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  • Actes 4. Obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes.

    Actes 4.

    1er août 2010

    Obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes.

    Actes 4 : 1-12,  Actes 4 : 13-21.

    Télécharger la prédication : P-2010-8-1.pdf

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,

    Nous avons choisi — comme thème de prédications de l'été — de vous parler de l'apôtre Pierre. Ma collègue vous a fait découvrir ce personnage dans les Evangiles et je vais continuer avec le livre des Actes des Apôtres. Le livre des Actes des Apôtres pourrait presque s'appeler les Actes de Pierre et Paul. Ils en sont les principaux héros. Pierre dans les chapitres 1 à 15 et Paul dans les chapitres 13 à 26, avec l'inclusion de sa conversion au chapitre 9. Pierre et Paul se rencontrent lors du Concile de Jérusalem, dont je vous parlerai le 22 août.

    Ainsi, peu à peu, Paul supplante Pierre dans la construction du christianisme et du Nouveau Testament. Mais Pierre reste le premier des disciples, dans le temps, dans son parcours avec Jésus et dans la fondation de l'Eglise de Jérusalem.

    C'est lui qui prêche directement après la Pentecôte. Il enseigne dans le Temple — avec Jean. Et il guérit l'infirme qui siège devant la Belle-Porte (Ac 3). C'est cet épisode de guérison qui est à la base du premier conflit avec les autorités du Temple et qui nous est exposé dans ce chapitre 4.

    Luc fait ici preuve de son talent littéraire, dans sa façon de raconter l'épisode et de nous faire comprendre beaucoup de choses sur Pierre comme "entre les lignes." Luc utilise le timing de l'épisode qui nous intéresse. Rappelons l'horaire de ce conflit : Pierre prêche au Temple pendant la journée. Les autorités réagissent et arrêtent Pierre et Jean dans la soirée. Les apôtres passent la nuit en prison. Ils comparaissent le lendemain matin devant le Conseil. Cela ne vous rappelle-t-il rien ?

    Par cet horaire, Luc fait un parallèle entre la Passion de Jésus et ce premier conflit. On y voit une sorte de remake du procès de Jésus. C'est ainsi que s'accomplissent les annonces de persécutions que Jésus a faites à ses disciples. Luc souligne ainsi la communauté de destin entre les disciples et Jésus. Voyons cela dans le détail.

    Jésus avait annoncé à ses disciples : "Quand on vous conduira pour être jugés dans les synagogues, ou devant les dirigeants ou les autorités, ne vous inquiétez pas de la manière dont vous vous défendrez ou de ce que vous aurez à dire, car le Saint-Esprit vous enseignera à ce moment-là ce que vous devez exprimer." (Luc 12:11-12, voir aussi Luc 21:15).

    Et voici que Pierre — dont on se souvient la peur, voire la lâcheté, devant la servante pendant le procès de Jésus — Pierre est maintenant plein d'assurance. Il s'exprime, au grand étonnement de l'assemblée, avec clarté et avec des arguments qui font mouche, alors que les grands-prêtres pensent avoir à faire à des gens simples et sans instruction.

    Luc dit clairement d'où vient cette audace et cette assurance : "Pierre était rempli du Saint-Esprit" (v. 8). Ainsi, les promesses de Jésus s'accomplissent. Le Pierre du reniement d'avant la croix et la résurrection a été transformé et cette transformation vient de l'Esprit-Saint, l'Esprit de Jésus qui habite maintenant les disciples.

    Un autre "trait de caractère" de l'apôtre mis en évidence par Luc est l'honnêteté. Les autorités du Temple demandent à Pierre et aux disciples de ne plus parler de Jésus au Temple. Là, Pierre joue l'honnêteté, il joue cartes sur table : ce ne sera pas possible, "nous ne pouvons par renoncer à parler de ce que nous avons vu et entendu" (v. 20). Ce n'est pas de la contestation, ce n'est pas de la provocation, c'est juste un positionnement, une affirmation, un fait. Ce positionnement est ancré dans la certitude "qu'il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes" (v. 19).

    Affirmation si évidente, mais affirmation si problématique.

    Affirmation évidente pour le sanhédrin, mais problématique pour le sanhédrin vis-à-vis des prédicateurs de Jésus. Affirmation évidente aujourd'hui face aux violations des droits humains, mais affirmation problématique pour nous aujourd'hui lorsque ce sont les musulmans qui la prononcent pour obtenir des dérogations à nos lois.

