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esclave

  • Ainsi tu n'es plus esclave, mais fils

    pour le dimanche de Pentecôte

    Galates 4

    Ainsi tu n'es plus esclave, mais fils

    Jean 14 : 25-29.       Actes 2 : 1-17.         Galates 4 : 1-7

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    Chers frères et soeurs en Christ,

    Nous vivons le dimanche de Pentecôte, jour où l'Eglise commémore le don de l'Esprit saint aux disciples et à l'Eglise toute entière. Jésus — nous l'avons entendu dans la lecture de l'Evangile de Jean — avait annoncé à ses disciples que l'Esprit saint serait envoyé une fois qu'il les aurait quittés.

    Luc — dans le livre des Actes — nous dépeint comment a pu se dérouler la première Pentecôte. Et Paul, finalement, explique à la jeune Eglise de Galatie pour quoi, dans quel but l'Esprit saint leur est donné : "Pour prouver que vous êtes bien ses fils, Dieu a envoyé dans nos coeurs l'Esprit de son fils, l'Esprit qui crie « Abba ! mon Père ! ». Ainsi tu n'es plus esclave, mais fils." (Gal 4 : 6-7)

    L'Esprit qui est donné au croyant par Dieu crée un lien de filiation. Ce lien de filiation indique plusieurs choses (il est peut-être bon d'avoir ici en mémoire la parabole que Jésus a racontée sur le "fils prodigue", sans oublier le fils aîné de la parabole (Luc 15:11-32)) :

    a) la première chose que nous montre le lien de filiation, c'est la proximité. Père et fils sont proches, ils se côtoient, ils travaillent ensemble. L'idée de séparation est vue comme une anomalie, un échec de la relation.

    b) la deuxième chose qui vient avec la filiation, c'est la notion d'héritage. Chez nous on dit "Tel père, tel fils" ou bien "Le fruit ne tombe jamais loin de l'arbre." Qu'il le veuille ou non, qu'il l'accepte ou se révolte, l'enfant hérite beaucoup de choses de ses parents en termes d'héritage psychologique, d'attitudes et de comportement.

    c) enfin, la filiation signifie aussi la copropriété de l'héritage (voyez le fils aîné de la parabole qui ne s'en doutait pas !). Il y a une communauté de gestion, communauté de biens. Ce qui appartient au père appartient aussi au fils. L'Esprit du Père est donné aux fils pour mener une oeuvre commune dans le monde !

    Paul définit le fils en l'opposant à l'esclave. C'est très important pour l'Eglise de Galatie qui avait la tentation de replonger dans une spiritualité fondée sur l'obéissance stricte à la Loi (avec le risque de devenir des pharisiens chrétiens) et pour nous aujourd'hui où le monde ne parle que de liberté : défendre le monde libre (contre le terrorisme); avoir plus de temps libre; lutter contre toutes les atteintes à la liberté, etc... Ça sonne bien et honni soit celui qui osera dire le contraire ! Mais de quelle liberté s'agit-il ? Celle de tous ou celle du petit groupe qui contrôle celle des autres ?

    Paul oppose l'esclavage à la filiation : "Ainsi tu n'es plus esclave, mais fils." (Gal 4:7). La liberté, c'est Dieu qui la donne et la liberté n'est pas l'abandon de tout lien — comme s'il était possible de vivre sans lien, donc sans relations — mais l'attachement à un maître qui libère par opposition à un maître qui enchaîne et asservit.

    La liberté n'est pas l'abolition de toutes les lois, cela ne peut conduire qu'au rétablissement de la loi du plus fort. La liberté, c'est d'accomplir la loi (le double commandement d'amour) non par soumission scrupuleuse et par crainte d'une punition, mais par choix, parce qu'on a compris la bonté et l'utilité du commandement. Accomplir la loi, non par soumission comme l'esclave, parce que le maître l'a dit, mais par l'Esprit de Dieu, parce qu'on a compris où cela conduit.

    Par exemple, on m'a dit de ne pas tricher ni mentir. Le ferais-je parce que j'ai peur de la transgression ou parce que je comprends que sans cette règle je ne peux pas vivre de vraies relations avec quiconque ?

    L'Esprit de Dieu nous rend libre chaque fois qu'il nous aide à comprendre la visée d'une règle et nous conduit à l'adopter comme si c'était nous-mêmes qui l'avions inventée !

    Mais cette question de liberté n'est-elle pas devenue caduque dans notre société occidentale ? N'avons-nous pas toutes les libertés qu'il nous faut, même trop de liberté — comme on l'entend parfois ? Quel est cet esclavage dont nous parle Paul ? Que veut-il dire lorsqu'il écrit : "nous étions esclaves des forces spirituelles du monde" (Gal 4:3) ? Est-ce dépassé ou est-ce encore actuel ?

