23.12.2009
D'une royauté terrestre à une royauté sur les cœurs
Jérémie 33
29.11.2009
D'une royauté terrestre à une royauté sur les cœurs
Jér 33:12-16 + 19-22 Mc 1 : 1-5
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Nous vivons le premier dimanche de l'Avent, temps de préparation à Noël. Temps de notre préparation et rappel du fait que Dieu lui-même a préparé son peuple à accueillir Jésus comme son Fils. Il y s donc un double mouvement : (i) faire mémoire de l'Ancien Testament pour nous rappeler les promesses de Dieu et comment il les réalise et (ii) comme Jean Baptiste : préparer le chemin du Seigneur, nous préparer intérieurement à le recevoir, à lui faire une place dans nos vies.
Vous avez entendu trois petits textes transmis par le prophète Jérémie, rappelant les promesses de Dieu. Jérémie parle dans une période de profond bouleversement, puisqu'il parle alors que Jérusalem et les contrées environnantes sont occupés, pillées et détruites par l'ennemi d'Israël, le royaume de Babylone.
Le premier texte promet le retour à la normalité : "dans ce pays dévasté, il y aura de nouveau place pour des bergers qui surveillent leurs moutons pendant la nuit." (Jr 33:12) Un texte qui trouve un écho dans le récit de Noël, où les anges annoncent la naissance de Jésus aux bergers qui gardent leurs troupeaux dans les champs. Une première promesse réalisée au moment de la naissance de Jésus.
Le deuxième texte parle de la naissance d'un vrai descendant de David. Ce descendant a pour caractéristique de "faire appliquer le droit et de rendre la justice." (Jr 33:15) La libération du pays de Juda et de Jérusalem a pour but l'établissement du droit et de la justice, c'est-à-dire rendre justice aux plus faibles, à ceux qui sont lésés. Du Décalogue à la prédication des prophètes, Dieu s'affirme comme le défenseur de la justice.
Enfin, le troisième texte promet une descendance à Israël, une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel ou que le sable de la mer, les termes mêmes de la descendance promise à Abraham. Il y a aussi dans ce troisième texte la promesse d'avoir perpétuellement un roi, un descendant de David à Jérusalem. Cela pose évidemment un problème, puisque le trône de David n'a pas pu être rétabli de façon durable à Jérusalem. Le peuple d'Israël n'a pu se gouverner lui-même que pour de très courtes périodes entre le retour de Babylone et la destruction de Jérusalem en 70 après J.-C. par les Romains.
Clairement, la royauté que les chrétiens attribuent au Christ n'est pas de même nature que celle promise dans ce passage. Comprendre ce décalage, c'est comprendre la pédagogie de Dieu. Comprendre cette pédagogie, nous permettra de comprendre ce que Dieu veut pour nous aujourd'hui.
La pédagogie de Dieu pour se faire comprendre est adaptée à nos moyens et à nos limites humaines. Dieu ne pouvait se révéler d'un coup — comme il l'a fait au travers de Jésus — dès qu'il a abordé l'être humain. Il n'aurait pas été compris. Jésus a déjà été si peu compris après des siècles de préparation, d'Abraham à Jean Baptiste. Qu'est-ce que cela aurait été sans cette préparation ?
On peut schématiser la découverte de Dieu par l'être humain en trois phases.
Première phase. L'être humain pense que Dieu et le cosmos sont une seule et même entité. L'être humain comprend les phénomènes naturels comme des gestes, des mouvements, des expressions de Dieu. La foudre de Zeus en est un exemple. (Mais nos contemporains pensent aussi souvent comme cela, soit lorsqu'ils adorent la nature et les couchers de soleil, soit quand ils pensent que les catastrophes naturelles viennent de Dieu). Dans le judaïsme et le christianisme, Dieu et la nature sont clairement séparés : il a fallu l'apprendre.
La deuxième phase a servi à sortir de la première phase. Dieu s'est présenté comme celui qui dirige l'Histoire et les événements. Il n'est plus le Dieu-cosmos, il est dans l'Histoire et il guide son peuple, comme ses dirigeants, et fait gagner les batailles. Dieu a pris ce rôle, un temps, de manière limitée, envers Israël, pour le faire sortir de ce qu'on appellera le paganisme : confondre Dieu et la Nature.
Dans cette deuxième phase, Dieu se fait connaître à son peuple, pour le mettre sur la voie de la troisième phase. Il se montre comme un Dieu qui se rapproche de son peuple, comme un Dieu qui exige le droit et la justice (qui sont différents des lois de la nature, de la loi de la jungle).
La promesse d'un roi, d'un royaume terrestre appartient à cette phase intermédiaire, mais qui n'est pas l'accomplissement de la révélation divine. Cela prépare à la troisième phase qui est révélée à Noël, en Jésus-Christ : Dieu vient habiter parmi nous, en nous.
Dieu devait être séparé du cosmos, il doit maintenant être séparé de l'Histoire, pour entrer dans le cœur de l'être humain, au cœur du culte et de la culture.
La troisième phase est un processus d'intériorisation. Dieu habite parmi nous, en nous, en chacun et entre chacun. Si le droit et la justice doivent régner dans la société, il est plus important encore que la paix et l'amour vive en chacun et entre chacun d'entre nous. C'est la troisième phase, celle que Jésus inaugure à Noël, celle que nous préparons pendant le temps de l'Avent.
Jean Baptiste appelle au changement de comportement. Chacun est appelé à changer parce que le Royaume de Dieu s'est approché, parce que Dieu est là, tout près, et il veut entrer en nous, nous habiter. Les contes de Noël nous invitent à ce changement intérieur : creuser de la place en nous, valoriser l'être plutôt que les choses, s'offrir, offrir sa présence, plutôt que chercher à acquérir ou à prendre, s'émerveiller comme les bergers, plutôt qu'exercer le pouvoir et la violence comme Hérode.
Où en sommes-nous de notre compréhension de Dieu ? Fait-il partie de la nature, tantôt belle, tantôt cruelle ? L'attendons-nous dans l'Histoire, pour faire à notre place ce qui est de notre ressort ? Ou bien allons-nous lui faire une place à l'intérieur de nous-mêmes, dans notre cœur, dans nos relations, dans nos familles ?
Laissons-nous questionner par ce Dieu qui réclame une place au milieu de nous ! Une place qui n'est pas demandée au moyen de la foudre, une place qui n'est pas demandée par un roi entouré d'une grande armée, mais une place qui est demandée par un bébé dans une crèche.
Amen
© Jean-Marie Thévoz, 2009
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17.11.2009
En attendant que Dieu nous rassemble tous ensemble devant Lui.
Esaïe 56
8.11.2009
En attendant que Dieu nous rassemble tous ensemble devant Lui.
Es 56 : 1-8 Jn 4 : 19-30
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Pour comprendre les paroles du livre d'Esaïe que nous venons d'entendre, il faut expliquer les circonstances qui prévalent lorsqu'elles sont dites. Ces paroles ouvrent la troisième partie du livre d'Esaïe, celle écrite après le retour de l'Exil à Babylone.
Bref rappel des faits. En 587 av. J.-C. l'empire babylonien s'empare de Jérusalem, détruit le Temple de Salomon et déporte les élites du pays vers Babylone. Une partie des Israélites se réfugie en Egypte. C'est donc une dispersion et un exil. En 540, les Perses — avec Cyrus à leur tête — défont les babyloniens et permettent aux israélites de rentrer chez eux à Jérusalem.
La situation au retour est difficile : (i) il s'est passé près de 50 ans entre le départ et le retour. (ii) Sur place les maisons et les terres des exilés ont été occupées, par ceux qui sont restés ou par des populations voisines, étrangères. (iii) Ceux qui arrivent d'exil de Babylone ou de leur refuge en Egypte sont des "secondos" ou des 3e générations. Ils ne sont pas bien accueillis. Ils ne sont pas reconnus comme des "autochtones", mais vus comme des étrangers.
