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n) Jean - Page 7

  • Jean 3. Jésus, que le Nouveau Testament nomme l'Epoux, était-il marié avec Marie-Madeleine ? A propos du Da Vinci Code

    Jean 3
    24.7.2005
    Jésus, que le Nouveau Testament nomme l'Epoux, était-il marié avec Marie-Madeleine ?
    Es 62 : 1-5 Eph 5 : 25-30 Jn 3 : 25-29

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    J'ai annoncé la semaine passée que je répondrais ce dimanche à la question : Jésus était-il marié avec Marie-Madeleine ? Cette question se pose après l'affirmation du romancier Dan Brown, l'auteur du Da Vinci Code que Marie-Madeleine était l'épouse de Jésus et qu'elle lui avait même donné une fille et créé ainsi ce que le romancier appelle "une lignée de sang royal." ¨
    Pour étayer sa construction du mariage de Jésus, le romancier se base sur deux citations d'un texte apocryphe (c'est-à-dire qui a été déclaré hérétique et n'est donc pas entré dans la bibliothèque du Nouveau Testament), texte qui se nomme l'Evangile de Philippe, où Marie-Madeleine est déclarée être la "compagne" de Jésus (EvPhil §32 et §55).
    Nous avons vu la semaine dernière quelle place le Nouveau Testament accordait à Marie-Madeleine, c'est-à-dire une place importante de premier témoin de la résurrection, une place de quasi-apôtre — place qui est plutôt atténuée dans les Evangiles du Nouveau Testament, place qui est plutôt amplifiée dans les textes apocryphes ! En effet, les trois textes apocryphes qui parlent de Marie-Madeleine (Evangile de Philippe, Evangile de Thomas, Evangile de Marie[-Madeleine]) la mettent en scène (i) comme une rivale de Pierre pour la place de premier disciple; (ii) comme la plus aimée des disciples par Jésus (les disciples demandent même à Jésus "Pourquoi l'aimes-tu plus que nous tous ? " (EvPhil §55) mais nous n'avons malheureusement pas la réponse de Jésus); (iii) finalement comme "compagne" de Jésus. Alors, peut-on dire d'après cela que Jésus était marié, qu'il avait une épouse ? Si notre réponse est oui, Marie-Madeleine est la seule candidate plausible comme épouse.
    Donc la question de base est de savoir si Jésus était marié ou non. Dans le contexte du judaïsme du temps de Jésus, tout homme avait le devoir de se marier et d'avoir des enfants. Le célibat était très mal vue et certains chercheurs pensent que si Jésus n'avait pas été marié cela aurait été dit et expliqué, pour ne pas dire excusé. Cependant, on peut observer que Paul — l'apôtre — bien que juif accompli selon ses dires, n'était pas marié. On ne nous dit rien non plus de l'état civil de Jean Baptiste. Il y avait aussi le groupe des "nazirs", des consacrés à Dieu qui ne se mariaient pas, tout comme les membres de la secte des esséniens. Il y avait donc très probablement un célibat religieux tout à fait accepté, au point qu'on n'en parlait pas.
    Dans l'autre sens, on nous parle toujours de la famille de Jésus comme étant composée de sa mère et de ses frères (Mt 12:46; Ac 1:14), Si Jésus avait fondé une famille, on parlerait de sa femme et de ses enfants. Le silence des Evangiles plaide plutôt en faveur du célibat de Jésus.
    Cependant, à plusieurs reprises, Jésus est identifié par les rédacteurs des Evangiles comme étant l'Epoux. Nous l'avons entendu dans la bouche de Jean Baptiste (Jn 3:29), nous le retrouvons dans la parabole des Dix vierges folles ou sages (Mt 25:1ss) et souvent dans l'Apocalypse (Ap 18:23; 21:2).
