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  • Ruth 2. La bénédiction est le signe de la présence de Dieu

    Ruth 2
    13.8.2006
    La bénédiction est le signe de la présence de Dieu
    Dt 24 : 19-22 Rt 2 : 1-13 Rt 2 : 14-23

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Nous continuons notre exploration du livre de Ruth, l'histoire de cette veuve Moabite, donc étrangère à Israël, qui s'attache à sa belle-mère Noémi et la raccompagne à Bethléem. Une fois réinstallées, elles doivent vivre, subvenir à leurs besoins. C'est pourquoi Ruth s'en va glaner dans les champs, puisque c'est le temps de la moisson.
    Glaner, c'est chercher les épis que les ramasseurs qui suivent les moissonneurs oublient ou perdent dans les champs. C'est récolter les miettes qui tombent de la table des riches. La Loi de Moïse que nous avons entendue dans le Deutéronome, essaie de donner un peu plus de chance aux glaneuses : elle interdit aux propriétaires ou aux moissonneurs de passer deux fois dans leurs champs. Mais le résultat du travail des glaneuses restera toujours précaire et aléatoire.
    Les glaneuses dépendent du bon vouloir du propriétaire. Et là — ce que le récit nous montre— c'est que Booz est un propriétaire généreux. Booz accueille Ruth, il la protège en avertissant ses ouvriers pour qu'ils ne l'importunent pas. Il l'invite à partager son repas. Il la favorise même discrètement en demandant à ses ouvriers de laisser exprès des épis par terre !
    Lorsque Ruth revient à la maison et raconte sa journée, Noémi réagit tout de suite en s'exclamant : "Que Dieu bénisse celui qui a été bon pour toi" (Rt 2:19). Le bien que Booz fait transforme la vie de ces deux femmes. A leur tour elles souhaitent du bien à leur bienfaiteur et ainsi la bénédiction circule des uns aux autres.
    C'est une des caractéristiques de ce livre de Ruth : la bénédiction, le bien, va en s'amplifiant en circulant d'une personne à une autre. Cette amplification du bien, de la bénédiction, est le signe de la présence de Dieu dans ce récit. Une présence discrète, silencieuse, mais constante. Elle n'a rien de spectaculaire, puisqu'elle passe par des gestes tout humains, mais elle est là et rend la vie plus facile, plus légère.
    Booz fait du bien, pour le plaisir de faire du bien, pour enrichir le monde de bonté. Booz n'a aucune arrière-pensée, il ne calcule pas, il ne poursuit pas de but. Nous qui connaissons la suite de l'histoire pourrions penser que Booz agit ainsi en vue de son mariage avec Ruth. Mais ce n'est pas ce qui se passe. Le texte montre bien — dans le 3e chapitre — que c'est Ruth qui prend toutes les initiatives.
    Booz fait le bien pour le bien, car il a compris le fonctionnement de la bénédiction (il n'est pas agriculteur pour rien !) : on récolte ce qu'on sème. C'est ainsi dans la vie, l'amour donné gratuitement revient sous de nouvelles formes, souvent inattendues. Il ne grandit que lorsqu'il circule sans arrière-pensées ou calculs. C'est ainsi que Noémi reconnaissante demande à Dieu de bénir Booz en retour.
    Le thème de la bénédiction divine est un thème qui parcours toute la Bible, même si souvent nous la négligeons. J'ai souvent entendu, dans mes visites de classes, des enfants demander : "Mais pourquoi Dieu n'agit-il plus aujourd'hui comme au temps de Moïse, lorsqu'il a ouvert la mer ?"
    C'est vrai que de nos jours, nous n'arrivons plus à voir Dieu intervenir visiblement dans le cours de l'Histoire. Mais quand nous disons cela, nous négligeons au moins la moitié de la Bible, Ancien Testament compris. Bien sûr, il y a, dans le Pentateuque, le noyau important de la sortie d'Egypte où Dieu intervient par des événements extraordinaires. Mais la Bible affirme aussi, avec insistance et longuement, que Dieu agit dans la vie des humains au travers de ses actes de bénédiction.
    Tout le livre de la Genèse, depuis Noé jusqu'à Joseph, en passant par Abraham, Isaac et Jacob, nous montre comment Dieu bénit l'humanité au travers des naissances et des liens de filiations. A travers les généalogies, la vie continue, la vie renaît, recommence. Et chaque naissance est un renouveau et une bénédiction, un avenir ouvert ! La suite des générations est une bénédiction divine.
    Et puis le livre du Deutéronome qui clôt le Pentateuque met, lui, l'accent sur la bénédiction que constitue le don d'une terre, d'un pays où coulent le lait et le miel. La production de la terre, le produit du travail des humains, sont vus comme une bénédiction divine.
    Et c'est bien ainsi que le conçoit Booz. Il reçoit tout comme venant de la main de Dieu. Ensuite il est plus facile de donner, d'être généreux, si l'on considère que tout ce que l'on possède ou tout ce que l'on acquiert nous a été donné comme une bénédiction.
    Dans le récit, Booz devient la figure de la Providence divine, celui qui accueille, celui qui invite à partager son repas, celui qui protège, celui qui favorise en nous donnant l'occasion de recevoir.
    Qu'est-ce qui nous empêche de voir dans nos vies la présence de cette bénédiction continue de Dieu ? Qu'est-ce qui nous empêche de la reconnaître dans ce qui nous arrive ? Qu'est-ce qui nous empêche de la recevoir et de la communiquer autour de nous ?
    Nous voyons bien que le monde et plutôt engagé sur le chemin de la vengeance et dans la spirale de la violence. Le livre de Ruth nous apprend que la spirale du bien est aussi une option. Que jour après jour Dieu place quelques épis de bonheur que nous pouvons glaner dans le champ de notre existence, si nous nous faisons assez humbles pour partir glaner plutôt que d'attendre ce qui nous revient de droit !
    Engageons-nous dans le cycle, la spirale de la bénédiction pour semer le bonheur et la joie autour de nous et il y aura toujours quelqu'un pour dire "Que Dieu bénisse celui qui a été bon pour toi !"
    Amen
    © 2006, Jean-Marie Thévoz

    Fait partie de la suite : Ruth 1 / Ruth 2 / Ruth 4 (il n'y a pas de Ruth 3)

  • Ruth 1. Après le deuil, le bonheur est-il possible ?

