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galates

  • Ce qui appartient au Père, appartient aux enfants.

    Galates 4

    27.5.2018

    Ce qui appartient au Père, appartient aux enfants.

    Gal. 4 : 1-7        Jean 14 : 25-29

    télécharger le texte : P-2018-05-27.pdf

     

    Chers frères et sœurs en Christ,

    Dimanche dernier nous fêtions la Pentecôte, jour où l'Eglise commémore le don de l'Esprit saint aux disciples et à l'Eglise toute entière. Jésus — nous l'avons entendu dans la lecture de l'Evangile de Jean — avait annoncé à ses disciples que l'Esprit saint serait envoyé une fois que lui les aurait quittés. C’est ce qu’ont vécu les premiers disciples, la première Eglise.

    C’est ainsi que Paul explique à la jeune Eglise de Galatie pour quoi, dans quel but l'Esprit saint leur est donné : "Pour prouver que vous êtes bien ses fils, Dieu a envoyé dans nos coeurs l'Esprit de son fils, l'Esprit qui crie « Abba ! mon Père ! ». Ainsi tu n'es plus esclave, mais fils." (Gal 4 : 6-7)

    L'Esprit qui est donné au croyant par Dieu crée un lien de filiation. Ce lien de filiation indique plusieurs choses (il est peut-être bon d'avoir ici en mémoire la parabole que Jésus a racontée sur le "fils prodigue", sans oublier le fils aîné de la parabole (Luc 15:11-32))

    a) la première chose que nous montre le lien de filiation, c'est la proximité. Père et fils sont proches, ils se côtoient, ils travaillent ensemble. L'idée de séparation est vue comme une anomalie, un échec de la relation.

    b) la deuxième chose qui vient avec la filiation, c'est la notion d'héritage. Chez nous on dit "Tel père, tel fils" ou bien "Le fruit ne tombe jamais loin de l'arbre." Qu'il le veuille ou non, qu'il l'accepte ou se révolte, l'enfant hérite beaucoup de choses de ses parents en termes d'héritage psychologique, d'attitudes et de comportement.

    c) enfin, la filiation signifie aussi la copropriété de l'héritage matériel (voyez le fils aîné de la parabole qui ne s'en doutait pas !). Il y a une communauté de gestion, communauté de biens. Ce qui appartient au père appartient aussi au fils. L'Esprit du Père est donné aux fils pour mener une oeuvre commune dans le monde !

    Paul définit le fils en l'opposant à l'esclave. C'est très important pour l'Eglise de Galatie — qui avait la tentation de replonger dans une spiritualité fondée sur l'obéissance stricte à la Loi (avec le risque de devenir des pharisiens chrétiens) — et pour nous aujourd'hui — où le monde ne parle que de liberté : défendre le monde libre (contre le terrorisme); avoir plus de temps libre; lutter contre toutes les atteintes à la liberté, etc... Ça sonne bien et honni soit celui qui osera dire le contraire ! Mais de quelle liberté s'agit-il ? Celle de tous ou celle du petit groupe qui contrôle celle des autres ?

    Paul oppose l'esclavage à la filiation : "Ainsi tu n'es plus esclave, mais fils." (Gal 4:7). La liberté, c'est Dieu qui la donne et la liberté n'est pas l'abandon de tout lien — comme s'il était possible de vivre sans lien, donc sans relations — mais l'attachement à un maître qui libère par opposition à un maître qui enchaîne et asservit. La liberté n'est pas l'abolition de toutes les lois, cela ne peut conduire qu'au rétablissement de la loi du plus fort.

    La liberté, c'est d'accomplir la loi (le double commandement d'amour) non par soumission scrupuleuse et par crainte d'une punition, mais par choix, parce qu'on a compris la bonté et l'utilité du commandement. Accomplir la loi, non par soumission comme l'esclave, parce que le maître l'a dit, mais par l'Esprit de Dieu, parce qu'on a compris où cela conduit.

