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  • Genèse 2. L’être humain, dès le jardin d’Eden, a été créé avec une faille !

    Genèse 2
    13.7.2014
    L’être humain, dès le jardin d’Eden, a été créé avec une faille !
    Genèse 2 : 4-9      Genèse 2 : 15-25      Mt 7 : 1-2

    Téléchargez le texte : P-2014-07-13.pdf

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Aujourd’hui, nous allons nous pencher sur la création de l’être humain. Je ne reprends pas ce que j’ai dit dimanche dernier sur le fait que les textes ne nous donnent pas le déroulement de ce qui s’est passé, mais nous offrent une perspective sur ce que nous vivons maintenant.
    Le récit ancien de la création de l’être humain nous montre une progression. D’abord, la terre est vide, inhospitalière et inhabitée. Dieu crée l’être humain — il tire l’être humain de la poussière du sol —et la végétation pour l’habiter. Il les crée ensemble, une terre sans humain n’a pas de sens, comme le serait un humain sans terre.
    Un mot sur le vocabulaire hébreu utilisé. Pour désigner l’être humain, l’hébreu utilise le mot ADaM, qui a donné le nom propre Adam. Ce mot est parent avec le mot « sol » (ADaMaH) utilisé dans l’expression « tiré du sol ». Pour marquer cette parenté en français, on pourrait lire le texte en disant : le terrien (ADaM) a été tiré de la terre (ADaMaH), et remplacer « être humain » par « terrien » partout dans le récit. Ce mot ADaM ou terrien n’est pas le même terme que le mot « homme » qui se dit ‘iYSh, avec comme féminin ‘iYShaH. D’où le jeu de mot du v. 23 qui ne donne rien en français « On la nommera femme (‘iYShaH) parce qu’elle a été tirée de l’homme (‘iYSh) ». J’arrête ici la leçon d’hébreu.
    Mais c’était important de comprendre que le récit parle fondamentalement de l’être humain et que c’est fortuit, accidentel, qu’ensuite la femme est tirée de l’homme. Le récit ne changerait absolument pas de sens si l’homme était tiré de la femme pendant son sommeil à elle. Homme et femme sont ici interchangeables. C’est probablement à cause du risque de laisser croire que l’homme serait né d’un accouchement si l’homme avait été tiré de la femme, que le récit a opté pour sa forme « femme tirée de l’homme ». Avec un accouchement, le sens du récit en aurait été totalement changé.
    Le récit ne cherche donc pas à introduire de hiérarchie entre l’homme et la femme dans l’ordre du déroulement de la création. Le récit veut illustrer la place de Dieu. C’est lui qui façonne, aussi bien l’homme que la femme. S’il y a un décalage temporel entre les deux créations, c’est pour mettre autre chose en évidence.
    En effet, le texte introduit — bizarrement — deux failles dans ce récit de la création du jardin, jardin qu’on assimile au paradis, à un état parfait qui précède l’état actuel de la terre et de la vie humaine, un état qui s’est dégradé et que le chapitre 3 met en scène, brièvement dit « la chute » et « la sortie du paradis ». Nous sommes donc encore, dans ce récit, dans ce temps « avant », temps originel, idéal, sans faille !? Non, justement pas sans failles.
    Deux failles sont évoquées, la première avec l’interdit concernant l’arbre du bien et du mal. Et la deuxième lorsque le récit nous présente Adam souffrant de solitude. L’être humain est seul de son espèce, il est singulier, à part, mais de cet « à part » qui veut dire isolement, incomplétude, inachevé.
    Voilà qui est étrange ! Pas par rapport au sentiment d’isolement ou d’incomplétude que nous pouvons ressentir, nous sommes trop habitués à le réaliser. Non, étrangeté que cette incomplétude soit là dès l’origine, dans le jardin.
    Et Dieu s’en rend compte et il va chercher à y remédier par deux fois. Dans un premier essai, il crée tous les animaux et les présente au premier humain. Celui-ci les nomme, mais ne trouve pas l’aide qui lui corresponde, pas de partenaire qui viendrait le compléter.
