14.06.2007
Actes 3. Le royaume de Dieu est vraiment présent aujourd'hui
Actes 3
14,15.06.1997
Le royaume de Dieu est vraiment présent aujourd'hui
Es 35:1-7 Ac 3:1-10 Lc 7:16-23
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Ce que j'ai à vous dire ce matin s'inscrit à la suite de Pentecôte, dans le temps de l'Église. La question qui se posait à Luc était : comment vivre avec le Christ, mais après le départ de Jésus. Cela s'inscrit aussi dans le concret d'un dimanche consacré aux réfugiés, à ces prochains en exil chez nous.
J'ai choisi le récit d'un miracle, celui de l'infirme de la Belle-Porte. Je sais que le miracle fait problème à l'ère scientifique. Aussi je vais d'abord essayer d'en extraire le sens, comme s'il s'agissait d'une métaphore, d'une image. Ensuite, nous verrons pourquoi il était spécialement utile, voire nécessaire de raconter cela sous la forme d'un miracle. Finalement, on verra qu'il y a bien un miracle réel pour Luc et pour nous aujourd'hui.
1. Luc choisit de raconter un miracle juste après la Pentecôte. Luc est l'évangéliste qui a construit un calendrier précis de Pâques à Pentecôte. Après Pâques, Jésus est resté 40 jours avec ses disciples, à l'Ascension, il a quitté ses disciples et à Pentecôte, l'Esprit est descendu sur les apôtres. La Pentecôte était pour les juifs la fête du don de la Loi au Sinaï, Luc en fait une fête chrétienne du don de l'Esprit. Dans le chapitre 3 du livre des Actes, Luc veut montrer comment se passe la transition : que se passe-t-il lorsque Jésus n'est plus là ?
Luc choisit l'action, le lieu, les personnages et les mots de son récit. Tout y est significatif, comme dans la vie. Je retiens un premier thème, celui du boiteux. Les boiteux sont très présents dans la Bible. Après sa lutte avec l'ange, Jacob lui-même se relève boiteux et reçoit son nouveau nom : Israël. L'ancêtre d'Israël, du peuple élu est un boiteux. Dans le texte d'Esaïe que nous avons entendu, l'arrivée du Messie est accompagnée de signes :
"Alors, le boiteux bondira comme un cerf". Lorsque Jean-Baptiste veut savoir qui est Jésus, ce dernier donne comme message "les aveugles voient, les boiteux marchent droit..." Jésus rappelle la prophétie d'Esaïe. Chez Luc toujours, dans l'évangile, dans la parabole des invités qui refusent, des boiteux et des mendiants remplacent les invités prévus et qui se sont excusés.
Un théologien (Loisy) a dit : "Jésus annonçait le Royaume de Dieu et c'est l'Église qui est venue !", et c'était pour lui une déception. Luc nous dit tout autre chose : Le Messie est toujours présent dans les actes des chrétiens ! Et Luc va insister dans les Actes. Après Pierre, c'est Philippe, puis Paul qui feront marcher et bondir les boiteux. C'est le signe : Jésus est parmi nous, il continue d'agir et de guérir. Faire marcher, avancer ceux qui sont bloqués, arrêtés dans leur existence, c'est vraiment l'affaire de l'Église.
2. Il ne s'agit pas de n'importe quelle guérison ! L'homme est relevé, remis en marche. Touchées par Jésus, nos vies trouvent un nouvel élan, au-delà de nos paralysies, de nos peurs, de nos blocages.
Le deuxième thème que j'aimerais souligner, c'est le bondissement du boiteux. Non seulement Luc dit qu'il marche, mais il dit que le boiteux bondit. Chez Luc, bondir ou tressaillir, c'est la réaction provoquée par le contact avec le Messie, le Christ. Jean-Baptiste a tressailli, bondi, dans le sein d'Élisabeth lorsqu'elle a rencontré Marie enceinte. Dans le récit de la Samaritaine, l'évangéliste Jean, parle de l'eau bondissante.
