2 Corinthiens 5
24.9.2006
L'ancien état de choses a disparu, le nouvel état de chose est là.
Mt 13:44 / 2 Co 5 : 17-19
Chers catéchumènes, chers parents, chers paroissiens,
Je vais demander aux adultes de faire un effort pendant mon message, c'est de se replonger dans leur enfance ou leur adolescence pour écouter ce que je vais dire. Comme cela vous serez au même niveau que les catéchumènes, même si c'est avec un peu plus de conscience.
Je vais commencer par vous jouer un petit dialogue entre une mère et son fils.
— Allo, Maman ? Je cherche mes souliers de marche et je ne les trouve pas !
— Allo chéri, je vais t'aider, va dans la pièce qui est à côté de l'escalier, ils doivent être dans l'armoire.
— J'y suis, mais il n'y a pas d'armoire, juste un bahut.
— Comment ça ? Tu ne peux pas être près du bahut, il est dans une autre pièce, va vers l'armoire, elle est blanche.
— Bon alors, je change de pièce. J'ai trouvé une armoire, mais elle est brune.
— Tu fais quoi ? T'as pas mis tes lunettes ou t'es bête ? Cherche l'armoire blanche !
— Je cherche, mais je ne vois pas d'armoire blanche.
— T'es complètement idiot, tu ne peux pas la manquer, elle est si grande. A part : J'ai fait quoi pour avoir un gosse aussi nul ?
— Mais j'essaie de la trouver. J'ai passé dans toutes les pièces, mais je ne la trouve pas.
— Mais t'es où enfin ? T'es sûr que tu ne t'es pas trompé de maison ?
— Mais non, je suis chez nous, à la cave.
— Mais l'armoire blanche n'est pas à la cave ! Quelle cloche tu fais. Elle est au rez, à côté de l'escalier de la cave.
Pourquoi, je vous raconte cette histoire ? Parce que je crois qu'on vit à la cave avec le plan du rez-de-chaussée, et que cela crée beaucoup de mal-entendus dans la vie ! On reçoit des informations de toute part et elles ne concordent pas avec ce qu'on vit, avec notre expérience.
Il s'en suit qu'on en tire des conclusions et ces conclusions sont fausses, mais c'est quand même là-dessus qu'on bâtit notre vie quand on est enfant.
Le garçon, dans notre histoire, peut tirer deux sortes de conclusions. D'un côté : "je suis débile" puisque les adultes savent ce qu'ils font et ce qu'ils disent. De l'autre : "ma mère est complètement folle", mon expérience était juste, l'armoire n'était pas là, donc je dois me méfier de tout ce que j'entends.
Que l'on choisisse l'une ou l'autre variante pour construire sa vie — "je suis nul" ou "les autres ne sont pas fiables" — on part sur une base faussée.
Si l'on est honnête avec soi-même, on doit tous constater qu'on vit dans cette cave. Quelques-uns d'entre vous ont peut-être réalisé depuis un certain temps qu'ils vivaient dans une cave et en sont sortis : vous êtes bienheureux ! Mais on ne peut sortir de la cave que parce qu'on se rend compte que ce qu'on habite est la cave et pas le rez. Sortir de la cave n'est cependant pas facilité dans notre société.
En effet, beaucoup d'acteurs de notre société ont des avantages à nous maintenir à la cave. En effet, c'est désagréable de vivre à la cave, c'est-à-dire dans la solitude par manque d'amour, ou dans la peur par méfiance envers les autres (ces autres pourraient découvrir que nous sommes nuls malgré les efforts que nous faisons pour le camoufler) ou vivre dans la tristesse de n'être pas appréciés tels quels.
Face à cette détresse, tous les vendeurs s'empressent de nous vanter le nouvel écran super-géant qui nous fera passer de super-soirées et comblera notre solitude ou pour nous vendre les cigarettes ou l'alcool qui nous ferons oublier que nous sommes malheureux.
