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  • Romains 1. L'apôtre Paul (III) Les relations entre juifs et non-juifs, l'image de l'olivier greffé

    Romains 11

    20.7.2003

    L'apôtre Paul (III) Les relations entre juifs et non-juifs, l'image de l'olivier greffé

    Rm 10 : 1-4    Rm 11 : 1-6    Rm 11 : 17-24

    Chères paroissiennes, chers paroissiens, 
    Il y a 15 jours, nous avions vécu avec Paul le Concile de Jérusalem. Un compromis entre Jacques, Pierre et Paul avait été trouvé sur l'obéissance à la Loi qui devait être demandée ou non aux non-juifs — les païens qui devenaient chrétiens. Paul est donc reparti s'occuper des Eglises d'Asie Mineure. Il a étendu son domaine à la Grèce : Thessalonique, Athènes, Corinthe. Le réseau des Eglises fondées ou stimulées par l'apôtre Paul est considérable.
    Les voyages se faisaient à pied ou en bateau, ils étaient lents et éprouvants. Alors, Paul se met à écrire des lettres pour rester en contact ou continuer à enseigner certaines communautés. Ces lettres de l'apôtre Paul nous sont conservées (probablement pas toutes) dans le Nouveau Testament. Une de ces lettres est particulière, puisqu'elle s'adresse à une communauté encore inconnue de Paul, c'est la lettre aux Romains. Paul a le projet d'aller un jour dans la capitale de l'empire ! Il prépare le terrain en écrivant à des chrétiens qui s'y trouvent déjà !
    Comme cette lettre n'est pas inspirée par des questions précises de la communauté ou des problèmes qui y ont surgi — comme les lettres aux Galates ou aux Corinthiens par. ex. — Paul dessine une fresque de sa compréhension du plan de Dieu pour tous les humains. Nous avons donc là un vrai traité de théologie paulinienne !
    Impossible, en une prédication d'en faire le tour. Je ne reteins qu'une question, attachée au vécu de l'apôtre, celle des relations entre juifs et païens. Paul peut le constater au travers de son ministère : les juifs se ferment au message de la bonne nouvelle, mais les païens s'y ouvrent et deviennent de plus en plus nombreux (même si c'est un tout petit pourcentage de la population totale) à embrasser la nouvelle foi.
    Pour le juif qu'est Paul — baigné dans l'Ancien Testament, fier d'être juif, membre du peuple d'Israël (Rm 11:1); Israël, l'héritier de la promesse divine, le peuple élu, choisi par Dieu pour le faire connaître au monde, — pour Paul, c'est une blessure, une souffrance de voir son peuple rejeter le Messie annoncé par les Ecritures. Alors, Dieu aurait-il changé son plan ? Dieu aurait-il décidé de rejeter son peuple et de s'en choisir un autre ?
    Paul est déchiré lorsqu'il écrit aux Romains : "Frères, ce que je désire de tout mon coeur, et que je demande à Dieu pour les juifs, c'est qu'ils soient sauvés." (Rm 10:1) C'est un problème personnel, mais c'est aussi une question théologique : "Je demande donc: Dieu aurait-il rejeté son peuple ? Paul ne peut que répondre NON ! Et il rappelle que cela s'est déjà produit dans l'histoire d'Israël, qu'il n'y ait plus qu'un poignée, un petit reste de fidèles, mais c'est encore le peuple d'Israël.
    Pour Paul, le refus des juifs est lié à une méconnaissance, à un manque d'information d'abord. Les juifs sont plein de zèle, mais ce zèle est mal orienté. Les juifs croient pouvoir se rendre justes devant Dieu alors que c'est impossible — nous avons vu comment l'apôtre en a fait la cruelle expérience dans son rôle de persécuteur — seul Dieu nous rend justes devant lui. Evangéliser, les juifs et les non-juifs, c'est, pour Paul, annoncer cela sans relâche. Dieu seul nous rend juste, la foi c'est de faire cette confiance à Dieu (Rm 10:3). Il faut faire confiance en cette bonté de Dieu.
