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k) Matthieu - Page 4

  • Matthieu 21. Plus personne ne donne l’ordre à son fils d’aller travailler dans la vigne !

    Matthieu 21
    5.10.2014
    Plus personne ne donne l’ordre à son fils d’aller travailler dans la vigne !

    Matthieu 7 : 15-23        Matthieu 21 : 28-32

    Télécharger la prédication : P-2014-10-05.pdf


    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Jésus raconte une parabole : un homme avait deux fils, mais ce n’est pas la parabole du fils prodigue. Jésus se trouve à Jérusalem, il est dans le Temple et il enseigne. Des prêtres et des anciens viennent alors lui demander ce qu’il fait là, de quelle autorité il se permet d’enseigner dans le Temple.
    C’est donc dans une atmosphère de conflit d’affrontement que Jésus leur raconte cette parabole. Ce n’est d’ailleurs qu’un début dans la polémique. Juste après cette parabole, Jésus raconte la parabole des méchants vignerons, puis des invités qui refusent de venir au banquet du royaume. Et cette partie se terminera par l’annonce de la destruction du Temple ! Nous avons donc là une parabole polémique, adressée aux autorités du Temple.
    Jésus engage donc le dialogue en leur demandant leur avis sur une situation : Un père donne le même ordre à ses deux enfants. Le premier dit non, mais fait le travail. Le second dit ou, mais ne fait pas ce qui lui est demandé. Qui a donc agit selon la volonté du père ? Les responsables du Temple sont d’accord que c’est celui qui a agit, même s’il a commencé par renâcler.
    Et c’est là que Jésus prononce son jugement sur ceux qui l’entourent. Le premier fils — qui dit non, mais qui fait le travail — ce sont les foules, les gens du peuple méprisés qui ont suivi Jean Baptiste et qui suivent maintenant Jésus. Le deuxième fils — celui qui dit qu’il va faire, mais ne fait rien — ce sont ceux qui tiennent des discours religieux, mais qui n’ont suivi ni Jean Baptiste, ni Jésus.
    [Une remarque sur la transmission de ce récit dans les manuscrits. Après la scission entre la synagogue et les judéo-chrétiens, cette parabole a été lue comme étant l’image du peuple juif qui a refusé Jésus et des païens qui l’ont accepté, au point que dans certains manuscrits, la parabole a été réécrite dans « l’ordre chronologique » : le premier fils étant celui qui dit oui et n’y va pas, le second fils étant celui qui dit non et qui y va. La bonne réponse donnée est alors le deuxième fils. Entre ces deux versions, celle du premier fils qui dit non et y va quand même a plus de chance d’être celle que Jésus a prononcée.]
    Restons sur la formule de Jésus. Il est question de paroles et d’actes. Et il est clair — Jésus l’a déjà dit dans le Sermon sur la Montagne — c’est l’action qui est déterminante. « Ce ne sont pas ceux qui disent Seigneur, Seigneur, qui entreront dans le Royaume de Dieu, mais seulement ceux qui font la volonté de mon Père » (Mt 7:21) ou encore : « un bon arbre ne peut pas produire de mauvais fruits » (Mt 7:18).
    On pourrait croire qu’on est dans une théologie des œuvres où le salut dépendrait de ses bonnes actions. Je crois plutôt qu’on est là face à la cohérence d’une vie. Les actes sont révélateurs de la vie intérieure. Tenir un discours et agir de manière inverse, c’est de l’incohérence ou de l’hypocrisie. C’est pourquoi Jésus s’attaque aux responsables religieux et qu’il met en garde son troupeau contre les faux prophètes qui sont des loups déguisés en agneaux. Jésus dit « vous les reconnaîtrez à leurs actions » (Mt 7:16).
    C’est ce que nous voyons souvent dans le fanatisme religieux : de grands discours sur la pureté — pureté du mouvement à l’interne et méchanceté de tous les autres — grands discours qui débouchent sur des appels, au minimum à la séparation, au pire à la violence.
    C’est malheureusement ce qu’on voit aujourd’hui avec le pseudo-état islamique en Irak et au Levant. De grands discours et l’imprécation du nom d’Allah et des violences innommables qui révèlent la vraie nature de ce mouvement.
    On pourrait se dire : mais en quoi cela nous concerne-t-il ? Ce n’est pas ici, ce n’est pas notre religion. Le problème, c’est qu’il y a des gens de chez nous qui s’en vont là-bas, se battre et endosser cette idéologie. Ça c’est notre problème ! Qu’avons-nous manqué, en tant que société, pour que des jeunes de chez nous soient séduits par de tels prophètes ?
    Que voyons-nous chez nous ? (1) Sur le plan religieux, il y a peu de discours, peu d’actes, peu d’actions. Tout ce que notre société propose aux jeunes, c’est d’entrer dans la consommation et le divertissement. Les parents ont peur d’imposer quoi que ce soit à leurs enfants. Le parent propose, l’enfant dispose ! Il doit constamment choisir par lui-même, sans savoir la préférence de ses parents.
    Cela conduit à un deuxième constat. (2) Notre société a renoncé a toute prescription. Il n’y a plus de père qui donne l’ordre à son fils d’aller travailler dans la vigne. Il n’y a plus d’ordre, il n’y a plus de mission, il n’y a plus de désignation d’une tâche à faire pour que le monde tourne. Tout est optionnel, donc il semble que tout est égal, que tout est de même valeur.
    Il n’y a plus d’instance qui dise : il y a ce travail, cette tâche qui vaut la peine d’être réalisée. Plus personne ne dit qu’il y a des valeurs pour lesquelles il vaut la peine de se battre, ou bien des maux contre lesquels il vaut la peine de se battre. Alors des jeunes vont se battre là où on leur donne une raison, même mauvaise. Sommes-nous à ce point désillusionnés que nous ne pouvons plus nous mobiliser et appeler les jeunes à se mobiliser avec nous pour se battre, pacifiquement.
    En faveur de quoi pourrait-on se mobiliser aujourd’hui ? Essayez d’y réfléchir quelques secondes. L’absence de réponse qui saute aux yeux est bien révélatrice du problème.
    Voilà quelques causes pour lesquelles se mobiliser, se battre. Pour plus de justice, plus d’équité, plus de tolérance. Moins de discrimination, moins de machisme. Plus de respect, plus de transparence économique. Moins d’exploitation, moins de mépris ou de xénophobie, etc.
    Il y en a des objectifs pour lesquels se battre utilement. Mais qui les nomme ? Qui appelle à aller travailler dans la vigne ? Notre société n’est même plus dans les cas de figure qu’énonce Jésus ! Dire quelque chose et ne pas le faire ou ne rien confesser mais le faire.
    Aujourd’hui, c’est inquiétant, il y a comme un consensus à ne plus rien dire et à ne plus rien faire, on reste vautré devant son écran.
    Nous avons le droit, nous avons le devoir de dire nos valeurs, d’être prescripteur (prophètes) pour la justice, le droit, le respect, l’entraide… Ensuite chacun aura le choix d’y aller ou pas. Mais l’Eglise manque à sa tâche, à son but si elle ne dit plus rien, si ses fidèles ne disent plus où est l’Evangile.
    Nous avons à dire qu’il y a du travail dans la vigne. Si nous renonçons à ce rôle de prescripteur, de prophète, alors ce seront d’autres qui seront là, à notre place, avec d’autres valeurs et souvent comme des loups déguisés en agneaux. A nous d’agir.
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2014

    Dans le même sens, cet éditorial paru le JE 9.10.2014 dans Le Temps :

    Leur djihad, notre vide  Par Par Sylvain Besson

    Pour triompher des combattants fanatisés de l’Etat islamique, l’Occident doit redonner un sens à sa propre civilisation... (suite pour les abonnés... droits réservés)
    fin de l'article : "Parler de liberté et de prospérité ne suffira pas. Toucher le public cible des terroristes – des jeunes en quête d’engagement existentiel – implique de discuter de notions évacuées de nos vies comme Dieu, la mort, le sacrifice. Et ce faisant, de retrouver la conviction que nos sociétés ont des valeurs plus nobles à offrir que la technique, l’amusement ou le confort matériel."
  • Matthieu 2. Les mages chez Hérode : un roman d’espionnage

    Matthieu 2
    5.1.2014
    Les mages chez Hérode : un roman d’espionnage
    Jean 7 : 28-32     Matthieu 2 : 1-13