    Affirmation problématique un 1er août où nous mettons justement en avant notre pays et nos lois. Qu'est-ce qui justifie cette phrase dans la bouche de Pierre. Qu'est-ce qui la rend acceptable dans la pratique — puisqu'il est difficile de la contester dans l'absolu ?

    Comment concilier : Dieu est au-dessus de nos lois, fussent-elles démocratiques, et : Tout le monde doit se soumettre aux lois et aux principes de la démocratie ? Je pense qu'on peut trouver quelques pistes dans le comportement de Pierre.

    Premièrement, Pierre demande juste une liberté, un droit à la liberté d'expression. Il faut distinguer le "droit-liberté" du "droit-créance". Le "droit-créance" demande une action, une prestation de la part du pouvoir. Le droit au travail, le droit au logement sont des "droits-créances". Les "droits-liberté" demandent une abstention de la part du pouvoir : s'abstenir d'empêcher ou de réprimer. La liberté d'expression que demande Pierre ne demande pas de prestation, juste de ne pas être empêché de parler.

    Deuxièmement, cette liberté d'expression n'est pas contraignante pour les autres, elle n'oblige pas à rester pour écouter. Chacun reste libre d'adhérer ou pas au message de Pierre.

    Troisièmement, les apôtres sont prêts à assumer les conséquences et les inconvénients de leurs discours ou de leur opposition à l'autorité. Ils sont prêts au martyre. C'est une résistance non-violente et non-agressive.

    Quatrièmement, Pierre ne définit pas un contenu précis à ce que Dieu demande. Il ne revendique pas cette obéissance sur des cas particuliers, un comportement, un rite ou une coutume; et il ne cherche pas à imposer cette volonté à d'autres. Il demande un espace de liberté dans l'espace public.

    Ce conflit entre autorités religieuses et Pierre persiste encore aujourd'hui entre les autorités civiles et les demandes religieuses, entre la pensée dominante et les courants minoritaires. Le partage n'est pas facile à faire, nous le voyons souvent dans nos journaux.

    Rappelons-nous que la pratique du Christianisme (dans son essence), à la suite de Jésus, a toujours été de chercher des voies d'ouverture et de non-violence où le chrétien renonce à son droit plutôt que de devenir intolérant.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2010

  • Luc 19. Jésus ne regarde pas l'apparence, mais les blessures intérieures.

    Luc 19

    4.7.2010

    Jésus ne regarde pas l'apparence, mais les blessures intérieures.

    Luc 15 : 1-7,  Luc 19 : 1-10

    Télécharger la prédication : P-2010-07-04.pdf

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,

    C'est la première fois que je prêche sur ce récit de Zachée. Pour moi, il a un goût d'enfance : une retraite d'enfant à Crêt-Bérard sur ce récit et une chanson, "C'était un homme, haut comme trois pommes…" Et puis cette fin très moralisatrice d'un homme qui fait don de la moitié de sa fortune et promet de réparer les torts financiers qu'il a commis. Est-ce qu'on a encore envie d'entendre qu'il faudrait renoncer aux biens matériels pour être un bon chrétien ? Tout ça fait que je n'ai jamais eu trop envie de me lancer dans une prédication autour de ce personnage.

    Pourtant, il y a quelque chose qui doit être différent dans ce récit. Ce n'est pas un récit de tristesse, mais de joie. Au centre de ce récit, il y a la joie de Zachée. Cette joie est l'exact contrepoint de la fin du récit de l'homme riche qui repart tout triste après sa rencontre avec Jésus et que Luc nous raconte un chapitre plus tôt dans son Evangile (Lc 18:18-30).

    Zachée est joyeux de sa rencontre avec Jésus. Donc quelque chose a changé pour lui dans sa rencontre avec Jésus. Partons à cette recherche. Qui est Zachée ? Luc nous le présente en nous donnant son nom, son métier : il est chef des agents des impôts et son statut social : il est riche. Plus loin, il nous dit qu'il est de petite taille.

    De ce portrait social, il faut esquisser un portrait un peu plus psychologique. De par son métier, qui implique une collaboration avec les romains et les autorités, il est craint, mais aussi méprisé voire haï. Les gens à qui il prélève l'impôt ne l'aiment pas et les élites intellectuelles ou religieuses le voient comme compromis avec l'occupant et jouissant de richesses pas propres.

    Il fait partie des exclus, avec la contrepartie — étant riche — qu'il peut acheter ce qu'on ne lui donne pas. Personne ne l'invite chez soi, mais il peut inviter à ses banquets, et on ne peut sûrement pas refuser ses invitations. Mais il doit bien sentier que les gens viennent chez lui contre leur gré, par obligation. Zachée peut faire de grandes fêtes, tout y est, la nourriture, le vin, les danseuses et les jongleurs, mais quelle valeur à la fête si le cœur des convives n'y est pas ?