    Si je pose la question, c'est que je pense que c'est encore actuel. Il y a encore aujourd'hui un combat à mener pour la liberté contre les "forces spirituelles du monde". Simplement il faut actualiser le vocabulaire. On ne peut plus parler en termes de forces célestes, d'anges et de démons. Aujourd'hui le vocabulaire parle de pressions sociales, de modes, de tendances, de trends ou encore de conditionnements ou de pulsions. Et c'est vrai que ces luttes ne doivent plus être projetées sur l'écran du ciel, hors de nous.

    La lutte se mène en nous-mêmes et dans la société pour savoir à qui nous allons faire allégeance : sera-ce aux manipulateurs de l'opinion publique; aux endormeurs de conscience; aux charmeurs de nos égos; aux vendeurs de rêve qui se remplissent les poches ? Ou sera-ce à ce Dieu qui nous veut libres, libres de toute dépendance, libres de former notre opinion, libres de remplir nos caddies selon nos besoins et non selon les désirs des publicitaires ?

    Qu'est-ce qui fait un esprit libre dans les tempêtes du monde actuel ? Si nous sommes un voilier soumis aux vents de tous ceux qui veulent nous asservir, il faut choisir une destination. D'où que vienne le vent, un voilier peut voguer vers sa destination. Il peut y parvenir par une multitude de chemins.

    Lorsque Dieu nous donne son Esprit, pour faire de nous des Fils, il nous donne cette destination, ce but, et il nous donne la liberté de choisir notre voie pour y parvenir.

    Que l'Esprit de Dieu qui vous fait enfants de Dieu vous accompagne sur votre route.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2020

  • Ce qui appartient au Père, appartient aux enfants.

    Galates 4

    27.5.2018

    Ce qui appartient au Père, appartient aux enfants.

    Gal. 4 : 1-7        Jean 14 : 25-29

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    Chers frères et sœurs en Christ,

    Dimanche dernier nous fêtions la Pentecôte, jour où l'Eglise commémore le don de l'Esprit saint aux disciples et à l'Eglise toute entière. Jésus — nous l'avons entendu dans la lecture de l'Evangile de Jean — avait annoncé à ses disciples que l'Esprit saint serait envoyé une fois que lui les aurait quittés. C’est ce qu’ont vécu les premiers disciples, la première Eglise.

    C’est ainsi que Paul explique à la jeune Eglise de Galatie pour quoi, dans quel but l'Esprit saint leur est donné : "Pour prouver que vous êtes bien ses fils, Dieu a envoyé dans nos coeurs l'Esprit de son fils, l'Esprit qui crie « Abba ! mon Père ! ». Ainsi tu n'es plus esclave, mais fils." (Gal 4 : 6-7)

    L'Esprit qui est donné au croyant par Dieu crée un lien de filiation. Ce lien de filiation indique plusieurs choses (il est peut-être bon d'avoir ici en mémoire la parabole que Jésus a racontée sur le "fils prodigue", sans oublier le fils aîné de la parabole (Luc 15:11-32))

    a) la première chose que nous montre le lien de filiation, c'est la proximité. Père et fils sont proches, ils se côtoient, ils travaillent ensemble. L'idée de séparation est vue comme une anomalie, un échec de la relation.

    b) la deuxième chose qui vient avec la filiation, c'est la notion d'héritage. Chez nous on dit "Tel père, tel fils" ou bien "Le fruit ne tombe jamais loin de l'arbre." Qu'il le veuille ou non, qu'il l'accepte ou se révolte, l'enfant hérite beaucoup de choses de ses parents en termes d'héritage psychologique, d'attitudes et de comportement.

    c) enfin, la filiation signifie aussi la copropriété de l'héritage matériel (voyez le fils aîné de la parabole qui ne s'en doutait pas !). Il y a une communauté de gestion, communauté de biens. Ce qui appartient au père appartient aussi au fils. L'Esprit du Père est donné aux fils pour mener une oeuvre commune dans le monde !

    Paul définit le fils en l'opposant à l'esclave. C'est très important pour l'Eglise de Galatie — qui avait la tentation de replonger dans une spiritualité fondée sur l'obéissance stricte à la Loi (avec le risque de devenir des pharisiens chrétiens) — et pour nous aujourd'hui — où le monde ne parle que de liberté : défendre le monde libre (contre le terrorisme); avoir plus de temps libre; lutter contre toutes les atteintes à la liberté, etc... Ça sonne bien et honni soit celui qui osera dire le contraire ! Mais de quelle liberté s'agit-il ? Celle de tous ou celle du petit groupe qui contrôle celle des autres ?

    Paul oppose l'esclavage à la filiation : "Ainsi tu n'es plus esclave, mais fils." (Gal 4:7). La liberté, c'est Dieu qui la donne et la liberté n'est pas l'abandon de tout lien — comme s'il était possible de vivre sans lien, donc sans relations — mais l'attachement à un maître qui libère par opposition à un maître qui enchaîne et asservit. La liberté n'est pas l'abolition de toutes les lois, cela ne peut conduire qu'au rétablissement de la loi du plus fort.