    Téécharger ici la prédication : P-2014-01-05.pdf


    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Demain, 6 janvier, c’est la traditionnelle fête des Rois qui rappelle la venue des rois mages à la crèche pour adorer Jésus. Autour des rois mages s’est formée toute une tradition avec nombre de récits et de contes qui disent ensemble que le monde entier est venu se prosterner devant Jésus, qu’il a reçu mille cadeaux et que nous pouvons nous-mêmes nous joindre à ces adorants.
    J’ai moi-même aussi parlé dans ce sens, interprétant les trois cadeaux offert (24.12.2011) ou racontant divers contes (24.12.2009 - 13.12.2009 - 27.11.2011). Aujourd’hui, je vais vous emmener ailleurs, sans vouloir en rien déprécier les traditions autour des rois mages, vous me connaissez, vous savez combien j’aime généralement interpréter symboliquement les récits bibliques.
    Mais aujourd’hui, j’aimerais rester au plus près du récit biblique et de l’intention de Matthieu. Car Matthieu ne nous raconte pas un conte autour de la naissance de Jésus, loin de là ! Non, Matthieu commence ici un roman noir, un roman d’espionnage, qui va être parsemé de mensonges, de manipulations, de retournement d’espions et de cadavres. Oui, on est bien loin du folklore et du conte de Noël.
    Que nous dit Matthieu ? Il nous parle de mages (je vais continuer à les appeler de cette manière traditionnelle) qui sonnent à la porte du palais du roi pour demander s’il est au courant de la naissance de son futur légitime remplaçant, le Messie. (Le Messie est la personne qui est ointe de l’huile de la consécration à la royauté, comme Saül puis David l’ont été par le prophète Samuel. L’onction assure donc une légitimité divine à celui qui la reçoit).
    Inquiétude immédiate d’Hérode qui se sent menacé. Il met en route son enquête : où doit naître ce prétendant ?  Quand l’étoile qui l’annonce est-elle apparue ? Il mobilise les interprètes de la Bible pour avoir ces informations et il interroge les mages.
    Une fois qu’Hérode dispose de ces renseignements, il confie (sous le couvert du mensonge de vouloir lui aussi adorer le nouveau roi) il confie aux mages la mission de lui ramener la localisation exacte du Messie. Ainsi, sous un faux prétexte, Hérode transforme les mages en espions à son service, au service de ses funestes desseins comme on s’en doute.
    Toujours aussi naïfs et innocents, la tête dans les étoiles, les mages trouvent Jésus, l’adorent et lui donnent leurs cadeaux. Enfin, ils sont avertis de ne pas retourner voir Hérode. Toujours aussi peu à la page, mais obéissants, ils retournent chez eux par un autre chemin.
    Le plan d’Hérode est à moitié déjoué, en fait on a seulement gagné un peu de temps. Il faut maintenant fuir en Egypte. Joseph est averti, lui aussi en songe, de prendre l’enfant et Marie et de descendre se réfugier en Egypte en attendant que la menace s’estompe. Hérode, furieux, frappe à l’aveugle les nouveau-nés de Bethlehem, espérant ainsi anéantir le Messie.
    Dans ce récit, les mages ont finalement un rôle tout à fait secondaire, celui de relier Jésus et Hérode et de mettre en évidence leur confrontation inévitable. Ce qui est important, ce n’est pas le passage des mages, c’est l’inévitable confrontation entre le pouvoir séculier et le pouvoir spirituel, entre l’obscurité et la lumière (dira l’évangéliste Jean, Jn 1:5), entre la corruption et la vérité, entre le péché et la grâce.
    Les mages relient Hérode et le Messie et mettent au jour leur inévitable confrontation. Les mages passent et ne se rendent pas compte des vagues qu’ils soulèvent sur leur passage. Mais Matthieu veut attirer notre regard sur ces vagues, sur cette tempête, sur cet affrontement et ses conséquences.
    La venue de Jésus a ouvert un conflit. La naissance du Messie est vue comme une menace par le pouvoir en place, surtout lorsqu’il est assis sur la violence et la corruption. L’obscurité craint la lumière. le malfaiteur craint la transparence. Hérode craint le Messie et lui déclare la guerre. Il veut à tout prix le retrouver et le tuer. Tout ce qui menace le pouvoir d’Hérode doit disparaître. C’est une guerre qui est déclarée contre le Messie et une guerre qui va se jouer en plusieurs manches.
    Première manche : la localisation du Messie. Malgré la défection finale des mages, le point est à Hérode. La sainte famille est obligée de s’enfuir.
    Deuxième manche : elle est gagnée aux points par Jésus puisque Hérode meurt. Il peut rentrer à Nazareth.
    Troisième manche : elle se joue pendant le ministère de Jésus. Il a le soutien de la foule. Le point et pour Jésus.
    Quatrième manche : les adversaires de Jésus réussissent à le faire condamner par Ponce Pilate. Victoire des violents par K.O.
    Jésus est mort. Tout est-il fini ? Les ténèbres ont-elles eu raison de la lumière ?
    Eh bien, quelques personnes racontent avoir vu Jésus vivant, ressuscité, et répandent ce message ! Il aurait finalement vaincu ! Quelle est la valeur de cette victoire secrète ?
    Nous en sommes ici de ce combat, de cette confrontation dont Matthieu a donné les premiers moments. Quelle est la valeur de cette victoire secrète ? Que croyons-nous ? Nous ? Qui a gagné ? Est-ce Jésus ou les hérodes de notre temps ?
    Le monde ne nous envoie pas de signal clair. En fait, le monde parie plutôt sur la victoire de l’obscurité sur la lumière. Et nous, sur qui parions-nous ? De quel côté nous plaçons-nous ?
    C’est bien la question de la foi. Croyons-nous en la résurrection, en la victoire — encore secrète, mais déjà adjugée — de Jésus, de la justice et de la vérité sur l’obscurité ? De quel côté nous plaçons-nous ? Comment allons-nous le manifester, le faire savoir ? La balle est dans notre camp.
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz 2014.

  • Matthieu 25. Se forger des outils pour affronter le malheur

    Matthieu 25
    24.11.2013

    Se forger des outils pour affronter le malheur

    Luc 12 : 35-40    Matthieu 25 : 1-13
    Téléchargez ici la prédication : P-2013-11-24.pdf

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Cette histoire des dix jeunes filles m’a toujours dérangée. J’ai toujours été gêné par l’égoïsme des cinq jeunes filles désignées comme sages ! Pourquoi ne peuvent-elles pas prêter un peu d’huile pour les lampes qui s’éteignent des cinq autres ? Pourquoi les retardataires ne sont-elles pas admises dans la salle de fête ensuite ? Pourquoi cette sévérité, ces refus ? C’est choquant.
    Tant que je lisais cette histoire comme une parabole de l’entrée dans le Royaume de Dieu (ou le paradis) après la mort, ces attitudes m’étaient incompréhensibles.
    Mais un jour, j’ai compris qu’il n’était pas question ici de la porte d’entrée du paradis, mais de la question de notre préparation à affronter une crise, une épreuve. Et personne ne peut traverser toute une vie sans être confronté à des crises, des remises en question, des pertes, des deuils.
    Cette parabole concerne la préparation et l’impréparation. Cinq personnes sont préparées. L’image utilisée est d’avoir préparé une réserve d’huile pour leurs lampes. Et cinq personnes ne se sont pas préparées. Toutes dorment en attendant l’événement, et il n’y a pas de problème à ce qu’elles dorment. Le problème arrive lorsque le cri d’alarme retentit. Tout se précipite, il faut connaître les gestes, avoir son matériel prêt et y aller.
    Peut-être quelques-uns d’entre vous ont-ils été pompiers de village ou d’entreprise. Ceux-là n’attendent pas en caserne. Ils sont au travail, ou chez eux, en course dans les magasins ou invités à souper chez des amis, au cinéma ou dans leur lit chez eux. Mais ils sont de garde. Et au moment où retentit leur bipper, leur alarme, ils doivent se préparer en vitesse et sauter dans leur voiture.
    Ce n’est plus le temps de composer son sac, de prendre du temps pour choisir quelle chemise mettre ou pour chercher où est son matériel. Il faut rejoindre la caserne et arriver avant le départ du camion. Celui qui n’a pas son matériel, sa veste ou son casque, celui qui arrive après le départ du camion, il reste en rade. Il n’était pas prêt, il n’est pas pris pour l’intervention. Il reste sur le carreau et ce n’est ni de l’égoïsme ni de la méchanceté.
    Il en va de même avec les crises de l’existence. Ce n’est pas au moment où le ciel nous tombe sur la tête qu’on peut se mettre à se préparer, à armer son mental, à se forger des outils pour affronter le malheur. Et cette préparation est tellement personnelle que personne ne peut nous l’infuser instantanément, au moment où nous en avons besoin. Aucun sportif ne peut partager sa musculature avec quelqu’un qui ne s’est pas entrainé. Il en va de même avec la capacité à affronter une épreuve de vie.
    Ce que Jésus dit à ses disciples à travers cette parabole, c’est qu’ils doivent penser, apprendre, se former, s’enraciner dans la foi, pour affronter ce qui va venir. Et Jésus pense peut-être là, pour ses disciples, au choc de sa Passion à venir.
    Matthieu, pour sa communauté qui entend redire cette histoire ou qui lit cet évangile, Matthieu souligne le retard de l’Epoux. En effet, les tout premiers chrétiens pensaient sans doute que le Christ allait revenir rapidement établir son Royaume, c’était une question de semaines ou de mois pensaient-ils.
    Mais avec Matthieu, on en est à la deuxième génération et le retour se fait encore attendre. Dans la parabole suivante (Mt 25:14-30), il est question du maître qui confie des talents et qui reviendra plus tard. On est dans un entre-deux du temps et Matthieu exhorte sa communauté à profiter de ce temps pour se préparer plutôt que d’attendre sans rien faire ou de se décourager.
    Et c’est vrai que plus on pense qu’on a de temps devant soi, plus on retarde le moment de se préparer. « J’ai bien le temps ! » ; « il n’y a pas urgence ! » ou pour les vaudois « il n’y a pas le feu au lac ! »
    La parabole nous rappelle que le « cri » (Mt 25:6) peut retentir n’importe quand et qu’au moment où l’alarme est déclenchée, il est trop tard pour faire des préparatifs, trop tard pour aller s’approvisionner au magasin. Et là il y a peut-être un peu d’ironie, puisque ce dont parle Jésus ne s’acquiert justement pas dans le monde économique, mais seulement dans le monde relationnel.
    A quoi, Matthieu nous invite-t-il à nous préparer ? La parabole elle-même nous invite à être prêt pour le retour du Christ. Mais Matthieu fait suivre cette parabole de deux autres récits, la parabole des talents déjà citée et la parabole du jugement dernier où entrent dans le Royaume ceux qui ont donné à boire, à manger, à se vêtir etc. aux plus petits d’entre les humains (Mt 25:31-40).
    Donc Matthieu nous invite à utiliser le temps disponible pour employer nos dons, pour être actifs et ensuite à traduire cette activité par des gestes altruistes, afin de faire partie de ceux qui seront accueillis par le Christ.
    Il y a  donc toujours la préparation à la rencontre du Christ, mais une préparation qui s’accomplit dans le présent. L’accueil n’est pas seulement pour la fin des temps ou la fin de notre vie, l’accueille du Christ se fait dans les gestes d’accueil à l’égard des petits, maintenant.
    Cette préparation engendre une transformation de soi qui nous préparer à affronter les rigueurs de l’existence.
    Dans mes prédications de l’été 2012 sur la préparation à la vieillesse (12.8.2012 / 19.8.2012 / 26.8.2012), nous avions vu que si nous accumulons des gestes bienveillants dont nous pouvons être heureux, il nous serait plus facile d’accepter la fragilité du grand âge, parce que nous aurions derrière nous un acquis qui nous donne de la valeur.
    Se préparer, c’est emmagasiner ces valeurs positives pour qu’elles soient notre bagage, ce dont nous pouvons être fier et qui sera un viatique dans les difficultés et les épreuves auxquelles la vie nous confronte.
    Comment se préparer ? Il y a un cercle de renforcement entre nos pensées qui forgent nos attitudes qui forment nos comportements qui dirigent nos actions, qui en retour renforcent nos pensées premières. Se préparer, c’est entrer dans ce cercle avec les pensées de Jésus, ses attitudes, ses comportements et ses actions. Avec cela, nous serons armés au moment où retentit l’alarme. Nous serons prêts au moment d’affronter les épreuves de l’existence, ou les fragilités de la vieillesse ou de partir à la rencontre de l’Epoux.
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2013