Il y a donc au moins trois catégories de personnes qui habitent le pays :
- Les Israélites qui ne sont pas partis. Ils sont considérés comme des sortes de traîtres ou de collaborateurs par les exilés.
- Les populations voisines qui ont profité du vide pour s'installer. Ils sont vus comme des étrangers et des païens.
- Ceux qui reviennent, porteurs de leurs souffrances d'exilés ou de réfugiés, qui s'attendent à être accueillis et fêtés, mais qui sont vus comme dérangeants et quasi étrangers.
Tout cela est générateur de tensions, tensions ethniques et tensions religieuses. Chacun essaie de justifier son droit à habiter le pays. C'est la période où chacun se construit une généalogie et des racines pour justifier sa place, son bon droit.
C'est là que la Parole de Dieu est adressé au prophète pour dire à tous :
"Mon salut vient pour ceux qui respectent le droit et pour ceux qui pratiquent la justice."
Peu importe la généalogie, la provenance, l'origine, ce qui compte aux yeux de Dieu, c'est le droit, la justice et le respect du sabbat, c'est-à-dire de faire une place à Dieu dans sa vie. Et le prophète donne des exemples où la pensée de Dieu diffère de la pensée humaine : le sort de l'étranger et le sort de l'eunuque. Les deux ont une place dans le peuple de Dieu.
C'est tout à fait choquant, c'est un retournement des positions précédentes ! Le Deutéronome (Dt 23:2) exclut les hommes mutilés de l'assemblée du culte. Il exclut même tous les handicapés du service dans le Temple (Lév 21:16-23). Et voilà que Dieu change la Loi. Même les eunuques, même les handicapés ont une place dans le peuple de Dieu, dans le service du Seigneur ! Halte à l'exclusion, à la discrimination, les exclusions sur l'apparence physique sont terminées.
Et il en est de même avec les étrangers, continue le prophète. Ils sont inclus dans l'alliance de Dieu. Le mot d'ordre final c'est : "J'en ai déjà rassemblés, j'en rassemblerai d'autres encore." (Es 56:8).
Et c'est bien ce qui va se passer avec Jésus. Jésus va lui-même reprendre ce passage d'Esaïe : "La maison de mon Père est une maison de prière pour tous les peuples." (Mc 11:17). Et comme toujours, Jésus le réalise en acte aussi.
Il a toujours refusé l'exclusion par le handicap : il touche les aveugles et les sourds, il s'approche des lépreux. Il abat également les barrières des origines. Il guérit le serviteur d'un centurion romain, il va manger avec Zachée le collabo, il guérit la fille de la femme cananéenne et parle avec la Samaritaine.
On voit par ces rencontres la liberté incroyable de Jésus. Les humains, les religieux mettent des barrières partout : entre les peuples, entre les hommes et les femmes, entre les confessions et les religions. Jésus, dans ses relations, casse toutes ces barrières. Il est libre, totalement libre. Et il nous invite à cette même liberté.
Dans le dialogue avec la Samaritaine, il est question de lieux de culte, ceux autorisés et ceux qui ne le sont pas. Et Jésus sort de cette logique. L'important, c'est d'adorer Dieu en esprit et en vérité. Chacun peut adorer Dieu dans son lieu, ce qui se passe dans le présent n'est pas important. Chacun peut adorer Dieu dans son lieu, jusqu'à ce que la révélation finale nous rassemble tous devant le Très-Haut.
En attendant — semble nous dire Jésus — pas de discriminations, pas de vexations inutiles, pas de limitations humiliantes. Vivons de l'espérance du grand rassemblement final, ne soyons pas des obstacles au rapprochement, dans le présent, en dressant des barrières inutiles.
Faisons ce que Dieu nous demande : "Respectez le droit et pratiquez la justice, car le salut que j'apporte est proche." (Es 56:1)
Amen
© Jean-Marie Thévoz, 2009
08:55 Publié dans Christianisme | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : esaïe, eunuque, handicapé, temple, prédication, evangile, spiritualité, protestant, vie spirituelle, bible
12.11.2009
Matthieu 5. Le monde n'a pas besoin de plus d'objets, mais de plus de présence.
Matthieu 5
1.11.2009
Le monde n'a pas besoin de plus d'objets, mais de plus de présence.
Jn 14 : 15-17 Mt 5 : 1-10
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Les bénévoles engagés dans la Fête paroissiale ont reçu une invitation à participer à ce culte et à l'apéritif qui suivra tout à l'heure. Jésus de son côté est venu sur terre apporter l'invitation de Dieu à entrer dans le Royaume des cieux.
Cette invitation de Jésus s'inscrit dans une longue tradition. Dieu s'est fait connaître à Abraham, un homme, une famille, puis à tout un peuple à travers Moïse, à une nation à travers David et les prophètes. Jésus ouvre cette invitation encore plus largement.
C'est en voyant les foules autour de lui, qu'il voit à quel point chacun sur la terre a besoin de découvrir la présence de Dieu, découvrir la vraie forme de la Présence de Dieu auprès de tous les humains. En filigrane de son texte, Matthieu nous présent Jésus comme un nouveau Moïse. Depuis la montagne, il donne son enseignement. Les disciples sont à ses pieds et les foules en arrière-plan. Jésus, avec les Béatitudes et le Sermon sur la montagne, va donner un enseignement destiné aux croyants, mais dont la portée est universelle.
Les huit Béatitudes présentent un enseignement choquant, paradoxal, qui confronte directement les valeurs du monde présent.
Nous vivons dans une société de la performance, de l'efficience, de la production. Ce qui donne, aujourd'hui, de l'importance aux gens, c'est leur pouvoir d'achat, c'est leur visibilité médiatique, leurs coups d'éclat, leur agitation. Les gens ordinaires que nous sommes sont laissés de côté. Mais sommes-nous pour autant sans valeur ?
A qui Jésus s'adresse-t-il depuis sa montagne ? A qui s'adressent les Béatitudes ? Qui sont ceux à qui Jésus offre son attention et ses promesses de bonheur ?
Eh bien il parle (v.3) à ceux qui se savent pauvres en eux-mêmes, "pauvres en esprit", ce qui ne veut pas dire "faibles d'esprit" mais plutôt à court de souffle, essoufflés de courir tout le temps après la vie.
(v.4) Il parle à ceux qui pleurent, à ceux qui sont affligés, à ceux qui vivent avec des blessures affectives, relationnelles.
(v.5) Il parle aux doux, à ceux qui ne savent pas s'imposer, jouer des coudes, revendiquer haut et fort, qui s'effacent et s'inclinent.
(v.6) Il parle à ceux qui aspirent au changement, qui en ont marre des passe-droits, des bonus indécents, qui sont scandalisé par le mépris des puissants.
(v.7) Il parle à ceux qui sont miséricordieux (comme le mot à vieilli, nous sommes sûrement les seuls à l'utiliser encore !). Oui, il parle à ceux qui ont le cœur sur la main, à ceux qui écoutent leurs tripes, qui ouvrent leurs bras face à la souffrance des autres, ceux que leurs émotions submergent quand ils entendent parler du malheur des autres.
(v.8) Il parle à ceux qui ont le cœur pur. Un cœur pur, c'est un cœur entier, sans mélange comme on le dirait d'une couleur, d'un pot de peinture. Ceux qui n'arrivent pas à mentir, à s'accommoder des petites compromissions si confortables pour justifier des comportements troubles.
(v.9) Il parle à ceux qui recherchent la paix, que tout désaccord trouble, que les désunions rendent malheureux et donc qui mettent leur énergie à réconcilier, à rétablir le dialogue.
(v.10) Il parle à tous ceux qui se font rabrouer parce qu'ils ont protesté contre les magouilles, de qui on s'est moqués parce qu'ils ont refusé d'aller dans le même sens que tout le monde, au nom de l'honnêteté et de l'intégrité.
