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  • Visite de la Chapelle de Villars-Ste-Croix

    Texte de Jean-Marie Thévoz, prononcé le 7 juin 2015 pour le 40e anniversaire de la Chapelle de Villars-Ste-Croix.

    Télécharger le texte : Visite de la Chapelle de Villars.pdf

    Architecture extérieure : Ph_JMT-20150423-8862.JPG

     

    Les plans de la Chapelle ont été élaborés par le Bureau d’architecte : CUEREL & CORDEY. Après la visite de plusieurs églises modernes du canton, ils ont décidé de créer quelque chose de nouveau. L’idée était de sortir des sentiers battus, sans faire quelque chose d’extravagant, rester dans des formes simples, qui correspondent à la simplicité d’un village de campagne et au caractère paisible du paysage.

    Cela a donné : un toit à 2 pans en eternit noir, posé sur un socle en béton crépit en blanc, une paroi de chœur, également en crépi blanc et une entrée sous l’avancée du toit, lambrissée de bois.

    Les pans du toit sont animés de cinq avant-toits triangulaires (demi-pyramides) qui rythment les façades. Je reviendrais sur les nombres et leurs significations.

    Le clocher sur le faîte du toit, reprend la forme générale de la Chapelle. Au vu des coûts généraux (330'000.-), l’achat d’une cloche a été reporté à plus tard. VSC triangle2.png

    La Commune a complètement refait le toit en 2012, cette fois en vraie ardoise, après des dégâts dus à la grêle et à la foudre qui avait touché le clocher.

    La forme visible de la chapelle semble être une simple tente de camping ! Mais c’est plus complexe que cela ! Il y a certes 2 pans de toit, mais les extrémités forment un avant-toit. 

    VSC Tétraèdre - copie.jpgOn peut donc voir que le faîte du toit est plus long que le bas des pans près du sol. Si l’on prolonge les arrêtes latérales dans le sol, elles vont se rejoindre et former un triangle. (figure 1) 

    Si l’on assemble les 2 pans du toit triangulaires et les parois des avant-toits qui eux-mêmes forment un triangle, on aboutit à un tétraèdre, soit un volume fait de 4 triangles semblables. (figure 2)

    Cette chapelle est comme un iceberg dont 1/3 est émergé, mais dans la partie virtuellement enterrée est semblable à celle qui émerge. Il y a donc la place pour creuser une crypte ! VSC pyramide - copie.jpg

    Si l’on couche le volume apparent et caché de la Chapelle, cela forme une pyramide sur une base triangulaire, soit une Pyramide trigonale. (figure 3)

    On découvre ainsi qu’il y a une pyramide secrète à Villars-Ste-Croix ! Dont seule une partie émerge ! Vous pourrez donc intriguer vos amis en parlant de la pyramide cachée de Villars et en leur demandant de partir à sa recherche

    Ce sont les paroissiens, dont certains agriculteurs, qui ont fait les aménagements et les plantations de buissons de d’arbres autour de la Chapelle.

     

    Architecture intérieurePh_JMT-20150423-8875.JPG

    On retrouve l’aspect sobre de la construction à l’intérieur. Cette fois, on se trouve à l’intérieur du triangle, avec des matériaux semblables à l’extérieur, mais en positions inversées. Au toit noir, correspond un sol noir, en ardoise. Aux parois des extrémités en bois, correspondent les parois intérieures du toit. Le chœur restant fait de crépit blanc.

    Il faut remarquer la charpente tout à fait originale avec ses croisillons. C’est une des premières charpentes croisées auto-portantes et auto-structurantes du canton. Une charpente droite, avec une seule poutre maîtresse au sommet aurait risqué de se fausser à la longue, ou au pire de tomber comme une tente de toile par temps d’orage.

    Ph_JMT-20150423-8877.JPGLa Chapelle est agrémentée de vitraux sur les côtés. Ce ne sont pas des vitraux au plomb, leur position inclinée, presque horizontale (et le coût) ne le permettait pas. Ce sont des assemblages de verre liés avec du ciment, dessinés par l’architecte Cordey et mis en forme par l’entreprise Bianchi. On trouve 3 grands vitraux de chaque côté, intercalés avec des petits vitraux carrés. Chaque grand vitrail  représente un pentagone en forme de maison, un carré surmonté d’un triangle. Je reviendrai sur l’omniprésence des triangles dans la construction de la Chapelle.