  • Matthieu 26. Le reniement de Pierre

    Matthieu 26
    14.3.1999
    Le reniement de Pierre
    Matthieu 26 : 31-35    Matthieu 26 : 69-75


    Téléchargez la prédication ici : P-1999-03-14.pdf

    Ce matin, j'étais juste réveillé de ce week end de cauchemar, quand deux des femmes de notre groupe, Marie de Magdala et l'autre Marie, ont brusquement fait irruption chez moi. Elles étaient dans un de ces états d'excitation, vous ne pouvez pas savoir. Elle ne cessaient de répéter :
    "Pierre, Pierre, Le tombeau est vide... le tombeau est vide..."
    Mais peut-on croire ces femmes. Elles étaient visiblement en état de choc. Elles sont noyées de chagrin. Ne se sont-elles pas trompées de tombe ? Il y a sûrement une explication logique à cela. Elles doivent être victimes d'une illusion due à leur peine. Nous sommes tous sous le coup de ce qui est arrivé il y a trois jours.

    Mais tout cela a commencé bien plus tôt.

    Vous vous souvenez, la dernière fois que je vous ai parlé, je me demandais si j'allais continuer à suivre Jésus ou retourner à mon bateau de pêche. Eh bien, il s'en est passé des choses depuis ce temps-là. Oui, j'ai continué à suivre Jésus...

    Encore deux fois, dans les mois qui ont suivi, il nous a dit que le Fils de l'homme devait souffrir, être rejeté et mourir. Je me demande comment Jésus pouvait vivre avec cette idée. Moi je n'arrivais pas à m'y faire. J'étais prêt à tout pour le protéger, pour le sauver.

    Enfin, ce qui est sûr, c'est que Jésus avait son plan. C'est ainsi qu'il y a quelques jours, il s'est dirigé vers Jérusalem. Il voulait être à Jérusalem pour le repas de la Pâque.

    Une fois arrivé à Jérusalem, je ne sais pas ce qui l'a pris. Je ne l'avais jamais vu comme cela. Vous savez, en Galilée, il accueillait tout le monde, on le voyait écouter tous ceux qui venaient vers lui, compatir aux misères de chacun, en guérir plusieurs. Là, à Jérusalem, il semblait avoir complétement changé. La dernière guérison qu'il ait faite, c'était un aveugle à la sortie de Jéricho. Dès qu'il est entré à Jérusalem, il est devenu agressif, violent même.

    Lorsque nous sommes monté au Temple pour la première fois de notre séjour, eh bien il s'est emparé de quelques cordages qui trainaient vers les marchands de bétail, il en a fait un fouet et il s'est mis à le faire tournoyer autour de lui. Quelle pagaie cela a mis ! Les agneaux et les chèvres couraient appeurés dans tous les sens. Le fouet brisait les cages des pigeons et des tourterelles, renversait les barrières des enclos. Vous auriez dû voir ça. Ensuite, il est allé vers les tables où des banquiers faisaient du change, il a renversé leurs tables avec toute la monnaie. La foule s'est précipitée pour ramasser ce qu'elle pouvait. Je n'ai jamais vu Jésus aussi en colère, c'était terrible. Il traitait tout le monde de voleurs et de profiteur. Si j'ai bien compris, il trouvait que les autorités avaient laissé ce Temple devenir une caverne de voleurs, alors que Dieu voulait que ce soit une maison de prière.

    Mais les jours suivants Jésus est quand même retourné au Temple. Chaque fois, devant la foule, il condamnait l'hypocrisie des chefs et des maîtres de la loi qui exigent des choses inaccessibles des gens. Il a été jusqu'à annoncer que ce Temple bâtit de main d'homme serait détruit ! Vous ne pouvez pas imaginer la fureur des gardiens du Temple.

    Ce tombeau vide, il doit bien y avoir une explication logique. Peut-être les gardiens du Temple sont-ils venu reprendre le cadavre pour le montrer à la populace. Pour bien montrer au peuple ce qui arrive à ceux qui menacent l'ordre établi.

    Ce tombeau vide, on dirait l'image de ce que nous sommes tous, aujourd'hui. Vidés, lessivés, fatigués par ce qui s'est passé ces trois derniers jours.

    Imaginez. Jeudi soir, nous avons tous soupé avec Jésus. Bon l'atmosphère était tendue. Nous étions de nouveau à Jérusalem et nous savions que toutes les autorités voulaient s'emparer de Jésus. Ils avaient peur d'une rébellion.
    Après avoir soupé, Jésus a pris du pain, il a remercié Dieu, il l'a rompu et nous l'a distribué en disant "prenez en tous, ceci est mon corps, donné pour vous". Après cela il a pris un coupe de vin, et après avoir remercié Dieu il nous l'a passée en disant : " Ceci est ma vie, donnée pour vous, buvez-en tous. Je ne boirai plus de vin, jusqu'à ce que je le boive nouveau avec vous dans le Royaume de Dieu". Nous avons mangé de ce pain, bu de cette coupe et nous nous sommes sentis tellement unis à lui. Nous faisions corps. Nous pensions que nous ne serions plus jamais séparés les uns des autres et surtout de Lui.

    Pourtant, c'est cette nuit-là, que Judas a trahit. Jésus l'avait d'ailleurs prévu. A la fin de ce repas il a dit : "L'un de vous me trahira !"  C'est à ce moment que Judas est parti brusquement. Alors moi je me suis levé et je me suis mis critiquer le comportement de Judas, et j'ai déclaré à Jésus que je ne l'abandonnerai jamais. Mais Jésus m'a alors dit : "Avant que le coq ne chante, tu me renieras trois fois.

    Juste après ce repas, Jésus nous a emmené pour prier avec lui au jardin de Gethsémané. Eh bien, je me suis endormi, une première fois. Jésus m'a réveillé et m'a dit : Pierre, tu ne peux pas prier une heure avec moi ? J'ai essayé, mais je me suis rendormi. Ce que je m'en veux. Mes prières n'auraient-elles pas pu modifier le cours des choses ?

    Ensuite, toute une troupe de soldat, avec Judas en tête, est venue arrêter Jésus. J'ai sorti mon épée, je voulais me rattraper, me racheter. J'étais prêt à mourir au combat pour Jésus. Mais Jésus m'a regardé, de son regard si chaleureux. Il m'a regardé comme s'il était touché de mes efforts pour le défendre, mais il m'a dit : "Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent les armes mourront par les armes". J'ai obéis, mais bien à contre coeur. Quand est-ce que je pourrai enfin montrer que je suis au côté de Jésus, que je ne l'abandonnerai jamais ?

    J'ai suivi — de loin — la troupe qui emmenait Jésus. Ils ont emmené Jésus à la maison de Caïphe, le grand-prêtre. Je suis entré dans la cour pour voir ce qu'il se passerait. Là, il y avait des gardes et des serviteurs qui se tenaient prêt d'un feu. Je me suis mêlé à eux. Je les entendaient parler entre eux. Ils calomniaient Jésus, ils disaient que ces révolutionnaires il fallait les éliminer du pays et toute leur bande avec. Tout à coup, l'un de ces soldats m'a demandé si je n'avais pas des sympathies pour ce Jésus puisque j'étais Galiléen. Alors j'ai eu peur et j'ai dit que je ne le connaissait pas. Je me suis éloigné d'eux. Mais une servante qui était-là m'a encore demandé, par deux fois, si je ne faisait pas partie de la bande de Jésus. J'ai encore dit non. J'ai même juré que je ne le connaissais pas. Moi, Pierre, moi qui me croyait le meilleur des disciples, j'ai fait comme si je ne le connaissais pas. A ce moment-là un coq a chanté et je me suis souvenu que Jésus m'avait dit : "Avant que le coq ne chante tu m'aura renié trois fois". Là, je me suis écroulé, abattu par ma lâcheté, ma trahison. J'ai pleuré.

    Lorsqu'ils ont emmené Jésus sur le lieu de son exécution, j'ai suivi de loin, en me cachant. Ils l'ont cloué sur une croix — c'est la façon ordinaire d'appliquer la peine de mort pour les Romains. Je suis resté-là, à voir mes espoirs de vie meilleure mourir. Il y avait là quelques personnes et des soldats romains qui gardaient le lieu. Tout était fini.

    Pourtant, avant de mourir Jésus a prononcé une parole qui me revient. Il a dit :
    "Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font".
    Ce pardon, n'est-il pas aussi pour moi ? Mon abandon n'est-il pas moins grave que le geste de ses bourreaux ? Oui, Jésus est capable de me pardonner à moi aussi.

    Un homme qui est capable de pardonner à ses bourreaux peut-il être abandonné de Dieu ?
    Comment Dieu peut-il rester indifférent à cette injustice ? Dieu ne pourrait-il pas décider de l'arracher à son tombeau ? Le tombeau vide ! Les femmes n'ont rien inventé ! Comment n'ai-je pas compris plus tôt. Excusez ! Je vous laisse ! Je veux aller voir de mes propres yeux ce qu'il en est de ce tombeau!