    Par exemple, on m'a dit de ne pas tricher ni mentir. Le ferais-je parce que j'ai peur de la transgression ou parce que je comprends que sans cette règle je ne peux pas vivre de vraies relations avec quiconque ?

    L'Esprit de Dieu nous rend libre chaque fois qu'il nous aide à comprendre la visée d'une règle et nous conduit à l'adopter comme si c'était nous-mêmes qui l'avions inventée ! Mais cette question de liberté n'est-elle pas devenue caduque dans notre société occidentale ? N'avons-nous pas toutes les libertés qu'il nous faut, même trop de liberté — comme on l'entend parfois ?

    Quel est cet esclavage dont nous parle Paul ? Que veut-il dire lorsqu'il écrit : "nous étions esclaves des forces spirituelles du monde" (Gal 4:3) ? Est-ce dépassé ou est-ce encore actuel ?

    Si je pose la question, c'est que je pense que c'est encore actuel. Il y a encore aujourd'hui un combat à mener pour la liberté contre les "forces spirituelles du monde". Simplement il faut actualiser le vocabulaire. On ne peut plus parler en termes de forces célestes, d'anges et de démons.

    Aujourd'hui le vocabulaire parle de pressions sociales, de modes, de tendances, de trends ou encore de conditionnements ou de pulsions. Et c'est vrai que ces luttes ne doivent plus être projetées sur l'écran du ciel, hors de nous. La lutte se mène en nous-mêmes et dans la société pour savoir à qui nous allons faire allégeance : sera-ce aux manipulateurs de l'opinion publique; aux endormeurs de conscience; aux charmeurs de nos égos; aux vendeurs de rêve qui se remplissent les poches ? Ou sera-ce à ce Dieu qui nous veut libres, libres de toute dépendance, libres de former notre opinion, libres de remplir nos caddies selon nos besoins et non selon les désirs des publicitaires ?

    Qu'est-ce qui fait un esprit libre dans les tempêtes du monde actuel ? Si nous sommes un voilier soumis aux vents de tous ceux qui veulent nous asservir, il faut choisir une destination. D'où que vienne le vent, un voilier peut voguer vers sa destination. Il peut y parvenir par une multitude de chemins.

    Lorsque Dieu nous donne son Esprit, pour faire de nous des Fils, il nous donne cette destination, ce but, et il nous donne la liberté de choisir notre voie pour y parvenir.

    Que l'Esprit de Dieu qui vous fait enfants de Dieu vous accompagne sur votre route.

    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2018

  • Galates 2. La justification par la foi (I) : Dieu lui-même nous confère notre valeur.

    Galates 2

    2.11.2003

    La justification par la foi (I) : Dieu lui-même nous confère notre valeur.

    Ga 2 : 15-16    Ga 5 : 1-6


    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Nous vivons aujourd'hui le dimanche de la Réformation, c'est-à-dire un dimanche où nous nous souvenons de nos racines réformées, protestantes. Je pourrais revenir sur les événements historiques de 1517 lorsque Luther a voulu instituer un débat pour réformer son Eglise et la faire revenir à une plus grande pureté évangélique. Ou alors parler de l'imposition de la Réforme dans le canton de Vaud par la puissance bernoise en 1536.
    Je préfère laisser de côté aujourd'hui les événements historiques pour rappeler plutôt les principes fondamentaux, les lignes de force qui sous-tendent la pensée protestante. Reste un problème, comment affirmer son protestantisme sans le faire contre le catholicisme ?
    Historiquement, il est clair que le protestantisme s'est constitué et développé comme un système de pensée qui voulait transformer et remplacer le catholicisme. Alors deux remarques. Premièrement le catholicisme actuel n'est plus le catholicisme du XVIe siècle. Secondement, le protestantisme n'est pas une pensée, une confession qui a besoin d'un adversaire pour exister. Le protestantisme a une ligne de pensée qui vaut par elle-même et qui garde une grande actualité dans notre monde contemporain. Ce sont quelques aspects de cette ligne de pensée que je vais développer aujourd'hui et dimanche prochain.
    Aujourd'hui, je prends comme point de départ cette phrase de l'apôtre Paul :