    C’est alors que Dieu va créer quelqu’un qui sera de sa chair, mais qui ne sera pas son jumeau. Dieu ne crée pas un clone d’Adam. C’est quelqu’un qui lui correspond, mais qui n’est pas identique. Quelqu’un d’autre, mais dans lequel se reconnaître. D’où l’exclamation de l’homme voyant la femme : (littéralement) « voici l’os de mes os, la chair de ma chair » (Gn2:23). Ce n’est pas très poétique en français, mais cela dit la proximité, la parenté, la communion d’origine qui présage de la communion à construire ensemble.
    Le poète du Cantique des cantiques s’exprimera avec plus d’élégance (Ct 4:1-3) :
    1 Que tu es belle, ma tendre amie, que tu es belle ! Derrière ton voile tes yeux ont le charme des colombes. Tes cheveux évoquent un troupeau de chèvres dévalant du mont Galaad. 2 Tes dents me font penser à un troupeau de brebis fraîchement tondues, qui remontent du point d'eau. Chacune a sa sœur jumelle, aucune ne manque à l'appel. 3 Un ruban rouge : ce sont tes lèvres ; ta bouche est ravissante. Derrière ton voile tes pommettes ont la rougeur d'une tranche de grenade.
    Cette solitude d’Adam, comme son émerveillement, dit combien l’être humain (autant l’homme que la femme), combien nous sommes tiraillés entre notre besoin d’être uniques, singuliers, au risque de n’être jamais compris et aimés, et le besoin de faire partie d’un groupe, d’une équipe, d’un couple ou d’une famille. Nous avons en même temps besoin de nous distinguer du troupeau et d’en faire partie, d’être uniques et en même temps englobés, protégés, intégrés.
    Oui, il y a cette faille en nous, dès le jardin d’Eden, et encore en nous aujourd’hui. Elle fait partie de notre humanité, et Dieu n’a pas voulu la supprimer, l’ôter, parce que cela aurait ôté notre humanité, c’est-à-dire notre besoin, notre envie d’entrer en relation.
    Cette faille appartient à la vie elle-même. Le vivant est fait en même temps de force, de rayonnement, de production, d’adaptation, et en même temps de changement, de vulnérabilité, d’inachèvement, d’incomplétude. Dieu n’a pas voulu ôter cela de la vie. Il n’a pas voulu nous blinder. Il a préféré nous donner un autre semblable avec lequel partager ces vulnérabilités et cette incomplétude.
    C’est vrai, en fait, quand se rapproche-t-on le plus de quelqu’un et en même temps de nous-mêmes ? N’est-ce pas quand on trouve une âme sœur avec laquelle partager ses faiblesses, ses soucis, ses failles et ses vulnérabilités ? Ne vivons-nous pas nos moments les plus heureux lorsque nous pouvons montrer à un autre ce qu’il y a le plus au fond de nous-mêmes ? Lorsque nous pouvons nous ouvrir sans avoir peur, sans avoir honte de nous-mêmes, parce que nous nous sentons accueilli par l’autre, avec bienveillance, sans jugement (Mt 7:1-2), avec un cœur ouvert ?
    N’est-ce pas cette nudité du cœur qu’évoque le récit lorsqu’il dit du paradis qu’il est cet endroit (ou ce moment) où l’homme et la femme se sont dévoilés l’un à l’autre et qu’ils n’éprouvent aucune gène ? Dieu a placé l’être humain dans un jardin pour qu’il soit possible de vivre cette ouverture.
    Dieu a créé l’être humain, homme et femme, différents mais complémentaires, pour qu’aucun des deux n’aie la tentation (mais combien de fois l’humanité est-elle tombée dans le panneau ?) de penser qu’un seul des deux peut représenter à lui seul toute l’humanité.
    Dieu a créé l’être humain avec cette faille bienheureuse de ne pas être tout à lui tout seul, afin de trouver avec l’autre de quoi se compléter et vivre les pages heureuses de son existence. Dieu nous a laissé avec cette faille pour que nous découvrions qu’elle est — en fait — une bénédiction lorsque nous nous ouvrons à la présence de notre prochain.
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2014