La phrase qui nous dit que le boiteux bondit est construite d'une façon particulière, sur un axe de symétrie. Le boiteux bondit, marche, entre dans le temps, marche, bondit et loue Dieu. L'élément central de cette phrase est l'entrée dans le temple, entourée comme les colonnes d'un portique par Bondir et Marcher. Au centre, il y a l'entrée dans le Temple qui conduit à la louange.
C'est ici que se loge le miracle : pouvoir entrer dans le Temple et louer Dieu. Jésus est la Porte du Temple, de l'Église (de la bergerie chez Jean).
Au contact de Jésus, l'homme souffrant est relevé, l'homme souffrant a accès à Dieu, il entre en contact avec la vie, la vraie vie. L'Église est le rassemblement de tous ceux qui sont tombés et que Dieu relève. Il est à noter que Pierre, qui réalise ce miracle, est le premier des disciples, qu'il est tombé en trahissant trois fois son maître avant le chant du coq et que Jésus l'a relevé.
3. Bonne nouvelle pour nous : un vrai miracle s'est passé et se passe encore aujourd'hui. Le boiteux a été relevé. Voyons comment cela s'est passé.
Cet homme attendait à la porte, il désirait des aumônes, il mendiait. Son besoin immédiat, c'est de quoi se nourrir ce jour-là. On en voit aussi chez nous à présent. On est abordé dans la rue : "Vous n'auriez pas 2.-". Il est bon et généreux de contribuer à couvrir ces besoins (et l'offrande de ce jour en faveur des réfugiés va y contribuer).
Mais une fois l'homme nourri, vêtu, abrité, il y a encore un besoin fondamental à couvrir : être reconnu, être aimé, se sentir digne, recevoir de quoi avoir de l'estime de soi.
Pierre et Jean n'ont ni or, ni argent, mais ils n'ont pas fermé leur coeur, lorsque le boiteux leur demandait d'ouvrir leur porte-monnaie. Pierre et Jean n'ont ni or, ni argent, mais ils ont autre chose, l'amour qu'ils ont reçu.
Ils remplaceront donc l'avoir par l'être, l'économie de marché par l'économie du Royaume, la pénurie par l'abondance d'une source inépuisable. Ce qui fait vivre, c'est l'amour échangé, la dignité lue dans le regard, la main tendue, le soutien reçu.
Certes, il faut de l'argent pour couvrir les besoins, mais cela ne suffit pas, ce n'est pas l'essentiel. S'il manque la dignité, la reconnaissance de l'autre comme égal, l'argent peut devenir une insulte, une façon de se débarrasser d'autrui.
Samedi dans le journal (Gazette de Lausanne 14.6.97) dans un article sur les requérants d'asiles qui doivent repartir intitulé "L'usure des exilés en sursis", des requérants laissaient paraître leur déception : "Nous sommes venus chercher un peu d'humanité en Suisse. Nous ne l'avons pas vraiment trouvée". Triste constat.
L'Église a tout reçu du Christ qui s'est fait don pour l'humanité. L'Église à cette tâche de rendre la dignité à ceux qui croient l'avoir perdue, à ceux que l'économie humilie, que la politique refoule, que la société marginalise.
"Ce que j'ai, je te le donne" dit Pierre. On ne peut donner que ce qu'on a reçu, d'où l'importance de veiller à recevoir, plus précisément à être relié à une source qui nous alimente.
Dieu est amour. Dieu est source d'eau vive. Dieu nous donne le pain et le vin, et comme nous aimons le chanter le soir en famille avec nos enfants : "L'Éternel est mon berger, Rien ne saurait me manquer."
Voilà un vrai miracle. Cette surabondance ne peut être exprimée que par le récit d'un miracle. C'est la seul façon de raconter la chose la plus extraordinaire qu'on puisse imaginer.
Nous avons reçu, nous recevons, nous recevrons continuellement assez pour donner autour de nous parce que nous sommes reliés à l'amour infini de Dieu en Jésus-Christ.
Amen.
©2007 Jean-Marie Thévoz
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04.06.2007
Actes 2. Le culte
Actes 2
5.6.2005
Le culte.