    (sortir en courant) - Jeu d'orgue.
    © Jean-Marie Thévoz, 2013

  • Matthieu 26. L'onction à Béthanie

    Matthieu 26
    7.3.1999
    L'onction à Béthanie
    I Samuel 8:26-27 + 10:1      Matthieu 26 : 1-13

    Téléchargez la prédication ici : P-1999-03-07.pdf

    Troisième dimanche du temps de la Passion. Dans notre marche vers Pâques, aujourd'hui, nous faisons halte à Béthanie. Nous sommes à deux pas de Jérusalem. Jésus y a prêché la bonne nouvelle au Temple, mais il s'est aussi affronté à la hiérarchie et aux gardiens du Temple. La tension est extrême avec le pouvoir de Jérusalem, Jésus y a même annoncé la destruction du Temple.
    On peut donc considérer que Jésus s'est retiré à Béthanie juste avant l'affrontement final. En effet, lorsqu'il retournera à Jérusalem, ce sera pour y mourir. Les premières lignes de notre récit le précisent bien :

    Quand Jésus eut achevé toutes ces instructions, il dit à ses disciples :
    — Vous savez que la fête de la Pâque aura lieu dans deux jours : le Fils de l'homme va être livré pour être cloué sur une croix.
    Alors les chefs des prêtres et les anciens du peuple juif se réunirent dans le palais de Caïphe, le grand-prêtre; ils prirent ensemble la décision d'arrêter Jésus en cachette et de le mettre à mort. (Mt 26:1-4)
    Dans ces lignes on a comme un duplex avec une image sur Béthanie et une image sur Jérusalem.
    A Béthanie, Jésus achève son enseignement à ses disciples, une page se tourne. Cet enseignement se termine par la troisième annonce de la passion. Annonce très précise : "le Fils de l'homme va être livré pour être cloué sur une croix". Pour l'évangéliste, Jésus a pleine conscience de son destin.
    En duplex à Jérusalem, on voit les autorités religieuses prendre la décision d'arrêter Jésus. Tout est en place pour le drame. Rien n'est laissé au hasard. C'est la chronique d'une mort annoncée.
    Imaginez l'atmosphère au sein de ce groupe. Ils ont entendu les paroles de Jésus, ils ont vu les affrontements avec les autorités et ils savent que le dénouement est proche. La tension est à son maximum, chacun est nerveux, à cran, tendu à l'extrême.
    Et là au milieu, une femme arrive, elle s'approche de Jésus, et avec des gestes lents, empreints de douceur et de tendresse, elle verse de l'huile parfumée sur la tête de Jésus. Il ne faut pas penser qu'elle l'arrose, mais plutôt — comme une coiffeuse — qu'elle répand délicatement ce parfum, qu'elle masse le crâne de Jésus, comme pour le détendre, par les gestes et par l'odeur qui se diffuse dans toute la maison. Cette femme oint Jésus et lui offre un moment d'exquise relaxation au sein de la tension exceptionnelle qui règne à cet instant.
    Ce geste exquis est bien perçu par Jésus comme une onction. Dans le peuple d'Israël, l'onction sert à revêtir quelqu'un d'une haute fonction, c'est une investiture. C'est le sacre d'un roi, comme on l'a entendu dans la lecture de l'Ancien Testament : Samuel oint Saül. De même, plus tard, Samuel va oindre David. Une investiture à la fonction royale.
    Mais à travers David et l'attente d'un nouveau David, l'onction s'est identifiée — nominalement et dans le vocabulaire — à la messianité. Oindre se dit "messiah" en hébreu, ce qui a donné le mot "messie". Oint se dit "christos" en grec. Ce geste est donc une investiture messianique. Cette femme — mieux que tous les disciples — a compris la vraie identité et la vraie destinée de Jésus. Il est le Messie, celui qui devait venir et celui qui va sauver Israël.
    A cette investiture royale et messianique, Jésus ne manque pas d'ajouter que ce parfum — comme les aromates plus tard — le prépare à la mort. Cette royauté et cette messianité vont s'accomplir dans le destin de la croix, où le Christ va assumer toutes les souffrances des humains. Les souffrances infligées et les souffrances subies.
    Cela est déjà préfiguré dans notre récit. Si le geste de cette femme a été apprécié et reconnu par Jésus, il provoque la réprobation des disciples. Ceux-ci rabrouent cette femme, ils la critiquent et la jugent. Sur quelles bases ? Sur la valeur marchande de son acte. Les disciples sont enfermés dans le royaume des choses dans une économie pécuniaire. Ils crient au gaspillage ! Ils sont aveugles au sens du geste et à sa beauté (cela devrait nous alerter de temps en temps sur nos soucis très puritains d'économie).
    Mais Jésus prend sur lui ces attaques et justifie cette femme. Il relève la beauté et la justesse de son action. Jésus récuse le jugement des disciples et leur austérité. Il invite à voir le monde sous le jour de Dieu.
    Au coeur des tempêtes, lorsque la tension est à son comble, il y a un apaisement, une détente.
    Là où les humains ne voient que pénurie, restrictions, manque, il y a des gestes qui prouvent l'abondance, la générosité, le don.
    Le temps de la Passion est un temps que Jésus partage avec nous — même s'il y a des pauvres dont il faut s'occuper — il ne faut pas oublier de mettre Jésus au centre, comme cette femme, et lui accorder ce qui est le plus précieux.
    Le temps de la Passion n'est peut-être pas seulement le temps de l'austérité, le temps des renoncements, le temps du jeûne. C'est un temps où nous pouvons nous réjouir — avec Jésus — malgré les tensions, nous réjouir des gestes exquis où se lisent la générosité et l'abondance annoncées comme la Bonne nouvelle de notre Dieu.
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2013

  • Matthieu 22. Accepter la gratuité de l'invitation de Dieu à la vraie vie

    Matthieu 22
    8.2.1998

    Accepter la gratuité de l'invitation de Dieu à la vraie vie
    Osée 2:18-22     1 Corinthiens 11:23-26     Matthieu 22 : 1 - 14

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    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Vous venez d'entendre la lecture de la parabole de l'invitation au festin telle que l'évangéliste Matthieu l'a écrite. Cette même parabole se trouve aussi dans l'évangile de Luc (chap. 14), mais le texte en est un peu différent. Ce décalage nous montre que chaque évangéliste a reçu des témoignages des paroles de Jésus et qu'il les a retransmises avec sa marque personnelle. Cette parabole doit toucher la communauté pour laquelle Matthieu écrit. Matthieu y insère une relecture de l'histoire du salut et de l'histoire tout court. Cette relecture nous choque aujourd'hui parce qu'il y est question d'un Dieu qui châtie, tue et incendie. Matthieu avait besoin de comprendre et de faire comprendre le sens d'événements récents et bouleversants : la destruction de la ville de Jérusalem par les armées romaines. Cette destruction, cet incendie a bien eu lieu. Matthieu ne peut s'empêcher d'y voir l'action vengeresse de Dieu à l'égard de ceux qui ont refusé son Fils et l'ont conduit à la mort. Je laisse cette compréhension à la responsabilité de Matthieu, je n'arrive pas à l'assumer à mon tour.
    Je souhaitais faire cette petite mise au point pour que nous ne restions pas bloqués sur ce passage vengeur, mais que nous puissions nous tourner depuis maintenant vers le sens de cette parabole au-delà de cet épisode.
    Un roi lance une invitation, mais c'est l'échec. Un roi marie son fils, mais les invités ne viennent pas ! Voilà quelque chose de peu probable, même d'impossible. Qui peut refuser d'aller faire la fête ? Qui peut refuser de boire et de manger gratuitement ? Vous refuseriez, vous, deux invitations au restaurant, deux invitations au cinéma ?
    Le Royaume de Dieu est comparé à une fête, à un festin, à un banquet, mais il y a peut-être plus que cela. Lorsque Jésus parle du Royaume de Dieu, il en parle — toujours en parabole — comme d'une réalité à vivre déjà dans le présent. Il dit que le Royaume de Dieu s'est déjà approché, qu'il est pour maintenant. Le Royaume de Dieu n'est pas ce que nous en avons fait, une réalité qui intervient après la mort, la vie éternelle. "Y a-t-il une vie avant la vie" disait un graffiti à Lausanne. Le Royaume de Dieu c'est la vraie vie avant la mort, la vie qui vaut la peine d'être vécue, la vie remplie, riche de moments vrais.
    Et la réalité d'aujourd'hui, c'est que beaucoup de monde refuse de vivre cette vie-là. Il y a plein d'excuses pour ne pas vivre sa vie pleinement. "J'ai trop de travail en ce moment..." "Je serai vraiment heureux ... lorsque j'aurais enfin 18 ans et que je serai libre;  lorsque j'aurai pu me marier et fonder une famille; lorsque j'aurai une maison..." Il est facile de penser qu'on sera heureux plus tard lorsque ...
    Ceux qui raisonnent comme cela avancent des excuses pour ne pas répondre à l'invitation, parce que la vraie vie est possible dès maintenant.  Ceux qui raisonnent comme cela vont manquer l'invitation et le roi va inviter d'autres personnes à leur place.
    L'accès au Royaume de Dieu n'est pas réservé aux gens bien, aux gens religieux, aux purs ou aux sérieux, à ceux qui renoncent à tout ce qui fait la vie belle. Ceux qui peuvent venir, ce sont ceux qui acceptent de faire de leur vie une fête, ceux qui ont le désir d'être heureux. Même dans les difficultés ou la souffrance, on vit des moments vrais — souvent durs et pas faciles — mais des moments où l'amour passe véritablement entre les êtres.
    La vraie vie, voici l'enjeu de cette parabole. Dieu nous invite — mauvais et bons — à vivre la vie comme une fête, comme un banquet de noces et non comme une collation d'enterrement ou un pénible travail.
    Vivre auprès de Dieu — et qui est plus près de Dieu que les amis qui viennent au mariage de son fils — c'est s'ouvrir à une vie pleine, c'est ouvrir son coeur à nos proches, c'est être-là, dans le moment présent, c'est habiter chacun de ses gestes, sentir la proximité des autres, goûter à cette communion. Etre pleinement présent dans le baiser qu'on donne à ses enfants (à ses parents) lorsqu'on part pour le travail ou l'école.
    Celui qui vit sur cette terre, mais comme en passant, sans habiter ses gestes, sans goûter au bonheur, c'est quelqu'un qui n'honore pas l'invitation de Dieu à entrer dans le Royaume de Dieu. C'est ce que nous dit la deuxième partie de la parabole. Celui qui n'a pas d'habit de noces, c'est celui qui vit, tout en passant à côté de la vraie vie. Celui qui n'arrive pas à saisir ce qui est bon dans chaque instant de la vie, celui qui ne vit pas de moments vrais. Celui-là est déplacé dans la fête, il n'a pas sa place dans le Royaume de Dieu. Non pas que son accès lui soit refusé — le Royaume de Dieu n'est fermé à personne — mais que par définition, on ne peut pas être mort et vivant à la fois, être dans le Royaume de Dieu et ne pas vivre de la vraie vie.
    La phrase "il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus" signifie dans ce contexte simplement la réalité que l'on constate autour de nous. Nous sommes tous appelés à vivre de cette vraie vie qui vient de Dieu, mais bien peu choisissent ce mode de vie, cette façon d'être.
    Le repas du Royaume de Dieu, il nous est donné de le vivre dans la sainte Cène. La sainte Cène, c'est les prémices du Royaume, la bande annonce du Royaume. C'est le même repas auquel nous sommes invités. Ce n'est pas une collation d'enterrement, c'est un repas de noces, les noces de Jésus avec son Eglise. C'est un repas de fête. Nous y sommes tous invités, bons et mauvais. Nous y sommes tous invités, pour notre joie.
    Cette invitation à la Cène, il nous est facile d'y répondre, puisque nous avons répondu à l'invitation du culte. L'invitation du roi est d'abord pour maintenant, mais elle est aussi pour les jours de semaine, pour l'entier de notre vie. Etes-vous d'accord de recevoir cette invitation à une vie renouvelée pour chaque jour ?
    Je m'adresse maintenant spécialement aux jeunes. Cette invitation à entrer dans la fête de Dieu, à goûter au bonheur qu'il donne est aussi pour vous. Cette invitation va tomber dans votre boîte aux lettres de façon très concrète, invitation à vous joindre aux JP ou à d'autres activités paroissiales. Allez-vous dire "oui" à ces invitations ?
    Réfléchissez-y tous. Le roi vous invite au mariage de son fils. Que lui répondez-vous ?