    Ruth 1
    6.8.2006
    Après le deuil, le bonheur est-il possible ?
    Rt 1 : 1-22

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Pour ces prochains dimanches du mois d'août, j'ai choisi de vous parler de l'histoire de Ruth la Moabite. On a l'habitude de l'entendre comme une jolie histoire d'amour champêtre où la jeune et jolie Ruth s'éprend de (ou séduit) Booz, le riche propriétaire… et tout cela finit par un beau mariage.
    Cette lecture — façon Collection Arlequin — risque cependant de nous faire perdre les aspects plus piquants, voire choquants, et plus dramatiques de l'histoire. Cette lecture romantique risque aussi de nous faire passer à côté des vraies leçons de vie du récit, et même de ses implications politiques. Je ferai donc trois lectures de ce récit : aujourd'hui une lecture plutôt psychologique, dimanche prochain une lecture théologique et finalement le dimanche 27 août, une lecture politique.
    L'histoire de Ruth est une belle histoire, puisqu'elle finit bien. Ruth se marie avec l'homme qu'elle a choisi, elle enfante un fils, ce qui l'inscrit dans la lignée généalogique d'où sortira le roi David et le Christ. Voilà un destin merveilleux qui semble sortir tout droit d'un conte de fée.
    Ce qui différencie ce récit du conte de fée cependant, c'est que ce bonheur s'est construit dans la douleur. Il n'y a pas de princesse, il a une veuve, Ruth — belle-fille d'une autre veuve — qui arrive comme étrangère dans un pays qu'elle ne connaît pas. Il n'y a pas de prince charmant, il y a deux hommes qui ont des droits sur Ruth et qui peuvent l'acheter sans qu'elle ait son mot à dire. Il n'y a pas de château, il y a la pauvreté qui oblige Ruth à aller glaner dans les champs, ramasser les restes négligeables abandonnés derrière les moissonneurs, moissonneurs qui ne manqueront pas de l'importuner, voire de la violenter si elle n'a pas de protecteur.
    Comment donc, à partir de cette situation de départ, veuvage, dépendance, pauvreté, vulnérabilité, cette histoire peut-elle déboucher sur le bonheur ?
    C'est justement à cause de cela, à cause de cette distance franchie entre le malheur et le bonheur que ce texte est un récit si attachant. Il pose en effet crûment la question : le bonheur est-il possible ? Et il répond oui, mais il ne le fait pas par des artifices merveilleux ou une atténuation de la dureté de la réalité.
    Le récit part de situations réelles, fréquentes, banales. Le récit part de la réalité la plus pénible pour l'être humain : le deuil. Le récit ne nous présente donc pas un bonheur construit sur du bonheur, mais un bonheur qui sort, qui s'extirpe du malheur. Quand le malheur frappe, la route du bonheur n'est pas fermée ! Contrairement à ce qu'on croit d'habitude.
    Comment voit-on cela dans le récit ? Nous sommes en présence de trois femmes, toutes veuves. Trois femmes blessées dans leur chair, dans leur relation conjugale. Trois femmes et trois chemins différents.
    D'abord Noémi, partie avec son mari et ses deux fils pour fuir la famine et chercher un nouvel horizon, une nouvelle vie. Le pays qui devait leur apporter la prospérité se révèle le pays du deuil. Noémi perd son mari. Ses fils se marient, mais décèdent à leur tour. Noémi le dira elle-même : "Je suis partie les mains pleines et je reviens les mains vides" (Rt 1:16-17).
    Elle quitte Moab et retourne dans son pays, retour au point de départ, retour vers ses racines, mais aussi pour elle retour en arrière. Elle voit sa situation comme pire qu'auparavant. On peut ajouter qu'elle ne voit que le négatif, elle ne remarque pas ce qu'elle a ou ce qu'elle a en plus : elle est à nouveau sur sa terre, dans son peuple; elle a gagné une belle-fille, Ruth.
    L'écueil au bonheur que nous présente le caractère de Noémi, c'est de ne pas regarder tout le champ de la réalité, c'est de ne pas compter — à cause de sa souffrance — la partie positive de la réalité qui existe à côté de ses malheurs et de sa souffrance. Certes, le positif n'annule pas le négatif, mais il est là comme un terreau, une plate-forme où un nouveau bonheur peut prendre racine.
    Ensuite, il y a Orpa, la première belle-fille de Noémi. Elle vit aussi le deuil de son mari, le fils de Noémi. Elle pense accompagner Noémi dans son retour en Israël, mais ne le fait pas, finalement. Elle est tentée par une nouvelle vie, ailleurs que dans le lieu de son malheur, mais elle renonce. Elle a sûrement de bonnes raisons. En restant sur sa terre, elle évite le statut d'étrangère qu'elle aurait en Israël. Elle évite de perdre son statut de femme libre (en terre de Moab, la société était matriarcale ! v.8 "rentrez chez votre mère" dit Noémi). Ainsi donc Orpa renonce au changement et préfère rester sur la terre de son deuil.
    Cela me fait penser à la phrase de Max Frisch : "Quand on a plus peur du changement que du malheur, comment éviter le malheur ?"
    Ruth, elle, va choisir le chemin du changement. elle veut quitter la terre du malheur. Elle préfère partir vers l'inconnu que rester dans le malheur. Elle prend des risques, ceux que sa belle-sœur n'a pas voulu affronter : être étrangère, perdre ses droits de femme libre. Elle fait le choix du départ et le choix de l'attachement. Ce départ n'est pas une fuite loin du malheur, c'est un acte de foi en la vie, en l'attachement à Noémi et à son Dieu. Avec eux elle peut affronter l'inconnu et la nouveauté.
    Cette audace — « je change de pays, je change de parenté, je change de Dieu » — est bien ce qui caractérise Ruth. Elle n'est pas une jeune fille naïve qui se laisse aller aux hasards de la vie. C'est ce qu'on voit dans les chapitres suivants. Dans l'espace minuscule que lui laissent les contraintes sociales de son temps, elle prend sa vie en main (Rt 2:2), elle donne de petites impulsions pour faire basculer son destin dans les bras de l'homme qu'elle choisi (Rt 3:9).
    Le bonheur de Ruth n'est pas construit sur des circonstances favorables et l'absence d'épreuves ou de malheurs. C'est au travers de sa confiance dans la vie — marquée par son attachement à Noémi et à Dieu — qu'elle arrive à voir les situations favorables et ainsi petit à petit faire basculer son destin.
    Nous verrons dimanche prochain comment cette confiance en la vie, en la générosité de la vie, est confessée comme un don de Dieu dans le livre de Ruth.

