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Un baptême en chemin

(16.2.2003)

Actes 8

Un baptême en chemin

Esaïe 53 : 1-8.         Actes 8 : 26-39

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Un homme est assis dans un char — c'est un personnage important, il est administrateur du Trésor de l'Etat d'Ethiopie. Cet homme a une longue route à faire devant lui, il a quitté Jérusalem et rentre dans son pays. Un homme de son rang a un pilote qui conduit son char, il peut donc lire en chemin pour s'occuper.

Il est venu à Jérusalem pour vénérer Dieu, il repart avec le livre du prophète Esaïe. Il est plongé dans sa lecture — à haute voix, comme c'était l'habitude à cette époque — lorsque l'apôtre Philippe l'aborde, ayant probablement reconnu le texte qui est lu.

Le récit du livre des Actes nous dit clairement que Philippe ne se trouve pas là par hasard, il a été envoyé par le Saint-Esprit pour rencontrer cet homme. Philippe est l'un des douze disciples qui ont accompagné Jésus dans son ministère jusqu'à son arrestation. Il est chargé — comme les autres apôtres — de diffuser la bonne nouvelle, l'évangile. On se trouve donc dans les premières années après la mort et la résurrection de Jésus.

Philippe reconnaît donc le passage d'Esaïe que lit le fonctionnaire éthiopien. Ce passage — que nous avons entendu — est étrange, il parle d'un homme effacé, qui n'a pas d'allure, un souffre douleur — comme l'élève trop gros dans une classe se retrouve victime de tous les quolibets. Il parle d'une victime qui n'ose pas résister et qui va être broyée dans un processus qui la dépasse et qui arrange tout le monde ! Sur lui, nous avons projeté nos défauts, nos fautes, tout ce qu'il y avait de haïssable en nous. Il a porté tout cela — sans mot dire — jusqu'à la mort.

Et l'Ethiopien ne comprend pas de qui le prophète Esaïe veut parler. Et Philippe lui explique ce qui s'est vécu en Galilée et à Jérusalem, la vie de Jésus, et sa mort, son exécution à Jérusalem.

Les poèmes du "Serviteur souffrant" d'Esaïe sont des textes très étranges. Lorsqu'un très haut personnage envoie un ambassadeur ou un messager, on peut s'attendre à ce qu'il envoie quelqu'un de digne de le représenter, quelqu'un "qui en jette", qui impressionne, quelqu'un en qui on peut reconnaître la puissance, le côté impressionnant de celui qui l'envoie.

Ici, c'est le contraire, l'homme que tous dédaigne, celui qui apparaît faible, vulnérable, insignifiant, victime de tous les maux, se révèle être le vrai ambassadeur de Dieu.

Esaïe annonçait ce retournement. Philippe annonce que ce retournement a eu lieu en la personne de Jésus, victime des Romains et des chefs des prêtres du Temple. Celui qui était rejeté de tous est celui que Dieu avait choisi pour le représenter ! Dieu n'est pas là où on l'attend. Dieu n'est pas tel que nous nous l'imaginons.

Nous l'imaginons tel que nous voudrions qu'il soit, c'est-à-dire tout-puissant pour qu'il règle les problèmes du monde à notre place; nous le voudrions plus dirigiste pour dicter sa loi aux autres tout en préservant notre liberté; nous le voudrions plus intervenant pour nous protéger de nos malheurs ou de nos fautes.

Mais Dieu a refusé cette place au-dessus de nous. Il s'est abaissé jusqu'à subir la loi des hommes. Il a refusé cette place de tyran pour préserver notre liberté et pour vivre à nos côtés. Il n'ôte pas les obstacles sur notre route, il nous aide à les surmonter. Il ne siffle pas nos fautes, il nous aide à les assumer. Il ne nous condamne pas, il nous apprend à aimer.

Dieu a renoncé à faire les choses à notre place, il respecte absolument notre liberté, pour le meilleur et pour le pire. Mais, il n'a pas pour autant déserté le monde. Il y a placé des signes, des indices, des témoins — comme Philippe sur la route de l'Ethiopien — pour que nous puissions découvrir sa présence, recevoir son aide, apprendre le mode d'emploi du bonheur.

L'Ethiopien découvre tout cela au côté de Philippe et se réjouit de ces découvertes. Il saisit le renversement de valeur que Dieu introduit dans le monde et communique à Philippe qu'il souhaite faire partie de ce monde nouveau :

 

"Qu'est-ce qui empêche que je sois baptisé ?

Si tu crois de tout ton cœur, tu peux être baptisé, lui répond Philippe.

Je crois que Jésus est le Fils de Dieu !" (Ac 8:36)

Ce qui signifie : Oui, je crois que ce Jésus que les hommes ont tué parce qu'il semblait être à l'opposé de Dieu est bien le Fils de Dieu, celui qui nous montre le vrai visage de Dieu.

L'homme éthiopien a été baptisé et il repart sur son char. Etrangement, il n'y a pas de communauté chrétienne autour de lui. Philippe ne l'a pas invité à faire partie de sa paroisse. Mais l'homme repart baptisé, avec la présence de ce Dieu au visage nouveau.

Et l'Histoire nous apprendra que l'Ethiopie a été un pays où la foi chrétienne s'est développée très tôt...

Amen

© Jean-Marie Thévoz, 2023

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