Ac 2 : 36-42 1 Co 14 : 26-33
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Il y a une semaine le Conseil paroissial a vécu une journée de retraite à St-Loup. Nous avons d'abord découvert avec une sœur l'histoire de cette communauté et sa réorientation actuelle; les sœurs ne sont plus responsables de l'hôpital, mais s'occupent d'accueil, d'accompagnement spirituel et de formation théologique.
Ensuite, nous avons mené une réflexion sur le culte. Je vais librement tirer quelques enseignements de cette réflexion. Je ne suis pas mandaté par le Conseil paroissial pour faire un comte rendu de cette journée, mais il me semble intéressant de parler aussi du culte en paroisse — même pendant un culte. En effet, j'ai remarqué que ce qui paraît évident aux pasteurs — à propos du culte — ne l'est pas forcément pour les paroissiens.
Je vais donc présenter quelques réflexions sur le culte en 4 points. 1) un rappel sur la raison pour laquelle nous nous réunissons; 2) quelques mots sur le déroulement du culte; 3) sur les officiants et leurs rôles; 4) sur quelques aspects pratiques.
1) Vous avez entendu deux lectures qui montrent que les premiers chrétiens se réunissaient. Dans les Actes, on trouve une reconstitution — un peu idyllique, peut-être programmatique — de la vie de la première Eglise. Dans la lettre de Paul aux Corinthiens, c'est une tentative de remise à l'ordre d'une communauté où les cultes "partent dans tous les sens." Ce qu'il en ressort en premier lieu, c'est que les chrétiens se rassemblent pour vivre ensemble leur joie d'être aimés de Dieu et pour grandir dans la foi.
Luc nous dit : ils écoutent l'enseignement des apôtres; ils vivent la communion fraternelle; ils prennent part à des repas de Cène; ils prient ensemble. En résumé, ils nourrissent leur intellect par l'enseignement; leur cœur par les relations mutuelles; leur corps par des repas partagés et leur vie spirituelle par la prière.
Le culte est un lieu de ressourcement et de restauration, où l'on est restauré dans la relation à Dieu, aux autres, à nous-mêmes et où l'on peut nourrir tous les plans de notre personne. Beau programme non ? Nous nous réunissons donc pour cela, parce que Dieu veut que nous ayons la vie et la vie en abondance.
2) Quelques mots sur le déroulement du culte. Il n'est pas toujours apparent — lorsqu'on est dans l'assemblée — que le culte est fait de quatre moments principaux, puisque ces moments sont eux-mêmes souvent fragmentés en plusieurs parties.
Ainsi la première partie est un temps d'accueil, d'entrée dans la communion avec Dieu. Il comprend : Salutations, Invocation, Confession des péchés et paroles de grâce, enfin la Louange.
Vient ensuite la deuxième partie qui est la partie enseignement, avec la Prière d'illumination, les Lectures bibliques, la Prédication, en général suivie d'un silence pour prolonger la méditation. On appelle aussi ce temps, le temps de la Parole, en référence à la Parole de Dieu prêchée, écoutée, méditée.
La troisième partie est la réponse de la communauté avec la Confession de foi ou la Cène, la Prière d'intercession et le Notre Père et — dans certaines paroisses — la récolte de l'Offrande dans les bancs.
La quatrième partie est l'envoi dans le monde avec les Annonces et la Bénédiction finale. Bien sûr, le contenu et les textes de chacune de ces parties peut varier selon les circonstances, selon la place qu'on donne à la Cène ou la présence de baptêmes. Mais ces quatre parties : Accueil, Parole, Réponse de la communauté et Envoi sont présents dans tous les cultes.
3) Venons-en aux officiants. Dans notre Eglise, le ministre (pasteur ou diacre) tient un grande place dans le culte. Mais le culte est aussi l'affaire des paroissiens. Si le pasteur est tellement présent, ce n'est pas pour des raisons théologiques, plutôt parce que nous avons le privilège — mais jusqu'à quand ? — d'avoir assez de ministres pour présider tous les cultes. En fait, aucune partie du culte n'est réservée au pasteur. toutes les parties du culte pourraient être assumées par des laïcs.