Dans ces Béatitudes, Jésus relève des attitudes simples, humbles, souvent silencieuses, mais toujours courageuses, droites, relevant de la fidélité à sa conscience. Et Jésus dit : c'est à vous qu'est ouvert le Royaume des cieux. Il ne cherche pas à débusquer les prix Nobel et les héros. Il ouvre le Royaume de son Père à chacun, à nous tous, qui nous reconnaissons dans ces portraits.
Jésus ne va pas chercher les puissants, les performants, ceux qui ont réussi et sont au sommet. Jésus s'adresse à tous, à nous tous, même si nous nous sentons faibles, pas à la hauteur, malheureux, plein de chagrin ou de colère. Notre situation, quelle qu'elle soit, n'est pas un obstacle, elle est le lieu où Dieu nous rejoint. Elle n'est pas un obstacle, elle est le chemin qui nous conduit au Royaume des cieux.
Jésus retourne les valeurs de notre société, du monde, les valeurs qui reposent sur l'accroissement du matériel, sur la productivité et la performance.
Quand nous sommes jeunes, nous pouvons nous laisser aller à cette illusion de bonheur. Mais maintenant, quand notre position ou notre situation change, quand l'âge diminue nos forces, nous ne pouvons plus croire à cette illusion. Nous avons à changer de valeurs, à nous convertir et passer de la production matérielle au service, passer du service à la relation, passer de la relation à la présence.
A travers les Béatitudes, Jésus nous montre un chemin qui quitte le monde du faire (faire toujours plus) pour aller vers l'être. L'être avec les autres, et l'être devant Dieu.
Le monde n'a pas besoin de plus d'objets, mais de plus de présence. Jésus nous enseigne à être présent, à nous-mêmes et aux autres, en nous révélant la Présence du Père. Le Royaume des cieux promis, c'est un espace de relations, où personne n'est seul, où personne ne pleure sans être consolé, ne porte sa peine sans recevoir du soutien, où personne ne reste dépourvu devant l'injustice, où chacun peut manifester sa compassion, où la présence de Dieu se voit dans les regards d'affection des uns pour les autres, où la paix fait son chemin, où ceux qui souffrent de moqueries ou du dénigrement sont portés et réconfortés.
Voilà le Royaume des cieux que Jésus offre. Voici le Royaume des cieux que le Christ nous invite à construire, ici, ensemble. Je rêve que l'Eglise, la paroisse, puisse en être le commencement. Allons-nous le faire ensemble ?
Amen
© Jean-Marie Thévoz, 2009
06:37 Publié dans k) Matthieu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : béatitudes, matthieu, prédication, evangile, spiritualité, protestant, vie spirituelle, bible, nouveau testament, ancien testament
02.11.2009
Exode 3. Moïse (4) L'être de Dieu est un être-avec : "Je serai avec toi."
Exode 3
11.10.2009
Moïse (4) L'être de Dieu est un être-avec : "Je serai avec toi."
Ex 3 : 9-15
Deuxième lecture biblique, dans l'Evangile de Jean, Jésus révèle son identité de diverses manières :
Je suis le pain vivant descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra pour toujours. (Jn 6:51)
Je suis la lumière du monde. Celui qui me suis aura la lumière de la vie. (Jn 8:12)
Je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis. (Jn 10:11)
Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra même s'il meurt. (Jn 11:25)
Je suis la vigne, mon Père est le vigneron, vous êtes les sarments. Celui qui demeure uni à moi porte beaucoup de fruit. (Jn 15:1+5)
Je suis la porte. Celui qui entre par moi sera sauvé. (Jn 10:9)
Quand vous aurez élevé le Fils de l'homme, vous reconnaîtrez que "je suis celui que je suis". (Jn 8:28)
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Moïse est devant le buisson ardent, ce buisson du désert du Sinaï, qui brûle, mais ne se consumme pas. Dieu a interpellé Moïse, lui a dit qu'il avait vu la situation d'esclavage des fils d'Israël en Egypte et qu'il veut les délivrer. Et Dieu mobilise maintenant Moïse : "Je t'envoie maintenant vers le Pharaon ! Va, et fais sortir d'Egypte, Israël, mon peuple !" (Ex 3:10) Mais Moïse a peur, il se sent incapable, la tâche est trop grande, il ne sent pas à la hauteur.
L'appel de Dieu nous prend toujours au dépourvu, par surprise, et combien d'excuses ne trouvons-nous pas pour y échapper. La réponse de Dieu est intéressante. Il ne dit pas : "Tu … Tu es capable; tu n'as rien à craindre; tu peux le faire… Non ! Dieu répond à Moïse en disant "Je… Je serai avec toi" (Ex 3:12).
Et à la question de Moïse : "C'est de la part de qui ?" Quand les Israélites me demanderont qui m'envoie, quel nom devrais-je dire ?" (Ex 3:13). Dieu répond aussi en "Je" Dis-leur "JE SUIS" m'a envoyé. Mon nom est "JE SUIS." Je suis celui que je suis, ou Je suis celui qui suis. Là se trouve la révélation du nom de Dieu, celui que les juifs s'interdisent de prononcer, le tétragramme, c'est-à-dire les quatre lettre YHWH qui forment le nom sacré de Dieu.
zzzzz
"Je suis", "je serai", ce qui a conduit à le traduire aussi par "l'Eternel" comme dans le Ps 23 : "L'Eternel est mon berger." L'Eternel, l'Existant, l'Etant, l'Etre. On peut donc voir Dieu comme le fondement, la fondation de tout ce qui existe, de notre être à nous aussi. C'est lui qui nous fait exister, être, qui nous fait vivre.
Cette révélation à Moïse se passe dans un contexte historique et géographique précis. Moïse est en exil, les fils d'Israël souffrent en Egypte où ils sont maltraités. Et là, Dieu se révèle à Moïse dans un but précis : aller au secours de son peuple, intervenir en leur faveur.
L'être de Dieu n'est pas hors du temps, hors de l'espace, dans une éternité immuable et inaccessible. L'être de Dieu est un être-avec : "Je serai avec toi." Comme Esaïe le dira plus tard : "Emmanuel", Dieu avec nous (Es 7:14).
Si Dieu est le fondement de l'être, il est aussi dans l'action. C'est un Dieu qui entend nos plaintes, qui voit nos situations, qui comprend ce que nous vivons et qui envoie un intervenant pour délivrer son peuple. Dieu mandate Moïse pour intervenir auprès de Pharaon pour qu'il laisse sortir d'Egypte son peuple bien-aimé. Nous connaissons la suite de l'histoire, la délivrance et l'installation en terre promise.
Sautons encore quelques siècles, jusqu'au temps de Jésus. L'évangéliste Jean nous rapport des paroles de Jésus disant :
Je suis le pain de vie
Je suis la lumière du monde
Je suis le bon berger
Je suis la résurrection et la vie
Je suis la vigne
Je suis la porte de l'enclos
et encore :
Quand vous aurez élevé le Fils de l'homme, vous reconnaîtrez que "je suis celui que je suis."
Très clairement, l'évangéliste Jean fait référence à ce récit du Sinaï pour nous dire que ce Jésus est bien Dieu lui-même. L'apôtre Paul — avant Jean — ne faisait rien d'autre lorsqu'il disait que le Christ est "l'image même de Dieu" (1 Co 4:4) et que ce qu'il prêche c'est "Jésus-Christ comme Seigneur" (1 Co 4:5).
Dire "Jésus-Christ est le Seigneur" c'est affirmer que Jésus-Christ est Dieu, qu'il est le Dieu qui s'est révélé à Moïse dans le désert. Dans le Dieu qui se révèle à Moïse dans le tétragramme, Jésus-Christ est déjà présent (c'est le sens de la Trinité).
Le Nouveau Testament est la continuation de la révélation à Moïse dans le désert. Jésus est le vrai visage de Dieu. Lorsque nous découvrons la personne de Jésus dans les évangiles, dans les lettres du Nouveau Testament, nous approchons de Dieu, nous découvrons Dieu lui-même.
