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Un programme de transformations

Jean 2

18.6.2017

Un programme de transformations

1 Corinthiens 3 : 5-11     Jean 2 : 13-22

Message pour les enfants

Pour le message de ce matin, j’ai choisi l’épisode de la vie de Jésus où il chasse les marchands du Temple. Dans le Temple, il y avait des animaux à vendre pour les sacrifices. Cela n’a pas plu à Jésus. Il a pris des cordes ce qui se trouvaient là. Il en a fait un fouet et a chassé les bœufs, les moutons et les chèvres et demandé aux vendeurs de colombes de partir. Jésus voulait faire cesser les sacrifices d’animaux. Savez-vous à quoi sert un sacrifice ? Vous est-il arrivé de faire un vœu ; j’entends un vœu sérieux après une bêtise ou un malheur ? Quand j’étais petit, lors d’une balade en forêt, j’avais posé ma veste pour construire une cabane. Et en repartant j’avais oublié de reprendre ma veste. Quand je m’en suis aperçu, j’avais peur de devoir dire à ma mère que j’avais perdu ma veste. Alors j’ai fait un vœu : si je retrouve ma veste alors je donnerais ma voiture préférée à mon frère.

L’idée c’est d’accepter de perdre quelque chose qui nous est précieux pour éviter un plus grand malheur. Mais si on applique cela à Dieu, c’est qu’on pense que Dieu va nous envoyer des malheurs si on ne lui sacrifie pas quelque chose (et au Temple, c’était des animaux de son troupeau). Cela suppose un Dieu méchant et un homme rusé qui peut tromper Dieu en lui disant : « je te donne un animal, ne me prend pas la vie.» Mais Dieu n’est pas comme cela, et Jésus le sait. Dieu n’a pas besoin de sacrifices, il n’a pas besoin de violence pour nous aimer. Dieu n’aime pas la violence, Dieu n’aime pas la mort, même pas la mort des animaux, Dieu aime la vie. Et depuis Jésus, il n’y a plus de sacrifices d’animaux. On a compris que Dieu n’aimait pas ça. Dieu aime la vie !

Pour lire la prédication, cliquer sur "lire la suite"...

Télécharger le texte : P-2017-06-18.pdf

Chers frères et sœur en Christ,

Jésus chasse les marchands du Temple. Un épisode de la vie de Jésus que tous les évangiles nous racontent. Les évangiles synoptiques (Matthieu Marc et Luc) placent cet épisode de la fin du ministère de Jésus, après son arrivée à Jérusalem, juste avant sa Passion. Même comme un épisode qui va déclencher sa Passion. A partir de là, les chefs des prêtres chercheront à le faire mourir.

Mais dans l’Évangile selon Jean, étonnamment, cet événement est placé tout au début du ministère de Jésus. Nous avons vu dimanche dernier que Jean fait commencer la vie publique de Jésus avec le signe du vin aux noces de Cana. Il continue avec cet épisode de Jésus au Temple. Deux récits qui annoncent le programme de Jésus, le sens de son action, la visée de sa mission parmi les hommes.

L’eau changée en vin à Cana nous indique que Jésus est venu pour transformer notre existence, d’une vie ordinaire en une vie en plénitude.Avec cet épisode de Jésus chassant les marchands du Temple, Jean veut nous montrer comment c’est la relation à Dieu qui est transformée. Le récit nous montre les trois transformations qui sont au programme de Jésus.

En premier lieu, la transformation la plus évidente, en lien direct avec la matérialité du geste de Jésus, c’est la transformation du culte à rendre à Dieu. En chassant les animaux du Temple, Jésus signale que le sacrifice animal n’est pas nécessaire dans la relation à Dieu. Avant lui, les prophètes (Es 1:11 ; Jér 6:20) avaient déjà proclamé que Dieu attendait le droit et la justice plutôt que des rituels et des sacrifices. Plus que de protection animale, il s’agit de sortir d’une relation marchande avec Dieu « je t’échange un animal contre ma vie ». Ce système ne laisse pas de place à la grâce est à l’amour. Aussi Jésus l’abolit-il ! Jésus aurait pu s’arrêter là et déclarer que le Temple serait désormais une « maison de prière » comme cela est dit dans l’Évangile selon Matthieu (23:13), mais Jésus va plus loin.

