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Briser les situations miroirs pour retrouver sa liberté

Luc 6

2.2.2020

Briser les situations miroirs pour retrouver sa liberté

Romains 13:8-10.      Luc 6: 27-33

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Chers frères et soeurs en Christ,

Est-ce que vous lisez le Courrier des lecteurs ? Il paraît que c'est la rubrique la plus lue des journaux papier. Il y a les lettres très posées, explicatives. Et puis il y a les lettres explosives, qui disent une indignation, voir une haine.

Ces temps, il y en a eu beaucoup sur le réchauffement climatique, le jugement des activistes du climat (acquittés) ou sur la nouvelle norme pénale anti-homophobie sur laquelle nous votons jusqu'au week-end prochain. Parmi ces lettres, il y en a qui nous expliquent pourquoi il faut haïr Greta Thunberg ou le juge Colelough, ou vomir la pénalisation des propos homophobes.

Les lettres de lecteurs sont encore modérées par rapport à ce qui s'écrit — sans filtres — sur les réseaux sociaux ou ce qui peut s'échanger comme propos ou injures entre automobilistes. Il est effrayant de voir comment les gens, et des gens ordinaires, peuvent « péter les plombs » et s'engager dans des propos haineux.

Il y a 2'000 ans, Jésus disait : "Aimez vos ennemis !" (Luc 6:27)

Je crois qu'il est temps de répéter et de prendre au sérieux cette parole de Jésus : "Aimez vos ennemis !" Notre époque, notre société, nous-mêmes, avons besoin de ré-entendre cette parole, et de la mettre en pratique.

Le monde, notre pays, notre village, nos familles n'iraient-ils pas mieux, avec un peu plus d'amour, un peu plus d'égards, de respect, de compréhension ? Mais comment entendre et mettre en pratique cette parole de Jésus : "Aimez vos ennemis !"

A. Dans un premier temps, on l'entend comme un commandement moral. Pour faire le bien, pour être bon, un bon chrétien : eh bien, il faut aimer ses ennemis. Et tout de suite on se dit : Comment faire ? Passer par dessus mon dégoût, ma peur, ma rancoeur ? Dois-je oublier le mal qu'on m'a fait ?

Aimer son ennemi, n'est-ce pas un objectif inatteignable, une tâche épuisante ? Qui va me donner l'énergie de faire cela ? Est-ce seulement possible ? Cela nous amène à regarder en nous-mêmes, à voir que cette possibilité est hors de notre portée par nos propres moyens.

Une première étape est de réaliser cette incapacité, cette absence de vouloir ou d'envie. C'est un bon début de voir que nous en sommes incapables par nos propres forces, de par notre propre volonté. Nous avons besoin d'aide, nous avons besoin de ressources pour aimer comme cela.

C'est en cela que Jésus est plus que Moïse. Il ne nous donne pas un commandement seulement. Jésus vient nous donner des moyens pour aimer, pour pallier à notre pauvreté. Jésus ne nous laisse pas avec un commandement — irréaliste et irréalisable — il nous invite à autre chose qu'à un comportement moral.

Quittons donc le commandement moral pour passer à un niveau de comportement relationnel.

B. En disant — à ceux qui l'écoutent — "Aimez vos ennemis !" Jésus invite à un changement de comportement, à un changement de manière d'être. "Même les pécheurs aiment ceux qui les aiment" dit-il, vous êtes capables d'autre chose ! N'importe qui peut agir "en miroir" du comportement de l'autre. Il est facile de haïr son ennemi, de faire du mal à celui qui nous blesse, de maudire celui qui nous injurie. C'est le niveau zéro de l'évolution relationnelle !

Sur un ton d'enfant pleurnichard : "maman, il m'a tapé, alors je l'ai tapé aussi !"

Haïr son ennemi, c'est agir en miroir, c'est réagir comme l'autre. On peut rester longtemps dans l'imitation. Il y a même peu de chances d'en sortir. La relation "en miroir" est au mieux bloquée, au pire en phase d'escalade, c'est la sortie par l'anéantissement de l'autre.

Alors Jésus dit : "Aimez vos ennemis !" et il suggère quelques mesures de désescalade en proposant de ne pas rendre les coups, ou de laisser aller, de lâcher prise. Au delà des propositions concrètes qu'ont retenus les Evangélistes, Jésus invite à briser les situations miroirs pour retrouver sa liberté d'action.

Les psychologues d'aujourd'hui disent : "au lieu de réagir, il faut pro-agir." On peut devancer le blocage ou l'escalade en agissant d'avance au travers d'un comportement positif ou qui va entraîner un effet miroir positif, si c'est le seul langage que l'autre comprend. Aimer son ennemi, c'est lui couper l'herbe sous les pieds s'il veut engager la bagarre !

C'est ici que Jésus dit à ses disciples : "Faites aux autres ce que vous voudriez qu'ils vous fassent." C'est la règle d'or. On la retrouve dans la plupart des religions, mais sous sa forme négative : "Ne faites pas aux autres..." Ici, Jésus invite ses disciples à agir, à prendre l'initiative. Vous voulez un sourire, alors donnez leur un sourire. Prenez vous-mêmes l'initiative du positif, du bien, donnez vous-mêmes la couleur de la relation !

Dans l'ordre relationnel "Aimez son ennemi" c'est prendre conscience de notre liberté d'avoir nos propres sentiments et que ceux-ci peuvent être différents de ceux qui nous haïssent, qui nous maudissent ou nous maltraitent. "Il peut être fâché contre moi, sans que cela me mette en colère." Je peux garder mon calme et ma bonne humeur et lui dire : "Je vois que tu es très fâché(e), pouvons-nous en parler ?"

C. Cela nous amène à une troisième étape, celle de la sagesse spirituelle. Lorsque Jésus dit : "Aimez vos ennemis !" il invite vraiment à déployer de l'amour, un amour vrai et profond, pas un amour forcé. Celui qui sait faire usage de sa liberté relationnelle — c'est-à-dire qui arrive à prendre conscience en même temps de ce qui se passe en lui-même et de ce que veut l'autre — celui-là peut introduire la compréhension et la générosité.

Avec cette liberté qui me donne recul et assurance, je peux chercher à comprendre l'autre — y compris dans ce qui le pousse à être agressif à mon égard. Je peux ouvrir mon coeur et accueillir la souffrance, la peur, la tristesse, etc. qui habite celui qui semble me vouloir du mal au premier abord.

L'écoute amène à la compréhension, la compréhension amène à la compassion et la compassion amène au pardon. Alors je commence à aimer celui qui se présentait comme un ennemi, et à partir de là, je peux lui faire du bien, je peux le bénir, je peux prier pour sa guérison.

Il est impossible d'aimer son ennemi sur ordre. Jésus ne nous donne pas ici une loi, un commandement. Il nous ouvre un chemin, une voie, un chemin qu'il a tracé et parcouru avant nous et sur lequel il nous accompagne pour parvenir à cet accomplissement spirituel.

Amen

© Jean-Marie Thévoz, 2020

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