    La liberté, c'est d'accomplir la loi (le double commandement d'amour) non par soumission scrupuleuse et par crainte d'une punition, mais par choix, parce qu'on a compris la bonté et l'utilité du commandement. Accomplir la loi, non par soumission comme l'esclave, parce que le maître l'a dit, mais par l'Esprit de Dieu, parce qu'on a compris où cela conduit.

    Par exemple, on m'a dit de ne pas tricher ni mentir. Le ferais-je parce que j'ai peur de la transgression ou parce que je comprends que sans cette règle je ne peux pas vivre de vraies relations avec quiconque ?

    L'Esprit de Dieu nous rend libre chaque fois qu'il nous aide à comprendre la visée d'une règle et nous conduit à l'adopter comme si c'était nous-mêmes qui l'avions inventée ! Mais cette question de liberté n'est-elle pas devenue caduque dans notre société occidentale ? N'avons-nous pas toutes les libertés qu'il nous faut, même trop de liberté — comme on l'entend parfois ?

    Quel est cet esclavage dont nous parle Paul ? Que veut-il dire lorsqu'il écrit : "nous étions esclaves des forces spirituelles du monde" (Gal 4:3) ? Est-ce dépassé ou est-ce encore actuel ?

    Si je pose la question, c'est que je pense que c'est encore actuel. Il y a encore aujourd'hui un combat à mener pour la liberté contre les "forces spirituelles du monde". Simplement il faut actualiser le vocabulaire. On ne peut plus parler en termes de forces célestes, d'anges et de démons.

    Aujourd'hui le vocabulaire parle de pressions sociales, de modes, de tendances, de trends ou encore de conditionnements ou de pulsions. Et c'est vrai que ces luttes ne doivent plus être projetées sur l'écran du ciel, hors de nous. La lutte se mène en nous-mêmes et dans la société pour savoir à qui nous allons faire allégeance : sera-ce aux manipulateurs de l'opinion publique; aux endormeurs de conscience; aux charmeurs de nos égos; aux vendeurs de rêve qui se remplissent les poches ? Ou sera-ce à ce Dieu qui nous veut libres, libres de toute dépendance, libres de former notre opinion, libres de remplir nos caddies selon nos besoins et non selon les désirs des publicitaires ?

    Qu'est-ce qui fait un esprit libre dans les tempêtes du monde actuel ? Si nous sommes un voilier soumis aux vents de tous ceux qui veulent nous asservir, il faut choisir une destination. D'où que vienne le vent, un voilier peut voguer vers sa destination. Il peut y parvenir par une multitude de chemins.

    Lorsque Dieu nous donne son Esprit, pour faire de nous des Fils, il nous donne cette destination, ce but, et il nous donne la liberté de choisir notre voie pour y parvenir.

    Que l'Esprit de Dieu qui vous fait enfants de Dieu vous accompagne sur votre route.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2018

  • Genèse 45. Chercher la trame sous-jacente de sa vie (Typologie IV)

    Genèse 45
    8.9.2013

    Chercher la trame sous-jacente de sa vie (Typologie IV)

    Genèse 37 : 1-9      Genèse 45 : 1-10     Marc 9 : 33-37
    Télécharger la prédication : P-2013-09-08.pdf