    Amen.
    © Jean-Marie Thévoz, 2013

  • Matthieu 28. Comment nourrir l'âme de nos enfants ?

    Matthieu 28
    7.10.2012
    Comment nourrir l'âme de nos enfants ?

    Dt 6 : 4-7    Matthieu 28 : 16-20

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    Chères paroissiennes, chers paroissiens, 
    La semaine dernière, je suis tombé sur un article dans 24Heures qui avait pour titre : "Les jeunes baissent les bras face à l'adversité." (27.9.2012, p.29) Une enquête, menée sur Vaud et Genève, montrait que la plupart des jeunes — lorsqu'ils affrontent une situation difficile — sont résignés, ils ressentent un sentiment d'impuissance, d'absurdité et de solitude. Ils se sentent démunis, découragés.
    Je retiens le sentiment d'impuissance et la solitude. D'où cela vient-il ? Certainement qu'une part vient de la situation de notre monde. Tout est globalisé et cela donne le sentiment que notre sort se joue ailleurs et que nous avons bien peu d'influence sur les grands problèmes de ce monde — la finance, la crise, le climat etc…
    Cependant, les générations précédentes — et je pense à celles qui ont traversé la Première et la Seconde guerre mondiale — n'avaient pas plus de prise que nous sur les événements mondiaux. Malgré tout, ils gardaient espoir et n'ont pas baissé les bras !
    Qu'est-ce qui a changé entre les grands-parents d'alors et les jeunes d'aujourd'hui ? 
    Entre toutes les choses qui ont changé, et elles sont nombreuses, je vais choisir l'éducation. Avant la généralisation de l'école, les enfants apprenaient à imiter les gestes des parents et reprenaient le métier familial. Le fils du boulanger devenait boulanger.
    Avec l'école, on s'est mis à apprendre des contenus, des données : les langues, les dates importantes de l'histoire, les tables de multiplications,  des poésies. Il fallait accumuler du savoir.
    Aujourd'hui, avec Internet, il devient plus important de savoir où chercher et trouver les données, sans les accumuler. Mes numéros de téléphones sont dans mon portable, plus dans ma tête. 
    Je n'ai rien contre cette évolution du savoir lorsqu'il concerne le cerveau. Par contre, je pense que cela commence à poser un problème sérieux en ce qui concerne l'âme. Quand je parle d'âme, c'est un raccourci commode pour parler de la personnalité, du sentiment d'être, d'être une personne, de vivre une vie qui a du sens.
    Ce sens, le sens de l'existence, nous avons à le construire en nous-mêmes et par nous-mêmes. Nous ne pouvons pas aller le chercher sur Internet. Le sens de notre existence ne se trouve pas à l'extérieur de nous-mêmes. Notre personnalité — notre sens d'être un tout — doit être à l'intérieur de nous-mêmes. L'iCloud convient à l'ordinateur, Internet convient au cerveau, mais pas à l'âme.
    Pour avoir le sentiment que notre vie a un sens, nous devons pouvoir raconter notre vie comme une histoire qui a du sens, qui fait sens, où les différents épisodes de notre vie se tiennent, sont liés par quelque chose.
    Le Christianisme propose de voir sa vie tenue entre les mains de Dieu, d'un Dieu aimant et bienveillant, d'un Dieu qui nous aide à porter ce que nous devons porter et qui porte à notre place ce qui est insupportable. Un Dieu qui a vécu une vie humaine pour savoir de l'intérieur de quoi il s'agit et qui nous dit, au moment de repartir : "Je suis avec vous, tous les jours, jusqu'à la fin des temps." (Mt 28:20)
    Je crois que pendant ces 20 ou 30 dernières années, il y a eu un déficit dans la transmission de ce message de confiance et d'espoir. En ne parlant plus aux enfants de ce "Dieu avec nous" on a fait passer ce message implicite : Vous êtes seuls dans l'univers. Il n'y a personne à appeler au secours. Il n'y a personne qui puisse vous venir en aide.
    Cela n'aide pas à vivre. Cela n'aide pas à avoir confiance, ni à chercher de l'aide. Cela n'aide pas à garder l'espoir. Pas étonnant, dès lors, que les jeunes élevés ainsi baissent les bras devant l'adversité. On ne leur a pas permis d'avoir accès à la source de l'espérance. On les a privés de secours, on les a privés d'une source d'expérience : je veux parler des histoires bibliques.
    Nous avons vu que le sens de notre existence vient de la possibilité de raconter sa propre histoire comme un récit où les épisodes sont liés les uns aux autres par quelque chose qui leur donne une direction, un sens.
    Les histoires de la Bible — mais on peut y ajouter la mythologie ou les contes — sont un trésor d'expériences humaines qui disent comment avant nous, d'autres personnes ont surmonté leurs difficultés. Pensez à Joseph vendu par ses frères comme esclave, qui se retrouve intendant du palais de Potifar, puis jeté en prison sur une accusation fausse et qui rencontre en prison celui qui va le faire connaître au Pharaon, qui le nommera Premier ministre (Genèse 37—45). Ou l'histoire de Daniel dans la fosse aux lions (Daniel 6).
    Des histoires riches en symboles qui disent que nous sommes gardés, accompagnés, guidés. Ces histoires — racontés aux enfants — nourrissent leurs âmes d'expériences qui donnent espérance et confiance. Des histoires qui disent que lorsque nous nous sentons impuissants, Dieu prend le relais. Ce n'est pas à nous de sauver le monde, nous avons juste à faire notre petite part de travail.
    Parents, grands-parents, vous n'avez plus à faire l'école à vos enfants ou petits-enfants, mais vous avez à nourrir leur âme, à enrichir leur être, leur personnalité. Racontez des histoires — celle de votre famille, celles de la Bible, celles des contes — racontez des histoires qui vont devenir une bibliothèque mentale d'expériences humaines dans laquelle vos enfants et petits-enfants pourront puiser, au fur et à mesure de leur croissance.
    Ils auront ainsi une réserve d'histoires pleines de sens pour affronter l'adversité sans baisser les bras. Dans l'impuissance, ils se sauront secourus, dans la solitude, ils se sauront accompagnés. Transmettons ensemble la promesse de Jésus "Je suis avec vous, tous les jours, jusqu'à la fin des temps."
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2012

  • Matthieu 2. Trois cadeaux : symboles de la vie, de la rencontre et du don.

