le temps et l'espace — est remplacée par ce que Jean appelle le Paraclet et que les autres rédacteurs du Nouveau Testament appellent le Saint-Esprit.
    Le Paraclet est le successeur de Jésus après des croyants, mais il est identique au Christ.  En effet, le texte dit "Le Père vous donnera un autre Paraclet" (Jean 14:16) Jésus étant le premier Paraclet. Paraclet signifie littéralement "celui qu'on appelle au secours de quelqu'un". La racine latine de même construction est ad-vocatus, l'avocat, celui qui prend la défense de quelqu'un. D'où l'idée de défenseur ou de consolateur. Le premier avantage est donc le passage du plan historique au plan universel ou cosmique. Le Paraclet, ou Saint-Esprit, peut être présent partout et dans tous les temps.
    B. Cela conduit au deuxième avantage. Il est mis en avant spécialement dans l'Evangile de Jean, de par sa forme d'écriture, de rédaction, de construction.
    On ne peut saisir le sens de la venue de Jésus dans le monde qu'à reculons, à partir des événements de Pâques. Ce n'est qu'un fois la mission de Jésus terminée qu'on comprend (a posteriori) le sens de chacun de ses gestes. (Comme dans un bon roman policier où tous les éléments mis en place petit à petit, mais apparemment sans lien, prennent tout à coup sens dans les dernières pages avec la clé de l'énigme).

    Ainsi les disciples qui ont vu le travail de Jésus avant Pâques étaient dans l'impossibilité de comprendre ce qui se passait et qui il était ! C'est le travail du Paraclet de leur remémorer ce qui s'était passé et De leur enseigner le sens de tout cela. Aujourd'hui, nous ici à Bussigny, nous profitons de ce travail de remémoration et d'enseignement. Nous avons les évangiles et la Bible pour connaître et comprendre. C'est notre privilège de disposer de l'Ecriture. C'est un grand privilège par rapport aux disciples directs. Alors, profitons-en pour lire la Bible, comprendre et croire.
    C. Le troisième avantage est lié aux deux premiers. D'abord Jésus est devenu universel par la venue du Paraclet. Ensuite il est devenu accessible à tous par la Parole contenue dans l'Ecriture sainte. Enfin, le départ de Jésus, extérieur à nous, ouvre la voie à la présence du Paraclet en nous.
    La relation à Dieu ne passe plus par des marques externes (représentées traditionnellement par le Temple), mais par une vie intérieure (ce que Jean appelle le culte en esprit dans son dialogue entre Jésus et la Samaritaine (Jean 4 : 23)). C'est pourquoi Jésus peut affirmer à propos de l'Esprit : "vous le connaissez, car il demeure auprès de vous, et il est aussi en vous." (Jean 14 : 17). Il y a une intériorisation de la relation à Dieu. Notre quête de Dieu n'a pas à se tourner vers l'extérieur, vers le monde, mais vers l'intérieur. Nous avons à chercher celui qui habite en nous.
    Déjà le prophète Jérémie s'élevait contre les signes extérieurs de la religion pour inviter à un retour à l'écoute de la voix de Dieu. Ecouter la voix de Dieu — ce que Calvin appelait "le témoignage intérieur du Saint-Esprit" — c'est abolir en nous les obstacles à la présence du Paraclet. C'est ouvrir une brèche où puisse souffler l'Esprit, par l'écoute de sa Parole et la prière; la prière étant le temps et l'espace qu'on se donne pour accueillir Dieu.
    Dieu — présent ou absent — de nos vies, c'est notre choix, notre responsabilité. Il est là, présent en nous, il nous habite, il est prêt à nous donner ce que nous demandons, il est disposé à nous prendre à son service pour que nous puissions faire ce que Jésus a fait et plus encore : "En vérité, en vérité, celui qui croit en moi fera lui aussi les oeuvres que je fais : il en fera même de plus grandes, parce que je vais au Père."
    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2007

  • Jean 13. Jésus prend la place du plus humble.

    Jean 13

    11.3.2007

    Jésus prend la place du plus humble.