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    J’aime beaucoup cette histoire de Joseph, le fils de Jacob. Cette histoire nous parle de la vie, de la vie réelle, avec ses hauts et ses bas, les relations difficiles, les chutes et les ascensions vertigineuses.
    Précisément, cette histoire nous parle de la jalousie dans une fratrie, de la haine et du rôle de bouc émissaire quand les frères veulent tuer Joseph, et finalement le vendent comme esclave. Cette histoire parle du travail qui fait progresser et de l’injustice qui fait chuter, Joseph se retrouve en prison. Cette histoire nous parle de compétence et de réseau social quand la capacité à interpréter les rêves fait sortir Joseph de prison et l’amène devant Pharaon qui le nomme premier ministre.
    Ce récit nous parle de relations familiales difficiles, de mise à l’épreuve pour sonder les intentions, de tentatives de réconciliation, de savoir s’il faut ou non montrer ses émotions, de remplacer la rancune par la générosité.
    Ce récit peut donc être lu comme un enseignement sur la vie, comme une histoire déployant une certaine sagesse, dont nous pouvons tirer des leçons pour notre vie. Mais cette histoire n’est pas seulement cela. Cette histoire peut également se lire à un deuxième niveau, en regardant ce qui donne la force à Joseph de tout supporter et de surmonter les événements contraires, les malheurs. Oui, comment supporter la haine de ses frères, comment supporter d’être injustement jeté en prison, comment rester zen à ce point ?
    Joseph peut le faire parce qu’il regarde ce qui lui arrive d’une façon différente de l’ordinaire.
    Reprenons les rêves d’adolescent que Joseph raconte à ses frères : les onze gerbes de blé et les onze étoiles figurent ses frères qui se prosternent devant lui. Les frères lisent cela au premier degré : Joseph veut devenir leur maître, il veut que ses frères, ses aînés, soient ses serviteurs. Et cela les rend fous et on les comprend.
    La lecture que Joseph fait de ces rêves n’a rien à voir avec la domination. La clé nous en est donnée dans le chapitre 45 de la Genèse, lorsque Joseph dit à ses frères : «  Ce n’est pas vous qui m’avez envoyé ici, mais Dieu. Et c’est encore lui qui a fait de moi le ministre de Pharaon. » (Gn 45 :8) En effet, ici le rêve de Joseph s’est réalisé, ses frères se sont prosternés devant lui pour obtenir du blé, mais c’est dans une perspective de salut et pas de domination.
    Joseph ajoute encore — laissant tomber toute rancune : « Ne vous faites pas de reproches pour m’avoir vendu ainsi. C’est Dieu qui m’a envoyé ici à l’avance, pour que je puisse vous sauver la vie. » (Gn 45 :5).
    Joseph ne regarde pas la jalousie et la haine passée de ses frères, il voit la trame sous-jacente de sa vie, comment Dieu a tout organisé pour sauver sa famille. Joseph surmonte tous les obstacles parce qu’il fait pleinement confiance en Dieu, en un Dieu qui le soutient et le relève à chaque étape de sa vie.
    Joseph arrive à avoir et à garder ce regard sur sa vie. C’est le regard qu’essaient de nous donner les Evangiles en nous racontant la vie de Jésus. Un regard qui voit comment Dieu agit, quelles positions Dieu prend dans la vie, pour nous. Et c’est là que nous pouvons faire des parallèles entre la vie de Joseph et celle de Jésus, des parallèles qui viennent de la constance de l’action de Dieu, de sa position permanente. C’est ce que nous apprend la lecture typologique de la Bible, comme nous l’avons déjà vu précédemment.
    Comme les frères de Joseph complotent pour le faire mourir, les prêtres et les pharisiens complotent contre Jésus pour le faire mourir.
    Comme Joseph est écarté, exclu de sa fratrie, Jésus est écarté, exclu de la société des hommes par sa condamnation à mort, « La pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaient est devenue la principale de l’angle » (Mt 21:42; Mc 12:10; Lc 20:17; Ac 4:11; 1 P 2:7).
    Comme Joseph devient le sauveur de ses frères, Jésus devient le sauveur de l’humanité.
    Dans les deux récits de vie, on voit la position que Dieu prend. Celui que les hommes écartent, Dieu lui donne une place de choix ; celui qui tombe, Dieu le relève. Et là, il est à noter que les évangiles utilisent deux mots pour parler de la résurrection, tantôt Dieu réveille Jésus, tantôt Dieu relève Jésus de la mort.
    Ainsi Dieu cherche toujours à nous relever de nos malheurs, de nos échecs, des injustices qui nous arrivent. Le Dieu de Joseph, auquel il fait confiance, est un Dieu qui recueille les exclus, les laissés pour compte, les méprisés.
    Vous avez entendu Jésus parler à ses disciples quand il les surprend à se demander lequel d’entre eux est le plus important. Il leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, il doit être le dernier de tous et le serviteur de tous » (Mc 9:35).
    Dieu a une autre échelle de valeur que celle de notre société actuelle. L’importance ne dépend pas de la célébrité ou du nombre d’amis sur Facebook. La vraie grandeur se révèle dans le service et souvent dans le service le plus humble, le moins visible.
    Ah si notre société donnait plus de valeur à l’attention d’une maman pour chacun de ses enfants ! Ah si notre société donnait plus de valeur aux gestes de respect des uns envers les autres, on verrai moins d’incivilités ! Ah si notre société donnait plus de signes de reconnaissance à ceux qui exercent des fonctions publiques indispensables au bon fonctionnement de la société : enseignant, gendarmes, infirmières, voyers, caissières, personnel des EMS, etc…
    Ces fonctions de service, si souvent méprisées, Dieu les place en haut de l’échelle des valeurs et nous pouvons nous aussi leur donner une plus juste appréciation.
    Joseph a su voir, dans sa vie, la valeur que Dieu donne à ces services, à ces personnes méprisées et cela lui a donné la force de tenir, de surmonter le malheur, jusqu’au retournement de sa situation.
    Saurons-nous avoir le courage de lire la trace de Dieu dans nos vies, la valeur qu’il donne à chacun de nos gestes ?  Saurons-nous voir comment il retourne les valeurs dans nos vies, comment il peut changer notre regard pour adopter la valeur que lui-même donne plutôt que le mépris qu’affiche la société ? Saurons-nous voir comment Dieu travaille à nous relever, à nous redonner vie et force pour avancer ? Saurons-nous être fiers d’être au service de la société, sachant que Dieu — à défaut des hommes — que Dieu apprécie à sa juste valeur ce que nous faisons et ce que nous sommes ?
    Amen.
    © Jean-Marie Thévoz, 2013