    Pourquoi Jésus est-il appelé l'Epoux ? Cette appellation nous renvoie à la lecture de l'Ancien Testament, aux prophètes Osée (chap. 1—3), Esaïe (Es 54:1-8; 62:1-5), Jérémie (chap. 2 et 31) Ezéchiel (chap. 16) qui parlent de l'alliance entre Dieu et Israël ou Jérusalem comme d'un mariage (un mariage plutôt malheureux d'ailleurs où il est question d'adultère et de prostitution). Dieu y est représenté comme un fiancé, un amoureux, un mari qui souhaite faire renaître l'amour de sa fiancée, de son épouse.
    Dans le Nouveau Testament, cette parabole de l'amour de Dieu avec son peuple est reportée sur Jésus et le peuple d'Israël d'abord, puis sur Jésus et l'Eglise ensuite, comme on le voit développé par le rédacteur de la lettre aux Ephésiens. Le thème du mariage entre Dieu est son peuple, reporté sur la personne de Jésus, est une façon d'affirmer la divinité de Jésus. Il est vraiment, non seulement le porteur du message de Dieu, comme un prophète, mais il est Dieu lui-même qui s'adresse à nouveau à son peuple. Une nouvelle histoire d'amour commence, Dieu à nouveau s'approche de son peuple pour lui proposer un nouvel épisode de vie commune.
    Ce mariage du divin et de l'humain est repris dans divers contextes dans les premières Eglises. D'abord dans la théologie paulinienne pour en faire un exemple de vie conjugale pour les couples chrétiens. Il est repris aussi dans le monachisme, où les moines et les moniales deviennent épouses consacrées au Christ. Enfin, cette métaphore est reprise par les milieux appelés "gnostiques" qui prônent un mariage entre le Christ et la Sagesse, la "Sophia."
    C'est dans ce contexte qu'ont été écrits les Evangiles apocryphes où il est dit que Marie-Madeleine est la compagne de Jésus. Un parallèle est fait entre la sagesse et Marie-Madeleine. Comme la sagesse doit devenir l'épouse du Christ, Marie-Madeleine devient la compagne, l'épouse de Jésus, mais dans un sens mystique, d'autant plus que ces textes ont été écrits bien après la mort de Marie-Madeleine.
    Seuls les naïfs — ou les mystificateurs comme le sont les romanciers (pour notre plus grand plaisir d'ailleurs, car que serait un roman s'il ne nous emmenait pas sur les chemins de l'imaginaire ?) — seuls les naïfs donc font remonter ce mariage du vivant de Jésus !
    Dans le Nouveau Testament, Jésus est l'époux de l'Eglise et cette métaphore définit la place et le rôle de l'Eglise. Elle se doit d'être fidèle et vigilante, elle attend le retour de son époux, le Christ ressuscité. Je pense que le déploiement de cette image, de cette métaphore du mariage de l'Eglise avec Jésus, l'Epoux, n'a été possible que parce que — justement — Jésus n'était pas marié !
    Si Jésus avait été marié, il aurait été plus difficile d'en faire l'Epoux de toute l'Eglise. Si Jésus avait été marié, à cause de cette métaphore, il aurait été important et utile de différencier son mariage terrestre et son mariage mystique avec l'Eglise et cela serait apparu dans les textes.
    Tous ces éléments nous persuadent de conclure que Jésus n'était pas marié et donc que Marie-Madeleine n'était pas son épouse. C'est peut-être moins romantique, c'est aussi moins dramatique puisque cela signifie — pour le roman — qu'il n'y a pas de complot des Eglises pour cacher ce mariage… à moins que je ne fasse partie moi-même du complot…!?
    En bonne théologie protestante, c'est à chacun qu'incombe la responsabilité d'interroger les textes pour se faire une opinion personnelle. Les textes apocryphes sont tous accessibles en traductions à la bibliothèque universitaire.
    Donner accès à chacun à la Bible — ce qu'on fait les Réformateurs — et aux autres connaissances — ce que font les facultés de théologie — est le meilleur moyen de dégonfler les idées de complots. Cela permet aussi de lire les livres chacun selon leurs genres, et maintenir les romans dans la littérature de fiction.
    A chacun sa place, sans besoin de censure.