    Marc 14 : 12-17    Marc 14 : 18-25    Jean 13 : 1-14

    Chères paroissiennes, chers paroissiens, chers catéchumènes et parents,

    Nous vivons le temps de la Passion — du Carême — c'est-à-dire le temps — après mardi gras jusqu'à Pâques — où nous retraçons les événements qui ont conduits au procès et à l'exécution de Jésus sur la croix. A Pâques, nous fêterons sa résurrection. Pendant ce temps de la Passion, Jésus a enseigné et vécu des moments forts avec ses disciples, les 12 compagnons qu'il a choisis pour l'accompagner dans ce parcours.
    L'enjeu de cet enseignement et de ces signes c'est que les disciples comprennent ce qui arrive à Jésus, une fois que tout sera accompli. L'enjeu, c'est que les disciples comprennent le sens de la mort de Jésus. Aussi Jésus les prépare-t-il.
    Les lectures bibliques nous rapportent deux événements qui prendront leur sens après la mort de Jésus : le lavement des pieds des disciples et le dernier repas, qu'on appelle la sainte cène. Je les prends ensemble, parce que l'Evangéliste Jean place précisément le lavement des pieds à l'emplacement où les autres Evangélistes placent la sainte cène. En effet, dans les deux récits sont intercalés l'annonce de la trahison de Judas et l'interrogation des disciples pour savoir s'il s'agit d'eux-mêmes et se passent le jour avant le jugement et l'exécution de Jésus.
    Ce repas du soir est le moment choisi par Jésus pour faire connaître — par un signe, un geste concret — que son destin, qui va basculer dans les heures qui suivent, n'est pas le produit du hasard, mais un événement qui a du sens, qui a une portée, un effet sur chaque personne qui va entendre parler de Jésus et de sa mort.
    Par ces gestes, le lavement des pieds et la sainte cène, Jésus nous montre qu'il choisit cette voie, ce destin. Il n'est pas une victime qui n'y peut rien et qui va subir ce qui va lui arriver. Jésus choisit d'affronter le tribunal, il choisit d'affronter la mort, il choisit d'affronter l'injustice du monde, il choisit cela parce qu'il sait que cela va transformer les humains et le monde.
    Et c'est vrai que depuis ce moment-là, il y aura toujours des chrétiens pour dénoncer les injustices,  les crimes et les violences des puissants.
    Par ces gestes, le lavement des pieds et la sainte cène, Jésus nous montre que la voie qu'il suit est celle de l'abaissement. Il choisit de se mettre au niveau du plus petit, du plus humble, de celui qui n'a aucun droit, de celui qui n'a aucune voix pour protester, de celui qui se fait constamment moquer, écraser, rembarrer. Jésus prend la place du serviteur qui a les tâches les plus humbles, les plus dégoûtantes.
    En cela, Jésus montre qu'il n'y a rien d'humiliant, rien de dégoûtant lorsqu'on choisit librement de le faire.
    Et c'est ainsi que les chrétiens vont se mettre à construire des hospices et des hôpitaux pour accueillir gratuitement les malades couverts de plaies et de pus que personne ne voulait laver et soigner. Et c'est comme cela qu'est venue la dénonciation de l'esclavage, puis plus récemment du travail des enfants ou de l'exploitation actuelle des ouvriers et ouvrières de Chine qui fabriquent nos ordinateurs. Jésus s'abaisse jusqu'à nous, jusqu'au plus petit d'entre nous pour nous dire notre vraie valeur. Personne n'est trop bas pour Jésus.
    Vous vous sentez petits, faibles, indignes, fautifs ? Vous ressentez durement le regard des autres qui vous fait vous sentir petits, inadéquats, pas assez bien… ? Jésus ne vous regarde pas comme cela. Il a lavé les pieds de ses disciples, c'est lui qui les rend propres, qui les purifie.
    On pourrait penser qu'il nous lave parce qu'il nous voit sales. Et bien, écoutez ce qu'il dit à Pierre qui comprend tout à coup le comportement de Jésus et lui demande de le laver entièrement. Jésus lui dit : "Celui qui a pris un bain n'a plus besoin de se laver, sauf les pieds, car il est entièrement propre" (Jn 13:10). Ce que Jésus veut dire, c'est comme à la plage, en sortant de l'eau et en se séchant, on a toujours encore les pieds plein de sable, c'est la vie. Ce n'est pas parce qu'on n'est pas totalement irréprochable qu'on est tout noir et inacceptable. Les fautes, les erreurs font partie de la vie et Jésus ne les retient pas pour nous accuser. Il nous rend juste. Il nous considère comme acceptables, comme pardonnés, comme dignes d'amour.
    En s'abaissant jusqu'au plus bas des humains, il renverse toutes les valeurs. La grandeur de l'être humain, elle est dans le service. La valeur de l'être humain est dans ce qui est invisible, dans son cœur. La vraie vie, elle est dans la confiance. C'est ainsi que Jésus nous invite à manger à sa table, à nous restaurer, à retrouver notre estime de soi.
    En vous remplissant de la vie de Jésus, vous n'aurez plus peur que les autres vous considèrent comme faibles, indignes, incapables, fautifs… Seul l'avis de Jésus sur vous compte vraiment. Et Jésus vous considère dignes de manger avec lui de partager sa vie avec nous, de vivre en nous nourrissant de sa vie.
    C'est pourquoi Jésus dit (Apoc 3:20) "Ecoute, je me tiens à la porte et je frappe, si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte j'entrerai chez lui, je mangerai avec lui et lui avec moi."
    A nous de répondre à son invitation.
    Amen