    L'élection du peuple de Dieu n'est pas le fruit de bonnes actions de son peuple, mais uniquement le fuit de la bonté de Dieu (Rm 11:6). L'éloignement des juifs est dû à un manque de foi (Rm 11:20), mais il n'est que temporaire aux yeux de Paul. Et l'apôtre va développer une image magnifique pour expliquer les positions respectives des juifs héritiers de la promesse de toujours et des pagano-chrétiens qui entrent si tardivement et récemment dans cette mouvance.
    Paul compare l'histoire d'Israël à un olivier. Dieu est le jardinier qui s'occupe de cet olivier. Cela fait des années — des siècles, des millénaires — que Dieu s'en occupe et donc c'est un olivier cultivé. Ce qui se passe actuellement — pour Paul — c'est que des branches, certaines branches de cet olivier cultivé sont coupées, ôtées de l'arbre. A leur place sont greffées des branches d'olivier sauvage ! Oui, c'est vraiment le monde à l'envers ! De l'olivier sauvage remplace certaines branches d'olivier cultivé, c'est le contraire du bon sens. Mais c'est ce qui arrive et c'est ce qui permet é Paul d'expliquer à chacun quelle est sa vraie place.
    Les branches coupées, eh bien, c'est un vrai malheur. Mais ce n'est pas un rejet définitif. Paul spécifie bien que "si les juifs renoncent à leur incrédulité, ils seront greffés là où ils étaient auparavant. Car Dieu a le pouvoir de les greffer de nouveau." (Rm 11:23)
    En ce qui concerne les nouveaux venus, les branches d'olivier sauvage greffées, cela appelle à a modestie. Si l'on peut couper les branches établies, c'est aussi possible pour branches greffées. C'est un honneur, c'est une grâce d'être rattaché à la longue histoire du peuple de Dieu. C'est donc un devoir de respecter et d'honorer cette histoire et cette tradition, plus encore, cette tradition est la source de notre croissance. C'est valable pour nous aussi aujourd'hui et nous rappelle que nous n'avons pas à reléguer l'Ancien Testament au rang des antiquités.
    L'image de Paul est très forte : "Tu profites maintenant de la racine qui nourrit l'olivier cultivé (...). Ce n'est pas toi qui portes la racine, c'est la racine qui te portes !" (Rm 11:17-18).
    Ah, si seulement ces paroles de l'apôtre Paul avaient été plus souvent lues et prêchées au cours des siècles et pendant le XXe siècle, combien les relations entre chrétiens et juifs auraient été meilleures et peut-être n'auraient-elles pas abouti à la shoah. Ces paroles condamnent tout antisémitisme chrétien et interdit tous les reproches faits par les chrétiens contre les juifs d'avoir tué le Christ, d'être un peuple déicide. Tous les humains étaient inclus dans la foule qui criait "Crucifie !" à Jérusalem, comme tous les humains sont accueillis dans le salut offert par Dieu, par grâce au travers de Jésus.
    Paul nous livre ici un témoignage de conciliation entre chrétiens et juifs qui doit continuer à nous inspirer aujourd'hui. Malgré cette vision pacificatrice de Paul, nous verrons dimanche prochain comment les autorités de Jérusalem vont tout aire pour qu'il soit condamné à mort par les Romains. Heureusement, Paul dispose d'un joker qui créera un nouveau rebondissement dans son parcours...