    Le roman :
    Dan Brown, Da Vinci Code, Paris, Ed. Jean-Claude Lattès, 2004.

    Textes des Evangiles de Thomas, de Philippe et de Marie dans :
    Yvonne Janssens, Evangiles gnostiques, Louvain-la-Neuve, Centre d'Histoire des Religions,1991.
    Ev Thomas : pp. 46-62
    Ev Philippe : pp. 100-130
    Ev Marie : pp. 234-238

    © 2006, Jean-Marie Thévoz

  • Jean 20. Marie-Madeleine, un rôle plus important que ne le laissent voir les Evangiles. A propos du Da Vinci Code

    Jean 20
    17.7.2005
    Marie-Madeleine, un rôle plus important que ne le laissent voir les Evangiles.
    Jean 20:1+11-18 Actes 1:12-17+21-26

    Chers amis,
    Dans notre série sur les femmes dans la bible de cet été, j'aimerais parler ce matin de Marie de Magdala ou Marie-Madeleine. Elle est la femme du Nouveau Testament qui est à la mode depuis que le romancier Dan Brown en a fait non seulement une disciple, une apôtre cachée de Jésus, mais aussi son épouse, sa compagne, et plus encore, la mère de l'enfant de Jésus ! Aujourd'hui, nous allons voir tout ce que nous pouvons savoir sur Marie-Madeleine. Dimanche prochain, nous nous demanderons si Jésus était marié et s'il l'était à Marie-Madeleine.
    Alors, que savons-nous de Marie-Madeleine ? Marie-Madeleine est la seule femme — hormis Marie la mère de Jésus — à être nommé dans les quatre Evangiles. Une douzaine de femmes sont désignées par leurs noms dans les Evangiles, mais seule Marie-Madeleine, à part Marie, est présente dans les quatre Evangiles. A première vue, cela pourrait relever du hasard. Mais si l'on regarde à quels événements Marie-Madeleine est attachée, on voit tout de suite pourquoi elle est nommée par tous, pourquoi elle est "incontournable."
    Où Marie-Madeleine est-elle nommée ? Il y a une mention isolée de Marie-Madeleine dans l'Evangile de Luc, ou l'évangéliste (Luc 8:2) nomme trois disciples femmes qui suivent Jésus depuis le début de son ministère, et où il est dit qu'elle a été guérie de sept démons, j'en ai parlé il y a 15 jours. Ensuite, dans les quatre Evangiles, elle est mentionnée au sein du groupe de femme qui est présent au pied de la croix, elle est présente lors de la mise au tombeau et lors de la découverte du tombeau vide le matin de Pâques.
    Les quatre Evangiles désignent en elle le premier témoin de la résurrection de Jésus, elle est la première à avoir rencontré le Christ ressuscité. Et c'est elle qui a été porter cette bonne nouvelle aux disciples. Les témoignages des quatre Evangiles concordent, sont unanimes sur la présence de Marie-Madeleine lors de ces épisodes, même si les noms des accompagnatrices de Marie-Madeleine divergent. Elle était là, elle en a témoigné et son témoignage a été reçu et enregistré par la première Eglise.
    Si certains d'entre vous se souviennent de ce que j'ai montré il y a 15 jours — c'est-à-dire les diverses tentatives masculines des éditeurs des Evangiles pour minimiser le rôle des femmes dans l'entourage de Jésus — alors l'unanimité des Evangiles concernant le rôle de Marie-Madeleine nous conduit à constater la solidité historique de ces récits. Il était impossible de taire le rôle de Marie-Madeleine et le fait qu'elle ait été la première à voir le Christ ressuscité et recevoir de lui la mission d'annoncer cette nouvelle aux autres disciples.
    Cela est particulièrement mis en évidence dans le récit de l'évangéliste Jean. Marie-Madeleine rencontre Jésus dans un moment très particulier, il est ressuscité, mais pas encore monté au ciel ! Dans cette étape intermédiaire — que Marie-Madeleine est la seule à contempler — Jésus donne une mission à Marie-Madeleine :