  • Genèse 2. L’intention divine première c’est de bénir la terre et les humains qui y habitent.

    Genèse 2
    6.7.2014
    L’intention divine première c’est de bénir la terre et les humains qui y habitent.
    Genèse 2 : 4-15     Esaïe 55 : 6-13     Jean 4 : 10-14

    Télécharger le texte : P-2014-07-06.pdf


    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Je vous propose pour les dimanches de cet été de nous plonger dans les récits de création que la Bible nous offre. Dans la plupart de nos confessions de foi, — notamment le Symbole des apôtres que nous trouvons à la dernière page de nos psautiers — nous déclarons : « Je crois en Dieu, créateur du ciel et de la terre. » Que voulons-nous dire par là ?
    Affirmons-nous que Dieu a créé le monde de ses propres mains ? Qu’il a conçu le plan de chaque atome du tableau périodique des éléments ou qu’il a inventé chaque plante et chaque animal ? Croyons-nous que Dieu a créé le monde en 6 jours, il y a quelques 6'000 ans ?
    Certains chrétiens le pensent. On dit alors qu’ils sont « créationnistes. » Ils remplacent le discours scientifique par le discours biblique, croyant que la Bible explique comment Dieu a créé le monde.
    Je n’arrive pas à me retrouver dans leurs théories. Je crois que la Bible nous dit autre chose que le « comment » des choses. Je crois que la Bible nous dit le « pourquoi » des choses, ou encore le « pour quoi », le « en vue de quoi » de la vie et du monde.
    Comment donc penser, et pouvoir confesser, Dieu créateur, sans être créationniste, en acceptant que la science dit des choses correctes sur l’origine de l’univers et de la vie sur terre ? Je crois que c’est possible en nous attachant au sens et à l’intention. La Bible nous dit l’intention qu’il y a derrière la présence du monde. Il nous dit le sens de l’existence, de notre présence sur terre et c’est une explication qui a une autre valeur que l’explication scientifique. Deux explications qui peuvent être juxtaposées sans que ni l’une ni l’autre ne perde de sa qualité ni de son sens, parce qu’elles ont des rôles différents.
    Je vais l’expliquer par un exemple concret qui porte aussi sur deux explications concernant une question d’origine. Lorsqu’un enfant demande à ses parents « Pourquoi est-ce que je suis là ? » Les parents ont le choix entre deux explications. Ils peuvent se lancer dans l’explication biologico-chimique : « Tu sais, lorsque le spermatozoïde rencontre l’ovule… etc… » Ou bien ils peuvent se lancer dans une explication de leurs intentions. « Tu sais, ta maman et moi, nous avions très envie d’avoir un enfant… »
    Les deux explications sont justes, pertinentes, exactes. L’une est scientifique, mais froide. L’autre est poétique, mais pleine de sens et de promesse pour l’enfant, elle va le soutenir dans son être et sa joie de vivre.
    Les récits bibliques de création sont de ce deuxième ordre : poétiques et plein de promesse. Lorsque nous disons que Dieu a créé le ciel et la terre, nous formulons un énoncé poétique qui nous rappelle que Dieu a une intention pour le monde et pour nous, il a un projet pour l’humanité et ce projet passe par notre vie sur cette planète terre.
    Le livre de la Genèse nous présente deux récits de création. Celui du chapitre 1 — un grand poème en 7 strophes pour 7 jours — remonte à l’époque de l’Exil à Babylone. Nous y reviendrons ultérieurement.
    Le récit des chapitres 2 et 3 est plus ancien et plus composite. On le sens plus fruste dans l’explication pratique, mais il est riche par contre d’une dramatique humaine qu’il dessine autour du bien et du mal.