  • Jean 21. "Je ferai de vous des pêcheurs d'hommes"

    Jean 21

    22.4.2007

    "Je ferai de vous des pêcheurs d'hommes"

    Mt 4 : 18-24    Jean 21 : 1-14    Actes 2 : 22-25+40-42

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Entre le reniement de Pierre et sa prédication assurée devant le peuple de Jérusalem, il y a eu un événement qui a tout changé pour Pierre et les autres disciples. Entre la croix et le matin de Pâques, il y a eu la résurrection, nous disent les Evangiles, et puis Jésus est apparu plusieurs fois et en divers lieux aux disciples. La résurrection reste un mystère que nos mots ne peuvent pas expliquer rationnellement. Les apparitions de Jésus restent marquées par du surnaturel qui échappe à notre compréhension logique.
    Aussi, ce matin, je souhaite parler a votre cœur plutôt qu'à votre cerveau. Je vous invite à laisser flotter votre pensée au fil du récit que je vais vous faire : juste pour entrer en résonance avec une expérience vécue par d'autres hommes. Vous pouvez — si vous le souhaitez — fermer les yeux, vous détendre et juste écouter leur histoire.
    Sur une plage de galets, quelques hommes sont assis. Les têtes sont penchées. Ils ne regardent pas le ciel du soir qui rosit au-dessus de l'eau. Un poing serre les mailles d'un filet. Les doigts sont crispés. Les mains désoeuvrées. L'un des hommes soupire. Il faudrait réparer quelques mailles. Mais le cœur est trop lourd. Les nœuds sont dans les ventres.
    Depuis quelques jours ces hommes sont de retour chez eux. Ils auraient dû reprendre le travail. Mais dans leurs têtes tournent et tournent les souvenirs et la peine. La mort de Jésus a retiré toute force de leurs bras.
    Il y a trois ans, ils avaient sauté de joie lorsque Jésus les avait appelés à le suivre, à partir avec lui sur les chemins de Galilée. Ils étaient plein d'ardeur lorsque Jésus leur avait montré le but : "Je ferai de vous des pêcheurs d'hommes" (Mt 4:19).
    Et Jésus leur avait montré comment on redonne la vie, l'énergie, le dynamisme à ceux qui ne croyaient plus rien possible, qui croyaient leur avenir définitivement bouché. Il avait fait marcher les paralysés de la vie. Il avait fait entendre ceux qui étaient sourds à la tendresse. Il avait fait voir ceux qui étaient aveugles à l'amour. Il avait redressé les effrayés et les angoissés. Jésus savait sortir les gens de leur isolement, de leurs peurs, des murailles qu'ils avaient eux-mêmes élevées autour d'eux. Il savait arracher les gens à leur vie sans vie, à la mort. Mais maintenant, lui-même était mort à Jérusalem.
    Et les hommes, sur la plage de galet, ressassaient ces pensées.
    Ils avaient bien eu un sursaut, trois jours après la mort de Jésus, lorsqu'il leur était apparu, leur certifiant que c'était bien lui ! Ils l'avaient bien cru. Ils avaient été bouleversés. Ils s'étaient réjouis. Ils avaient repris goût à la vie. Ah, la vie était bien plus forte que la mort. Dieu lui-même avait arraché Jésus aux eaux infernales de la mort (Ps 18:17, Ps 144:7).
