19.05.2008
Ezéchiel 36. La Pentecôte, aboutissement et commencement.
Ezéchiel 38
11.5.2008
La Pentecôte, aboutissement et commencement.
Ez 36 : 24-28 Actes 2 : 1-13
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Nous vivons le dimanche de Pentecôte, l'aboutissement, la dernière étape du calendrier de l'Eglise, dernière étape qui marque l'accomplissement de la mission de Jésus et de l'œuvre de Dieu.
Le calendrier de l'Eglise chrétienne commence en décembre avec les dimanches de l'Avent et la fête de Noël. Il continue avec le temps de la Passion, marqué par la semaine sainte : jeudi la dernière Cène, vendredi la crucifixion et dimanche de Pâques, la résurrection. Ensuite se passe le temps de la présence du Christ ressuscité auprès de ses disciples — 40 jours jusqu'à l'Ascension. Puis, 10 jours après, vient la Pentecôte où l'Esprit saint est donné aux disciples pour qu'ils puissent remplir leur mission de témoignage et d'annonce de l'évangile.
A partir de Pentecôte commence le temps de l'Eglise, de l'annonce de l'évangile au monde entier. Ce calendrier de l'Eglise, nous le parcourons ainsi chaque année, pour nous souvenir de l'œuvre du Christ et nous mettre en marche pour en témoigner autour de nous.
Pentecôte est encore l'aboutissement d'un projet plus grand. Le projet d'histoire du salut que Dieu a commencé dès la création du monde et dont toute la Bible témoigne. Il ne va pas de soi, ni que Dieu se révèle aux humains, ni surtout que les humains puissent recevoir cette révélation de Dieu. Aussi Dieu a-t-il procédé par étapes. Et la Bible nous décrit les étapes qui ont été reconnues.
Le début de la Genèse nous montre la création et comment Dieu fait alliance avec l'humanité toute entière, à travers Adam et Eve, Caïn et Abel, Noé et sa famille. Dieu témoigne de sa bienveillance et de sa volonté en faveur de la vie humaine, sans attente de retour, de reconnaissance ou de foi. C'est un geste unilatéral de Dieu en faveur du monde.
Ensuite, Dieu choisit de se faire connaître à un homme, Abraham, et à sa famille, sur plusieurs générations. De la famille on passe à une peuplade, les hébreux, à qui Dieu donne sa Loi à travers Moïse. La peuplade nomade devient un peuple avec des institutions, un roi, un temple, un pays.
A travers l'Exil, ce peuple vivra en même temps une dispersion géographique et la découverte de son identité, toute entière reliée à Dieu au travers du livre qui recueille sa parole; c'est l'expansion du judaïsme. Dans l'Empire romain, le judaïsme est répandu et bien considéré, mais reste une religion "ethnique", liée à l'appartenance physique au peuple d'Israël.
Pour que le message de Dieu dépasse le peuple d'Israël et s'ouvre au monde entier, il faut encore une étape. Celle-ci se développe au travers de Jésus. Même si Jésus s'est adressé prioritairement aux juifs d'Israël, son message — d'un amour divin offert à tous, sans barrière, sans restriction, sans condition — est de portée universelle.
Ainsi la Pentecôte est aussi l'aboutissement du projet de Dieu de se faire connaître au monde entier. Avec le don de l'Esprit saint — qui dans le récit de Luc permet aux disciples de parler toutes les langues du monde connu — Dieu se donne à tous, sans frontière. Le message de l'amour de Dieu est clairement ouvert au monde entier et va parcourir le monde, en commençant par le réseau existant de synagogues parsemées dans tout l'Empire romain.
Pentecôte, aboutissement et bien sûr commencement. Pentecôte est pour chacun aussi accomplissement et commencement.
La Pentecôte — à côté de son aspect universel — a aussi un côté personnel et intérieur. La révolution de la Pentecôte n'est pas seulement que la Parole est offerte au monde, c'est aussi que chaque personne reçoit en soi-même la présence même de Dieu.
Comme l'exprimait déjà le prophète Ezéchiel sous forme de promesse :
"Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J'enlèverai votre cœur de pierre et je le remplacerai par un cœur de chair." (Ez 36:26).
Pentecôte, c'est la promesse d'un accomplissement spirituel : Dieu nous équipe directement. Il nous restaure, nous régénère, nous redonne la vie. Là où l'existence nous a blessée, a meurtri notre cœur, nous a poussé à nous blinder, à nous enfermer dans des carapaces, à nous pétrifier, Dieu agit.
Il nous soigne, il nous remplace notre cœur insensible comme une pierre par un cœur sensible, un cœur à nouveau capable de ressentir, de se mettre en empathie, capable de compassion, d'affection, capable d'amour. Dieu nous transforme pour être à son image, c'est-à-dire capables d'amour, d'en ressentir et d'en donner.
Pentecôte, c'est un accomplissement qui nous permet des recommencements. C'est un accomplissement qui nous permet de vivre en accord avec Dieu et les uns avec les autres. C'est un accomplissement qui nous permet de témoigner des bienfaits de Dieu envers nous.
Pentecôte, c'est un commencement, c'est un nouveau départ, c'est un renouvellement de nos forces, de nos capacités d'aimer.