Le pasteur est simplement la personne, déléguée par la paroisse et l'Eglise, pour présider au bon ordre de l'ensemble. Ce sont des considérations d'organisation qui donnent au pasteur cette place, ce ne sont pas des considérations théologiques. Le pasteur n'a pas de supériorité par rapport aux laïcs, il a simplement plus de temps alloué pour ces tâches. Il est donc possible de diversifier les rôles des paroissiens dans le culte.
4) Enfin quelques mots sur des aspects tout pratiques. Il est apparu en même temps, que certains trouvent qu'il y a trop de cantiques dans un culte et que pour d'autres le chant est essentiel pour leur foi. Certains ont des difficultés à vivre les temps de silence alors que d'autres les trouvent trop courts. Certains apprécient de n'avoir qu'à écouter les officiants alors que d'autres souhaiteraient pouvoir participer plus activement ou plus librement à la réponse de la communauté. Certains trouvent qu'on ne cesse de se lever et de s'asseoir pour chanter et pour prier. A ce propos, n'oublions pas la liberté de chacun de rester assis, même si l'assemblée se lève.
Il y a donc une grande diversité d'attentes et de désirs à ce niveau pratique. Et comme on peut s'y attendre, le "juste milieu" risque aussi de ne satisfaire personne ! Le Conseil paroissial va continuer de réfléchir à ces questions et proposera sûrement quelques orientations à mettre en place. Je ne peux donc rien vous annoncer à ce sujet aujourd'hui.
Pour ma part, je peux vous dire que le Conseil paroissial ou l'Assemblée paroissiale a le souci de ne pas dénaturer le culte paroissial. Nous veillerons à introduire des changements — s'il y en a — en douceur et probablement au travers d'une différenciation des cultes, comme c'est déjà le cas avec les cultes du soir.
N'oublions pas que nous travaillons aussi en Région et qu'il est aussi possible de jouer sur des différences de tonalité entre les paroisses de la Région, comme nous l'avons fait dimanche passé en invitant les autres paroisses à participer à l'Office de Taizé organisé par les JP à Bussigny.
Pour terminer, relevons les propos de l'apôtre Paul à la communauté de Corinthe, lorsqu'il s'agit de faire des choix pour le culte, ce qui doit nous guider ce sont ces deux principes :
"tout cela doit aider l'Eglise à progresser dans la foi" (1 Co 14:26) et
"Dieu ne nous a pas appelé à vivre dans le désordre, mais dans la paix." (1 Co 14:33).
Remarquons que Paul n'oppose pas l'ordre au désordre, mais la paix au désordre. C'est la paix de la communauté qui doit nous aider à vivre le culte, à nous aimer les uns les autres et à progresser ensemble dans la foi.
Amen
© 2007, Jean-Marie Thévoz
20:40 Publié dans o) Actes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : actes, bible, christianisme, prédication, spiritualité, vie quotidienne, education, protestant
15.05.2007
Actes 16. Liberté intérieure
Actes 16
13.5.2007
Liberté intérieure
Luc 9 : 22-25 Ac 16 : 16-24 Ac 16 : 25-34
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Voilà un bien étrange épisode de la vie de l'apôtre Paul, que cet emprisonnement et cette libération à la prison de Philippes. Comment lire ce texte, le comprendre, en comprendre la signification spirituelle ?On peut le lire littéralement, comme un reportage journalistique qui rapporte des faits avérés. Alors, on se dit : quelle coïncidence, ce tremblement de terre, c'est vrai que les séismes sont fréquents dans cette région. Mais est-ce que c'est Dieu qui les déclenche, avec toutes les conséquences dramatiques qui en découlent ? Je ne peux pas croire en un tel Dieu !Ou alors, Dieu fait un miracle en n'ébranlant que le bâtiment de la prison. Mais, je ne vois pas cela se reproduire dans notre temps, notre époque, alors ce Dieu s'est-il éloigné de nous ? La coïncidence ou le miracle rendent Dieu plus éloigné, plus distant, moins crédible. Alors, comment comprendre ce récit ?