  • Conte : L'affranchi

    10.1.2010

    Conte : L'affranchi

    Télécharger en pdf : P-2010-1-10.pdf

    Luc 2 : 41-52 Mat 18 : 23-34

    1. L'esclave.

    Il y a trois jours, c'était la fête, la grande fête de la Pâque au Temple de Jérusalem. Depuis, les pèlerins venus de tous le pays s'en sont retournés chez eux; et l'activité normale de la ville vient de reprendre : à l'une des extrémités de la place, des enfants jouent à la marelle et poussent de grands cris, tandis qu'à l'autre bout, sur une sorte d'estrade en bois, on vend des esclaves.

    La marchandise d'écoule bien et le marchand d'esclaves est content. Il ne lui reste bientôt plus qu'une seule tête à vendre : c'est un homme, de 25 ans environ, dont les mains blanches et le corps chétif prouve qu'il est pas rompu au travail des champs, tandis que l'expression de honte qui se lit sur son visage montre qu'il n'est pas accoutumé aux chaînes qui entravent ses mains et ses pieds.

    — Allons, dépêchons-nous, clame le marchand, débarrassez-moi de Thaddée, esclave instruit, exceptionnellement intelligent et capable.

    — Trop intelligent, gouaille un riche commerçant qui passe. Tu sais bien que Thaddée était, hier encore, intendant du palais du roi Hérode Antipas, auquel il a escroqué des sommes énormes. Il serait capable de me ruiner, si je lui confiais la moindre de mes affaires.

    — Achetez-moi Thaddée à n'importe quel prix ! On va fermer la vente. Qui fait une proposition, crie le marchand.

    — Si je l'introduisais dans ma maisonnée, proteste un pharisien à robe blanche, il y mettrait la division. Thaddée est un dénonciateur qui rapportait au roi les peccadilles de ses compagnons de service, afin de gagner ses faveurs. Antipas lui avait remis ses escroqueries, car c'était un serviteur très utile, mais Thaddée a aussitôt tenté d'étrangler un de ses camarades qui lui devait cent deniers ! Dénoncé au roi, Thaddée a été vendu comme esclave; voilà son histoire.

    — Je vous donne Thaddée pour la moitié du prix d'un esclave, gémit le marchand; voyons qui me le prend pour 50 deniers ? 50 deniers, qu'est-ce que c'est, par les temps qui courent ?

    Un étranger au visage balafré s'avance :

    — Pour ce prix, donne-le moi, rugit-il, je l'enverrai crever dans la mine de cuivre que je possède à Chypre. Avec son physique, il ne tiendra pas plus de trois mois !

    Mais un cri perçant s'élève soudain du dernier rang de la foule :

    — Non !

    Tout le monde se retourne pour savoir qui a poussé ce cri : c'est un petit garçon d'une douzaine d'années, aux yeux foncés et aux cheveux en broussaille, vêtu d'une grossière tunique de laine comme en portent les paysans galiléens. Quelques instants plus tôt, on le voyait jouer à la marelle à l'autre bout de la place.

    — Non, répète l'enfant d'une voix aiguë, comme quelqu'un qui appelle au secours. Je ne veux pas qu'il aille aux mines. Je l'achète pour 60 deniers.

    La foule éclate de rire.

    — Je n'ai encore jamais vendu d'esclave à un enfant, ricane le marchand; as-tu seulement de l'argent ?

    Fendant la foule, l'enfant s'avance : des piécettes d'argent brillent dans le pli de sa ceinture.

    — 70 deniers ! gronde l'étranger au visage balafré.

    — 80 deniers ! crie l'enfant en sautant sur l'estrade.

    — 90 deniers ! hurle l'autre.

    — 100 ! crie l'enfant d'une voix brisée par l'émotion, car c'est tout ce qu'il possède. D'un geste, il délie sa ceinture et vide son contenu sur la table du marchand : 100 pièces de bon argent, comme tout le monde peut le constater.

    — Qui dit mieux, qui dit mieux ? répète le marchand qui espère encore faire monter les enchères.

    Mais personne ne dit mieux. L'homme au visage brutal hausse les épaules et grommelle, en s'en allant :

    — Ce misérable ne vaut pas un tel prix !

    — Eh bien, dit le marchand en secouant l'enfant qui, stupéfait de sa victoire, le regarde sans bouger, emmène ton esclave. Il est à toi; voici ton certificat de propriété établi sur un papyrus d'Egypte; prends le bout de sa chaîne.

    Alors la foule voit ce spectacle insolite : Thaddée, un des hommes les plus rusés et les plus redoutés de Jérusalem, offre ses poignets enchaînés à un petit garçon qui, d'un air délibéré, le tire derrière lui comme une brebis que l'on vient d'acheter au marché.