    ...suite demain dans Ruth 2

    © 2006, Jean-Marie Thévoz

    Fait partie de la suite : Ruth 1 / Ruth 2 / Ruth 4 (il n'y a pas de Ruth 3)

  • 9.7.06 / Marc 2. Le pardon libère une telle énergie que le paralytique peut s'en aller debout.

    Marc 2
    9.7.2006
    Le pardon libère une telle énergie que le paralytique peut s'en aller debout.
    Michée 7 : 7-8 + 18-20 Mc 2 : 1-12

    Chères paroissiennes, chers paroissiens,
    Il n'est pas facile dans notre monde moderne de parler des miracles de Jésus, des guérisons de Jésus. Cela ne paraît pas compatible avec les raisonnements scientifiques, la pensée rationnelle, etc. Le miracle n'existe que dans l'Antiquité ou dans les esprits crédules, pense-t-on.
    C'est mettre — je crois — trop d'importance sur l'aspect matériel du miracle. Les miracles de Jésus sont avant tout des signes, qui signalent autre chose, qui attirent l'attention sur une autre réalité. Jésus n'utilise pas le miracle pour son aspect merveilleux. Il l'utilise comme une parabole, en marge de son message, pour montrer que son message s'inscrit bien dans la réalité, dans la vie.
    La parole fait bouger la réalité, la transforme. Il y a des paroles efficaces, "performatives" en langage technique, qui changent la réalité. Lorsque je vous demande de vous lever pour chanter, vous vous levez; lorsqu'un président de Conseil communal dit "le vote est terminé" personne ne peut plus voter après cela, etc.
    Dans le récit qui nous occupe, le miracle est marginal, il vient simplement confirmer que la parole de Jésus sur le pardon est efficace : ce qui est pardonné est vraiment pardonné. Alors, nous pouvons laisser de côté l'obstacle que représente le miracle pour comprendre vraiment le message de ce récit.
    Ce récit parle d'abord de la foi et c'est ce que Jésus voit en premier : "Jésus vit la foi de ces hommes." C'est la foi des personnes qui accompagnent le paralytique. D'abord la foi qu'il se passera quelque chose de bon pour l'homme paralysé s'il pouvait approcher de Jésus, le rencontrer, le toucher. On ne nous dit pas ce que ces gens espéraient, mais ils sont prêts à affronter tous les obstacles.
    Toute la foule est là pour voir et entendre Jésus et bloque tous les accès. Cela fait penser à l'interdiction pour les infirmes et les grands malades d'entrer dans le Temple de Jérusalem. Alors, là aussi le paralysé est interdit d'accès vers Jésus ? Qu'à cela ne tienne, les hommes trouvent un autre accès, ils passent par le toit. Il ne faut pas hésiter dans sa quête vers Dieu à utiliser tous les chemins possibles !
    Lorsque le paralysé est enfin devant Jésus, Jésus voit la foi de ses porteurs. Oui, il est des situations où c'est la foi de la communauté qui fait le travail pour amener quelqu'un devant Jésus. On peut être bloqué, paralysé dans sa vie et accepter l'aide des autres pour avancer, pour franchir des obstacles, pour accéder à Jésus.
    Jusque-là, le paralysé n'a rien dit, n'a rien demandé, n'a rien fait, mais Jésus intervient en déclarant (dans la formule traditionnelle) : "Tes péchés sont pardonnés" (Mc 2:5).
    Là nous risquons d'être piégés par les ornières de la tradition et penser : les péchés sont des fautes, s'il est paralysé, c'est que ce sont des fautes terribles et l'on se met à lier faute et maladie. Non, ce que la Bible appelle le péché, c'est tout ce qui nous coupe de la relation avec Dieu ou avec les autres. Et ce qui nous coupe de cette relation, ce ne sont pas automatiquement des fautes commises.
    On se coupe aussi des autres parce qu'on a le sentiment d'avoir été traité injustement ou bien parce qu'on a subi du mal ou des abus. On peut se couper de Dieu parce qu'on pense que le malheur qui nous arrive vient de lui. Combien un infirme peut-il en vouloir au ciel, s'il pense que Dieu a décidé de son handicap ? Le mal que l'on a subi nous coupe souvent des autres ou de Dieu et alors l'amour réparateur ne peut plus circuler. On vit avec des boulets aux pieds, avec de la colère ou une tristesse insurmontable.
    Ce que Jésus dit à l'homme paralysé, c'est : "Tous tes boulets, tous tes fardeaux, je les écarte de ton être, ils ne viendront plus encombrer ta vie, paralyser ton existence."
    Est-ce que chacun d'entre nous peut entendre que Jésus s'adresse à lui aujourd'hui ? "Je suis venu te décharger de ta hotte de souci, de rancune, de tristesse, de jalousie, d'insatisfaction. Tous les boulets que tu traînes depuis si longtemps sont écartés, supprimés. Toute l'énergie que tu mettais à les traîner derrière toi, tu peux maintenant la mettre à vivre, à avancer, à te réjouir de ta vie avec les autres."
    Ne pensez-vous pas qu'après cela celui qui était paralysé se trouve transformé, revitalisé ? Le miracle est dans le pardon, dans cette énergie libérée pour la vie. Que le paralysé puisse se lever, prendre sa natte et marcher n'est que la suite logique de cette énergie libérée après avoir été bloquée pendant des années.
    Le pardon que l'on reçoit, comme le pardon que l'on accorde, a un pouvoir énorme de libération et de remise en route, voilà ce que nous dit ce récit.
    Que notre vie soit paralysée par des fautes que nous n'arrivons pas à nous pardonner, ou par des malheurs qui nous sont arrivés et qui creusent en nous les sentiments d'injustice, de révolte ou de tristesse sans fonds, il est possible d'accéder à Jésus et d'être déliés de ces fardeaux.
    Peut-être devrons-nous demander de l'aide à quelques-uns pour nous frayer un chemin jusqu'à la guérison de notre être, peut-être faudra-t-il trouver des chemins inédits et passer par le toit, mais dans tous les cas, Jésus attend de remarquer notre foi, notre espoir d'être relevés.
    Il y a pour chacun et chacune une promesse de vie, d'une vie à parcourir debout avec une énergie libérée.
    Amen