Lorsque l'apôtre Paul parle de tout cela, il l'appelle "l'ancien état de choses" (c'est la cave) et il propose "un nouvel état de choses" (c'est le rez, l'étage à la lumière du jour). Il dit : "Dès que quelqu'un est uni au Christ, il est un être nouveau : l'ancien état de choses a disparu, le nouvel état de chose est là." (2 Co 5:17). Cela ressemble à un tour de passe-passe, mais c'est différent.
A la cave — pour reprendre notre dialogue — le fils se voit à travers les yeux de sa mère qui le dénigre, le dévalorise, détruit son estime de soi. Le fils intègre ces jugements de valeur et se croit effectivement nul, inadéquat, incapable.
Mais tout cela repose sur un mal-entendu ! C'est parce qu'il est à la cave et que sa mère parle du rez qu'il ne trouve pas. Il ne peut pas trouver ses chaussures. Il n'y a aucune faute de la part de l'enfant, il n'y a aucune incompétence de sa part, aucune inadéquation de sa part. Mais personne ne le lui dit, personne n'exprime — alors — de la compassion pour sa situation d'échec. Personne n'est là pour lui expliquer la vérité de la situation : il n'y a pas de coupable, il n'y a pas de juge, il n'y a donc pas de condamnation. Il n'y a qu'un mal-entendu sur l'étage.
La vie du Christ, et sa mort, — ce que vous allez découvrir en vivant le catéchisme — met le doigt sur ce mal-entendu. Le Christ nous dit : Je ne suis pas venu pour juger, mais pour vous montrer que Dieu fait tout pour dire son amour et réconcilier l'être humain avec Lui.
Le Christ est venu pour montrer quel regard Dieu a sur tous les êtres humains : un regard d'amour qui connaît le mal-entendu de départ et voit chacun tel qu'il est : en quête, en recherche de bonheur, mais aussi en situation d'échec.
"L'ancien état de choses a disparu." Dieu nous fait sortir de la cave et émerger à la lumière, à l'étage qui correspond aux indications du plan. Le nouvel état de choses est là, c'est une nouvelle création. Nous pouvons nous regarder avec les yeux de Dieu et nous voir comme des personnes qui faisons toutes de notre mieux, des personnes dignes d'être aimées et capables d'aimer en retour.
Dieu nous accepte tels que nous sommes, "il nous a réconcilié avec Lui par le Christ (…) sans tenir compte de nos fautes" (2 Co 5:18-19), de nos erreurs, de nos échecs. C'est lui-même qui nous sort de la cave pour nous amener à l'étage de la vie, de la vraie vie.
Comme celui qui découvre un trésor dans un champ (Mt 13:44), nous pouvons troquer sans hésiter toutes les choses anciennes contre ce nouveau trésor, cette nouvelle vie.
Reste une question. Dois-je faire quelque chose pour emprunter cet escalier et monter à la lumière ? Oui, tout simplement accepter d'avoir été accepté par Dieu. Accepter que la base de ma nouvelle vie soit : "Je suis pleinement aimé de Dieu." Il n'y a rien d'autre à faire.
Sur cette base, je peux me sentir adéquat, pleinement reconnu et je n'ai plus besoin de me méfier des autres. Je suis accepté tel que je suis par Dieu, je peux donc m'accepter moi aussi tel que je suis et vivre une nouvelle vie.
Amen
© 2006, Jean-Marie Thévoz
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1 Rois 3. Dieu est comme le web de la pensée...
1 Rois 3
24.9.2000
Dieu est comme le web de la pensée...
1 Rois 3:4-13 Mt 22:34-40
Chers catéchumènes, chers parents, chers paroissiennes et paroissiens,
Par ce culte, nous voulons marquer le début du catéchisme de 34 jeunes de Bussigny et Villars-Ste-Croix. C'est un événement important dans la vie de la paroisse, dans la vie de ces 33 familles (il y a des frères et soeurs qui commencent ensemble) et dans la vie de ces jeunes.
