Romains 1
2.11.97
Réformation : la justice de Dieu, une grâce offerte aux humains
Jér 31:31-34 Rm 1:16-17 Lc 18:9-14
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Ce premier dimanche de novembre, nous commémorons la Réformation. Le premier dimanche de novembre a probablement été choisi parce que Martin Luther avait affiché ses "95 thèses contre les indulgences" sur les portes de l'église de Wittenberg le 31 octobre 1517, voici 480 ans.
Par ce premier acte public et provocateur, Luther dénonce vigoureusement la pratique de l'Eglise de l'époque de monnayer le salut, de remplir ses caisses en laissant croire que chacun pouvait racheter des années de purgatoire. C'est ce qu'on appelle le salut par les oeuvres.
Luther en tant que moine avait été éduqué dans cette croyance — généralisée à l'époque — qu'en sortant du monde (en se faisant moine), en faisant pénitence et en s'appliquant à se consacrer entièrement à Dieu, on pouvait gagner son salut, la vie éternelle.
Luther vivait — comme moine — dans l'angoisse et la terreur du jugement de Dieu. Il ne voyait Dieu que comme un juge, un Dieu comptable des bonnes et des mauvaises actions. Un Dieu impitoyable, exerçant une justice qui ne passe rien. Tous les jours, Luther se demandait avec angoisse : "Que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ?"
Un jour cependant, nous dit-on, Luther médite le début de la lettre aux Romains. Aux versets 16-17, il est question de la justice de Dieu. Là, il a comme une illumination ! Cette justice qu'il comprenait comme le jugement de Dieu sur l'homme pécheur, il la rencontre comme la façon qu'a Dieu de rendre justes les humains : "Comment Dieu rend les humains justes devant lui : par la foi seule" dit la traduction de la Bible en français courant. Le tribunal terrifiant fait place à un flot de grâce. Celui qui se croyait condamné reçoit sa lettre de grâce. De la terreur, Luther passe à la reconnaissance.
Il y a un avant et un après. Et Luther n'aura de cesse de dénoncer ceux qui entretiennent ce régime de terreur et de soumission. Et l'on comprend combien ce message libérateur a pu trouver d'échos parmi ceux qui l'entendaient.
Luther a marqué dans l'Histoire un avant et un après. Même si un schisme a eu lieu entre catholiques et protestants, les idées de Luther et des autres réformateurs ont fait leur chemin dans toutes les Eglises. Les indulgences ont disparu. Le discours sur le salut par les oeuvres a presque disparu. Pourtant, chassé par la porte, ce discours revient par la fenêtre, sous de nouvelles formes, sécularisées, très laïques. Aujourd'hui on a de la valeur, un statut social, à travers le travail, à travers l'argent ou une vie bien rangée et organisée. Fort de ce statut — comme le pharisien ou comme certains autorités économiques dans notre pays — on se met à juger les autres, les chômeurs, les sans-abri ou les réfugiés.
Heureusement, la justice de Dieu n'est pas la nôtre. Cette justice de Dieu ôte les étiquettes, rassemble, reconnaît chacun parce qu'il est, non pour ce qu'il fait. La justice de Dieu est évangile, Bonne Nouvelle, parce qu'elle proclame à tous les êtres humains que Dieu leur offre la dignité, une vie qui en vaut la peine. Bonne Nouvelle, parce qu'il est impossible à qui que ce soit de gagner cela par lui-même.
Dieu lui-même prend en charge notre transformation. La transformation de tous ceux qui acceptent qu'ils ont besoin d'être rendus à leur vérité première. Cette acceptation, c'est la foi, la confiance que Dieu m'accepte tel que je suis, la confiance que Dieu me rend juste sans que j'aie à m'en occuper moi-même.
Si l'on reprend la question de Luther "Que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ?" (phrase empruntée à deux récits bibliques, le jeune homme riche (Luc 18:18-23) et le bon samaritain (Luc 10:25-37)), la réponse est : RIEN.
La bonne nouvelle de Jésus-Christ, c'est de pouvoir s'abandonner à la grâce de Dieu, pouvoir accepter d'être accepté, renoncer à tout effort pour sauver la face, pour bien faire, pour faire un bout de chemin pour rejoindre Dieu. C'est Dieu lui-même qui renouvelle son alliance (Jér. 31). C'est lui qui nous donne des coeurs de chair à la place de nos coeurs de pierre.