    Tout joyeux, ils en avaient parlé autour d'eux, mais ils ne rencontraient que le scepticisme, le doute, l'incrédulité. "C'est impossible. On n'a jamais vu ça. Vous vous faites des idées pour tromper votre chagrin. Vous avez eu des hallucinations. Vous prenez vos désirs pour des réalités."
    Alors, ils étaient rentrés à la maison, découragés, déçus. Ils étaient là sur cette plage de galets — où tout avait commencé et où tout était fini. Plus personne ne les arracherait à cette vie qui n'en vaut plus la peine.
    Ils étaient là, avec leurs nœuds dans le ventre, avec une vie qui n'avait plus que le goût du sable. Et Pierre ne avait assez de retourner sans fin sa tristesse dans sa tête. Il se leva : "Je vais pêcher." "Nous venons aussi avec toi" dirent les autres. Mais la mer était aussi vide que leur cœur.
    Au matin, un homme sur le rivage leur demande du poisson. Ils n'ont rien. Alors, il leur ordonne de retourner, de dépasser leur découragement et leur fatigue. Lui sait que la mer est remplie. Lui sait que chacun se sent seul et isolé, perdu, alors que la terre n'a jamais été aussi peuplée et les moyens de communiquer aussi développés. Lui a cette confiance, c'est pourquoi il les renvoie jeter le filet, accomplir leur destinée de pêcheurs d'homme, d'arracheur de mort, de peur, de solitude.
    Et les disciples reviennent avec un filet plein à craquer. Plein à craquer de tout ce qu'ils n'avaient pas vu précédemment, parce qu'ils n'y croyaient pas.
    Jésus a déjà mis du poisson à cuire (d'où vient-il ?), il leur demande le leur parce qu'il est important de joindre ensemble ce qui vient du ciel et ce qui vient de la terre, lier ensemble ce qui vient de Dieu et ce qui vient des humains.
    Alors les yeux des hommes s'ouvrent sur la présence de Dieu au cœur de leur vie ordinaire, de leur routine qui avait le goût du sable. Alors la vie, la vraie vie descend en eux et chasse la mort qui n'a plus sa place.
    Le poisson qu'ils ont pêché est le même poisson qu'ils mangent tous les jours, mais il est mêlé au poisson que Jésus a apporté, alors il a le goût de la fête, le goût des retrouvailles, le goût d'un avenir ouvert, à vivre ensemble, un goût de vraie vie. Alors sur ces yeux qui brillent, sur ces lèvres qui s'arquent en sourire se dessine la question : "Qui est-il ?" Mais personne n'ose la poser, parce que la réponse s'impose d'elle-même.
    Celui qui partage le pain entre tous, celui qui donne la Présence qui nourrit le cœur d'une nourriture toute nouvelle qui enfin rassasie : Il est là !
    Celui dont la Présence fait se dissoudre nos peurs. Celui dont la Présence nous laisse ouvrir notre cœur à l'autre. Celui dont la Présence panse et guérit nos blessures intérieures. Il est là !
    Il est là sur la plage de notre vie. Et il nous appelle — à nouveau : "Viens, suis-moi et je ferai de toi un vivant et un pêcheur d'hommes pour sortir des existences mortes, pour marcher dans la vraie vie."
    Amen
    © Jean-Marie Thévo, 2007