L'évangéliste Jean ne peut être plus explicite lorsqu'il rapporte les paroles de Jésus : "Celui qui m'a vu a vu le Père" (Jn 14:9). Nous n'avons pas besoin d'aller dans le désert, de monter sur le Sinaï, Dieu s'offre à nous en Jésus-Christ, dans sa Parole. Il est là — tout proche — à notre portée. Et nous pouvons le mettre à la portée de tous, de nos enfants, de notre famille.
Dieu a appelé Moïse pour une tâche de délivrance. Dieu a assuré Moïse de sa présence auprès de lui pour réaliser cette tâche. Dieu nous appelle aussi pour communiquer autour de nous, à nos enfants, la bonne nouvelle de Jésus. Jésus est Dieu avec nous, dans nos vies comme nourriture (le pain descendu du ciel), comme lumière, comme guide, comme vie, comme joie, comme accueil. Laissons-nous imprégner de cette révélation de Dieu et marchons confiants dans la vie.
Amen
© Jean-Marie Thévoz, 2009
11:14 Publié dans d) Pentateuque | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : moïse, exode, prédication, evangile, spiritualité, protestant, vie spirituelle, bible, nouveau testament, ancien testament
15.10.2009
Exode 3. Moïse (3) Dieu vient sanctifier notre réalité, aussi banale soit-elle.
Exode 3
4.10.2009
Moïse (3) Dieu vient sanctifier notre réalité, aussi banale soit-elle.
Ex 2 : 23 — 3 : 8 Jn 4 : 19-24
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Nous retrouvons Moïse dans son parcours à la rencontre de Dieu. Nous avons vu comment il a grandi à la cour du Pharaon et fait l'apprentissage du pouvoir exercé avec violence. Vu comment il a découvert ses origines, son peuple, et les violences qu'il subit jour après jour. Partagé entre ces deux origines, Moïse s'exile au désert où il découvre une autre façon d'être dans la vie nomade du désert.
Moïse est un homme en chemin, à la recherche de lui-même, de son identité et de sa personnalité. Cette découverte de lui-même, de soi-même, ne peut se faire sans être confronté à Dieu lui-même. Le récit de ce matin nous raconte donc la rencontre entre Moïse et Dieu, ou plutôt entre Dieu et Moïse. Car ce qui apparaît d'abord, c'est que c'est Dieu qui interpelle Moïse.
On ne nous présente pas Moïse en quête de Dieu, ou en prière, ou en pèlerinage… Le récit nous parle d'abord de Dieu, puis de Moïse et ensuite encore de Dieu. C'est Dieu qui aborde Moïse, c'est Dieu qui se révèle à nous. En dehors de ce mouvement de Dieu vers nous, Dieu serait totalement inaccessible.
C'est lui qui fait le premier pas. En même temps, Dieu n'est pas totalement inaccessible, parce qu'il tend l'oreille vers nous. Les derniers versets du chapitre 2 nous disent : "Les Israélites, du fond de leur esclavage, se mirent à gémir et à crier, et leur appel au secours monta jusqu'à Dieu. Dieu entendit leur plainte et se souvint de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob. Il regarda les Israélites et se rendit compte de leur situation." (Ex 2:23-25).
Dieu entend, Dieu se souvient, Dieu voit, Dieu re-connaît leur situation. On voit qu'avant de nous aborder, Dieu étudie dans quelle situation nous nous trouvons, il regarde, il écoute, il cherche à savoir et lorsqu'il sait ce qui se passe, ce que nous endurons, il intervient.
Comment intervient-il ? Par un jour tout ce qu'il y a de plus ordinaire, alors que Moïse conduit les troupeaux de son beau-père vers leurs pâturages, au-delà du désert. Moïse voit — au loin — quelque chose d'intriguant. Ce qui se passe n'est pas sous les yeux de Moïse, ce n'est pas directement sur son chemin, c'est en marge, c'est de côté, c'est à l'écart.
Le texte nous dit clairement : "Moïse décida de faire un détour pour aller voir." (Ex 3:3) Liberté que Dieu nous accorde : décider d'aller voir, ou non ! Difficulté pour nous : faire un détour, se laisser entraîner hors du chemin tracé, se laisser dérouter, sortir de nos routes, de nos ornières ou de nos habitudes. Oui, difficulté des "pas évident", des "ça va me prendre du temps", du "qu'est-ce qui va m'arriver ?" ou du "qu'est-ce que les autres vont penser ?" Faut-il que je sorte des sentiers battus pour aller vers Dieu ?
Moïse fait ce détour, il se laisse dérouter, se laisse intriguer. C'est une fois le détour commencé que retentit l'appel de Dieu : "Moïse, Moïse !" La rencontre avec Dieu commence lorsqu'il nous voit faire un pas hors de nos routines, dès que nous faisons le premier pas dans sa direction.
Et voilà que, bizarrement, Moïse se fait arrêter dès ce premier pas. "Ne t'approche pas de ce buisson, enlève tes sandales, tu te trouves dans un endroit consacré." (Ex 3:5) Qu'est-ce que ce buisson qui brûle sans se consumer ?
Pourquoi un buisson ? N'est-ce pas un peu petit pour abriter Dieu ? N'aurait-il pas fallu un olivier centenaire ou un figuier ou mieux un grand cèdre, quelque chose à la mesure de Dieu ? Non, c'est un buisson, un chétif buisson du désert, un arbuste vulgaire, sans prétention, qui ne fait d'ombre à personne, négligeable… Une façon de nous dire que Dieu habite nos réalités les plus simples, les plus banales, notre réalité quoi !
Et le feu ? Le feu évoque le monde d'en haut, le divin. Le divin vient habiter la simple réalité, pour l'illuminer sans la détruire. La démesure est telle entre le divin et le terrestre que l'on pourrait craindre que notre réalité soit immédiatement détruite par le contact du divin, comme la matière au contact de l'anti-matière. Dieu nous rassure, il n'en est rien. L'intention divine est d'habiter notre réalité sans la détruire, seulement d'y mettre sa chaleur et sa lumière. Dieu veut illuminer nos réalités du dedans.
Enfin, ce caractère divin du feu, du buisson, illumine, contamine tout ce qui l'entoure. L'endroit devient saint. Là où Dieu vient habiter, il sanctifie ce lieu. Dieu vient sanctifier — rendre saint — notre réalité, nos réalités, aussi banales soient-elles. Comme le pain du boulanger et le vin du vigneron deviennent Présence du Christ pour nous dans la Cène, toute réalité peut devenir porteuse de la Présence de Dieu.
Nous pouvons offrir la réalité de nos vies, de nos personnes — notre travail, notre famille, nos biens — à Dieu pour qu'il les habite et qu'ils deviennent des actions, des personnes ou des biens sanctifiés. Dieu voit notre réalité, Dieu connaît nos situations et vient habiter notre monde.
En Jésus, il est venu habiter notre monde. Par le saint Esprit, il vient nous habiter et nous devenons nous-mêmes le temple du saint Esprit, de sorte que — comme Jésus le disait à la Samaritaine — on peut adorer Dieu en esprit et en vérité dans n'importe quel lieu (Jn 4:24).
A nous d'oser nous laisser dérouter, pour marcher dans les pas de Dieu, lui qui nous entend, qui nous voit et qui nous connaît.
Amen
© Jean-Marie Thévoz, 2009
14:57 Publié dans d) Pentateuque | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : exode, moïse, prédication, evangile, spiritualité, protestant, vie spirituelle, bible, nouveau testament, ancien testament
13.10.2009
Marc 4. Quatre façons d'être dans la vie.
Marc 4
27.9.2009
Quatre façons d'être dans la vie.
Mc 4 : 1-9 Mc 8 : 27-30
Chers catéchumènes, chers parents, chers paroissiens,
Qui est Jésus ? La question se posait déjà il y a 2'000 ans ! Jésus lui-même pose la question à ses compagnons de route, à son équipe — qu'on appelle les disciples. "Qu'est-ce que le gens disent de moi ?" (Mc 8:27) et "Pour vous, qui suis-je ?" (Mc 8:29). Il y a ce que les autres disent et il y a ce que je pense, au plus profond de moi, au plus profond de chacun.