La bonne nouvelle de Jésus-Christ, c'est accepter d'être totalement libéré du souci de l'effort de plaire à Dieu : la seule chose qui plaise à Dieu, c'est qu'on lui fasse confiance lorsqu'il nous dit : "cesse de te faire du souci".
Libre de cette tâche de gagner notre paix intérieure, nous pouvons enfin diriger nos forces ailleurs, non plus vers nous-mêmes, mais vers les autres.
Libérés, nous pouvons passer du souci à la sollicitude.
Amen.
© 2006, Jean-Marie Thévoz
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Jean 3. Jésus, que le Nouveau Testament nomme l'Epoux, était-il marié avec Marie-Madeleine ? A propos du Da Vinci Code
Jean 3
24.7.2005
Jésus, que le Nouveau Testament nomme l'Epoux, était-il marié avec Marie-Madeleine ?
Es 62 : 1-5 Eph 5 : 25-30 Jn 3 : 25-29
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
J'ai annoncé la semaine passée que je répondrais ce dimanche à la question : Jésus était-il marié avec Marie-Madeleine ? Cette question se pose après l'affirmation du romancier Dan Brown, l'auteur du Da Vinci Code que Marie-Madeleine était l'épouse de Jésus et qu'elle lui avait même donné une fille et créé ainsi ce que le romancier appelle "une lignée de sang royal." ¨
Pour étayer sa construction du mariage de Jésus, le romancier se base sur deux citations d'un texte apocryphe (c'est-à-dire qui a été déclaré hérétique et n'est donc pas entré dans la bibliothèque du Nouveau Testament), texte qui se nomme l'Evangile de Philippe, où Marie-Madeleine est déclarée être la "compagne" de Jésus (EvPhil §32 et §55).
Nous avons vu la semaine dernière quelle place le Nouveau Testament accordait à Marie-Madeleine, c'est-à-dire une place importante de premier témoin de la résurrection, une place de quasi-apôtre — place qui est plutôt atténuée dans les Evangiles du Nouveau Testament, place qui est plutôt amplifiée dans les textes apocryphes ! En effet, les trois textes apocryphes qui parlent de Marie-Madeleine (Evangile de Philippe, Evangile de Thomas, Evangile de Marie[-Madeleine]) la mettent en scène (i) comme une rivale de Pierre pour la place de premier disciple; (ii) comme la plus aimée des disciples par Jésus (les disciples demandent même à Jésus "Pourquoi l'aimes-tu plus que nous tous ? " (EvPhil §55) mais nous n'avons malheureusement pas la réponse de Jésus); (iii) finalement comme "compagne" de Jésus. Alors, peut-on dire d'après cela que Jésus était marié, qu'il avait une épouse ? Si notre réponse est oui, Marie-Madeleine est la seule candidate plausible comme épouse.
Donc la question de base est de savoir si Jésus était marié ou non. Dans le contexte du judaïsme du temps de Jésus, tout homme avait le devoir de se marier et d'avoir des enfants. Le célibat était très mal vue et certains chercheurs pensent que si Jésus n'avait pas été marié cela aurait été dit et expliqué, pour ne pas dire excusé. Cependant, on peut observer que Paul — l'apôtre — bien que juif accompli selon ses dires, n'était pas marié. On ne nous dit rien non plus de l'état civil de Jean Baptiste. Il y avait aussi le groupe des "nazirs", des consacrés à Dieu qui ne se mariaient pas, tout comme les membres de la secte des esséniens. Il y avait donc très probablement un célibat religieux tout à fait accepté, au point qu'on n'en parlait pas.
Dans l'autre sens, on nous parle toujours de la famille de Jésus comme étant composée de sa mère et de ses frères (Mt 12:46; Ac 1:14), Si Jésus avait fondé une famille, on parlerait de sa femme et de ses enfants. Le silence des Evangiles plaide plutôt en faveur du célibat de Jésus.
Cependant, à plusieurs reprises, Jésus est identifié par les rédacteurs des Evangiles comme étant l'Epoux. Nous l'avons entendu dans la bouche de Jean Baptiste (Jn 3:29), nous le retrouvons dans la parabole des Dix vierges folles ou sages (Mt 25:1ss) et souvent dans l'Apocalypse (Ap 18:23; 21:2).
