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  • Cheminer avec Abraham

    (14.6.1998) Pour l'Abbaye des Laboureurs de Bussigny

    Genèse 12

    Cheminer avec Abraham

    Genèse 12 : 1-7.       Luc 24:13-27.

    télécharger le texte : P-1998-06-14.pdf

    Chers frères et soeurs en Christ,

    Ce matin, nous allons faire route, cheminer avec Abraham. Ce matin, vous vous êtes mis en route, en cortège pour venir ici et vous reformerez un cortège plus tard pour aller à la fête et j'espère que ce personnage d'Abraham vous accompagnera sur votre route.

    Abraham, c'est l'ancêtre par excellence, ancêtre des croyants, ancêtre des trois religions monothéistes. Par son fils Isaac, il est reconnu comme ancêtre par le peuple d'Israël et par les chrétiens. Par son fils Ismaël, il est reconnu comme ancêtre par les musulmans.

    Ancêtre de trois religions, mais qui connaît ses actes religieux ? Il n'était ni moine, ni prophète. Abraham, c'est l'homme qui voyage, qui part de Charan en Chaldée (dans le sud de l'Irak actuel), qui va en Palestine, puis en Egypte, remonte au Liban, retourne en Egypte, etc... Abraham, c'est l'homme toujours en route, toujours en chemin. Pourtant les carnets de route d'Abraham sont moins passionnants que ceux d'Ella Maillard ou Nicolas Bouvier !

    Ce ne sont pas les voyages d'Abraham qui nous intéressent, mais le voyage initiatique que ces déplacements représentent. Il faut lire les pérégrinations d'Abraham comme représentatifs d'un parcours spirituel, un voyage à l'intérieur de soi-même, un voyage de l'âme sur les sentiers de l'existence.

    Nous avons entendu tout à l'heure dans la Bible, le départ d'Abraham :

    "Va, pars, quitte ton pays, ton clan, la maison de ton père, pour aller dans le pays que je te montrerai." (Gn 12:1).

    Abraham entend un appel au départ, assorti d'une double promesse : (1) recevoir un pays, (2) recevoir une large bénédiction pour toute sa vie, une bénédiction qui s'étend aux générations futures. L'appel d'Abraham à partir n'est pas une incitation à l'abandon, à la fuite en avant. C'est une invitation à chercher son propre projet, au milieu de tous ceux qui se présentent à nous. Il s'agit de cherche le fil de sa propre existence, chercher sa propre vocation.

    Vous avez certainement remarqué, il y a tout autour de nous des gens qui ont des idées sur ce qu'on devrait faire, sur ce qu'on devrait être, sur la meilleure façon de réagir, sur ce qu'on devrait acheter, etc. Nos parents avaient des projets pour nous. Les publicitaires ont des projets pour nous. Les partis politiques ont des projets pour nous ! Qui sommes-nous ? Qui suis-je ? Vais-je suivre l'un ou l'autre de ces projets ? Ou bien vais-je faire moi-même mon chemin ? Est-ce que nous nous laissons balader ou est-ce que nous dirigeons notre vie en fonction de notre vocation profonde ?

    Dieu nous appelle à quitter les cadres tout faits, les vies toutes programmées, pour répondre à l'appel du large, à l'appel de nos talents, de notre vocation. Certes, ce n'est pas facile, c'est désécurisant de quitter ainsi les chemins battus, mais n'est-ce pas le prix de la liberté, le prix de la vraie vie, de la vie qui vaut vraiment la peine d'être vécue ?

    On n'avance pas assis dans son fauteuil ! On avance en se levant, en se donnant un but, une route.

    Cette marche, ce cheminement porte une promesse, la promesse de trouver de vrais moments, une vraie vie. Bien sûr, on peut aussi marcher comme les disciples dont nous avons entendu le récit, qui s'éloignent de Jérusalem, avec le désespoir d'avoir vu mourir Jésus, et ils s'en vont, sans joie, sans espoir, inconscient de la présence de Jésus les accompagnant sur leur chemin.

    A nous de choisir notre route, notre façon de marcher, en qui nous plaçons notre confiance, notre foi. Abraham est devenu le prototype de l'homme de foi parce qu'il a regardé en avant, il a osé partir, affronter l'inconnu pour aller à la découverte de lui-même. Comme le laboureur, il a planté sa charrue et il n'a cessé de regarder devant lui pour voir où il allait faire son sillon. On ne fait pas de sillon droit, en regardant en arrière.

    Quand vous reprendrez le cortège, quand vous reprendrez votre voiture ou votre vélo pour aller au travail ou en commission, demandez-vous : où vais-je ? Est-ce que je vais à reculons, en regardant en arrière ? Ou est-ce que je vais en avant, là où mon coeur, ma vocation m'appelle ? Vais-je où se trouve la promesse de la vraie vie ?

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2021