    2. Le racheté.

    Lorsqu'ils sont seuls, Thaddée interroge son nouveau maître :

    — Pourquoi m'as-tu racheté ?

    — Je t'ai racheté, parce que je serai, un jour, un grand chef, qui commandera à des centaines, à des milliers d'hommes. Quand je t'ai vu, si triste, j'ai compris que tu serais le premier de mes serviteurs.

    — Mais tu n'es pas riche, objecte Thaddée. Afin de me posséder, tu as payé une somme énorme pour un petit paysan comme toi.

    — J'ai dépensé tout ce que je possédais, répond calmement l'enfant. C'était un trésor que j'avais reçu à ma naissance. Et comme je viens d'avoir douze ans, mes parents m'ont fait monter avec eux, à Jérusalem, et m'ont remis mon trésor, afin de me permettre d'entrer à l'école des scribes, pour approfondir les saintes Ecritures.

    — Je ne vaux pas le prix que tu as payé pour moi, dit tristement Thaddée; et maintenant, tu n'as plus rien. Comment feras-tu tes études ?

    — Quand je t'ai vu, affirme l'enfant, j'ai compris que tu valais plus que mes études. Je suis content de ne plus avoir d'argent, puisque je possède un serviteur comme toi. Crois-tu en Dieu ?

    — J'y croyais quand j'avais ton âge, murmura Thaddée. Et puis, une chose horrible est arrivée, et je ne peux plus croire.

    — Raconte-moi cela, dit l'enfant avec compassion.

    — Eh bien, il y a environ douze ans, dit Thaddée, je gardais les moutons dans un champ près de Bethléem, en Judée, avec mon père et mes oncles. Or, pendant les veilles de la nuit, un ange nous est apparu, et nous a dit : « Ne craignez point, je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera pour tout le peuple le sujet d'une grande joie; c'est qu'aujourd'hui dans la ville de David, le Messie d'Israël est né dans une étable. » alors nous avons couru vers Bethléem où nous avons trouvé les choses telles que l'ange nous les avait dites et nous avons adoré le Sauveur du monde.

    — Mais il n'y a pas là de quoi perdre la foi, interrompt l'enfant, au contraire, tu devrais vivre dans la joie !

    — Hélas, répond Thaddée, mon histoire n'est pas finie. Quelques semaines plus tard, alors que nous gardions nos troupeaux dans le même champ, des cris et des lamentations se sont fait entendre dans la nuit. C'étaient les femmes de Bethléem qui appelaient au secours. Nous sommes vite allés dans la ville, mais nous sommes arrivés trop tard. Tous les petits enfants de Bethléem avaient été massacrés par les soldats du roi Hérode, qui avait appris que le futur roi d'Israël se trouvait parmi eux. L'étable où nous avions adoré le Messie brûlait dans la nuit. Devant la porte, la crèche où l'enfant avait reposé gisait renversée. Au loin nous entendions encore le galop des chevaux des soldats du roi qui s'enfuyaient vers Jérusalem.

    — Je commence à te comprendre, murmure le jeune garçon.

    — Si Dieu permet de telles choses, continue Thaddée d'un air sombre, s'il a laissé tuer son Messie sans arrêter le bras du criminel, c'est qu'il est trop faible pour que sa volonté se fasse sur la terre. A vrai dire, depuis ce jour, je ne crois plus que Dieu existe.

    — Alors, qu'as-tu fait ? interrogea l'enfant.

    — Alors, je me suis enfui de Bethléem, pour entrer au service du roi Hérode le Grand, qui s'était montré plus fort que Dieu. Ce roi qu'aucun scrupule n'arrêtait jamais, quand il s'agissait de défendre son trône. A l'école du vieux roi, j'ai appris la ruse qui est la force des faibles. Après sa mort, je restai dans le palais, au service de son fils Hérode Antipas. En surveillant et en dénonçant mes camarades, j'ai gagné la faveur du roi. D'échelon en échelon, j'ai grimpé jusqu'aux premiers postes; je suis devenu intendant du Palais de Jérusalem… La suite de l'histoire, tu la connais : de la bouche de ceux qui m'insultaient tout à l'heure, tu as entendu le récit de ma chute. Enfant, maintenant, tu sais tout.

    3. L'affranchi.

    Après ces aveux, l'esclave et son jeune maître marchent un long moment sans rien dire. Ils parviennent à un carrefour, juste après l'échoppe de Tubalcaïn, le forgeron. Alors l'enfant s'arrête et contraint Thaddée à revenir en arrière, et le fait entrer dans l'atelier du forgeron.

    — Je n'ai rien pour te payer, dit-il à Tubalcaïn avec une grande fermeté, mais je veux que tu me rendes service ainsi qu'à mon esclave : coupe ses chaînes qui entravent ses mains et ses pieds.

    — Ce n'est pas l'usage, jeune maître, objecte Tubalcaïn; ton esclave pourrait facilement se sauver.

