Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

convivialité

  • Mobiliser pour le « vivre ensemble »

    Luc 10
    22.11.2015
    Mobiliser pour le « vivre ensemble »

    Jérémie 29 : 10-14      Luc 10 : 1-11

    Télécharger le texte : P-2015-11-22.pdf


    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Il y a quelques semaines, j’ai lu ce récit de Jésus qui envoie ses 72 disciples en mission. Et mon attention avait été retenue par la fin du récit et par cette expression « secouer la poussière de ses pieds » (Lc 10:11). Je m’étais dit alors que j’allais garder ce texte et cette expression pour le dernier dimanche de l’année ecclésiastique, c’est à dire aujourd’hui.
    J’avais l’idée, en choisissant ce récit pour ce dimanche, que nous pourrions revenir sur les événements que nous avons traversés cette année et faire un tri. Un tri entre ce que nous voudrions garder, emmagasiner, les choses qui nous ont fait du bien, et les choses que nous voudrions laisser derrière nous, comme de la poussière qu’on secoue de ses pieds (de ses souliers aujourd’hui) pour ne pas traîner derrière nous des choses lourdes, des regrets ou des rancunes, des fardeaux.
    Ce besoin de regarder en arrière et ce tri subsiste, et je pense que c’est une bonne chose si nous arrivons à le faire. Mais entre-temps, il s’est passé des attentats qui réclament une réflexion plus profonde. Le 31 octobre, un avion russe explose en plein vol. Le 12 novembre, un attentat a lieu au cœur de Beyrouth au Liban. Et le 13 novembre voici les attentats de Paris.
    Nous avons besoin de plus que des pensées sur une bonne hygiène de vie par le tri de nos souvenirs de l’année, même si c’est toujours profitable de l’appliquer. Cette hygiène de vie, ce tri est juste un moyen qui doit servir un but, un projet. Et c’est bien ce que dit, justement, notre récit. Lorsque Jésus envoie ses disciples, il leur donne un but, un projet, on appelle aussi cela une mission. Cette mission s’articule sur trois points.
    D’abord Jésus envoie les 72 disciples « aux endroits où lui même devra se rendre » (Luc 10:1). Les disciples sont une avant-garde, ils sont des précurseurs, ils ouvrent le chemin à Jésus. Mais c’est Jésus lui-même qui vient. Nous pouvons juste lui ouvrir le chemin.
    Ensuite, les disciples apportent la paix en disant : « La paix sur cette maison » (v.5). C’est le premier message indiqué par Jésus. Ensuite il est question de vivre ensemble, de partager nourriture et boisson avec ceux qui sont là, dans la maison, et de guérir les malades.
    Enfin, deuxième partie du message, qui est plus une constatation : Dites « le Royaume de Dieu s’est approché de vous ! » (v.9) Il semble qu’il faut comprendre que la cohabitation et le compagnonnage — ce qu’on appelle aujourd’hui la convivialité et le vivre ensemble — sont constitutifs du Royaume de Dieu. Lorsqu’il y a vivre ensemble, le royaume de Dieu s’est approché, s’est manifesté.
    Et tant pis pour ceux qui ne veulent pas ce vivre ensemble, ou s’en éloignent, on secoue alors la poussière de ses pieds, mais le Royaume de Dieu s’est tout de même approché de ces gens là (v.11). Mais ils ont leur liberté et peuvent choisir de s’en tenir écartés. Le Royaume de Dieu est offert, il ne peut pas être imposé.
    Le projet de Jésus c’est que ce vivre ensemble soit proposé à tout le monde, ensuite chacun fait ce qu’il veut. Il y a assez de monde qui souhaitent ce vivre ensemble pour ne pas s’attarder auprès de ceux qui le refusent.
    On trouve la même idée de projet dans le texte de Jérémie. Dieu dit : « Je forme pour vous un projet de bonheur, de bonne vie. Je vous donne un avenir à espérer. »
    Pour comprendre le monde d’aujourd’hui, je crois qu’il est nécessaire de le regarder à travers les lunettes d’un « avenir à espérer ». Là où les gens ont une vision claire de l’avenir qu’ils espèrent, alors ces gens sont forts, ils avancent, il peuvent surmonter tous les obstacles, la vie a un sens.
    Si l’on regarde vers le passé, vers l’Histoire, on peut énumérer quelques projets qui ont été des « avenirs à espérer », des moteurs : découvrir le monde avec Christophe Colomb ; inventorier le savoir avec Diderot ; apporter la civilisation ; vaincre les épidémies avec Pasteur ; construire une Europe unie pour éviter le risque de guerre ; marcher sur la lune. Évidemment, tous ces projets n’ont pas la même valeur, tous ces projets n’ont pas fait que du bien (on pense à la colonisation par exemple) mais ils ont mobilisé.
    Aujourd’hui : quel projet mobilise l’Occident ? Nous sommes plutôt en panne. Nous ressentons de l’impuissance, nous nous sentons sur la défensive. Les projets avec le vent en poupe, c’est de fermer les frontières, c’est de se défendre et de se méfier.
    En l’absence de projet constructif, il ne faut pas s’étonner que les pires projets, mais les projets qui promettent un but, une victoire, un combat glorieux : ceux-là remportent du succès, on le voit malheureusement avec Daech. En Europe, la réplique contre Daech ne veux pas être seulement militaire, c’est une lutte morale ou même spirituelle.
    Qui a un « avenir à espérer » à offrir, pour mobiliser la jeunesse qui cherche l’aventure, qui cherche les exploits, qui cherche l’adrénaline, la camaraderie ? Tant que notre occident n’a que la consommation ou la célébrité sur YouTube à offrir, nous ne pourrons pas rivaliser avec les recruteurs fanatiques ! Notre occident a besoin d’un « avenir à espérer », d’un avenir à créer, à construire. Sans projets mobilisateurs, ce sont d’autres qui mobiliseront les déçus de la société occidentale et les laissés pour compte, les jetés hors du système.
    Quel est notre espérance comme chrétien ? Qu’est-ce qui nous mobilise, nous motive et que nous pouvons proposer à d’autres ? Sur quels projets allons nous appeler d’autres à se joindre à nous, parce que ces projets ont du sens, parce qu’ils font du bien, parce qu’ils apportent de la paix.
    Dans ce récit, Jésus mobilise ses disciples parce que la moisson est grande. En effet ceux qui sont sans projets sont nombreux. Mais Jésus a un projet de paix, un projet de vivre ensemble. Jésus a le projet de faire s’approcher le Royaume de Dieu pour que tous les humains vivent en paix ensemble. Ce projet en vaut la peine. Le monde a besoin de paix et de vivre ensemble. Le monde a besoin des chrétiens. Le monde a besoin de nous.
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2015