Par ce culte, puis par le catéchisme, vous les jeunes, et par ricochet vous leurs familles, vous allez être confronté à la "question de Dieu". Y a-t-il quelqu'un au-dessus de nous ? Sommes-nous seul à affronter la vie ? Le mal l'emporte-t-il sur le bien dans ce monde ? Comment puis-je réussir ma vie ? Serais-je aidé, soutenu ? Peut-on être heureux dans notre monde ? Que puis-je, que vais-je faire de ma vie ?
Des questions qui se poseront de façon pratique à vous les jeunes, dans le cours de votre scolarité, dans le cours de votre vie affective et familiale, dans le cours de votre vie sentimentale et amoureuse.
Vous allez passer par le chemin de Salomon qui nous est décrit dans la Bible. Vous allez progressivement découvrir que vous êtes de plus en plus maître de votre vie, de votre existence. Vous devenez roi - reine d'un nouveau domaine avec la question : comment faire pour être heureux ?
Et comme Salomon, vous allez recevoir cette question de Dieu : "Voyons, que pourrais-je te donner ? Demande-le moi !" (1 R 3:5) Vous avez droit à un voeu ! Quel est votre rêve ? Quel est votre besoin essentiel ? Il ne s'agit pas ici de demander du beau temps pour votre prochain pique-nique ! Il s'agit de votre vie ! Qu'est-ce qui est essentiel pour réussir sa vie ? Quelle est votre idée d'une vie réussie ? Dieu est prêt à vous conduire à la réalisation de votre rêve de vie !
Bien sûr, on peut se dire, dans sa tête : du temps du Roi Salomon, Dieu parlait peut-être aux hommes, mais aujourd'hui, c'est dépassé, à qui Dieu parle-t-il aujourd'hui ? Mais la question n'est pas "A qui Dieu parle-t-il ?" mais "Qui l'écoute ? Qui reconnaît la voix de Dieu dans la masse de messages qui nous parviennent ?" Dieu parle constamment aux humains par des signes.
Observez que Dieu "parle" à Salomon au travers d'un songe, d'un rêve. Que faites-vous de vos rêves, le matin ? Savez-vous à quel point ils sont importants, porteurs de vérités intérieures, réponses à vos questions profondes ?
Beaucoup de monde doute que Dieu puisse nous parler dans nos rêves, parce que nous avons une vision trop limitée de Dieu. Notre imagination nous présente des images réduites de lui. Imaginez-le comme une énergie positive répandue dans l'univers.
Vous connaissez internet, le web, la toile. Avec un ordinateur, on peut s'y brancher et communiquer avec le monde entier, y faire des rencontres, dialoguer, poser des questions et recevoir des réponses. Dieu est comme le web de la pensée. L'ordinateur, c'est votre cerveau, pas besoin de matériel compliqué ou coûteux. Les messages, c'est votre pensée. Les rêves ou les sentiments que vous éprouvez, ce sont les e-mails, les SMS que vous recevez. Allez-vous ouvrir votre boîte aux lettres ou laisser dormir vos messages et les ignorer ?
Dans le temps, depuis des centaines, même des milliers d'années, des personnes à l'écoute ont reçu des messages et les ont mis par écrit. Ces écrits ont été rassemblés dans un gros manuel qu'on appelle la Bible. C'est l'expérience d'hommes et de femmes qui sont allés régulièrement relever leur boîte aux lettres pour être en liaison avec ... Dieu.