    — Tant pis, qu'il se sauve, réplique l'enfant. Je ne veux plus posséder d'esclave. Je veux affranchir celui-ci.

    — M'affranchir ! s'écrie Thaddée, stupéfait, mais tu viens de dépenser toute une fortune pour me racheter ! N'as-tu pas dit que j'étais le premier des nombreux serviteurs auxquels tu commanderais un jour ?

    — Je veux que tous les hommes viennent à moi, rétorque le petit garçon, mais ce ne sera pas par la contrainte. Si tu restes mon esclave, tu seras forcé de m'obéir.

    » Allons, coupe ces chaînes ! ordonne-t-il au forgeron d'un ton qui n'admet plus la discussion.

    Et Tubalcaïn s'exécute.

    Lorsque le travail est terminé. Thaddée ne bouge pas. Il ne sait pas que faire de sa liberté. « Où irais-je ? se demande-t-il. Je viens de trouver un maître, mon premier ami sur la terre et je suis déjà en train de le perdre. » Il regarde, perplexe, ses poignets et ses chevilles où les chaînes ont laissé la marque rouge de la honte.

    Mais l'enfant est déjà loin. Par la porte, Thaddée l'aperçoit encore, qui court, qui rit, qui bat des mains, qui se retourne et lui crie :

    — Au revoir, Thaddée. Je suis si content que tu sois libre; on se retrouvera peut-être un jour.

    4. L'adoptif.

    Au moment où l'enfant allait disparaître, Thaddée, réalise qu'il risque de ne plus jamais le revoir, alors, il se met à courir après lui et rattrape l'enfant.

    — Ne me laisse pas seul, je t'en prie, crie Thaddée. Je veux rester avec toi. Je te servirai volontairement.

    L'enfant ne dit rien, mais tend sa main à l'esclave, et Thaddée place sa grande main d'homme dans la petite main du jeune garçon, avec la confiance d'un fils envers son père.

    — Je te suivrai, dit-il, partout où tu iras.

    — Dans ce cas, dit l'enfant, que rien décidément ne semble étonner, je ne t'appellerai plus mon serviteur, mais mon ami. Viens, allons raconter tout cela à mon Père.

    Et il entraîne Thaddée vers la Ville-Haute, où se trouvent les demeures des gens riches et le Temple de Dieu.

    « Serait-il le fils d'un prince, venu vers moi sous le déguisement d'un paysan ? se demande Thaddée. Va-t-il me présenter à son père, non comme un esclave, mais comme un ami ? »

    De la part de cet extraordinaire garçon, on peut s'attendre à tout n'est-ce pas ?

    Mais au prochain carrefour, l'enfant bifurque vers la droite et se dirige vers le Temple de Dieu. Ils traversent en diagonale le célèbre parvis entouré de portiques, ils gravissent les degrés qui, de la Belle Porte, conduisent à la Cour des Femmes, puis à la Cour des Hommes d'Israël.

    Ils montent encore quinze marches et franchissent la porte qui donne accès à la Cour des Prêtres. Puis ils contournent l'autel des sacrifices et s'arrêtent devant l'entrée du Lieu Saint. Au fond du sanctuaire obscur, on aperçoit le somptueux rideau qui voile le Lieu très saint, où le Grand Prêtre lui-même ne pénètre qu'une fois par an, le Jour des Expiations.

    « Nous sommes arrivés chez mon Père » murmure l'enfant et Thaddée remarque qu'une lumière étrange se répand sur le visage de l'enfant. Au-delà du voile, le jeune garçon paraît contempler quelqu'un que les yeux de Thaddée ne peuvent pas voir. Il s'entretient avec cet être invisible car, de temps à autre, ses lèvres remuent.

    Alors d'une voix très douce et très ferme, l'enfant se met à parler, si distinctement que Thaddée ne perd aucune de ses paroles :

    « Père, dit-il, je t'amène Thaddée, mon ami. Il a beaucoup péché, mais il a aussi beaucoup souffert. Quand il avait mon âge, il a perdu la foi. Il a été scandalisé parce qu'il a cru que j'étais mort sous l'épée des soldats du roi Hérode. Mais voici, ô Père, je suis vivant, car tu m'as arraché merveilleusement des mains de mon bourreau.

    » De la même manière, Père, je viens d'arracher Thaddée de la main de Satan, qui l'avait réduit en esclavage. Je l'ai racheté et je l'ai affranchi de toute obligation envers moi, envers tout homme, et même envers toi, mon Père et mon Dieu.

    » Cependant, ô Père, cet homme libre a choisi volontairement de me suivre. En conséquence, je te demande, moi ton Fils unique, d'adopter Thaddée pour ton enfant, comme s'il était ton propre fils. Je veux que là où je suis, il soit aussi avec moi, et qu'il devienne mon frère pour toujours. Je puis réclamer de toi cette faveur, ô mon Père, puisque j'ai payé pour lui le prix de sa rançon. »

    Dans le grand silence qui suit cette prière, aucune voix venant du ciel ne se fait entendre, mais une aube merveilleuse se lève dans le cœur de Thaddée : les doutes, les rancoeurs, les traces de sang que l'horrible massacre de Bethléem avait laissés en lui s'effacent, comme se dissipent les fantômes d'un cauchemar au lever du soleil.

