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  • Luc 1. Conçu du Saint-Esprit, né de la vierge Marie

    Luc 1
    20.12.1998


    Conçu du Saint-Esprit, né de la vierge Marie

    Romains 5 : 15-17      Luc 1 : 26-38      Matthieu 1 : 18-23

    Avez-vous comparé les premières pages des 4 évangiles. Avez-vous eu une fois la curiosité de voir comment commencent les 4 témoignages de l'oeuvre de Dieu pour nous ?
    Marc — le plus ancien évangile — débute avec le témoignage de Jean-Baptiste et le baptême de Jésus. Matthieu et Luc présentent quelques pages sur la naissance de Jésus; chez Matthieu, Joseph est averti par un ange de la mystérieuse conception de Jésus; chez Luc, c'est Marie qui reçoit l'annonciation. Enfin, Jean commence son évangile par une réflexion philosophique sur le Verbe, la Parole — dans laquelle, il faut reconnaître le Christ — qui préexiste à la création du monde. Quatre évangiles, quatre témoignages très différents et pourtant, une même intention : nous faire reconnaître dans ce Jésus de Nazareth : le Christ, le Fils de Dieu.
    De ces quatre témoignages, on peut tirer trois constats :
1) Plus le temps passe dans les premières églises, plus l'origine de Jésus — en tant que Fils de Dieu — est développée et remonte dans le temps.
2) Face à des témoignages aussi différents, il faut reconnaître que les faits historiques nous sont inaccessibles. Ce qui nous est transmis, ce ne sont pas des informations sur ce qui s'est passé, mais une réflexion élaborée sur la signification — donc la vérité — de ce que Dieu a voulu nous révéler.
3) Pour saisir la vérité contenue dans ces évangiles, nous avons intérêt à suspendre nos jugements sur l'historicité des faits pour aller à ce qui peut nourrir notre foi, notre faim de vérités pour notre vie d'aujourd'hui. Essayons donc d'aller au-devant de ces vérités que veulent nous révéler les évangiles.
    Je crois que Luc et Matthieu, en nous présentant leurs réflexions sur la conception et la naissance de Jésus essaient de répondre à la question : quel est le lien entre Jésus et Dieu ? Cette question est explicitement posée dans l'évangile de Jean :

    "Les juifs s'indignaient contre Jésus parce qu'il avait dit : « Je suis le pain descendu du ciel ».
    — N'est-ce pas Jésus, le fils de Joseph ? disaient-ils. Nous connaissons son père et sa mère. Comment peut-il dire maintenant qu'il est descendu du ciel ? (Jean 6:41-42)
    Même dans l'évangile de Luc on trouve cette question : "N'est-ce pas le fils de Joseph ? (Luc 4:22). Ce Jésus, dont la famille est bien connue, comment est-il relié à Dieu ?
    Matthieu et Luc, très explicitement, essaient de répondre à cette question par l'affirmation de l'intervention du Saint-Esprit et la non-intervention de Joseph dans la conception de Jésus, comme l'affirme le Symbole des apôtres : "conçu du Saint-Esprit, né de la vierge Marie".
    Cette double affirmation nous révèle d'abord que le lien entre Jésus et Dieu est constitutif de la personne de Jésus. Ce n'est pas un lien acquis, à un moment ultérieur de la vie de Jésus. Dès le début de sa vie, Jésus est celui que Dieu destine à devenir le Messie, le Christ. Cette naissance est bien l'accomplissement des prophéties d'Esaïe qui annonçait une naissance, un rejeton issu du tronc de Jessé, de la famille de David. Dieu a prévu et préparé la venue de son Messie, il n'a pas choisi un homme existant — qui lui aurait plu (qui aurait pu lui plaire ?) — pour qu'il devienne le Christ.
    "Conçu du Saint-Esprit, né de la vierge Marie" L'affirmation :"né de la vierge Marie" signifie l'exclusion de Joseph, de l'homme dans cette conception. Cette affirmation est à comprendre en écho au récit de la création de l'homme et de la femme, Adam et Eue. L'apôtre Paul fait ce lien entre Adam et le Christ. Adam est le premier d'une généalogie humaine et le premier de la généalogie des humains séparés de Dieu par le péché.
    En opposition, le Christ est le premier d'une nouvelle généalogie, celle des humains réconciliés avec Dieu. Cette opposition est marquée par la mise à l'écart — temporaire — de l'homme au masculin. Le masculin, avec son long passé patriarcal, est marqué par sa soif de pouvoir, de domination. Ce pouvoir, cette violence, cette domination devaient être écartés. Ce n'est pas par la vertu de l'homme, ni par son pouvoir ou par sa puissance, que le Fils de Dieu est venu visiter les humains, c'est par la seule et unique volonté de Dieu. Et pour réaliser son dessein, Dieu choisit ce qui est généralement méprisé, dénié, bousculé, oppressé : une jeune femme dans une société patriarcale.
    "Conçu du Saint-Esprit, né de la vierge Marie". Nous avons vu la face sombre de cet énoncé — la condamnation de l'oppression de l'homme sur la femme, image de toutes les oppressions — mais il y a aussi une face lumineuse : Dieu intervient lui-même — par le Saint-Esprit qui est comme son bras droit, sa présence dans notre monde — pour que se réalise sa volonté.
    Dans la personne de Jésus, Dieu s'incarne, prend corps, la Parole faite chair. En Jésus, Dieu s'est lui-même abaissé et caché dans l'humanité pour s'y dévoiler, s'y révéler pleinement à Pâques. Dieu assume pleinement la condition humaine, de la naissance à la mort, pas seulement pendant les trois ans du ministère de Jésus.
    En Jésus, la condition humaine est pleinement prise en compte et revalorisée. Jésus inaugure bien une nouvelle lignée, à laquelle nous somme invités à participer. Une nouvelle lignée dans laquelle nous pouvons aussi renaître, par la puissance du Saint-Esprit; souvenez-vous de Nicodème.
    Cette nouvelle lignée nous a été ouverte par Jésus, le Christ et nous pouvons y être associés — comme le dit Paul — en étant baptisés dans la mort et la résurrection du Christ et en participant au repas auquel Jésus nous invite pour commémorer sa vie et sa mort.
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2012