Je pense qu'on peut le lire comme une parabole, comme une métaphore, comme la projection dans la réalité physique d'une réalité spirituelle. Comme la projection dans le texte au travers de mots représentant des choses d'un état d'esprit intérieur aux personnes.
Dans la situation qui nous est exposée — la vue de l'extérieur — d'un côté : Paul et Silas ont été jetés en prison, immobilisés par des entraves en bois. De l'autre côté : le gardien a bien refermé les portes, il est monté à l'étage et vit ainsi, libre, dans son appartement.
Paul et Silas sont prisonniers et le gardien est un citoyen libre. Mais le récit introduit le doute dans cette disposition logique : Paul et Silas prient et chantent des hymnes. Les autres prisonniers les écoutent. Le comportement des deux apôtres est étrange, les autres prisonniers ne s'y trompent pas ! La prison n'est pas un lieu où l'on est reconnaissant d'être. La louange y est déplacée. Or Paul et Silas chantent et louent Dieu, ils expriment leur confiance, leur joie ! Pour eux cette prison, ils peuvent la voir comme une église. Ils peuvent prendre la vie — toute la vie, y compris cet épisode — comme un sujet de louange, comme un sujet de reconnaissance.
Ils témoignent ainsi d'une confiance inébranlable, la confiance de celui qui sait que sa vie, sa valeur, est conservée ailleurs, hors d'atteinte de ceux qui leur veulent du mal, hors d'atteinte des événements circonstanciels de la vie. Dans cette prison, ils ne se sentent pas emprisonnés, ils ne se sentent pas menacés, ils ne se sentent pas abattus.
Dans cette prison, Paul et Silas gardent toute leur liberté intérieure. Même si leurs corps ne le peuvent pas, leur esprit peut entrer et sortir librement de cette prison. Cette liberté, le récit l'exprime par l'ouverture de toutes les portes (expliquée par ce tremblement de terre). Aucune porte physique ne peut entraver la liberté intérieure des apôtres.
Ce tremblement de terre métaphorique nous ouvre au renversement de situation que ce récit veut exprimer. Paul et Silas sont libres bien qu'ils paraissent enfermés. Le gardien semble être libre dans son appartement, alors qu'il est habité par l'angoisse constante que ses prisonniers ne s'évadent.
(A l'époque, le gardien répond sur sa vie de la sécurité de sa prison. Si ses prisonniers s'enfuient, c'est lui qui en paie le prix et le prix peut être sa vie !)
Le gardien est prisonnier de ce système et de sa hiérarchie. On peut imaginer son angoisse — qui va jusqu'à le pousser au suicide — s'il sent que ses prisonniers lui échappent. Or Paul et Silas chantent… Le gardien, qui doit maîtriser la situation, voit que Paul et Silas lui échappent — même s'ils ne sortent pas. Ils sont libres, même s'il ne partent pas. En résumé : vu du dehors, Paul et Silas sont emprisonnés et le gardien est celui qui a le pouvoir et la liberté. Vu du dedans, c'est le contraire. Paul et Silas sont libres et le gardien est esclave de sa hiérarchie et il dépend de ses prisonniers.
Le gardien vit dans l'angoisse et c'est Paul qui le rassure, comme si le gardien avait fait un cauchemar en rêvant que tous ses prisonniers s'étaient évadés. Paul lui dit : "Tout est normal, on est tous là." Et le gardien se rend compte de son angoisse et que sa vie est un enfer dont il veut être sorti. C'est pourquoi il demande à Paul : "Comment puis-je être sauvé ?" (Ac 16:30). Comment être sauvé de cette impasse où j'assure ma propre sécurité par mon travail, mais qu'en conséquence je me trouve assujetti aux circonstances et aux autres ?