Qui est Jésus ? A chacun de faire sa recherche, à trouver sa réponse personnelle, et le catéchisme, comme le temps partagé au culte, sont des lieux où faire cette recherche, ce chemin. Qui est Jésus ? Il y a les titres traditionnels : Messie, Fils de Dieu, Seigneur. Mais ils ne nous disent plus grand chose, parce qu'ils sont déconnectés de notre réalité.
Il faut chercher des titres nouveaux, qui nous parlent. Selon les personnes ou les circonstances, on pourrait dire : C'est mon guide de montagne ou mon guide du Routard; c'est mon GPS, c'est mon cadeau du ciel… c'est mon kit de survie, c'est mon accompagnant, c'est la musique qui embellit mes journées… A vous de faire preuve d'imagination et de poésie.
J'aimerais vous proposer de le voir ce matin, avec la parabole, comme le Semeur de vie dans nos existences. Jésus raconte la parabole du Semeur pour nous parler de lui et de notre vie à nous. Comment être heureux dans la vie, comment recevoir ce qui nous arrive dans la vie pour le transformer en bonheur, en réussite, en vie accomplie ?
Dans cette parabole, Jésus nous présente quatre attitudes face à la vie, face à ce que nous recevons, à ce qui nous arrive. Mais regardons d'abord ce qui est semé, ce qui nous est donné.
a) Ce qui nous est donné ce sont des graines. Ce qui nous arrive, c'est le germe de quelque chose d'autre. Ce qui nous arrive doit donc être transformé pour s'épanouir. Ce n'est pas le bonheur direct, tout de suite. C'est quelque chose qui contient du bonheur en germe. C'est à nous de le faire germer et pousser, de lui donner la possibilité de se transformer, de grandir et de donner du fruit.
b) Ensuite, ce qui est donné est donné partout et à tous. Le Semeur sème sur tous les terrains. Le bonheur n'est pas réservé à certains plutôt qu'à d'autres. Le Semeur est généreux, il donne à tous de la même façon, il nous fait confiance, il met de l'espoir en nous, en nos capacités d'accueillir les cadeaux de la vie.
c) Finalement, c'est la façon d'accueillir ce qui nous est donné, ce qui nous arrive, qui fait la différence. Jésus nous présente quatre terrains différents, quatre façons d'être dans la vie et de faire son bonheur ou son malheur.
1. Première image. Le chemin nous donne l'image d'une terre piétinée, tassée, fermée, imperméable. Oui, il arrive que certaines personnes se ferment à la vie, à tout ce qui arrive, s'enferment en elles-mêmes. Les cadeaux de la vie arrivent pour ces gens aussi, mais ils sont trop fermés pour les prendre pour les ouvrir et voir ce qu'il y a dedans. C'est l'attitude : "je ne veux rien entendre, rien savoir." Ou bien "je connais déjà tout cela, cela ne m'intéresse pas." Une bonne façon de passer à côté d'un tas de bonnes choses.
2. Deuxième image. La terre caillouteuse, empierrée. Il y a de la terre, un peu, et les graines germent, font des pousses, mais pas de racines et elles sèchent. Ces gens-là accueillent les nouveautés avec enthousiasme, "c'est génial… je veux essayer, montre-moi !" Mais si elles n'arrivent pas tout de suite à le faire, si elles rencontrent un obstacle, s'il faut faire des efforts, persévérer, ces personnes abandonnent. "C'est décevant, je n'arrive pas, je suis nul."
On peut se pourrir la vie à vouloir tout réussir tout de suite et parfaitement. Ou à vouloir tout essayer et ne rien faire jusqu'au bout. Les choses, la vie, a besoin de temps et d'approfondissements, de persévérance et d'efforts. Ce n'est pas drôle, mais c'est comme ça. C'est le terrain pierreux. On s'enflamme et on s'éteint.
3. Troisième image : les ronces. Jésus parle encore d'un troisième type de personnes, celles qui se laissent envahir par tout ce qui les entoure. Elles reçoivent les cadeaux de la vie, mais il y a toujours quelque chose qui leur fait du souci. "Je suis invité à une fête, chouette. Mais comment est-ce que je vais m'habiller ? Qu'est-ce que les autres vont penser de moi ? Qu'est-ce que je vais leur dire ? C'est l'angoisse, je fais mieux de ne pas y aller."
Ou alors, on se laisse envahir par les distractions : "pourquoi est-ce que je m'affale devant la télé pour voir ces âneries plutôt que de lire le livre que je me suis acheté ?" Ou alors, une fois qu'on a choisi quelque chose, on regrette immédiatement l'autre truc sur lequel on hésitait et on vit dans le regret.
4. Bon, jusqu'à maintenant, personne ne s'est reconnu, parce que vous êtes tous comme la bonne terre qui reçoit les graines et qui produisent plein de grain, c'est la quatrième image. Cet idéal auquel nous aspirons tous, mais que nous avons tellement de peine à atteindre.
Eh bien, Jésus se propose comme guide pour nous conduire à devenir ce terrain accueillant où faire germer et pousser le bonheur. Jésus sème de la vie dans nos existences et veut nous apprendre à devenir les jardiniers de nos vies, apprendre à bêcher, biner, sarcler la terre, à ôter les pierres et arracher les mauvaises herbes pour faire de la place à l'essentiel, à une vie qui porte du fruit.
Le catéchisme, la lecture de la Bible, la prière personnelle, le culte sont des temps de découverte et de rencontre avec Jésus. Dans son enseignement, sa Parole, il nous donne le mode d'emploi de la vie. Il a envie que nous soyons heureux, que nous ayons une vie épanouie, des relations enrichissantes les uns avec les autres. Préparons-nous, préparons notre terrain à le recevoir, pour que notre vie fleurisse et porte du fruit en abondance.
Amen
© Jean-Marie Thévoz, 2009
16:42 Publié dans l) Marc | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : marc, prédication, evangile, spiritualité, protestant, vie spirituelle, bible, nouveau testament, ancien testament, éducation
17.09.2009
Exode 2. Moïse (2) Moïse découvre ses origines.
Exode 2
13.9.2009
Moïse (2) Moïse découvre ses origines.
Exode 2 : 11-22 Mt 5 : 21-26
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Nous avons vu dimanche passé que la naissance de Moïse et son adoption par la fille du pharaon nous indiquait une séquence de vie : origine misérable -> présent princier -> avenir ouvert. Dans l'épisode de la vie de Moïse que nous venons d'entendre, nous allons continuer d'observer comment Moïse grandit et développe son humanité.
Moïse a donc grandi dans les palais des pharaons. Il a reçu une éducation princière égyptienne, mais il éprouve la soif de connaître sa vraie origine. Comme le dit notre récit : "Un jour, Moïse devenu adulte, alla voir ses frères hébreux" (Ex 2:11). Ce qu'il voit alors le révolte. Il voit deux choses, nous dit le texte : il voit la situation générale, les corvées auxquelles son peuple est astreint et il voit une situation précise où un égyptien, un gardien, frappe un hébreu.
C'est une révélation pour Moïse, assez semblable à celle de Bouddha Gautama ! Les deux ont été "élevés dans du coton" à l'abri de la souffrance, dans des palais princiers. Moïse est atterré par la découverte de la misère de son peuple — le peuple dont il est issu — et son sang ne fait qu'un tour lorsqu'il voit l'un des siens se faire bastonner. Il tue l'égyptien. [J'ai beaucoup hésité à prêcher sur ce texte, que dire à propos d'un meurtre et que penser du fait que le fondateur du judaïsme, et reconnu par le christianisme, est dès l'origine un meurtrier ?]