    "Va dire à mes frères que je monte vers mon Père, qui est aussi votre Père, vers mon Dieu, qui est aussi votre Dieu." (Jn 20:17) Et le récit continue avec ces mots : "Alors Marie de Magdala s'en alla annoncer aux disciples : J'ai vu le Seigneur !" (Jn 20:18)
    Les paroles de Jésus et la réaction de Marie-Madeleine nous disent beaucoup de choses sur sa relation à Jésus et sur le statut de Marie-Madeleine parmi les disciples. D'abord, Jésus l'envoie en mission. Si Marie-Madeleine ne dit rien, n'accomplit pas sa mission, il n'y aura pas de christianisme ! Tout peut s'arrêter là. C'est dire l'importance du rôle que Jésus donne à Marie-Madeleine et la confiance qu'il lui fait !
    La nouvelle que Marie-Madeleine doit annoncer, c'est le renouvellement de l'Alliance telle qu'elle avait été conclue au Sinaï (Ex 6:7) et après le retour de l'Exil (Jr 30:22 et Ez 36:28) qui était proclamée en ces termes : "Je serai votre Dieu et vous serez mon peuple." Marie-Madeleine est donc chargée de transmettre au monde la nouvelle alliance de Dieu en Jésus.
    A qui doit-elle aller proclamer cela ? Là, le texte est intriguant ! Jésus a dit : "Va dire à mes frères…" (Jn 20:17) et le récit continue en disant : " Marie-Madeleine s'en alla l'annoncer aux disciples." (Jn 20:18). Ce petit décalage — qu'on pourrait juger anecdotique, mais dans les Evangiles chaque mot a sa signification — ce petit décalage nous indique — comme en code — que Marie-Madeleine connaît très bien l'enseignement de Jésus, qu'elle a suivi Jésus et entendu ses discours, qu'elle est en quelque sorte une initiée : elle sait que les vrais "frères" de Jésus ne sont pas ceux de la famille par le sang, mais ceux qui "font la volonté de son Père qui est aux cieux." (Mc 3:35; Mt 12:50).
    Cela nous fait comprendre que Marie-Madeleine n'est pas là "par hasard" sous la croix, au tombeau, devant le Christ ressuscité. Elle a fait partie des disciples qui ont suivi Jésus depuis le début, elle était prête pour cette révélation particulière et pour cette mission. Cela nous permet d'affirmer avec certitude — confirmée par le témoignage de Luc (8:2) — que Marie-Madeleine était une disciple, au même titre que les Douze.
    Il y avait des femmes parmi les disciples, au delà des Douze, et même certaines d'entre elles pouvaient remplir les conditions pour être apôtre. Je vous rappelle les conditions énoncées dans le livre des Actes :

    "Cet homme doit être l'un de ceux qui nous ont accompagnés tout le temps que le Seigneur Jésus a parcouru le pays avec nous, à partir du moment où Jean l'a baptisé jusqu'au jour où il nous a été enlevé pour aller au ciel" (Ac 1:21-22).
    Marie-Madeleine, en tant qu'accompagnatrice de Jésus et témoin privilégiée de la résurrection, pouvait être apôtre… l'a peut-être été, à la façon de Paul, au delà des Douze. Mais la tradition du Nouveau Testament n'en a pas gardé le témoignage… à moins que… ?
    Une thèse audacieuse — qui ne fait pas l'unanimité, mais qui s'appuie sur une étude sérieuse des textes — suggère que Marie-Madeleine aurait bien été apôtre, qu'elle aurait même dirigé la communauté dans laquelle l'Evangile de Jean a été rédigé. Une première rédaction de cet Evangile de Jean aurait mis en avant Marie-Madeleine comme une disciple importante de Jésus. Cela aurait fortement déplu aux Eglises créées par les apôtres masculins et aurait conduit à une seconde rédaction de l'Evangile de Jean qui aurait "anonymisé" Marie-Madeleine en la cachant sous "l'habit" du "disciple que Jésus aimait" qu'on retrouve dans divers récits de l'Evangile de Jean (Jn 13:23; 19:26; 20:2; 21:7, 20).
    Bien sûr, le "disciple que Jésus aimait" est présenté au masculin, mais comment mieux cacher une femme dans un texte qu'en lui donnant un rôle d'homme ? Et pourquoi ce "disciple que Jésus aimait" — que la tradition moins audacieuse identifie comme l'apôtre Jean — est-il toujours représenté avec des traits aussi féminins dans les tableaux de la sainte cène, comme l'a relevé pertinemment Dan Brown dans le Da Vinci Code ?
    Ces questions donnent à réfléchir ! Il est difficile d'avoir une certitude à propos de ce rôle d'apôtre de Marie-Madeleine — les documents de l'époque sont malheureusement trop rares pour l'établir — mais la tendance à diminuer le rôle des femmes autour de Jésus étant constatable et établie, il nous est permis d'imaginer — sans pouvoir le prouver — que Marie-Madeleine a eu un rôle important au côté de Jésus et dans la première Eglise. On peut donc imaginer Marie-Madeleine au côté de Jésus pendant le dernier souper.
    Ce que l'écriture voile, peut-être la peinture le dévoile-t-elle ?