    "nous avons cru en Jésus-Christ, afin d'être reconnus justes à cause de notre foi au Christ et non pour avoir obéi à la Loi." (Ga 2:16)
    Il y a deux éléments importants dans cette phrase : "être reconnus justes à cause de notre foi" et "à cause de notre foi au Christ." Deux lignes de force de la pensée protestante : la justification par la foi seule et le salut par Jésus-Christ seul.
    Que signifie aujourd'hui — dans notre monde laïc et si peu croyant — "être justifiés par la foi" ou "être reconnu juste" ? Paul opposait cela à l'obéissance à la Loi juive. Les Réformateurs opposaient cela à la vente des indulgences et aux pratiques pénitentielles.
    Aujourd'hui, en quoi est-ce une bonne nouvelle que nous soyons "justifiés par la foi" alors que personne ne nous demande d'obéir à la Loi juive ou de payer notre place au paradis ? Nous avons besoin d'une traduction, de nouveaux mots pour exprimer cela. "Etre justifiés par la foi" dans le langage du Nouveau Testament signifie être considérés, avoir de la valeur aux yeux de Dieu ou des humains. Poser la question : par quoi suis-je justifié ? signifie aujourd'hui : qu'est-ce qui me donne ma valeur, mon statut, qu'est-ce qui fait que je vaux quelque chose aux yeux des autres.
    Dans notre monde actuel, il y a aussi une pression à justifier de notre valeur, de notre place dans la société. N'entendons-nous pas dire que certains dans notre société "coûtent" trop chers à cause du chômage, de la dépendance ou de l'âge ?
    Dans le langage d'entreprise, cela pourrait être votre patron qui vous demande : "Qu'est-ce qui justifie que vous occupiez cette place de travail ?" Traduction : est-ce que vous apportez une valeur à l'entreprise supérieure à votre salaire ? L'employé est justifié par le rendement de son travail dans l'entreprise.
    Le protestantisme affirme que nous sommes justifiés par notre foi en Christ, c'est-à-dire que notre valeur ne dépend pas de notre travail (nos bonnes oeuvres) ni de nos qualités, nos capacités, nos compétences. Notre valeur repose sur Dieu seul, sur le Christ seul. C'est son regard qui nous confère notre valeur. Ce n'est pas le regard des autres qui nous donne notre valeur.  Notre valeur repose en Dieu.
    Vouloir acquérir notre propre valeur, c'est penser qu'il est possible d'être parfait ou au moins supérieur à tous les autres, c'est penser aussi que Dieu ne peut aimer que des êtres parfaits, ou qu'il préfère les meilleurs (meilleurs sur quels critères ??). La valeur de notre personne ne dépend pas du regard des autres (pas besoin d'être jeune et beau pour être aimé); ne dépend pas de nos réussites ou de nos échecs,, il n'y a pas de modèle à atteindre, de paliers à dépasser chaque année.
    Notre seul rôle, c'est d'avoir confiance, de croire (au sens fort du terme) que notre valeur nous est bien donnée par Dieu et donnée gratuitement. Pas besoin d'entrer avec Dieu dans une relation de séduction ou de marchandage ! Pas besoin non plus d'intermédiaires entre nous et Dieu pour plaider notre cause. Ce serait un manque de confiance envers Dieu de penser qu'il ne fait pas attention à nous !
    Avoir la foi, c'est penser que Dieu ne regarde pas à nos manquements (à nos péchés). Avoir la foi, c'est convertir notre façon de voir Dieu. Il n'est pas "celui qui nous attend au contour pour nous faire des reproches sur nos imperfections." Au contraire, il est celui qui nous accueille, celui qui nous accepte tels que nous sommes, celui qui nous encourage à marcher sur le difficile chemin de la vie.
    Dieu n'est pas celui qui vient dans sa toute-puissance écrasante et dont nous devrions avoir peur. Il est celui qui est venu auprès de nous dans la peau du Christ crucifié, dépouillé de tout ce qui pourrait nous faire peur et nous éloigner de lui.
    Voilà ce que veut dire "justifiés par la foi au Christ", justifiés par la confiance que nous mettons en la bonté extrême de Dieu envers nous, de son amour inconditionnel à notre égard. La foi s'oppose à la peur, peur d'être jugés, peur de ne pas être à la hauteur, peur de ne pas accomplir les exigences présumées de Dieu.
    Sur la croix, Dieu a abandonné toute exigence à notre égard, il nous a simplement offert son amour. Il n'attend rien, sauf que nous le voyons tel qu'il est — un Dieu d'amour — et que nous lui fassions confiance en ceci : c'est lui qui nous garantit la valeur de notre être.