    Le fait même d’avoir deux récits incompatibles entre eux au niveau factuel du « façonnage de la terre » devrait renvoyer les créationnistes à leur étude du texte biblique.
    Que nous dit le récit le plus ancien de l’intention divine pour l’être humain et le monde ? (En fait, je vais réserver la part sur l’être humain pour dimanche prochain.)  Que nous dit ce récit de Genèse 2 sur le monde ? Ce récit utilise l’eau comme une métaphore pour nous parler du monde.
    Il y a un état premier où la terre est sèche. Elle existe, mais rien ne pousse, c’est pire qu’un désert. Il n’y a ni arbuste, ni herbe, ni être humain.
    Dans un deuxième état, il y a une sorte de brouillard, de brume qui s’élève de la terre pour l’irriguer. Mais il n’y a toujours pas de végétation.
    Il faut un acte de Dieu pour y implanter l’homme, puis la végétation. L’homme est là pour cultiver cette végétation. Ensuite le récit s’interrompt pour parler géographie. Une sorte de parenthèse, un paragraphe copié-collé ici dont on ne connaît pas l’origine.
    Il situe l’Eden (vers l’est) et le donne comme la source d’un fleuve qui traverse le jardin et en sort en se séparant en quatre bras pour irriguer la terre. Deux fleuves ne sont pas identifiés et deux autres, le Tigre et l’Euphrate, sont connus, c’est le croissant fertile.
    Ce paragraphe lie le jardin et la terre habitée à la même source, unique, qui vient de l’Eden. L’eau voulue par Dieu va donner la vie, pas seulement au jardin — on anticipe le drame de Genèse 3 — mais à la terre entière, les territoires connus comme les territoires inconnus. 
    Il y a là l’affirmation d’une bénédiction première et universelle. Quoi qu’il se passe dans l’histoire humaine, la vie et la bénédiction sont premières. On sait déjà — parce qu’on connaît la suite, et tout être humain sait qu’il n’habite plus le jardin d’Eden — que la vie est difficile sur la terre. Mais ce récit de création affirme que cette vie difficile s’inscrit dans un cadre qui est fait de bénédiction. 
    Une façon de dire déjà que des limites sont posées face au mal et au malheur. L’intention divine première c’est de bénir la terre et les humains qui y habitent. A l’origine, il y a une bénédiction et à l’horizon, il y a la promesse d’un pays où habiter. C’est le cadre de la création. (On verra dans la lecture du poème de Genèse 1 à quel point le caractère « habitable » de la terre est souligné).
    Ainsi, ce récit, le plus ancien, confesse que le monde n’est pas le résultat d’un accident, mais d’une intention. Ce récit montre que l’être humain ne naît pas non plus accidentellement. Le monde est là pour accueillir l’être humain et sans lui le monde est comme en attente. Le monde est l’objet de la bénédiction divine, depuis le début. Nous ne sommes pas un accident de l’histoire, tombés par malheur dans un monde maudit.
    Comme des parents peuvent dire à leur enfant : « Nous avons souhaité que tu nous sois donné et nous sommes heureux que tu sois là et grandisse avec nous » dans ces récits de création, c’est comme si Dieu nous disait : « J’ai disposé le monde pour vous accueillir et j’ai souhaité que vous soyez là pour y habiter. Je suis heureux que vous puissiez y vivre sous mes yeux. »
    Voilà ce que nous confessions lorsque nous disons : « Je crois en Dieu, créateur du ciel et de la terre. »
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2014