    Le roman :
    Dan Brown, Da Vinci Code, Paris, Ed. Jean-Claude Lattès, 2004.

    Sur le rôle de Marie-Madeleine dans le Nouveau Testament et la littérature apocryphe :
    Esther A. de Boer, The Gospel of Mary, London, T&T Clark International, 2004.

    © 2006, Jean-Marie Thévoz

  • Jean 10. Les brebis connaissent la voix du berger et le suivent

    Jean 10
    31.10.1999
    Les brebis connaissent la voix du berger et le suivent
    Ps 23 Luc 15 : 1-7 Jean 10 : 1-5


    Cette semaine, avec quelques mamans, la discussion est venue sur une aventure qui arrive à tous les parents ou presque. Perdre un petit enfant dans un grand magasin. Vous savez comment cela se passe. Vous faites vos courses tout en surveillant l'enfant. Vous le sentez, vous le savez à côté de vous. Vous prenez un produit, vous jetez un coup d'oeil sur lui, vous mettez votre produit dans votre caddie, vous regardez votre liste, vous regardez votre enfant, mais là, tout à coup, il n'est plus là. Il n'est plus là où vous vous attendiez à le voir, il a disparu. Alors la peur monte, où est-il, où a-t-il disparu ? Il n'y a pas besoin d'être très anxieux pour sentir son coeur battre. On cherche et on finit par retrouver l'enfant derrière l'étalage suivant, ou alors il a été récupéré par une vendeuse et vous entendez : "Le petit Nicolas attend sa maman à la caisse principale". Le soulagement et la joie succède à la peur.
    Cette joie de retrouver celui qui avait disparu, nous pouvons la sentir. C'est celle que Dieu éprouve lui aussi chaque fois que quelqu'un revient vers lui, chaque fois qu'il retrouve quelqu'un qui s'était éloigné de lui. La joie des retrouvailles est exprimée dans le récit de la brebis perdue. Dans ce récit, cette parabole, l'évangéliste veut nous faire comprendre que Jésus est ce berger qui se préoccupe de chacun, de chacune d'entre nous, pour qu'il ne manque personne dans son troupeau, dans son peuple, dans son Eglise.
    Entre le berger et son troupeau, il y a une relation exceptionnelle et double. Cette relation est en même temps individuelle et collective. Jésus tient à son troupeau, à ce qu'il soit entier, complet, uni et il tient à chaque personne en particulier, il les connaît toutes par leur nom. L'individualité est respectée dans la communauté.
    Le berger connaît ses brebis par leur nom et les brebis connaissent la voix du berger. Cela est très important. Les brebis suivent le berger dont ils connaissent la voix, nous dit le récit de Jean. Connaissons-nous la voix de notre berger ? Dans le brouhaha des messages, des communications, des voix qui se font entendre dans notre société, dans nos vies, dans notre coeur, savons-nous reconnaître la voix, l'unique voix de notre berger ? D'après le récit de Jean, il y a plusieurs signes auxquels on reconnaît le vrai berger.
    (i) D'abord le vrai berger entre par la porte. Il n'entre pas par effraction, par la force, par violence. Il ne vient pas par des voies détournées. Il se présente à la porte, sans ruse et sans masque.
    (ii) Il respecte le gardien de la maison, le gardien du coeur. Notre gardien, nos protections intérieures reconnaissent Jésus comme celui qu'on peut laisser entrer parce qu'il se manifeste par le respect, la paix, la chaleur.
    (iii) Enfin, les brebis reconnaissent sa voix. Notre être intérieur a soif, mais il sait ce qui est bon pour lui. Il reconnaît ce qui est bon dans la voix de Jésus, ce qui est bon dans ses paroles, ce qui est bon dans son message. Certes parfois, nous avons reçu des messages tellement brouillés dans notre vie — où l'on nous a fait croire que ce qui nous arrivait ou ce qu'on subissait était bon pour nous alors que cela ne l'était pas — que nous avons besoin de réapprendre, comme un enfant, à reconnaître cette voix, ce message.
    "Les brebis reconnaissent sa voix et le suivent." Lorsqu'on entend la voix de Jésus, son message d'amour qui nous réchauffe, qui nous redonne notre estime de soi, qui nous rassure sur notre valeur inaliénable, alors, on n'a plus envie de le quitter, on n'a plus qu'un envie, c'est de suivre ce maître, ce berger qui nous donne ce dont nous avons le plus besoin pour vivre.
    Suivre Jésus n'est pas une discipline, n'est pas une exigence, c'est une conséquence d'avoir entendu en nous-mêmes sa voix rassurante, affermissante, valorisante. Dès ce moment, on ne voudra plus suivre n'importe qui d'autre qui entre par effraction, qui ne nous respecte pas, qui n'amène que la critique et le jugement, la désapprobation et la dévalorisation.
    Dans le brouhaha des messages, des voix qui se font entendre autour de nous, écoutons la voix du bon berger, "celui qui est venu pour que tous les humains aient la vie et l'aient en abondance" (Jean 10:10).