    © 2006, Jean-Marie Thévoz

  • 1 Rois 3. Croire vraiment en la générosité de Dieu

    1 Rois 3
    18.6.2006
    Croire vraiment en la générosité de Dieu
    1 R 3 : 5-14 Jn 13 : 12-17

    Chères paroissiennes, chers paroissiens, chères familles des nouveaux baptisés,
    Vous venez de confier ces enfants à Dieu dans le baptême. Vos enfants et vous-mêmes, au travers de vos engagements, vous entrez dans une relation nouvelle ou renouvelée avec Dieu. Chacun d'entre vous qui êtes venus dans cette église ce matin, vous entrez dans la relation avec Dieu. La relation est un dialogue, un échange où chacun peut demander quelque chose à l'autre. En effet, nous venons pour demander des choses à Dieu, puisque nous venons prier : nous souhaitons que Dieu nous aide dans nos difficultés, nous apporte du soulagement ou de la consolation, nous apporte de la joie ou du répit.
    Alors qu'est-ce que Dieu va nous demander en retour ? Dieu ! me demander quelque chose ! Peut-être que l'appréhension monte ? Oui, bien sûr, dans ce dialogue, Dieu nous demande quelque chose, il attend de nous une réponse. C'est ce qui s'est passé lorsque Salomon est entré en dialogue avec Dieu au sanctuaire de Gabaon.
    Dieu est apparu à Salomon dans un rêve et lui a demandé :

