Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Osée 2. Prophètes (II) : Un amour paradoxal


    Osée 2
    14.8.2016
    Prophètes (I) : Un amour paradoxal
    Osée 1 : 1-9     Osée 2 : 4-9     Osée 2 : 15-25

    Télécharger le texte : P-2016-08-14.pdf

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Dans cette série sur les petits prophètes, nous allons cheminer avec le prophète Osée ce matin. Osée est contemporain d’Amos. Il prophétise entre 750 et 725 av. J.-C. Le pays est en paix, mais on sent la pression de l’Assyrie qui aboutira à la chute d’Israël du Nord en 721 av. J.-C.
    Osée n’a pas la même mission qu’Amos, dont nous avons vu dimanche dernier qu’il s’en prenait à l’injustice et à la corruption. Non, Osée a pour mission de lutter contre le glissement du peuple Israël vers la religion cananéenne, qui était un culte à Baal, le dieu de la fertilité, fertilité des champs autant que fertilité des femmes. Cet attrait vers un culte de la nature est vécu comme un éloignement du culte à Dieu, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et de Jacob, le Dieu de Moïse, le Dieu du désert du Sinaï.
    Face à cet éloignement de son peuple, Dieu confie une mission étrange à son prophète Osée : il doit épouser une prostituée sacrée — donc voué au culte de Baal — et avoir des enfants avec elle. On peut facilement s’imaginer la réaction de son entourage et du peuple : un prophète de Dieu qui épouse une femme d’une autre religion, qui s’engageait corps et âme (c’est le cas de le dire) dans cette religion opposée au culte du Dieu du Sinaï ! C’est proprement scandaleux !
    Oui, mais c’est justement le message que Dieu veut faire passer ! Cette incompatibilité exposée dans la vie du prophète n’est que l’image de l’incompatibilité de ce qui se passe tous les jours dans les foyers d’Israël. À côté de Dieu, on vénère aussi Baal : « on ne sait jamais », « ça peut toujours servir », « ça ne peut pas faire de mal» si les récoltes sont meilleures et les enfants plus nombreux. Autant manger à tous les râteliers, disent-ils.
    Mais Osée est là pour dire, en acte, que ça ne va pas. Qu’on ne peut pas faire tout et son contraire. Osée ne peut pas laisser sa femme aller librement voir ses amants, c’est inconvenant ! L’idée du message, c’est que ceux qui disent cela s’aperçoivent que c’est justement leur situation devant Dieu.
    Il s’agit là d’une parabole qui doit servir à se regarder dans le miroir et s’apercevoir que ce qu’on reproche à Osée, on le fait soi-même. On met Dieu dans la situation d’être trompé. Dieu se retrouve avec un peuple adultère, idolâtre. C’est pourquoi Dieu dit — au travers des noms des enfants d’Osée — vous serez appelés « Mal-aimée » et « Pas-mon-peuple» !
    De l’exposé de la situation, on passe aux menaces, menace d’abandon et de rejet, de destruction. Dieu annonce la rupture, il va quitter son peuple adultère. C’est tout à fait dans la ligne prophétique. Le prophète utilise le contexte politique de menaces de l’Assyrie pour concrétiser la menace divine. L’idée est que la privation (Dieu ne s’occupe plus de son peuple et l’abandonne aux envahisseurs) va faire réfléchir et revenir son peuple vers lui. Une privation qu’il fait réfléchir, en vue d’un retour.
    Mais Dieu lui-même ne semble pas croire à l’efficacité de la menace. Et si ça marche pas ? Alors la rupture sera totalement consommée, ce que Dieu ne veut pas finalement. Alors Dieu, par la bouche d’Osée, va annoncer une autre stratégie, la stratégie qu’ils ne va cesser de mettre en œuvre, continuellement, jusqu’à nous : une stratégie de reconquête !
    Peu importe ce qui s’est passé, Dieu se donne pour tâche de reconquérir son peuple. Pour cela il veut le ramener « au désert» (Os 2:16). Cela peut vouloir dire lui faire passer un temps d’épreuve, mais aussi (je pencherais plutôt de ce côté) le faire revenir au premier temps de leur relation, au temps de la révélation sur le Sinaï, au temps des premières amours, à la source de leur relation.
    Ce que Dieu propose, c’est un nouveau départ, depuis le début. Ça avait mal tourné, tant pis, on recommence. Dieu propose un nouveau statut à son peuple. Il propose, toujours avec les métaphores conjugales, « je ne serai plus ton maître (ton Baal) mais ton mari (littéralement ton homme) » (Os 2:18)  non pas un statut légal, mais un statut relationnel, comme entre des personnes amoureuses.
    Dieu est prêt à payer la dot, lors des fiançailles, une deuxième fois, et le prix de la dot est exprimée par quatre mots qui sont toute la substance de la théologie biblique : la justice, le droit, la fidélité et l’amour (Os 2:21).
    Voilà les quatre qualités qui feront la solidité des fiançailles de ce nouveau mariage. Des relations justes ; des règles énoncées, connues, pas de non-dits et de flottement qui conduisent aux reproches ; une fidélité qui permet la permanence, la sécurité, la confiance ; un amour qui donne le ton de la relation, c’est-à-dire un amour inconditionnel, fait d’attention à l’autre, d’attachement. Ce terme sera traduit plus tard par la LXX et dans le Nouveau Testament par le mot « agapè ».
    Seul l’amour inconditionnel peut continuellement être relancé et offert, quelle que soit la réponse en retour de celui à qui cet amour s’adresse. Cet amour débouche sur un changement des noms des enfants d’Osée. « Mal-aimée » est renommée « Bien-aimée ». « Pas-mon-peuple » est renommé « Mon-peuple ».
    L’amour inconditionnel de Dieu est facteur de changement, facteur de transformation, de réhabilitation. L’amour inconditionnel de Dieu est capable d’abolir les négations et de restituer l’intégrité, la valeur, la positivité.
    Le message d’Osée, avec son image de la conjugalité, sera repris par Jérémie (2:33 ; 3:1s ; 30:14 ; 31:22) et par Ezechiel (chap. 16 et 23). Il trouvera son aboutissement et son accomplissement dans l’œuvre du Christ qui nous offre gratuitement l’amour de Dieu, malgré la dureté du cœur humain qui le conduit jusqu’à la croix. Croix  qui devient — paradoxalement et scandaleusement — le sommet de l’amour divin pour l’être humain, le lieu de la plus incroyable déclaration d’amour à l’humanité. Les apôtres reprendront l’image conjugale pour exprimer le lien entre le Christ (l’époux) et l’Eglise (l’épouse) dans une nouvelle relation apaisée et harmonieuse.
    Mais toujours à nouveau, à chaque génération, Dieu se relance à notre reconquête, en nous proposant toujours à nouveau son amour. En sommes-nous vraiment conscient ?
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2016