    Amen

    © 2006, Jean-Marie Thévoz

  • Jean 2. Jésus transforme l'eau de nos vies en vin

    Jean 2
    10.10.1999
    Jésus transforme l'eau de nos vies en vin
    Exode 17 : 1-7 Jean 2 : 1-11


    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Vous venez d'entendre deux récits de miracles que j'aimerais mettre en parallèle ce matin. Bien sûr, lorsqu'on parle de miracle, cela fait tout de suite difficulté, parce que la première question qu'on se pose — dans ce siècle éclairé, logique et cartésien — c'est : Comment cela s'est-il passé ? Quel est le truc ? On court toujours le risque de prendre le miracle pour un tour de magie, même sans trucage puisque Dieu est tout-puissant !
    En fait, aujourd'hui, on n'a plus accès à ce qui s'est passé. Il est trop tard pour faire une enquête ! Aussi, je vous propose de ne pas nous aventurer sur le chemin de "qu'est-ce qui s'est vraiment passé?" mais de nous interroger plutôt sur la question : "Mais qu'est-ce que Jean a bien voulu nous dire en nous racontant cette histoire ?
    Je voudrais que nous passions de la recherche du merveilleux à la recherche du sens. En fait, Jean nous y invite lui-même par le vocabulaire qu'il utilise. Dans son évangile, il ne parle jamais de miracles, il parle de signes et le signe est là pour donner du sens. Plutôt que dans une enquête, entrons dans la quête du sens. Et le sens va se déployer en entrant dans le monde symbolique. Déplaçons-nous de la lecture à l'interprétation.
    Qu'est-ce que Jean a voulu nous dire ? Et bien, il le dit lui-même, à la fin de son récit : "Jésus fit apparaître ainsi sa gloire, et ses disciples crurent en lui" (Jn 2:11). L'important est qu'à travers cet événement, ce soit la présence, bien plus l'action, l'effet de l'action de Dieu qui soit visible. Dans les deux signes donnés, celui de Moïse et celui de Jésus, l'effet de l'action de Dieu, c'est que son peuple (ou les invités) voient leur soif étanchée après avoir passé par un temps de manque.
    Les deux récits ont la même structure. On commence par une situation qui est déclarée bonne (même si pour l'Egypte, les hébreux se mentent à eux-mêmes!). La situation évolue vers le manque, manque d'eau au désert, manque de vin à la fête. Puis la situation est transformée — par une intervention de Dieu — et la situation de chacun en est améliorée, mieux, renouvelée.
    Notez bien la remarque du maître de cérémonie au marié :
    "Tout le monde sert d'abord le meilleur vin, puis quand les invités ont beaucoup bu, on sert le moins bon. Mais toi, tu as gardé le meilleur vin jusqu'à maintenant." (Jn 2:10)
    Cette transformation, due à l'intervention de Dieu fait sortir de l'habitude, des dictons et des plaintes de chacun : "tout se dégrade", "ce n'est plus comme avant", "de notre temps", "aujourd'hui, voyez ces jeunes"... Non, aujourd'hui, le vin est meilleur qu'hier ! Aujourd'hui, l'eau du rocher vaut mieux que la pseudo-sécurité de l'Egypte.
    Ces deux signes nous parlent de ce que nous vivons, de ce que nous avons vécu et pouvons vivre. Ce sont des paraboles de la vie. Il y a eu un commencement, une enfance, une adolescence — était-ce plutôt l'Egypte ou les noces ? peu importe. En effet, peu importe quand cela arrive, cela finit toujours par arriver : la vie est dure, la vie est injuste et un jour on est frappé, on passe par l'épreuve, on souffre de frustration, de manque. Cela peut arriver au travers du travail, à l'intérieur du couple, dans la relation à ses enfants, par la maladie ou le deuil... cela arrive. Et souvent nous réagissons comme les hébreux, par Massa et Meriba, Querelle et Epreuve.
    La bonne nouvelle de l'évangile, (déjà en germe dans l'Ancien Testament) est de nous montrer que si l'épreuve du manque est inévitable (les hébreux se sont trouvés en Egypte sans que ce soit leur faute, le vin s'est mis à manquer) ce n'est pas la fin du chemin.
    Dieu ne nous laisse pas dans ce marasme. Dieu a des projets pour nous, pour nous sortir de là. Il nous montre que ce temps de manque peut devenir une occasion de grandir, d'évoluer, de cheminer, pour en sortir renouvelé et enrichi.
    Comprenez-moi bien, le message de ces deux récits n'est pas : il faut passer par des épreuves pour progresser. Ça c'est une théorie qui veut consoler à bon compte, mais qui est désespérante. Le message de Jean est inverse : lorsqu'on n'échappe pas aux coups durs de la vie, Dieu intervient d'une façon qui nous dépasse complètement et nous offre une "guérison", une "évolution" qui est meilleure que la situation première dont nous venions.
    Le meilleur vin est servi après le manque, telle est la gloire que Dieu manifeste. Telle est l'action, tel est l'effet de la présence de Jésus dans nos vies.
    Amen