    Matthieu 2
    24.12.2011
    Trois cadeaux : symboles de la vie, de la rencontre et du don.
    Matthieu 2 : 1-12

    Pour télécharger la prédication : P-2011-12-24.pdf

    Les mages sont partis d'Orient pour porter à Jésus leurs cadeaux. Trois cadeaux pour signifier le mystère de Noël : l'or, l'encens et la myrrhe. Trois cadeaux pour dire ce que l'humanité peut apporter à Dieu, peut déposer devant lui.
    Trois cadeaux pour dire, en retour, ce que Jésus le Christ apporte à l'humanité. Trois cadeaux symboles de la vie, de la rencontre et du don. Trois cadeaux symboles de ce qui est échangé à Noël, symboles de ce que nous pouvons donner et de ce que Dieu nous donne en cette nuit de Noël.
    *   *   *
    Commençons par la myrrhe. La myrrhe est une résine amère. Elle vient d'une plante médicinale. Elle était utilisé comme médicament, comme aphrodisiaque et pour les embaumements. Cette plante aurait poussé au paradis, elle évoque donc l'état originel, la vie avant l'état mortel.
    La myrrhe a donc affaire avec les blessures de la vie et avec le retour à la vie, avec notre finitude et notre aspiration à l'éternité.
    En offrant la myrrhe à Jésus, les rois mages déposent devant lui toutes les blessures de nos vies, toutes nos pertes, nos deuils, nos manques. Nous pouvons déposer devant le Christ toutes nos douleurs, toutes nos souffrances, toutes nos blessures, nos remords et nos erreurs impardonnables; les manquements commis autant que les violences subies.
    En déposant tout cela devant Jésus, Dieu nous offre en retour le baume qui cicatrise et nous rend un cœur aimant, un cœur capable d'ouverture et de chaleur. Dieu nous offre la capacité d'aimer et de vivre.
    La myrrhe, l'amer médicament sur nos blessures, nous ouvre à une vie renouvelée, à nouveau possible, régénérée.
    *   *   *
    Le deuxième cadeau, c'est l'encens. L'encens est également une résine, qui, si on la brûle, dégage un parfum agréable. De l'encens était brûlé dans le Temple de Jérusalem. L'encens évoque donc le sacré, le culte rendu à Dieu, la prière qui monte vers Dieu.
    Le parfum évoque le mystère divin. Une odeur ne se voit pas, peut pas être saisie, arrêtée, effacée. Une odeur franchit les portes et les murs, elle est partout présente, ne peut pas être étouffée comme un bruit ou éteinte comme une lumière. Le parfum nous remplit par notre respiration, notre souffle. Un beau parfum fait plaisir, enchante, enivre…
    L'offrande d'encens, c'est l'offrande de bonne odeur, de nos gestes de bonté, de générosité. L'encens est le symbole de notre quête de Dieu et de tous les gestes, nos efforts et nos tentatives de faire le bien autour de nous. Ce sont nos gestes d'amour que nous voulons déposer au pied de la crèche.
    Le mystère de Noël, c'est que Dieu répond à notre quête et à nos offrandes par la don de sa présence. A Noël, il se donne lui-même à l'humanité. A Noël, la rencontre a lieu entre notre aspiration et sa venue.
    A nos gestes maladroits et imparfaits, Dieu répond par le don fragile d'un nouveau-né, il vient à notre rencontre dans une fragilité pareille à la nôtre, sans nous brusquer. A Noël, notre quête rencontre sa Présence.
    *   *   *
    Et les mages donnent de l'or au nouveau-né ! L'or est ce qui nous est le plus proche. Je suis sûr qu'à peu près tout le monde ici peut toucher de l'or, sur soi ou sur son voisin ou sa voisine. Qui n'a pas un collier, un bracelet ou une alliance en or ?
    L'or est ce qui est précieux, qui a de la valeur, qui est rare. Qu'est-ce qui est précieux, qui a de la valeur et qui est rare ? Nous-mêmes. Chaque individu est différent de tous les autres. Nous sommes des  personnes uniques. Il y a en chacun de nous quelque chose d'unique : une qualité, une compétence, un talent, une qualité d'être, une capacité à écouter, un talent de cuisinier ou de jardinier, un talent artistique.
    Il y a en chacun de nous quelque chose d'unique, d'irremplaçable, d'infiniment personnel. Voilà ce que nous pouvons offrir en cadeau à Jésus. Offrir notre personne. Notre personne vaut plus que de l'or.
    A Noël, Dieu vient nous dire : "Tu es précieux à mes yeux, tu comptes pour moi." (Es 43:4). Vous vous souvenez de la parabole du marchand qui trouve une perle magnifique et qui vend tout pour l'acheter ? (Mt 13:45-46) Cette parabole nous parle de Noël. Dieu est le marchand qui donne ce qu'il a de plus précieux, son fils unique, pour nous acquérir, nous ! Il donne son fils contre notre personne. Il fait don de son fils pour entrer en relation avec nous. Cela vaut plus que de l'or !
    Ces trois cadeaux, l'or, l'encens et la myrrhe nous disent que Noël est le moment de notre rencontre avec Dieu, le moment où il nous fait don de son Fils pour que nous ayons la vie, la vraie vie.
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2011

  • Matthieu 6. Prier pour trouver le trésor que Dieu a placé au fond de soi.

    13.2.2011
    Prier pour trouver le trésor que Dieu a placé au fond de soi.
    Luc 6 : 12-13   Mt 6 : 5-8   Mt 7 : 24-27

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    Chers catéchumènes, chers parents, chers paroissiens,
    Lors de la dernière rencontre de catéchisme, nous avons exploré le thème de la prière. Nous avons observé que la prière est universelle, qu'elle est pratiquée dans toutes les civilisations. Nous avons aussi vu la spécificité de la prière chrétienne avec le Notre Père. Que pourrais-je vous dire aujourd'hui qui vous amène à avoir envie de prier, à essayer de vous mettre à prier ou de vous encourager à continuer à prier ? A quoi sert la prière ? Quel sens cela a-t-il de prier ?
    Jésus, dans son Sermon sur la montagne (Mt 5—7), donne un enseignement sur la prière à ses disciples et aux foules qui sont venues l'écouter. Jésus leur dit trois choses. Premièrement de ne pas prier pour la galerie, le paraître. Deuxièmement que ce n'est pas la quantité de mots qui est importante. Troisièmement, il donne un bref modèle qui est devenu le Notre Père.
    Quand Jésus dit de ne pas répéter sans fin les mêmes choses dans nos prières, Jésus nous dit que la prière n'est pas un moyen de faire pression sur Dieu pour obtenir quelque chose. Ce serait croire que Dieu est éloigné ou qu'il ne s'intéresse pas à nous et que nous serions obligés d'attirer son attention pour qu'il jette un regard sur nous. Jésus nous dit : Vous vous trompez de Dieu, en fait, "Dieu sait déjà ce dont vous avez besoin avant que vous ne le lui demandiez." (Mt 6:8). Alors à quoi cela sert-il de prier ?
    L'autre partie de l'enseignement de Jésus dit d'entrer dans sa chambre, de fermer sa porte et de prier son Père dans le secret. Le mot qui est traduit ici par le mot "chambre" désigne à la base le "cellier", le cagibi où l'on garde les provisions du ménage ou bien la chambre forte dans laquelle les autorités gardent le trésor public, l'argent des impôts. Dans les deux cas, c'est la réserve, le trésor qui va faire vivre, qui va nourrir le ménage ou la ville.
     Jésus insiste sur l'isolement et l'intimité nécessaires pour la prière personnelle : ferme la porte, prie dans le secret ! Je lis cela comme une façon de parler de l'intériorité. En langage d'aujourd'hui on dirait : Trouve-toi un coin tranquille et descend en toi-même. Ferme les yeux, ouvre ton cœur et pars à la découverte de ton être profond.
    La prière est quelque chose qu'on fait pour soi, dans le secret de son cœur. Mais ce n'est pas seulement de la méditation. Les Evangiles nous montrent aussi Jésus se retirant pour prier.  Souvent, il monte sur une montagne pour prier. "Monter sur la montagne" c'est une allusion à Moïse qui monte sur la montagne du Sinaï pour rencontrer Dieu.
    La prière est bien une descente en soi-même, dans le secret de son être intérieur, mais une exploration qui se fait devant Dieu et avec sa lumière. Le rabbin Eliézer ben Jacob (un sage quasi contemporain de Jésus) disait sur son lit de mort : "… quand vous priez, pensez à Celui devant qui vous vous tenez, c'est ainsi que vous obtiendrez la vie éternelle (Berakot 28b)"*
    La prière n'est pas accumulation de paroles, elle est la construction d'une relation avec Dieu qui nous aide à voir clair en nous. C'est un dialogue avec soi-même devant Dieu, sous le regard bienveillant de Dieu, dans l'amour d'un Père qui nous connaît et nous aime.
    Jésus nous dit d'entrer dans la chambre du trésor, des réserves de nourriture. Cela fait penser à cette partie des contes qui parlent des nains de la montagne qui vont à la mine chercher les pierres précieuses. Dieu a placé au fond de nous un trésor, des réserves d'énergie. Pour vivre une vie pleine, nous devons avoir accès à cette énergie, à ce trésor enfoui.
    La prière — la vie spirituelle — est le chemin qui nous est donné pour descendre en nous-mêmes, dans notre intériorité, dans nos profondeurs, à la recherche de ce trésor, de cette énergie. Lorsque nous avons trouvé ce trésor, la vie ne nous pose plus de problèmes. Pas qu'il n'y aurait plus de problèmes, mais que nous serons équipés pour affronter tous les problèmes de la vie.
    C'est ce que Jésus nous dit dans la parabole des deux maisons. Nous avons chacun à construire notre personnalité et notre vie. Nous pouvons le faire sur le sable du paraître, de la façade, de la superficialité. Ou bien, nous pouvons creuser en nous, dans nos profondeurs, jusqu'à ce que nous atteignions le socle solide de notre trésor intérieur, celui que Dieu a placé en nous.
    Une fois ce socle atteint, nous pouvons y construire notre maison, notre personnalité, notre vie. Elle sera solide, résistante aux tempêtes de l'existence.
    Se risquer à prendre le temps de prier — jour après jour — c'est creuser en nous pour aller à la découverte de ce trésor, de cette richesse que Dieu a placée au fond de nous.
    "Lorsque tu veux prier, entre dans la chambre au trésor et prie ton Père qui est là dans ce lieu secret, et Dieu ton Père — qui voit ce que tu cherches en cette profondeur secrète — te récompensera." (Mt 6:6).
    Amen

    * in Pierre Bonnard, L'Evangile selon Saint Matthieu, Neuchâtel, Delachaux et Niestlé, 1963, p. 79.
    © Jean-Marie Thévoz, 2011

  • Matthieu 3. Jean Baptiste et Jésus : le même message ?