Cette violence de Moïse nous dit deux choses sur l'être humain. Le premier réflexe, lors de la découverte d'un comportement révoltant (la bastonnade), c'est de faire cesser l'action par tous les moyens, par n'importe quel moyen. Et la violence est le premier moyen à disposition, le premier qui vient à l'esprit. La seconde chose que cela nous enseigne, c'est que Moïse utilise-là la culture qu'il a reçue à la cour de pharaon. N'était-ce pas pharaon qui — confronté à la croissance de la population des hébreux — a ordonné de tuer tous les nouveaux-nés mâles ?
Moïse a grandi dans une culture de la violence, dans une culture qui dit que la violence est une solution possible à tous les problèmes. Moïse utilise donc ce que sa culture, celle de la haute société égyptienne de l'époque, préconisait.
Et l'on voit que cet acte de violence va déployer sa spirale et son effet boomerang dans le récit. "Veux-tu me tuer comme tu as tué l'égyptien ?" (Ex 2:14) va rétorquer quelqu'un. Et plus tard, le pharaon "va chercher à faire mourir Moïse" (Ex 2:15). Aujourd'hui encore nous voyons les effets d'une culture de la violence — violence économique ou sociale surtout — qui conduit des individus à plonger dans la violence physique.
Moïse doit fuir, s'exiler, après avoir fait l'apprentissage des conséquences de la mise en pratique de la culture de sa jeunesse. Moïse a donc découvert ses origines, sa culture de naissance — la maltraitance subie — et sa culture d'éducation — la maltraitance commise.
C'est avec ce bagage — ce lourd bagage — que Moïse s'exile dans le désert, dans la péninsule du Sinaï, le désert de Madian, avec pour nécessité de réapprendre à vivre. Qui pourrait vivre en ayant à choisir entre une culture de victime ou une culture de bourreau ?
Moïse doit trouver une troisième voie, sa voie propre. Chacun de nous, en sortant de l'adolescence et en entrant dans la vie d'adulte doit réviser son héritage, choisir ce qu'il garde de ce qu'il a reçu et choisir ce qu'il jette de ce qu'on lui a imposé, et finalement compléter sa panoplie avec du neuf. C'est un nouvel apprentissage qui peut durer de nombreuses années de notre vie d'adulte. Beaucoup en font l'expérience.
Dans le désert de Madian, Moïse découvre une troisième culture, celle du désert, celle des nomades, la vie sous la tente, la vie autour du puits (qui ne va pas sans violence), la lutte pour la survie, mais aussi l'hospitalité, l'humanité de ceux qui n'ont presque rien mais qui le partagent.
La culture du désert nous est étrangère, mais nous pouvons faire un parallèle avec la culture du montagnard des Alpes. Nous avons tous entendu un guide de montagne parler du respect devant la montagne. Comme humains, nous ne sommes rien face à la montagne et sa grandeur. Elle appelle le respect, ce doit être la même chose dans le désert.
On prend un soin particulier de la vie, des sources de vie, des relations. On apprend que notre vie dépend des autres comme la leur peut dépendre de nous. Avec l'hospitalité se développe la fraternité, la loyauté, la solidarité, l'entraide.
Dans cet environnement, Moïse apprend et choisit son camp : on nous montre qu'il prend la défense des filles de Jéthro contre des bergers qui les importunent, qui usent de la violence comme d'un passe-droit pour utiliser le puits. Moïse apprend le service, il fait l'apprentissage de l'humanisation.
Le chemin de tout être humain arrivé à l'âge adulte est d'humaniser ses forces, ses pulsions, pour les mettre au service d'une cause. Le chemin de toute société est de mettre en place des institutions qui humanisent sa culture, de manière à ce que la violence diminue, le respect augmente et que chacun — jusqu'au plus petit — ait une place digne.
Moïse réalisera un bout de ce chemin à travers son travail de législateur. Jésus le parachèvera en nous donnant le Sermon sur la montagne (Mt 5—7) et surtout en enseignant, en paroles et en actes, le renoncement à toute violence pour faire place à l'amour des uns pour les autres.
Nos sociétés, hélas, sont encore loin d'avoir intégré cet amour, ce respect, cette non-violence à sa culture. Il semblerait même qu'on s'en éloigne par moment. C'est pourquoi le travail de chacun et de l'Eglise pour annoncer l'évangile est plus nécessaire que jamais. La prédication de l'Evangile n'est rien d'autre que cet appel de Dieu à l'humanisation de nos personnes et de nos sociétés pour que chacun puisse vivre en paix et en bonne harmonie avec tous.
Amen
© Jean-Marie Thévoz, 2009
17:19 Publié dans d) Pentateuque | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : exode, moïse, violence, meurtre, humanisation, origine, prédication, evangile, spiritualité, protestant, vie spirituelle
16.09.2009
Exode 2. Moïse (1) D'une naissance en péril à un avenir ouvert.
Exode 2
6.9.2009
Moïse (1) D'une naissance en péril à un avenir ouvert.
Ex 2 : 1-10 Jér 29 : 10-14
Je pense que vous connaissez tous le conte du "vilain petit canard" :
« Quand le vilain petit canard est né, il ne ressemblait pas à ses frères et soeurs de couvée. Rejeté de tous, à cause de ce physique différent, il est contraint de quitter « sa famille » et de partir, loin, pour ne plus subir leurs moqueries et leurs coups. Sur son chemin, ceux qu'il rencontre ne l'acceptent pas vraiment non plus. Un jour, cependant, ébloui par la beauté des cygnes, le vilain petit canard décide d'aller vers eux. Les cygnes ne le chassent pas et bien au contraire l'accueillent comme l'un des leurs. Et pour cause... Le vilain petit canard a grandi et s'est métamorphosé en un magnifique cygne blanc...*»
Il y a d'autres contes sur ce modèle, où l'enfant élevé dans une pauvre chaumière découvre qu'il est prince, fils de roi, et finit par regagner son château et mener une vie de prince.
Ces contes sont utiles pour les enfants qui traversent une enfance difficile, où ils se sentent rejetés, méprisés. Ils peuvent ainsi garder, enfouie au fond d'eux-mêmes, leur estime de soi et devenir un jour, enfin, ce qu'ils étaient dès le commencement. Ce genre de contes est construit sur la séquence :
origine princière —> présent malheureux —> futur radieux.
L'histoire de Moïse, de sa naissance et de son enfance est construite sur une autre séquence, une séquence utile à notre devenir d'adulte. En tant qu'adultes, nous ne pouvons pas vivre sur la séquence du vilain petit canard. Comment croire, à 30, 50 ou 70 ans, que nous allons enfin nous révéler être autre chose que ce que nous sommes ? Nous ne pouvons pas passer notre vie à faire le gros dos — en attendant un bonheur futur. En rester là, ce serait accepter d'être malheureux jusqu'à la fin de nos jours.
La jeunesse de Moïse nous offre un autre modèle, plus proche de notre réalité — puisque nous avons dû accepter la réalité d'une naissance tout ce qu'il y a de plus modeste. Moïse naît d'un couple ordinaire et anonyme, tout ce qu'on sait, c'est qu'il est issu de la tribu de Lévi. La période historique est plus que troublée, puisqu'il y a une persécution contre les hébreux qui se trouvent en Egypte. Le Pharaon a décidé d'un génocide sur tous les enfants mâles. Vous remarquerez en passant l'écho que donne l'Evangile de Matthieu lorsqu'il décrit le massacre des bébés ordonné par Hérode (Mt 2:16).
Donc Moïse naît, mais sa vie est menacée. Il devrait mourir et s'il vit, il devrait être esclave. On ne peut pas naître dans de pires conditions. C'est a priori un bébé sans avenir. C'est sans compter sur la famille, la mère et la sœur qui vont tout faire pour qu'il vive : la corbeille, le choix du lieu le long du Nil, la veille attentive de la sœur, la rencontre avec la fille de Pharaon, l'organisation de l'allaitement, etc…
Et voilà que Moïse, une fois sevré est élevé à la cour du Pharaon, tout hébreu qu'il est. Paradoxe, retournement, il est élevé comme un prince, il a tout un avenir ouvert devant lui. La séquence indiquée par la jeunesse de Moïse est donc : passé d'esclave —> présent de prince —> avenir ouvert. C'est bien différent de la séquence du vilain petit canard : origine princière —> présent malheureux —> futur radieux.