    © 2006, Jean-Marie Thévoz

  • Jean 19. Jean présente Jésus sur la croix comme l'agneau de la Pâque

    Jean 19
    14.4.2006
    Jean présente Jésus sur la croix comme l'agneau de la Pâque
    Ex 12:1-8+12-14 Jn 19:16-30 Jn 19:31-37

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Aujourd'hui, vendredi saint, nous commémorons, nous nous souvenons de la mort de Jésus. Il est difficile d'imaginer comment les disciples de Jésus ont vécu la condamnation et l'exécution de leur maître, cela d'autant plus que les Evangiles nous disent que tous les disciples étaient dispersés et que seules des femmes étaient au pied de la croix. En fait, dès l'arrestation de Jésus, tout était fini pour les disciples ! Une fin désastreuse, une fin sans espoir, pour eux qui avaient pourtant tout laissé pour le suivre.
    Le récit des pèlerins d'Emmaüs nous donne le ton de ce que devait être le ressenti des disciples : un échec, un beau gâchis, que d'espoirs perdus. On ne peut s'empêcher de penser que tout se serait arrêté là s'il n'y avait pas eu le miracle de la résurrection. Sans elle, la mort de Jésus n'aurait été qu'une exécution de plus dans un temps troublé. Les disciples auraient fait leur deuil et tout se serait arrêté.
    Mais parce qu'il y a eu les apparitions de Jésus, parce que Dieu n'a pas voulu que l'histoire s'arrête-là, les disciples ont été mis en route, stimulés, poussés à comprendre ce mystère de la Passion de Jésus.
    Si Dieu a relevé ce Jésus d'entre les morts, alors sa vie, sa prédication et sa mort devaient avoir un sens que nous n'avons pas perçu lorsqu'il était parmi nous. Il faut reprendre — mot à mot — tout ce qu'il nous a dit; pas à pas — tout ce qu'il a fait pour trouver un sens à tout ce qui est arrivé et surtout à cette mort infamante sur la croix. Ainsi peut-on imaginer le début de la recherche qui a conduit à la rédaction des Evangiles.
    Toute mort, par son côté absurde, nous pousse à chercher des raisons de sa survenue. Pourquoi ? et pour… quoi ? quel sens peut avoir la mort ? Les explications vont généralement dans deux directions : vers le passé, vers les causes. Qu'est-ce qui a provoqué cette mort ? Et vers l'avenir. Quelle leçon peut-on en tirer, quel élan peut-elle donner, quel avancement peut-elle apporter ?
    Je crois que les récits de la Passion dans les Evangiles poursuivent ces deux directions, vers la cause et vers le but. Les récits de la Passion nous présentent une analyse, comme un descriptif, le pas à pas des dernières heures de Jésus. Ils identifient tous les acteurs, tous les faits et gestes, toutes les circonstances qui ont conduit et entouré la mort de Jésus et sa mise au tombeau.
    Et puis, ces récits insèrent au fil du texte des références qui ont pour but de donner des sens aux événements, ce sont des références à l'Ecriture, à l'Ancien Testament. Ces références sont là pour montrer que ce qui se passe est en lien avec un univers de sens plus vaste.
    Les événements ne se déroulent pas au hasard, on peut leur donner un sens, une raison, un but. La mort de Jésus n'est pas absurde, elle s'inscrit dans un mouvement plus large, dans une histoire plus vaste, dans une alliance et une relation entre Dieu et son peuple, une histoire de vie et de salut.