Lorsqu'un homme a essayé de condenser, de résumer au plus court les expériences de ces hommes et de ces femmes sur le chemin de la vie, à la quête du bonheur, cela a donné ceci :
"— Tu dois aimer le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit. C'est là le commandement le plus grand et le plus important. Et voici le second commandement qui lui est semblable : Tu dois aimer ton prochain comme toi-même." (Mt 22:37-39)
Pourquoi la clé du bonheur est-elle dans un commandement et pas dans une affirmation telle que : "Tu seras heureux le jour où... tu auras ton permis ... tu auras trouvé ton conjoint... etc. ? La clé du bonheur est dans un commandement : "Tu aimeras..." pour vous dire que votre destin est entre vos mains, votre destin, votre bonheur ne dépend pas des autres, mais de vous. Il dépend du moment où l'on commence à faire circuler l'amour autour de soi. Ne faites pas dépendre votre bonheur du premier pas de l'autre, faites vous-mêmes le premier pas !
Vous avez remarqué que la Bible dit qu'aimer Dieu c'est la même chose qu'aimer quelqu'un ! Cela devient clair lorsqu'on pense Dieu comme cette énergie positive, porteuse d'amour, répandue dans l'univers. Aimer Dieu, c'est utiliser cette énergie positive en faveur de quelqu'un.
Il y a là un trésor disponible, c'est ce trésor que Dieu met à disposition de Salomon. C'est ce trésor que Dieu met à votre disposition, pour que vous puissiez trouver le bonheur dans votre vie.
Amen
© 2006, Jean-Marie Thévoz -
Matthieu 18. Le pardon, un fusible dans la chaîne du mal
Matthieu 18
12.9.1999
Le pardon, un fusible dans la chaîne du mal
Ez 33 : 7-9 Rm 13 : 8-10 Mt 18 : 15-20
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Aujourd'hui, j'aimerais vous parler du pardon. S'il est une chose, une action qui caractérise tout le ministère de Jésus, c'est sa capacité de pardonner. C'est aussi ce qui lui a été vivement reproché ! Car le pardon, le fait de pardonner les péchés, avait toujours été une prérogative de Dieu lui-même, de Dieu seul.
Lorsqu'au début de son ministère — devant un parterre de théologiens — Jésus pardonne ses péchés au paralytique (Mt 9:1-7), cela engendre une vive discussion. Jésus marche sur les plates-bandes de Dieu, lui reprochent ses adversaires. L'être humain peut bien pardonner une offense, mais pas un péché.
Jésus va renverser ces subtilités de théologiens, il annonce le pardon de Dieu à tous et affirme la capacité de chacun, de chaque homme, de chaque femme à pardonner, à délier les liens du mal avec un extrême efficacité. En effet, vous l'avez entendu, Jésus affirme que ce que nous délions, pardonnons, sur la terre, sera délié, pardonné, dans le ciel. La portée de notre pardon est illimitée !
Ces paroles de Jésus sur le pardon : "Si ton frère se rend coupable à ton égard, va le trouver..." (Mt 18 : 15) montrent que l'initiative est entre les mains de celui qui a subi du mal, un tort. L'offensé n'a pas à attendre un geste de celui qui l'a blessé, il peut prendre l'initiative. Le but de cette initiative est de gagner un frère, de restaurer la relation.
Examinons un peu le chemin qui va de l'offense au pardon. En réalité, c'est un double chemin, celui que parcourt l'offensé, celui qui a été blessé, et celui que parcourt celui qui a blessé, fait du tort. Au départ, ils sont ensemble au moment où l'un blesse et l'autre est blessé. Comme vous le savez, cela peut se produire de toutes sortes de manières, Tout à coup, le mal est fait, la parole blessante a surgi et fait son oeuvre.
Jésus ne cherche pas à établir des responsabilités, à trouver un coupable. On se rappellera — dans le texte qui vient juste avant le nôtre, celui de la brebis perdue — que la brebis s'est égarée sans qu'on cherche à savoir si c'était la faute de la brebis, du chien ou du berger. Le mal est fait, point. L'un a subi le mal, l'autre a commis le mal, le mal est là.