Amen
© Jean-Marie Thévoz, 2008
17:53 Publié dans f) Prophètes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ezéchiel, prédication, évangile, protestant, bible, paroisse, bussigny, jésus
02.09.2006
Ezéchiel 37. Pâques : une force pour créer une communauté nouvelle
Ezéchiel 37
16.4.2006
Pâques : une force pour créer une communauté nouvelle
Ez 37 : 1-14 Jn 20 : 1-10
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Dans sa grande vision des ossements desséchés qui reviennent à la vie, le prophète Ezéchiel nous présente le processus exactement inverse de ce qui se passe dans un tombeau. La réalité biologique et matérielle du monde dans lequel nous vivons, c'est que tout va vers sa dégradation, vers l'éparpillement, vers la mort et la destruction.
Ce qui est lavé et propre se salit, ce qui est neuf devient usagé, ce qui est pur se mélange ou se fait contaminer, ce qui est uni se désunit, ce qui est accordé se désaccorde, etc… Les scientifiques ont même trouvé un mot pour définir cette dérive inexorable; ils appellent cela l'entropie.
Eh bien, voilà que Dieu fait participer Ezéchiel à un mouvement contraire, opposé. Dieu invite Ezéchiel à voir et à être l'acteur d'un phénomène inverse. Ce qui était mort, perdu, dégradé, ce qui était désespérément desséché va revivre.
Il faut dire là quelques mots sur le moment de l'histoire où Ezéchiel reçoit cette vision et à qui il la raconte ensuite. Ezéchiel est prophète du peuple juif exilé à Babylone. Jérusalem a été prise, le Temple détruit, le roi déchu, le peuple déporté, la terre promise perdue. Les Israélites sont dans une situation désespérée, ils sentent mourir leur identité, ils se sentent comme des ossements desséchés.
C'est dans cette situation — apparemment sans espoir — qu'Ezéchiel est témoin de cette vision d'une résurrection de son peuple ! Dieu va redonner vie à son peuple, il va faire du neuf avec ce qui semble irrécupérable et perdu. Il va renverser le mouvement de l'entropie et du désespoir pour faire triompher la vie.
Il est intéressant de voir que dans cette vision, Ezéchiel n'est pas un spectateur passif, assis dans un fauteuil de cinéma. Dieu demande à Ezéchiel d'agir, d'être acteur du changement, de la transformation. Ezéchiel doit même donner des ordres à l'Esprit divin — c'est le monde à l'envers !
Ou plutôt — comme nous les savons maintenant — c'est l'habitude, le mode de faire préféré de Dieu d'impliquer l'être humain dans ses projets. Nous avons-là une préfiguration de l'incarnation. Dieu ne travaille pas sans nous, sans nos bras, sans nos mains, sans nos bouches. Dieu ne veut pas se passer de l'être humain pour réaliser ses desseins. Il a continué à le faire avec Jésus, avec les disciples et les apôtres et continue avec nous aujourd'hui.
Les Evangiles sont comme des développement de cette vision d'Ezéchiel. Dans son ministère, Jésus travaille à rassembler, à susciter la force de la vie contre les forces destructrices. Il travaille à rassembler ce qui semblait perdu pour en faire du neuf, les prémices du Royaume.
Les Evangiles racontent ce combat de Jésus contre les forces de mort. Ce combat n'est pas un combat mythologique où des dieux s'affrontent dans un Olympe lointain. Ce combat se passe sur terre, en plein cœur de la vie humaine, au cœur des préoccupations, des souffrances humaines. Chaque miracle de Jésus est un signe de la volonté de Dieu de soulager la souffrance humaine, chaque parole de Jésus et un pas pour reconstituer la communauté humaine. Comme les os desséchés sont remis ensemble, réunis par les nerfs, habillés de chair et recouverts de peau, ainsi la communauté humaine, sociale, est retissée, rhabillée et remise en contact.
Et Jésus nous donne les outils de cette re-création d'une communauté humaine soudée : le pardon, la réconciliation, le non-jugement, l'acceptation de soi, la bienveillance, l'amour du prochain.
Le temps de la Passion que nous venons de vivre nous rappelle cependant que d'énormes obstacles se dressent sur cette route, que les forces de mort sont présentes, que l'affirmation du bien ne se fait pas sans difficultés, sans sacrifices ! Jésus y a laissé sa vie !
La mort semblait l'avoir emporté, mais le matin de Pâques nous rappelle que malgré les apparences, Dieu fait triompher la vie, Dieu continue à agir à travers Jésus, comme il l'avait fait au travers d'Ezéchiel : Il redonne vie aux ossements desséchés, aux espoirs perdus.
Jésus était mort, victime de la violence des humains, mais Dieu l'a relevé d'entre les morts. Le gain de la mort n'était qu'un apparence, comme un brouillard qui s'évanouit devant le soleil de Dieu.
Comme Dieu avait engagé Ezéchiel pour être acteur dans la vision des ossements transformés en communauté vivante, Dieu enrôle maintenant les disciples pour être les acteurs dans la création d'une communauté nouvelle qui annonce l'Evangile : puissance de vie et de re-création.
La vie a le dernier mot et Dieu nous engage pour témoigner de cette victoire. Il nous engage à former une communauté, un peuple vivant témoignant du Dieu de Vie.
Amen
© 2006, Jean-Marie Thévoz, Suisse, Bussigny.
22:40 Publié dans f) Prophètes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ezéchiel, bible, christianisme, prédication, spiritualité, vie quotidienne, education, protestant