    Les citations renvoient au Ps 22 qui ressemble à une description d'une mort sur une croix : "Ils ont percé mes pieds et mes mains" (v.17); "Ils se partagent mes habits, ils tirent au sort mes vêtements" (v.19). C'est le Psaume qui commence par le verset : "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné" (v.1) que citent Marc et Matthieu. Jean cite encore la parole sur la croix "J'ai soif" qui renvoie au Ps 69:22 qui décrit le juste indûment persécuté.
    Et puis Jean continue avec un passage qui ne se trouve dans aucun autre Evangile, l'épisode où les soldats doivent briser les jambes des crucifiés pour hâter leur mort afin qu'ils puissent tous être dépendus avant le début du sabbat.
    Mais Jésus est déjà mort, ses jambes ne sont donc pas brisées. Un soldat le transperce au côté pour s'assurer de sa mort. Cela permet à Jean de citer deux fois l'Ecriture : "Aucun de ses os ne sera brisés" (Ex 12:46, Nb 9:12) et "Ils verront celui qu'ils ont percé" (Za 12:10). Cette dernière citation fait référence à un texte messianique. Jean nous confirme par là que Jésus est bien le Messie.
    Mais j'aimerais revenir sur la citation précédente : "Aucun de ses os ne sera brisés." Cette phrase est un commandement de Moïse concernant l'agneau qui est sacrifié et mangé lors de la Pâque. Jean développe ainsi un thème, une interprétation de la mort de Jésus qui lui et chère : Jésus est " l'agneau de Dieu qui ôte le péché du monde." C'est la phrase que Jean Baptiste prononce lorsqu'il voit arriver Jésus pour lui demander le baptême : "Voici l'agneau de Dieu qui ôte le péché du monde" (Jn 1:29).
    Ainsi donc, dans son récit de la Passion, Jean glisse encore — par la mention qu'aucun de ses os n'ont été brisés — que Jésus est l'agneau sans tache ni défaut qui est sacrifié à Pâque. En indiquant que la crucifixion de Jésus a lieu juste après midi, Jean la fait coïncider avec l'heure où commencent les sacrifices des agneaux dans le Temple.
    Jean nous donne donc là une clé importante de sa compréhension de la mort de Jésus. Comme les Hébreux en Egypte ont été sauvé du fléau exterminateur en appliquant du sang de l'agneau sur les montants des portes de leurs maisons, de même, le sang de Jésus versé sur la croix protège le chrétien des puissances destructrices.
    Jésus, sur la croix, est la victime pure et sainte (Cantique 286), l'agneau sans tache et sans défaut qui donne sa vie pour le salut de tous. Jésus fait cadeau de sa vie pour tous les humains, il efface — d'un geste un latéral, inconditionnel — toute dette que nous avions à l'égard de Dieu. Il délie tous les liens, tous les fardeaux, tous les boulets qui nous retiennent en Egypte, pour que nous puissions avancer, comme des êtres libérés, libres vers la Terre promise.
    La mort de Jésus n'avait rien d'absurde — en fin de compte. Elle s'inscrit dans le don, incommensurable, de l'amour que Dieu a pour nous. Dieu n'a qu'un message pour nous : Par amour, je vous donne ce que j'ai de plus précieux, je donne ma vie pour que vous viviez.
    Amen


    © 2006, Jean-Marie Thévoz, Suisse, Bussigny.