Vient alors une phase de prise de conscience, phase essentielle autant pour l'un que pour l'autre. Réaliser le mal subi, sa nature, où cela nous touche, nous blesse, est une étape nécessaire à notre guérison. Réaliser le mal qui a été commis et ce qui échappe à celui qui l'a fait. Sur la croix, Jésus réalisait le mal qu'il subissait, mais il a demandé à Dieu : "Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font !" Qui sait vraiment le mal qu'il fait, qu'il commet, toute son étendue ?
On fait rarement le mal volontairement, délibérément, mais plutôt par lâcheté, par peur, pour se défendre ou poussé par des forces internes qu'on ne s'explique pas. Cela n'excuse pas le mal commis, mais cela aide à le comprendre et de là, à le pardonner. Pardonner, c'est renoncer à penser que l'autre est simplement méchant, pour envisager qu'il souffre aussi, qu'il n'est pas si libre qu'il ne le pense, qu'il est peut-être lié par le mal qu'il commet.
Le pardon, c'est la possibilité d'une double libération. Pour l'offensé, c'est lâcher prise de sa colère, lâcher sa position de victime, lâcher sa position de dépendance face à l'agresseur, le quitter, l'abandonner pour redevenir soi.
Pour l'agresseur, c'est le délier de ce mal qu'il a commis, c'est-à-dire cesser de l'enfermer dans son acte pour considérer qu'il y a d'autres forces en lui qui peuvent le faire sortir du cercle du mal. S'il réalise cela, l'agresseur pourra entamer une vie nouvelle, qui passe par la repentance, la réparation et conduit à la réconciliation.
Le mal — comme nous l'apprennent beaucoup d'études savantes, mais aussi la simple actualité du Kosovo — est une chaîne, un enchaînement de mal subi qui conduit à une vengeance qui engendre une violence en retour et qui n'a plus de raison de finir. Le pardon est comme un fusible qui rompt cet enchaînement, cette propagation du mal.
En tant qu'Eglise de Jésus-Christ, — Eglise de celui qui a démasqué ce mécanisme sur la croix et a opposé à cette violence son pardon — en tant que disciples, nous avons à apprendre à pardonner, comme Dieu pardonne.
Encore un mot sur une phrase bizarre de ce texte :
"Si celui qui t'a offensé refuse d'écouter l'Eglise, qu'il soit pour toi comme le païen et le collecteur d'impôts" (Mt 18:17).
Cette phrase a souvent été comprise comme une condamnation de l'offenseur et une invitation à ne plus avoir de contact avec lui. C'est une erreur, car pour Jésus (l'ami des païens et des collecteurs d'impôts, lui reprochait-on, Mt 11:19) cette phrase signifie plutôt : "Qu'il soit pour toi comme pour moi, l'objet de toute ton attention, comme le berger à l'égard de la brebis perdue." Le but de la démarche du pardon est de "gagner un frère", un interlocuteur amical, une personne avec laquelle on peut renouer.
Dieu ne nous demande pas d'être parfaits, irréprochables et purs, il nous demande de nous accepter les uns les autres, tels que nous sommes, en nous pardonnant mutuellement le mal que nous subissons ou commettons.
Amen
© 2006, Jean-Marie Thévoz -
Marc 4. Lorsque la tempête frappe, Jésus est à nos côtés
Marc 4
6.9.1998
Lorsque la tempête frappe, Jésus est à nos côtés
Ps 65 : 2-9 Col 1 : 15-20 Mc 4 : 1-2a + 35-41
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Vous avez entendu le récit dit "de la tempête apaisée". Pendant toute la journée, Jésus s'est tenu là, debout dans une barque, face à la foule rassemblée sur le rivage. Il leur racontait de petites histoires, des paraboles : la parabole du semeur, la parabole de la lampe, la parabole de la semence qui pousse toute seule, la parabole de la graine de moutarde.
Après cette journée d'enseignement et de récits, Jésus se retire avec ses disciples. Et ce soir-là, les disciples se demandent : "Mais qui est cet homme ?" Le récit de la tempête apaisée apporte une certaine réponse à cette question. Pour comprendre cette réponse, abordons le récit par la fin, en remontant le temps.