Comment devenir libre, autonome intérieurement ? Comment pouvoir prier et chanter quand tout tourne mal autour de soi, à l'extérieur ? Paul répond très simplement : "Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé" (Ac 16:31).
Etre sauvé, c'est être sorti du ballottement des circonstances en s'ancrant en Dieu. (Ce n'est pas pour rien que la foi est symbolisée par une ancre.) Croire en Jésus, ce n'est pas se mettre à croire à des choses invraisemblables, ce n'est pas se mettre à faire du bien… Croire en Jésus, c'est changer de vision du monde, surtout la vision de notre monde intérieur.
Qu'est-ce que ça veut dire ? Voir la vie comme un cadeau de Dieu, recevoir la vie comme un enfant reçoit — avec une confiance totale — la vie et l'amour de ses parents. Un enfant reçoit la parole d'un adulte comme une vérité, il ne comprend pas encore pourquoi, mais il a confiance que l'adulte lui veut du bien, il le croit. (C'est pourquoi il est terriblement pervers lorsqu'un adulte profite de cette confiance pour manipuler un enfant à son profit.) Croire, c'est assurer sa vie en Dieu, ne la faire dépendre que de lui.
Jésus disait à ses disciples : "Celui qui voudra gagner sa vie la perdra…" et encore "Que sert à l'homme de gagner le monde entier, s'il se perd lui-même ?" (Luc 9:24-25). L'enjeu est son propre être, comment le sauver de l'angoisse du manque, du souci et de l'inquiétude, de la peur de ne pas être aimé ?
Le récit de Paul et Silas dans la prison de Philippes nous dit que la situation extérieure, les circonstances ne déterminent pas notre état intérieur. Notre état intérieur dépend de notre relation à Dieu, de notre confiance en lui, en Jésus.
Croire en Jésus, c'est se laisser aller à cette confiance, marcher sur cette voie de la confiance en Dieu qui redonne vie et liberté à notre être intérieur, de sorte que nous puissions prier et louer Dieu en toutes circonstances.
Amen
© Jean-Marie Thévoz, 2007
09:50 Publié dans o) Actes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : actes, bible, christianisme, prédication, spiritualité, vie quotidienne, education, protestant
22.01.2007
Actes 11. Faire avancer l'oecuménisme
Actes 11
16.1.2000
Faire avancer l'oecuménisme
1 Cor 12 : 4-11 Ac 11 : 4-11 Mt 7 : 1-5
Chers frères et soeurs en Christ,
Nos deux communautés veulent marquer leur volonté de rapprochement en s'unissant ce matin dans la célébration commune de Dieu. "Nous avons quand même le même Dieu !" C'est une phrase que j'entends souvent dans mes visites et mes contacts. Oui, nous avons le même Dieu, le même Seigneur Jésus-Christ, nous avons reçu le même Esprit et la même Bible. Nous avons la même volonté de servir Dieu de tout notre coeur, de toute notre âme, avec toute notre énergie, et cette volonté se traduit dans les faits !
Les relations entre catholiques et protestants sont différentes aujourd'hui — à la fin de ce XXe siècle — de ce qu'elles étaient au début de ce siècle. On ne se jette plus des pierres, les enfants ne se battent plus entre eux pour des raisons de confession, on n'entend plus, comme ma grand-mère qui était une enfant protestante à Paris me le racontait, que les protestants ont les pieds fourchus dans leurs chaussures.
Ce XXe siècle a été un siècle de réconciliation et d'avancées de l'oecuménisme. Il y a eu la création du Conseil Oecuménique des Eglises et l'événement du Concile Vatican II. Il y a eu bien des avancées, même s'il y a eu aussi les inévitables stagnations ou certains retours en arrière. La direction générale est indiquée pour le prochain siècle : il faut continuer à progresser, à se rapprocher.
Un pas de plus a encore été fait il y a juste un an. Le 20 janvier 1999 le Conseil synodal de l'EERV et le Conseil de l'Eglise catholique en Pays de Vaud ont signé une Déclaration de Collaboration oecuménique qui encourage toutes les formes de collaboration entre nos deux confessions. Cette volonté de nos autorités rejoint les volontés des paroissiens. Profitons-en !