    La volonté des architectes a été d’éviter toute lumière directe dans la Chapelle. Le chœur est éclairé par des baies vitrées verticales, mais cachées dans un renfoncement. Les vitraux sont rétro-éclairés, par en-dessous. A l’origine, pour fournir de la lumière pour la lecture des chants pendant le culte, il n’y avait que des projecteurs qui éclairaient le bois de la charpente.

    Mais le bois ayant foncé en vieillissant et la lumière n’étant plus suffisante pour lire, trois luminaires suspendus ont été rajoutés lors des travaux de 2012.

     

    Dans le chœur

    Ph_JMT-20150423-8888.JPGLa croix est faite d’un bois de sapin qui vient de la forêt de Villars-Ste-Croix. Elle a été taillée à Yverdon et ramenée par Henri Cuérel, l’architecte, et son fils Jean-Pascal. Elle a été offerte par M. Francis Moraz, syndic de Villars-Ste-Croix, le père de Jean-Pierre Moraz. Le rétro-éclairage de la croix a été réalisé et offert par M. Alain Marendaz, électricien de Villars lors des derniers travaux (en 2012).

    La table de communion a été faite par l’entreprise Bianchi en béton poli.

     

    Symbolique des chiffres

    J’en viens à la symbolique des formes et des chiffres qu’on peut trouver dans la chapelle. A l’intérieur, c’est le chiffre 3 qui domine : 3 vitraux de chaque côtés, formés chacun d’un triangle posé sur un carré. 3 entrelacs de poutres, formant 3 rangées de triangles et 3 losanges. Je n’ai pas compté les triangles qu’on peut trouver dans cette construction, mais ils sont nombreux. Le triangle évoque la trinité, Dieu : Père, Fils et Saint-Esprit, au cœur du christianisme. Le chiffre 3 désigne donc naturellement Dieu.

    Le chiffre 4 désigne la terre (les 4 coins de la terre, les 4 fleuves du jardin d’Eden) La forme des vitraux représente donc Dieu qui rejoint la terre, ce qui se passe justement dans une église.

    Pour l’extérieur, on remarquera la présence de 5 avant-toits formés de 2 triangles. 5 représente la figure humaine — telle que représentée dans un cercle et un carré par Léonard de Vinci (appelé l’homme de Vitruve) — avec sa tête et ses 4 membres. 5 représente aussi les 5 sens de l’être humain. Comme un invitation pour chaque être humain à venir chercher sa nature divine en rencontrant le monde (chiffre 4) et Dieu (chiffre 3) en entrant dans cette Chapelle.

    Ph_JMT-20150423-8883.JPGQuelques mots sur l’évolution de la Chapelle

    La Chapelle a donc été inaugurée le 31 août 1975. Une cloche a été ajoutée 6 ans plus tard, en 1981. En 1989, l’orgue que vous voyez a remplacé l’harmonium en place dès le début. Cette même année, le 30 avril 1989, la Chapelle  — entièrement payée — a été remise à la Commune de Villars-Ste-Croix contre bon soin. En 2012, la Commune a conduit des travaux pour remplacer les tuiles eternit du toit, alors trop abimées.

    Concernant la cloche

    En 1975, pour des raisons financières, il n’avait pas été possible de prévoir une cloche (coût 13’000.-). Cela a été rattrapé quelques années plus tard. La pose de la cloche a eu lieu le 4 juillet 1981. Appelée « Espérance », elle porte l’écusson de la Commune de Villars-Ste-Croix et la dédicace : “Servez l’Eternel avec joie” tirée du Psaume 100, verset 2. Son poids est de  270 kg, son diamètre de 76 cm. Elle est accordée en Si. Elle a été fondue à Aarau, par l’entreprise Rütschi.

