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  • Marc 6. Peut-on vraiment croire que Jésus a marché sur les eaux ?


    Marc 6
    21.11.2010
    Peut-on vraiment croire que Jésus a marché sur les eaux ?
    1 Co 15 : 19-25,  Mc 6 : 45-54

    Téléchargez la prédication : P-2010-11-21.pdf


    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Un texte difficile, vraiment difficile que ce récit où Jésus marche sur les eaux. Un texte difficile pour nous aujourd'hui parce que c'est un récit proprement incroyable. Entre parenthèses, je ne crois pas qu'il était moins incroyable pour les premiers lecteurs des Evangiles. Les gens n'étaient pas plus naïfs que nous à l'époque. Mais peut-être savaient-ils mieux faire la différence que nous entre les récits descriptifs et les récits significatifs, symboliques.
    L'obstacle qui est devant nous et en nous, c'est que nous prenons tout au premier degré et que si le premier degré est absurde, nous laissons tomber plutôt que de chercher le second degré. Or ce récit de Jésus marchant sur les eaux est vraiment à prendre au second degré.
    Ce récit veut nous dire des choses et des choses très importantes. Nous allons aller pas à pas dans le récit, au fil du vocabulaire utilisé, pour y trouver les sous-entendus et le sens profond du récit, pour les disciples, pour les premiers lecteurs des Evangiles et pour nous.
    Ce récit suit directement le premier récit de multiplication des pains. La foule, nourrie du Pain de vie (voir ma prédication du 31.10.10) est encore là, auprès de Jésus et des disciples. Le premier acte du récit est une double séparation. Jésus doit convaincre les disciples de partir en barque sans lui et il doit renvoyer la foule chez elle.
    "Aussitôt après, Jésus fit monter ses disciples dans la barque pour qu'ils passent avant lui de l'autre côté du lac, pendant que lui-même renverrait la foule." (Mc 6:45).
    Cela ressemble à une phrase de simple transition entre deux récits, mais c'est bien autre chose. Je vais vous montrer que c'est le résumé du ministère de Jésus. La traduction "Parole de Vie" dit : "Tout de suite après, Jésus oblige ses disciples à monter dans la barque." Le terme utilisé pour "oblige" évoque — dans le grec polythéiste — la déesse de la Nécessité ou de la Destinée. Il est nécessaire que Jésus soit seul pour réaliser la mission pour laquelle il est venu.
    Et cette mission est illustrée ici par le renvoi de la foule chez elle. Cela semble aussi un notation anodine. Mais le verbe utilisé pour dire "renvoyer" est celui qui est utilisé pour dire "délier" ou "mettre un enfant au monde, le délivrer" ou encore "libérer un captif" (on retrouve ce verbe dans le demande de Pilate à la foule : "Voulez-vous que je vous libère Barabbas?" (Mc 15:15). C'est encore ce même verbe qui est utilisé pour absoudre quelqu'un d'une accusation, pour acquitter un prévenu, affranchir un esclave ou libérer du service militaire.
    Voilà la mission — encore secrète — de Jésus : libérer cette foule, l'affranchir, l'absoudre, la mettre au monde pour qu'elle naisse à un monde nouveau, délivrée du monde ancien, enfantée au ciel. Il y a là une tâche, une mission que seul Jésus peut accomplir et qu'il doit accomplir seul. Si les disciples pouvaient contribuer à nourrir les foules, aucun disciple ne peut donner le salut. Seul Jésus le peut.
    Cette mission requiert de Jésus toute son énergie, c'est pourquoi, après avoir libéré la foule, il monte sur la montagne pour prier. Cela nous rappelle la montée de Moïse au Sinaï pour entrer dans la présence de Dieu. Je pense que nous avons là une préfiguration de Gethsémané, la prière au Mont des Oliviers, une préfiguration du combat de la prière contre la mort.