    16.1.2011
    Matthieu 3
    Jean Baptiste et Jésus : le même message ?
    Mt 3 : 1-10 Luc 18 : 9-14 Rm 7 : 14-20

    téléchargez la prédication :P-2011-01-16.pdf


    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    En ce début d'année — après les fêtes de Noël — nous reprenons le début de l'évangile et le début du ministère de Jésus. Plus précisément aujourd'hui, la prédication de Jean Baptiste qui précède le début du ministère de Jésus.
    Jean Baptiste est un personnage historique qui a laissé des traces dans la littérature de son temps (hors du Nouveau Testament), plus même que Jésus ! Il a effectivement rassemblé les foules, baptisé, prêché. Pourtant, c'est le christianisme qui est devenu une religion universelle. Alors, qu'est-ce qui différencie Jean Baptiste et Jésus-Christ ? Qu'est-ce qui fait que le message de Jésus a persisté plutôt que celui de Jean Baptiste ?
    Partons d'abord des ressemblances. En effet, ce qui m'a frappé d'abord en cherchant les différences, c'est que Jean Baptiste et Jésus prêchent la même chose à première vue. Les Evangiles leur mettent les mêmes mots dans la bouche : "Changez de comportement, car le Royaume des cieux s'est approché" cette phrase est prononcée par Jean Baptiste en Mt 3:2 et par Jésus en Mt 4:17, puis, un tout petit peu différemment par les apôtres dans le livres des Actes (Ac 2:38 et 3:19). Jean Baptiste et Jésus prêchent la conversion et la venue du Royaume de Dieu.
    Ensuite je me suis dit qu'il n'y avait que Jean Baptiste pour engueuler les gens, pour les traiter de "races de vipères." Jésus devait être plus gentil, moins sévère sur l'être humain. Eh bien non, Jésus aussi invective avec les mêmes mots ses disciples (Mt 12:34) et les maîtres de la Loi (Mt 23:33).
    Où sont donc les différences ? Je pense que les différences sont d'abord dans l'idée qu'ils ont de l'être humain et dans sa capacité à faire le bien. Toute la prédication de Jean Baptiste est axée sur le changement du comportement. Repentez-vous, convertissez-vous, changez de comportement. "Accomplissez des actes qui montrent que vous avez changé de comportement" (Mt 3:8) demande Jean Baptiste aux pharisiens qui viennent le trouver.
    Jean Baptiste est pessimiste sur la nature de l'être humain, mais optimiste sur sa capacité à changer. Secouez fort les gens et ils finiront bien par changer. Les gens sont simplement engoncés dans leurs mauvaises habitudes. S'ils comprennent, s'ils voient ce qu'ils font de faux ou de mal, ils vont opter pour le changement. Il faut les sortir de leur paresse et c'est possible, pense Jean Baptiste. Donc chacun peut mieux faire, regardons ce qui n'est pas fait et mettons-nous au travail.
    Le problème avec ça, c'est que la tâche est infinie et que ce qui reste à faire pour atteindre la perfection pour plaire à Dieu est au-delà de nos forces. Comment un juif qui travaille dur, qui élève sa famille, qui remplit ses obligations à l'égard des Romains, peut-il satisfaire les 613 commandements de la Torah ?
    Est-ce que vous satisfaites, aujourd'hui, à toutes les recommandations du XXIe siècle pour être un bon consommateur, un bon citoyen, un bon écologiste, un bon conjoint, une bonne mère, un bon conducteur… ?
    Voyons cela ! La semaine passé avez-vous mangé 5 fruits et légumes par jour, avez-vous marché ou fait du sport 20 minutes chaque jour, avez-vous acheté des produits équitables, renoncé aux fruits exotiques, aux légumes cultivés sous serre, avez-vous baissé un peu votre chauffage, avez-vous renoncé à votre voiture pour des petits trajets, avez-vous tenu vos bonnes résolutions de Nouvel-An ?
    Nous ne connaissons plus les 613 commandements de la Torah, mais la société nous ordonne toujours une multitude de tâches pour nous sentir bien, pour être de bons citoyens. Jean Baptiste dirait : faites tout cela et tout ira bien. Mais Jésus prêchait autre chose à ses contemporains et à nous aujourd'hui.
    Bizarrement, Jésus était extrêmement pessimiste sur l'être humain. Pour lui, l'être humain n'est pas capable de faire le bien. L'apôtre Paul l'a bien compris et expliqué dans la lettre aux Romains quand il dit : "Je découvre ce principe : moi qui veut faire le bien, je suis seulement capable de faire le mal" (Rm 7:21). Calvin dira à sa suite que l'homme est incapable de tout bien.
    Ce qui est remarquable dans les Evangiles, c'est que Jésus ne le dit jamais, ne le prêche jamais. Il ne dénigre jamais l'être humain en parole, parce qu'il a en trop haute estime les créatures divines que sont ses frères et ses sœurs. Jésus aime les personnes, il ne dira jamais de mal sur elles, mais il les laisse agir et révéler leur/notre propre nature, ce qui arrivera inévitablement dans son procès et dans sa condamnation à la croix.
    L'homme est révélé incapable de tout bien quand il commet le plus grand mal en croyant faire ce qui est juste à ses yeux, en mettant à mort le Fils de Dieu ! Ainsi, c'est la vie et la mort de Jésus qui révèlent la profonde nature humaine qu'il n'a jamais condamnée en paroles.
    En effet, à côté de ce pessimisme total sur la nature humaine, Jésus a le plus profond amour envers la créature. Le péché entraînait chez Jean Baptiste un dégoût pour la nature humaine. Chez Jésus, le caractère pécheur de l'humain exacerbe sa compassion, son amour, sa tendresse. Jésus ne voit dans l'être humain incapable de tout bien que la blessure, la souffrance, le malheur. Et il est venu comme médecin de ces malades, de ces souffrants, de ces handicapés.
    Au lieu de voir — comme Jean Baptiste — tous les manques qu'il y a en nous pour être à la hauteur de toutes les exigences, Jésus voit tous les progrès que nous pouvons faire… si nous sommes aidés, si nous sommes soutenus, si nous sommes aimés.
    Ce que Jésus nous demande, ce n'est pas de satisfaire aux plus hautes exigences — il sait que nous en sommes incapables, que c'est impossible — ce qu'il nous demande, c'est de voir notre propre faiblesse, de la reconnaître et de l'accepter. Non pas l'accepter pour se fustiger et tout abandonner avec résignation. Mais de l'accepter comme la réalité de départ pour ne pas vivre dans l'illusion d'un pouvoir que nous n'avons pas et donc de sombrer dans le désespoir que provoque l'exigence inatteignable. C'est ce que Jésus nous dit dans la parabole du pharisien et du collecteur d'impôts.
    Acceptons que nous n'arrivons pas à être juste, bons, droits, comme l'exigence de justice totale le voudrait. Acceptons que Jésus nous accepte tels que nous sommes, et qu'à partir de là, il nous encourage et nous soutient dans chacun de nos progrès. Et qu'il nous relève de chacune de nos rechutes. Et si vous pensez qu'il n'y a pas de rechutes, vous pensez comme le pharisien.
    Avec son pessimisme absolu sur l'être humain, Jésus aggrave la situation, notre situation, mais pour la retourner complètement. Il nous dit par là : Abandonnez ce qui est impossible et faites simplement le possible, Dieu s'occupe du reste. Voilà une libération !
    Nous n'avons plus à regarder tout ce qui manque pour être à la hauteur, nous n'avons qu'à regarder les tout petits progrès que nous faisons. Le Christ est là pour nous aider, nous soutenir, nous aimer sur ce chemin-là.
    Amen

    © Jean-Marie Thévoz, 2011

  • Matthieu 5. Le monde n'a pas besoin de plus d'objets, mais de plus de présence.