    C'est là que la rencontre avec Jésus va être décisive. (Je passe sur l'épisode du sycomore — on pourrait sûrement y voir toutes sortes de symboles. Pour moi ce passage anecdotique, mais inutile dans la logique du récit et du message évangélique, atteste juste de l'authenticité de la rencontre.) Le point central de cette rencontre, c'est le contraste entre le mépris de la foule vis-à-vis de Zachée — et par ricochet vis-à-vis de Jésus qui parle à Zachée — et le fait que Jésus choisit justement de s'inviter chez lui.

    Remarquez bien, ce n'est pas Zachée qui invite Jésus chez lui, malgré son désir de voir Jésus, malgré son stratagème pour le voir en montant sur l'arbre au risque de voir se multiplier les quolibets à son égard. Oui, Zachée a envie de voir Jésus, non ce n'est pas lui qui l'invite. C'est Jésus qui s'invite chez Zachée. C'est Jésus qui prend l'initiative de s'inviter.

    Je ne pense pas que Jésus s'impose, je pense que Jésus s'invite chez Zachée pour lui signifier deux choses : (i) c'est mon désir de venir chez toi, sous-entendu, je ne viens pas par obligation; (ii) tu es digne de me recevoir, parce que je ne fais pas de différence entre les personnes. Toutes les personnes ont de la valeur aux yeux de Jésus, parce que Jésus regarde au cœur des gens.

    Jésus ne regarde pas l'apparence, mais il regarde les blessures intérieures, pour venir y mettre le baume de son amour. A la limite, pour Jésus, plus grande est la blessure, plus il va s'occuper de cette personne. Plus grand est le manque d'amour, plus grand est le besoin d'être aimé, plus Jésus va consacrer de temps à cette personne. "Le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus" dit la fin du récit.

    Voilà que Jésus s'invite chez celui qui ne voyait défiler chez lui que des gens forcés, achetés, dégoûtés. Voilà enfin quelqu'un qui s'intéresse à lui, à ce qu'il est vraiment, un être humain, avec sa part d'ombre, mais aussi sa part de lumière — celle que tous les autres lui dénient.

    Où est-il dit que Zachée, avant sa rencontre avec Jésus, était foncièrement mauvais, un escroc, un voleur ? C'est la foule qui le dit, pas le narrateur. (Est-ce que vous avez fait le calcul proposé par le récit ? J'ai toujours aimé les maths et je me suis toujours dit : il y a quelque chose qui cloche dans ce récit. Comment Zachée peut-il en même temps donner la moitié de sa fortune aux pauvres et rembourser quatre fois ceux à qui il a trop demandé si toute sa fortune reposait sur des malversations ?)

    Zachée n'était pas forcément plus malhonnête que la moyenne des gens ! Ni complètement intègre, ni complètement malhonnête. Faut-il dire comme un banquier suisse ?

    Revenons à Jésus. Ce qu'il donne à Zachée, c'est ce qu'il n'avait jamais reçu : une place. Une place dans son peuple "c'est aussi un enfant d'Abraham" dit Jésus. Une place, une filiation, un enracinement, une considération. Voilà ce qui libère intérieurement Zachée.

    Jusque-là il devait acheter sa place dans la société. Maintenant que cette place lui est donnée, il n'a plus besoin de son argent dans ce rôle. L'argent peut maintenant servir à autre chose qu'à assurer son être. Zachée peut disposer de son argent autrement. La valeur de Zachée n'est plus dans sa fortune, elle est dans son être. Jésus a déplacé cette valeur. C'est là le point intéressant de ce texte, qui peut nous amener à réfléchir à notre place et à notre valeur.

    D'où tenons-nous notre place ? Qui nous la donne ? D'où tenons-nous notre valeur ? Qui nous la donne ? Ou en d'autres termes : où est notre manque ? Qu'est-ce qui nous comble ? Comment cherchons-nous à combler notre manque ?

    Comme Zachée, nous sommes en quête d'être comblés. Nous sommes en route, nous cherchons — et nous ne sommes pas mauvais de ne pas avoir complètement trouvé — comme Zachée.

    Retenons — comme avec Zachée — que Jésus déplace le sens de notre quête, renverse l'ordre des choses. C'est lui qui nous invite. C'est lui qui se met à notre recherche lorsque nous sommes perdus. Il n'attend pas que nous soyons guéris pour nous rencontrer, il vient à notre rencontre pour nous guérir.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2010