    "— Que pourrais-je te donner ? Demande-le-moi." (1 R 3:5)
    Observez bien la délicatesse de la demande ! Dieu — qu'on imagine tout savoir — ne vient pas dire à Salomon : « Je sais ce dont tu as besoin et je vais te le donner. » Non, Dieu ne veut rien imposer, il demande vraiment ce que désire Salomon. Dieu respecte la liberté de Salomon. Dieu ne fait pas le bien des gens contre leur volonté. Dieu nous demande de poser les objectifs de notre vie et de demander ce dont nous avons besoin pour les atteindre.
    Avant de dire ce qu'il désire, Salomon dit à quel point il est reconnaissant envers la générosité de Dieu, pour son père David et pour lui-même. Ensuite, il reconnaît qu'il a reçu son titre de roi, c'est un don qu'il a reçu et qui ne dépend pas de ses mérites, de ses actions, il est simplement le fils du roi précédent. Enfin, il reconnaît ses propres limites : il est jeune et sans expérience, il a besoin de recevoir une intelligence, une sagesse pour accomplir sa mission. Aussi demande-t-il "un cœur plein de sagesse" pour conduire son peuple et pour discerner le bien du mal.
    Avec le recul, on pourrait dire que cette demande est déjà pleine de sagesse et d'intelligence. Cette demande plaît à Dieu. Non seulement Dieu va lui accorder ce qu'il demande, mais en plus il va lui donner ce que Salomon avait renoncé à demander : une longue vie, la richesse et les victoires.
    Cela vaut la peine de se lancer dans le dialogue avec Dieu et de prendre le risque d'écouter ce qu'il nous demande et de lui répondre !
    Le Dieu de la Bible, le Dieu de Jésus-Christ est un Dieu généreux et bienveillant : après le don de la vie, il veut encore nous combler comme Salomon. Peut-on croire que Dieu nous fait, à chacun, la même demande, la même offre qu'il a faite à Salomon ?
    Bien peu de monde y croit ! On a tellement l'habitude d'entendre dire "Dieu est généreux, Dieu est bienveillant, Dieu est amour" que, paradoxalement, cela ne nous touche plus, cela ne nous atteint plus, nous n'y croyons pas.
    Il faut que cela soit reformulé différemment, et surtout hors Eglise, pour que les gens l'entendent : "La vie est généreuse"; "Rien n'arrive par hasard"; Chacun a son ange gardien, apprends à le connaître et il te guidera…"; "Crois en ton destin, demande ce que tu veux à la vie et cela te sera donné."
    Le point commun de toutes ces affirmations, c'est d'ouvrir notre esprit à une présence mystérieuse; c'est de faire de la place pour un être bienveillant au-dessus de nous; c'est de recevoir les événements de la vie comme des dons, des cadeaux; c'est d'avoir conscience de sa petitesse, de ses limites et que cette conscience devient une force; c'est d'avoir conscience qu'il existe une sagesse qui vient du fond des âges et peut nous guider.
    Eh bien, ici — dans l'Eglise — nous donnons au destin, à la force de vie, à la présence mystérieuse, le nom de "Dieu" ou celui de "Jésus-Christ." Jésus-Christ était un "maître" comme il le dit à ses disciples après le lavement des pieds, mais il n'est pas venu comme un tyran, mais comme un serviteur. Au service de la vie, au service de la relation, de l'amour.
    Jésus nous offre la même sagesse que celle qu'il a donnée à Salomon. Cette sagesse est là dans les paroles de Jésus qui se trouvent dans la Bible, un véritable mode d'emploi de la vie et du bonheur, si seulement nous voulions nous en inspirer !
    Dieu ne nous offre pas seulement la vie à la naissance, il nous offre la possibilité du bonheur, quelles que soient les circonstances de l'existence. Il n'offre pas le bonheur aux seuls gens heureux, cela n'aurait pas de sens.

    "Je suis venu chercher et sauver ce qui était perdu" dit Jésus (Luc 19:10).
    C'est à chacun de nous — dans la situation que nous vivons — que Dieu adresse la même demande qu'à Salomon : "— Que pourrais-je te donner ? Demande-le-moi."
    Oserons-nous dire à Dieu nos désirs secrets et accepter la générosité de sa main ? Avons-nous assez confiance en lui ?
    Amen

    © 2006, Jean-Marie Thévoz, Suisse, Bussigny.

  • 11.6.2006 / Matthieu 7, Le chemin du bonheur est étroit parce qu'il se faufile dans le "juste maintenant"

    Matthieu 7
    11.6.2006
    Le chemin du bonheur est étroit parce qu'il se faufile dans le "juste maintenant"
    1 Rois 17 : 5-16 Mt 7 : 7-14

    Chères paroissiennes, chers paroissiens, chers membres de l'Abbaye,
    J'ai retrouvé récemment deux livres amusants, mais plein de sagesse. L'un s'intitule : « Comment réussir à échouer » et l'autre : « Faites vous-même votre malheur »*. Je crois que ces deux livres sont de parfaites illustrations de la parole de Jésus :