  • Amos 1. Prophètes (I) : Un appel à la justice

    7.8.2016
    Prophètes (I) : Un appel à la justice
    Amos 1 : 1-2     Amos 2 : 6-16    Amos 5 : 4-7 + 10-14

    Télécharger le texte : P-2016-08-07.pdf

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Pendant ce mois d’août je me propose de vous faire découvrir quelques-uns des petits prophètes de l’Ancien Testament. Je peux présumer, sans prendre trop de risques de me tromper, que les petits prophètes ne sont pas vos pages préférées de la Bible. En effet, ces paroles sont souvent rudes et difficiles à recevoir. Mais en même temps cette rudesse, cette violence verbale, en font aussi tout l’intérêt.
    Dans l’Ancien Testament, on trouve trois grands livres de prophète : Esaïe, Jérémie, Ezéchiel et douze petits prophètes, des écrits moins longs, mais tout aussi percutants. Le plus ancien : Amos, s’est exprimé vers 780 av. J.-C. et le plus récent, Malachie vers 480 av. J.-C. Ainsi, les 15 prophètes qui ont leur livre dans la Bible (on en mentionne d’autres dans les livres de Samuel et des Rois) ces 15 couvrent la période de prospérité de Juda et d’Israël, leurs invasions successives par l’Assyrie et Babylone, puis la période de l’Exil enfin le retour de l’Exil : trois siècles d’histoire mouvementée, trois siècles pendant lesquelles Dieu s’adresse à son peuple, paroles que les prophètes relaient, souvent au péril de leur vie.
    Amos est le premier de ces prophètes dont les paroles ont été recueillies dans un livre qui porte son nom. C’est un éleveur-propriétaire dans le territoire de la Judée qui est appelé par Dieu à aller porter sa parole dans le territoire d’Israël, les deux Royaumes étant alors séparés.
    C’est une période de prospérité, puisque les deux grands voisins, l’Égypte au sud et la Mésopotamie au nord, ne sont pas en guerre. Il faut voir que le territoire d’Israël et celui de Juda forment un corridor emprunté par ces deux empires chaque fois qu’ils se font la guerre. Ainsi, chaque fois, les armées traversent et piétinent Israël et Juda lorsque ces empires prennent les armes l’un contre l’autre. Ce n’est pas le cas à cette période, c’est la paix, ainsi chacun peut cultiver ses champs, faire du commerce. En temps de paix c’est une route commerciale entre les deux empires et Israël et la Judée en profitent.
    Mais, du temps d’Amos, cette prospérité générale attise la cupidité et l’avidité. Les riches et les puissants deviennent plus riches et se sentent les coudées franches pour élargir leurs champs et exploiter davantage leurs employés, leurs ouvriers, pour biaiser le droit et corrompre les juges et les autorités.
    C’est dans ce contexte (on dirait aujourd’hui d’un capitalisme débridé) que Dieu envoie Amos comme prophète. Il est envoyé avec un message qu’on pourrait résumer en trois expressions « C’est trop, ça suffit, ça doit changer ». Le message de Dieu porté par Amos contient un constat, une menace et un remède.
    1. Le constat, c’est que l’injustice règne en Israël. « Je leur reproche en particulier ceci : ils vendent l’innocent comme esclave pour récupérer leur argent, ils vendent le malheureux pour une paire de sandales.» (Am 2:6) Il s’agit de spoliation et de corruption de la justice, pour s’enrichir et cela se passe jusque dans les lieux de culte ou sont offerts les produits volés aux pauvres (v.8).
