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Matthieu 28. Dans le récit de Pâques, Matthieu nous détourne du tombeau vide pour nous envoyer en Galilée

Matthieu 28

27.3.2005

Dans le récit de Pâques, Matthieu nous détourne du tombeau vide pour nous envoyer en Galilée

Rm 10:13-17    Mt 28 : 1-10    Mt 28 : 16-20

Chers amis,
Je trouve redoutable de prêcher sur la résurrection le jour de Pâques. Oui, je trouve cela redoutable parce que nous vivons à une époque où l'on a plus besoin de savoir que de recevoir, d'être sûr, d'être assuré que d'être appelé à s'émerveiller.
La résurrection, c'est d'abord quelque chose d'impossible, d'incroyable, et pourtant nous voulons nous en faire une image, une représentation, nous voulons l'expliquer, en faire quelque chose qui nous rasure et nous aide à croire.
En fait, des siècles de croyances et de traditions sont venus recouvrir notre lecture des Evangiles d'un voile, presque opaque. Ce matin, j'ai envie de laisser tomber ces filtres et retourner à la simplicité du texte, retrouver juste ce qu'il dit et ne dit pas.

"Après le sabbat, dimanche au lever du jour, Marie de Magdala et l'autre Marie vinrent voir le tombeau." (Mt 28:1)
Deux femmes viennent voir le tombeau. Chez Matthieu, il n'est pas question de toilette des morts, d'embaumement avec les fameux aromates. Les femmes ne viennent rien faire, elles viennent voir…

"Soudain, il y eut un fort tremblement de terre; un ange du Seigneur descendit du ciel, vient rouler la pierre de côté et s'assis dessus. Il avait l'aspect d'un éclair et ses vêtements étaient blancs comme la neige. (…) L'ange prit la parole et dit aux femmes : « N'ayez pas peur. Je sais que vous cherchez Jésus, celui qu'on a cloué sur la croix; il n'est pas ici, il est revenu de la mort à la vie comme il l'avait dit. Venez, voyez l'endroit où il était couché. » (Mt 28:2-3+5-6)
Tiens, voilà de l'extraordinaire, un tremblement de terre et un ange lumineux. On croit assister à la résurrection… mais on se trompe ! Le tombeau n'est pas ouvert pour que Jésus en sorte — "il n'est pas ici" dit l'ange — non, le tombeau est ouvert pour que les femmes puissent constater que Jésus n'y est plus !
La scène extraordinaire ne concerne pas la résurrection, mais la révélation ! Dieu bouleverse l'ordre ordinaire des choses pour que les humains aient accès à la révélation. Mais le seul tombeau vide ne dit rein aux femmes et ne leur donne pas la foi. C'est la parole de l'ange qui les ouvre au mystère : "Il a été relevé, réveillé, il vous précède en Galilée" (Mt 28:7).
Le tombeau vide n'est pas preuve de résurrection, l'ange non plus, l'ébranlement de la terre non plus. Voir le tombeau vide n'est pas nécessaire à la foi, la foi ne vient pas de ce qui est vu, mais de la parole qui est entendue (Rm 10:17). Matthieu en est bien conscient puisque son évangile est une prédication pour une communauté de la 2e ou de la 3e génération après Jésus. Les croyants qui lisent l'Evangile de Matthieu pour la première fois, comme nous aujourd'hui, n'ont pas accès au tombeau vide. Nous n'avons accès qu'aux paroles des femmes, des disciples, des évangélistes ou des prédicateurs.
Le récit de Matthieu n'est donc pas une explication de la résurrection, mais une aide à la foi de l'Eglise. Il ne cherche pas à éclaircir le mystère, à expliquer le phénomène, il cherche à consolider la foi des croyants. Aussi, nous dit-il que ce n'était pas plus facile auparavant, même pour les Onze disciples :

"Les onze disciples se rendirent en Galilée, sur la colline que Jésus leur avait indiquée. Quand ils le virent, ils l'adorèrent; pourtant ils eurent des doutes." (Mt 28:16-17)
Les disciples voient Jésus, mais ils doutent ! Même eux — peut-on dire — ont de la peine à croire, Mais comment cela est-il possible ? Comment peuvent-ils douter alors qu'ils ont Jésus sous les yeux ? Eh bien, parce que ce ne sont pas les yeux qui donnent la foi. Parce que ce qu'on voit n'est pas toujours très clair ni très objectif, malgré ce qu'on veut nous faire croire à l'ère du tout télévisuel. La vue ne donne pas le sens de ce qui est vu, c'est sujet à interprétation.
Je vous donne un exemple : Vous voyez arriver quelqu'un près d'un parc à vélo. Il secoue plusieurs vélos jusqu'à ce qu'il en trouve un qui n'a pas de cadenas et s'en va le plus vite possible. Qu'avez-vous vu ? Ce qu'on croit avoir vu, c'est un voleur de bicyclette. Mais ce pourrait aussi être un pompier qui doit rejoindre d'urgence son service et dont la voiture est en panne. Seule une parole vous dira ce que vous avez vu !
Dans son récit, Matthieu nous dit cela : Ce n'est pas la vue qui donne la foi. Pour que la foi naisse et grandisse, il faut que l'ange explique aux femmes le sens de ce qu'elles voient; il faut que les femmes disent aux disciples ce qu'ils vont voir en Galilée; il faut que Jésus dise aux disciples ce qu'ils doivent faire, pour qu'ils comprennent et que la foi naisse de leurs doutes.
Le doute est normal face à la résurrection. D'ailleurs, le mot que Matthieu utilise pour parler du doute est un mot qui s'applique toujours aux disciples dans son Evangile, il décrit le doute à l'intérieur de la foi. Il décrit ce moment d'équilibre instable où l'on hésite entre la foi et l'incrédulité, entre le "c'est merveilleux" et le "c'est trop incroyable" entre "je n'en crois pas mes yeux" et "je ne crois que ce que je vois", entre la confiance et la défiance.
Matthieu comprend cette hésitation, elle habite toute personne en quête de la vérité. Et à celui qui est sur le ballant, Matthieu dit  — étrangement — retourne en Galilée, c'est là que Jésus te précède et t'attend. Pourquoi en Galilée, alors que dans les autres Evangiles, Jésus apparaît à ses disciples à Jérusalem ?
Je crois que Matthieu nous renvoie au ministère de Jésus, à la montagne où il a prononcé son sermon sur la montagne, aux lieux de ses rencontres et de ses guérisons. Matthieu nous dit — dans un langage un peu crypté — si tu hésites encore, eh bien retourne aux premières pages de mon Evangile et suis Jésus encore une fois, retrouve-le et suis-le, surtout écoute-le.
Car, comme le dit l'apôtre Paul :
"La foi vient de ce qu'on écoute la nouvelle proclamée et cette nouvelle est l'annonce de la Parole du Christ." (Rm 10:17)
Dans cette bonne nouvelle se trouve la puissance de la résurrection.
Amen
© 2007, Jean-Marie Thévoz

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