    "Entrez par la porte étroite ! Car large est la porte, facile est le chemin qui mènent à la ruine, et nombreux sont ceux qui les utilisent. Mais étroite est la porte, difficile est le chemin qui mènent à la vie, et peu nombreux sont ceux qui les trouvent." (Mt 7:13-14).
    Larges sont les boulevards pour échouer, pour pourrir sa vie, pour faire son propre malheur. Mais combien plus difficile est-il de créer du bonheur, de vivre heureux. Pourtant le bonheur est quelque chose à quoi nous aspirons tous, c'est une quête fondamentale de l'être humain. C'est même sûrement ce qui nous différence le plus de l'animal, cette capacité d'organiser sa vie, de prévoir (ou choisir) ses actions, en vue d'un but et la conscience de réussir ou d'échouer.
    Lorsque les évangélistes Matthieu ou Luc rapportent cette parole de Jésus, cette injonction : "Entrez par la porte étroite…" ce n'est donc pas une brimade. Bien sûr, on ne peut pas passer sous silence les quelques siècles où cette parole a été interprêtée comme un appel au renoncement et à la condamnation de bien des plaisirs terrestres, dénoncés comme lieux de tentations… Mais je ne crois pas que ce soit le sens que Jésus voulait y mettre.
    Jésus prononce cette phrase comme une véritable invitation au bonheur. Mais il est conscient qu'il est plus facile d'échouer et de faire son propre malheur que de trouver le bonheur, d'où cette mise en garde : "Large est le chemin qui mène au malheur, étroit est le chemin qui mène à la vie, à la vie en plénitude."
    Nous aspirons tous au bonheur, mais nous sommes maladroits à le recevoir et nous sommes prompt à le voir là où il n'est pas, à nous laisser tromper par des miroirs aux alouettes. On nous propose effectivement plusieurs modèles sociaux du bonheur. Les plus anciens (santé, amour et fortune) contiennent un peu plus qu'une apparence de bonheur — ils sont des ingrédients qui rendent la vie plus facile — mais ne sont pas encore en eux-mêmes le bonheur.
    Bien sûr, il vaut mieux être riche et bien portant que pauvre et malade… dit la sagesse populaire : on s'en serait bien douté. Mais n'y a-t-il aucun espoir de bonheur pour ceux qui ne correspondent pas à ces critères prescrits ? Celui qui perd son travail, son conjoint ou la santé, n'a-t-il plus aucune chance d'être heureux ? Eh bien l'Evangile nous dit que le bonheur peut survenir dans toutes les situations de vie, mais sans sous-estimer l'effort et l'énergie que cela demande.
    J'ai parlé des modèles anciens (santé, amour et fortune), il y en a de plus récents, érigés par notre société médiatique qui sont : la consommation, la célébrité et l'évasion. Pas besoin de longues explications pour voir à quel point ces idéaux sont fragiles, illusoires et éphémères.
    Mais j'aimerais revenir sur le problème de la précarité qui semble être le plus grand obstacle d'aujourd'hui au bonheur. Comment trouver un bonheur durable dans une société qui rend précaire aussi bien l'unité du couple que la durée d'un contrat de travail ?
    C'est là que j'aimerais prendre l'exemple de la Veuve de Sarepta à qui Elie demande à manger. Elle et son fils sont dans une précarité totale : demain, ils n'auront plus rien. Pourtant, le lendemain et les jours suivants, la farine et l'huile ne sont pas épuisées, elles se renouvellent. Evidemment, c'est un miracle et comme événement impossible, cela me dérange : c'est trop facile de s'en sortir comme ça ! Tout arranger par un miracle, c'est du chiqué, nous savons que cela ne se passe pas comme ça dans la vie ordinaire.
    Alors que faut-il comprendre de ce récit ? Deux choses. Si c'est impossible matériellement, qu'en penser ? D'abord, prenons au sérieux que c'est impossible matériellement. Prenons acte qu'il est impossible de nous satisfaire matériellement. Il y aura toujours une voiture plus puissante que la mienne, un ordinateur plus rapide que celui que je viens d'acheter, une nourriture plus fine que celle de ma table, des vacances plus belles que mes dernières. Et nous n'aurons pas tout ça ! Si nous attendons un bonheur matériel, il sera toujours quelques pas devant nous et nous pourrons courir derrière pendant toute notre vie sans jamais le rattraper. Allons-nous créer notre propre malheur en gémissant toute notre vie sur ce fait ? A nous de choisir…
    Deuxième chose, si nous prenons le récit à un autre niveau, il illustre que chaque jour est un jour nouveau qui apporte son lot de possibilités. Chaque jour, le "pot de la vie" est réapprovisionné, en chance de bonheur, de vraie vie. Le destin, la vie, ou Dieu, nous sert chaque jour un nouveau pot avec de la farine et de l'huile pour nourrir notre bonheur. Savons-nous saisir cette chance ?
    Enfin, le piège final — qui récapitule les autres — et que nous créons nous-mêmes, c'est de croire que le bonheur est toujours ailleurs ou pour plus tard. Il est avec le nouveau produit, le nouvel objet; avec un autre travail ou un autre patron; avec un autre conjoint; lorsqu'il fera beau temps; après ce culte; après les vacances; quand j'aurais enfin du temps; demain, après-demain, mañaña, etc…
    Large est le chemin, l'éventail des possibilités où le bonheur pourrait venir, si… Avec cela nous faisons notre malheur, parce que tout cela est en dehors de nous, hors de notre maîtrise.
    Le chemin du bonheur est étroit, parce qu'il se faufile dans le "juste maintenant", dans l'instant présent que je vis ! Juste maintenant — que puis-je apporter à ma vie? Dans l'instant, que puis-je recevoir, trouver, comment puis-je entrouvrir la porte au bonheur ?
    La promesse divine, c'est que chaque jour est le lieu et le moment de l'ouverture au bonheur, chaque jour apporte sa farine et son huile. Chaque jour : demandez la touche de bonheur et vous la recevrez, cherchez le bonheur et vous le trouverez.
    Large est le temps de passer à côté du bonheur: il y a tout le passé à regretter et tout l'avenir à espérer ou à craindre. Etroit est le temps du bonheur puisque ce n'est que dans le "juste maintenant" et pourtant c'est le moment que nous ne cessons de vivre, tout le temps. Personne n'est privé du moment présent, quelles que soient les circonstances de la vie. Ce moment présent est donné à tous, constamment et c'est là que se trouve le moment du bonheur, juste maintenant… et maintenant… et maintenant… et lorsque je trinquerai avec mon voisin de table; le bonheur d'un vrai regard échangé, de personne à personne.
    Oui, pétrissons la galette de vie de ce moment-là, juste maintenant.
    Amen


    *Paul Watzlawick, Comment réussir à échouer, Paris, Seuil, 1984.
    Paul Watzlawick, Faites vous-même votre malheur, Paris, Seuil, 1988.


    © 2006, Jean-Marie Thévoz, Suisse, Bussigny.

  • 14.5.2006 / Luc 2. La double paternité de Jésus est révélatrice de toute la condition humaine

    Luc 2
    14.5.2006
    La double paternité de Jésus est révélatrice de toute la condition humaine
    Mc 10 : 13-16 / Luc 2 : 41-51