  • Jean 20. Jésus doit monter vers son Père pour nous ouvrir le chemin

    Pâques    Jean 20

    12.4.1998

    Jésus doit monter vers son Père pour nous ouvrir le chemin

    Jean 20:1-18    Col. 3:1-4

    Frères et soeurs en Christ,

    Ce matin, nous nous réjouissons de vivre à nouveau Pâques, le matin de la résurrection. Ce fut pour les disciples, hommes et femmes un matin de surprises ! Que d'inattendu ! Venus au tombeau pour les rites de deuil, les femmes et les disciples sont confrontés à un tombeau vide.
    Face au tombeau vide, le récit que nous avons entendu présente deux réactions :
    •    d'un côté celles de Pierre et du disciple que Jésus aimait,
    •    de l'autre, celle de Marie de Magdala.
    Les deux disciples, Pierre et Jean (la tradition a vu Jean dans le disciple que Jésus aimait), fondateurs des premières communautés chrétiennes, se devaient d'être présentés avec un comportement exemplaire. Aussi le récit dit-il simplement de Jean : "Il vit et il crut" (Jn 20:8).
    Pour eux, premiers témoins sur place, le simple fait de voir le tombeau vide, les bandelettes bien rangées, l'absence de corps, suffit à leur faire comprendre le mystère de Pâques. Tant mieux pour eux !
    Mais pour ceux qui viennent après eux, les premiers lecteurs de l'évangile de Jean, ou pour nous, deux millénaires plus tard, est-ce aussi facile ? Peut-on aussi croire sans voir ? Aussi vite ? Les signes "visibles" étaient-ils vraiment aussi clairs ?
    La mise en scène de Marie de Magdala vient en réponse à quelques-unes de ces questions. Marie de Magdala peut être vue comme la figure de l'Eglise qui vient après, plus tard, avec ses difficultés à croire, avec ses doutes sur l'évidence de la résurrection à partir de la vision du tombeau vide.
    Si nous avions été là en ce premier matin de Pâques, qu'aurions-nous vu ? Comment aurions-nous réagit ? Très probablement comme Marie de Magdala.
    Face au tombeau vide :
    nous aurions pensé que le corps avait été enlevé, déplacé.
    Face aux anges-messagers :
    nous aurions été aux renseignements.
    Face à cet homme debout derrière nous :
    nous aurions préféré le prendre pour le jardinier plutôt que de croire l'impossible, l'impensable... Notre cerveau aurait aussi mis une image plausible en face de nous (un jardinier), plutôt que d'affronter l'incroyable (un mort sort de sa tombe).
    Finalement, lorsque Jésus arrive à bout de toutes nos résistances et se fait reconnaître pour qui il est, nous aurions préféré le garder auprès de nous plutôt que de le laisser partir à nouveau, à peine retrouvé !
    Que d'épreuves, que d'embûches pour que Jésus puisse faire connaître sa résurrection, pour que Marie, et nous avec elle, puissions le reconnaître !
    "Ne me retiens pas" dit Jésus. Le chemin n'est pas tout à fait terminé. A peine apparu, il annonce son départ. Quel choc ! Quelle peine !Mais la résurrection n'a pas pour but la prolongation de la vie terrestre de Jésus, ce n'est pas un retour à la vie, c'est la vie dans une autre dimension, c'est la vie dans un autre but."Va dire à mes frères que je monte vers mon Père qui est aussi votre Père, vers mon Dieu qui est aussi votre Dieu" dit Jésus (Jn 20:17). Pâques ce n'est pas "Jésus 2, le retour". Pâques, c'est l'élévation, l'exaltation, la glorification de ce Jésus qui a été crucifié. Nous devons laisser aller, laisser partir Jésus pour qu'il monte vers Dieu, pour qu'il accomplisse sa mission.
    Cette montée, cette ascension vers Dieu est la finalité ultime de la vie de Jésus et du plan de Dieu. Jésus doit monter vers son Père qui est notre Père pour ouvrir le chemin vers son Dieu qui est notre Dieu. Jésus est le chemin qui mène au Père : "Je suis le chemin, la vérité et la vie" (Jn 14:6).
    Dans cette montée, tous les humains sont associés, par cette montée de Jésus, nous sommes reliés à Dieu, qui devient notre Dieu, qui devient Dieu pour nous, un Dieu accessible et proche.
    Jésus a ouvert ce chemin. Nous pouvons maintenant l'emprunter pour nous relier à Dieu, pour nous occuper des choses d'en-haut, comme le dit l'apôtre :
    "Vous avez été ramenés de la mort à la vie avec le Christ.
    Alors recherchez les choses qui sont au ciel,
    là où le Christ siège à la droite de Dieu" (Col. 3:1).
    Amen
    @ 2007 Jean-Marie Thévoz

  • Jean 2. "Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai !"

    Jean 2

    26.3.2000

    "Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai !"