    Concernant l’orgue

    Ph_JMT-20150423-8879.JPGLa Chapelle était — au départ — équipée d’un harmonium simple pour accompagner les chants de l’assemblée. C’est le 30 avril 1989 que les orgues actuelles ont été inaugurées, par un culte-concert, avec M. André Luy, organiste de la cathédrale de Lausanne, aux claviers. Ces orgues ont été réalisées par la manufacture d’orgues de Lausanne, sous la direction de Jean-François Mingot, facteur d’orgue. C’est un orgue à traction entièrement mécanique, avec un clavier de 56 notes, 280 tuyaux, répartis en 5 jeux, des plus bas au plus aigus :  Bourdon, Montre, Flûte, Doublette et Larigot. Un pédalier de 30 notes est accouplé au clavier. Le buffet en ormeau a été exécuté par la maison Andersson de Vevey.

     

    La Chapelle répond totalement aux besoins de la Communauté paroissiale du village. On y célèbre, habituellement, des cultes deux fois par mois, les 2e et 4e dimanches du mois à 11h. Comme il n’y a pas d’église catholique dans le village, elle est volontiers mise à disposition de la paroisse catholique s’il y a un baptême ou un mariage à célébrer. Selon mon estimation, à raison de 24 cultes par ans, pendant 40 ans, on est bientôt au 1’000ème culte dans cette chapelle !

    Ainsi prend fin cette visite de la chapelle.

     

    Sources : Archives de la Commune de Villars-Ste-Croix, témoignages de Mme Danielle Cuérel et de M. Jean-Pascal Cuérel, fils de l’architecte Henri Cuérel.

     

    © Jean-Marie Thévoz, 2015

  • 1 Pierre 2. Bâtir sur les valeurs de justice, de compassion et de service.