  • Jean 14. « Je suis le chemin, la vérité et la vie » dit Jésus

    Jean 14
    29.6.2014
    « Je suis le chemin, la vérité et la vie » dit Jésus
    Jean 7 : 32-38        Jean 14 : 4-11
    Télécharger le texte : P-2014-06-29.pdf


    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Nous arrivons au terme du cycle de prédications sur l’Evangile selon Jean commencé au mois de janvier. Au fil du temps, nous avons découvert et approfondi notre connaissance de la pensée de cet évangéliste et la façon qu’il a de nous présenter Jésus.
    Nous terminons aujourd’hui sur une parole de Jésus qui résume, qui récapitule, qui condense le but de l’Evangile selon Jean : dire qui est Jésus ! dire qui il est pour les disciples, les croyants, qui il est par rapport à Dieu. Et Jean le résume dans cette parole de Jésus : « Je suis le chemin, la vérité et la vie, personne ne peut accéder au Père autrement que par moi ! » (Jn 14:6).
    Deux disciples interviennent dans ce moment d’entretien avec Jésus. C’est d’abord Thomas qui prend la parole. Il est déboussolé. Jésus vient de leur dire qu’il va partir, qu’il va les quitter. Une fois Jésus leur dit qu’ils ne pourront pas le suivre (Jn 7:34) et maintenant, Jésus leur dit qu’ils connaissent le chemin pour le suivre (Jn 14:4). Alors Thomas demande à Jésus d’être plus clair et de leur dire où il va et quel est le chemin qu’ils devront prendre. Thomas veut connaître le chemin, la voie.
    Et Philippe enchaîne avec une autre revendication : « Montre-nous le Père ! » (Jn 14:8).
    Deux demandes humaines qui sont à la base de toute quête spirituelle : a) découvrir Dieu, voir Dieu, avoir accès à Dieu, c’est le but, et b) avoir une voie, un chemin pour arriver à ce but. Qui ne souhaite pas avoir un contact avec Dieu, recevoir une révélation divine, recevoir un signe de Dieu ? Et nombreux sont ceux qui proposent des chemins, des exercices, des retraites, des voies pour y accéder.
    L’Evangile selon Jean affirme que Jésus est le seul à proposer un chemin qui mène à Dieu. Jésus dit : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. » C’est gonflé quand même ! Qui dit qu’il dit vrai ? Pourquoi devrions-nous le croire ?
    L’Evangile selon Jean tout entier, avec ses récits, avec les paroles de Jésus qu’il nous transmet, nous explique pourquoi Jésus est crédible, pourquoi on peut lui faire confiance, pourquoi il est vraiment le chemin, la vérité et la vie.
    Qu’est-ce que Jésus apporte à ses contemporains ? Lorsque Jésus intervient en Galilée et à Jérusalem, la religion est un poids pour les gens. La religion est faite d’obligations et de contraintes. Il faut suivre des commandements qui entravent la vie. Il faut faire des pèlerinages à Jérusalem et là-bas, il faut acheter de quoi faire des sacrifices et seuls ceux qui s’occupent du Temple en profitent. C’est une religion de marchandage avec Dieu : je te sacrifie cela, alors donne-moi ceci en échange.
    Jésus vient bouleverser tout cela : il chasse les marchands du Temple, il guérit le jour du sabbat, il remet la vie au centre de la relation à Dieu. Jésus rencontre les gens et il transforme leur vie. Il fait découvrir la dimension d’en haut, la dimension spirituelle à Nicodème. Il fait découvrir à la Samaritaine la présence universelle de Dieu, tout comme l’accueil inconditionnel. Il fait découvrir à ses disciples que l’amour est au centre de la relation à Dieu. Il leur montre que le service (et non le pouvoir) est la clé des relations humaines et que c’est dans l’abaissement qu’on se rapproche le plus de Dieu.
    Jésus change radicalement l’image de Dieu de tous ceux qui l’entendent. Et cette image nouvelle est encore valable pour nous aujourd’hui. Ces valeurs de rencontre, d’amour, de service ne sont pas dépassées. Elles restent la clé d’une vie heureuse aujourd’hui.
    Ce chemin que Jésus montre et qui donne accès à Dieu est bien celui qui donne de la valeur à la vie, c’est toujours un chemin vrai, authentique.
    Nous pouvons croire Jésus lorsqu’il dit « Je suis le chemin, la vérité et la vie, personne ne peut aller au Père autrement que par moi » parce qu’il est celui qui vient de laver les pieds de ses disciples, parce qu’il est celui qui va donner sa vie sur la croix pour révéler au monde le processus mortifère d’une religion (de toute religion) qui dit posséder la vérité.
    Il n’y a pas de manipulation dans la parole de Jésus parce qu’il ne cherche pas d’intérêt personnel, il ne va tirer aucun profit de sa mort prochaine. Jésus n’est pas dans une conquête de pouvoir, il est dans le renoncement à tout pouvoir.
    En disant à ses disciples qu’il est « le chemin, la vérité et la vie » Jésus dit trois choses à ses disciples : 1) il dit que le chemin ne va pas s’arrêter avec sa mort. Il y a un chemin de vie dans le fait de renoncer au pouvoir et surtout à la religion comme pouvoir.
    2) Il dit que la vérité est en lui, donc les disciples ne la possèdent pas. Ils en seront les témoins, mais elle ne leur appartiendra pas. Cette vérité leur échappera toujours.
    3) Il leur dit que la vérité est indissociable de la vie et de l’amour.
    Il est le chemin parce que Jésus a montré le chemin par ses actes, en étant un être de paix, en se mettant à la place du serviteur et du serviteur souffrant. C’est à cette place — paradoxalement — qu’il révèle le mieux le visage du Père, la nature vraie de Dieu.
    C’est donc dans la personne de ce Jésus de Nazareth que nous sommes invités à découvrir le vrai visage de Dieu, sa présence, sa parole. C’est là que nous pouvons le voir — comme le demande Philippe. Dieu se fait connaître à travers cet homme de Nazareth. Ce Jésus est le révélateur de la vérité divine. C’est dans la rencontre avec ce Jésus des Evangiles que nous avons accès à Dieu, à un Dieu qui se présente dans la faiblesse d’un Dieu qui n’a que son amour à offrir.
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2014.