    Matthieu 5

    1.11.2009
    Le monde n'a pas besoin de plus d'objets, mais de plus de présence.
    Jn 14 : 15-17    Mt 5 : 1-10

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Les bénévoles engagés dans la Fête paroissiale ont reçu une invitation à participer à ce culte et à l'apéritif qui suivra tout à l'heure. Jésus de son côté est venu sur terre apporter l'invitation de Dieu à entrer dans le Royaume des cieux.
    Cette invitation de Jésus s'inscrit dans une longue tradition. Dieu s'est fait connaître à Abraham, un homme, une famille, puis à tout un peuple à travers Moïse, à une nation à travers David et les prophètes. Jésus ouvre cette invitation encore plus largement.
    C'est en voyant les foules autour de lui, qu'il voit à quel point chacun sur la terre a besoin de découvrir la présence de Dieu, découvrir la vraie forme de la Présence de Dieu auprès de tous les humains. En filigrane de son texte, Matthieu nous présent Jésus comme un nouveau Moïse. Depuis la montagne, il donne son enseignement. Les disciples sont à ses pieds et les foules en arrière-plan. Jésus, avec les Béatitudes et le Sermon sur la montagne, va donner un enseignement destiné aux croyants, mais dont la portée est universelle.
    Les huit Béatitudes présentent un enseignement choquant, paradoxal, qui confronte directement les valeurs du monde présent.
    Nous vivons dans une société de la performance, de l'efficience, de la production. Ce qui donne, aujourd'hui, de l'importance aux gens, c'est leur pouvoir d'achat, c'est leur visibilité médiatique, leurs coups d'éclat, leur agitation. Les gens ordinaires que nous sommes sont laissés de côté. Mais sommes-nous pour autant sans valeur ?
    A qui Jésus s'adresse-t-il depuis sa montagne ? A qui s'adressent les Béatitudes ? Qui sont ceux à qui Jésus offre son attention et ses promesses de bonheur ?
    Eh bien il parle (v.3) à ceux qui se savent pauvres en eux-mêmes, "pauvres en esprit", ce qui ne veut pas dire "faibles d'esprit" mais plutôt à court de souffle, essoufflés de courir tout le temps après la vie.
    (v.4) Il parle à ceux qui pleurent, à ceux qui sont affligés, à ceux qui vivent avec des blessures affectives, relationnelles.
    (v.5) Il parle aux doux, à ceux qui ne savent pas s'imposer, jouer des coudes, revendiquer haut et fort, qui s'effacent et s'inclinent.
    (v.6) Il parle à ceux qui aspirent au changement, qui en ont marre des passe-droits, des bonus indécents, qui sont scandalisé par le mépris des puissants.
    (v.7) Il parle à ceux qui sont miséricordieux (comme le mot à vieilli, nous sommes sûrement les seuls à l'utiliser encore !). Oui, il parle à ceux qui ont le cœur sur la main, à ceux qui écoutent leurs tripes, qui ouvrent leurs bras face à la souffrance des autres, ceux que leurs émotions submergent quand ils entendent parler du malheur des autres.
    (v.8) Il parle à ceux qui ont le cœur pur. Un cœur pur, c'est un cœur entier, sans mélange comme on le dirait d'une couleur, d'un pot de peinture. Ceux qui n'arrivent pas à mentir, à s'accommoder des petites compromissions si confortables pour justifier des comportements troubles.
    (v.9) Il parle à ceux qui recherchent la paix, que tout désaccord trouble, que les désunions rendent malheureux et donc qui mettent leur énergie à réconcilier, à rétablir le dialogue.
    (v.10) Il parle à tous ceux qui se font rabrouer parce qu'ils ont protesté contre les magouilles, de qui on s'est moqués parce qu'ils ont refusé d'aller dans le même sens que tout le monde, au nom de l'honnêteté et de l'intégrité.
    Dans ces Béatitudes, Jésus relève des attitudes simples, humbles, souvent silencieuses, mais toujours courageuses, droites, relevant de la fidélité à sa conscience. Et Jésus dit : c'est à vous qu'est ouvert le Royaume des cieux. Il ne cherche pas à débusquer les prix Nobel et les héros. Il ouvre le Royaume de son Père à chacun, à nous tous, qui nous reconnaissons dans ces portraits.
    Jésus ne va pas chercher les puissants, les performants, ceux qui ont réussi et sont au sommet. Jésus s'adresse à tous, à nous tous, même si nous nous sentons faibles, pas à la hauteur, malheureux, plein de chagrin ou de colère. Notre situation, quelle qu'elle soit, n'est pas un obstacle, elle est le lieu où Dieu nous rejoint. Elle n'est pas un obstacle, elle est le chemin qui nous conduit au Royaume des cieux.
    Jésus retourne les valeurs de notre société, du monde, les valeurs qui reposent sur l'accroissement du matériel, sur la productivité et la performance.
    Quand nous sommes jeunes, nous pouvons nous laisser aller à cette illusion de bonheur. Mais maintenant, quand notre position ou notre situation change, quand l'âge diminue nos forces, nous ne pouvons plus croire à cette illusion. Nous avons à changer de valeurs, à nous convertir et passer de la production matérielle au service, passer du service à la relation, passer de la relation à la présence.
    A travers les Béatitudes, Jésus nous montre un chemin qui quitte le monde du faire (faire toujours plus) pour aller vers l'être. L'être avec les autres, et l'être devant Dieu.
    Le monde n'a pas besoin de plus d'objets, mais de plus de présence. Jésus nous enseigne à être présent, à nous-mêmes et aux autres, en nous révélant la Présence du Père. Le Royaume des cieux promis, c'est un espace de relations, où personne n'est seul, où personne ne pleure sans être consolé, ne porte sa peine sans recevoir du soutien, où personne ne reste dépourvu devant l'injustice, où chacun peut manifester sa compassion, où la présence de Dieu se voit dans les regards d'affection des uns pour les autres, où la paix fait son chemin, où ceux qui souffrent de moqueries ou du dénigrement sont portés et réconfortés.
    Voilà le Royaume des cieux que Jésus offre. Voici le Royaume des cieux que le Christ nous invite  à construire, ici, ensemble. Je rêve que l'Eglise, la paroisse, puisse en être le commencement. Allons-nous le faire ensemble ?
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2009

  • Matthieu 26. Les chemins divergents de Judas et de Pierre.

    Matthieu 26

    8.3.2009
    Les chemins divergents de Judas et de Pierre.
    Mt 26 : 14-25    Mt 26 : 31-35

    Nous sommes entrés dans le temps de la Passion et nous lisons depuis dimanche passé les récits des Evangiles qui racontent les derniers jours de Jésus. Jésus vit une dernière fois la fête de la Pâque juive avec ses disciples. Le récit nous fait suivre deux histoires en parallèle : ce que Jésus vit avec ses disciples et ce qui se prépare en coulisse pour le piéger, l'arrêter et l'exécuter.
    Jésus a conscience de ce qui se prépare derrière son dos. Il est prêt à assumer son destin, sa mission, et il essaie de préparer ses disciples, ses compagnons, à cette tragédie qui s'annonce. Jésus n'hésite pas à leur dire que les nouvelles sont mauvaises ! Il le fait par deux annonces, scandaleuses pour les disciples :
    — l'un de vous me trahira (Mt 26:21) et
    — vous allez tous m'abandonner (Mt 26:31).
    La première annonce "l'un de vous me trahira" est doublement surprenante pour les disciples. D'abord, c'est qu'il y a à l'intérieur du groupe quelqu'un qui va trahir Jésus, c'est l'un de Douze, un de ces hommes que Jésus a appelé, choisi pour faire partie de son équipe. Ensuite, personne ne sait qui c'est et tous les disciples se demandent en leur for intérieur si c'est lui. Et chaque disciple, l'un après l'autre de demander à Jésus : "Ce n'est pas moi, dis ?" (Mt 26:22). Que de doute intérieur. Que de peur aussi ! Pourrais-je le trahir d'un geste, d'une parole déplacée, quasi à mon insu ? Le pays est quand même occupé par les Romains, il doit y avoir des espions.
    Mais cela ne nous arrive-t-il pas aussi dans notre vie de tous les jours ? Nos silences gênés quand quelqu'un critique Jésus, ou l'Eglise ou les croyants ?
    Judas finit par être désigné et il est plaint par Jésus. Le traître désigné, on pourrait penser que le groupe est ressoudé et que tout va bien aller.  Non ! Jésus enchaîne : "Vous allez tous m'abandonner."
    Alors là, c'en est trop pour Pierre, le bouillonnant disciple. Lui, ça jamais, jamais il n'abandonnera Jésus, plutôt mourir que l'abandonner ! Jésus ne blâme pas Pierre, ni pour sa fierté, sa bravoure affichée, ni pour son reniement futur. Jésus dit juste ce qui est, ce qui sera : personne ne pourra résister à la pression, à la peur. Une façon de dire à tous : Acceptez-vous tels que vous êtes, acceptez-vous avec vos faiblesses et vos défaillances. Acceptez-vous tels que je vous ai choisi, tels que je vous accepte, tels que vous êtes.
    L'important n'est pas tellement ce qui va vous arriver. L'important, c'est comment vous allez réagir après ce qui va vous arriver. Les événements surgissent, les accidents arrivent, les malheurs surviennent, on n'y peut rien. La première réaction, la première émotion monte en nous et nous envahit. Elle est là, elle arrive, elle nous arrive et nous devons la découvrir et la nommer : peur, ou colère, ou tristesse, ou honte. Ce qui nous appartient, c'est ce que nous allons faire de cette réaction, de cette émotion qui est là.
    Divers chemins s'ouvrent à nous et les Evangiles nous montrent que Judas, face à la honte, a choisi la fuite, la mort. Après son geste de trahison, il n'a plus pu regarder Jésus, il n'a pas voulu affronter le regard de Jésus sur lui, il a choisi la mort.
    Pour Pierre, il nous est dit plus loin qu'il a pleuré (Mt 26:75). Pleurs de rage, de colère de ne pas avoir pu tenir sa parole "je ne t'abandonnerai jamais." Pleurs de tristesse sur lui-même "alors, je ne suis pas plus courageux, plus fort que n'importe qui ?" Pleurs de repentance "ah, comme Jésus avait raison, comme il me connaît bien, mieux que moi-même !"
    Destins opposés que ceux de Judas et de Pierre, destins opposés par les regards qu'ils portent chacun sur eux-mêmes : Judas est impitoyable avec lui-même, "après ce que j'ai fait, je ne mérite pas de vivre." Pierre est triste, mais il garde espoir, en lui-même et surtout en Jésus "il me connaît et il m'aime." Regards opposés sur Dieu. Judas désespère et craint le jugement de Dieu. Pierre espère et demande le pardon de Dieu.
    Dans ce début du temps de la Pâque et de sa Passion, Jésus avait deux mauvaises nouvelles : "l'un de vous me trahira" et "vous m'abandonnerez tous", mais il leur donne une raison d'espérer, il ajoute : "quand je serai de nouveau vivant, j'irai vous attendre en Galilée" (Mt 26:32).
    C'est bizarre comme Jésus dit à la suite "vous m'abandonnerez" et "j'irai vous attendre en Galilée." C'est que Jésus fait confiance à ses disciples — par delà leurs défaillances. Jésus leur fixe un rendez-vous. Rendez-vous en Galilée, dans votre région, dans votre village, au bord de votre lac, dans votre vie de tous les jours, je vous attendrai.
    Au-delà de nos trahisons, de nos abandons, des périodes où nous oublions, où nous nous éloignons de Dieu, au-delà de nos faiblesses, de nos échecs et de nos fuites, Jésus nous donne rendez-vous. Jésus nous attends, ici à Bussigny, à Villars-Ste-Croix, dans nos vies, dans notre famille, dans notre école, dans notre vie professionnelle, dans notre paroisse.
    Jésus nous attend au bord de notre vie, il attend que nous fassions un pas vers lui, il attend que nous lui fassions confiance, il attend que nous lui ouvrions la porte pour entrer dans nos vies, avec son amour et son pardon.
    Amen
    © Jean-Marie Thévoz, 2009