    Chères paroissiennes, chers paroissiens, Chers Amis,
    Cette semaine, j'étais en visite dans une classe de 2e année (avec des enfants d'environ 8 ans). Je répondais à leurs questions sur le programme d'histoire biblique, sur Dieu, sur Jésus, etc… Et voilà qu'une fille me pose la question : "Mais qui est le père de Jésus ?" On sent en même temps la curiosité et le doute sous-jacent. Elle a entendu différentes choses qui — toutes mises ensemble — ne donnent pas une réponse claire.
    Et si la scène se passait au temps de Jésus ? On imagine assez bien les disciples empêcher les enfants d'approcher Jésus pour qu'ils ne posent pas de questions aussi embarrassantes. "Dis, Jésus, c'est qui ton papa ?"
    Cette enfant avait senti qu'il se pose-là une question importante, essentielle, explosive ! Cette question est posée à propos de Jésus déjà dans les Evangiles. Elle et soulevée par Luc dans l'épisode de Jésus au Temple. Marie et Joseph cherchent Jésus. Lorsqu'ils le trouvent, Marie dit : "Ton père et moi nous étions très inquiets" (Lc 2:48) et voici que Jésus répond : "Il fallait que je sois dans la maison de mon Père." (Lc 2:49).
    Jésus se présente bien comme ayant deux pères, Joseph et Dieu ! Mais si cette question est posée à propos de Jésus, elle nous concerne tous, même sans remettre en rien la question de notre filiation biologique. Quelle est notre origine ? D'où vient la vie qui nous habite ? Qui nous met vraiment au monde ? De qui voulons-nous recevoir / porter / transmettre l'héritage ? Pouvons-nous nous contenter de la réponse biologique, matérielle ?
    C'est là que la double paternité de Jésus est révélatrice de toute la condition humaine. Lorsque Jésus dit à ses parents : "Je dois m'occuper des affaires de mon Père," il révèle d'existence d'un monde parallèle à notre monde. D'habitude les mondes parallèles apparaissent seulement dans les livres de science-fiction. Pourtant, je crois que Jésus nous présente un monde parallèle chaque fois qu'il nous parle du Royaume de Dieu.
    Il y a une réalité terrestre dans laquelle parents et enfants sont liés biologiquement. Mais il existe un autre niveau de réalité, au-delà des apparences. Au premier niveau "nos enfants sont nos enfants." Mais au deuxième niveau "nos enfants ne sont pas nos enfants" comme le dit le poète Kahlil Gibran. Et cette deuxième phrase est tout aussi vraie que la première ! C'est ce que Jésus dit à ses parents.
    Jésus cherche à nous élever à ce deuxième niveau de réalité. Il y a quelque chose de plus que la réalité biologique, matérielle. Il y a une dimension subtile, qui donne du relief, de la substance, du sens à ce qu'on vit. Bien sûr on vit et on est plongé dans la réalité matérielle et biologique. Un simple mal de dent nous ramène à cette réalité bien terre à terre. Loin de moi l'idée de la nier.
    Cependant, il est possible — et c'est le privilège de l'être humain — de vivre cette réalité en prenant un petit peu de recul. Etre en même temps celui qui vit et celui qui regarde cette vie. Petit décalage qui s'appelle "avoir conscience de…" Petit décalage qui fait passer de la physique à la métaphysique ! De bien grands mots pour exprimer des choses toutes simples : décalage entre manger et se nourrir, entre vivre et exister, entre respirer et inspirer / expirer.
    On respire tout le temps, c'est un réflexe, on n'a même pas besoin d'y penser (heureusement). Mais de temps en temps, prendre une inspiration, puis se laisser expirer. Ou le contraire, expirer tout l'air de ses poumons, puis se relâcher et l'inspir se fait tout seul. Essayez.
    Faire les choses avec conscience, c'est peut-être simplement cela entrer dans le Royaume de Dieu. Ouvrir sa conscience à l'existence d'une autre réalité, une réalité très subtile, on ne peut pas la toucher, la saisir, s'en emparer, mais on peut la laisser venir, éclore, nous toucher.
    Cette autre dimension, c'est celle de la relation, du lien, une dimension immatérielle, mais tellement réelle. C'est dans cette dimension que s'inscrit le bonheur, la joie, les émotions. C'est dans cette dimension que sont gravés les premiers sourires de nos enfants, les premiers émois amoureux, les amitiés indéfectibles. Et personne ne peut nous les retirer. Ce sont les trésors amassés dans le ciel — dont parle l'Evangile (Mt 6:20) — qui ne peuvent ni pourrir, ni rouiller et que personne ne peut dérober.
    C'est à cette dimension que nous sommes appelés à nous ouvrir — ce que Jésus appelle "la maison de son Père," de notre Père. C'est vers cette dimension que nos enfants nous entraînent par l'exemple de leur émerveillement devant la vie. C'est vers cette dimension que nous avons à projeter nos enfants comme l'arc envoie la flèche vers l'avenir, comme de dit le poète :

    "Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.
    L'Archer voit le but sur le chemin de l'infini, et Il vous tend de Sa puissance
    pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.
    Que votre tension par la main de l'Archer soit pour la joie;
    Car de même qu'Il aime la flèche qui vole, Il aime l'arc qui est stable." Khalil Gibran
    Ayons conscience de cette mission que Dieu nous confie.
    Amen


    © 2006, Jean-Marie Thévoz, Suisse, Bussigny.

  • Apocalypse 1. Reformuler l'évangile avec les mots d'aujourd'hui.