"Qui est cet homme pour que même le vent et l'eau lui obéissent ?" Les disciples avaient pu penser que Jésus était un bon conteur... ou plus que cela ? Ils pouvaient même penser qu'il était un prophète... parce qu'il parlait bien de Dieu, ou plus que cela ? Avec cet épisode de la tempête, ils peuvent découvrir encore un aspect de l'identité de Jésus.
Cette intervention sur la tempête est là pour nous montrer le lien entre Jésus et Dieu. Dans le Ps 65, on nous montre que la puissance de régner sur les éléments déchaînés et de pouvoir les apaiser est une prérogative de Dieu seul. Si seul Dieu peut apaiser une tempête et que Jésus le fait, alors Jésus a un lien extrêmement étroit avec Dieu.
Pourquoi est-il si nécessaire de montrer que Jésus est en lien étroit avec Dieu ou comme le dit l'apôtre Paul que "Le Christ est l'image visible du Dieu invisible"? Pourquoi est-ce si nécessaire ? Parce que Jésus fait des choses qui ne semblent pas venir de Dieu, ou plus précisément qui ne collent pas avec la représentation habituelle ou intuitive de Dieu.
A un Dieu éloigné des hommes, Jésus oppose un Dieu proche. A un Dieu tout-puissant, mobilisateur des forces de la nature, il oppose un Dieu qui se trouve dans des signes humains, à peine perceptibles. A un Dieu juge qui distribuerait peines et récompenses, Jésus oppose un Dieu qui prend part aux souffrances humaines (Jésus meurt sur la croix). Jésus propose une nouvelle vision du visage de Dieu, ce visage est présent dans ce récit.
Lorsque la tempête frappe — et c'est là une image de nos vies — donc quand nous sommes ballottés par les difficultés et les souffrances de la vie, Jésus n'est pas au sec et en sécurité sur le rivage. Il est là, dans la barque, à nos côtés. Il est là, solidaire et souffrant avec nous.
Certes, on nous le montre qui dort ! Mais on nous le montre aussi se réveillant à l'appel de ses disciples ! Il ne faut pas hésiter à réveiller Jésus lorsqu'on veut l'avoir à notre côté ! Dieu a trop de respect pour nous, pour intervenir lorsque nous ne le souhaitons pas, lorsque nous ne le demandons pas. C'est à nous de le réveiller, de le ressusciter dans nos vies pour l'avoir à nos côtés. Il est là tout proche, prêt à répondre à notre appel.
Les disciples ont réveillé Jésus. Pourtant, dans le bilan final d'après la tempête, Jésus leur reproche un manque de foi. Pourquoi ? C'est très étrange ! Dans la difficulté, ils ont eu recours à Jésus. N'est-ce pas la foi qu'on nous enseigne au catéchisme ? Je crois que la foi n'a pas tellement à faire avec ce que les disciples ont fait ou pas fait, mais à leur façon de voir et penser Dieu. C'est dans la question que les disciples posent à Jésus que se cache un manque de foi : "Maître, nous allons mourir, cela ne te fait-il rien?" (Mc 4:38) Cela t'est-il égal ? Es-tu indifférent à notre sort ?
Penser que Dieu est indifférent au sort des humains, à notre sort personnel (lorsque nous sommes pris dans la tempête), c'est méconnaître l'amour que Dieu a pour chacun de nous, c'est passer à côté du message que Jésus nous répète constamment : Dieu est proche de nous.
Dieu n'est pas indifférent à nos drames (collectifs ou personnels), il vit à nos côtés, il souffre à nos côtés, il est présent à nos côtés pour que nous puissions vivre et espérer.
Dieu est proche, n'hésitons pas à le réveiller pour jouir de sa présence.
