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Genèse 28. "C'est ici la maison de Dieu, la porte du ciel !"

(12.6.2005)

Genèse 28

"C'est ici la maison de Dieu, la porte du ciel !"

Genèse 28:10-19.       Matthieu 21 : 12-15

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Chères paroissiennes, chers paroissiens, chers habitants de Villars-Ste-Croix,

Nous fêtons cette année les 30 ans de l'inauguration de cette Chapelle de Villars, et nous nous réjouissons de votre participation à ce culte aujourd'hui et de voir cette chapelle remplie pour cette fête. Nous pouvons être reconnaissants envers la génération qui — il y a 56 ans — a eu le désir d'ériger cette chapelle. Génération qui a transformé ce désir en construction et cette construction en lieu de culte !

Qu'est-ce qu'une chapelle, qu'est-ce qu'une église ? Je trouve qu'il n'y a pas de meilleure définition que celle que donne Jacob lorsqu'il découvre la présence de Dieu sur le lieu de son campement : "Ce lieu est la maison de Dieu, la porte du ciel !" (Gn 28:17)

Je sais que vous aimez votre Chapelle et que les personnes qui viennent ici pour un baptême ou un mariage s'y sentent bien. La charpente en bois lui donne un caractère chaleureux. Une chose cependant m'a frappée : il n'y a pas de fenêtres, pas de fenêtre sur l'extérieur ! Comme j'ai la manie de chercher des significations partout, je me suis demandé pourquoi ?

Est-ce un signe de fermeture ou plutôt une aide, un soutien au recueillement, à la méditation ? Jusqu'à ce que je m'aperçoive qu'il y a une ouverture sur la lumière extérieure, là, vers le clocher. La fenêtre de la Chapelle donne vers le ciel, vers le haut, comme pour conduire notre prière, pour élever notre âme, pour élever nos yeux au-dessus du quotidien, de la routine, du terre-à-terre, pour nous attirer vers une nouvelle dimension, une nouvelle réalité.

C'est exactement l'expérience que fait Jacob. C'est aussi ce que Jésus fait en chassant le matériel du Temple pour lui redonner sa vocation spirituelle — mais revenons à Jacob. Jacob est en voyage (de Bersheva à Haran, 1'000 km !). En fait, Jacob est en fuite, il fuit Esaü, son frère. Après la tromperie de Jacob sur le droit d'aînesse, Esaü a des envies de meurtre. Jacob fuit. A la tombée de la nuit, Jacob s'arrête là où il se trouve. Ce n'est pas un endroit choisi, il ne peut simplement pas aller plus loin à cause de l'obscurité. Il choisit une pierre pour oreiller, ce n'est pas le confort.

L'obscurité, la pierre, la fuite, la solitude, c'est la couleur de la vie de Jacob à ce moment-là. Dans ces circonstances, dans cette situation précaire, Jacob rêve. Il pourrait tout aussi bien faire un cauchemar ! Non, il rêve, c'est une manifestation de sa vie intérieure, c'est la vie au cœur de la nuit, c'est l'expression de l'univers intérieur, de l'univers en nous.

Jacob rêve d'une échelle qui relie la terre et le ciel, ou le ciel et la terre, puisque des messagers montent et descendent. Jacob rêve d'un lien, d'une communication intense entre terre et ciel, bas et haut, tangible et inaccessible, matériel et subtil, réalités et aspirations, pesanteur et respiration.

Dans sa solitude, dans son exil, Jacob découvre qu'il est relié à l'infini, à Dieu. Et voilà qu'il découvre que Dieu se tient à son côté et que Dieu lui promet une terre, une descendance, une bénédiction destinée à tous et surtout un accompagnement, une présence continue auprès de lui. Dans ce lieu anonyme, que Jacob n'a pas choisi, Dieu est là ! "C'est ici la maison de Dieu, la porte du ciel ! " découvre Jacob. Et il est bouleversé.

Il découvre une dimension jusque-là inconnue dans sa vie. Lui le rusé, le trompeur, celui qui ne peut s'empêcher d'agir en volant l'autre pour faire avancer ses projets, il découvre quelqu'un qui lui fait confiance, quelqu'un qui lui donne, avant de savoir ce que Jacob peut faire en retour. Il découvre que Dieu n'est pas calculateur, donnant-donnant. Il découvre que le monde, les relations peuvent se fonder sur autre chose que les lois de l'échange économique. Pour gagner, je n'ai pas besoin que l'autre perde !

Jésus chassait les marchands du Temple pour montrer qu'il est indispensable de maintenir des espaces libres de toute marchandisation, de toute chosification. Non l'être humain n'est pas une chose, un instrument, un outil de travail. La vie relationnelle, la vie sociale doit être préservée de cette chosification envahissante. La vie spirituelle, c'est un espace de liberté, de résistance, à la déshumanisation qui grandit si vite dans notre société actuelle.

Jacob réalise tout cela lorsqu'il reçoit promesse et bénédiction. Cette expérience, cette découverte, cette ouverture spirituelle, Jacob la reçoit comme un cadeau et veut marquer ce lieu d'un signe. Il dresse une pierre, il crée un sanctuaire qui sera longtemps un rival du Temple de Jérusalem.

Aujourd'hui, cette Chapelle est aussi une porte du ciel, un signe que l'expérience de la rencontre de Dieu est possible et actuelle, est remplie de promesses et de bénédictions. Nous commémorons 30 ans d'usage de cette chapelle. J'espère que ce n'est pas pour vous la commémoration d'un passé glorieux… mais perdu.

Paradoxalement, aujourd'hui, la menace qui pèse sur les lieux de culte, ce n'est pas — comme au temps de Jésus — d'en faire des centres commerciaux, c'est d'en faire des musées de la foi. Un lieu tourné vers autrefois, vers une autre époque, vers le passé où l'on revient par nostalgie, mais comme vers une chose morte.

Il nous appartient, il vous appartient de faire de cette commémoration de votre Chapelle autre chose qu'un musée de la foi, d'en faire une porte du ciel, d'où descendent les promesses et les bénédictions, un lieu de vie et de ressourcement.

Il vous appartient d'en faire un lieu de halte quand l'obscurité nous entoure et qu'une pierre remplace l'épaule sur laquelle nous voudrions faire reposer notre tête.

Il vous appartient d'en faire un lieu où le rêve d'une communication avec Dieu devient réalité.

Il vous appartient d'en faire une fenêtre ouverte sur le ciel, la maison de Dieu, porte du ciel.

Amen

© Jean-Marie Thévoz, 2023

 

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