La deuxième transformation est révélée dans le dialogue entre Jésus et les autorités du Temple. Les prêtres demandent par quelle autorité Jésus se permet de semer le désordre dans leur Temple. Jésus leur répond par une parole à double sens — comme aime le relever l’évangéliste Jean. Jésus les défie de détruire le Temple et annonce qu’il le relèvera en trois jours. Les juifs comprennent le Temple de pierre. L’évangéliste Jean avertit le lecteur : il faut comprendre le corps de Jésus, allusion claire à la résurrection, marquée par les « trois jours » et par le verbe « relever ». (Deux verbes grecs sont utilisés alternativement pour parler de la résurrection : relever d’entre les morts ou réveiller d’entre les morts.)

Le double sens sur le mot « Temple », met en évidence — ici comme dans le récit de Cana — les deux plans du récit : ce que j’avais appelé les planches du théâtre où se trouvent les personnages du récit (ici Jésus et les juifs en dialogue) et les rangs de fauteuil des spectateurs (que sont les lecteurs de l’Évangile selon Jean et nous).

Sur les planches se passe un dialogue de sourds avec le malentendu sur le mot « Temple ». Dans les fauteuils s’ouvre une autre compréhension de ce dialogue ou le Temple devient le corps de Jésus. Les autorités juives étaient sûres que le lieu ultime de la Présence sacrée de Dieu était le Temple de Jérusalem. La plume de Jean nous révèle que le Temple dans lequel Dieu décide de manifester sa présence est le corps de cet homme Jésus de Nazareth. Voilà un changement ! (Le mot « corps » dans le vocabulaire de Jean veut dire ce qu’on entend aujourd’hui par « personne » : la présence vivante et visible de quelqu’un, comme dans l’expression : « il était là en personne ».) Ce récit programmatique nous dit donc que la révélation qu’apporte Jésus c’est qu’il incarne la présence de DieLa troisième transformation est une transformation de nos attentes, de notre compréhension de Dieu. On voit dans cet épisode un Jésus puissant, on a dit parfois en colère. Mais il ne faut pas se méprendre : l’accomplissement de la révélation ne se fera pas dans un acte de toute-puissance — ce qui correspondrait bien à nos attentes humaines. L’accomplissement de la mission de Jésus passe par la Passion et la croix, même si elle débouche sur la résurrection.

La citation du psaume (69:10) « mon zèle me consumera » signifie : « cette action le conduira à sa perte ». Les « trois jours » indiquent la mise au tombeau et l’attente de la résurrection, et le dernier verset (« Quand Jésus revint de la mort à la vie, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; et ils crurent à l’Ecriture et aux paroles que Jésus avait dites.» v22) est une parenthèse pour le lecteur, qui se place après le temps pascal, depuis une position qui surplombe le temps du récit. Comme si Jean nous disait : il faut vous habituer, ce n’est pas comme vous l’attendiez ou le souhaitiez, Jésus ne va pas bousculer l’ordre établi ou l’ordre naturel des choses, il vient opérer une autre transformation, moins visible, moins glorieuse, moins apparente, mais plus profond et plus vitale.

Jésus ouvre la porte à une relation nouvelle à Dieu. D’un Dieu puissant et lointain — dans le ciel — qui demande une réparation de nos fautes qui nous coûte, qui nous demande des sacrifices matériels, Jésus nous offre un Dieu qui s’abaisse pour demander d’accepter son cadeau d’amour. Il est à l’image d’un homme qui met un genou en terre devant celle qu’il voudrait prendre pour épouse et lui présente sa bague de fiançailles. Et Dieu attend un « oui » avec espérance…

Jésus est venu nous proposer ce type de relation : une offre d’amour, de fiançailles, avec tout le risque de rejet que cela comporte. Jésus se fait le Temple de ce Dieu qui se risque à dire son amour à tout homme et à toute femme sur la terre. C’est la fondation du nouveau Temple, sur lequel nous pouvons devenir une pierre en disant oui, comme le rappelle l’apôtre Paul.

On est passé du Temple de pierre de Jérusalem, au Temple de chair de Jésus qui abrite la Présence vivante de Dieu. Et de là, au Temple communautaire qu’est l’Eglise, l’assemblée de ceux qui ont dit oui à la déclaration d’amour de Dieu.

En tant qu’Eglise nous sommes les relais de cette déclaration d’amour de Dieu à l’humanité. Puissions-nous communiquer autour de nous que Dieu n’exige pas des sacrifices, mais offre simplement son amour en invitant à y répondre.

Amen

© Jean-Marie Thévoz, 2017

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