Amen
© 2006, Jean-Marie Thévoz -
Luc 7. L'année de faveur du Seigneur
Luc 7
12.10.97
L'année de faveur du Seigneur
Lév. 25 : 8-19 Col. 3 :12-14 Luc 7 : 36-50
Chères paroissiennes, chers paroissiens,
Au début septembre, j'ai commencé une suite de prédications en partant des paroles du prophète Esaïe lues par Jésus lors de sa première prédication à Nazareth :
"L'Esprit du Seigneur est sur moi,
il m'a choisi pour apporter la Bonne Nouvelle aux pauvres.
Il m'a envoyé pour proclamer la délivrance aux prisonniers
et le don de la vue aux aveugles,
pour libérer les opprimés,
pour annoncer l'année où le Seigneur manifestera sa faveur." Luc 4:18-19.
Aujourd'hui, nous sommes arrivés à la dernière phrase : "Annoncer l'année où le Seigneur manifestera sa faveur", une année de grâce, de bienveillance de Dieu envers nous.
Cette année de faveur à une histoire dans l'Ancien Testament. Dans le livre du Lévitique est décrit un système économique très spécial. Un premier cycle de sept ans est introduit, où la septième année, l'année sabbatique est une année de repos pour le sol. Pendant six ans tout le monde travaille, sème et récolte, la septième année est une année de repos. A ce premier cycle se superpose un deuxième cycle de sept fois sept ans, soit 49 années au total. L'année qui suit, soit la 50e est le Jubilé, l'année du Seigneur. Lors de cette 50e année, on rétablit les prersonnes dans leurs biens, dans leurs terres ou dans leur liberté pour celles qui ont été asservies pour n'avoir pas pu payer leurs dettes. Ce système économique présuppose une situation de départ équitable et juste et un monde très stable, au moins démographiquement.
Cet astucieux système économique n'a jamais été mis en place en Israël, mais il témoigne d'une tentative d'orgdonner le monde économique à la volonté divine tout en laissant de la place à la liberté humaine et en tenant compte de certaines réalités :
Ce système laisse une liberté de commerce et d'entreprise aussi grande que possible à tous pendant le cycle de 49 ans. Il ne laisse cependant pas croître les inégalités jusqu'à un point de rupture ou de non retour grâce à l'année du Jubilé qui instaure une redistribution. Enfin il tient compte du fait que la réalité est marquée par la dégradation des relations et des conditions de vie, en l'absence d'une lutte contre l'entropie naturelle ou sociale.
Jésus nous dit : "Aujourd'hui s'accomplit cette parole d'Esaïe : l'année du Seigneur, de la restauration, c'est maintenant." Pourtant Jésus n'est pas venu accomplir une révolution économique, comme il n'est pas venu pour chasser les Romains de Palestine. Il vient restaurer notre être, pas nos avoirs. Jésus est venu remplacer — dans nos modes relationnels — l'économie de marché fondé sur la pénurie, par l'économie du Royaume fondée sur l'abondance. C'était-là la Bonne Nouvelle annoncée aux pauvres.
Le départ équitable qui est donné à tous à la naissance, c'est de vivre dans l'abondance de l'amour. Il existe une légende juive qui dit que Dieu enseigne toute la Torah à chaque bébé dans le ventre de sa mère, de sorte qu'il sache à quel point il est aimé et capable d'amour. A la naissance, cependant, un ange pose son doit sur la bouche du nouveau-né pour qu'il se taise et laisse chacun découvrir par sa présence ce qu'il a déjà appris. La petite gouttière que nous avons entre le nez et la lèvre est la trace du doigt de l'ange.
Chaque enfant naît avec l'amour et le pardon de Dieu dans son coeur, avec une capacité d'aimer à l'infini. Ensuite, malheureusement, la situation se dégrade. Les détresses subies nous aliènent et le mal prend de l'ampleur dans nos vies et limitent nos capacités d'aimer, comme dans le Lévitique. La situation voulue au départ se dégrade. Chacun vit — sans que ce soit la faute de personne — des événements pénibles, tristes, frustrants, parce que la vie est dure, la société injuste et qu'il est impossible d'obtenir tout ce que nos désirs souhaitent.
