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Célébration œcuménique : Dieu remet les compteurs à zéro

Eglise Orthodoxe

25.1.2019

Célébration œcuménique : Dieu remet les compteurs à zéro

Deutéronome 16 : 18-20          Luc 4 : 14-21

télécharger le texte ici : P-2019-01-25.pdf

 

Chers frères et sœurs en Christ,

Dimanche passé, nous vivions une célébration œcuménique à l’Eglise anglicane avec les communautés chrétiennes du quartier.

Aujourd'hui, nous sommes chez vous et nous vous remercions de votre accueil. Dimanche dernier, j’ai parlé de ce même récit biblique : la première prédication de Jésus à Nazareth. Jésus y avait lu ce passage du livre d'Esaïe :

"L'Esprit du Seigneur est sur moi, il m'a choisi pour apporter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé pour proclamer la délivrance aux captifs et le don de la vue aux aveugles, pour libérer les opprimés, pour annoncer l'année où le Seigneur manifestera sa faveur." (Luc 4:18-19). et il avait ajouté: “Aujourd'hui ces paroles sont accomplies !”

Dimanche passé, j’ai développé ce que Jésus voulait dire par cette parole : “Dieu m'a choisi pour apporter la Bonne Nouvelle aux pauvres.” Aujourd'hui j'aimerais développer la parole de Jésus : “Il m'a envoyé pour libérer les opprimés, pour annoncer l'année où le Seigneur manifestera sa faveur.”

Le thème de cette semaine de l’unité, c’est l’établissement de la justice, une justice qui permette la paix, c’est-à-dire le vivre ensemble. C’est justement cette justice que Jésus appelle en parlant de cette année de faveur.

Cette année de faveur à une histoire dans l'Ancien Testament. Dans le livre du Lévitique est décrit un système économique très spécial. Un premier cycle de sept ans est introduit, où la septième année, l'année sabbatique est une année de repos pour le sol. Pendant six ans tout le monde travaille, sème et récolte, la septième année est une année de repos. A ce premier cycle se superpose un deuxième cycle de sept fois sept ans, soit 49 années au total. L'année qui suit, soit la 50e est le Jubilé, l'année du Seigneur. Lors de cette 50e année, on rétablit les personnes dans leurs biens, dans leurs terres ou dans leur liberté pour celles qui ont été asservies pour n'avoir pas pu payer leurs dettes. On remet les compteurs à zéro.

Ce système économique présuppose une situation de départ équitable et juste et un monde très stable, au moins démographiquement. Cet astucieux système économique n'a jamais été mis en place en Israël, mais il témoigne d'une tentative d'ordonner le monde économique à la volonté divine tout en laissant de la place à la liberté humaine et en tenant compte de certaines réalités : Ce système laisse une liberté de commerce et d'entreprise aussi grande que possible à tous pendant le cycle de 49 ans. Il ne laisse cependant pas croître les inégalités jusqu'à un point de rupture ou de non retour grâce à l'année du Jubilé qui instaure une redistribution.

Jésus nous dit : "Aujourd'hui s'accomplit cette parole d'Esaïe : l'année du Seigneur, de la restauration, c'est maintenant."

Pourtant Jésus n'est pas venu accomplir une révolution économique, comme il n'est pas venu pour chasser les Romains de Palestine. Il vient restaurer notre être, pas nos avoirs. Jésus est venu remplacer — dans nos modes relationnels — l'économie de marché fondé sur la pénurie, par l'économie du Royaume fondée sur l'abondance. C'était-là la Bonne Nouvelle annoncée aux pauvres.

 

Le départ équitable qui est donné à tous à la naissance, c'est de vivre dans l'abondance de l'amour. Chaque enfant naît avec l'amour et le pardon de Dieu dans son cœur, avec une capacité d'aimer à l'infini. Ensuite, malheureusement, la situation se dégrade. Les détresses subies nous aliènent et le mal prend de l'ampleur dans nos vies et limitent nos capacités d'aimer, comme dans le Lévitique.

La situation voulue au départ se dégrade. Chacun vit — sans que ce soit la faute de personne — des événements pénibles, tristes, frustrants, parce que la vie est dure, la société injuste et qu'il est impossible d'obtenir tout ce que nos désirs souhaitent. Nous accumulons des dettes sous forme de culpabilités et perdons nos libertés, en façonnant nos stratégies relationnelles.

La bonne nouvelle, c’est que Jésus vient nous libérer de nos propres enfermements, de nos dettes, de nos culpabilités, de tout ce qui nous paralyse. C'est ainsi que se réalise la parole d'Esaïe : "Dieu libère les captifs et renvoie en liberté les opprimés".

Jésus vient nous délivrer du péché. Voilà, le mot est lâché : le péché. Le péché, c'est l'ensemble des choses qui dégradent la situation de départ pendant les 49 ans du cycle du Lévitique, jusqu'à ce que Dieu rétablisse la justice et l'équité pendant la 50e année.

Jésus ne parle du péché que lorsqu'il parle du pardon, lorsqu'il libère ou qu'il compatit et guérit. Pour Jésus, le péché originel n'existe pas. La seule chose qui existe pour Jésus, c'est le pardon originel.

Constamment, Jésus veut nous guérir de notre aveuglement qui nous fait voir le péché seulement comme les actes mauvais, les fautes. Il veut nous redonner la vue sur la détresse, sur la souffrance subie, sur la dégradation des relations. L'année de faveur du Seigneur que Jésus réalise, c'est le retour à l'état de personne pardonnée, aimée. Dieu nous offre aujourd'hui d'être restaurés dans cet état premier par le pardon, ce pardon qui permet d'aimer et d'agir.

Amen.

© Jean-Marie Thévoz, 2019

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