    (à suivre...)

    Jean-Marie Thévoz, 2007

  • Actes 15. L'apôtre Paul (II) Le Concile de Jérusalem

    Actes 15

    6.7.2003

    L'apôtre Paul (II) Le Concile de Jérusalem

    Ac 15 : 1-12    Ac 15 : 22-31

    Chères paroissiennes, chers paroissiens, chers Amis,
    Dimanche dernier, j'ai commencé à vous parler de la vie de l'apôtre Paul. Né à Tarse, il a reçu une formation de pharisien à Jérusalem. Son zèle pour la Loi l'a conduit à persécuter la jeune Eglise chrétienne. Son amour de la loi l'a conduit à la haine des hommes et à la violence.
    Sur le chemin de Damas, il a une mystérieuse et foudroyante révélation, une voix du ciel lui demande : "Pourquoi me persécutes-tu ?" Cette question le projette dans un abîme de réflexion :
    comment se fait-il qu'il persécute celui à qui il avait décider de vouer sa vie ?
    Paul va se retirer pendant trois ans pour faire le point sur sa vie, pour recadrer sa relation avec Dieu. Trois ans pour intégrer dans sa pensée de pharisien l'irruption de cette nouvelle — a priori incroyable pour lui — le Messie est venu, c'était ce Jésus de Nazareth.
    Au bout de ces trois ans, Paul fait un premier voyage à Jérusalem pour rencontrer Pierre, le chef de l'Eglise et Jacques le frère de Jésus. Paul est accepté et sa mission définie, il ira à Antioche et en Asie Mineure pour annoncer l'Evangile.
    Pour évangéliser, Paul a sa méthode. Il commence par se rendre à la synagogue, le jour du sabbat, et profite du temps de parole qu'on donne aux visiteurs pour annoncer Jésus-Christ comme le Messie, un Messie mort sur la croix à Jérusalem et ressuscité par Dieu le troisième jour.
    D'après le livre des Actes, le résultat est presque toujours le même, la communauté est divisée, certains suivent Paul, d'autres s'opposent à lui, en général plus nombreux, car Paul est chassé de la synagogue. Il part alors avec ceux qu'il a réussi à convaincre et — à partir de leurs maisons — il annonce la bonne nouvelle aux non-juifs, aux grecs, aux romains, aux populations locales. Ainsi naissent de nouvelles communautés.
    Comme on le voit, ces communautés naissent sur un fond de crise et de conflits. Elles sont de composition hétéroclite et le mélange est parfois explosif. Les juifs devenus chrétiens voudraient que les non-juifs soient soumis à la Loi et notamment à la circoncision. Les non-juifs résistent et ne voient pas pourquoi en plus d'être chrétiens, ils devraient devenir juifs.
    Paul a une ligne claire là au milieu. Il a une expérience personnelle qui lui a montré que la Loi juive, son application stricte, ne conduit pas à aimer Dieu correctement. La Loi est utile pour la vie de tous les jours, mais la Loi est incapable de conduire à Dieu. En aucun cas on ne peut plaire à Dieu, se montrer à la hauteur de ses exigences au travers de l'obéissance à la Loi de Moïse. Le salut ne vient que de la grâce de Dieu, de la bonté de Dieu, non par nos mérites ou notre obéissance.
    Donc, Paul renonce à demander — plus même il combat  ceux qui veulent exiger des "païens" — la circoncision, symbole de la soumission à la Loi de Moïse.
    Mais il vient un temps où cette question ne peut plus être résolue au cas par cas, avec des différences d'applications d'une Eglise locale à l'autre. Un dispute à ce sujet se développe à Antioche et il est décidé de convoquer une réunion sur cette question à Jérusalem. C'est le deuxième voyage de Paul à Jérusalem pour ce qui sera plus tard appelé le 1er Concile de Jérusalem.
    Le récit de ce "Concile" dans Actes 15 est très important. Il nous montre que — environ 10 ans après la mort et la résurrection de Jésus — l'Eglise est toujours en formation. Il y existe différents mouvements, différentes tendances, comme des partis.

    On nous montre Jacques, le frère de Jésus qui reste très attaché aux traditions juives, il tient à la conversion au judaïsme pour devenir chrétien. On nous présente Pierre. Lui a d'abord eu une position semblable à celle de Jacques. Mais le livre des Actes nous montre qu'à travers une vision (Ac 10) il a été amené à annoncer l'Evangile et à convertir des non-juifs. Il est donc plus ouvert, car il a vu des païens recevoir le baptême d'eau et d'Esprit. Enfin, il y a Paul qui milite pour une entrée sans condition dans la communauté chrétienne.
    Ce Concile de Jérusalem va déboucher sur un compromis intéressant : les nouveaux venus devront respecter trois règles (ce qui est moins que les 613 commandements que les Pharisiens trouvent dans la loi mosaïque). 
    1) Renoncer à l'idolâtrie (renoncer aux sacrifices dans les temples grecs ou romains).
    2) Ne pas consommer de sang ou de viande contenant le sang de l'animal (pour les juifs, le sang contenait le principe de vie).
    3) Se garder de l'immoralité sexuelle.
    L'important n'est peut-être pas dans le contenu de ces trois règles, mais dans ce qui a été omis dans ces prescriptions !
    Implicitement, arriver à ces trois règles signifie que le chrétien est libéré de la Loi, que la Loi est remplacée par une autre obéissance, qui n'a pas besoin de définir précisément — dans un code, une liste — les attitudes ou les actes autorisés ou interdits. L'obéissance à la Loi est remplacée par une exigence unique !