    1 Pierre 2
    7.6.2015
    Bâtir sur les valeurs de justice, de compassion et de service.

    Ps 118 : 19-24      1 Pierre 2 : 4-10       Matthieu 18 : 1-5

    Télécharger le texte : P-2015-06-07.pdf


    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Pour fêter ensemble ces 40 ans de la construction de la Chapelle, J’ai choisi ce texte de la première lettre de Pierre qui parle justement de construction, d’édification, de matériaux à choisir ou à laisser de côté. Quand on construit, c’est évidemment essentiel de choisir les bons matériaux, les bonnes pièces qui feront que l’édifice tient debout, brave le temps et les intempéries.
    L’auteur de la lettre parle de construction et de pierre, mais c’est dans un sens symbolique, métaphorique. L’auteur ne parle pas de bâtiment, mais de communauté ou de société humaine. Lorsqu’il parle de cette pierre angulaire, il l’emploie comme une image, une image des valeurs que nous privilégions pour fonder notre vie ou la vie de notre société. Très vite on voit surgir une opposition, même un conflit, parce que cette pierre capitale est soit rejetée soit choisie et considérée comme précieuse.
    « La pierre que les bâtisseurs avaient rejetée, est devenue la pierre principale. » (Ps 118 :22) Cette phrase, tirée du Psaume 118, illustre le conflit ou le dilemme, la question : qu’est-ce qui a de la valeur ?Tout bâtiment a besoin d’une pierre angulaire. Ici dans cette Chapelle on peut penser aux blocs de béton, bien visibles à l’extérieur de la Chapelle, sur lesquels repose la charpente du toit, ces poutres qui s’entrecroisent au-dessus de nos têtes.
    Toute société a besoin de ces fondements, de ces appuis — qu’on peut appeler valeurs — pour tenir. Et voilà que notre texte nous dit que les valeurs que les bâtisseurs avaient rejetées, sont justement celles que Dieu a choisies et qu’il estime précieuses.
    « La pierre que les bâtisseurs avaient rejetée, est devenue la pierre principale. » (Ps 118 :22) Cette phrase, tirée du Psaume 118, illustre le conflit ou le dilemme, la question : qu’est-ce qui a de la valeur ?Tout bâtiment a besoin d’une pierre angulaire. Ici dans cette Chapelle on peut penser aux blocs de béton, bien visibles à l’extérieur de la Chapelle, sur lesquels repose la charpente du toit, ces poutres qui s’entrecroisent au-dessus de nos têtes.
    Toute société a besoin de ces fondements, de ces appuis — qu’on peut appeler valeurs — pour tenir. Et voilà que notre texte nous dit que les valeurs que les bâtisseurs avaient rejetées, sont justement celles que Dieu a choisies et qu’il estime précieuses.
    Ce choix et ce rejet sont illustrés par l’histoire de Jésus, racontée dans les Évangiles. Ce Jésus que Dieu a choisi pour se faire connaître, il a été rejeté par les hommes de son temps, au point qu’il a été crucifié. Mais Dieu l’a réhabilité en l’élevant à lui, en le déclarant juste malgré les diffamations à son égard. Dieu l’a choisi comme la pierre principale, comme la tête de son peuple, de son Eglise. Jésus incarne ces valeurs que Dieu souhaite voir adoptées par l’humanité. Mais l’humanité rejette ses valeurs : de justice, de compassion, de service. Cette histoire de Jésus est comme un signal qui montre les dangers que court notre société quand elle rejette ces valeurs, quand elle se construit sur l’injustice, la haine et le profit à tout prix. Dans quelle société voulons-nous vivre ? Quelle société voulons nous construire ? Quelles valeurs choisissons nous comme fondement pour notre société ?
    Clairement, Dieu marque son opposition à une société qui exploite, qui oppresse, qui détruit pour l’avantage des quelques-uns. Clairement, Dieu marque son opposition à un système économique qui rejette et abandonne sur le bord du chemin ceux qui ne sont pas au top de la performance. Dieu, au contraire, veut revaloriser chacun, tel qu’il est, même s’il est blessé par la vie, même s’il est porteur de handicap ou de faiblesse.
    J’aimerais prendre encore une autre image. Il y a une nouvelle cuisine qui devient à la mode, c’est la cuisine sans restes et sans déchets. Une cuisine qui recherche la valorisation de tout. Pas de rebut, pas de rejet des légumes qui ne sont pas standards, qui comportent des taches ou des formes bizarres. Tout est bon. Eh bien, je crois que Dieu fait cela avec l’humanité. Pour Dieu il n’y a personne « de reste ». Pour Dieu il n’y a pas de rebut de la société. Pour Dieu il n’y a personne qui ne vaille pas la peine qu’on s’occupe et se préoccupe de lui.
    Lorsque la société, des entreprises ou des groupes trouvent qu’il ne vaut pas la peine de s’occuper de certaines personnes, ce n’est pas l’avis de Dieu. Tout le monde compte pour lui, il n’y a pas de déchets, pas de rebut. Il n’y a que des êtres humains à part entière, des personne dignes d’intérêt, dignes d’avoir une place, dignes d’avoir un logement ou un travail. Nous ne pouvons accepter que les gens soient considérés comme des Kleenex que l’on jette après emploi.
    Jésus est cette pierre vivante rejetée par les hommes, mais choisie par Dieu, et — nous dit le texte — cette pierre devient un refuge pour les uns (un sanctuaire) et une pierre qui fait trébucher, qui fait tomber les autres. Cette ambivalence est bien présente dans le message du Christ. Il est bien refuge, accueil, soutien pour ceux qui se sentent exclus, mis en marge par la société. Ces petits sont ceux qui sont accueillis par le Christ et ceux qui deviennent figures du Christ quand on leur donne à boire, à manger, lorsqu’on leur rend visite ou qu’on leur donne un vêtement (Mt 25). Mais le Christ est aussi pierre d’achoppement, jugement pour ceux qui exploitent et détruisent. Leurs valeurs d’accaparement et de destruction sont clairement condamnées par Dieu.
    Ainsi le Christ nous invite à créer une société qui soit basée sur ces valeurs de justice, de compassion et de service. Et la communauté de l’Eglise devrait en être le premier exemple, une communauté qui se bat pour de plus de justice, une communauté ouverte et accueillante pour tous, sans exclusion, une communauté qui se place au service de la société et des plus faibles.
    C’est cette communauté, les personnes porteuses de ces valeurs que j’aimerais voir réunies ici semaine après semaine, pour s’encourager à cette mission d’humanisation de la société. C’est à cela que doit servir cette Chapelle pour toutes les années qui s’ouvrent devant nous.
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz 2015