Dans la "séquence Moïse", on peut y vivre, on peut y rester tout en avançant, puis que le malheur est déjà derrière soi. Cela ne signifie pas qu'aucun malheur ne peut plus survenir — la vie de Moïse se révélera pleine de hauts et de bas — cela signifie que le malheur a déjà été traversé et que cette traversée, qui ne nous a pas anéanti, nous arme pour traverser les épreuves à venir.
Il faut clarifier ce qu'on doit comprendre par "présent de prince." Je n'entends pas cela comme un train de vie princier, vautré dans le luxe et les plaisirs. Je l'entends comme la reconnaissance que nos choix de vie sont entre nos mains, que nous pouvons prendre la direction de notre vie, faire des choix et voir comment nous recevons les événements de la vie. C'est le contraire de subir.
Cette façon de vivre le présent n'est possible que si on le considère comme habité par Dieu, même de façon cachée. Dans le récit de la naissance de Moïse, Dieu n'est pas mentionné. Mais est-il absent ?
Dieu est présent dans la volonté de résistance de cette mère. Dieu est présent dans ce plan, dans les gestes des unes et des autres, même dans les gestes de la fille de Pharaon, l'ennemi des hébreux. Il y a une confession de foi permanente dans le livre de l'Exode : tout est entre les mains de Dieu.
Le peuple hébreu est mystérieusement protégé. Le peuple hébreu va être guidé, sauvé. Même Pharaon n'échappe pas à cette emprise du Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Même son endurcissement est dirigé par Dieu, jusqu'au moment où il craque.
Il n'y a de "présent de prince" qu'avec la confiance que tout est entre les mains de Dieu, qu'il nous conduit, qu'il nous accompagne, qu'il nous soutient dans chacun de nos pas, au travers de chacune des épreuves de notre vie.
Au travers de cette sorte de main mise de Dieu sur Pharaon, le récit nous dit que si Dieu n'abolit pas le mal, il le contient, il le limite, il y met des bornes. Nous pouvons donc regarder notre présent et y trouver toujours à nouveau des signes de sa présence, des sujets de reconnaissance.
Si le conte du vilain petit canard est utile pour les enfants, l'exemple de la jeunesse de Moïse est plus utile pour nous adultes. Sa naissance est comme un résumé du projet de Dieu pour son peuple et pour nous : à partir d'une situation de malheur — où nous sommes en sursis — Dieu veut nous donner un présent et un avenir.
Comme Dieu va sortir le peuple hébreu d'Egypte, Dieu veut nous sortir de notre malheur. Comme Dieu va donner sa loi au peuple hébreu comme charte de liberté, Dieu veut nous rendre libre pour que nous puissions faire nos choix et qu'un avenir soit ouvert devant nous. Dieu ouvre un avenir devant nous (Jér 29:11), faisons-lui confiance.
Amen
* http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Vilain_Petit_Canard
© Jean-Marie Thévoz, 2009
09:43 Publié dans d) Pentateuque | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : moïse, vilain petit canard, vie, psychologie, prédication, evangile, spiritualité, protestant, vie spirituelle, bible
14.09.2009
Ephésiens 1. Série Calvin (5). Une Eglise pour nourrir les croyants.
Ephésiens 1
30.8.2009
Série Calvin (5). Une Eglise pour nourrir les croyants.
Eph 1 : 18-23 Mt 13 : 24-30
"L'Eglise est le corps du Christ, c'est en elle que le Christ est pleinement présent, lui qui remplit tout l'univers" nous rappelle la lettre aux Ephésiens (Eph 1:23). Lorsque nous regardons l'Eglise, les Eglises, dans le monde ou chez nous, peut-on s'empêcher de se demander si nous atteignons cet idéal ? Est-il si évident que "le Christ est pleinement présent" dans l'Eglise ?
Cette question ne tient pas à notre époque uniquement. Calvin y était déjà confronté et cherchait dejà une réponse : où se trouve l'Eglise de Jésus-Christ ? Déjà il se demandait comment penser l'Eglise entre ce qu'on en voit et ce qu'on en espère, entre ce qu'on en voit et ce que l'Ecriture nous en dit, entre sa réalisation actuelle et les promesses qui reposent sur elle.
En premier lieu, Calvin va proposer de faire une différence entre l'Eglise visible et l'Eglise invisible. L'Eglise visible, c'est celle que nous voyons. L'Eglise invisible, c'est celle que Dieu voit, mais qui nous échappe.
L'Eglise invisible, c'est l'Eglise au-delà du temps et de l'espace, qui rassemble ceux que Dieu a choisis. C'est la "communion des saints" du Credo. Cette Eglise est connue de Dieu seul.
L'Eglise visible, c'est celle que nous découvrons dans les communautés locales, dans les circonstances historiques, faite d'hommes et de femmes aussi imparfaits qu'aspirants à recevoir l'amour de Dieu. C'est la communauté des pécheurs et la communauté des appelés. Personne ne peut s'y arroger le droit d'y désigner le bon grain ou l'ivraie. "Il appartient à Dieu seul de connaître ceux qui sont les siens" dit Calvin (IRC* IV, 1,8).
Bien sûr, cette Eglise visible n'a rien de commun avec la gloire de l'Eglise invisible, mais Calvin nous recommande de ne point la mépriser : c'est la seule Eglise que nous connaissons, c'est pour elle que le Christ est mort et c'est elle qu'il cherche à sauver.
Ensuite Calvin explique que l'Eglise fait partie des "aides extérieures" que Dieu a voulu pour venir "soutenir notre faiblesse" (IRC IV, 1,1). L'Eglise est le moyen que Dieu a mis en place pour que nous puissions grandir dans la foi. Calvin précise : "Nous voyons que Dieu, bien qu'il puisse élever en un moment les siens à la perfection, les veut néanmoins faire croître petit à petit sous la nourriture de l'Eglise." (IRC IV,1,5).
L'Eglise a deux moyens à sa disposition pour nourrir les fidèles, ce sont la prédication de l'Evangile et les sacrements du baptême et de la cène. Prédication et sacrements sont les signes de la véritable Eglise. Je cite le Réformateur : "Partout où nous voyons la Parole de Dieu être purement prêchée et écoutée, les sacrements être administrés selon l'institution du Christ, là il ne faut nullement douter qu'il y ait Eglise." (IRC IV, 1,9).
Calvin peut assurer qu'il y a une véritable Eglise s'il y a prédication de la Parole de Dieu et administration des sacrements, parce qu'il est convaincu que le saint-Esprit est présent dans l'Ecriture sainte et que l'écoute de la Parole de Dieu porte des fruits indépendamment des personnes qui prêchent ou administrent les sacrements. Calvin fait ici toute la place à l'œuvre de Dieu. C'est lui qui ouvre les cœurs, c'est lui qui convertit, c'est lui qui sanctifie.
Mais si Dieu fait tout, à quoi sert l'Eglise ? Eh bien, Calvin souligne que Dieu a choisit de travailler par l'intermédiaire de son Eglise et des humains. Il ne faut donc pas mépriser l'Eglise visible et les moyens pratiques à mettre en œuvre. C'est pourquoi Calvin mettra beaucoup d'énergie à organiser l'Eglise de Genève.
L'Eglise a un rôle de mère pour le croyant, et pour dire cela, Calvin a des phrases que l'Eglise catholique ne renierait pas ! "L'Eglise est la mère de tous ceux dont Dieu est le Père" (IRC IV, 1,1). "Hors le giron de cette Eglise, on ne peut espérer la rémission des péchés ni aucun salut" (IRC IV, 1,4).