    La Loi est remplacée par le commandement nouveau donné par Jésus : "Aimez-vous les uns les autres." (Jean 13:34)
    Paul dira : "Tout est permis, mais tout n'est pas utile, ou tout n'est pas constructif." (1 Co 10:23-24)
    Jean dira : "Dieu est amour." (1 Jn 4:16)
    Saint Augustin dira : "Aime et fais ce que tu veux."
    A ce Concile de Jérusalem est confirmé que le christianisme est une religion qui libère des fardeaux extérieurs, des devoirs qui pèsent, qui asservissent et qui peuvent n'être que des façades ! Le christianisme est une foi qui libère des gestes extérieurs, mais qui peut être plus exigeante par là-même, puisqu'elle réclame un engagement intérieur, une intériorisation du commandement d'amour. Et aucun aspect de la vie n'échappe à cette exigence !
    Il n'y a plus de règles extérieures, il n'y a plus de prescriptions pratiques ! Pour vérifier, posez-vous la question : "qu'est-ce que mon christianisme m'oblige à faire qui me distingue des autres ?" Je ne trouve rien, mais en même temps, aimer son prochain est une tâche permanente.
    De cette conférence à Jérusalem date probablement le schisme entre juifs et chrétiens et cette division restera toujours une préoccupation, une souffrance de l'apôtre Paul : "Quelles relations doivent avoir juifs et chrétiens dans le plan de Dieu ?" se demande l'apôtre Paul. Et c'est ce que nous examinerons dans 15 jours, lors de ma prochaine prédication.
    (à suivre...)

    © Jean-Marie Thévoz 2007

  • Galates 1. L'apôtre Paul (I) De la persécution à la conversion

    Galates 1

    29.6.2003
    L'apôtre Paul (I) De la persécution à la conversion
    Ac 22 : 1-11    Ga 1 : 11- 24

    Chères paroissiennes, chers paroissiens, chers Amis,
    Je commence aujourd'hui une série de quatre prédications sur la vie et la pensée de l'apôtre Paul. Plus du quart du Nouveau Testament nous vient des écrits de Paul, c'est dire son importance, son poids dans la formulation de la pensée chrétienne ! Comprendre mieux le personnage, son cheminement, son parcours, ses succès comme ses échecs ou ses erreurs nous permettrons de mieux comprendre sa pensée et donc nos origines et certainement aussi notre protestantisme !
    Paul est né en l'an 8 de notre ère, dans la ville de Tarse en Cilicie, l'actuelle Tarsus en Turquie. Je vais essayer de vous situer cette ville. Si l'on considère que la Méditerranée — à cette extrémité — a une forme de rectangle, délimité en haut par la Turquie, sur le côté par la Syrie, le Liban et Israël et en bas par l'Egypte, alors Tarse se situe près de l'angle supérieur, sur la côte turque.
    Il y a dans cette ville, comme dans la plupart des grandes villes du pourtour de la Méditerranée, une communauté juive. L'ensemble de ces communautés forment ce qu'on appelle la "diaspora," les juifs dispersés depuis l'Exil de 587 av. J.-C. Ces communautés, avec leur synagogue, répandues dans tout l'empire romain, joueront un grand rôle dans la vie de Paul.
    A sa naissance, il reçoit le nom juif de Shaoul (comme le roi Saül), nom qui sera prononcé Saul, en grec. Le grec est la langue maternelle de Saul, c'est dans cette langue qu'il est scolarisé, c'est-à-dire qu'il commence à apprendre par coeur les textes de l'Ancien Testament. Saul devait manifester de bonnes capacités intellectuelles, car son père l'envoie à l'âge de 15 ans continuer ses études à Jérusalem sous la direction d'un maître réputé : Gamaliel. Il suit la formation des pharisiens, peut-être pour devenir rabbin. Il se familiarise donc avec l'hébreu pour lire l'Ancien Testament dans le texte et l'araméen qui est la langue parlée à Jérusalem.
    Etre pharisien, c'est devenir un observateur scrupuleux de la loi divine, pour parvenir à la sainteté. Pour prétendre à la sainteté, il faut obéir à 613 commandements dans sa vie de tous les jours. Cela suppose une discipline extrêmement stricte, une surveillance de tous les instants, pour ne rien oublier et ne rien transgresser.
    A cette époque, Saul était fier de ses accomplissements, dans la lettre aux Galates, il écrit :