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    Si Dieu n'a plus aucune exigence à notre égard (l'obéissance à la Loi est abandonnée) n'est-ce pas la porte ouverte à tous les laisser-aller, à la perte de tous les repères, de toute éthique ?
    Pourquoi le protestantisme n'est-il pas tombé dans ce travers ? C'est ce que nous verrons dimanche prochain.
    A dimanche prochain...

    © Jean-Marie Thévoz, 2007

  • Galates 1. L'apôtre Paul (I) De la persécution à la conversion

    Galates 1

    29.6.2003
    L'apôtre Paul (I) De la persécution à la conversion
    Ac 22 : 1-11    Ga 1 : 11- 24

    Chères paroissiennes, chers paroissiens, chers Amis,
    Je commence aujourd'hui une série de quatre prédications sur la vie et la pensée de l'apôtre Paul. Plus du quart du Nouveau Testament nous vient des écrits de Paul, c'est dire son importance, son poids dans la formulation de la pensée chrétienne ! Comprendre mieux le personnage, son cheminement, son parcours, ses succès comme ses échecs ou ses erreurs nous permettrons de mieux comprendre sa pensée et donc nos origines et certainement aussi notre protestantisme !
    Paul est né en l'an 8 de notre ère, dans la ville de Tarse en Cilicie, l'actuelle Tarsus en Turquie. Je vais essayer de vous situer cette ville. Si l'on considère que la Méditerranée — à cette extrémité — a une forme de rectangle, délimité en haut par la Turquie, sur le côté par la Syrie, le Liban et Israël et en bas par l'Egypte, alors Tarse se situe près de l'angle supérieur, sur la côte turque.
    Il y a dans cette ville, comme dans la plupart des grandes villes du pourtour de la Méditerranée, une communauté juive. L'ensemble de ces communautés forment ce qu'on appelle la "diaspora," les juifs dispersés depuis l'Exil de 587 av. J.-C. Ces communautés, avec leur synagogue, répandues dans tout l'empire romain, joueront un grand rôle dans la vie de Paul.
    A sa naissance, il reçoit le nom juif de Shaoul (comme le roi Saül), nom qui sera prononcé Saul, en grec. Le grec est la langue maternelle de Saul, c'est dans cette langue qu'il est scolarisé, c'est-à-dire qu'il commence à apprendre par coeur les textes de l'Ancien Testament. Saul devait manifester de bonnes capacités intellectuelles, car son père l'envoie à l'âge de 15 ans continuer ses études à Jérusalem sous la direction d'un maître réputé : Gamaliel. Il suit la formation des pharisiens, peut-être pour devenir rabbin. Il se familiarise donc avec l'hébreu pour lire l'Ancien Testament dans le texte et l'araméen qui est la langue parlée à Jérusalem.
    Etre pharisien, c'est devenir un observateur scrupuleux de la loi divine, pour parvenir à la sainteté. Pour prétendre à la sainteté, il faut obéir à 613 commandements dans sa vie de tous les jours. Cela suppose une discipline extrêmement stricte, une surveillance de tous les instants, pour ne rien oublier et ne rien transgresser.
    A cette époque, Saul était fier de ses accomplissements, dans la lettre aux Galates, il écrit :