La nouveauté de Calvin, je crois, c'est de définir l'Eglise par sa colonne vertébrale et pas par ses frontières extérieures. En faisant la différence entre Eglise visible et invisible, Calvin anéantit toute idée de pouvoir définir qui est dans ou hors l'Eglise, qui est élu ou non élu. Calvin nous dit, en quelque sorte, que l'important c'est de se diriger vers le centre, vers l'essentiel — qui est le Christ — peu importe le chemin ou la distance qu'il reste à parcourir.
Chacun doit avancer sur son chemin et l'Eglise lui offre des possibilités de sanctification, d'édification à travers la prédication et les sacrements. Reste qu'avec cela, l'Eglise demeure imparfaite et même, parfois, un mauvais exemple. Calvin accepte cela, tout en le regrettant. Mais il met en garde ceux qui voudraient une Eglise de purs, de gens moralement ou doctrinalement irréprochables. L'Eglise est là pour notre sanctification, mais elle ne repose pas sur la sainteté de ses membres.
Calvin est très attentif à l'unité de la communauté, il ne faut ni exclure, ni s'exclure soi-même, parce que le jugement des cœurs n'appartient qu'à Dieu. L'Eglise ne doit donc pas devenir un lieu de jugement, mais rester un lieu où l'on vient se nourrir, se fortifier, trouver du courage.
L'Eglise est une communauté humaine, d'entraide, parce qu'elle est pleinement habitée par la présence du Christ.
Amen
* IRC VI, 1, 8 = Jean Calvin, Institution de la Religion Chrétienne, livre IV, chap. 1, § 8.
© Jean-Marie Thévoz, 2009
16:08 Publié dans p) Epitres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ephésiens, calvin, prédication, evangile, spiritualité, protestant, vie spirituelle, bible, nouveau testament, ancien testament, éducation
26.07.2009
1 Corinthiens 11. Série Calvin (4). Petit traité de la sainte cène.
1 Corinthiens 11
26.7.2009
Série Calvin (4). Petit traité de la sainte cène.
1 Co 11 : 23-26 Jn 6 : 44-51
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Dans notre cheminement avec Jean Calvin, nous faisons aujourd'hui une halte pour recevoir de Dieu notre nourriture. Nous allons voir ce que le Réformateur nous dit de la sainte Cène. Calvin a rassemblé sa pensée sur la Cène dans un petit opuscule intitulé "Petit traité de la sainte cène."
La première moitié du Traité expose sa vision de la Cène et la seconde moitié les erreurs propagées de son temps. La visée de Calvin est de redonner à la Cène le sens que les Evangiles nous rapportent, de lui restituer son sens originel. Nous resterons donc dans la première partie de ce Traité.
Le souci de Calvin est de redonner à tous les chrétiens un accès à Jésus-Christ, et il voit dans la Cène une porte d'entrée par excellence, puisque la Cène — comme repas — est une image immédiatement compréhensible. C'est ainsi qu'il commence son Traité en développant l'image d'un Dieu qui nous accueille en sa maison — à travers le baptême — il nous accueille non comme des "domestiques," mais "comme ses propres enfants" et donc : "il reste, pour faire l'office d'un bon père, qu'il nous nourrisse et pourvoie de tout ce qui nous est nécessaire pour vivre." (PTSC* p. 39)
Dans la Cène, Dieu nous donne ce qu'il nous faut pour vivre. En disant cela, on voit que la relation à Dieu n'est pas une idée philosophique, ou la croyance en quelque dogme. Cette relation est quelque chose qui doit nourrir notre vie, nous fortifier, nous aider à traverser les épreuves.
La Cène nous donne accès à Jésus-Christ, à sa vie, à sa passion, à sa résurrection. Cet accès est le premier fruit de la Cène. Elle nous donne la possibilité de nous nourrir de lui. Calvin dit : "nos âmes n'ont nulle autre pâture que Jésus-Christ" (p.40). Par la Parole et par la Cène, nous avons accès à cette présence nourrissante, restauratrice de Jésus-Christ. Dans la Cène, nous recevons "les promesses" de Dieu, nous reconnaissons "sa grande bonté" (sa Providence) et nous sommes exhortés "à l'union et à la charité fraternelle" (p.41).
Voilà évoqués les fruits, les conséquences de la participation à la Cène. Elle nous fait entrer dans le mystère de la Passion du Christ, où il se donne lui-même pour nous faire vivre. Cela nous l'apprenons par l'Evangile, par la Parole. La Parole aurait peut-être suffi pour nous faire comprendre cette association, cette communion que nous avons avec le Christ, mais Calvin souligne notre faiblesse comme êtres humains. Nous avons besoin de "signes visibles" des choses invisibles. La Cène — en tant que sacrement — est justement le "signe visible" (p.47) qui nous est donné pour nous affermir et nous fortifier.
Le signe visible, avec du pain et du vin matériels, agit de deux façons. Premièrement, nous avons besoin de concret pour communier pleinement avec le Christ. Pour profiter pleinement, dit Calvin, de "toutes les grâces qu'il (Jésus-Christ) nous a acquises par sa mort, il n'est pas seulement question que nous soyons participants de son Esprit, mais il nous faut aussi participer à son humanité." (p.46).
Pour être en lien avec le Christ, nous devons communier autant à sa nature spirituelle qu'à sa nature humaine. Et la Cène nous aide à cela, en nous donnant à toucher son humanité dans les signes concrets du pain et du vin.
Mais Calvin ajoute aussitôt le deuxième aspect, qui nous concerne. Le mystère de cette communion "est un mystère spirituel qui ne peut se voir à l'œil" (= par le regard) (p.47). Alors, pour nous y aider, Dieu nous donne un signe visible, un élément concret : du pain et du vin pour représenter ce don de présence et de vie.
Ce que Calvin essaie de nous dire, c'est que Dieu veut nous toucher tout entier, nous aussi. La présence de Dieu ne concerne pas que notre esprit ou notre mental, il est présence dans notre vie entière, âme, corps, esprit, émotions. L'humanité de Jésus rejoint profondément notre propre humanité, c'est le deuxième fruit de la Cène pour le Réformateur. L'amour de Dieu rejoint nos existences concrètes. Participer à la communion, c'est se laisser rejoindre par l'humanité de Dieu, dans ce qu'il y a de plus humain en nous.
Le troisième fruit de la participation à la Cène est le cheminement que Dieu ouvre en nous. Reconnaître que Dieu nous nourrit, qu'il prend soin de nous, c'est reconnaître sa bonté, son attention. Calvin nous dit que la Cène provoque en nous un travail intérieur — ce que j'appelle un "cheminement." Dans les mots de Calvin cela donne ceci : "le principal est que Dieu besogne en nous intérieurement par son Saint-Esprit (…) par lequel il veut faire son œuvre en nous." (p.50). Cette œuvre, c'est nous stimuler "à vivre saintement et surtout à garder la charité et l'amour fraternel entre nous." (p.51).
A partir de là, comment et quand prendre la Cène ? Calvin insiste pour que nous prenions la Cène au sérieux — donc en s'examinant, comme le recommande l'apôtre Paul — mais sans excès, car celui qui se priverait de la cène sous prétexte de son imperfection "c'est comme si un homme s'excusait de ne point prendre de remèdes parce qu'il est malade !" (p.56).
La Cène est une nourriture pour notre foi et notre vie, donc, pense le Réformateur "l'usage doit en être plus fréquent que beaucoup ne l'ont." (p.56). Oui, Calvin nous invite à avancer vers la Table du Seigneur avec confiance et avec le désir de communier avec Jésus-Christ pour nourrir notre vie de foi.
Participons donc au repas du Seigneur, pour que le saint Esprit puisse besogner en nous et nous faire cheminer dans la présence du Christ.
Amen
* PTSC = Jean Calvin, Petit traité de la sainte cène, Lyon, Ed. Olivétan, 2008.
© Jean-Marie Thévoz, 2009
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