    1 Cor 1 : 22-25    Jn 2 : 13-22

    "Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai !" (Jn 2:19)On savait que Jésus ne devait pas être la figure mièvre et falote qu'on voit sur les images d'Epinal. Là, on a vraiment de quoi s'en rendre compte ! On trouve ici Jésus dans un des épisodes les plus violents de son ministère : il chasse les marchands du Temple à coups de fouet et il répond, à ceux qui l'interpellent, par la plus monstrueuse provocation qu'un juif pouvait prononcer :"Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai !"Provocation !  Telle est la première lecture que nous pouvons faire de cette phrase de Jésus. Voilà à peine 46 ans que les juifs se sont attelés à la reconstruction du troisième Temple — à la grande gloire du Très-Haut — et voilà que celui qui se prétend venir de Dieu parle de détruire ce Temple. Nous sommes-là au coeur du scandale et de la folie dont nous parlait l'apôtre Paul. Dieu intervient au coeur du monde d'une façon inouïe, "scandale pour les juifs, folie pour les grecs" (1 Cor 1:23).
    Dieu intervient en renversant tous les édifices humains, non seulement les temples de pierre, mais toutes nos constructions logiques sur lesquelles nous édifions nos vie, nos relations, ou nos fortunes. Dieu renverse l'idée que le sens surgira dans notre vie comme par miracle, sans que nous ne fassions rien. Dieu renverse aussi l'idée que le sens viendra de notre propre discipline et de notre quête inlassable de sagesse.
    Le sens provient de ce qu'on n'attend pas, d'un scandale, d'un homme qui donne sa vie sur la croix.
    *    *    *
    "Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai !"
    Vous savez que l'Evangéliste Jean est un spécialiste des phrases-tiroirs, des doubles ou triples sens. La provocation et le scandale est le premier sens donné aux interlocuteurs contemporains de Jésus. Un deuxième sens est suggéré, indiqué par la notion des "trois jours" et par le verbe traduit ici par "rebâtir" qui signifie littéralement "relever". Ce deuxième sens s'adresse aux disciples qui connaissent la fin de l'histoire. En effet, pour tout lecteur, celui qui est "relevé après trois jours", c'est Jésus, le Christ, après la Passion.
    Ce dialogue de Jésus avec les chefs des juifs devient prophétie pour les disciples. Cette prophétie devient une affirmation de foi de tous les croyants : Jésus, le Christ, celui qui a souffert, qui est mort sur la croix et que Dieu a relevé d'entre les morts, c'est le nouveau Temple, c'est-à-dire le lieu qui est habité par Dieu, que Dieu a choisi lui-même pour demeurer parmi l'humanité. En Jésus, c'est Dieu qui a visité sou peuple. Jésus est le nouveau Temple, nous dit Jean, nouveau lieu de culte, culte en Esprit (comme Jésus le dit dans sa rencontre avec la Samaritaine, Jean 4).
    L'épître aux Hébreux ira encore plus loin en disant que Jésus est le nouveau grand-prêtre de ce Temple, où il officie — sans sacrifices — pour intercéder pour chaque être humain auprès de Dieu. Christ est le seul médiateur entre les humains et Dieu.  C'est pourquoi, on peut définitivement se passer de Temple.
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    "Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai !"
    Allons à la recherche d'un troisième sens. A la fin de cette dispute, Jean ajoute un petit commentaire pour le lecteur de son Evangile, il dit : "Mais le temple dont parlait Jésus, c'était son corps" (Jn 2:21) Bien sûr, cette phrase pourrait simplement renforcer le deuxième sens, en indiquant seulement la résurrection. Cependant, pour nous au moins — je ne sais pas si c'est valable pour la communauté de Jean — parler du "corps du Christ", c'est parler de son peuple, de son Eglise, de nous. Cette phrase nous parle donc de la fondation même du christianisme.
    Le Temple a été détruit symboliquement par Jésus pour faire place à un édifice, une construction nouvelle, formée d'hommes et de femmes. Les croyants d'hier et d'aujourd'hui forment ce temple que le Christ a rebâti et qu'il ne cesse de relever chaque jour.
    Si le Temple de pierre est remplacé par un corps, attention à nous de ne pas pétrifier ses articulations, à ne pas ankyloser ses muscles, à ne pas paralyser ses fonctions.
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    "Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai !"
    Sur le chemin de la passion, cette phrase nous rappelle le caractère fou et scandaleux du message de Jésus. Ne gommons pas son interpellation !
    Cette phrase nous rappelle que cette folie s'est manifestée dans la destinée souffrante de Jésus, et nous a ouvert le chemin à Dieu.
    Cette phrase nous rappelle qu'aujourd'hui, nous sommes partie prenante de ce nouveau temple qu'est le corps du Christ.
    Restons attachés à ce corps pour en tirer notre vie, la vraie vie. Restons actifs et dynamiques dans la foi et dans notre relation à Dieu, pour refléter — devant le monde — la vie qui nous est donnée.
    Amen
    © 2007, Jean-Marie Thévoz