    "Je surpassais bien des compatriotes juifs de mon âge dans la pratique de la religion juive; j'étais beaucoup plus zélé qu'eux pour les traditions de nos ancêtres." (Ga 1:14).
    Saul était tellement zélé que lorsqu'une secte commence à faire parler d'elle — notamment au travers d'un certain Etienne qui accuse les pharisiens d'avoir tué le Messie appelé Jésus — il se fait un devoir de chercher à la détruire. Ainsi, Saul approuve la lapidation d'Etienne (Ac 8:1) et se met à pourchasser les chrétiens et à les faire jeter en prison.
    De zélateur de sa religion, il devient persécuteur des dissidents. D'adorateur de la loi divine, il devient un fanatique plein de haine contre ceux qui se montrent différents de lui. D'observateur des commandements, il devient un instrument de haine, au nom de Dieu et de sa Loi, prétend-il !
    Que dire lorsque l'amour pour Dieu devient haine contre des humains ? Comment Saul peut-il justifier cette dérive ? Il ne le fera pas tant qu'il reste pharisien, mais il n'échappera pas à cette question !
    Alors que Saul est en chemin vers Damas pour y persécuter les chrétiens installés là-bas, il vit une expérience qui va littéralement le retourner complètement. Saul est assailli par une question qui lui vient du ciel :
    "Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? (Ac 9:4; 22:7; 26:14).
    Lui qui a toujours voulu atteindre Dieu, atteindre la sainteté, accomplir la volonté totale de Dieu, lui se retrouve être désigné comme son adversaire, son persécuteur ! Comment en est-il arrivé-là ?
    Chaque fois que Paul — dans ses lettres — parle de la Loi, de l'obéissance, il répète que la loi de Dieu est bonne. Le problème n'est pas dans la loi. Le problème est en nous : le péché utilise en nous la loi pour nous faire faire le contraire. Il y a en nous une puissance qui retourne nos efforts à faire le bien en force de destruction, c'est cela que Paul appelle le péché.
    Le péché nous rend esclave — on dirait "dépendant" aujourd'hui. Et Saul était esclave / dépendant de la loi pour être heureux, ce qui lui a fait prendre en haine ceux qui n'avaient pas le même amour de la loi. La dépendance à la loi l'a fait haïr tout ce qui devenait un obstacle à son obéissance, et cette haine l'a propulsé directement au coeur de ce qu'il voulait éviter : être loin de Dieu. Pour exprimer ce paradoxe, il dira : "comme esclave du péché (...) je ne fais pas le bien que je veux et je fais le mal que je ne veux pas" (Rm 7:19). Cela ne nous arrive-t-il pas à nous aussi ?
    Sur le chemin de Damas, Saul est retourné, il réalise qu'il doit abandonner la loi (extérieure) pour un guide (intérieur) : celui qu'il persécutait jusqu'alors, Jésus-Christ. Qui mieux que Jésus — le juste mis à mort injustement — peut libérer Saul de l'enfermement dans lequel il vit en persécutant celui qu'il voulait aimer ?
    La vie de Saul devait être une vie, un modèle de sainteté, elle était devenue une vie de meurtre et de souffrances infligées. Une phrase venue du ciel lui révèle l'impasse dans laquelle il s'est fourvoyé. Il en est foudroyé, sonné, aveugle. Ses compagnons de voyage le prendront en charge pour le conduire à destination, ne comprenant pas ce qui vient de se passer.
    Pendant trois jours, Saul reste prostré, sans boire ni manger, dans l'obscurité de son aveuglement. Trois jours comme Jonas, trois jours comme Jésus, avant de recommencer une nouvelle vie...
    ... mais ça c'est une autre histoire, pour dimanche prochain.
    (à suivre...)

    © Jean-Marie Thévoz 2007

  • Galates 6. La foi n'est pas dans le rite, mais dans la disposition de l'esprit.