    Ce que Thaddée ressent maintenant, à l'intérieur de son coeur, c'est une présence rassurante et chaleureuse. Il découvre la tendresse paternelle et le pardon de Dieu. De son cœur tout gonflé de reconnaissance, des paroles jaillissent et montent à ses lèvres qui n'avaient jamais pu prier : « Mon Père, dit son cœur, mon Père, je suis ton fils, et cependant je suis indigne d'être appelé ton fils… »

    5. Le fils.

    Des cris viennent tirer Thaddée de sa contemplation. Il frissonne et réalise que l'enfant n'est plus à son côté.

    Il se retourne et l'aperçoit, là-bas, au pied des escaliers, dans la Cour des Femmes, au milieu d'un groupe agité de scribes et de docteurs de la Loi, qui parlent tous à la fois.

    Il croit que son ami est en danger et se précipite à son secours, mais s'arrête soudain quand il comprend la cause de cette agitation.

    Au milieu de la foule, un paysan galiléen, de toute évidence le père du petit paysan, le secoue d'importance :

    — Hé, Jésus, gronde-t-il, mon enfant, comment as-tu pu agir de la sorte avec nous ? Tu as disparu sans rien nous dire et tu as même perdu le trésor des mages que nous t'avions remis. A douze ans, je croyais que tu méritais ma pleine confiance. Tu ne nous avais jamais déçus. Adieu tes études, maintenant ! Nous te ramenons à Nazareth. Je te ferai charpentier, comme moi !

    La mère de Jésus l'embrasse et caresse ses cheveux en broussaille en pleurant :

    — Mon petit, lui dit-elle, te voilà retrouvé. Ton père et moi, nous te cherchions depuis trois jours dans une grande angoisse.

    Entre son père et sa mère, le petit garçon n'est plus aux yeux de Thaddée qu'un vrai gamin qui, le matin encore, jouait à la marelle sur la place, en poussant de grands cris de joie.

    Cependant, dans le brouhaha des retrouvailles, la voix de l'enfant s'élève soudain, si nette, si calme, que tout le monde, par respect, se tait :

    — Pourquoi me cherchiez-vous ? dit-il à ses parents. Ne saviez-vous pas qu'il faut que je m'occupe des affaires de mon Père ?

    Les docteurs de la Loi hochent la tête, Joseph lève les yeux au ciel, Marie baisse les siens vers la terre, mais de toute évidence, personne ne comprend ce que veut dire Jésus.

    Seul Thaddée comprend : « Les affaires dont parle Jésus, se dit-il en lui-même, tandis que l'enfant, encadré de ses parents, s'éloigne docilement, sont les affaires de Dieu, qu'il a chargé son Fils d'administrer : il libérera tous les esclaves en payant le prix de leur rançon. »

    Au moment où il allait disparaître, Jésus se retourne vers Thaddée et son sourire d'enfant signifie : « Tu m'as compris, Thaddée, mon frère, mon ami; un jour je reviendrai te chercher. »

    6. L'attente.

    Thaddée, le racheté, l'affranchi, le frère du Seigneur, le fils adoptif de Dieu, attend avec patience que son Messie vienne le chercher.

    Renonçant à la ruse et à la richesse, il se rend en Galilée et met ses connaissances au service de ses frères, en ouvrant à Capernaüm, près de la synagogue, une boutique d'écrivain public.

    Pour une obole, il rédige les lettres de ceux qui ne savent pas le faire. En pensée, il suit son petit Messie, qui doit grandir d'année en année, en sagesse, en stature et en grâce.

    Et les années s'écoulent. Thaddée a maintenant plus de 40 ans. Comme les hommes justes et pieux de sa génération, il attend encore la consolation d'Israël et interroge du regard tous les jeunes hommes qui passent devant sa boutique en se demandant : « Est-ce lui ? ».

    Un jour comme les autres, Thaddée est assis à son pupitre et il écrit. Et voici qu'une main se pose sur son épaule. Thaddée lève les yeux, et il sait. Une voix, dont il reconnaît le timbre assuré, l'appelle : « Toi, suis-moi. » Le cœur de Thaddée fait un bond dans sa poitrine et il sait ce qu'il doit faire.

    Il range soigneusement les papyrus et les stylets qui encombrent sa table. Il se lève, secoue son vêtement, prend son manteau, sort dans la rue, ferme la porte derrière lui et, sans regarder en arrière, il suit volontairement Jésus son maître.

    D'après le récit de André Trocmé, dans Des anges et des ânes, Genève, Labor et Fides, 1965, p. 47-58.

    © Jean-Marie Thévoz, 2010, pour l'adaptation.