  • Jean 16. Demandez et vous recevrez et ainsi votre joie sera complète

    Jean 16
    14.12.97
    Demandez et vous recevrez et ainsi votre joie sera complète
    Luc 2 : 8-11 Psaume 16 : 7-11 Jean 16 : 16-24

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Joyeux Noël !
    C'est peut-être encore un peu tôt pour vous dire Joyeux Noël !, pourtant, c'est déjà le temps des cartes de voeux et ces mots se retrouvent sur les vitrines des magasins depuis quelques jours déjà. Noël est associé à la joie et c'est de la joie que j'aimerais vous parler maintenant.
    La joie est annoncée aux bergers à propos de la naissance de Jésus : "une grande joie pour tout le peuple" ( Lc 2:10). La joie, Jésus l'annonce aussi à ses disciples dans le texte de l'évangile de Jean que nous venons d'entendre : "mais je vous reverrai et votre coeur se réjouira, et personne ne pourra vous enlever votre joie !".
    Parler de la joie à Noël, c'est normal, mais je me suis quand même senti mal à l'aise au moment où j'ai voulu écrire des cartes de voeux à des personnes qui ont perdu un être cher récemment. Peut-on dire Joyeux Noël ! à quelqu'un en deuil ? Peut-on dire Joyeux Noël ! à quelqu'un qui vient d'apprendre qu'il a un cancer ? Peut-on dire Joyeux Noël ! à quelqu'un qui vient de recevoir sa lettre de licenciement ? Cela ne manque-t-il pas de tact, de coeur ? Plus généralement, en regardant la marche du monde, de Louxor à Kyoto, la joie n'est-elle pas un sentiment déplacé ? La réalité ne nous invite pas à la joie, mais plutôt à la tristesse ou à la révolte.
    Devons-nous dès lors vivre sans joie ? Non. La joie a sa place dans cette réalité-là. Jésus dit : "je vous reverrai et votre coeur se réjouira, et personne ne pourra vous enlever votre joie !". Lorsque Jésus dit "je vous reverrai", il parle des jours qui suivent la résurrection, dans le monde tel qu'il est, il ne parle pas de l'au-delà. La joie promise, c'est une joie pour nous ici et maintenant, une joie imprenable, donc une joie qui n'est pas étouffée, éteinte par le monde et ses circonstances tragiques. Cette joie n'efface pas la souffrance vécue non plus.
    Jésus utilise là une illustration : la femme qui accouche dans la douleur. La joie vient après le travail, la femme peut être joyeuse parce qu'un nouvel être est né.
    Cette image doit nous rendre attentif à ce que Dieu ne fait pas un équilibre entre le mal et le bien. Soit qu'à tout mal devrait correspondre un bien qui le répare. Soit qu'à tout bien devrait correspondre un mal qui le compense. (souvent des gens ont peur d'être heureux, parce qu'ils pensent que cela devra se payer plus tard).
    Dieu ne cherche pas à équilibrer le mal par du bien ou le bien par du mal. L'opposé du mal, c'est l'être. Dieu EST, il est celui qui dit JE SUIS et en cela il est opposé au mal qui conduit au néant. Dieu nous invite donc à être, être nous-mêmes, et à puiser notre être à la source de son être.
    C'est pourquoi il nous est dit : "Demander et vous recevrez, et ainsi votre joie sera complète".
    La joie est le sentiment qui naît de la sensation d'être entier, intégral. Ce qui est le contraire de déchiré, divisé, dissocié. La joie ne se commande pas, mais elle jaillit et devient communicative lorsque nous sentons que notre être est entier.
    Comment retrouve-t-on une partie égarée de soi-même ? C'est un travail de tisserand, il s'agit de tisser de nouveaux liens avec soi-même, avec son corps. Renouer avec les sensations éprouvées au fil des heures. Etre attentif à ce qui nous fait nous sentir bien, ou nous sentir mal et trier pour ne garder que le bon.
    Commencer par se sentir respirer, sentir le souffle entrer et sortir, sentir le souffle nous habiter. Sentir comment le souffle devient esprit, comment cet esprit nous habite et nous ranime. Se centrer sur le souffle de Dieu qui nous habite. Ce souffle qui est l'être et la présence de Dieu. Demander à Dieu d'habiter notre être.
    Jésus nous dit : "jusqu'à maintenant vous n'avez rien demandé en mon nom. Demandez et vous recevrez, et ainsi votre joie sera complète." (Jean 16:24)
    Amen.

    © 2006, Jean-Marie Thévoz