Certes, il reste des obstacles, concrets ou dans nos têtes. Les deux principaux obstacles que je peux identifier sont dans nos têtes.
Le premier est notre incapacité à voir la poutre qui est dans notre oeil. On voit tellement plus facilement ce qui devrait changer chez l'autre que chez soi, n'est-ce pas ?
Le second est notre difficulté à penser ensemble unité et diversité. Nous pensons l'unité comme une fusion, où l'un doit forcément se fondre dans l'autre. Or, qui voudrait être absorbé et disparaître ?
Lorsque la Bible nous parle de l'Eglise et du peuple de Dieu, elle utilise deux images. Elle parle soit en terme de corps avec des parties différentes, complémentaires et coordonnées dont la tête est le Christ lui-même, soit en terme de mariage, le mariage de Dieu avec le peuple d'Israël ou le mariage de Jésus avec son Eglise. Or, dans le mariage, il n'est pas question de fusion, même s'il est question d'union et d'unité ! Un mariage ne peut subsister que si l'homme reste homme et la femme reste femme. C'est parce que chacun reste lui-même et qu'il est respecté dans sa différence que le mariage a des chances de persister.
Cela posé, cette unité ne vient pas des différences, mais du lien qui unit ces diversités, c'est-à-dire de Dieu et du Saint Esprit.
Sur ce point le récit des Actes est très parlant. La communauté des premiers chrétiens, d'origine juive, a été confrontée à la question de l'accueil des non-juifs, des païens. Le récit nous dit que Pierre a mangé à la table de familles païennes. Il est vertement critiqué par l'Eglise de Jérusalem pour ce comportement qui transgresse la loi et la tradition juive. Pierre a commis un acte jugé impur, parce qu'il s'est mélangé avec des gens différents. L'Eglise de Jérusalem pose ainsi un jugement (conforme à ses traditions).
Pierre doit leur expliquer en détail ce qui s'est passé : par une vision, Dieu a montré à Pierre qu'il ne devait rien considérer comme impur ; "Ne considérez pas comme impur ce que Dieu a déclaré pur." (Ac 11:9) En envoyant son Saint-Esprit sur des païens — à la grande surprise de Pierre — Dieu déclare que le jugement n'appartient pas aux hommes de fixer ce qui est pur ou impur, qu'il n'appartient pas aux hommes de délimiter des frontières à son Eglise.
A cela Pierre ne peut qu'acquiescer : "Qui étais-je pour m'opposer à Dieu ?" (Ac 11:17) Nous avons à reconnaître, avec Pierre, que le jugement des coeurs, de la foi, de la vraie doctrine n'appartient qu'à Dieu. Notre rôle n'est pas de placer des limites et d'établir des frontières. Nous avons à reconnaître que Dieu fait les choses différemment, qu'il peut nous surprendre ! Si Dieu veut l'unité des chrétiens, qui sommes-nous pour nous y opposer ?
Voici ce qui se passa lorsque Pierre eut fini de parler aux membres de l'Eglise de Jérusalem :
"Après avoir entendu ces mots, ils se calmèrent et louèrent Dieu en disant :
— C'est donc vrai, Dieu a donné aussi à ceux qui ne sont pas juifs la possibilité de changer de comportement et de recevoir la vraie vie."(Ac 11:18)
Les chrétiens de l'Eglise de Jérusalem ont reconnu le bien fondé de l'attitude de Pierre et ils en ont fait l'attitude de toute l'Eglise depuis ce moment-là : non seulement il est permis d'entrer et de partager le repas avec tout être humain sur la terre, mais encore cela doit devenir le signe même de l'appartenance à Jésus-Christ : un accueil sans jugement et un amour sans frontières dressées entre les personnes.
Qu'il en soit ainsi entre nous !
Amen
© 2007, Jean-Marie Thévoz
16:25 Publié dans o) Actes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : actes, bible, christianisme, prédication, spiritualité, vie quotidienne, education, protestant