    "Je surpassais bien des compatriotes juifs de mon âge dans la pratique de la religion juive; j'étais beaucoup plus zélé qu'eux pour les traditions de nos ancêtres." (Ga 1:14).
    Saul était tellement zélé que lorsqu'une secte commence à faire parler d'elle — notamment au travers d'un certain Etienne qui accuse les pharisiens d'avoir tué le Messie appelé Jésus — il se fait un devoir de chercher à la détruire. Ainsi, Saul approuve la lapidation d'Etienne (Ac 8:1) et se met à pourchasser les chrétiens et à les faire jeter en prison.
    De zélateur de sa religion, il devient persécuteur des dissidents. D'adorateur de la loi divine, il devient un fanatique plein de haine contre ceux qui se montrent différents de lui. D'observateur des commandements, il devient un instrument de haine, au nom de Dieu et de sa Loi, prétend-il !
    Que dire lorsque l'amour pour Dieu devient haine contre des humains ? Comment Saul peut-il justifier cette dérive ? Il ne le fera pas tant qu'il reste pharisien, mais il n'échappera pas à cette question !
    Alors que Saul est en chemin vers Damas pour y persécuter les chrétiens installés là-bas, il vit une expérience qui va littéralement le retourner complètement. Saul est assailli par une question qui lui vient du ciel :
    "Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? (Ac 9:4; 22:7; 26:14).
    Lui qui a toujours voulu atteindre Dieu, atteindre la sainteté, accomplir la volonté totale de Dieu, lui se retrouve être désigné comme son adversaire, son persécuteur ! Comment en est-il arrivé-là ?
    Chaque fois que Paul — dans ses lettres — parle de la Loi, de l'obéissance, il répète que la loi de Dieu est bonne. Le problème n'est pas dans la loi. Le problème est en nous : le péché utilise en nous la loi pour nous faire faire le contraire. Il y a en nous une puissance qui retourne nos efforts à faire le bien en force de destruction, c'est cela que Paul appelle le péché.
    Le péché nous rend esclave — on dirait "dépendant" aujourd'hui. Et Saul était esclave / dépendant de la loi pour être heureux, ce qui lui a fait prendre en haine ceux qui n'avaient pas le même amour de la loi. La dépendance à la loi l'a fait haïr tout ce qui devenait un obstacle à son obéissance, et cette haine l'a propulsé directement au coeur de ce qu'il voulait éviter : être loin de Dieu. Pour exprimer ce paradoxe, il dira : "comme esclave du péché (...) je ne fais pas le bien que je veux et je fais le mal que je ne veux pas" (Rm 7:19). Cela ne nous arrive-t-il pas à nous aussi ?
    Sur le chemin de Damas, Saul est retourné, il réalise qu'il doit abandonner la loi (extérieure) pour un guide (intérieur) : celui qu'il persécutait jusqu'alors, Jésus-Christ. Qui mieux que Jésus — le juste mis à mort injustement — peut libérer Saul de l'enfermement dans lequel il vit en persécutant celui qu'il voulait aimer ?
    La vie de Saul devait être une vie, un modèle de sainteté, elle était devenue une vie de meurtre et de souffrances infligées. Une phrase venue du ciel lui révèle l'impasse dans laquelle il s'est fourvoyé. Il en est foudroyé, sonné, aveugle. Ses compagnons de voyage le prendront en charge pour le conduire à destination, ne comprenant pas ce qui vient de se passer.
    Pendant trois jours, Saul reste prostré, sans boire ni manger, dans l'obscurité de son aveuglement. Trois jours comme Jonas, trois jours comme Jésus, avant de recommencer une nouvelle vie...
    ... mais ça c'est une autre histoire, pour dimanche prochain.
    (à suivre...)

    © Jean-Marie Thévoz 2007