    Mais voyons la suite. Le soir vient, la nuit tombe et le récit nous dit l'éloignement. Les disciples sont dans la barque au milieu de la mer et Jésus est seul à terre. Malgré la nuit tombée, Jésus voit la situation des humains (encore une situation impossible au premier degré) : "Les disciples ont du mal à ramer, parce que le vent souffle contre eux." (v.48) Ils ont du mal a ramer parce que le vent est contraire. Ça, c'est le premier degré. On y voit en filigrane les épreuves de la vie, les difficultés de l'existence. En fait, Marc n'utilise pas le verbe "ramer", il utilise un verbe bien plus fort : "mettre à l'épreuve de la vérité", "soumettre à la question, à la torture."
    Voilà la vraie condition humaine, dans toute sa crudité. La vie est cruelle : la maladie frappe injustement, les malheurs tombent sans qu'on les ait mérités. Au cœur de la nuit, Jésus voit cela, il voit nos vies, oui, il voit comme on "rame" contre les vents contraires.
    Alors il vient. Alors, il survole les obstacles pour nous rejoindre, alors il marche sur la mort pour venir jusque dans notre barque. Non, je n'ai pas fait de lapsus en remplaçant le mot "mer" par le mot "mort." Dans la pensée hébraïque, la mer est le danger absolu. Les Hébreux ne sont pas les Phéniciens qui ont dompté la mer Méditerranée.
    Quand les Evangiles font marcher Jésus sur la mer, c'est — au deuxième degré — pour nous dire qu'il est en train de vaincre la mort, il la foule au pied, il l'écrase comme le serpent de son talon.
    C'est pourquoi, lorsqu'il monte dans la barque, tout s'apaise : "Il monte à côté d'eux dans la barque, et le vent s'arrête de souffler." (v.51)
    Avant cela, il y a la réaction des disciples à la vue de Jésus. Eux non plus ne peuvent pas croire, ne peuvent pas le reconnaître. La chose la plus sensée, la plus logique qu'ils peuvent penser, c'est qu'ils voient un fantôme. Tout le reste est impensable.
    Mais Jésus leur parle et c'est par la Parole qu'ils le reconnaissent. Jésus leur dit : « Rassurez-vous (ou ayez confiance), c'est moi ! N'ayez pas peur ! » (v.50) Ayez confiance ou ayez du courage, c'est le sentiment que les généraux demandent à leurs troupes avant d'affronter un combat et le risque de la mort. Cela ne signifie pas "Ayez confiance, rien ne va arriver," cela signifie : "Affrontez la vie, le bien et le mal, avec le courage du combattant." Jésus peut le dire, parce qu'il vient de fouler la mort à ses pieds, parce que lui-même a vaincu la mort pour nous.
    Parce que Jésus a déjà remporté la victoire finale, nous pouvons à notre tour monter au combat avec courage pour lutter à la place qui est la nôtre.
    Ce récit ne nous raconte donc pas un exploit bizarre — marcher sur l'eau. Ce récit nous annonce — dans cette première partie de l'Evangile — la vraie mission de Jésus pour nous et pour tous les humains. Il nous dit que la mission générale de Jésus est de libérer, d'affranchir l'humanité de l'esclavage du malheur, d'enfanter l'humanité vers un monde nouveau qui est le Royaume de Dieu.
    La façon particulière de Jésus de réaliser cela, c'est de voir la situation de vie dans laquelle nous sommes et dans laquelle nous "ramons", et de nous y rejoindre. Il le fait en foulant le malheur et la mort à ses pieds, pour nous donner en même temps l'apaisement de nos tempêtes et le courage d'affronter la vie.
    Nous recevons ce courage de la foi que nous mettons dans le fait qu'il a déjà accompli ce combat et qu'il l'a déjà remporté sur la croix. C'est pourquoi il peut nous dire : "Ayez confiance, c'est moi — ou Je Suis — n'ayez pas peur."
    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2010