Pourquoi Jésus est-il appelé l'Epoux ? Cette appellation nous renvoie à la lecture de l'Ancien Testament, aux prophètes Osée (chap. 1—3), Esaïe (Es 54:1-8; 62:1-5), Jérémie (chap. 2 et 31) Ezéchiel (chap. 16) qui parlent de l'alliance entre Dieu et Israël ou Jérusalem comme d'un mariage (un mariage plutôt malheureux d'ailleurs où il est question d'adultère et de prostitution). Dieu y est représenté comme un fiancé, un amoureux, un mari qui souhaite faire renaître l'amour de sa fiancée, de son épouse.
Dans le Nouveau Testament, cette parabole de l'amour de Dieu avec son peuple est reportée sur Jésus et le peuple d'Israël d'abord, puis sur Jésus et l'Eglise ensuite, comme on le voit développé par le rédacteur de la lettre aux Ephésiens. Le thème du mariage entre Dieu est son peuple, reporté sur la personne de Jésus, est une façon d'affirmer la divinité de Jésus. Il est vraiment, non seulement le porteur du message de Dieu, comme un prophète, mais il est Dieu lui-même qui s'adresse à nouveau à son peuple. Une nouvelle histoire d'amour commence, Dieu à nouveau s'approche de son peuple pour lui proposer un nouvel épisode de vie commune.
Ce mariage du divin et de l'humain est repris dans divers contextes dans les premières Eglises. D'abord dans la théologie paulinienne pour en faire un exemple de vie conjugale pour les couples chrétiens. Il est repris aussi dans le monachisme, où les moines et les moniales deviennent épouses consacrées au Christ. Enfin, cette métaphore est reprise par les milieux appelés "gnostiques" qui prônent un mariage entre le Christ et la Sagesse, la "Sophia."
C'est dans ce contexte qu'ont été écrits les Evangiles apocryphes où il est dit que Marie-Madeleine est la compagne de Jésus. Un parallèle est fait entre la sagesse et Marie-Madeleine. Comme la sagesse doit devenir l'épouse du Christ, Marie-Madeleine devient la compagne, l'épouse de Jésus, mais dans un sens mystique, d'autant plus que ces textes ont été écrits bien après la mort de Marie-Madeleine.
Seuls les naïfs — ou les mystificateurs comme le sont les romanciers (pour notre plus grand plaisir d'ailleurs, car que serait un roman s'il ne nous emmenait pas sur les chemins de l'imaginaire ?) — seuls les naïfs donc font remonter ce mariage du vivant de Jésus !
Dans le Nouveau Testament, Jésus est l'époux de l'Eglise et cette métaphore définit la place et le rôle de l'Eglise. Elle se doit d'être fidèle et vigilante, elle attend le retour de son époux, le Christ ressuscité. Je pense que le déploiement de cette image, de cette métaphore du mariage de l'Eglise avec Jésus, l'Epoux, n'a été possible que parce que — justement — Jésus n'était pas marié !
Si Jésus avait été marié, il aurait été plus difficile d'en faire l'Epoux de toute l'Eglise. Si Jésus avait été marié, à cause de cette métaphore, il aurait été important et utile de différencier son mariage terrestre et son mariage mystique avec l'Eglise et cela serait apparu dans les textes.
Tous ces éléments nous persuadent de conclure que Jésus n'était pas marié et donc que Marie-Madeleine n'était pas son épouse. C'est peut-être moins romantique, c'est aussi moins dramatique puisque cela signifie — pour le roman — qu'il n'y a pas de complot des Eglises pour cacher ce mariage… à moins que je ne fasse partie moi-même du complot…!?
En bonne théologie protestante, c'est à chacun qu'incombe la responsabilité d'interroger les textes pour se faire une opinion personnelle. Les textes apocryphes sont tous accessibles en traductions à la bibliothèque universitaire.
Donner accès à chacun à la Bible — ce qu'on fait les Réformateurs — et aux autres connaissances — ce que font les facultés de théologie — est le meilleur moyen de dégonfler les idées de complots. Cela permet aussi de lire les livres chacun selon leurs genres, et maintenir les romans dans la littérature de fiction.
A chacun sa place, sans besoin de censure.
Le roman :
Dan Brown, Da Vinci Code, Paris, Ed. Jean-Claude Lattès, 2004.
Textes des Evangiles de Thomas, de Philippe et de Marie dans :
Yvonne Janssens, Evangiles gnostiques, Louvain-la-Neuve, Centre d'Histoire des Religions,1991.
Ev Thomas : pp. 46-62
Ev Philippe : pp. 100-130
Ev Marie : pp. 234-238
© 2006, Jean-Marie Thévoz