    Galates 6
    26.11.2006
    La foi n'est pas dans le rite, mais dans la disposition du cœur et de l'esprit
    Michée 4:1-4 Jean 4:19-24 Galates 6:11-16

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    En cette période de l'année, l'Eglise cantonale nous invite à prendre en compte le "fait interreligieux." Notamment au travers de l'offrande cantonale de ce jour qui est destinée à la "Maison du dialogue de l'Arzillier" à Lausanne. L'Arzillier est un lieu de discussion et de rencontre pour avancer dans le dialogue interconfessionnel et interreligieux. Cette maison est aussi le siège du Conseil des Eglises chrétiennes dans le canton de Vaud (CECCV). Ce bâtiment est la propriété de notre Eglise, les activités sont gérées et soutenues par elle. L'Arzillier est donc l'outil de travail de l'EERV dans les relations interconfessionnelles et interreligieuses.
    Pourquoi faut-il s'occuper de ces choses-là, peut-on se demander ! Simplement parce que le monde, la Suisse, notre Canton ont changés. Dans notre Canton — au sein des chrétiens — les proportions ont radicalement changé. On tend vers une égalité de nombre entre protestants et catholiques. Dans le même temps, bien qu'en nombres encore très modestes, les croyants d'autres religions augmentent- Le dialogue interconfessionnel et interreligieux s'impose donc comme la voie préférable entre toutes.
    Le dialogue œcuménique au sein du christianisme — même s'il n'avance pas toujours comme nous le voudrions en tant que protestants — ne pose pas de problèmes de principe. Le dialogue interreligieux, par contre, ne va pas de soi. En effet, chaque religion a une prétention à se déclarer l'unique chemin vers Dieu. Cela est plus fortement marqué encore dans les monothéismes ! Le judaïsme, le christianisme et l'islam ont chacun la prétention d'être la seule voie d'accès à Dieu. Il y a là un vrai risque de violence, comme la connaissance de l'histoire doit nous le rappeler constamment !
    Que disent nos racines ? L'Ancien Testament balance constamment entre, d'un côté, l'aspiration à une "pureté identitaire" et, de l'autre, à un universalisme où toutes les nations convergent vers Jérusalem.
    Du côté de la "pureté identitaire" on trouve tous les textes qui condamnent les cultes à Baal et les idoles cananéennes, babyloniennes ou égyptiennes, tous les textes contres les mariages*1 avec les gens du pays, toutes les coutumes qui exigent de se différencier des autres peuples.
    Du côté de l'universalisme, il y a l'alliance avec Noé qui concerne tous les habitants de la terre et l'idée "futuriste" que tous les peuples se réuniront à Jérusalem pour faire la paix et adorer Dieu, le Dieu d'Israël. On n'est pas encore dans l'interreligieux, mais dans l'englobement de tous les autres dans sa propre religion, par conversion.
    Dans le Nouveau Testament, on retrouve cette même tension entre un judaïsme simplement renouvelé par Jésus et une universalisation dans l'ouverture du christianisme aux grecs, aux romains, aux païens. Jésus semble également pris dans cette tension lorsqu'il refuse une guérison à la femme cananéenne (Mt 15:22-28) parce qu'il est envoyé en mission "auprès des enfants d'Israël." Mais d'un autre côté, il renvoie juifs et samaritains dos à dos — dans son dialogue avec la Samaritaine (Jn 4) — lorsqu'il dit que "les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit" c'est-à-dire détachés des lieux saints et de l'obéissance rituelle. La foi n'est pas dans le rite, mais dans la disposition du cœur et de l'esprit. En ce sens, Jésus n'est pas venu proposer une nouvelle religion, mais une nouvelle façon d'être devant Dieu.
    Là je vais risquer une hypothèse sous forme de question : Et si cette nouvelle façon d'être en relation à Dieu — qu'apporte le Christ — pouvait être adoptée dans n'importe quelle religion, n'importe quel système religieux ?