  • Ephésiens 3. Soyez enracinés dans l'amour.

    Ephésiens 3
    14.11.2010
    Soyez enracinés dans l'amour.
    Jean 15 : 9-13,  Ephésiens 3 : 14-19

    Téléchargez la prédication : P-2010-11-14.pdf


    Chères paroissiennes, chers paroissiens, chère famille,
    Nous avons vécu le baptême de NN, un bébé de 6 mois. Il est venu au monde, fragile comme tous les nouveaux-nés, et sa vie dépend des soins que vous lui prodiguez. La vie humaine, comme toute vie sur notre planète, est fragile et vulnérable. Et nous faisons tout ce que nous pouvons pour la protéger, pour que les enfants grandissent sainement, en bonne santé. Mais comme tous les parents, nous avons nos inquiétudes et nous faisons le vœu que tout aille bien. Fragilité physique du début de la vie et de l'enfance.
    On se dit qu'arrivés à l'âge adulte, c'est bon. Pourtant, si nous regardons nos vies, notre vie personnelle, nous n'avons pas perdu nos vulnérabilités. Elles se sont simplement déplacées. Comme adultes, surtout comme jeunes adultes comme vous, on ne se soucie pas trop de sa santé, la fragilité est plus intérieure : vais-je réussir dans mes entreprises, dans mon travail, dans ma vie de couple, dans ma vie familiale, dans l'éducation de mes enfants ? C'est la difficulté d'être reconnu, apprécié, aimé tel qu'on est.
    Cette quête de l'amour nous agite, nous préoccupe. Et puis avec l'âge, les soucis de santé reviennent, l'angoisse de vieillir, d'arrêter de travailler ou de devoir peut-être quitter son chez soi pour l'EMS. Sommes-nous condamnés à être toujours en souci, à être toujours vulnérables et malheureux ? N'y a-t-il donc rien à faire ? Ne peut-on vivre en paix ?
    C'est aussi ce que vivent les gens à qui l'apôtre Paul écrit à Ephèse. Et Paul prie pour eux, pour qu'ils puissent cesser de vivre dans l'angoisse de leur vulnérabilité. Pour qu'ils puissent être comblés de plénitude. Dans sa prière, Paul rappelle d'abord le lien fondamental qui nous relie à Dieu. Dieu est Père, et par là, l'origine de toute famille. La filiation, le lien qui unit les générations, est en même temps l'image et le modèle de l'amour. L'amour humain est l'image de l'amour que Dieu a pour nous. L'amour divin est le modèle de l'amour que nous pouvons avoir les uns pour les autres.
    Après avoir posé cette équivalence, ce rapport, Paul développe ce qu'il demande à Dieu pour nous. Il demande d'abord que Dieu fortifie notre être intérieur. Il y a deux manières d'être fort : soit avoir une armure autour de nous, une armure qui nous empêche d'être blessé par l'extérieur, soit renforcer notre intérieur pour que les coups du destin ne détruisent pas quelque chose de vital en nous.
    L'armure a cet inconvénient que — si elle nous protège — elle nous empêche aussi d'être touchés, elle nous prive des caresses de la vie. Aussi est-il préférable de renforcer son être intérieur pour supporter les chocs et continuer à être sensibles, capables d'être touchés, de ressentir et de partager.
    Ce renforcement intérieur, Paul le voit comme possible en laissant le Christ habiter en nous, en se laissant insprier par le vie du Christ. Et Paul explique ce que cela veut dire en disant — ce qui me semble être le centre de son message — "soyez enracinés dans l'amour." (Eph 3:17)
    Le mot "enraciné" qui est utilisé ici par Paul, c'est le mot qui a donné "rhizome" en français. Les iris ont des rhizomes, les bambous aussi. Le pasteur qui a habité la Cure avant moi avait planté un bambou dans le jardin. Maintenant, il y a un bosquet et les rhizomes font des repousses trois mètres plus loin. Quand j'essaie d'ôter ces rhizomes, je dois prendre la bêche et la hache. Je peux vous dire que ces bambous sont enracinés !
    Et bien, Paul nous dit "soyez enracinés dans l'amour" aussi fortement que les bambous. Si vous êtes enracinés dans l'amour, c'est pour que vous soyez comblés de toute la plénitude de Dieu. Paul ne demande pas cela pour que Dieu soit content ! Non, c'est pour que nous soyons comblés, pour que nous soyons heureux, pour que nous soyons délivrés de l'angoisse, des soucis que nous envoient constamment nos fragilités et nos vulnérabilités.
    Et Paul dit quelque chose de cet amour dans lequel nous enraciner. Il aimerait nous en faire connaître toutes les dimensions : la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur. Ce sont les quatre dimensions de l'espace.
    La largeur, c'est ce qu'il y a à notre droite et à notre gauche, ce qu'il y a à nos côtés. De chaque côté, pour nous entourer, il y a de l'amour, de l'amour qui vient de Dieu.
    La longueur, c'est ce qu'il y a devant et derrière nous. C'est la longueur du chemin parcouru. C'est l'amour que vous avez reçu de vos parents. C'est la longueur du chemin qui s'étend devant vous, c'est tout l'amour que vous allez donner à vos enfants, à vos petits-enfants ou arrière-petits-enfants.
    La hauteur, c'est tout ce qu'il y a au-dessus de nous, un espace qui nous surplombe, mais aussi un espace vers lequel nous élever.
    La profondeur, ce sont tous les abîmes qui se trouvent sous nos pieds. Ce n'est pas un vide vertigineux, puisque là aussi Dieu y met de l'amour pour que nous ne sombrions pas. Il fait un pont d'amour au-dessus du vide pour que nous puissions traverser, avancer, progresser.
    Oui, chers amis, il y a de l'amour tout autour de nous, à côté, devant et derrière, au-dessus et au-dessous de nous. Pourquoi ne pas ouvrir les yeux et nous en rassasier ?
    Paul prie pour que nous y ayons accès, pour que nous acceptions de nous relier à cette source d'amour que le Christ nous a montrée, par ses paroles, par ses gestes, par sa vie. Il a consacré sa vie à nous monter que cette source est accessible, disponible, infinie.
    Allons-nous passer à côté et garder nos angoisses, ou bien allons-nous découvrir toutes les dimensions de cet amour pour accéder à la plénitude que Dieu veut nous offrir ?
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2010