Comme le pharisien ou comme la femme au parfum, nous sommes poussés, renfermés dans des rôles, des fonctions. Nous accumulons des dettes sous forme de culpabilités et perdons nos libertés, en façonnant nos stratégies relationnelles.
Jésus vient nous libérer de nos propres enfermements, de nos dettes, de nos culpabilités, detout ce qui nous paralyse. C'est ainsi que se réalise la parole d'Esaïe : "Dieu libère les captifs et renvoie en liberté les opprimés". Jésus vient nous délivrer du péché.
Voilà, le mot est lâché : le péché. C'est Jésus qui le prononce lorsqu'il dit à la femme "Tes péchés sont pardonnés". Le péché, c'est l'ensemble des choses qui dégradent la situation de départ pendant les 49 ans du cycle du Lévitique, jusqu'à ce que Dieu rétablisse la justice et l'équité pendant la 50e année.
Jésus ne parle du péché que lorsqu'il parle du pardon, lorsqu'il libère (la femme adultère) ou qu'il compatit et guérit (le paralytique). Pour Jésus, le péché originel n'existe pas. La seule chose qui existe pour Jésus, c'est le pardon originel.
Constamment, Jösus veut nous guérir de notre aveuglement qui nous fait voir le péché seulement comme les actes mauvias, les fautes, le mal que nous commettons et qui conduit à être jugé et à juger les autres, à être accusé et à accuser (à être lapidé ou à lapider Jean 8). Il veut nous redonner la vue sur la détresse, sur la souffrance ressentie, sur la dégradation des relations pour que nous puissions ressentir et compatir, "nous réjouir avec ceux qui se réjouissent, pleurer avec ceux qui pleurent".
L'année de faveur du Seigneur que Jésus réalise, c'est le retour à l'état de personne pardonnée, aimée. Dieu nous offre aujourd'hui d'être restaurés dans cet état premier par le pardon, ce pardon qui permet d'aimer et d'agir comme la femme au parfum. Jésus déclare à Simon, le pharisien qui se croit juste : "Je te le déclare : le grand amour que cette femme a manifesté, poruve que ses nombreux péchés ont été pardonnés." (Luc 7:47)
Les nombreux péchés de cette femme proviennent des nombreuses occasions de souffrir, d'être méprisée, d'être discriminée qu'elle a pu vivre. Le péché n'est pas souvent un acte délibéré, un délit prémédité, organisé et commis de sang froid. Plus souvent, c'est une simple réaction, réaction de défense par laquelle on tente de survivre, ou une réaction dans le sens d'une répétition, répétition du mal que nous avons subi, à la façon dont ces personnes qui ont été battues dans leur enfance, se mettent également à battre leur conjoint ou leurs enfants. Comment pourraient-elles agir différemment si elle n'ont jamais vécu dans un autre système relationnel, si elles n'ont jamais eu l'occasion d'expérimenter d'autres façons d'entrer en relation avec les autres, qu'elles ne connaissent pas d'autres règles du jeu ?
Avec l'année de faveur du Seigneur, Jésus nous offre lacompréhension pour tout ce que nous avons éprouvé et subi. En pardonnant, il prononce la parole libératrice que la femme au parfum attend : tu n'a rien fait de mal, tu es innocente, je te déclare non coupable et te restaure dans ta dignité première. Comme Jésus a dit à la femme : "Ta foi t'a sauvée, va en paix", il nous dit à nous aussi aujourd'hui : "Ta foi t'a sauvée, va en paix".
Amen.
Fait partie de la suite Prédication de Jésus à Nazareth : Luc 4 / Esaïe 58 / Luc 10 / Luc 7.
© 2006, Jean-Marie Thévoz