    Petite parenthèse : on pourrait en voir des modèles chaque fois qu'un théologien a transformé un courant de pensée philosophique en une théologie chrétienne : les Pères grecs et saint Augustin pour Platon, saint Thomas d'Aquin pour Aristote, Karl Barth pour Kant et Hegel, Paul Tillich pour la philosophie des sciences humaines et le marxisme. Fin de la parenthèse.
    Revenons à notre hypothèse, et si Jésus n'était pas venu proposer une nouvelle religion — à mettre à côté des autres — mais une nouvelle façon d'être en relation avec Dieu ? Je pense que l'apôtre Paul en a eu l'intuition très forte lorsqu'il écrit cette phrase — de sa propre main — aux Galates (6:15) : "Etre circoncis, ou ne pas l'être, n'a aucune importance : ce qui importe, c'est d'être une nouvelle créature."*2
    Etre circoncis — pour Paul, l'ancien pharisien — c'est avoir inscrit dans son corps l'appartenance à un système religieux, celui du judaïsme. C'est y être inscrit envers et contre tout. La circoncision, c'est un rite religieux, observé par les juifs, par lequel, ils se différencient des autres. Les non-circoncis se différencient aussi — en miroir — des juifs. Ils ont aussi leurs rites religieux, leurs sacrifices, par exemple à l'empereur pour les romains.
    Eh bien, Paul les renvoie dos à dos : que vous pratiquiez l'obéissance à la Torah ou les sacrifices à l'empereur, cela n'a pas d'importance, "ce qui importe, c'est d'être une nouvelle créature." Paul renvoie au vestiaire toute religion, tout système religieux qui enferme l'être humain dans une pratique sensée le sauver, ou attirer sur lui les faveurs de Dieu.
    Paul en appelle à l'abolition de toutes les religions qui se prétendent des échelles pour monter au ciel — ce qui signifie aussi tous les systèmes que le christianisme a fabriqué au cours des siècles pour gagner la faveur divine. Et tout cela est remplacé par la prédication du Christ crucifié, c'est-à-dire l'annonce que Dieu a déjà tout accompli en notre faveur, pour notre salut, il a déjà fait de nous de nouvelles créatures.
    Il y a donc dans ces paroles de Paul un refus de la sacralisation de tout système religieux. Le système religieux en soi n'a aucune importance, puisque tout se joue dans la relation de Dieu à l'être humain.
    Cela devrait nous aider dans le dialogue interreligieux. Nous aider à ne pas nous sentir menacés par les différences. Nous aider à ne pas craindre de perdre des bouts de christianisme : on peut abandonner toute la dogmatique si l'on garde le lien à Dieu. Nous aider à être tolérants envers ceux qui ont besoin de rites ou de signes visibles de différenciation — même au sein du christianisme — (ils ne sont que des accessoires, pas des conditions de la relation à Dieu).
    Attention, cependant, à la tentation de transformer ce merveilleux cadeau d'amour que Dieu nous a fait en la personne du Christ en un nouveau système religieux supérieur à tous les autres. En image : ne faisons pas du Christ une nouvelle échelle pour monter vers Dieu par nos propres moyens et à imposer aux autres comme seul chemin. Ce serait une nouvelle façon d'imposer la circoncision aux païens dans le langage de Paul.
    Le christianisme n'est pas une religion qui chapeaute toutes les autres, le christianisme est la voie de sortie de la religion, de toute religion, pour que l'être humain puisse adorer Dieu en esprit et en vérité, tel que Dieu se présente lui-même, descendant du ciel pour nous rejoindre au plus près de notre humanité. Ce que Jésus nous offre, c'est Dieu sans intermédiaire.
    Amen

    *1 voir ma prédication sur Ruth 4 du 27.8.2006 voir http://clamans.hautetfort.com/archive/2006/09/11/le-message-politique-du-livre-de-ruth.html
    *2 Paul Tillich a prêché sur ce verset, voir http://www.eglise-reformee-mulhouse.org/tillich/tillich1.html

    © 2006, Jean-Marie Thévoz