    Apocalypse 1
    7.5.2006
    Reformuler l'évangile avec les mots d'aujourd'hui.
    Col 4 : 12-18 Rom 16 : 25-27 Apoc 1 : 4-8

    Chères paroissiennes, chers paroissiens de toute la Région,
    Nous sommes rassemblés ici pour vivre un culte sous le signe de l'Eglise universelle ! La plupart d'entre vous êtes sortis de votre paroisse pour venir ici vivre ce culte et nous nous ouvrons encore pour étendre cette communion à l'Eglise malgache. Nous voulons marquer notre espérance de l'instauration du règne de Dieu et d'une Terre nouvelle par les gestes que nous ferons aujourd'hui : écrire une carte postale et partager notre offrande.
    Ouvrir notre culte à la dimension de l'Eglise universelle, ce n'est pas seulement franchir une frontière géographique, c'est franchir une frontière mentale : c'est abolir la frontière des différences qui font peur, des éloignements qui créent l'indifférence, des privilèges qui nous isolent.
    En proposant d'écrire un message de fraternité, de foi, à une autre communauté, à d'autres personnes, nous nous inscrivons dans une longue tradition ! La moitié du Nouveau Testament est constituée de lettres, écrites à des Eglises ou à des personnes. Ces lettres contiennent aussi bien des enseignements théologiques que des messages personnels, des encouragements que des salutations individuelles.
    La lettre était un moyen de communication à la portée de tous, à la différence de la stèle ou du livre en parchemin. On pourrait dire que la lettre était à cette époque ce que le blog sur internet est à la nôtre : un moyen facile, léger et multipliable de diffuser un message. Cependant, pour rester léger, il ne fallait pas écrite des volumes entiers, il fallait être bref, concis, condensé. Il fallait dire beaucoup en pu de caractères, comme sur un SMS. C'est pourquoi on trouve dans ces lettres du Nouveau Testament des formules très courtes, très résumées, de véritables perles, d'une grande richesse théologique.
    J'ai choisi deux de ces messages courts, qui expriment en quelques mots la foi de leurs auteurs. Le premier nous est livré par l'apôtre Paul dans la louange finale de sa lettre adressée à l'Eglise de Rome (Rom 16:25-26).
    L'apôtre parle de l'évangile qu'il annonce comme d'un "plan secret" (voilà qui devrait aiguiser l'appétit des amateurs de mystères !). Ce plan secret, ce mystère a longtemps été tenu secret; puis Dieu a décidé de le révéler, de le mettre en lumière, d'abord par les livres des prophètes (voilà une bonne occasion de relire l'Ancien Testament), puis pleinement au travers de Jésus-Christ, avec l'objectif de toucher "toutes les nations."
    Le plan de Dieu est donc bien universel, il concerne tout le monde, il nous concerne. En effet, si nous sommes-là ce matin, c'est que nous avons reçu ce message et sommes mis dans la confidence de ce plan secret. Nous sommes les maillons d'une chaîne, une chaîne de transmission pour que cet évangile atteigne toutes les nations de la terre.
    Ici, Paul, cependant, n'explique pas ce mystère, il ne lui donne pas de contenu dans ce passage. A nous de remplir le vide laissé par Paul, à nous de trouver le langage actuel pour expliquer ce plan mystérieux à nos contemporains. Nous n'avons pas à nous laisser enfermer dans les mots d'un auteur — fût-il biblique. D'ailleurs, au sein du Nouveau Testament, il y a diversité d'expression.
    Avec des mots différents, Jean l'Ancien donne un contenu, bref et résumé, de ce mystère. En quelques mots, il parle de Dieu, de l'œuvre de Jésus-Christ et de son effet sur l'être humain (Apoc 1:4-8). Les théologiens nous diront que ces mots sont très riches et portent une très haute spiritualité. Ils étaient sûrement compréhensibles pour la communauté de Jean, mais le sont-ils pour nous et surtout pour ceux qui se sont distancés de l'Eglise ?
    Que veut dire aujourd'hui la formule — devenue liturgique — "Le Seigneur qui est, qui était et qui vient" ? Que sont les 7 esprits évoqués ? Que veut dire "premier-né d'entre les morts" ? Comment expliquer cela à nos voisins ou à nos catéchumènes ?
    Aussi bien Paul que Jean arrivent en quelques lignes à condenser le message de l'évangile, la bonne nouvelle. Mais les mots qu'ils utilisent ne sont plus ceux de la vie de tous les jours. Pour comprendre Paul ou Jean, nous avons besoin de traducteurs et souvent d'explications. Notre tâche, aujourd'hui, reste celle de transmettre cette bonne nouvelle, mais nous avons un gros effort de reformulation à faire.
    Nous tous qui avons été touchés par l'évangile, nous avons à faire l'effort de le redire dans nos propres mots. Nous ne pouvons nous contenter de répéter les mots de Paul, de Jean, … ou de notre pasteur. L'évangile, comme le Christ, est vivant. La parole biblique nous touche dans nos vies, dans nos vies réelles. Alors, dans tous nos lieux d'Eglise, dans tous nos services communautaires, dans tous nos lieux d'enseignement (la formation d'adulte, le catéchisme, le culte de l'enfance, les groupes de prière ou de parole) nous avons à chercher de nouveaux mots, de nouvelles formulations, un nouveau langage, pour exprimer — en vérité — le langage de notre cœur, le langage de notre vie, le langage de notre être.
    Le chemin pour y arriver n'est pas de devenir plus savant, plus versé dans le vocabulaire biblique. Il s'agit plutôt — à mon sens — de prendre conscience en nous-mêmes où le Christ et la bonne nouvelle nous touche, où il transforme nos vies et nos relations, comment il nous aide à affronter les difficultés et les épreuves.
    Nos voisins, nos catéchumènes ne recherchent pas un savoir, une leçon, un mode d'emploi. Ils ont besoin d'exemples de croyants, de modèles de personnalités qui marchent dans la vie en faisant envie. C'est un grand défi, mais nous pouvons le relever.
    Que l'Esprit de Dieu, qui s'adresse aux Eglises du monde entier, nous remplisse tous de l'élan de communiquer l'amour que nous avons reçu, avec une vraie présence.
    Amen


    © 2006, Jean-Marie Thévoz, Suisse, Bussigny.