    2. Face à ces comportements corrompus, le prophète annonce la venue de la destruction de la région. Ces oracles de destruction étaient courants dans les religions avoisinantes. On en retrouve aussi en Égypte. Mais ses oracles étaient toujours adressés aux peuples ou aux territoires ennemis. Ce qui est donc surprenant chez Amos, puis chez les autres prophètes de la Bible, c’est qu’à coté d’oracles contre les ennemis, se trouvent des oracles contre soi-même ! Contre son propre peuple ! C’est une spécificité biblique, du Dieu de la Bible. Il n’y a pas d’un côté les nôtres qui sont parfaits et les autres qu’on peut ou qu’il faut fustiger. La fracture n’est pas entre nous et les autres. La fracture est entre ce qui est aimable ou non, entre ce qui est détestable ou non. La fracture passe par l’attitude éthique, par la façon d’appliquer le droit et la justice, même à l’intérieur de sa propre communauté !
    Ce qui importe à Dieu, ce n’est pas un territoire, ce n’est pas un groupe de gens ou un peuple particulier, c’est une façon d’être les uns avec les autres. Et la bonne façon d’être repose sur l’application du droit.
    3. C’est particulièrement visible dans la troisième lecture que vous avez entendue et qui dresse le remède à la menace de destruction. La menace est suspendue à un changement de comportement. Cette suspension est liée à une injonction, un impératif qui est répété trois fois : « Cherchez ! » (v4, 6, 14)  « Cherchez moi et vous vivrez ! » (v4).  « Cherchez le Seigneur et vous vivrez ! » (v6). « Cherchez le bien est non le mal afin que vous viviez ! » (v14)
    Il y a deux liens primordiaux qui sont exprimés ici, le lien entre Dieu et notre vie ; et le lien entre Dieu et le bien. Le bien étant obtenu par l’application de la justice au travers du respect du droit.
    Le droit est enraciné en Dieu, qui en est le garant — c’est pourquoi il envoie des prophètes pour dénoncer la corruption des juges et des tribunaux et appeler en retour à la justice et à la protection des faibles. La relation correcte à Dieu se réalise dans des comportements éthiques à l’égard d’autrui. C’est pourquoi Amos fustige aussi bien le faste des cérémonies dans les divers lieux de culte (5:21-24), que la proclamation liturgique : « le Seigneur, Dieu de l’univers, est avec nous » (5:14) qui est prononcée dans les temples.
    Dieu n’a rien à faire de nos formules liturgiques si elles sont contredites par des comportements injustes. C’est ce qu’Amos proclame en rapportant cette parole : « Cherchez à faire ce qui est bien et non ce qui est mal. Ainsi vous vivrez et le Seigneur Dieu, Dieu de l’univers, sera vraiment avec vous, comme vous le dites.» (5:14)
    Cette position d’Amos, qui place la justice, la juste relation à l’autre, avant le culte rendu à Dieu — ou comme forme juste du culte à rendre à Dieu — ressemble fort à l’injonction de Jésus dans le Sermon sur la Montagne : «si ton frère a quelque chose contre toi au moment de déposer ton offrande, va te réconcilier avec lui, puis reviens et présente ton offrande à Dieu.» (Mt 5:23-24)
    Sous des abords souvent rocailleux, les prophètes disent bien des paroles qui viennent de Dieu et qui nous rappellent que c’est bien dans nos relations aux autres que se joue notre relation à Dieu. Les commandements d’aimer Dieu et notre prochain sont indissolublement liés, déjà dans l’Ancien Testament. Le message des prophètes est toujours actuel. Notre monde a encore besoin de l’entendre s’il ne veut pas courir à la destruction, à l’autodestruction. « Cherchez le Seigneur et vous vivrez ! »
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2016